N.D.A :

Je dédie ce chapitre à PetitLutin22 qui m'a aidée à préciser ma pensée et la direction que je voulais prendre, merci encore.

Un grand merci aussi et à nouveau à tous ceux qui lisent, suivent, commentent cette fiction.

Merci également à ceux qui laissent des avis, réguliers ou non.

Bonne lecture

Elishae

Chapitre 5 : Premiers pas à deux

Eiden se traîna jusque son lit avec difficulté, s'effondrant sur la couverture sans se soucier de son geste et soupira fortement.

— Eiden ?!

Le susnommé tourna la tête vers le lit voisin, les rideaux étaient encore ouverts, ce qu'il n'avait même pas remarqué en entrant dans le dortoir.

— Blaise ? Désolé de t'avoir réveillé.

— Tu ne l'as pas fait, répondit le jeune homme en se redressant, je ne dormais pas.

Il ne lui avoua pas qu'en réalité il avait attendu son retour, comme il le faisait souvent, mais il s'appuya sur la tête de lit. Il se morigéna intérieurement, il était ridicule, Eiden sortait souvent la nuit, il n'était absolument pas en danger et d'ailleurs il ne devrait pas s'en faire pour lui, ce n'était pas son rôle.

— Tu n'as pas l'air bien, fit le basané en le scrutant autant que l'obscurité le permettait.

Le brun ne répondit pas, esquissant seulement un petit geste de la main, comme s'il chassait un insecte, ne décollant même pas son poignet de la couverture. De l'avis de Blaise, il ne semblait pas aller bien du tout. Prenant son courage à deux mains, il se leva de son lit pour s'asseoir sur celui d'Eiden.

— Ok, je n'ai pas sommeil et tu ne sembles pas être en état de dormir alors je te propose un arrangement. Tu me parles de ce qui ne va pas, pour te calmer et moi je t'écoute, en attendant que le sommeil me prenne. Ça va pour toi ?

— Ça va pour moi, grogna Eiden, qui se poussa un peu pour lui laisser de la place.

Ils s'adossèrent tous les deux à la tête du lit, tout un côté pressé contre l'autre à cause de l'exiguïté de la couche. Le cœur de Blaise s'emballa doucement et il fit un effort colossal pour ne rien montrer de son trouble. Mais au bout de plusieurs minutes, Eiden n'avait toujours rien dit.

— Tu sais, tu es celui qui doit parler selon notre accord, fit gentiment le bistré, dans une tentative d'alléger l'atmosphère.

L'autre ne broncha pas puis soupira à nouveau et déclara finalement :

— La tutrice d'Elie est là.

— Oh … fit Blaise qui ne savait quoi dire, attendant que son ami continu.

— Et bien qu'Elie ne cesse de me répéter qu'elle reste ici, j'ai toujours peur qu'elle reparte là-bas. Elle ne se sent pas chez elle ici, même si elle pense que cela viendra.

— Et toi, comment te sens-tu ici ?

— C'est chez moi ici, répondit Eiden trop rapidement, il tenta donc de rattraper le coup, il était après tout censé avoir vécu en France pendant quatorze ans. Je n'ai rien que je puisse regretté là-bas, c'est ici ma maison, avec Sev et Elie.

Si Blaise soupçonna quelque chose, il n'en dit rien, le sujet semblait douloureux. Il demanda seulement :

— Mais Elie reste là non ? N'est-ce pas ce que tu as dit ?

— Oui Elie reste là. Ce n'est pas le problème, soupira le jeune homme, le problème c'est que notre vie a été gâchée, on a été séparés et maintenant on ne peut compenser comme cela quatorze ans à vivre comme des étrangers. J'ai toujours besoin qu'elle soit près de moi, dans mon champ de vision. Elle connaît tout de moi et moi d'elle, mais ce n'est pas suffisant.

— Tu sais, le rassura le basané, Elie n'aime pas non plus être séparée de toi, je la vois bien te chercher du regard tout le temps et on voit même les dommages sur vous deux lorsque vous êtes loin l'un de l'autre. Tu n'as pas à t'en faire quant à la non-réciprocité de tes sentiments. Et concernant ta possessivité, et bien, elle est tout à fait compréhensible. Tu es en colère Eid, c'est pour cela que rien n'est suffisant pour le moment, mais avec le temps cela s'arrangera.

— Tu penses ?

— Oui j'en suis certain, assura le basané en souriant doucement à son ami qui inconsciemment se colla un peu plus à lui, provoquant une nouvelle embardée de son cœur. Ils restèrent un moment ainsi, très proche, sans dire un mot puis une nouvelle fois la voix d'Eiden se fit entendre, assez basse pour qu'aucuns de leurs camarades de ne se réveille, mais suffisamment forte pour que le basané l'entende.

— Blaise, comment as-tu vécu ton héritage, toi ?

— Et bien, pas si mal je le suppose, je connaissais ma nature depuis toujours alors cela à sans doute était plus … serein que toi. Mais que veux-tu savoir exactement ?

Eiden ferma les yeux quelques secondes et grimaça.

— Sais-tu ce qui s'est passé cette nuit-là ?

Le bistré secoua la tête, les jumeaux ne parlaient quasiment jamais de leur passé, ou de quoique se soit d'antérieur à la rentrée en général.

—Elie est apparue dans ma chambre, presque morte, le soir de notre anniversaire. Elle était inconsciente et vraiment, vraiment mal en point. Je l'ai soigné comme j'ai pu, mais je n'y connais rien en magie médicale et elle perdait tellement de sang …

Eiden ne semblait plus pouvoir continuer. Son beau visage était défiguré par la douleur et il semblait vraiment perturbé par la résurgence de ses souvenirs. Alors Blaise fit la seule chose qui lui venait à l'esprit, il força doucement Eiden à se redresser, se leva et s'assit derrière lui, l'entourant de ses jambes et l'accueillant dans ses bras musclés, le torse du brun reposant sur le sien. Son ami resta tendu un instant puis se laissa aller et donna son poids au bistré qui le reçut avec plaisir.

— Elle va bien, Den, elle est là, avec toi, elle dort juste de l'autre côté, elle va bien, le rassura Blaise en le serrant un peu plus étroitement.

