Chapitre 4 : Une invitée pour Halloween

— Eid !

Pas de réponse

— Eid !

Le garçon ne fit pas mine de bouger, enterré sous une montagne de couverture.

— Eiden James Rogue ! Lève-toi !

— grmlmgr …

Exaspéré et ignorant les grognements de son camarade, le basané tira d'un coup sec les draps, mettant à nu le corps appréciable du jeune homme, qui se tortilla sous la perte de chaleur.

— Blaise !

— Debout Eid on a entraînement dans vingt minutes !

— Mais on est dimanche et le soleil n'est même pas encore levé, grommela le brun qui tentait désespérément de rattraper ses couvertures.

— Si tu ne te lèves pas Eid, je vais chercher Andrea, qui se fera un plaisir de te sortir du lit.

Sa victime grogna encore et enfouit un peu plus son visage dans son oreiller, que Blaise lui vola également, projetant au sol le serpent du fils Rogue qui se releva en crachant, furieux contre son agresseur.

— Wow du calme, désolé Saff, fit le métis au reptile qui s'était redressé et sifflait d'un air menaçant.

Mais l'animal ne se calma pas, au contraire il semblait à deux doigts de se jeter sur le jeune homme, qui préféra reculer prudemment. Alors que le serpent allait le mordre, Eiden daigna enfin ouvrir un œil et le rappela à l'ordre d'un crachotement sec, ce qui eut pour effet de figer le reptile avant de le faire retomber au sol, aussi docile qu'un agneau. Deux sifflements plus tard et Saffi avait regagné le lit de son propriétaire qui lui caressait doucement la tête. L'animal ne cessait d'émettre d'étranges sons sous la caresse et l'image d'un enfant se plaignant à son père s'imposa à Blaise. Mais il ne dit rien et sourit simplement avant que son ami ne lève la tête vers lui et l'enjoigne à se rapprocher. Le basané hésita un instant et, finalement, choisissant de faire confiance à Eiden, s'approcha.

— Je lui ai expliqué que tu n'avais pas voulu lui faire du mal, que tu ne l'as pas fait exprès, dit le brun.

— Oh ! Oui, dis-lui que je suis désolé. J'espère ne pas l'avoir blessé.

Le fils Rogue émit quelques sifflements à l'adresse de son compagnon à écaille puis se tourna à nouveau vers son ami :

— Non, plus de peur que de mal. Il a surtout été surpris je dois dire, il n'aime guère être tiré du lit.

— Vous avez un point commun alors, sourit le bistré.

Le garçon, toujours à demi nu, eu une grimace, mais ne répondit pas. Le serpent profita de l'accalmie pour s'approcher de Blaise qui se raidit, c'était après tout un spécimen dangereux et venimeux. Mais un geste d'Eiden l'empêcha de fuir à toute vitesse et le jeune homme laissa le reptile lui effleurer la main et enrouler une partie de son corps autour de son bras. Parfaitement calme, Blaise sentit l'animal le toucher de sa langue et resserrer un instant son étreinte avant de quitter son membre et de rejoindre le cocon chaud du lit.

— Il …

— T'excuse et retourne se coucher, déclara Eiden en consentant enfin à se lever et à s'habiller.

— Je vois.

En réalité, les choses lui échappaient un peu, les jumeaux étaient vraiment des adolescents très bizarres. Haussant les épaules, Blaise sortit son balai de sous son lit et rejoignit les autres dans la salle commune.

Quand Eiden y apparut à son tour, le carillon sonnait cinq heures trente pile et Andrea dû se contenter d'un regard noir, car le brun n'avait pas une seule minute de retard. Elle capitula donc et les mena au terrain sans passer par les vestiaires, puisque tout le monde était déjà fin prêt et ils débutèrent la séance. La capitaine avait prévu de les entraîner tous à certaines figures complexes après l'échauffement, afin d'accroître leur maîtrise du vol et leur précision. De plus, certaines de ces figures étaient d'excellents moyens pour éviter cognards et joueurs ennemis.

Après un moment, alors que tous s'entraînaient pour eux même à maîtriser chacune de ses postures, Blaise ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil envieux aux jumeaux. Ils semblaient tous les deux maîtriser à la perfection leurs Éclairs de feu et réalisaient les exercices demandés avec une facilité déconcertante en témoignait la magnifique roulade du paresseux que venait d'effectuer Eiden, ne tenant son balai que d'une main. Un éclat de rire lui parvint quand sa sœur, qui caracolait dans les airs comme un jeune poney, pirouetta autour de lui, créant un grand appel d'air qui envoya valdinguer ses vêtements et ses cheveux. Ils se poursuivirent ensuite un moment autour du terrain, avant que la capitaine ne les rappelle à l'ordre et qu'ils commencent les matchs. Le soleil s'était enfin levé et Blaise n'avait plus aucun mal à distinguer le souafle qui tentait de percer son barrage. Le métis était un excellent gardien, mais sa défense était rudement mise à mal par l'association des trois poursuiveurs qui ne cessaient de le tourner en bourrique, trouvant toujours un passage pour tenter un tir et parvenant plus souvent que ne l'aurait voulu Blaise à leur but. Bien sûr, il était très fier de ses trois amis et heureux que l'équipe ait de tels joueurs dans ses rangs, mais cela était un peu frustrant de les voir toujours trouver les faiblesses de son jeu.

Sifflant une pause, Andrea sembla remarquer l'état de son gardien, car elle vola vers lui.

— Tu t'en sors très bien Blaise, assura-t-elle.

— Ils parviennent souvent à marquer, répondit le jeune homme, l'humeur sombre.

— Ils sont assez exceptionnels tous les trois, surtout ensemble, je n'ai jamais vu de poursuiveurs avec une telle cohésion, surtout après si peu de temps. Deux d'entre eux jouaient déjà avant cette année même si Drago n'était pas à ce poste toi tu viens d'entrer dans l'équipe, c'est normal que tu ne sois pas encore à leur niveau. Mais je t'assure Blaise que tu t'en tires honorablement. On va continuer de t'entraîner et accroître encore ce superbe niveau que tu as, ok ?

Il hocha la tête et Andrea partit rejoindre Drago et Pieter qui discutait près du gradin sud. Lui resta dans les airs, tournant sans vraiment y faire attention autour du terrain. Il sortit soudainement de ses pensées alors qu'Eiden le rejoignait, véritable traîné verte dans la lumière du matin.

— Quelque chose ne va pas Blaise ? s'enquit-il une fois à sa hauteur.

Le basané le regarda un instant avant de répondre. Eiden Rogue était vraiment un bel homme, personne ne pouvait le nier, ses longs membres musclés, ses cheveux noirs brillants, son visage volontaire et pourtant gracieux, ses yeux incroyables, doux et rieurs et ses lèvres fines qui s'étiraient souvent d'un sourire. Oui, Eiden était séduisant, charmant même, bien que Blaise soit certain qu'il ne partage pas son inclination en matière de sentiments.

— Non ça va, j'aimerai juste pouvoir progresser, répondit le métis.

— Tu es déjà très bon et tu fais des progrès considérables à chaque entraînement.

Le compliment emplit le ventre du basané d'une douce chaleur.

— Crois-moi, continua Eiden, tu seras bientôt le meilleur gardien de cette école, dit gentiment le garçon, ses yeux brillants encore de cette flamme si agréable.

— J'aimerai seulement devenir aussi doué qu'Elie, Drago et toi, fit doucement Blaise.

— Tu es déjà doué, Blaise ! Nous jouons depuis des années, encore quelques semaines et je suis sûr que l'on ne verra plus de différence entre nous, assura le brun en posant une main amicale sur l'épaule de l'autre.

— Si tu le dis …

— Allez, haut les cœurs ! Ne doute pas de toi ainsi, je suis certain que l'on va écraser les gryffondors !

— Ils ont de très bons joueurs, tu sais, et des poursuiveurs vraiment talentueux.

Eiden leva les yeux au ciel, évidemment qu'il le savait, il avait tout de même joué avec eux pendant quatre ans, ils connaissaient parfaitement leur niveau. Pourtant, il était certain que si l'équipe des verts et argent continuait sur sa lancée, ils gagneraient la coupe. Mais de cela, il ne pouvait en faire part à son ami.

— J'ai vu certain de leurs entraînements, je t'assure que l'on à toutes nos chances !

Ce n'était pas vraiment la vérité, mais cela sembla un peu rassurer le bistré qui sourit à sa bonne humeur.

— Allez viens, continua Eiden, on va rejoindre les autres.

Deux heures plus tard, l'entraînement se terminait et Eiden, Blaise, Drago et Elie reprenaient la direction du château quand un éclat dans l'herbe, près du lac, attira l'œil de cette dernière qui s'en approcha. Laissant les autres à leur discussion, elle rejoint l'endroit doucement, pas certaine de ce qu'elle avait vu. Mais à quelques mètres de sa cible, elle en eut le cœur net et ralentit encore. Sur la berge verte se trouvait un tout petit serpent, d'un beau violet prune, qui semblait mal en point. L'animal avait l'air jeune, quelques jours tout au plus et sa queue saignait. Elie s'approcha tout doucement et le rassura en fourchelang :

§ N'ais pas peur petit-être, je veux seulement t'aider. §

L'animal tenta de se redresser pour faire face à la menace, mais ne parvint pas à se tenir sur sa blessure.

§ Non, ne bouge pas, fit la jeune femme, je vais te soigner. §

Le reptile s'agita, peu rassuré malgré l'attitude calme de l'adolescente.

§ Aide, parleuse § siffla la petite chose.

§ Oui, je vais t'aider § répondit Elie en la prenant délicatement entre ses mains.

Mais à l'instant où elle entra en contact avec le petit corps, un courant électrique les traversa tous deux et l'animal gémit un peu plus.

§ Je suis désolée, chuchota la jeune fille, je suis désolée. §

Elle se redressait lorsque la voix de Blaise se fit entendre non loin, l'appelant. Les garçons s'étaient rendu compte de son absence et avançaient à présent vers elle.

— Que faisais-tu ? demanda le basané, puis avisant la forme dans ses mains en coupe il ne put s'empêcher de faire une légère grimace. Encore ! Vous avez une étrange fixation sur les serpents vous les Rogues !

— Celui-là au moins ne risque pas de te faire le moindre mal, se moqua gentiment Eiden qui s'était approché de sa sœur, scrutant la petite chose blessée qui s'agitait faiblement dans les mains de la jeune femme.

— Je crois que c'est un Béryl, supposa Elienor, une variété de serpents venimeux aux habitudes à la fois terrestre et aquatique. Elle devrait normalement être capable de réguler sa température grâce à la magie de son corps, mais celle-ci est très jeune, à peine quelques jours et très mal en point. Je ne sais pas vraiment quoi faire pour l'aider, je n'y connais rien en soins.

— Allons voir Severus, il saura mieux y faire que nous, proposa Blaise qui avait de nouveau grimacé lorsqu'elle avait dit « venimeux ».

L'adolescente acquiesça et ils prirent le chemin des appartements du potionniste. Celui-ci y était bien, fort heureusement et leur permit immédiatement d'entrer. Eiden s'affala prestement sur un des canapés, tandis que Drago et Blaise, plus mesurés, prenaient place dans les fauteuils. Elie, elle, resta debout.

— Que me vaut le plaisir de votre visite, chers élèves ? demanda sur un ton sec le professeur, visiblement dérangé dans ses travaux.

Plusieurs chaudrons bouillonnaient en effet sur la longue paillasse de pierre et le feu ronflant dans la cheminée abritait une grande plaque où cuisaient quelques ingrédients étranges et rougeoyants. Une série de fioles vides attendaient, sagement alignées sur la grande table, juste à côté d'une armada d'ingrédient prêt à être utilisé.

— Qu'est ce que … commença Drago.

— Rien qui t'intéresse, coupa l'homme.

Le garçon parut vexé, mais ne dit rien. Il avait trop souvent fait l'expérience du sale caractère de son parrain.

— Alors, que faites-vous ici ?

Il posa ses yeux sur sa fille qui n'avait toujours pas bougé et avisa du petit être qui se tortillait faiblement dans les mains de l'adolescente.

— Elie ?

Elle posa le serpent sur la surface de bois de la table, sifflant doucement pour le calmer. Severus se pencha immédiatement sur lui, l'auscultant très doucement et murmurant quelques sorts pour le soigner. Il ne posa pas de questions, mais un geste de sa fille lui apprit ce dont il se doutait. L'animal était son familier. Il s'échina donc à le remettre en état, refermant les nombreuses blessures de la petite chose. Puis, cela fait, il lui donna une toute petite goutte de potions pour le faire dormir.

— Elle va mieux maintenant ? demanda nerveusement la jeune femme.

— Oui, elle va dormir un moment, mais elle est complètement guérie ne t'en fais pas.

La jeune fille hocha la tête et blottit le serpent dans la poche intérieur de sa veste avant de s'asseoir avec les autres. D'un petit coup de baguette, Rogue fit chauffer de l'eau pour du thé et s'installa également.

— Alors comment c'est passé l'entraînement ?

— Plutôt bien, je pense que tu pourras admirer la coupe dans ton bureau cette année, cela changera un peu, susurra son fils d'un air moqueur, sachant pertinemment que c'était son ancienne équipe qui lui avait dérobé.

L'homme fit une grimace, mais ne répondit pas, se contentant de se lever pour servir le thé.

— Blaise est très doué, je suis certain qu'il fera des miracles contre gryffondor, glissa Eiden en faisant un sourire lumineux à son ami.

— Oui, tu deviens vraiment difficile à passer, un véritable mur, assura Drago en se saisissant d'une tasse.

— Dans quelque temps, il sera parfait, fit Elienor avec douceur, voyant le trouble du métis.

— Je … je ne crois pas être si doué que cela, dis doucement ce dernier.

— Tu n'as jamais été très bon juge de toi-même, répondit son ami blond, laisses-nous donc faire cela. De toute façon, le prochain match prouvera nos dires, je n'ai aucune crainte là-dessus.

Eiden hocha la tête avec fermeté alors Blaise se tût et termina sans mot dire son thé.

Ils passèrent un moment dans les appartements de Rogue, même après que celui-ci fut retourné à ses potions. Confortablement installés, ils se lancèrent dans une grande discussion sur les pronostiques des équipes de quidditch de cette année, ne quittant les canapés confortables que lorsqu'il fut l'heure de déjeuner.

Pendant le repas, Elienor nota sans rien dire les discrets regards que lançait Blaise à son frère, sans que personne ne remarque rien. Se promettant de tirer cette histoire au clair, elle se détourna et engagea un débat avec Théo, tout en gardant ses observations dans un coin de sa tête. Ce n'est que plus tard, dans l'après-midi, qu'elle put en parler avec le concerné, alors qu'ils travaillaient tous deux à la bibliothèque. Blaise était plongé dans un très vieux livre de potions lorsqu'elle prit finalement la parole :

— J'ai remarqué que tu ne semblais pas insensible au charme d'Eiden, dit Elie doucement.

