Wakfu
CHAPITRE 28
A l'approche du port de Daraxam, la chaleur augmentait progressivement. Une fois à terre, les aventuriers achetèrent de quoi manger et partirent sans plus tarder en direction des montagnes qui s'élevaient devant eux. Sur les instructions de l'équipage navigant, et du tenancier de la buvette, ils savaient plus ou moins la direction à prendre. Cette île avait retrouvé son côté sauvage après le Chaos, et aucune route, aucun sentier ni même aucune balise n'indiquaient le chemin à suivre vers Sipseth, seul village des alentours. Juste une piste creusée au fur et à mesure par les autochtones de la région qui coupait un peu la forêt clairsemée et montait doucement vers les trois pics qui leur faisaient face.
Cependant, le faible dénivelé était traître et sous le soleil qui irradiait dans le ciel, une pause fut vite de rigueur pour tous. L'équipe en profita alors pour allumer un feu à l'ombre d'un grand rocher, au milieu d'une plaine parsemée de pommiers sauvages. Willow s'occupa comme à son habitude de préparer rapidement une soupe de chardons, secondée par Ayane et l'on entama également les rations achetées précedemment.
Au fait Lati, comment sais-tu que l'on doit aller dans ce village, demanda Kyrel, assoiffé.
C'est un ancien village, ils doivent sûrement connaître les environs, fit-elle en haussant les épaules.
D'ailleurs, intervint Jasper Hobson en sortant son carnet, est-ce que vous savez ce que "Yocoul" signifie ?
Et tandis que tout le monde secouait la tête, la voix masquée de Mordan résonna :
Ça veut dire pic.
Willow lança un regard à Yugo et vit qu'il pensait la même chose qu'elle : quelque chose n'allait pas avec leur ami. Jusqu'ici, le Zobal avait toujours trouvé une excuse valable à son malaise, mais maintenant, il avait l'air vraiment contrarié. Latissa, ne comprenant pas ce comportement, croisa les bras et fronça les sourcils, tandis que Jasper reprenait mot pour mot les dires du membre de la navette de commerce qui les avait amenés ici.
Il a dit : "Descends le long du Yocoul du Sllefens que l'ombre du Siratracs vient caresser avant le crépuscule, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de Sipseth."
Le Sllefens, c'est la montagne que vous voyez là, répondit Mordan, d'une voix monocorde. Et le Siratracs, c'est le promontoire que vous avez là.
Il avait pointé tour à tour le pic du milieu, et une falaise qui rebiquait au bout des reliefs Sud-Est de l'île. Il connaissait manifestement le lieu, mais n'en avait pas touché mot à l'équipe. Willow lança un regard discret en direction de son amie et comme elle s'y attendait, cette dernière semblait très contrariée par l'attitude plus que négative du Zobal. À cela s'ajoutait le comportement de Amber qui n'avait de cesse de coller son sauveur et de glousser comme une pioulette. Latissa semblait supporter difficilement tout cela, même si elle n'avait pas l'air d'en avoir conscience. Fort heureusement, la Iop sembla prendre sur elle et ne fit aucun commentaire.
Avant de reprendre la marche, les aventuriers prirent le soin d'enlever quelques couches de vêtements tant la chaleur était étouffante. Le bonnet de Willow l'était tout autant, mais elle ne se sentait pas encore le courage de l'enlever, pas plus que Yugo. Elle se rabattit donc sur une tresse et ôta le haut de sa salopette et l'ascension put reprendre.
Comment tu sais tout ça, Mordan ?
Ayane lui avait coupé l'herbe sous le pied mais Willow demeura attentive à la réponse de son ami.
Je… Je connais un peu le coin… Je sais aussi que c'est une MAUVAISE IDÉE d'y aller, répondit-il en haussant le ton.
En quoi c'est une mauvaise idée, insista Yugo.
Encore une fois, Mordan se referma comme une darkmoule et s'isola. Le silence retomba sur tout le groupe, concentré sur l'effort à fournir pour marcher. Même si le paysage était magnifique, Willow n'arrivait pas à se défaire de cette inquiétude qui la rongeait. Pour qu'il soit aussi fâché, le Zobal devait avoir un vrai problème avec cet endroit. Etait-il déjà allé dans ce village ? Pourquoi ne pas l'avoir dit ? Ne pouvait-il pas en parler ? Quelque chose l'y contraignait ? Ou alors, c'était tout autre chose… Elle sentit soudain la main de Yugo emprisonner la sienne avec douceur. Elle releva les yeux vers lui et découvrit un sourire attendri.