— Je l'ai allongé sur mon lit, priant pour que personne ne nous entendent et là elle à ouvert les yeux. Tu sais elle avait déjà des yeux incroyables, d'un bleu-violet-vert magnifique, pas encore changeant comme maintenant, mais déjà magnifique. Et là, j'ai juste senti, de la sérénité et un immense bonheur que je ne parvenais à expliquer. Elle s'est endormie et la lettre que ma mère avait écrite pour moi, avant notre naissance, m'expliquant mon histoire et celle de mes parents est apparue sur mon bureau. Ensuite Elie a mis le feu à la maison de mes tuteurs, à envoyer Sev au tapis alors qu'il venait me chercher et on est tous allés à Poudlard.

— Elie a fait quoi ?!

L'intervention de Blaise eut au moins le mérite de détendre Eiden et de le faire sourire un peu.

— Elle a en quelque sorte fait exploser puis mis le feu à la maison de mes tuteurs. Elle a eu peur lorsque mon onc … tuteur et entré en hurlant. Il a levé la main sur moi et elle a perdu le contrôle. Puis Sev a débarqué et elle a levé un bouclier, le mettant à terre.

— Wow de la magie instinctive, comme ce qu'elle a fait lors de sa dispute avec Drago.

Eiden opina, ressentant un plaisir sadique à l'évocation de cet événement. Il avait régler en lui-même ses comptes avec le blond depuis un moment, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir un certain contentement à l'avoir vu ainsi, et aussi aux souvenirs des menaces qu'il lui avait faites.

— Comment quelqu'un comme Elie, une toute mince et adorable jeune fille peut provoquer de telles choses ? C'est assez surprenant, fit Blaise, heureux que son ami soit dans de meilleures dispositions.

— Je me suis fait la même réflexion.

— Mais continue, l'encouragea Blaise, on en était à ce moment délicieux où Elie envoie Severus au tapis.

— Et bien ensuite, Père nous a ramené à Poudlard, Pomfresh c'est occupé d'Enor et le lendemain, je me suis réveillé comme cela.

— Cela a dû être assez surprenant, je l'imagine bien, d'autant que tu n'étais au courant de rien avant ce soir-là.

— Le pire, je crois, a été le changement physique, répondit Eiden, les sourcils légèrement froncés. Ma mère avait modifié mon apparence avant de mourir, pour nous protéger de ceux qui nous traquaient, alors après l'héritage j'ai repris ma véritable apparence et tout est devenu ... bizarrement réel. Tu comprends ?

Le bistré souffla que oui et l'autre continua à voix basse.

— Cela a été plus facile pour Elie, par ce qu'elle avait été élevée par le clan et que sa nature était si forte qu'elle n'avait pu être étouffée par le sort de ma mère, ni son physique. Elle était préparée, alors elle a accueilli ça en douceur. D'ailleurs elle à tout accueillit en douceur, son héritage, moi, Sev … même son agression.

Le bistré ne releva pas le dernier mot, il savait qu'Eiden l'avait laissé échapper sans le vouloir. Les jumeaux ne parlaient jamais de cela, jamais.

— Il y a tellement de choses que je ne sais pas sur moi, sur nous. C'est … c'est difficile de voir que je suis devenu un inconnu pour moi-même.

— Je peux t'apprendre si tu veux, je n'ai pas été élevé au sein d'un clan comme Elie, mais j'ai été quelques fois dans celui de mes parents et je connais les usages de notre peuple.

— Tu es vélane Blaise, on n'est pas du même peuple.

Le garçon sourit et étreint doucement son ami.

— Eh bien, ayons notre première leçon. Les gens comme nous Eid, les métis se considèrent comme le même peuple, un peuple issu des hommes et de la magie, des mâtinés. De plus le sang de certains des nôtres est tellement mélangé qu'il est difficile de les affilier à une race en particulier. Donc je regrette on est du même peuple.

— Oh, d'accord, murmura Eiden. Est-ce que tous les gens de notre … peuple font partie d'un clan ?

— Non, même si c'est le cas de la majorité. Le clan assure une certaine protection et un soutien.

— Donc il va falloir que je me trouve un clan ?

— Non, car techniquement tu fais déjà partie du clan d'Elie, par le sang. Et je suppose que la tutrice d'Elie va parler de toi à Orsu, leur alpha donc tu seras bientôt officiellement des leurs.

— C'est obligatoire ? interrogea à mi-voix le brun.

— Non, bien sûr, mais Eiden c'est une bonne chose, je t'assure. Le clan est comme une famille, un soutien sans faille. De plus les Cavaliers d'Ombre sont un clan vraiment très puissant et ancien, il est parfait pour des individus avec autant de pouvoirs que vous. Ils seront les plus à même de vous protéger en cas de besoin.

— Si tu le dis, marmonna Eiden en tirant un peu la couverture sur eux.

— Eid, ce n'est pas si rare que des métis soient dans le même cas que toi, parfois car leurs gênes se sont brusquement éveillées dans une lignée qui n'en comptait presque plus, parfois car ils sont orphelins ou encore par ce que leurs parents voulaient les préserver de tout cela. Den tu as seulement quinze ans, tu as toute ta vie pour apprendre les mœurs de notre peuple, concentre-toi plutôt sur tes proches, ton adolescence et l'école, c'est déjà bien suffisant.

— Merci, Blaise, souffla le brun, qui ne pensait pas qu'au discours de son ami, mais aussi à sa présence réconfortante.

— De rien Eiden.

De nouveau le silence les prit, non pas gênant, mais serein et apaisant. Sans s'en rendre compte, ils glissèrent tous les deux dans le sommeil.