Son ami se figea dans sa lecture puis releva les yeux vers elle, interdit :

— Qu'est-ce qui … te fait dire cela ?

— Je t'ai vu au déjeuner, ce matin à l'entraînement, et d'autres fois aussi, avant.

Blaise semblait mal à l'aise et un peu paniqué, il savait pertinemment qu'il était inutile de mentir à la blonde.

— Je … c'est possible oui, soupira-t-il.

Elienor sourit et rétorqua :

— On dirait que tu viens de m'avouer une catastrophe.

— S'en est une, assura le basané, cela m'étonnerait qu'il partage mes sentiments.

La jeune femme leva un sourcil interrogateur et l'enjoignit à continuer. Blaise soupira :

— Écoute, vous êtes tout les deux des créatures vraiment magnifiques, alors mes chances sont plutôt mauvaises… et puis je ne pense pas qu'Eiden soit de ce bord-là.

— Oh il est certain qu'un très beau vélane tel que toi n'a aucune chance avec personne, ironisa Elie, un petit rictus moqueur fiché sur le visage. Ce n'est pas comme si tu étais courtisé par une bonne partie de cette école.

Blaise n'était pas surpris qu'Elie ait deviné son sang, après tout lui avait bien découvert ses origines dès leur première rencontre. Il savait parfaitement qu'elle ne dirait rien à personne, après tout, elle était en mauvaise posture elle aussi, de par son héritage et s'il en croyait ses cicatrices et les théories qu'il avait élaborées, elle était plus encore en danger que lui.

— Eiden n'est pas gay, assura le jeune homme.

— Oh, et tu sais cela par ce que ... ?

Blaise expira fortement, la jeune femme ne pouvait guère dénier la paternité de Severus en ce moment, avec son air sarcastique et son sourire moqueur.

— Je le sais, car il regarde les filles et que je ne l'ai jamais entendu parler de garçons.

Elie soupira et referma son livre d'un coup sec.

— Eiden est un énorme boulet en matière de sentiments, on ne peut vraiment rien découvrir de concret en le regardant. Le mieux est encore de lui demander.

Blaise rougit fortement, assez pour que cela soit visible malgré sa peau foncée.

— Je ne ferai pas cela, il est mon ami et je tiens à ce qu'il le reste.

Elie ouvrit la bouche pour parler, mais il ajouta précipitamment :

— Et toi non plus.

Elle la referma, un peu mécontente, mais leva ses mains en signe de réédition, ce qui sembla tranquilliser le garçon.

— Oublie cela Elie, ça vaut mieux. C'est également ce que je vais tenter de faire.

Et il reprit sa lecture, ignorant le regard de sa voisine.

Ils n'en avaient plus reparlé et la vie avait repris son cours, Blaise continuait de jeter de petits regards discrets au fils de Severus, Eiden à ne se rendre compte de rien et Elie à assister à cela sans rien dire. Petit à petit, les choses s'étaient faites plus sereines, Halloween approchait à grands pas et cette histoire fut reléguée au second plan.

0o0o0

— Miss Rogue ?

Elie releva la tête vers le professeur Ombrage qui la regardait d'un air mauvais.

— Oui Madame ?

— Puis-je savoir ce qui vous dispense de lire ce que je vous ai demandé, Miss ?

— Et bien je me demandai comment j'allais pouvoir produire ce sortilège avec de telles explications.

— Et bien les explications de Mr Eskivdur sont parfaitement claires, elles vous seront amplement suffisantes pour réussir ce maléfice lors de vos Buses, fit Ombrage d'une voix doucereuse.

— Je crains malheureusement que ce ne soit pas le cas, Professeur, il n'y a rien de décrit quant à la gestuelle attendue et sans cela, difficile de réussir ce sort.

Les yeux de l'adulte se refroidirent considérablement et son ton devint clairement menaçant.

— Remettriez-vous en cause les écrits de l'auteur, écrits que le Ministère et moi-même avons validés.

— Loin de moi cette idée, professeur, j'essaye jute de comprendre le pourquoi de cet enseignement.

Les sourcils de la femme se perdirent sur son front, elle semblait forte en colère.

— À quoi faites-vous allusion, Miss ?

— Peut-être qu'Elie fit référence au contenu lacunaire de votre cour et à votre enseignement déplorable qui ne nous permettra jamais de lancer le moindre sortilège, Madame, intervint tranquillement Eiden.

Le crapaud rose enfla d'un coup, mais c'est d'une voix parfaitement calme et polaire qu'elle déclara :

— Je ne pense pas que ce soit votre rôle de remettre en question mes cours, Monsieur Rogue.

Un sourire goguenard prit place sur les lèvres d'Eiden.

— Et moi je pensai que c'était votre rôle de nous apprendre à nous protéger de Voldemort.

Un souffle glacé sembla balayer la classe, tandis que tous avaient les yeux rivés sur Eiden et Ombrage.

— Vous nous avez déjà fait part de vos ridicules élucubrations sur le retour d'un certain mage noir, Monsieur Rogue, mais je ne vous laisserai pas continuer de perturber cette classe. Vous viendrez donc dans mon bureau ce soir, pour une retenue.

Eiden se contenta de sourire impertinemment sans rien dire alors qu'Ombrage faisait volte face en leur intimant à tous de reprendre leur travail.

0o0o0

Ce soir là, lorsqu'Eiden rejoint Elie qui l'attendait dans un coin du parc, après sa retenue, il eut toutes les peines du monde à la retenir de se jeter sur l'immonde crapaud rose. La professeure lui avait fait écrire des lignes avec son propre sang, scarifiant la peau de sa main du même coup.

— Ça va Elie, je n'ai presque plus mal de toute façon.

— Cette femme est ignoble Eid, on ne peut pas la laisser faire !

— Que proposes-tu ? Nous ne pouvons rien faire, elle a l'appui du Ministère, personne ne pourra rien dire.

La jeune femme renifla, mais ne répondit pas. Désireux de la dérider un peu, Eiden l'entraîna plus profondément dans le parc. Ils s'installèrent assez loin du château pour être invisible des fenêtres, sur une petite berge, entre le lac et la forêt. Il ne fallut pas longtemps pour que l'adolescente retrouve sa bonne humeur et les deux jeunes gens finirent par chahuter joyeusement dans l'herbe comme des enfants. La soirée était fraîche, l'automne tirait sur sa fin, alors Elie prit assez rapidement sa forme d'once, réchauffant son frère de sa fourrure douce et épaisse. Eiden ne se fit d'ailleurs pas prier pour plonger ses mains froides dedans, appréciant sa texture et la chaleur que son corps animal dégageait. Il ne put cependant s'empêcher de la chatouiller derrière les oreilles, ce à quoi le félin répondit en grondant et en léchant moqueusement le visage du garçon à grand coup de langue râpeuse.

— Non Elie s'il te plaît ! rit son frère en tentant d'échapper à la prise de son animal de sœur.

Celle-ci ronronna fortement, comme si elle se moquait et continuait de lui lécher consciencieusement la face et le cou, faisant se tortiller sous elle le jeune homme hilare. Fermement maintenu entre ses deux pattes puissantes, il ne pouvait s'échapper, malgré tout ces efforts. Gloussant et soufflant, Eiden repoussa sans succès sa sœur jusqu'à ce que, sans n'avoir rien fait consciemment, son corps s'allonge et se couvre de poils, que son visage change et qu'il devienne sous le regard stupéfait de sa sœur, un immense loup noir, plus grand encore qu'Elie sous sa forme féline.

Le garçon ne se rendit pas immédiatement compte de sa transformation et lança seulement un regard interrogatif à sa sœur lorsqu'elle se recula, l'œil content, mais surpris. Ce n'est que lorsqu'un doux jappement sortit de sa bouche devenue gueule qu'il comprit le problème. Il se redressa d'un bond, tanguant sous le manque d'équilibre, pas encore habitué aux quatre pattes et à la queue. Elie se colla gentiment à son flanc pour l'empêcher de tomber et lui laissa le temps de s'adapter à sa nouvelle forme. Il ressemblait un peu à un loup de Sibérie, mais en bien plus gros et dangereux : sa fourrure était noire comme la nuit, fournie et douce, son corps puissant, ses canines longues et acérées. Seuls ses yeux étaient restés les mêmes. Après quelques pas, Elie grogna, l'invitant à la suivre autour du lac. Ils accélèrent progressivement, à mesure qu'Eiden apprivoisait son nouveau corps et ils finirent par courir frénétiquement entre le lac et la forêt, frôlant à peine l'herbe tant ils étaient véloces.

Désireux de jouer un peu, le garçon sauta brusquement sur sa sœur, l'écrasant au sol sous son poids, bien plus élevé que celui du jeune félin. Celle-ci grogna de surprise, mais se débattit bientôt joyeusement, tentant de déloger son frère qui s'appuyait de toute sa masse contre elle. Mais résolut de se venger, Eiden ne la laissa pas faire et se mit même à lui lécher à son tour le visage. Il fut ainsi aux premières loges lorsqu'elle changea elle aussi, prenant la forme d'une louve un peu plus petite et fine que lui. Elle avait elle un pelage blanc pur, très doux et une tête plus étroite, plus féminine. Mais contrairement à son frère qui n'avait guère l'habitude des changements de forme, elle comprit immédiatement ce qui se passait. Elle se releva après que son frère l'eut libéré, et se dirigea vers le lac pour inspecter son reflet. Cela dut lui plaire, car elle jappa joyeusement, la queue frétillante et les deux adolescents reprirent leurs jeux, s'ébattant un moment encore dans la nuit, apprivoisant leur nouvel héritage.

Ils rentrèrent très tard ce soir-là, mais profondément heureux. Surtout Eiden qui n'avait encore jamais fait l'expérience des animagi. Pour les deux, c'étaient comme si quelque chose de profond en eux s'était enfin donné à voir, comme s'ils étaient un peu plus complet depuis cette expérience, comme si un vide s'était enfin comblé. Et bien qu'ils dormirent très peu tous deux, c'est en excellente forme et humeur qu'ils déjeunèrent en compagnie de leurs amis. Ce que les autres ne manquèrent pas de remarquer.

— Vous avez encore passé une bonne partie de la nuit hors du dortoir hier, est-ce de dormir si peu qui vous rend si content ? bougonna Blaise qui s'était apparemment levé du mauvais pied.

— Un peu de maraudage peut rendre le sourire à n'importe qui, tu devrais essayer Blaise, un peu d'air frais et de nature te ferait du bien, lui répondit Eiden en recouvrant sa tartine d'une épaisse couche de marmelade.

— J'ignore comment le froid et la privation de sommeil pourraient faire de moi un homme heureux, Eid, grommela son ami, la tête entre les bras.

— La liberté, Blaise, juste un moment de liberté.

Le basané secoua la tête, mais ne dit rien, ne partageant visiblement pas l'enthousiasme de son voisin qui engloutissait gaiement son déjeuné. Il se saisit d'un petit pain, la mort dans l'âme et la mine basse.

— La bonne chose d'aujourd'hui est que l'on n'a pas cet immonde crapaud rose, intervint Pansy en tournant sa cuillère dans son thé. D'ailleurs, comment c'est passé ta retenue, Eiden ?

— Oh rien de bien exceptionnel, elle m'a fait copier des lignes comme un enfant.

Elie jeta un regard discret en direction de son frère, mais n'intervint pas. Si Eiden ne voulait rien dire aux autres, ce n'est pas elle qui vendrait la mèche.

— Cette prof est déplorable, je me demande comment on va pouvoir réussir nos Buses avec de tels enseignements ! s'insurgea Pansy.

Le brun haussa les épaules tout ne continuant de manger, il n'avait guère envie de penser à Ombrage alors qu'il était de si bonne humeur. Il laissa donc Théo et Elie répondre à la jeune femme et attira à lui une autre petite et savoureuse brioche. Il avait vraiment une envie dévorante de nourriture ce matin et il s'appliquait consciencieusement à la satisfaire, concurrençant Ron dans le domaine de la gloutonnerie. Elie lui avait expliqué que c'était l'un des effets de la première métamorphose et que c'était tout à fait normal. De toute façon, un surplus de nourriture ne pouvait lui faire grand mal : il n'avait toujours pas repris un poids convenable. Il s'apprêtait à se resservir encore lorsqu'une voix grave et agréable l'interrompit :

— Eh bien Den, tu as vraiment une faim de loup ce matin …

Le fils de Rogue se retourna pour faire face à son interlocuteur, un élève de Serdaigle, de la même année qu'eux, qui lui faisant un grand sourire, tout à fait charmant.

— Bonjour à toi aussi Assar !

Le jeune homme sourit encore, ce qui illumina un peu plus ses yeux d'or fondu. Assar Menes ressemblait beaucoup à son frère aîné, Anton : même peau basanée, mêmes cheveux corbeau, même silhouette fine et athlétique, forgée par le quidditch, même sourire renversant. Mais là où Anton était calme et posé, Assar était un véritable feu-follet, joyeux et ardent. Il posa une main familière sur l'épaule du brun.

— Tu m'as l'air particulièrement en forme ! La nuit a-t-elle été riche en événements agréables ?

L'entourage du brun s'étrangla, le bleu et bronze venait-il de faire référence à une quelconque vie sentimentale du fils Rogue ? Pourtant Elie semblait avoir passé la soirée avec son frère … Et puis d'ailleurs, comment le serdaigle pouvait savoir de telle chose ? Pansy surtout tendit l'oreille, bien décidée à en apprendre davantage.

Eiden sourit et tenta de repousser d'une bourrade amicale l'étreinte de l'autre, sans succès.

— Tout ceci ne te regarde aucunement Assar.

Le brun, contrairement à ses amis, savait parfaitement que le serdaigle ne faisait pas allusion à sa vie intime, mais bien à sa métamorphose récente. Assar, tout comme Anton, était issu d'une vieille lignée de métamorphes égyptiens, descendant des prêtres d'Anubis de l'Antiquité. Ils avaient tout de suite deviné les créatures magiques en Eiden et Elie, comme la jeune femme l'avait fait pour eux, et c'était en partie cela qui les avait rapprochés. La blonde connaissait également de réputation le clan auquel ils appartenaient, un allié du sien.

— Mais cela pourrait, susurra le serdaigle en glissant sa main de l'épaule à l'arrière de la nuque d'Eiden, le rapprochant ostensiblement.

Blaise grimaça, il ne goûtait guère à la proximité des deux garçons et Assar était bien trop séduisant pour qu'il ne se sente pas menacé par lui. Mais Eiden se dégagea avec douceur, sans cesser de sourire.

— Assar … souffla-t-il, comme s'il grondait un enfant.

Le jeune homme se rapprocha encore, bien trop selon l'avis de certains.

— Nous pourrions sortir ensemble cette nuit, je te montrerai des coins de l'école que tu n'as pas encore visitée, fit sensuellement le garçon.

— Je connais le château, Assar, je n'ai sûrement pas besoin de toi pour en faire le tour.