Ne t'en fais pas, il a sûrement ses raisons, murmura l'Eliatrop.
C'est justement ce qui m'inquiète…
Vu la détermination de Latissa, on ira dans ce village quoi qu'il arrive. Il finira bien par nous dire ce qui ne va pas.
Willow ne savait pas s'il fallait parler de détermination ou d'obstination pour la Iop, mais Yugo avait raison. Il fallait laisser du temps à Mordan pour qu'il prenne lui aussi conscience de l'entêtement de Latissa. N'étaient-ils pas amis ? Le manque de confiance du Zobal était un peu vexant, néanmoins, Willow ne pouvait pas le critiquer.
Ils atteignirent un haut plateau au crépuscule et montèrent le camp pour passer la nuit. La fatigue et la mauvaise ambiance pesaient sur les aventuriers et le décors n'arrangeait en rien les frissons incontrôlables qui couraient sans cesse le long de l'échine de Willow. Elle avait un mauvais pressentiment… Avec le Chaos d'Ogrest, beaucoup de lieux s'étaient retrouvés abandonnés et sur ces terres, la nature avait repris ses droits.
C'était quoi, ça, tressaillit brusquement Jasper, faisant sursauter Willow par la même occasion.
Le ciel était noir d'encre de Kralamour et la lune blanchâtre n'éclairait qu'à travers le filtre du voile vaporeux des nuages. Le feu du campement était la seule lumière, source de chaleur confortable dans ce lieu hostil. Il projetait des ombres informes et dansantes sur le tronc des quelques arbres autour des aventuriers, rendant l'atmosphère, déjà tendue, encore plus lugubre. Or, bien que la nature ait repris ce qu'il lui appartenait, les animaux n'étaient pas les seuls êtres à errer dans les parages; pirates et autres hors-la-lois devaient sûrement venir bivouaquer ici, si ça n'était pas pour enterrer leurs richesses loin des yeux indiscrets. Mais dans l'immédiat, il fallait rassurer le groupe.
Sûrement une glaie qui appelle ses marcassinets, tenta Willow d'une voix qu'elle aurait aimé plus assurée.
Ou l'esprit d'un gligli dominant qui vient nous chasser de son territoire, ajouta Mordan d'une voix tranquille.
Autour du foyer, tout le monde se figea.
Mais les esprits et les gostofs, ça n'existe pas, rétorqua Ayane, pâle comme une endive.
Oh, détrompe-toi, ça existe, insista-il. Et il y en a même plein dans ces montagnes.
Chacun jeta des regards inquiets par dessus son épaule dans un silence angoissé. Plus que ça, Willow voyait Latissa bouillir et sentait que sa colère n'allait pas tarder à exploser.
Comment le sais-tu, osa demander Kyrel d'une petite voix.
Cette forêt est gardée par la Princesse Kononome, commença-t-il son récit, une demi-déesse élevée par des Mulous. Elle est la gardienne protectrice de ces montagnes et des esprits qui y vivent en paix. Durant des années, elle a protégé les montagnes contre les humains, pour qui elle voue une haine sans borne, et qu'elle n'hésite pas à tuer s'ils osent avancer trop loin sur son territoire. On dit même qu'elle les dévore, corps et âme, et que c'est ce qui la rend immortelle.
Willow avait déjà connu ces soirées camping autour d'un feu, entre amis (en l'occurrence des élèves de son père), à se raconter des histoires d'horreur pour se faire peur avant de dormir. La seul différence avec la situation présente, c'était que les histoires alors racontées étaient fausses ! Celle-ci était potentiellement vraie, étayée par ce qu'avaient déjà vécu les aventuriers jusqu'ici. L'homme du Lac, être la Grande Déesse, un parchemin qui mène à une île légendaire… alors une demi-déesse gardienne de forêt ne semblait pas impossible, loin de là.
Mais… elle n'existe pas, hein ? C'est une légende non, demanda Amber terrifiée.
Non, je l'ai déjà…
Mordan s'interrompit brusquement et l'estomac de Willow fit un bon, craignant qu'il ait entendu du bruit. Elle comprit cependant qu'il en avait trop dit et qu'il s'était interrompu volontairement. Latissa devait être la seule du groupe à ne pas avoir peur et au contraire, semblait heureuse de cette nouvelle. Le mot "Gardienne" n'était pas néfaste pour elle, puisque la Iop en était une elle-même. La main sous le menton, elle s'imaginait déjà des plans pour la rencontrer.