0o0o0

Le soleil froid de l'hiver éveilla douloureusement Blaise le lendemain, blessant sa rétine à travers ses paupières closes. Il se fustigea mentalement d'avoir encore une fois oublié de fermer ses rideaux de baldaquin et grommela en tentant de changer de position. Mais un poids agréablement chaud et odorant reposait sur son torse, le clouant au matelas. Ouvrant un œil pour en découvrir la nature, le basané se figea. Tout contre lui, endormi et encore habillé de la veille, dormait un adolescent. Un adolescent avec un catogan noir passablement ébouriffé et une peau d'ivoire, si douce contre la sienne. Blaise sursauta et la tête de l'autre bascula un peu, révélant son visage, ultime preuve, s'il en avait encore besoin, qu'Eiden Rogue avait dormi avec lui, sur lui plus exactement. Le cœur battant la chamade et les mains brusquement moites, le bistré tentait en vain de retracer les événements qui les avaient amenés à partager son lit, mais il ne se rappelait plus rien après leur discussion, sûrement c'étaient-ils endormis ensuite. Ce que Blaise n'expliquait pas en revanche, c'est la position qu'ils avaient adoptée durant ledit sommeil. Eiden et lui avait semblent-il glissés en position allongée, le brun restant sur son torse, mais de face, le buste et la tête alanguis sur le corps du basané. Ils avaient également mêlé leurs jambes et les bras de Blaise enserraient étroitement la taille et les épaules du fils Rogue, comme pour l'empêcher à tout prix de partir. Peu désireux de faire face au garçon qu'il aimait dans une telle position, le bistré se dégagea le plus doucement possible, louant le lourd sommeil d'Eiden. Il fut cependant lamentablement surpris par Drago qui le regardait avec une malice non feinte.

— Ce n'est pas ce que tu crois, souffla Blaise.

— Oh, mais je ne crois rien, fit son ami, les yeux brillants de moquerie.

— Je t'assure, il ne s'est rien passé.

— C'est tellement dommage ! ricana le blond, toujours assis sur son lit.

Blaise finit par s'extirper de l'étreinte d'Eiden, mais réveilla du même coup le garçon qui cligna un moment des yeux, perdu, avant de se ressaisir.

— Qu'est-ce que je … commença-t-il.

— Il semblerait que nous nous soyons endormis après avoir discuté hier, lui répondit Blaise, avec un sourire qui se voulait amical et rassurant.

— Oh ... d'accord. Merci pour hier Blaise et… désolé d'avoir squatté ton lit. Tu as quand même pu dormir un peu ? interroge Eiden en se relevant péniblement.

— Je suis sûr que cela n'a pas dérangé Blaise de te prêter son lit et ses bras, répondit narquoisement Drago.

Blaise lui envoya un regard noir, au bord de la crise cardiaque, mais Eiden ne releva même pas, encore trop dans les nuages. Il se traîna jusqu'à son armoire et se déshabilla aussi promptement que lui permettait ses membres lourds et endormis, ignorant les regards que lui lançaient ses deux camarades. Ils étaient les seuls debout, le soleil n'était pas très haut, il ne devait pas être si tard.

— Quelle heure est-il ? grogna Eiden.

— Neuf heures cinq, répondit charitablement Blaise.

— Oh Mordred, soupira fortement le garçon, Elie va me tuer, on avait rendez-vous à neuf heures dans le bureau de Sev …

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que de légers coups retentissaient contre la porte. Après invitation, Elie se montra, habillée de pied de cape et ses cheveux parfaitement nattés. Son regard se posa immédiatement sur son frère encore à demi nu et elle eut un petit sourire résigné.

— Tu viens juste de te lever n'est-ce pas ?

— Comment as-tu deviné ? répondit sarcastiquement le brun en enfilant tant bien que mal un pantalon déniché au hasard dans ses affaires.

Mais Elie ne s'occupait déjà plus de lui, saluant les deux autres garçons éveillés. Son regard glissa sur les vêtements froissés, portés la veille de Blaise et sur l'odeur d'Eiden, présente partout sur lui, mais elle ne fit aucun commentaire, même lorsque les joues du basané prirent feu. Elle se tourna comme si de rien n'était vers son frère et fit gentiment :

— Tu ne peux pas y aller comme cela Eid.

— Quel est le problème, grimaça le brun qui avait décidément bien du mal avec la froide lumière du jour.

— Le problème c'est que ton pantalon est bourgogne et que ta chemise est vert irlandais.

— Et donc ?

— Et donc cela ne va pas ensemble, Den.

Joignant le geste à la parole elle choisit une autre chemise et lui retira l'autre sans qu'il n'oppose aucune résistance. Puis elle saisit sa main et le traîna hors du dortoir, sous l'œil amusé de ses deux amis.

— Alors vas-tu me dire ce qu'il s'est passé cette nuit ? interrogea Drago d'une voix doucereuse.

— Il n'y a rien à dire, on a discuté hier et on s'est endormi.

— Ouai, ricana son ami, vu la position où je vous ai trouvé ce matin, il ne s'est pas rien passé.

— Crois-moi, il n'y a rien à dire, fit sombrement Blaise.

Toute trace de moquerie disparut immédiatement des yeux de Drago. Il s'approcha et serra l'épaule du bistré.

— Écoute Blaise, tu as peut-être l'impression de ne pas avancer, mais il s'est confié à toi et c'est réfugié dans tes bras. Alors tu as avancé, je t'assure. Surtout connaissant son caractère taciturne.

— Si tu le dis …

Blaise passa la journée dans la salle commune, terminant ses devoirs en retard et passant le temps avec Drago, Pansy et Théo, comme au bon vieux temps, avait dit ce dernier. Il était maintenant dix-huit heures et les jumeaux n'étaient pas encore réapparus. Cela n'avait rien d'étonnant bien sûr, après tout, Elie n'avait pas vu sa tutrice depuis des mois. Mais cela n'empêchait pas Blaise de tourner comme un lion en cage, son agréable réveil lui semblait bien loin à présent et rien ni personne ne parvenait à lui changer les idées.

— Pour l'amour de Merlin, Blaise va faite un tour ! Tu sembles tout prêt à exploser et ton agitation est franchement désagréable à regarder !

Décochant un regard noir à Pansy, le bistré choisit cependant de suivre son conseil et d'aller prendre l'air. La nuit commençait à tomber et l'air était froid en ce début de novembre, mais Blaise n'hésita pas et prit le chemin de la tour d'astronomie. Dans les couloirs, il ne croisa presque personne, la plupart des élèves restant dans leurs dortoirs où à la bibliothèque à cette heure. Il monta les escaliers quatre à quatre, mais s'immobilisa en haut, la porte entrebâillée quand il entendit des voix familières discourant en celtique. Il poussa encore un peu la porte et son regard tomba, sans surprise, sur les silhouettes penchées l'une vers l'autre d'Eiden et d'Assar. Blaise avait quelques notions en celtique, malheureusement trop pauvre pour suivre le débit des deux amis, surtout d'aussi loin. Leur ton était calme, posé, comme il pouvait l'être entre deux proches qui discouraient tranquillement. Le basané se perdit un instant dans le flot de ses deux voix agréables. Celle d'Eiden, avec son timbre exotique, riche et chantant, se mariait parfaitement à la voix basse et profonde d'Assar. Les écouter était comme entendre une musique où se mêlaient différentes mélodies. Il resta ainsi un long moment, sans bouger, puis un courant d'air le fit frissonner et il se décala un peu. De sa cachette il regarda l'égyptien glisser quelques phrases à l'oreille du brun, puis le quitter en l'embrassant sur le coin des lèvres. Le cœur battant, mais incapable de bouger, Blaise vit le jeune métamorphe se diriger vers lui et le dépasser sans autre réaction qu'un petit signe de tête en guise de salut. Il le regarda descendre dans les escaliers, puis disparaître avant que la voix d'Eiden ne lui parvienne.