Le sourire du serdaigle s'agrandit :

— Mais nous ne sommes pas obligés de visiter, on peut aussi s'installer dans un petit coin tranquille …

Blaise était furieux à présent, comment osait-il le séduire de la sorte ? À la vue de tous ? D'abord Eiden n'était pas gay, il le saurait ! À quoi jouait ce petit égyptien trop sexy ? Le jeune Zabini se ferait un plaisir de lui montrer quelques sortilèges de son crû s'il ne s'éloignait pas très vite de son brun ! Mais avant qu'il ne puisse mettre ses menaces à exécution, Elie intervint, sauvant Blaise du dévoilement public de ses réels sentiments.

— Et si tu retournais à ta table, Assar, Eiden n'a pas fini de petit-déjeuner et les cours vont bientôt commencer, tu ne voudrais pas qu'il aille en sortilège le ventre vide, n'est-ce pas ?

Le bleu et bronze éclata de rire, mais se décolla un peu du garçon.

— Il est très loin d'avoir le ventre vide, Enor !

— Disparaît Assar, fit juste Elie.

Tranquillement, l'égyptien passa un doigt sur la joue d'Eiden, baisa la main d'Elie et les quitta sur un nouvel éclat de rire. Les jumeaux firent comme si rien de tout cela ne s'était produit et reprirent leur repas comme si de rien n'était. Les autres durent donc faire de même, ne sachant comment prendre l'intervention du jeune serdaigle. Seuls Blaise et Drago échangèrent un regard révélateur et le blond glissa tout doucement :

— Alors tu …

Son ami secoua la tête pour l'empêcher de continuer et murmura en retour :

— Une coalition contre les frères Menes, ça te dit ?

— Et comment ! fit sombrement le fils Malfoy en lançant un regard noir à la table des serdaigles, caressant dangereusement sa baguette.

Mais la reprise des cours mit fin à toutes tentatives de vendetta et les deux amis durent remettre leurs idées vengeresses à plus tard. Suivant les autres en Sortilège, ils tachèrent de ne pas fusiller du regard Assar qui suivait le cours avec eux. Pendant deux longues heures, Blaise dut supporter le comportement séducteur du garçon et les sourires enjôleurs qu'il adressait à Eiden. Elie finit par le voir et se pencha vers lui :

— Blaise calme-toi, ce n'est qu'un jeu.

— Il a l'air vraiment intéressé pour quelqu'un qui ne fait que jouer, souffla douloureusement son ami.

— Je croyais que tu étais sûr qu'Eiden n'était pas gay, il n'y a donc pas de problème.

— Ce gars rendrait n'importe qui gay, Elie.

La jeune femme eut un petit sourire indulgent et lança un sortilège de mutisme parfaitement exécuté sur son corbeau.

— Blaise, si cette situation t'est inconfortable, va parler à Eiden. Il ne peut pas le deviner, il est bien trop aveugle.

Le basané lui lança un regard exaspéré et soupira.

— Elie on en a déjà parlé …

— Ensemble oui, mais ce n'est pas avec moi que tu dois parler de cela.

Après le cours de Sortilège, vint un second double cours qu'ils partagèrent cette fois avec les Gryffondors et Elie passa, comme à son habitude, les deux heures avec Neville, tandis qu'Eiden, lui travaillait avec Ron Weasley.

Lorsque vint l'heure du repas, les serpentards s'apprêtaient à quitter la serre quand Hermione Granger se présenta à eux :

— Eiden, tu accepterais de manger avec nous quelque part ? Nous avons vraiment besoin de te parler.

Le jeune homme n'hésita pas une seconde, il se saisit de son sac et les accompagna, non sans avoir jeté un regard à sa sœur pour qu'elle le suive. Ils gravirent les étages rapidement et se retrouvèrent dans une vieille salle désaffectée. En quelques sortilèges, Hermione scella la porte, nettoya la poussière et fit ronfler un feu dans la cheminée, puis elle lança un sortilège d'intimité qui leur accordait un peu de paix. Puis les cinq amis Hermione, Ron, Neville et les jumeaux s'assirent par terre sur une immense couverture qu'Elie avait conjurée et Hermione leur passa à tous de délicieux sandwichs et des bouteilles de jus de citrouilles.

— Les elfes, répondit la brune à Eiden qui avait levé un sourcil interrogatif.

— Tu as exploité les elfes !

— Bien sûr que non je ne les aie pas exploités, je leur aie seulement demandé un service.

Eiden sourit moqueusement, mais abandonna la partie et demanda seulement :

— Alors, que voulais-tu me dires ?

— Je voulais te parler des cours d'Ombrage et de combien ils étaient désastreux.

— J'avais remarqué, fit Eiden en sirotant son jus de citrouille comme si c'était un bon vin, je ne sais pas si tu as vu, mais je m'accroche même régulièrement avec elle à propos de cela et de Voldemort.

— On avait vu, oui … marmonna Ron en engloutissant son troisième sandwich.

— Quoiqu'il en soit, continua Hermione, ignorant l'intervention du rouquin, c'est de cela que je voulais te parler, d'Ombrage et de … Voldemort.

Un frisson secoua Neville et Ron, tandis qu'Elie n'avait aucune réaction. Dans les yeux d'Eiden brilla une lueur de fierté avant qu'il ne s'appuie nonchalamment sur le bureau derrière lui.

— Je t'écoute.

— On en a parlé avec Neville et Ron, commença Hermione en jetant un regard aux intéressés qui avaient grimacé.

La jeune femme leur jeta un regard noir et reprit :

— Je disais donc que nous avons pensé que tu pourrais, toi, donner quelques cours à ceux qui le voudraient.

— Moi !? s'étonna Eiden, ne voyant pas vraiment où elle voulait en venir.

— Impossible que ça ait un lien avec le fait que tu es l'un des meilleurs élèves de Défense contre les forces du mal que cette école ait connue, fit tranquillement Elie en enroulant une de ses longues mèches autour de son doigt.

Son frère lui lança un regard mi-acide, mi-désespéré.

— Tu deviens terriblement narquoise, Elie.

Elle haussa les épaules, continuant son manège avec ces cheveux.

— Ça doit venir de père.

— Ou des serpentards, souffla Ron.

Les jumeaux levèrent les yeux au ciel et Eiden consentit enfin à répondre à Hermione.

— Ok, je suis d'accord, fit-il, la mort dans l'âme et sachant qu'il était de toute façon vain d'espérer échapper à sa meilleure amie.

Les trois autres affichèrent une mine réjouit et un grand sourire, mais le brun leva une main pour couper cours à toutes paroles et continua :

— Mais à deux conditions.

Hermione lui lança un regard interrogateur et l'enjoignit à les exposer.

— J'aimerai qu'Elie et toi vous m'assistiez.

Tous hochèrent la tête et les deux filles lui firent un petit sourire, l'assurant de leurs soutiens.

— Et je voudrai le proposer à nos amis également, à Elie et moi.

— À vos amis … de Poufsouffle et Serdaigle ?

Le ton de Ron transpirait l'espoir et l'inquiétude à la fois. Il chercha une confirmation auprès de son meilleur ami qui eut un sourire en coin.

— Bien sûr, fit-il d'un air rusé, en plus des serpentards.

Le teint de Ron vira au blanc cadavérique et il quémanda un peu de soutien auprès des deux autres gryffondors, soutien qu'il ne trouva pas.

— Mais … mais les serpentards …

— Je suis un serpentard, ainsi qu'Elie.

Le fils Weasley secoua violemment la tête de gauche à droite.

— Tu n'es pas réellement un serpentard, Eid, ça ne fait que quelques mois et Elie devait être avec nous ou chez les aigles, pas avec les serpents.

— Je devais être chez les verts et argents depuis le début, Ron, j'ai demandé au Choixpeau de m'envoyer à Gryffondor, mais il voulait que j'aille à Serpentard.

Ron voulut dire quelque chose, mais c'est Neville qui le coupa cette fois.

— Ron, tous les serpentards ne sont pas mangemorts, même si beaucoup sont leurs enfants. On a eu de la chance de naître du bon côté, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Si nous ne leur ouvrons pas nos bras, la plupart rejoindront Voldemort, même si c'est sous la contrainte.

— Tu crois vraiment qu'ils vont se joindre à nous ? s'enquit le rouquin, stupéfait par la tirade de son camarade. Ils prônent la pureté du sang et détestent les moldus.

— C'est un rôle, Ron, c'est pour survivre ! s'exclama Neville. Et même si ce n'est pas le cas, prôner le sang pur ne veut pas forcément dire s'allier à Voldemort, il y a tout de même une différence entre des convictions et le fanatisme.

— Ils n'ont nulle part où aller, intervint Elie, aucune raison de se battre pour les autres, car personne ne se bat pour eux.

Tous gardèrent un moment le silence puis Hermione reprit la parole.

— J'ai pensé que nous pourrions réunir ceux qui sont intéressés pendant la prochaine sortie Pré-au-Lard.

— Samedi prochain ? Déjà ? s'exclama Eiden.

— Tu pensais attendre la veille des Buses ? fit sournoisement sa sœur.

Le jeune homme la fixa et fit d'un ton douloureux.

— Tu deviens vraiment sarcastique Elie …

Elienor leva un sourcil.

— Tu préférais que je reste une pauvre petite chose fragile toute ma vie ?

Le garçon ne répondit rien, surpris par les paroles dures de sa sœur malgré le ton léger qu'elle avait employé. Elle souffla fortement et reprit d'un ton beaucoup plus sérieux.

— C'est comme cela que je suis Eid, tu ne me changeras. L'incident de cet été … et bien cela m'a un peu chamboulé, je n'ai pas été moi-même, mais je ne suis pas et ne serais jamais une petite poupée de porcelaine à protéger à tout prit. Mon véritable moi, ce n'est pas cela et je suis désolée si tu n'apprécies pas cet état de fait, Den.

L'ambiance s'était faite pesante et Eiden semblait catastrophé. Il fondit sur sa sœur et la serra contre lui dans un geste d'excuse

— Pardonne-moi Enor, je n'ai jamais voulu que tu croies que … Je t'aime comme tu es, sois-en sur. Et je ne t'ai jamais cru fragile, Elie, jamais. Bon sang, El, tu ne te plains jamais, tu fais face tout le temps, sans broncher. En une nuit tu es passé tout prêt de la mort, appris l'existence d'un frère et d'un père au passif vraiment encombrant, venu vivre dans un nouveau pays, dans une nouvelle école, avec de nouveaux amis. Enor s'il y a bien quelque chose que tu n'es pas c'est une petite poupée fragile, mais bien une des personnes les plus courageuses que je connaisse !

Contre toute attente, la jeune femme le fusilla du regard :

— Attends tu n'as pas le droit de me dire cela, comme si toi tu n'avais rien vécu ! Ta vie est un enfer, tu as joué à l'elfe de maison pendant plus de dix ans et tu as eu … tous ces trucs horribles qui te sont tombés dessus et …

— Euh si vous le permettez, intervint Neville, bien que tout ceci soit très mignon, ce n'est pas vraiment le moment de décider de qui a la vie la plus pourrie.

À ces mots l'ambiance se réchauffa immédiatement et les jumeaux éclatèrent de rire, vite rejoint par les autres. Ils passèrent tous un moment à se tordre ainsi, dans cette salle vide et désaffectée. Puis finalement, Eiden donna son accord pour la sortie de Pré-au-Lard et les jumeaux passèrent le reste de la journée avec les trois gryffondors, au grand dam de deux serpentards vraiment déprimés. Pansy ne manqua d'ailleurs pas de remarquer les regards assassins que Drago et Blaise lançaient en direction de la table des rouges et or. Elle tenta à nombreuses reprises au cours du repas de leur tirer les vers du nez, mais ils se montrèrent tous deux inflexibles. Mais Pansy ne se laissai pas abattre aussi facilement, elle tenta d'embarquer Théo avec elle, mais le garçon se détourna bien vite de l'interrogatoire de la brune au profit du délicieux gâteau à a citrouille servit ce soir-là. Elle s'échina longuement à faire parler ces deux gargouilles grimaçantes d'amis, sans succès, ne recevant en retour que deux regards glaçants.

Mais Pansy était quelqu'un de tenace, une fois le repas terminé elle tira les deux jeunes hommes dans leur dortoir, entraînant dans son sillage Théo et sa part de gâteau. Claquant la porte derrière elle, la jeune fille pointa d'un doigt impérieux les lits de Blaise et Drago, qui se traînèrent jusqu'à eux avec des airs de martyrs, tandis que Théo s'installait à même le sol, entre les deux couches, appuyés contre l'armoire du basané.

— Explications ! ordonna l'adolescente.

Aucun des garçons ne parla et ils firent bien attention de river leur regard sur le dessus de lit, fuyant celui de Pansy. La brune soupira, désespérée.

— Vous vous rendez compte que vous avez été parfaitement imbuvable tous les deux aujourd'hui, alors j'estime que l'on mérite bien quelques explications.

Aucune réponse, elle soupira à nouveau. Ce fut finalement Théo qui parla, un sourire un peu railleur accroché au visage.

— En faite, Drago a un gros faible pour Elie et supporte très mal de la voir si proche de quelqu'un d'autre, surtout quand ce quelqu'un est aussi sexy qu'Anton Menes ou aussi agréable et charmant que George Weasley.

La jeune femme balaya ses mots d'un geste impatient de la main, elle savait déjà tout cela, ça durait quand même depuis la rentrée.

— Et Blaise n'a rien trouvé de mieux que de tomber amoureux d'un hétéro.

— Un hétéro ?! s'exclama Pansy.

— Je ne suis pas amoureux de lui ! s'insurgea Blaise.

Tous levèrent une tête sceptique vers le métis.

— J'éprouve … des sentiments indéfinis pour ce garçon, fit-il tandis que Pansy levait un sourcil dubitatif. Des sentiments indéfinis et non partagés.

Son amie s'approcha et s'assit à ses côtés, entourant les épaules du basané d'un de ses bras, le serrant un peu contre elle. Après un instant il se laissa aller en soufflant doucement.

— Alors tu es sûr que c'est un hétéro ?

Blaise soupira et hocha la tête d'un geste faible, sous l'air peiné et compatissant de la jeune femme.

— En vérité, songea tout haut Théo, je ne suis pas certain qu'il soit vraiment hétéro. On n'a aucune preuve de cela.

— Et tu es sûr que tes … sentiments indéfinis ne sont pas partagés ? demanda doucement Pansy, arrachant un tout petit sourire à son ami.

— C'est un ami, Pansy, il ne me voit que comme cela.

— Il ne tient qu'à toi de te déclarer, Blaise, sinon tu ne sauras jamais.

— Je ne veux pas perdre son amitié.

Théo émit un grand et théâtral soupir.

— Assar lui a très clairement montré son intérêt et il est toujours son ami.

— Assar ?! s'étonna Pansy, puis elle prit une seconde pour réfléchir avant de sursauter. On parle d'Eiden ?!

La jeune femme fit le tour des trois visages de ses amis, fataliste pour Drago, amusé pour Théo et déprimé pour Blaise.