Jasper invoqua son Gobgob, petit animal volant en forme d'étoile, pour surveiller le camp tandis que Kyrel prenait le premier tour de garde. Une paire d'yeux en plus ne pouvait pas faire de mal.
La nuit fut surprenament froide, avec un vent balayant constamment la végétation environnante. Toute la guilde ne dormit que d'un oeil. Cette sensation de mauvais pressentiment ne quitta pas Willow jusqu'à la venue des premiers rayons du soleil, que l'on accueillit avec soulagement. La route put reprendre, mais après plusieurs jours passés en mer suivis d'un ascension sous une chaleur de plomb avait exacerbé toutes les odeurs et l'Eliatrope demanda à ce qu'on s'arrête près d'un cours d'eau pour faire un brin de toilette. Le problème, c'était que l'équipe était en route vers le sommet des montagnes, or, les rivières coulaient en général dans les vallons.
On va demander à Grufon, proposa Yugo en alliant le geste à la parole.
Il déroula le plan Shushu et demanda à voir les reliefs des alentours. Après avoir négocié pendant un petit moment, le diablotin accorda l'affichage de la carte : un cours d'eau serpentait en suivant le dénivelé à l'ouest de leur position. Le détour ne prendrait quelques heures, mais était néanmoins nécessaire.
Lorsque Willow trempa enfin les pieds dans l'eau transparente, elle frissonna et fut surprise et contrariée par la froideur de l'eau. Elle qui espérait se laver et batifoler un peu, elle allait devoir écourter sa trempette. Heureusement, le soleil était là pour réchauffer les corps, ce qu'il ne ménagera pas de faire d'ici l'après-midi. On en profita pour grignoter un bout en guise de petit déjeuner, ramasser quelques baies et remplir les gourdes. Les aventuriers ne firent pas bouillir l'eau car l'Eniripsa la purifia d'un coup de baguette salvateur.
Après cette halte légère, les craintes de Willow s'étaient levées, mais lorsque la marche reprit, ce fut au tour d'Ayane et Amber de sentir peser une menace sur leurs épaules et elles implorèrent Latissa d'accélérer le pas pour devancer la nuit. Malheureusement, il fallait encore trois bons jours de marche pour atteindre le lieu où se trouvait Sipseth, sachant que le village était caché au coeur des montagnes. A défaut de ça, elles se rabattirent sur le Zobal, passant outre son humeur, et Amber lui demanda la permission de passer la nuit dans son havresac. Willow avait aussi un havresac, mais la jeune Enutrof ayant un penchant pour Mordan, elle regarda se jouer la scène un sourire aux lèvres en imaginant ce qu'il pouvait bien passer par l'esprit de Latissa qui avait aussi assisté à la conversation. Depuis la traversée en bateau, la Iop avait la même expression plaquée sur le visage : les sourcils froncés, l'air concerné mais à la fois pensif et elle ne s'exprimait plus qu'en cas d'extrême nécessité.
Le soir venu, le paysage changea d'une steppe sèche à une forêt étroite et très peu praticable, si bien que les compagnons durent continuer d'avancer après le coucher du soleil pour trouver un endroit plus propice à l'installation d'un bivouac. Une fois le feu allumé, Willow se fit une joie de préparer le repas, une soupe à l'oignon, aux chardons et aux noisettes, agrémentée de croutons de pain dur garnis de fromage. Et une fois ne fut pas coutume, elle ne lésina pas sur les quantités, ce qui permit aux garçons de se délecter d'un second service.
Malgré tout, la nuit fut rude pour tout le monde. Lovée contre Yugo, Willow se réveillait à chacun des bruits qu'elle entendait et mais finissait toujours par se rendormir au son du hululement de la chouette qui les suivaient depuis quelques temps.
Le lendemain, à peine le soleil était levé que les aventuriers reprirent la route, fatigués d'être constamment sur les nerfs. Grufon ayant encore fait des siennes, un détour s'imposa au grand damne de tout le groupe, qui marchait à présent en silence, concentré sur leur pas et leur respiration. Même si le paysage était à couper le souffle, Willow n'avait plus envie de s'extasier. Elle n'avait qu'une envie : dormir dans un vrai lit. Prendre un bain dans une vraie baignoire, avec de la mousse et même un petit canoir ! Elle en avait plein les pieds, même si ses bottes étaient en réalité très confortables. C'était toujours ça de gagné...