— Vas-tu rester là toute la nuit, où vas-tu me rejoindre ?

Machinalement, le garçon se porta au dehors, le regard vide. Tel un automate, il s'appuya sur la rambarde et fixa l'ombre noire qu'était la forêt interdite. Le silence pesait, lourd et étouffant, mais aucun d'eux ne le brisa. La température descendit encore, mais ils ne s'en soucièrent pas.

— Est-ce que … est-ce que toi et Assar … demanda maladroitement Blaise.

Eiden leva un sourcil couleur de nuit.

— Comment cela Assar et moi ?

— Eh bien … est-ce que vous êtes … ensemble ?

Le basané était horriblement gêné, il aurait voulu ne jamais avoir suivi le conseil de Pansy, ne jamais être venu à la tour, ne jamais avoir rejoint Eiden et surtout ne jamais, jamais avoir abordé ce sujet.

— Tu veux dire en couple ? Assar et moi ?

Le rire clair d'Eiden emplit l'obscurité tandis que ces yeux brillaient d'amusement.

— Non, par Merlin, non !

Il riait encore, le son se répercutant contre les pierres froides. Mais cela ne rassura pas Blaise, au contraire.

— C'est par ce que c'est un homme ? interrogea douloureusement Blaise, sentant ses maigres espoirs s'envoler.

Le rire d'Eiden mourut doucement.

— Qu'il soit un homme n'est pas le problème, le fait qu'il est comme un frère pour moi est le problème.

— Oh …

Eiden lui sourit doucement, s'approchant un peu.

— Le fait qu'il soit un homme n'est pas le problème, répéta-t-il à mi-voix.

Blaise ne put répondre. Eiden était bien trop prêt, sentait bien trop bon et était bien trop beau sous ce clair de lune. Le basané ne parvenait plus à réfléchir correctement et cela ne s'arrangea pas lorsqu'il se rapprocha encore. À présent Blaise pouvait sentir la chaleur de son souffle sur sa peau.

— Ce n'est vraiment pas le problème.

Deux lèvres douces virent capturer les siennes et un parfum de mousse, de cèdre et de menthe douce envahit Blaise, ce qui acheva d'éteindre toute velléité de son esprit. D'abord trop surpris pour réagir, le bistré ne bougea pas, laissant l'autre garçon caresser la peau charnue de la sienne, puis il se ressaisit et bougea ses lèvres contre leurs jumelles. Eiden en profita pour glisser une main derrière sa nuque, laissant son pouce effleurer la naissance de ses cheveux, provoquant des frissons dans la colonne vertébrale de son vis-à-vis. L'autre se lova entre ses reins et le rapprocha encore, pour que le bistré soit complètement pressé contre lui. Timidement, Blaise demanda l'accès à cette bouche merveilleuse d'un petit coup de langue, ce qui lui fut immédiatement accordé. Plongeant dans l'antre chaud et humide, le basané vint à la rencontre de la langue d'Eiden et elles dansèrent toutes les deux un moment, baignant les deux adolescents dans une douce félicité.

Après de longues minutes, Eiden rompit doucement le baiser. Il se recula, souriant tendrement à Blaise qui lui était resté figer sur place, immobile et les lèvres entrouvertes. Puis inspirant brusquement, le basané quitta en trombe la tour, laissant là Eiden, seul.

0o0o0

den était redescendu de la tour peu de temps après la fuite de Blaise et avait rejoint ses amis pour le dîner. Les autres ne dirent pas un mot concernant l'absence du bistré, certainement car il s'en était excusé auprès d'eux. Personne ne l'évoqua de tout le repas, comme s'ils sentaient que quelque chose s'était passé.

En s'asseyant, Eiden sentit la douce pression de la main de sa sœur sur sa cuisse. Il lui sourit simplement, la rassurant du regard. Il allait bien, parfaitement bien. Ce soir Blaise rentrerait au dortoir et ils en discuteraient, il fallait bien qu'il dorme à un moment ou un autre. Mais Eiden n'était pas inquiet outremesure, au vu de la réponse initiale du basané à son baiser : ils allaient rapidement pouvoir régler cette histoire de fuite et recommencer, sans le départ précipité. Le garçon était certain qu'Elie avait tout devinée, elle avait dû sentir ses émotions et le lien leur faisait partager beaucoup de choses. L'odeur de Blaise sur lui devait également aider …

Après le repas, ils descendirent tous dans la salle commune pour terminer la soirée, mais sans Blaise. Finalement, lorsqu'il fut l'heure de se coucher, il n'était toujours pas reparu. Elie, la dernière à rester avec Eiden, finit par se lever elle aussi :

— Tu devrais rester encore un peu, il ne peut pas fuir indéfiniment et nous avons cours demain à la première heure. Il faudra bien qu'il dorme.

Elle déposa un petit baiser sur sa joue et le quitta tandis qu'Eiden s'enfonçait dans son fauteuil, se préparant à une longue attente.

Et en effet, lorsque le tableau pivota enfin, le feu était presque mort et l'obscurité régnait dans la salle commune. Dans l'ombre, Eiden vit la silhouette de son ami traverser silencieusement la pièce et faire apparaître d'un coup de baguette, un oreiller et une couverture sur l'un des canapés.

— Alors c'était cela ton plan pour m'échapper, interrogea tranquillement le fils Rogue de son assise.

L'autre se figea, il n'avait as vu le demi-elfe à cause de la pénombre. Mais avant qu'il ne puisse s'enfuir de nouveau, Eiden s'était levé et le clouait sur place d'un seul regard. Il le regarda, impuissant, se rapprocher jusqu'à lui faire face, pour la deuxième fois de la soirée.