— Je pense que Théo à raison, continua Pansy, après tout il n'a jamais été très clair quant à ses inclinations en matière de sentiments et il ne semble pas prendre plus mal que cela le gringue d'Assar. Dans tous les cas, partagé ou non, il ne te rejettera pas Blaise …

Le bistré soupira et déposa sa tête sur l'épaule frêle de son amie.

— Même s'il est gay, je ne suis pas de taille à lutter contre Assar Menes !

Les trois autres levèrent les yeux au ciel.

— Quoi ! s'exclama Blaise. Vous l'avez vu ? Ce gars est une bombe, il est vraiment sexy, dans le genre charme oriental volcanique, sportif, drôle, intelligent, un corps de rêve et un sourire à tomber.

— Oui tout le portrait de son frère ! s'amusa Théo en engloutissant ce qu'il restait de son gâteau, ignorant totalement le regard noir que Drago lui lança.

— Oh, Blaise toi aussi tu es une bombe, tu es aussi sexy, athlétique, drôle, intelligent et gentil que lui. En plus tu es plutôt bien fournit niveau gènes, rassura-t-elle avec un sourire éclatant.

Drago, Pansy et Théo étaient parfaitement au courant des origines vélanes de Blaise. Ils se connaissaient depuis l'enfance et le métis leur faisait parfaitement confiance pour garder son secret, c'est pourquoi il n'eut aucune réticence à rétorquer :

— Assar a de très bons gènes lui aussi.

— Ah oui ? interrogea Pansy, son désir de commérages refaisant surface.

— Ouai, métamorphe, sa tante est l'Alpha de son clan, marmonna Blaise en relevant la tête, clan plutôt influent d'ailleurs, très proche des Cavaliers d'Ombre.

— Les Cavaliers d'Ombre ? demanda Drago, momentanément tiré de sa dépression.

— Un clan français très ancien, répondit Théo qui avait fait venir à lui une pile de chocogrenouilles, grignotant assis sur le sol comme devant un bon film, parmi les plus influents du Vieux Continent. Probablement celui d'Elie d'ailleurs.

— Celui d'Elie ? répéta Drago, relevant la tête.

Théo lui adressa un sourire goguenard.

— Oh tu t'intéresses à ce que je dis maintenant ?

Le blond lui lança un regard polaire qu'il ignora superbement.

— J'ai entendu Elie en parler avec Eiden, de son clan et je pense, tout comme Blaise, qu'il s'agit des Cavaliers d'Ombre.

— Je ne vois pas ce qui vous permet de l'affirmer, dit Pansy en lissant la couverture du lit de Blaise, les clans sont particulièrement secrets.

— Ma mère a des connaissances dans chez les Cavaliers, je connais certaines de leurs habitudes et Elie présente beaucoup de signes … On voit clairement qu'elle à été élevé dans un certain milieu, elle à des manières que même les plus grands aristocrates non pas, des habitudes que l'on ne remarque que chez les autres membres du clan.

— Et Eiden ? interrogea Pansy.

— Eiden n'a pas été élevé par un clan ça c'est sûr, répondit Théo, il ne savait même pas qu'il était un demi-elfe avant son héritage. Il ne connaît rien de son peuple.

— Les jumeaux sont à demi elfiques ? sursauta la jeune femme, s'attirant un regard navré de son ami aux cheveux corbeau.

— Je savais qu'ils n'étaient pas complètement humains, continua-t-elle sur un ton de reproche, mais je n'avais pas deviné leur nature véritable.

— Il n'y a sûrement pas que cela, répliqua le basané, ils dégagent tout deux une odeur … un je-ne-sais-quoi d'autre. À mon avis, leur sang est plus métissé qu'on le pense.

Ils plongèrent tous dans leurs pensées propres puis Pansy se leva d'un bond, surprenant tout le monde avant de rejoindre Drago sur son lit.

— Et donc toi, explique-moi le pourquoi de cette humeur massacrante.

Le blond grimaça, mais ne répondit pas, déclenchant un énième soupir de la jeune femme. Elle pouvait se montrer très maternelle avec ces amis, aussi insistante et surprotectrice que Molly Weasley, mais réconfortante malgré tout. Elle secoua la tête d'un air navré, face au silence de Drago.

— Bon, voilà ce que je pense, fit-elle en étirant ses bras devant elle. Tu as craqué pour Elie dès le premier jour, à la boutique, tu as bassiné Blaise avec elle tout le mois d'août. On peut te comprendre, elle est magnifique, gentille, puissante, bien élevée, intelligente, exotique, enfin toutes ces choses qui te plaisent tant et comble du bonheur, réunies dans une seule personne ! Bref, tu la revois dans le train, ton attirance se confirme. Heureux coup du sort, elle est envoyée à Serpentard et tu la côtoies tous les jours, devenant complètement dingue d'elle.

La grimace du fils Malfoy s'accentua et Théo pouffa dans son coin.

— J'ai raison, où tes sentiments sont seulement indéfinis ? demanda-t-elle en coulant un regard acéré en direction de Blaise qui rougit autant que lui permettait sa carnation. Alors ?

— Je … mes sentiments ne sont pas … enfin ils sont définis.

— Drago Malfoy qui bafouille, voyez-vous cela ?

Excédé, le blond balança son oreiller au visage de Théo qui affichait une mine moqueuse. Pansy l'enjoignit à parler, ce à quoi il dû ce résoudre sous l'insistance de son amie.

— Elie est plutôt … amicale avec beaucoup de monde, et tactile aussi. Surtout avec Londubat, Menes et Weasley. Et j'ai le sentiment que … que je ne l'intéresse pas. Je veux dire, ce sont tous les trois des hommes ouverts, sympathiques, pas vraiment … et bien pas vraiment comme moi.

Pansy leva les yeux au ciel.

— Dois-je vraiment soigner l'ego blessé de deux des plus beaux spécimens de cette école ? C'est ridicule ! Vous êtes ridicule ! Bougez-vous les fesses et allez leur parler ! Vous croyez quoi ? Qu'ils vont deviner ? Qu'ils vont se découvrir un beau matin des sentiments tous neuf pour vous ? Lever votre cul aristocratique d'ici et aller leur parler, ce sont nos amis, pas des monstres, ils sont même plus gentils que la plupart, qu'est ce que vous risquez ? Elle se tourna vers le basané. Bon sang Blaise ! Tu es en partie vélane alors utilise un peu de ton charme naturel et lance-toi. Et toi ! Elle fixa le blond. Tu es Drago Malfoy, descendant d'une des plus puissantes familles de ce pays, tu es beau comme un dieu et tu as des tas de qualités soigneusement cachés au grand public alors montre-lui en quelques-unes d'accord ?

Il allait répondre quand les principaux concernés entrèrent, emplissant le dortoir de leurs rires clairs. Ils se stoppèrent cependant net en constatant l'ambiance quelque peu tendue de l'endroit.

— Un problème ? interrogea doucement Eiden.

— Non, aucun, assura joyeusement Pansy en souriant largement.

— Vous êtes sûr ? insista Elienor en s'approchant, vous avez l'air … et bien je ne sais pas de quoi vous avez l'air exactement … mais cela ne semble pas être bien.

Blaise lui adressa un petit sourire qui sembla la rassurer et elle se rapprocha encore, avant de s'asseoir à côté du basané, ramenant contre elle ses jambes minces. Son frère la suivit, prenant place auprès de Théo qui lui proposa en silence un chocogrenouille qu'il accepta avec reconnaissance. Les jumeaux avaient un faible bien connu de leurs amis pour le chocolat. Théo ne manqua d'ailleurs pas d'en donner aussi à Elienor, s'amusant du sourire qu'il reçut en échange. La jeune fille déballa son chocolat, perdue en elle-même, mais cessa brusquement son entreprise, semblant se rendre compte de quelque chose. Elle releva la tête et parcourut l'assemblé du regard. Son regard s'attrista un instant et elle murmura, soudain mal à l'aise :

— Nous sommes désolés de vous délaisser depuis quelque temps.

Eiden braqua immédiatement ses yeux sur sa sœur et ils semblèrent avoir, pendant une seconde, l'un de ces étranges échanges silencieux qu'ils avaient parfois. Puis le garçon baissa la tête et murmura lui aussi des excuses. Les enfants Rogue semblaient sincèrement embarrassés et repentants alors Blaise attira Elie à lui et la saisit doucement par la taille.

— Hey, ce n'est pas grave … fit-il doucement, on sait que vous êtes très demandé !

Elie émit un petit rire et retrouva le sourire, sous la caresse que le bistré avait entreprise contre son flanc.

— On vous promet qu'on fera des efforts, assura Eiden, vous êtes très important pour nous, on sait qu'on ne vous accorde pas assez de temps.

Les autres étaient très touchés par les paroles du jeune homme, habituellement peu friand de ce genre de confession.

— T'inquiètes Eid, on sait que ce n'est pas contre nous. Vous êtes juste tellement populaire ! se moqua Théo qui reçu en retour un coup de poing amical dans l'épaule.

— Tu serais sans doute plus populaire si tu étais moins sarcastique, fit en retour le fils Rogue.

— Je n'ai aucune envie d'être populaire, être craint me suffit, répondit l'autre en décapitant sa grenouille en chocolat d'un coup de dent sauvage.

— Tu n'es pas craint, Théo, rit Drago, sauf peut-être des sucreries.

Son ami aux cheveux corbeau bouda un peu, croisant les bras, mais abandonna bien vite son attitude lorsqu'Eiden fit venir à lui magiquement quelques bonbons français offerts par Elie. Il en distribuait à tous lorsque cette dernière déclara gravement :

— On doit vous parler.

Tous se tournèrent vers elle, surpris par ce changement de ton.

— Quelque chose de grave ? s'inquiéta tout de suite Pansy.

— Non, non, rien de tout cela, la rassura Eiden, Hermione m'a fait part de certaines choses dont on voudrait vous parlez.

La brune leva un sourcil, mais garda le silence.

— Elle pense avoir trouvé une solution aux cours épouvantables que nous dispense l'horrible crapaud rose, continua le jumeau.

— Qui est ? interrogea Drago.

— Elle voudrait que … en quelque sorte qu'ont mettent nos compétences en commun pour étudier ensemble les maléfices.

Blaise eut l'air dubitatif et interrogea doucement :

— Elle ne t'aurait pas plutôt demandé à toi de nous faire cours.

Les joues d'Eiden prirent une adorable couleur coquelicot et le cœur du basané s'accéléra, c'était la première fois qu'il voyait le brun rougir.

— Si … souffla-t-il, craignant un peu la réaction de ses amis.

Mais malgré ses peurs, aucun d'eux ne fut choqué. Ils prirent même très bien la chose et le fils de Severus contempla, ébahit, Pansy frapper dans ses mains, tout excitée.

— Oui ! Excellente idée ! Hermione est brillante, tu es brillant et bientôt nous serons tous brillants.

Le garçon eut un sourire indulgent face à l'exubérance de son amie et désigna sa sœur d'un geste gracieux.

— Elie va m'aider, elle connaît des choses que je ne maîtrise pas.

— Tu es meilleur que moi en défense, Eid et bien plus puissant, intervint sa sœur, assise en tailleur sur le lit, ne soit pas gênée d'être le mentor, cette place te revient.

— Mais tu vas quand même nous apprendre quelques trucs, implora Pansy qui était fascinée par la magie délicate de sa camarade.

— Bien sûr, tout ce que tu voudras, sourit la blonde.

— Tu es bien trop serviable, El, tu vas te faire manger tout cru, déclara Théo.

— Elle est juste gentille, Théo, un concept qui t'est totalement étranger malheureusement, rétorqua Pansy.

Le garçon prit un air sournois et lui tira la langue avant de replonger dans les profondeurs du paquet de bonbons, sous l'œil indulgent des deux filles.

— Pourquoi ?

La voix de Drago avait résonné, interrogatrice, dans le calme de la pièce.

— Pourquoi quoi ? demanda Eiden.

— Pourquoi les gryffons voudraient nous intégrer aussi, on est tous d'horribles mangemorts en puissance je te signale.

— Par ce que je leur ai demandé, répondit le fils Rogue. Parce qu'il est plus difficile de naître du mauvais côté et de faire les bons choix, que de naître du bon côté et de suivre les autres. Je connais votre réelle opinion sur Voldemort et je n'accepterai pas que vous soyez dénigrés et ostracisés alors que vous avez le courage de vous dresser contre les idéaux de vos familles. Je ne les laisserais pas faire !

Drago hocha simplement la tête, mais Blaise, lui s'interrogeait sur la flamme qui animait leur ami, il savait que sa mère avait été tuée par des mangemorts, mais il lui semblait qu'il y avait autre chose. Eiden était vraiment enflammé quand il s'agissait de Voldemort, vraiment concerné pour quelqu'un qui avait vécu loin de l'Angleterre toute sa vie.

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— Eiden !

Le garçon se retourna et sourit en voyant son interlocuteur.

— Eh Assar ! Comment vas-tu ?

L'autre eut un sourire éclatant et se porta jusqu'à lui.

— Beaucoup mieux maintenant.

Le fils Rogue leva les yeux au ciel et se recula pour que son corps ne soit plus aussi proche de celui de l'égyptien.

— Cesse donc tes bêtises, Assar !

Son ami semblait très amusé par la situation et s'avança à nouveau.

— Mais ce n'est pas des bêtises.

Le basané passa une main légère sur la pommette de son vis-à-vis et ses yeux se firent plus doux.

— Comment ça va Eid ?

Le garçon haussa les épaules et répondit tranquillement qu'il allait bien. Assar glissa sa main sur sa joue et murmura tout près de son oreille, toute trace de séduction disparue :

— Et comment vas-tu réellement, Den ? demanda-t-il très sérieusement.

Perturbé par la proximité et le geste tendre de son ami, l'adolescent ne put que souffler :

— Je fais encore … beaucoup de cauchemars.

— Elie ne parvient plus à les calmer ? s'enquit doucement l'autre.

— On n'a plus dormi ensemble depuis cette fois, après la rentrée, c'est … compliqué avec les dortoirs.

— Vous pourriez dormir chez votre père …

— Tu sais bien qu'on ne veut pas profiter de cela, le népotisme c'est pour les faibles.

— Peut-être, mais si ça va si mal, vous pourriez faire une exception.

— Nous n'en sommes pas encore là.

Assar était encore très près de lui, si près qu'Eiden sentait son odeur exotique et puissante, le contact chaud de son corps contre le sien et ses gestes tendres. Mais ce n'était pas gênant, c'était même assez réconfortant, Assar, sous ses dehors dragueur et enjoué était vraiment un ami fidèle, un pilier pour ses proches. Il passa doucement sa main derrière la tête d'Eiden et le poussa légèrement à la reposer contre lui, à s'abandonner un moment.

— Tu es sûr de cela ?

— Oui.

— Elie s'inquiète pour toi, Den, elle trouve que tu vas plus mal encore depuis quelque temps. Je sais qu'Halloween approche et que c'est toujours difficile pour toi, mais parle-nous, parle-lui, laisse-nous t'aider.