Au soir, l'équipe atteignit le pied du Siratracs, sur lequel s'étendait un domaine boisé et dense qui ne serait pas de tout repos à traverser, mais qui aurait le mérite de fournir un peu d'ombre aux marcheurs.
Cette fois-ci, le campement fut monté sans précipitation, à la lueur du coucher orangé de l'astre incandescent.
T'es trop belle…
La voix mielleuse de Yugo tira Willow de sa contemplation. Il avait un sourire béat plaqué aux lèvres et un air énamouré qui fit fondre l'Eliatrop en un instant. Elle pouffa en secouant la tête, mais lorsqu'elle ouvrit la bouche pour lui répondre, un grognement bestiale se fit entendre et son sourire disparut immédiatement. En regardant autour d'eux, ils se rendirent compte que personne, exceptée Latissa, n'avait entendu ça. La guerrière se tenait sur ses gardes, vigilante, son arme Shushu tirée au clair qu'elle avait fait évoluée en une hallebarde menaçante.
Latissa, appela Amber qui ne comprenait pas ce qu'il se passait.
La Iop ne répondit pas et fixait un point entre les arbres devant elle. De leur côté, Willow entendit des craquements de brindilles; on les encerclaient.
Des mulous, s'écria Ayane en lâchant le bois qu'elle avait ramené pour le feu.
Willow n'hésita pas et tira d'instinct à l'endroit où elle avait entendu remuer et le cri que poussa la bête lui indiqua qu'elle avait visé juste. Le mulou blessé sortit d'un bond pour se jeter sur Yugo qui ouvrit à temps un portail qui éloigna l'animal d'une dizaine de kamètres. Bien que sonné, il revint à la charge. Les deux Eliatrops se défendirent becs et ongles, mais le mulou ne semblait pas vouloir les tuer…
La meute finit brusquement par partir, la plupart en traînant de la patte, amochés.
Bien joué, les gars, s'exclama fièrement Latissa en retournant vers le foyer.
Personne n'avait l'air gravement blessé et c'était le plus important.
C'était un avertissement…
Encore une fois, la voix du masquée surpris tout le monde par son ton sinistre. Kyrel tenta d'en profiter pour émettre l'idée de repartir, mais Latissa ne l'entendait pas de cette oreille. Les poings sur les hanches, prête à en découdre, cette fois-ci elle ne louperait pas l'Ecamasque.
Oh ! Ça sent le roussi, chuchota le Shushu qui avait repris sa taille de voyage.
C'est quoi ton problème, à la fin, cracha la Iop. Si t'as quelque chose à dire, vas y !
Willow ne pouvait pas lui en vouloir; elle-même trouvait le comportement de Mordan étrange depuis qu'ils avaient accosté sur l'île de Daraxam. Même Yugo se faisait du soucis. Il était grand temps maintenant pour le Zobal de se mettre à table.
Alors, s'impatienta Latissa, les yeux lançant des éclairs.
Je ne vois pas…
Arrête !
Plus question de se défiler pour le bleuté.
Tu connais le nom de ces montagnes, tu connais la gardienne de cette forêt où tu ne voulais pas aller, et maintenant tu dis que c'est un avertissement ! Qu'est-ce que tu nous caches ?! Qu'est-ce qu'il se passe, rajouta-t-elle plus calmement.
Elle avait vraiment l'air blessée et embarrassée de devoir faire une scène devant toute l'équipe. Et comme s'il l'avait compris, Mordan jeta son havresac au milieu du camp, y invitant d'un coup de menton tout le monde à y entrer. Une fois à l'intérieur, Willow fut interloquée par l'absence total de décoration. Le sac ne paraissait pourtant pas neuf, mais il n'avait pour mobilier d'un lit simple, une commode et le Masque de l'Anatomie qui avait servi à sauver Mordan de la mort, quelques mois plus tôt.
Je… commença le masqué en déglutissant avec difficulté. Sipseth est le village d'où je viens.
La nouvelle eut l'effet d'une bombe une bombe sur le groupe. Le mal-être du Zobal était bien plus profond que ne le pensait l'Eliatrop. Il ne voulait pas aller dans ce village, et pas seulement pour le garder secret, comme son visage, mais bien parce qu'il s'y était passé quelque chose. Willow s'approcha doucement de lui et lui posa une main encourageante sur l'épaule. Même si c'était difficile, il pouvait faire confiance à sa Confrérie.
Mordan, qu'est-ce qui ne va pas ?