— Je connais tes inclinations, Blaise, donc je sais que ce n'est pas cela le problème et j'avais plutôt l'impression que … eh bien que ça t'avait plus. Mais peut-être que je me trompe ?

— Non, non, ça m'a plût, protesta Blaise.

Merlin, bien sûr que cela lui avait plût, ce n'est pas comme si il attendait ça depuis la rentrée.

— Alors, de quoi as-tu peur, Blaise ? demanda doucement Eiden en effleurant sa joue de sa main.

Le susnommé ne savait pas quoi dire, ne savait pas comment expliquer à l'autre jeune homme ce qui avait motivé son geste. Il avait peur, Eiden avait en conscience, même s'il ne comprenait pas tout. Mais il fallait régler cette situation. Blaise prit donc son courage à deux mains :

— Je t'apprécie depuis … vraiment longtemps … depuis le tout premier jour en faîte, et ce soir …

Il s'arrêta, ne pouvant continuer, le cœur au bord des lèvres.

— Ce soir je t'ai embrassé, après que tu m'ais vu avec Assar, donc tu penses que, peut-être, tes sentiments ne sont pas réciproques et que ce baiser signifiait bien moins pour moi que pour toi, fit doucement Eiden. C'est bien cela ?

— Oui, ne put que souffler le basané. Il était complètement démuni devant Eiden, surtout lorsqu'il était ainsi tendre, compréhensifet si prés de lui.

— Bien, alors il ne me reste plus qu'à dire que tes sentiments sont partagés et que ce baiser comptait pour moi, beaucoup.

Blaise expira brusquement, son cœur accéléra encore et il se maudit de se comporter comme une adolescente en fleur ridicule.

La main sur sa joue reprit ses caresses, envoyant de plaisantes décharges dans son ventre.

— Alors Blaise, je peux t'embrasser à nouveau sans que tu ne paniques après ?

Il hocha la tête et l'autre prit son visage en coupe.

— Bien, souffla le brun en posant à nouveau ces lèvres sur les siennes.

Ce fut aussi incroyable que la première fois, mieux même, car à présent chacun savait ce qu'il en était pour l'autre. Ils finirent tous les deux allongés sur le canapé, fermement enlacés.

— Vas-tu t'enfuir à nouveau ? demanda malicieusement Eiden.

— Non, pas tant que tu me retiens ainsi en tout cas, répondit l'autre avec un sourire.

— J'ai la ferme intention de continuer alors.

— S'il le faut, soupira dramatiquement Blaise, un sourire maintenant immense sur le visage.

— Mais nous allons quand même nous lever et continuer cela dans le dortoir, d'accord ? Je n'ai guère envie de me faire surprendre demain par nos camarades en position compromettante.

Blaise embrassa une dernière fois Eiden et le tira dans le dortoir, impatient de reprendre leurs activités.

Au matin et pour la seconde fois consécutive, Blaise s'éveilla lové contre Eiden, confortablement blotti dans ses bras, dans le lit de celui-ci. Un délicat baiser sur le front et quelques caresses bien placées avait suffi à le réveiller : il n'avait pas le lourd sommeil de son compagnon. Le basané ouvrit les yeux quand un léger baiser fut posé sur son nez et il tomba sur le sourire du fils de Severus, visiblement d'excellente humeur. Mais ce sourire faiblit un peu lorsqu'il vit la mine soudain pensive du bistré.

— Un problème, Blaise ?

— Non, c'est juste que, qu'est ce qu'on fait Eiden ?

Le brun sourit tendrement et le serra un peu plus contre lui, entortillant plus fermement leurs jambes.

— Je croyais que c'était clair pourtant. On est ensemble, n'est-ce pas ce que tu veux ?

— Si bien sûr, répondit l'autre en se pressant un peu plus contre le corps chaud de son vis-à-vis. Mais tu … on … à la vue de tous ?

Le sourire d'Eiden s'élargit et il embrassa légèrement les lèvres noires.

— Aurais-tu honte de moi ?

Le basané rit et répondit au baiser, attirant à lui la tête du brun.

— Idiot, souffla-t-il contre ses lèvres. Je veux simplement dire que même si tout le monde connaît mes penchants, ce n'est pas le cas pour toi. Ne veux-tu pas d'abord en parler à ton père, à Elie, à tes amis ?

— Tu as peut-être raison, même si j'aimais beaucoup voir la tête de Sev quand tu me rouleras la pelle du siècle au milieu de la Grande Salle …

Contre toute attente, Blaise ne sourit pas, il demanda seulement très sérieusement à son petit-ami, les mains sur ses joues, comme pour l'empêcher de se dérober :

— Tu n'as pas peur de ce qu'ils pourraient dire ?

— Qui ça Elie ? rit le brun. Elle n'a aucun problème avec l'homosexualité et certainement pas la mienne. Et puis apparemment ce ne sera pas vraiment une surprise que l'on s'affiche ensemble n'est-ce pas ?

Les joues du bistré se changèrent en deux brasiers et il détourna la tête pour ne pas croiser le regard d'Eiden, qui lui affichait seulement un sourire amusé, pas du tout gêné par la situation.

— Alors Elie t'a tout raconté … murmura Blaise.

— Oh non, Elie ne m'a rien dit, mais tu viens de confirmer qu'elle était au courant cependant, répondit l'autre avec un sourire éclatant.

Son tout récent petit-ami soupira et cacha son visage contre le torse de l'autre. Eiden rit à nouveau de ce comportement, passant une main tendre dans ses cheveux courts.

— Elie ne t'a pas trahi exprès, mais on ressent beaucoup de choses de l'autre et j'ai fini par comprendre, en mettant bout à bout les choses … avec la sérieuse aide d'un Assar désespéré par mon aveuglement. Et j'ai décidé de prendre les choses en main, comme tu ne te décidais pas à le faire …

Blaise grommela des paroles indistinctes, mais le fils Rogue ne s'en formalisa pas, blottissant un peu plus le basané contre lui.

— Il est étrange d'apprendre qu'Assar m'ai tant aidé alors que j'étais immensément jaloux de lui et que je croyais, comme le reste de Poudlard, qu'il te voulait.

— Je ne pense pas être son genre, en tout cas il n'est pas le mien et de toute façon, aucun de nous ne voit l'autre ainsi.