Sur ses mots Assar saisit doucement son menton et le força à relever la tête vers lui. Plongeant dans les yeux interrogateurs du brun, il posa doucement ses lèvres sur celle d'Eiden, lui laissant le temps de s'écarter s'il le désirait. Mais il ne le fit pas, laissant l'autre garçon l'embrasser tendrement. Pendant un instant, le brun ne réagit pas, mais il finit par bouger ses lèvres et entrouvrir sa bouche, laissant Assar la pénétrer de sa langue. Le baiser du basané était comme lui, tendre, doux, pas le moins du monde enflammé ou passionné, mais réconfortant, amical. Eiden s'y abandonna complètement et sentit le sourire de son ami contre ses lèvres. Encore un moment et Assar s'écarta, déposant un petit baiser sur les lèvres rougies. Aucuns d'eux ne dit quoique se soit et l'égyptien laissa le fils Rogue profiter encore un peu de son étreinte. Ils n'avaient rien d'ambigu entre eux, rien d'amoureux. Ils étaient amis et ce n'était qu'un moyen de donner un peu de tendresse à Eiden qui en avait bien besoin. Bien sûr, tout Poudlard croyait fermement qu'Assar voulait son ami, mais tout ceci n'était qu'un jeu. Le basané était quelqu'un de séducteur et de joueur et n'agissait ainsi que pour tirer quelques sourires à Eiden. Celui-ci finit d'ailleurs par s'écarter et remercia à mi-voix l'égyptien.

— Oh, mais tout le plaisir est pour moi Eid, sourit le métamorphe en baisant le front blanc, vierge de toute cicatrice à présent que la magie des elfes avait effacé toutes ces anciennes marques.

Assar captura sa main dans la sienne et l'entraîna avec lui dans la Grande Salle lançant Eiden sur le sujet du quidditch et du match gryffondors/serpentards imminent. Tous à leur réflexion, les deux garçons ne se rendirent pas compte qu'ils se tenaient encore la main. Ils se stoppèrent entre la table des serpentards et celle des serdaigles. Assar embrassa Eiden sur la joue et lui glissa discrètement à l'oreille :

— Oh et Den, ne me dit plus jamais que tu es hétéro.

Le basané sourit à la mine confuse du brun, frotta son nez contre sa joue et le quitta sur un dernier sourire, laissant l'autre s'installer au milieu de ses camarades. Immédiatement, Pansy se jeta sur lui :

— Eiden, n'as-tu rien à nous dire ?

— Absolument rien, soupira-t-il en tirant à lui le plat de viande.

— Pourtant tu as l'air proche d'Assar, vraiment très proche, insista la jeune femme. Il te touchait … et … tu le touchais.

— Je suis quelqu'un de tactile, déclara tranquillement le garçon, tu dois le savoir puisque tu en as souvent profité.

— Je le sais ! s'exclama la brune, mais là c'était … spécial !

— Assar est un très bon ami.

— Oui, je vois cela !

Le garçon souffla et secoua la tête.

— Un ami, Pansy. Un ami !

— Oui, oui, c'est ce que l'on …

Mais son ami l'interrompit d'un geste, excédé par toutes ses questions.

— Stop Pansy ! J'aimerai manger !

Elle se tu, Eiden semblait vraiment fatigué et pâle. Et maintenant qu'elle le voyait de près, elle constata les cernes qui ornaient ses yeux et son teint pâle, quasiment transparent. Elle risqua également un regard en direction de Blaise qui semblait complètement abattu. Drago lui parlait à voix basse, mais elle ne pouvait entendre ce qui se disait. Il était certain que le petit manège du fils Menes ne plaisait guère à son ami métis et le fait qu'Eiden semblait à présent y répondre n'arrangeait rien. Elle voulait tendre le bras pour prendre sa main, le consoler, mais c'était impossible pour le moment alors elle laissa tomber et termina son repas sans plus faire allusion à tout ceci.

Ce soir-là, tout le monde se coucha tôt, sans traîner dans la salle commune comme ils en avaient pourtant l'habitude. Pansy regarda Elienor se préparer pour la nuit, natter ces cheveux pour qu'ils ne la gênent pas dans son sommeil, revêtir son doux pyjama français, mais au moment de se mettre au lit, elle fit demi tout est s'installa au pied de celui de la brune.

— Parle-moi, qu'est ce qui ne va pas ? demanda-t-elle doucement.

— Rien de grave, je m'inquiète pour Eiden il n'a pas l'air bien, Blaise non plus.

La blonde grimaça et tira doucement sur les manches de son haut de flanelle et de soie.

— Eiden n'aime pas beaucoup Halloween, cela lui rappelle de mauvais souvenirs. Ça ira mieux dans quelque temps. Quant à Blaise … il ne tient qu'à lui de régler cette situation.

— Comment tu … mais de quoi tu parles ? bredouilla Pansy.

L'autre lui jeta un regard entendu.

— Je sais très bien les sentiments que Blaise éprouve à l'égard de mon frère, je ne suis pas aveugle. J'ai deviné et on en a parlé, il ne veut pas que j'intervienne, mais s'il ne se décide pas à le faire, rien ne va s'arranger.

— Il ne prend pas très bien la proximité entre Eiden et Assar.

— Je lui ai déjà expliqué ce qu'il en était, soupira la fille Rogue, Assar ne veut pas Eiden, ce n'est qu'un jeu, il lui apporte juste du soutien et de la tendresse.

— Blaise pourrait le faire …

— Oui, s'il se décidait à lui parler. Je ne sais pas ce que répondrait Den, mais au moins il serait fixé.

— Hum … répondit seulement Pansy, qui commençait tout doucement à s'endormir.

Son amie blonde fit un petit sourire tendre et lui jeta un regard indulgent avant de quitter son lit pour se glisser dans le sien.

— Bonne nuit, Pansy.

L'autre répondit par un grommellement qui devait signifier « moi aussi » et le silence se fit dans le dortoir.

0o0o0

En ce jour du 31 octobre, Poudlard est en effervescence : aujourd'hui avait lieu la première sortie Pré-Au-Lard de l'année et le soir même, le banquet d'Halloween. Ce repas était toujours très apprécié par les élèves et les professeurs et l'un des événements de la vie du château. Elie notamment était très excitée d'y participer pour la première fois, abreuvée du récit de ses amis et des souvenirs de son frère. Elle était aussi contente de retrouver le village, qu'elle avait découvert en compagnie d'Eiden et de Severus pendant l'été, lors de ses week-ends à Poudlard.

Les serpentards étaient descendus de bonne heure au déjeuner pour prendre leur temps avant de quitter le château. L'ambiance était agréable et chaleureuse, aucun d'eux n'avait à se presser et tous étaient enthousiastes à l'idée de passer la journée dehors ensemble. Théo et Elie semblaient eux particulièrement heureux, ils discouraient joyeusement sur les boutiques qu'ils voulaient visiter et sur la table aux Trois Balais qui les attendaient. Le température avait brusquement baissée ses derniers jours, obligeant la blonde, pas vraiment habituée au froid écossais, à revêtir de gros et chaud pull, même à l'intérieur du château qui demeurait plus froid que celui Beaubâtons. Elle portait d'ailleurs le pull en laine offert par Molly Weasley, pour son anniversaire, celui à la couleur changeante, si semblable à celle de ces yeux. Ces derniers brillaient ce matin de cet éclat argenté qu'ils prenaient lorsqu'Elie était d'excellente humeur. Elle et Théo s'amusaient, tout en discutant, à nourrir le petit serpent Béryl de la jeune femme, presque entièrement dissimulé sous le col de la chemise blanche qu'elle portait sous son pull. Le reptile, prénommée Assia avait pris quelques centimètres depuis son sauvetage, grâce aux bons soins de sa nouvelle maîtresse. Elle ne quittait plus l'adolescente désormais, se dissimulant dans ses poches ou sous ses vêtements. C'était d'ailleurs la première fois que l'animal se découvrait devant tant de monde. Elle le faisait d'ordinaire seulement devant les jumeaux et Théo : le jeune passait beaucoup de temps avec Elie et il avait eu l'opportunité d'apprivoiser un peu Assia. Les deux jeunes gens lui donnaient de petits morceaux de viande et de saucisse, qu'elle attrapait délicatement avant de les avaler.

— Tu sais que tu ne devrais pas lui donner des choses si grasses à manger, la sermonna son frère en piquant sa fourchette dans une pomme de terre.

— Tu sais que tu es mal placé pour me faire la leçon, rétorqua Elie tranquillement.

— Comment cela ? demanda le brun en fronçant les sourcils.

Avec un petit sourire en coin, la jeune femme pointa du doigt Saffi qui chipait de la viande dans l'assiette de son maître. Se tournant brusquement, il eut juste le temps de voir le reptile engloutir une saucisse presque entière et disparaître promptement dans sous la table.

— Saff ! s'exclama-t-il, exaspéré.

Un long sifflement lui répondit, mais le serpent resta caché.

— J'adore ce serpent ! rit Pansy.

Eiden poussa un soupir funèbre et sursauta quand il se prit un coup sec de queue sur la main.

— Hey ! fit-il en la ramenant contre sa poitrine. Psychopathe !

Tous ses amis éclatèrent de rire. Voyant que l'entourage lui était plutôt favorable, le reptile remonta sur le banc dans l'intention de voler d'autres choses à manger. Mais il n'eut pas besoin de le faire, car Blaise lui tendit de lui-même de petits steaks du bout de son couteau. Eiden le regarda faire avec un air douloureux peint sur le visage :

— Oh non ! Toi aussi Blaise ?

Le métis prit un air contrit et s'excusa d'un sourire. Il essayait vraiment de se faire pardonner auprès de l'animal depuis son agression non volontaire du dortoir, d'autant qu'il avait la ferme intention de se rapprocher de son maître. Cela semblait d'ailleurs plutôt bien marcher, s'il en jugeait par la présence de Saffi sur ses genoux. Il était connu que le compagnon d'Eiden était faible devant la promesse de nourriture … Elie lui lança un regard amusé, tout à fait consciente de son cheminement de pensée.

§ Est-ce que ton compagnon de couvée est en colère contre toi ? §

Le petit serpent de l'adolescente semblait nerveux, il tordait et retordait ses anneaux, oscillant entre le bleu lavande et le parme. La jeune femme la caressa d'un long doigt fin.

§ Non, ne t'en fait pas, il est juste de méchante humeur tant qu'il n'a pas rempli son estomac. §

§ Comme tous les mâles en vérité. § siffla le reptile, toujours mal à l'aise § Est-ce de ma faute ? §

§ Non pas le moins du monde, Eiden t'adore ! §

Assia ne sembla pas vraiment la croire, mais elle ne dit rien, laissant Théo lui tendre un morceau d'omelette. Elie en profita pour fusiller du regard son frère qui leva les yeux au ciel, ayant suivi la conversation. Il gratta la tête de la petite créature en signe de repentance et repris son repas, ou du moins ce qui en restait après le passage de Saffi. Assia était complètement guérie à présent et avait retrouvé l'étonnante capacité de sa race à réguler sa température corporelle par magie. Elle en faisait d'ailleurs largement profiter Elie qui adorait cela.

Un peu avant quatorze heures, le groupe d'amis se leva et se dirigea vers le parc et le portail où Rusard était déjà posté.

— Votre nom ? demanda-t-il brusquement à Elienor qui répondit en souriant, ne se départissant pas de son éducation noble.

— Parlez-lui sur un autre ton ! fulmina Drago en retenant le mot « cracmol » juste à temps.

Le concierge lui adressa un regard mauvais puis l'ignora, se tournant déjà vers l'élève suivant.

— Laisse Dray, cela n'a aucune importance, déclara Elie sur un ton apaisant.

Le blond était très surpris et immensément heureux qu'elle l'ait appelé par son surnom, mais il ne le montra pas, se contentant de lever un sourcil.

— On est amis, Drago, tu m'appelles bien Elie toi ?

— Et Enor aussi, sourit le jeune homme.

L'autre lui rendit son sourire et glissa une main dans la sienne, avant qu'ils ne rejoignent les autres et ne quittent le château pour Pré-Au-Lard. Drago garda précieusement la petite main d'Elienor, profitant de sa douceur et de sa chaleur, simplement heureux d'être là. Il se tendit un peu quand le regard d'Eiden tomba sur leurs mains liées, le souvenir de sa dispute avec la jeune fille et les menaces de son frère lui revenant douloureusement en tête, mais le brun ne fit ni ne dit rien, se contentant de reprendre sa conversation avec Blaise.

— Elie ?

Elle se tourna vers lui et l'encouragea à continuer.

— Où veux-tu aller ?

— J'ai besoin d'aide pour traîner Eiden dans un magasin de vêtements, il en a bien besoin, même si il refuse de me laisser faire.

Les yeux de Drago brillèrent d'un rire contenu et il parla aux autres des intentions d'Elie. Et ils parvinrent, à eu tous, à pousser le brun dans la boutique où il fut pris en charge par une Pansy très enthousiaste. Plus encore que Ginny et Hermione la première fois.

§ Elie ! § siffla dangereusement le garçon. § Sœur indigne ! §

§ C'est pour ton bien, Eid §

§ Je te maudis ! §

La jeune femme se contenta de lui lancer joyeusement :

— Demande à Blaise de t'aider, il a vraiment très bon goût, elle posa un regard critique sur son frère et repris, enfin … la plupart du temps en tout cas.

Eiden assista sans comprendre à l'hilarité de ses amis et finit par s'enfermer dans la cabine, de dépit.

— Tu vois, je t'avais dit que je le ferais rentrer là-dedans, déclara Elie à Pansy qui lui sourit d'un air rusé.

— J'ai entendu, protesta le brun de l'autre côté de l'étoffe.

Il marmonna et crachota des sentences et des noms d'oiseaux en fourchelang, pendant qu'il subissait les assauts de son amie brune que Blaise tentait en vain de contenir.

Sa sœur quant à elle, jetait un œil du côté des pulls, vêtements dont elle aurait bien besoin pour supporter le rude hiver écossais. Drago la rejoint discrètement, fauchant compagnie à Théo.

— Celui-là t'irait très bien, la matière est vraiment belle, osa-t-il doucement.

Elle se retourna et sourit, le haut dans les mains. Elle le leva un peu dans la lumière et caressa de ses doigts l'étoffe douce, d'un bel or pâle.

— En faîte cela me rappelle la première fois que l'on s'est rencontré, sur le chemin de traverse, murmura-t-il.

Il s'approcha et passa un bras autour de ces épaules frêles, l'attirant contre lui, dans un élan d'audace. Bien que surprise, l'adolescente ne s'écarta pas.

— Est-ce que ça va Drago ? demanda-t-elle, un peu inquiète.

— Oui … j'ai juste besoin … besoin de …

— D'un moment, termina la jeune fille pour lui.

Elle se blottit plus étroitement contre lui, les faisant tous les deux profiter de cette douce proximité. Drago sentait bon, un parfum d'orange amère, élégant et rassurant. Cela apaisait l'adolescente, ainsi que sa présence réconfortante : ses bras l'entouraient, l'isolant du monde extérieur, réduisant le sien à cette odeur et à cette peau, chaude et douce. Elle le sentit déposer un baiser sur le dessus de sa tête et pousser un léger soupire, ce qui la fit sourire.