On m'a mis dehors, s'exclama brusquement le Zobal en se dégageant de sa main. Voilà ce qui s'est passé ! Je ne voulais pas aller à l'aventure, moi ! J'étais très bien en gardien de Temple et il a fallu que ce vieux vienne me prédire un avenir glorieux, un fabuleux destin…
Sa voix se fit moins forte jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un murmure.
Mes parents m'ont balancé mon havresac dans les mains et fichu à la porte.
Willow était persuadée que les parents de Mordan ne lui souhaitaient aucun mal, juste un meilleur avenir que gardien du temple, sauf que lui ne l'avait pas vécu de cette manière et en avait été très blessé. A présent qu'il revenait sur sa terre natale, il pourrait prouver à ses parents et surtout à lui-même qu'il l'avait trouvé, ce destin fabuleux. Ce n'était pas un hasard s'il avait rencontré Latissa au beau milieu d'une forêt. Le hasard se rencontrait dans la vie quotidienne, mais dans la vie des aventuriers, cela s'appellait le destin. Et plus elle y pensait, plus ça paraissait évident pour Willow. Le fait qu'elle rencontre la Confrérie du Tofu, puis qu'elle aide à fonder la Confrérie des Chercheurs de Reliques avant de découvrir ses origines divines… Tout ceci était lié, d'une manière ou d'une autre.
Mordan, on comprend ton inquiétude, intervint Yugo à son tour. Mais réfléchis un peu : les pistes et les indices ne nous ont pas conduit jusqu'ici par hasard. Je comprends que tu puisses être inquiet d'y revenir, mais ce ne sera que pour quelques jours. On se renseigne sur la Larme d'Eniripsa et on repart. Tes parents n'auront pas le temps de te reprocher quoi que ce soit.
Willow dévisagea Yugo : une fois de plus, il avait eu les mêmes pensées qu'elle. Sauf qu'il avait eu l'initiative d'en parler le premier pour convaincre Mordan et qu'il avait rajouter ce que le Zobal voulait entendre pour finir de le persuader que tout irait bien. Mordan ne répondit rien, dodelinant légèrement de la tête pour montrer à Yugo qu'il l'avait écouté.
Après un silence apaisé, Willow proposa de mettre à disposition son propre havresac pour y passer la nuit. Cela ne pourrait pas être pire que de dormir à la belle étoile avec tout les bruits environnants et au moins, ils auraient chaud. Les garçons restèrent dans le sac magique de Mordan tandis qu'Ayane, Amber et Latissa suivirent l'Eliatrop. Personne ne rechigna et les aventuriers s'endormirent rapidement, les jambes et l'esprit épuisés.
Le soleil était levé depuis une bonne demi heure quand Willow émergea. Bizarrement, elle n'avait pas rêvé, cette nuit. Elle avait toujours des songes qui animaient ses nuits, sauf lorsqu'elle était malade. En y repensant, il s'agissait probablement de visions de ses vies antérieures en tant que déesse… Elle n'y avait jamais prêté attention jusqu'alors.
Salut la plus belle !
Elle sursauta; elle n'avait pas vu Yugo assis au pied d'un arbre en train de manger une pomme.
Il faut que tu arrêtes, avec ça… le réprimanda-t-elle en souriant malgré elle.
Pourquoi, c'est juste la vérité.
Une vérité d'amoureux transi, ricanna Willow en lui chipant son fruit pour y mordre à pleine dents. Tu vas pas me dire que je suis belle alors que je me réveille avec des petits yeux, les cheveux en bataille et des traces d'oreiller imprimées sur la joue !
Elle s'assit entre ses grandes jambes et s'adossa à lui. Ils profitaient rarement de moment de tendresse comme celui-ci de peur d'être gênés ou de gêner l'équipe. Et puis, ils n'étaient pas en lune de miel, ils ne voyageaient pas pour le plaisir, mais bien pour une quête ! Même si, elle devait se l'avouer, ça lui manquait de pas pouvoir se faire dorloter quand elle voulait, de ne pas pouvoir l'embrasser quand elle le voulait… Elle en venait parfois à en vouloir plus. Mais elle n'osait en parler à qui que ce soit pour l'instant, par crainte que ce soit déplacé.
Alors qu'ils profitaient de leur étreinte en silence, Kyrel sortit du havresac de Mordan, suivit de Jasper Hobson. Trente minutes plus tard, tout le monde était réveillé, frais et disposé pour commencer une nouvelle journée de marche.