— Il est vraiment très beau … souffla le basané.

— Dis le pauvre adolescent aux gènes vélanes, sculpté par le quidditch … se moqua gentiment Eiden. Puis voyant que cela semblait toucher réellement son compagnon, il releva sa tête pour le regarder dans les yeux. Tu n'as vraiment pas de quoi être jaloux, Blaise, cesse de t'en faire à propos de lui.

Il l'embrassa doucement à nouveau, tâchant de faire passer par ce contact toute la tendresse qu'il ressentait. Cela dura un moment, puis ils se séparèrent, ayant également besoin de respirer.

— Et ton père ? Et tes amis ? fit le basané, reprenant ses questions précédentes.

— Severus est déjà passé au-dessus de beaucoup de choses me concernant, répondit mystérieusement Eiden, celle-ci est vraiment moindre. Quant à mes amis … et bien s'ils sont mes amis, ils ne voudront que mon bonheur …

Ils n'eurent pas le temps d'approfondir le sujet, car déjà il était l'heure de se lever et les deux garçons durent se séparer. Mais Blaise ne croyait vraiment pas que c'était aussi simple. Bien sûr lui-même n'avait pas eu de véritables problèmes à propos de cela mais il n'avait jamais montré d'intérêt pour les filles et sa famille était plutôt tolérante …

Comme la veille, Draco lança un regard goguenard à son ami qui émergeait de la couche d'Eiden, en pyjama et l'air immensément heureux.

— Pas de doutes et de regrets ce matin ? interrogea le blond d'un air narquois.

Blaise secoua la tête d'un air blasé, suivant du regard un Eiden à demi nu qui disparaissait dans la salle de bains.

— Tu n'as guère de leçons à me donner il me semble, fit le bistré sadiquement.

Drago grimaça, mais ne dit rien, se contentant de finir de s'habiller, tandis que les autres se levaient plus ou moins difficilement. Théo, déjà prêt, grignotait un chocogrenouille, assis en tailleur sur son lit. Il tourna un regard moqueur sur Blaise qui avait le plus grand mal à s'extraire de la douce félicité qui s'attardait encore sur lui, mais ne dit rien. Bientôt Eiden revint et effleura tendrement le creux des reins de son compagnon avant qu'il ne prenne sa place dans la salle de bains.

— Qui s'est jeté à l'eau ? demanda finalement le fils Nott en entamant une deuxième sucrerie.

— Moi, répondit Eiden, la tête disparaissant derrière le pull qu'il s'efforçait d'enfiler.

— C'est une bonne chose, opina son ami aux cheveux corbeaux, vous y seriez encore sinon.

— C'est aussi ce que je me suis dit. Donc j'ai pris les choses en main.

— Ça on peut le dire, ricana Théo qui évita de justesse le coussin que lui avait envoyé Eiden en représailles de ses allusions salaces et de sa blague plus que douteuse.

— Sa vole bas ! Ne peux-tu pas être simplement heureux pour nous ?

— Je le suis, mais cette histoire dure depuis trop longtemps pour que je vous épargne mes sarcasmes.

L'autre jeune homme grimaça, mais ne dit rien, conscient que c'était inutile de toute façon.

Quand tous furent habillés et prêts, les quatre amis descendirent les escaliers pour retrouver Elie et Pansy, assises à leur place favorite, près du feu. Elles semblaient avoir une discussion animée : la brune parlait avec animation, assise sur le bord de son fauteuil, ses mains accompagnant son discours tandis que la blonde écoutait et intervenait parfois installée avec l'élégance et la grâce qui la caractérisait, bien au fond du fauteuil, les chevilles ramenées d'un côté. Quand elles virent apparaître les garçons, elles cessèrent leur occupation et sourirent :

— Enfin ! s'exclama Pansy, sans que personne ne puisse savoir si elle parlait de leur arrivée ou des mains d'Eiden et Blaise, jointes.

Elle bondit sur ses pieds et se dirigea immédiatement vers la sortie, entraînant avec elle Théo et Drago. Elie quant à elle fut plus mesurée, elle se releva plus lentement et récupérant ses affaires, elle fit un doux sourire au couple avant d'effleurer la main que lui tendait Eiden. Le contact fut furtif, à peine esquisser, mais il suffit à la jeune fille pour apprendre la suite des événements de la veille.

— Je ne pense pas en effet qu'il ait lieu de s'inquiéter, souffla-t-elle et son frère acquiesça avant de se remettre en marche.

— De s'inquiéter ? interrogea Blaise qui n'avait pas la compréhension surnaturelle des jumeaux.

— À propos de Sev, lui répondit Eiden.

Cependant, les deux garçons évitèrent tout de même de se montrer trop proche au petit-déjeuner, gardant une attitude amicale, Blaise estimant que le coming-out d'Eiden méritait un peu de douceur. Son compagnon se rangea à son avis, puisque cela semblait si important pour lui. Il se doutait bien que le bistré avait peur qu'il abandonne tout en cas de rejet de ses proches, mais ce n'était pas du tout dans ses intentions. Mais cela ne servait à rien d'en parler à Blaise qui ne serait rassuré que lorsque tout le monde aurait été mis au courant en bonne et due forme.

Le premier, ironiquement, fut Assar, qui, en saluant ses deux amis, détecta tout de suite leurs odeurs mélangées. Bien sûr il s'était douté de cette issue après les avoirs laissés seuls au sommet de la tour d'astronomie, mais il semblait fort content de cet heureux dénouement. Il en fit d'ailleurs part au brun de quelques mots en celtique puis serra la main de Blaise avant de disparaître à sa table.

— Je t'avais bien dit qu'il n'y avait rien entre nous, glissa Eiden à l'oreille de son compagnon, choqué par l'attitude bienveillante et amicale de l'égyptien envers lui.

Le bistré ne répondit pas, secouant seulement la tête, les choses allaient un peu trop vite pour lui. N'était-ce pas la veille encore qu'il croyait ses espoirs irréalistes et Eiden entièrement aux femmes ? Sous la table il sentit la main chaude et douce de de son nouvellement petit ami sur son genou et se calma instantanément, glissant la sienne au-dessus pour la caresser. Il se sentait bien à ce moment, entouré de ses amis, contre son compagnon, alors il laissa couler et profita seulement du déjeuner.