Mais rapidement, trop rapidement au goût de Drago, Eiden parvint à s'extraire des griffes de Pansy et ils durent se séparer. Elie prit le pull doré, ainsi que quelques autres et ils quittèrent la boutique pour Honeydukes. Là, tout le monde fit le plein de sucreries, surtout Théo. Les jumeaux lorgnèrent aussi un moment sur les barres de chocolat et finalement cédèrent et en achetèrent un stock conséquent. Les serpentards croisèrent également Luna, Neville et Assar que les enfants Rogue saluèrent joyeusement, mais ils se quittèrent bientôt, Eiden et Elie ayant promis à leurs amis qu'ils passeraient la journée avec eux pour se rattraper de leur ''abandon'' de ces derniers temps. Mais avant qu'ils ne partent chacun de leurs côtés, Assar entraîna à l'écart ses deux amis serpentards.

— Vote père vous demande de le rejoindre dans ses appartements après le banquet de ce soir. Il ne vous a pas vu ce matin alors il m'a enjoint de le faire.

— Pour nous voir, il aurait fallu qu'il quitte son labo … grommela Eiden.

— Il a dit pourquoi ? s'enquerra Elie, le nez plongé dans l'étoffe de son écharpe.

— Non, mais rien de grave à mon avis. Peut-être veut-il seulement passer un peu de temps avec vous …

— Peut-être.

Puis la jeune fille les laissa, Assar voulant parler seul avec Eiden.

— La tutrice d'Elie vint ce soir, expliqua l'égyptien.

— Oh … fit le brun, pas vraiment ravi, et Sev veut lui faire la surprise ?

— Apparemment, cela n'a pas l'air de te réjouir. C'est une bonne chose pour elle, Rose lui manque beaucoup.

— Je sais, grimaça Eiden, mais j'ai toujours peur qu'elle … la ramène avec elle.

Son ami serra son épaule et se fit rassurant :

— Eid tu sais très bien qu'elle ne vous quittera pas, ni toi ni Rogue.

— Elle a dit à Sev qu'elle ne savait pas si un jour ce serait chez elle ici, murmura douloureusement Eiden.

— Cela ne fait que trois mois qu'elle est là, Eid, laisse-lui du temps, qu'en serait-il si les choses étaient inversées ? Te sentirais-tu chez toi au bout de seulement trois malheureux mois ?

Eiden détourna la tête, mais ne répondit pas.

— J'ai peur qu'elle me l'enlève, souffla-t-il.

— Qui ça, Rose ? Non Eid, cela n'arrivera pas, elle aime Elie comme sa fille, elle veut ce qu'il y a de mieux pour elle et ce qu'il y a de mieux, pour le moment, c'est d'être avec vous ici.

— Mmmh

— J'ai déjà rencontré Rose, j'étais jeune c'est vrai, mais elle m'a laissé un excellent souvenir, sourit le basané, elle était très gentille et elle sentait bon …

Eiden sourit malgré lui de la réflexion enfantine de son ami et lui colla un baiser sur la joue.

— Allez à plus tard, bébé ! fit-il moqueusement avant de retourner auprès des autres verts et argents.

Quand il revint, il tomba sur le regard miel de Blaise et il crut y voir un instant la douleur et la tristesse avant que l'habituelle lumière la remplace. Secouant la tête, il pensa avoir rêvé et ils continuèrent ensemble leur shopping.

L'après-midi passa rapidement et bientôt il fut l'heure de la réunion prévue par Hermione. Ils avaient été décidés la veille que Pansy, Drago et Théo ne pourraient y assister avec les autres, étant tous trois enfants de mangemorts, ils ne pouvaient courir le risque d'être vu en compagnie d'élèves de l'autre camp, occupés à former un groupe contre Ombrage et Voldemort. Une fois couvert par le secret, ils pourraient se joindre aux réunions suivantes.

La question avait également été posée concernant les jumeaux, car après tout, ils étaient aussi les enfants d'un mangemort. Mais tous pensaient dans le camp des Ténèbres qu'il était un espion, alors il pourrait toujours dire qu'il laissait ses enfants agir ainsi pour se rapprocher de l'Ordre du Phénix. De toute façon, il était impossible d'obliger les jumeaux à faire autre chose que ce qu'ils avaient en tête et ils étaient fermement décidés à monter ce groupe de défense et à se battre contre le Lord. Blaise, quant à lui, avait choisi de rester avec Drago et les autres, bien que sa famille soit officiellement neutre : il préférait ne pas être vu là-bas pour la protéger. Eiden et Elie se dirigèrent donc seuls vers la Tête du Sanglier, le pub miteux qu'avait choisi Hermione pour la réunion.

Lorsqu'ils entrèrent, ils eurent la surprise d'y voir une trentaine d'adolescents déjà installés et discourant joyeusement. Ils y avaient l'intégralité de l'équipe de quidditch de Gryffondors et Lee le commentateur, ses anciens camarades de dortoirs, Dean et Seamus avec qui Eiden avait renoué des liens et qui appréciait beaucoup Elie, surtout depuis son accrochage avec Drago quelques serdaigles : Luna Lovegood, Cho Chang, Marietta Edgecombe, Antony Golstein, Terry Boot et Michael Corner les jumelles Patil, Lavande et les frères Crivey et les amis poufsouffles d'Ernie MacMillan, Justin, Hanna et Susan. A ceux qu'avait convié Hermione s'ajoutait les amis d'Eiden et Elie, les frères Menes, des proches d'Anton, Declan et Susan et le meilleur ami d'Assar, Paavan, un sorcier d'origine indienne aux yeux rieurs. Paavan était également un métamorphe, de par sa mère et prenait la forme d'un grand naja naja. Le garçon fit d'ailleurs un petit sourire à Elie quand elle entra et articula un « salut » silencieux. Pavaan faisait également partit du clan la Main de Lazuli, tout comme Assar et Anton, un groupe porté sur la défense et la guérison, allié de longue date des Cavaliers d'Ombre.

Voyant apparaître les jumeaux, Neville les accueillit d'un grand sourire et leur désigna les deux places vides entre Hermione et lui. D'un coup de baguette, il fit venir à eux deux bières-au-beurre poussiéreuses et demanda le silence.

— Maintenant que tout le monde est là, nous allons pouvoir commencer.

Tous se tournèrent vers le jeune homme et un jeune homme blond, qu'Eiden trouva tout de suite désagréable intervint :

— Oui, maintenant que tout le monde est là.

Neville soupira, ayant apparemment déjà fait les frais du détestable individu.

— Quel est le problème Smith ?

L'autre eut un rictus dédaigneux.

— J'en vois trois de problème moi.

Le dénommé Smith fixa les jumeaux Rogue d'un air dégoûté, comme si ils n'étaient qu'une saleté sur sa semelle puis fit de même avec un petit serpentard de quatrième année qu'Eiden n'avait pas remarqué. Il se rappelait de l'avoir déjà croisé dans la salle commune, mais il ne se souvenait de rien le concernant, pas même son nom.

— Il n'a jamais été question de côtoyer des serpentards.

Dans la bouche du blond, cela sonnait comme la pire des insultes et Eiden sentit malgré lui sa magie lui picoter la pulpe des doigts, prête à atomiser ce crétin de poufsouffle pompeux.

— On avait prévenu que le groupe serait inter-maisons, si cela te dérange, tu peux partir immédiatement, car la suite ne va pas te plaire, gronda Ron en montrant la porte d'un geste brusque.

Mais l'autre ne bougea pas, se contentant de croiser les bras sur sa poitrine, l'air mauvais.

— Bien, si tout le monde est prêt, nous allons commencer, fit tranquillement Hermione pour rompre la tension. Nous sommes tous ici, comme vous le savez pour trouver le moyen d'avoir des cours dignes de ce nom, mais surtout de nous entraîner pour nous protéger des mangemorts et de Voldemort.

Ce dernier mot provoqua une vague de crispation et de protestation dans les rangs, mais Eiden constata avec fierté que Ron et Neville avaient simplement frissonnés et qu'Hermione était parvenue à le dire sans faiblir. Il fut également surpris de constater que, malgré les sornettes dispensées par la Gazette et le Ministère, personne ne s'insurgea qu'elle dispense ses mensonges. En réalité, ce dont Eiden ne pouvait se rendre compte, c'était que le monde sorcier avait été grandement bousculé par sa soi-disant mort de cet été. Une partie de la population pensait même fermement que c'était l'œuvre de Voldemort, dont Harry Potter avait annoncé le retour un mois auparavant. Beaucoup ne se sentaient plus en sécurité et remettaient en cause les décisions et allégations du Ministère.

— Nous avons donc pensé qu'Eiden pourrait nous donner quelques cours ! continua-t-elle précautionneusement, craignant que cette idée passe mal après l'intervention de Zacharias Smith.

Plusieurs des élèves hochèrent la tête, ce qui l'encouragea à poursuivre.

— Eiden est bien plus doué que nous en Défense contre les Forces du Mal, il peut nous apprendre des quantités de choses et ainsi nous remettre à niveau pour les BUSES.

Neville prit la parole à son tour :

— Elie pourra également nous apprendre quelques sortilèges et enchantements. Elle ne se débrouille pas trop mal dans ce domaine et cela nous serait certainement très utile.

Ils eut quelques sourires au « ne se débrouille pas trop mal », c'était un doux euphémisme. Neville adressa un sourire amusé à Elie qui le lui rendit. « Ça se passe bien finalement » songea le brun, il c'était inquiété de l'accueil de cette idée, mais finalement la réputation que les jumeaux c'étaient construite en deux petits mois suffisait à faire passer la pilule. Mais il parla trop vite.

— Hors de question d'avoir des serpentards et plus encore les enfants de Rogue, comme professeur ! éructa Zacharias Smith.

— Encore une fois Smith, si cela te pose problème, personne ne t'oblige à rester, grommela Ron que ce type exaspérait vraiment.

Le blond s'apprêtait à répliquer vertement lorsque la voix douce de Luna l'interrompit :

— Est-ce les nargoles qui infestent ton cerveau qui te donne ces pensées sectaires ?

Le garçon ne sut quoi répondre aux propos de sa camarade, lancé sur un ton rêveur et absent, comme si elle réfléchissait à voix haute.

— Eiden est le meilleur élève de notre promo en Défense et peut-être même de cette école. Si tu ne veux pas de son enseignement, rien ne t'y oblige, va-t'en et laisse-nous, intervint fermement sa camarade de maison Susan Bones.

— Et lui ? fit le poufsouffle blond en désignant le petit serpentard de quatrièmes années. Le petit mangemort en puissance.

Le garçon leva un regard vide de toute expression vers son accusateur et dit simplement :

— Je ne suis pas mangemort, mes parents étaient aurors, ils ont été tués par Bellatrix Lestrange.

— Tous les serpentards ne sont pas pour Tu-sais-qui, le houspilla Cho Chang, rien n'est aussi manichéen.

— Va dire cela à Diggory et à Potter.

Un lourd silence s'abattit sur l'assemblée et les yeux de Cho se remplirent de larmes. Plusieurs des élèves grondèrent et fusillèrent du regard le stupide noir et jaune et celui-ci eut le bon sens de paraître, un peu, repentant.

— Bon allons au faîte, je n'ai pas que cela à faire de partager mon précieux oxygène avec un tel crétin et je préférerais qu'il se tienne hors de ma vue, grogna Fred Weasley.

— Oui et bien si vous êtes d'accord, veuillez signer ce parchemin, je le garderai bien en sécurité, je vous le promets.

Hermione défia du regard Smith de dire quelque chose, mais celui-ci n'en fit rien, plusieurs de ses camarades le tenaient à l'œil. Finalement, tout le monde vint signer et il fut décidé, comme ils n'avaient pas encore de lieu où se réunir, que chacun serait prévenu lorsque ce serait le cas. Puis tous quittèrent l'établissement, par petit groupe, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'Hermione, Ron, Neville et les jumeaux.

— Explique-moi pourquoi on n'a pas foutu ce stupide Smith dehors ? bougonna Ron alors qu'ils quittaient eux aussi le pub.

— Par ce qu'aussi déplaisant qu'il soit, je préfère qu'il se soit inscrit, même si se serait bien qu'il choisisse de ne pas venir.

— Comment cela ? interrogea Neville.

— J'ai jeté un sortilège sur le parchemin, répondit la brune, quiconque nous vendra passera un très, très mauvais moment. Maintenant qu'il a signé, on le tient. S'il ne l'avait pas fait, on n'aurait jamais su s'il nous débinait.

Ils remontèrent ensemble la rue principale et entrèrent ensemble aux Trois Balais puis ils se séparèrent, les jumeaux rejoignant leurs amis verts et argent, déjà attablés un peu à l'écart.

— Alors ? interrogea Théo alors que les deux autres s'asseyaient.

— Rien de bien spécial, tout le monde à accepté, on devrait être une quarantaine en tout, je pense.

— Whaouh ! Tant que cela ? s'exclama Blaise.

Eiden hocha la tête et entreprit de leur lister ceux qui étaient venus.

— Oh Andrew est venu alors ? s'étonna le basané. Il m'impressionne, je ne pensais pas qu'il oserait y aller seul.

— Il n'était pas seul, intervint Elie doucement, on n'aurait pas permis que les autres s'en prennent à lui. D'ailleurs il sait parfaitement défendu.

— Qui est Andrew ? interrogea son frère.

— Le petit ange en quatrième année chez nous, lui répondit la jeune fille, celui qui était assis entre Anton et Paavan.

Drago grimaça au surnom et Eiden répondit seulement un « Oh », comprenant brusquement. C'était vrai que le terme « ange » était celui qui correspondait le mieux à Andrew, il avait un amas de boucles dorées foncées sur la tête, un visage encore un peu enfantin, mais magnifique et une carrure frêle, mais immensément gracieuse.

— Celui qui sent le velane, fit songeusement le fils Rogue.

— Tu la sentis ? s'étonna Elie. Tu t'améliores Den, il n'est même pas encore entré en héritage.

— Que veux-tu, tu es peut-être enfin parvenu à m'apprendre quelque chose, fit son frère en haussant les épaules.

— Si tu n'avais pas une telle tête de bois aussi.

Les paroles étaient moqueuses, mais le ton doux et aimant, alors le jeune homme ne s'en formalisa pas et entama sa seconde bière-au-beurre de l'après-midi.

— C'est un ami, il est orphelin, élevé par sa tante, je savais que cela l'intéresserait alors je lui en ai parlé.

— Tu as bien fait, opina Eiden.

Il sortit ensuite le parchemin qu'Hermione lui avait confié et Drago, Blaise, Théo et Pansy s'inscrivirent.

— Que va-t-il se passer maintenant ? interrogea Pansy.

— Nous allons faire en sorte de trouver un lieu de réunion puis nous commenceront les sessions.