À la fin du cours de potions, Eiden glissa à son père qu'il voulait lui parler et celui-ci lui proposa de déjeuner en sa compagnie, dans ses appartements, ce que le garçon accepta avec entrain. À midi, il s'y présenta donc, pas vraiment anxieux, et s'installa à table avec Severus. Ils commencèrent par échanger des banalités puis, alors que le plat était bien entamé, son père l'interrogea sur ce qui l'amenait.

— Je voudrais te parler de quelques choses à propos de ma vie sentimentale, fit juste Eiden, jugeant que l'honnêteté et la simplicité étaient de mise dans un moment pareil.

— Tu veux me parler de ta vie intime ? s'étrangla un peu Severus avec son verre.

— Et bien moi je n'en vois pas vraiment la nécessité, mais la personne qui … enfin la personne avec qui je suis à insisté pour je t'en parle, plutôt que tu nous tombes dessus au détour d'un couloir ou d'un repas.

L'adulte leva un sourcil, se questionnant sur ses dernières paroles et son fils continua, amusé :

— En vérité, je pense qu'il a surtout peur que tu l'empoisonnes lorsque tu sauras.

— Il ?

C'était là le fond du problème et le sourire d'Eiden disparut, laissant place à la mine la plus sérieuse que le professeur n'ait jamais vue sur son enfant.

— C'est un problème ?

Le potionniste eut un sourire qu'il camoufla en rictus. Il admirait l'aplomb du plus jeune et appréciait la confiance qu'il semblait avoir en lui et son jugement. Car il ne semblait pas réellement inquiet de ce que pourrait dire Severus.

— Non pas le moins du monde, fit le professeur. En est-ce un pour toi ?

— Et bien je ne m'imaginai pas ses penchants, mais je m'y fais assez bien, je dois dire, rétorqua l'adolescent en s'enfonçant plus nonchalamment encore dans son fauteuil, pas du tout embêté par la conversation.

C'était dans des moments comme celui-là que Severus mesurait tout le chemin qu'ils avaient parcouru tous les deux. Eiden n'avait aucune peur à se confier, même sur les sujets les plus difficiles et intimes, et sans qu'il ne puisse le réprimer, le professeur se sentit immensément fier, ce qui n'échappa pas aux yeux à peine moqueurs de son fils.

— Je suis heureux que tu te confies si facilement à moi, se justifia-t-il.

— Oh moi je n'avais pas d'inquiétude ni Elie, seul mon compagnon en avait.

— C'est récent ? interrogea Severus en reprenant son repas.

— Hier soir.

— Et bien on peut dire que tu t'es précipité chez moi ! s'exclama le potionniste, surpris. Pourquoi tant de zèle ?

— Plus vite tu es au courant, plus vite il me laisse lui montrer publiquement l'étendue de mes sentiments, expliqua tranquillement Eiden en enfournant un délicieux morceau de viande en pâte dans sa bouche. Et puis je pense qu'il a vraiment besoin de preuve que je prend tout cela au sérieux. J'ai mis un certain temps à ouvrir les yeux sur son intérêt envers moi.

— Est-ce un gryffondor ? demanda Severus, prêt à faire face.

L'autre sourit narquoisement.

— Non ne t'en fait pas, ce n'est pas un gryffondor. Je t'épargnerai cet affront !

L'adulte grimaça, mais retint toute parole acide, peut-être échappera-t-il finalement au Londubat et autre Weasley en tant que gendre. Encore qu'il restait Elie …

— Vas-tu enfin me dire qui c'est ou me feras-tu languir jusqu'à Noël ?

Les yeux de son fils brillèrent, mais il déclara seulement :

— C'est Blaise.

Ciel ni un stupide gryffondor, ni un niais poufsouffle, mais un vrai serpentard, ruse, manipulation, élégance et tutti quanti. Intérieurement, Severus soupira.

— Il est un agréable spécimen, je suppose, déclara-t-il à voix haute.

— On peut dire cela en effet, ronronna Eiden en tournant le contenu de son verre dans sa main. Et il est tout à fait honorable comme gendre n'est-ce pas ? Lignée respectable, gènes sympathiques, notes correctes et éducation serpentard, tout ce que tu aurais pu désirer.

— Certes, mais parlons-nous déjà d'union ? se moqua gentiment le professeur de potions en souriant.

— Bien sûr que non, mais je te montre les bons côtés, pour que tu puisses t'y concentrer lorsque tu te rappelleras que c'est un homme, grimaça l'adolescent.

Severus posa ses couverts et captura la main de son fils dans la sienne.

— Qu'il soit un homme ne m'importe aucunement si tu es heureux avec lui.

Il avait dit cela très sérieusement, en le regardant dans les yeux, pour être sûr que son fils comprenne bien que cela ne lui posait réellement pas de problème.

— Tu ne vas pas pleurer sur ta lignée brusquement interrompue ?

Le potionniste soupira, alors c'était là le fond du problème, pas vraiment l'homosexualité d'Eiden, mais ce qui en découlait.

— Eid, la population sorcière et bien plus ouverte sur ces questions que les moldus, tu ne dois pas t'en faire … et pour les enfants, quand nous en serons à là, nous y réfléchirons, mais il y a plusieurs solutions, l'adoption de sang, les mères porteuses … Ce n'est pas un problème.

Ces mots semblèrent calmer son fils qui respira plus facilement.

— On dirait qu'il n'y avait pas que moi à rassurer sur ce cas, sourit gentiment Severus en serrant l'épaule du garçon.

— Les enfants ont … été le problème quand j'ai accepté … et bien quand j'ai accepté d'apprécier les hommes.

L'adulte hocha la tête, compréhensif :

— Tu veux, une famille, c'est normal. Mais Eiden il est possible que tu en ai une de ton sang, et même avec la personne que tu choisiras à tes côtés. Les médicomages sont capables de concevoir des ovules neutres à ensemencer par deux pères ou le contraire afin que les couples de même sexe puissent avoir une descendance. Ceci est tout à fait accepté et légal ici, tu ne dois pas t'en faire à ce sujet.

— Merci, répondit le jeune homme avec un pauvre sourire. Même si c'est moi qui aurais dû te rassurer sur tout cela.

— Je suis ton père, c'est mon rôle de t'épauler dans tout tes choix. Et je dois dire que le fils Zabini en est un bon, comme on l'a déjà vu, c'est un échantillon tout à fait acceptable de la population de cette école.