— Les autres ne sont pas au courant pour nous, n'est-ce pas ? continua son amie brune.

Eiden secoua la tête.

— Eh bien j'ai hâte de voir leur tête quand ils nous verront à la prochaine réunion, ricana Théo.

— Oui, ils vont être aussi contents de nous côtoyer que Drago.

Le susnommé grimaça, ce n'était pas parce qu'il n'avait pas les ambitions mangemoriennes qu'on lui avait toujours prêtées qu'il appréciait pour autant d'être entouré de gryffondors et de né-moldus.

Ils finirent par tous rentrer à temps pour le banquet. Cette année encore la Grande Salle était sublime, emplie de citrouilles géantes, de lanternes inquiétantes, de squelettes dansants et autres joyeusetés. Des bancs de véritables chauves-souris parcouraient le ciel enchanté et une douce lumière orangée auréolait les tables ornées de draps noirs. Il y avait également plusieurs créatures parfaitement exécutées, parmi lesquels on voyait deux vampires, un couple de harpies, un gigantesque filet du diable factice qui serpentait près de la porte, mais surtout un troll plus vrai que nature entre les tables des élèves et celle des professeurs.

— Dumbledore l'a sans doute installé pour toi, pour que tu n'aies pas à aller jusqu'aux toilettes des filles cette fois-ci, fit joyeusement Elie en posant ses yeux sur l'hideuse créature verdâtre.

— Qui sait ? Peut-être me l'offre-t-il en gage de paix ? ricana son frère qui n'avait pas encore pardonné au vieux fou le désastre de son existence.

— C'est plutôt original quoi qu'il en soit, continua gaiement la jeune fille. J'aime aussi beaucoup le filet du diable, mais il me semble qu'il manque quelques petites choses : un chien à trois têtes, un basilic, une pièce d'échec vindicative, un sphinx et quelques détraqueurs, mais c'est un bon début. Quoique j'ignorai que tu avais affronté des vampires et des harpies.

— Pas encore, lui répondit son frère, mais ça viendra je ne doute pas. Peut-être m'envoie-t-il un message ?

Elie pouffa et il ne put s'empêcher de la suivre tant la bonne humeur de la jeune femme était contagieuse.

— Alors, première impression ? les interrogea Théodore.

— Très bonne, sourit la jeune fille. Mais on s'en doutait.

— Oui je trouve qu'Halloween à Poudlard est toujours un peu spécial.

Les jumeaux hochèrent la tête et prirent place. Les elfes s'étaient surpassés cette fois encore : les longues tables étaient surchargées de mets tous plus succulent les uns que les autres et chacun emplit son assiette bien plus que de raison. L'ambiance était joyeuse et un peu plus bruyante que d'ordinaire et même les professeurs semblaient plus détendus. De nombreuses exclamations ravies éclatèrent d'ailleurs lorsque le dessert apparut, accompagné d'un nombre déraisonnable de sucreries en tout genre. Les six amis, bien qu'en ayant déjà ingurgité un certain nombre, en abusèrent encore sans une once de culpabilité. Eiden emplit d'ailleurs lui-même l'assiette de sa sœur d'une autre part de gâteau à la citrouille recouvert de chocolat.

— Je sais que tu adores ça, pour une fois, tu peux bien être déraisonnable.

— Suis-je vraiment raisonnable la plupart du temps ? ricana Elie.

— Non, mais faisons comme ci au moins ce soir, sourit le jeune homme. Aujourd'hui est particulier.

Elie hocha la tête joyeusement puis ses yeux tombèrent sur ceux de son frère et sa bouche se tordit :

— Tu sais quelque chose que je ne sais pas ? demanda-t-elle songeusement.

— Peut-être, répondit mystérieusement l'autre.

— Est-ce une mauvaise chose, je te sens tendu ?

Le garçon soupira et tâcha de se reprendre. C'était réellement une bonne chose, surtout pour sa sœur. Du moins, il aurait espéré le croire.

— C'est une bonne chose, assura-t-il de la voix la plus ferme possible.

Voyant qu'Eiden ne lui dirait rien de plus, Elienor abandonna la partie. Elle avait de toute façon confiance en son frère et connaîtrait bien le fin mot de cette histoire à un moment ou un autre. Elle reprit l'attaque de sa part de gâteau et mordit dedans avec un plaisir non dissimulé. Quand tous les plats et les assiettes furent aussi vides et propres qu'à leurs apparitions, les élèves se levèrent et commencèrent à quitter la salle dans un joyeux brouhaha. Les six amis prirent ensemble le chemin des cachots et plaisantèrent tout le long du chemin avant que les jumeaux ne les quittent pour rejoindre les appartements de leur père. Celui-ci était apparemment déjà présent, car la porte s'ouvrit dès qu'ils eurent frappé. Avec l'assurance que donne l'habitude, les jumeaux pénétrèrent dans le petit salon.

Severus était bien là, assis sur l'un des canapés, faisant face à une très belle femme au teint de porcelaine. Avant même qu'elle n'ouvre la bouche, ou même ne se lève, Eiden sut qu'elle était une de ses grandes aristocrates françaises dont parlait Blaise. Elle était vêtue d'une robe de coupe élégante, d'un bleu canard qui mettait remarquablement bien en valeur sa chevelure blonde vénitienne, relevée en un chignon distingué. À l'apparition des adolescents, les deux adultes se levèrent et la femme leur sourit.

— Rose ! s'écria Elie en se jetant dans les bras que sa tutrice lui ouvrit.

La femme la serra contre elle, murmurant quelques mots en français sur sa joie de la retrouver. Elles s'étreignirent un instant puis la femme la repoussa doucement, gardant ses mains sur ses frêles épaules, pour la contempler. Elle inspecta sa pupille : son visage mince, mais détendu, ses yeux un peu cernés, les marques blanches de ses cicatrices, mais aussi son aspect général et les changements que son corps avait connus.

— Tu es terriblement maigre, souffla-t-elle en effleurant l'un de ses clavicules encore trop visibles.

— Cela ne fait que trois mois, il faudra plus de temps, répondit simplement la jeune femme.

— Je vais demander à Sekhmet de t'ausculter.

— Père et Mme Pomfresh m'ont déjà soigné, il me faut simplement plus de temps.

Elienor avait parlé d'un ton égal, mais Rose sentit le reproche dans sa voix. La femme sourit et caressa la joue de l'adolescente.

— Loin de moi l'idée de prétendre que ton père a négligé tes soins, Elie, fit-elle, puis elle jeta un regard au potionniste qui était resté un peu en retrait. Je sais parfaitement tout ce qu'il a fait pour toi, et ce qu'il ressent, mais la médecine hybride des gens de Sekhmet pourrait t'aider plus que les seuls soins sorciers.

— Rose à raison Elie, intervint Severus qui parlait pour la première fois. Nous en avons discuté et je pense que tu devrais te faire ausculter par Mademoiselle Menes.

— Menes ? interrogea, surpris Eiden qui en profita pour se rapprocher de sa sœur.

— La tante d'Assar et Anton, c'est la chef du clan de la Main de Lazuli. Ils sont spécialisés dans les soins et la magie défensive et usent d'une médecine métissée, empruntant à plusieurs races. Elle est particulièrement efficace sur les personnes comme nous, au sang mâtiné.

— Tu iras voir cette femme alors, assura le garçon, visiblement prêt à la traîner de force.

Les deux adultes sourirent au ton du jeune homme alors qu'Elie levait les yeux au ciel, les yeux brillants d'amusement cependant.

— Asseyons-nous plutôt, conseilla Severus dont le sourire s'agrandit lorsqu'il vit Eiden tirer sa sœur avec lui sur l'un des canapés avant de la coller contre son flanc.

L'attitude de l'adolescent n'échappa pas à la tutrice d'Elie, mais elle ne protesta pas, semblant même heureuse qu'il tienne autant à la jeune fille. Elle s'assit donc élégamment à côté du professeur de potions, et croisa ses mains sur ses genoux.

— Je suis vraiment très heureuse de faire enfin ta connaissance, Eiden, Elie m'a beaucoup parlé de toi dans ses lettres.

La voix était douce et pas le moins du monde accusatrice, mais cela n'empêcha pas le garçon de grimacer quelque peu. Il avait toujours refusé, ses trois derniers mois, de correspondre avec cette femme. Bien qu'elle ait toujours demandé de ses nouvelles dans ses courriers, il ne lui avait jamais rendu la pareille. Il savait que son attitude était puérile et indigne de lui, mais il ne pouvait s'empêcher de voir Rose comme celle qui allait lui enlever Elie à un moment ou un autre.

— Tu es un jeune homme remarquable et je suis sûr que tu veilles aussi parfaitement sur ta sœur que je l'ai fait jusque là.

Le jeune homme arqua un sourcil, interloqué, il ne parvenait à lire entre les lignes. Est-ce que Rose ne venait pas de lui dire qu'elle lui confiait Elie ? Cela voulait-il dire qu'elle n'allait pas l'emporter ? La femme semblait lire dans ses pensées, car elle continua :

— Je sais que la situation est difficile, particulièrement pour vous, mes enfants, mais tu ne dois pas croire que je suis venu pour emmener Elienor loin de toi et de ton père, Eiden. Elle est bien ici, et même si elle me manque, je sais que c'est mieux pour elle d'être là, expliqua la rousse d'un air rassurant, quoiqu'un peu triste.

Les entrailles d'Eiden se tordirent, il lui était beaucoup plus difficile de respecter la promesse qu'il s'était faite de haïr Rose aussi fort qu'il le pourrait. Spécialement lorsqu'elle se mettait à dire de telles choses et qu'elle braquait sur lui ses yeux chocolat si chaud et si compréhensif. Il sentait, bien qu'il n'ait encore que peu de maîtrise sur ses nouvelles capacités, que cette femme était très puissante, bien plus que la norme sorcière. Oh bien sûr son héritage elfique devait lui octroyer une dose de magie supplémentaire tout à fait acceptable, mais il y avait plus que cela. Eiden savait que tous les métis de mages et de créatures magiques n'avaient pas le même potentiel, mais Rose, elle semblait faire partie des privilégiés, ceux qui portaient en eux le plus de sang magique. Il détecta sur elle une forte odeur elfique et une autre, diffuse, un peu semblable à celles des frères Menes, une odeur de métamorphe. Pendant un instant, il se demanda ce qu'elle pouvait bien prendre comme forme animale. Puis relevant la tête, il croisa à nouveau le regard bienveillant de sa vis-à-vis. Elle sourit doucement, parfaitement consciente de ce qui se tramait dans son esprit.

— Je n'ai pas assez de sang métamorphe en moi pour que cela ait de conséquences, pas visibles en tout cas, répondit-elle à son questionnement muet.

— Alors vous n'avez pas … Il ne sut comment continuer, Elie lui avait dit que c'était extrêmement impoli de poser des questions sur les différentes formes des gens. C'était quelque chose d'intime et cela ne se faisait pas. D'ailleurs, en règle générale et ce bien que certains puissent la détecter par l'odorat et la vue, on évitait de poser des questions sur leur nature aux métis. Elie n'avait rien dit de tel, mais Eiden était certain que cela avait avoir avec les persécutions dont ces peuples étaient victime.

— Non, du moins aucune de part cette ascendance, mais comme certains sorciers j'ai une forme d'animagus, expliqua Rose, étendant ses mains fines sur ses cuisses.

L'adolescent était très gêné, il savait qu'il n'aurait pas du demander cela, il se sentait comme un enfant pris en faute. Le contact doux et chaud d'Elie sur sa hanche le réconforta. Elle avait passé un de ses bras fins autour de lui et déposé sa tête contre son épaule.

— Tu ne dois pas être embarrassé avec moi, Eiden. Cette règle de bienséance n'a pas lieu d'être en famille, et même si je sais que tu te méfies de moi, je suis ta famille maintenant, autant que celle d'Elie. Tu es encore très jeune et cela fait peu de temps que tu as découvert tes origines. De plus tu n'as pas reçu l'éducation que les enfants comme toi reçoivent habituellement. Il est normal que tu te poses beaucoup de questions, alors n'hésite pas à me demander tout ce que tu veux, d'accord ?

Eiden ne pouvait résister à cette voix si douce, si réconfortante. Sans qu'il puisse l'expliquer, il lui trouvait un lointain air de ressemblance avec sa mère. Rose semblait tellement compréhensive et maternelle, il sut qu'il ne pourrait jamais lutter contre cette femme. Cela ne servait à rien, en plus, elle ne lui voulait aucun mal et avait même avoué désirer laisser Elie avec lui … Inconsciemment il serra un peu plus sa sœur contre lui.

§ Eid ça va ? § demanda-t-elle.

§ Oui ! § répondit-il, un peu brusquement.

Mais la jeune fille n'était pas dupe, elle se pencha un peu plus et embrassa la tempe d'Eiden, enroulant son autre bras autour de son épaule, bouchant son champ de vision, le restreignant à elle seule.

§ Je ne vais pas partir Den. Je reste ici, avec toi, avec papa. C'est vrai que Rose me manque, ainsi que mes proches français, mais je suis incapable de m'éloigner de toi. Par Vivianne, on peut à peine dormir alors qu'on est seulement séparé par un escalier, tu crois franchement que je peux retourner sans toi de l'autre côté de la Manche ? §

Une brusque nausée prit Eiden. Était-il si égoïste ? Il avait si peur qu'elle parte, mais il ne s'était jamais vraiment interrogé sérieusement sur le fait que son ancienne famille lui manque. La jeune fille n'était pas comme lui, elle avait été aimée et entourée, Rose était comme sa mère. Lui n'avait pas connu cela, personne ne lui manquerait à ce point. Alors peut-être pouvait-il …

§ Est-ce que tu voudrais que j'aille en France avec toi ? § demanda-t-il finalement.

Elie se figea soudain, stupéfaite, son bras quitta l'épaule de son frère qui cru un instant qu'elle allait s'en aller. Mais elle se contenta de lui caresser tendrement la joue, souriant doucement.

§ J'ai été un montre égoïste, je t'ai imposé ses sacrifices, sans songer un instant à faire de même. § murmura-t-il, le cœur douloureux.

§ Den, souffla Elienor, je ne veux pas retourner en France, seule ou avec toi, ma vie est ici maintenant, je me suis fait des amis, j'ai une nouvelle famille. Et c'est ta maison Poudlard, l'Angleterre, ainsi que celle de Sev, votre vie est ici. Et j'ai bon espoir que cela soit aussi mon cas bientôt. §

— Les enfants ? intervint Severus, inquiété par leur mine à tous les deux.

— Ce n'est rien papa, ne t'en fait pas, lui répondit tranquillement Elie.

Severus en doutait, mais il ne dit rien et Rose s'empressa de changer de sujet.

— Je suis arrivé en début d'après-midi et nous avons eu le temps de parler, ton père et moi, dit-elle.

Eiden, malgré sa conversation avec se tendit.

— Elie reste ici, Eid, ne t'en fait pas, le rassura immédiatement Severus qui avait bien compris les pensées de son fils.

— C'est ce que je ne cesse de lui dire, rit doucement la jeune fille en déposant un baiser dans les cheveux noir corbeau de son frère.

— J'ai apporté le reste de tes affaires, reprit Rose, elles sont dans votre chambre. Severus m'a aussi proposé de venir ici, dans ses appartements, pour vous voir tous les deux. Tu m'as beaucoup manqué Elie, mais je veux que tu restes ici, avec ta famille …

— Tu es aussi ma famille, Rose, coupa l'adolescente.

— En effet, déclara Severus, c'est pour cela que j'ai insisté pour qu'elle puisse venir te voir ici. Personne ne saura qu'elle vient nous rendre visite, elle pourra venir quand elle veut.

— Je voudrai également prévenir le clan Elie, du moins nos proches.

La jeune fille se raidit, elle ne voulait pas que les autres soient au courant, ils étaient plus en sécurité si ils ne l'étaient pas.

— Je sais ce que tu penses Elie, mais c'est cruel de les laisser dans l'ignorance.

Ses mots ressemblaient bien trop à ceux que Neville avait prononcés quelque temps plus tôt pour qu'Elie les ignore, elle grimaça, mais hocha cependant la tête.

— Je parlerais d'abord à Orsu et nous déciderons ensemble de qui devra être mis au courant et jusqu'à quel point.

Severus haussa un sourcil, « jusqu'à quel point » ?

— Je ne suis pas sûr que révéler que le frère d'Elie est Harry Potter soit bon. Ni pour lui ni pour elle.

— Comment cela ?

La femme croisa les jambes et noua à nouveau ses mains sur son genou avant de répondre au potionniste.

— Vous ne pouvez pas vous en rendre compte, car vos connaissances en la matière sont assez pauvres et que vous n'êtes ni membre d'un clan, ni métis, mais Elie à vraiment un potentiel exceptionnel. Eiden est et sera un mage extrêmement puissant, mais ses pouvoirs sont avant tout sorcier, même s'il a hérité d'un certain nombre de capacités elfiques. Elie, elle, sera tout aussi puissante, mais grâce à la magie elfique.

— Et donc ?

— Et donc l'attrait qu'ils constituent tous deux l'un en étant l'Élu, l'autre en étant la métisse la plus prometteuse de cette époque est dangereux pour les jumeaux. Ils représentent d'autant plus ensemble, surtout lorsque l'on sait qu'ils ont un lien d'âme, continua la rousse.

— Qu'est ce que cela change ? interrogea Eiden.

— N'as-tu rien senti de différent ?

— Si, répondit l'adolescent à la femme, on partage des émotions maintenant et j'ai l'impression que … que je peux vaguement la localiser. Je peux savoir si elle est là ou non, proche ou pas. Et …

Il se tu un moment, semblant plongé dans ses pensées. Quand il releva la tête, la française l'encouragea à continuer du regard.

— Je crois que … c'est étrange, mais la dernière fois, j'étais épuisé et j'ai voulu lancer un sort, quand je l'ai fait, j'ai eu le sentiment que … que la magie que j'avais utilisée n'était pas complètement la mienne.

L'adulte hocha la tête.

— Oui, cela arrive parfois avec les jumeaux magiques. Bien sûr, avec le potentiel qui est le vôtre et le lien d'âme que vous avez effectué, ces capacités vont certainement encore s'accroître régulièrement. Et plus vous passerez du temps ensemble, plus tout ceci sera naturel et facile.

Maintenant que les choses s'étaient calmées et que chacun était bien installé, Rogue fit venir à eux une théière et des tasses de porcelaine et fit le service.

— Quoique vous décidiez avec Orsu, j'aimerai que Ravena, Lysandre, Charlotte, Arthus et Soraya soient au courant également.

— Bien entendu, ils sont vraiment très inquiets pour toi.

— Qui sont ses gens, Elie ? interrogea son père.

— Ses amis, souffla Eiden, ses amis de Beaubâtons.

Le professeur hocha la tête, il était toujours surpris de constater les effets du lien sur ses enfants et leur parfaite connaissance l'un de l'autre.

— En effet, ce sont mes amis. Ils également tous partie du clan, bien que techniquement Soraya soit née dans le clan de la Main de Lazuli. Et Orsu, Orsu est le chef de notre clan et notre alpha. C'est également le père de Ravena et mon mentor, en quelque sorte.

— En quelque sorte ? fit Severus.

— Eh bien, il l'est, je suppose. Rose a fait mon éducation, ainsi que beaucoup d'autres du clan, notamment Morwen, mais c'est Orsu qui m'a appris les charmes les plus complexes et tout ce qui concerne la survie, l'attaque et la défense.

— Il lui a donné l'entraînement des soldats, précisa tranquillement Rose en portant sa tasse à ses lèvres.

— Quoi ?! s'exclamèrent d'une même voix les deux hommes. Elie, de quoi parle-t-elle ? Est-ce que c'est vrai ?

Elie haussa les épaules et opina.

— Tous les clans ont des membres destinés à la protection des leurs, des soldats, ils sont puissants, physiquement et magiquement, et entraînés pendant des années. C'est cela qu'Orsu à apprit à Elie, comment survivre, comment se protéger et protéger les siens, expliqua la femme française, elle soupira et braqua son regard sur les deux hommes, le père et le fils. Notre monde est dangereux, plus que le vôtre et pas seulement depuis que Voldemort et apparut, mais depuis toujours. Orsu se doutait que cet enseignement serait vital pour Elie et il ne s'est pas trompé … Rose rit de la stupéfaction de Severus : vous ignorez encore beaucoup de choses sur votre propre fille.

Ces paroles n'avaient pas de mauvaise visée, mais elles blessèrent tout de même le potionniste qui grogna :

— Je le sais.

— Ne vous en faites pas, vous avez toute votre vie pour en savoir plus et je me ferai un plaisir de vous apprendre ce que je sais, fit-elle, en posant une main rassurante sur le bras de Severus.

Eiden étouffa comme il put un immense bâillement et se fut le signal pour tous d'aller se coucher. Elie hésita un instant, mais sa tutrice lui assura qu'elle serait toujours présente le lendemain, elle ajouta même malicieusement qu'elle allait emprunter leur chambre.

Les jumeaux firent en silence le trajet jusqu'au dortoir et se séparèrent devant les escaliers, mais pas sans qu'Elie n'entraîne son frère dans une douce étreinte.

— A demain, Eiden, souffla-t-elle.

L'autre hocha la tête sans rien dire et prit la direction de son dortoir.

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Rester seul avec Rose dans le salon de ses appartements, Severus se retourna vers la femme qu'il avait rencontrée à peine quelques heures plus tôt. Elle affichait un air totalement neutre et posa tranquillement sa tasse sur la soucoupe immaculée. Mais le potionniste n'était pas dupe, il sentait que c'était le calme avant la tempête, même s'il ignorait ce qu'il avait bien pu faire pour irriter son invitée. Se préparant au pire, l'homme retourna s'asseoir.

— Alors, allez-vous m'expliquez comment ce fait-il que vos enfants se trouvent être les héritiers de deux des plus puissantes familles d'Europe ?

Il ne servait à rien de mentir, Severus le savait bien, de plus Rose était la tutrice d'Elie, elle avait été sa famille pendant quatorze ans.

— Ma femme était la fille de Sarah Clairbois et de Nicolas Grimm. Après l'assassinat de son mari, elle a fui en Angleterre, ce que je n'explique pas, et elle à donner naissance à son bébé dans un hôpital moldu, sans doute pour ne pas se faire reconnaître, mais elle est morte peu après la naissance. Le bébé a été placé dans une famille moldu, inconsciente de sa nature, de ses natures. À quinze ans elle a reçu son héritage et a commencé à chercher ses géniteurs. Nous avons appris quelques mois plus tard qu'ils étaient tout deux morts, ainsi que le reste de sa famille.

— En vérité, tous ne sont pas décédés, murmura Rose qui ne montrait toujours aucune émotion.

— Pardon ?

— Nicolas avait un frère, Alexandre. Après la mort du premier et la disparition de sa femme, il a décidé de se retirer de la scène publique, il a pris la place de Nicolas comme Alpha et chef de Clan. Beaucoup d'entre nous avaient été assassinés à ce moment et Alexandre venait d'avoir un bébé alors ils se sont retirés pour se protéger.

— Donc les jumeaux ont un grand-oncle et une grand-tante ?

Rose secoua la tête.

— Non, Morigan est morte il y a plus de vingt ans, quant à Alexandre, il est … eh bien … éteint.

— Éteint ? interrogea Severus qui commençait à se détendre, apparemment Rose ne semblait pas avoir pour intention de le tuer tout de suite.

— Cela arrive parfois avec les elfes et leurs enfants métissés. Ils se retirent en eux même, comme ci le monde extérieur n'existait plus pour eux, ils ne réagissent plus, ou presque plus, ils se contentent d'exister. Ils n'ont plus aucun lien avec rien ni personne, les souvenirs et leur existence intérieure deviennent la seule réalité. Alors non, Elie et Eiden n'ont plus de grand-oncle et grand-tante. En revanche leur fille s'est marié, à Orsu, l'actuel chef de clan et ils ont eu ensemble trois enfants, qui sont donc les cousins éloignés de vos enfants, Ange, Ravena et Carla.

— Ravena, comme l'amie d'Elie ?

— Oui, elle-même, sourit la tutrice de l'adolescente, c'est l'une des ses meilleures amies, elles vont être enchantées d'apprendre qu'elles ont un lien de sang.

Severus fronça les sourcils et dit pensivement.

— Il est étrange qu'Elie n'ait pas fait le rapprochement.

— En vérité, le sujet des métis éteints et plus largement des victimes du génocide des nôtres est plutôt sensible. On n'en parle pas beaucoup et encore moins avec les enfants.

Le potionniste hocha la tête et ils reprirent du thé en silence, avant que l'homme n'intervienne doucement.

— Il y a autre chose que vous ne me dites pas, je le sens.

Rose eut une sorte de rictus, à mi-chemin entre le sourire et la grimace, déformant son visage noble et gracieux.

— Oui en vérité, soupira-t-elle, Alexandre était la seule famille de Nicolas, mais Sarah, avait une sœur, qui c'est marié elle aussi et qui as eu deux enfants. Éric, son fils, à eux une fille et deux garçons, qui sont eux aussi les cousins éloignés des jumeaux.

— Et la fille, la nièce de Sarah ?

Severus sentait que c'était là le nœud du problème et la suite le confirma.

— C'est moi cette fille, Severus.

La nouvelle figea le professeur, la tutrice d'Elie était en réalité vraiment sa famille, par le sang et toutes ses années, elles n'en avaient jamais rien su. Rose semblait elle aussi ébranlée par cette révélation, elle portait toujours son masque impassible et poli, mais elle ne bougeait pas d'un pouce, trop parfaitement immobile pour une simple humaine. D'un petit coup de baguette, Severus fit apparaître deux verres de whisky qu'il s'empressa de glisser dans la main blanche de son invitée. Elle le regarda un instant puis en but une longue gorgée avant de le reposer sur la table.

— Comment s'appellent vos neveux ? demanda l'homme pour lui permettre de se ressaisir.

— Félicitée, Marc et Aristée. Marc est l'héritier des Chambord et Aristée celui des Clairbois. Enfin sauf si Eiden veut revendiquer le titre évidemment.

Cette fois, le potionniste ne comprenait vraiment rien, ce que sa voisine sembla voir.

— C'est une loi française, le nom peut se transmettre par la mère, même si elle porte uniquement le nom de son mari. Les enfants mâles peuvent revendiquer le titre d'héritiers de la lignée, même si souvent c'est le premier-né qui est choisi. C'est une mesure pour que de grandes familles ne s'éteignent pas. Eiden peut donc en théorie le revendiquer, étant plus âgé qu'Aristée.

— Je pense que Grimm lui suffit, déclara Rogue, je ne suis même pas sûr qu'il revendique l'héritage de sa mère. Il fuit toute forme de célébrité et ce sont des lignées prestigieuses.

Rose opina, cela correspondait à ce qu'Elie lui avait décrit et ce qu'elle avait deviné de l'adolescent.

— Comment avez-vous deviné pour les enfants ? s'enquit Severus, véritablement curieux de connaître le raisonnement de la tutrice de sa fille.

— Et bien il y a leurs yeux évidemment, elle sourit à l'homme, de telles teintes sont rarissimes et caractéristiques de leurs lignées, et il y a leur métissage. Il n'y a que quelques familles qui portent à la fois des gènes elfiques et des gènes de changeur de peau.

— À ce propos, fit le potionniste qui sauta sur l'occasion, pouvez-vous m'expliquer ce que sont les changeurs de peaux.

— Connaissez-vous la différence entre les animagus, les loups-garous et les métamorphes, Severus ?

— Les animagus sont des sorciers ayant développé la capacité de prendre à volonté l'apparence d'un animal, les loups-garous prennent une forme lupine imposée les nuits de pleine lune. En revanche, j'avoue que mes connaissances concernant les métamorphes sont assez faibles, je dois bien l'avouer.

— Et bien, les métamorphes peuvent également prendre une forme animale quand ils le souhaitent, pour ceux dont le sang est assez fort. Cependant cette capacité est inscrite dans leurs gènes et généralement cette forme est la même dans toute la lignée, sauf rare exception. Leur véritable apparence compte des éléments animaux : griffes, yeux, caractéristiques physiques et autres qu'ils peuvent dissimulés, dans le cas des métis. Pour les changeurs de peaux, c'est la même chose, sauf qu'ils sont plus forts encore et qu'ils peuvent prendre plusieurs formes animales. En réalité les changeurs de peau sont un peuple issu du croisement entre les sorciers et les métamorphes, ils sont donc tous mâtinés par nature.

— Elie et Eiden sont de ceux-là ?

— Oui, même s'ils ne maîtrisent sans doute pas encore plusieurs formes.

— Elie le fait, elle à sa forme d'once et sa forme de loup.

Rose n'était pas surprise, elle connaissait déjà la forme féline de sa pupille et la forme lupine était caractéristique des Grimm, tous leurs descendants la maîtrisaient tôt ou tard.

— Ce peuple est assez rare, on ne sait pas vraiment comment c'est développé cette particularité, mais ils sont présents dans quelques lignées, les Provans, les Venturi, les Grimm et quelques autres. Ils sembleraient qu'une ascendance elfique forte soit aussi nécessaire pour contracter de telles capacités, ce qui en restreint les porteurs.

— Je vois, souffla Severus, je me demande pourquoi cela me surprend encore. Ses enfants ont l'habitude de collecter les facteurs, disons, inhabituels …

Rose sourit, les yeux éteints, elle semblait revivre quelques souvenirs.

— J'ai appris quelques-unes des frasques d'Eiden. Elie m'en a aussi fait voir de toutes les couleurs pendant quatorze ans.

— Si elle est aussi semblable à son frère sur cela que sur le reste, je veux bien vous croire.

Ils échangèrent ensemble des anecdotes sur le passé des deux adolescents pendant encore un long moment avant de partir se coucher à leur tour.