Ils rirent tous deux et attaquèrent le dessert, la conversation s'orientant sur d'autres sujets, puis au moment de partir, Severus retint son fils par le bras, visiblement gêné, mais Eiden le coupa immédiatement :

— Non, papa, j'ai eu mon quota de moments honteux pour aujourd'hui, cette discussion peut attendre.

— Mais Eid …

— Non je t'assure, grimaça l'adolescent, elle peut attendre, on n'en est pas du tout à là, et je ne prévois pas de sauter sur Blaise pour l'instant, pas de façon sexuelle au moins. J'ai quinze ans depuis à peine trois mois, on vient de se mettre en couple, ce sujet n'est pas à l'ordre du jour.

Il se dégagea doucement de l'étreinte de son père et disparut avant qu'il ait pu répondre, au grand soulagement du potionniste qui ne se voyait pas du tout s'embarquer dans un tel sujet avec son fils aîné.

Avant la fin de la journée, les proches d'Eiden étaient tous au courant de sa relation avec son compagnon et de son homosexualité, ce qui permit aux deux garçons de se montrer très tendre l'un envers l'autre au dî très vite la nouvelle du couple naissant fit le tour de Poudlard. Il faut dire qu'Eiden et Blaise comptaient parmi les meilleurs partis de l'école et que c'était un déchirement pour beaucoup de les savoir de l'autre bord et casés.

Contrairement à ce qu'Eiden avait craint, Hermione, Neville et les Weasley le prirent plutôt bien. Comme Severus lui avait dit, l'homosexualité était généralement acceptée au sein de la société sorcière et Hermione, bien que d'origines moldus, était très ouverte sur le sujet. Le seul qui fut un peu déstabilisé fut Ron, qui n'avait, de ses propres mots « absolument rien vu de tout cela ». Ce à quoi Eiden le rassura en lui avouant que lui-même ne s'en était aperçue que peu de temps auparavant, et notamment grâce à Assar Menes. Mais finalement la nouvelle fût bien accueillie, le fait que le choix d'Eiden se soit porté sur Blaise n'y étant pas étranger. En effet le basané entretenait des rapports cordiaux, sinon amicaux avec les proches gryffondors du garçon et était celui qui se montrait le plus affable du groupe de serpentards envers eux. Les rouges et ors n'hésitèrent donc pas une seconde à l'inviter à se joindre à eux après le dîner pour discuter des prochaines réunions de leur groupe d'études de Défense. Le basané accepta l'invitation avec joie et traîna même à sa suite Théo, Drago et Pansy afin qu'ils s'intègrent eux aussi au petit groupe.

— Tu ne peux pas sérieusement me demander de passer la soirée avec des gryffons ? s'emporta le blond lorsqu'il l'entraîna avec eux.

Le basané soupira fortement et poussa son ami récalcitrant devant lui.

— On va bientôt passer un grand nombre de soirées en leur compagnie je te signale Dray, alors il faudra t'y faire. En plus c'est les amis d'Eiden, donc ce serait bien que tu fasses un effort.

— Quoi, ce n'est pas moi qui échange de la salive avec lui, alors je n'ai nul besoin de m'infliger cela !

— Ils sont proches des jumeaux et nous sommes amis avec lesdits jumeaux, donc il serait bien de faire un effort.

— D'autant qu'ils sont plutôt cool quand on les connaît mieux, intervint Pansy, d'accord Weasley est parfois idiot, mais il est marrant.

— Cool ?! Marrant ?! s'étouffa le fils Malfoy, non, mais ça ne va pas bien la tête ?!

La jeune fille haussa les épaules, ignorant l'attitude puérile de son ami.

— Il faudrait peut-être envisager de revoir ton opinion sur tu espères un jour ''échanger de la salive'' avec Elie. Ou bien as-tu déjà oublié sa réaction à ton insulte de Londubat ?

Le blond se renfrogna immédiatement, mais suivit tout de même les autres. Quelques minutes plus tard, ils pénétrèrent dans la vieille salle désaffectée où c'étaient déjà réuni une première fois les autres, avant la réunion à la tête du Sanglier. Pansy s'assit immédiatement près d'Hermione tandis que Théo fondit sur Ron et la boîte de chocolat qu'il avait apporté et tous les quatre se mirent à pépier gaiement. Blaise n'avait pas encore bougé que deux bras l'enlacèrent par-derrière et qu'une fine bouche embrassa sa nuque, lui créant tout un tas de sensations dans le ventre.

— Tu sens tellement bon, murmura Eiden en mordillant la naissance de son épaule.

Le basané sourit simplement et se retourna pour l'accueillir comme il se doit. Laissé seul, Drago prit son courage à deux mains et s'approcha d'Elie et Neville, en grande discussion. Et si le garçon ne laissa rien paraître, Elie lui fit un grand sourire et se décala pour lui faire un peu de place.

— Bien, si tout le monde est d'accord on pourrait peut-être discuter de ce fâcheux incident, et de ce qu'il convient de faire à présent, déclara Hermione en haussant la voix pour que tout le monde l'entende et l'écoute.

— Le fâcheux incident, quel fâcheux incident ? interrogea Eiden qui ne savait absolument pas de quoi elle parlait.

Il s'était installé, comme les autres sur les couvertures et coussins conjurés par Elie, tenant contre lui un Blaise qu'il se refusait de lâcher.

— Tu n'as pas vu le nouveau décret d'éducation du Ministère ? grimaça Hermione, exaspérée par son ami.

— Le quoi ?

La née moldue soupira et expliqua :

— Ombrage à apprit nos intentions, certainement par quelqu'un du pub puisque personne de la réunion ne porte de signes de trahison.

— Quels signes ? s'enquit, visiblement curieuse, Pansy.

— Une très vilaine éruption cutanée résistante aux principaux sorts et potions de soins, fit Hermione avec un sadisme consommé.

— Oh, parfait, sourit malicieusement sa voisine, tandis que Drago ne pouvait retenir le rictus de dégoût qui avait envahi son visage.

— Mais revenons à Ombrage, qu'a-t-elle fait ? questionna le fils Rogue.

— N'as réellement rien vu ?! s'exclama la lionne, c'est pourtant affiché partout dans le château.

Eiden eut un sourire rusé et resserra son étreinte sur son petit-ami.

— J'ai été, quelque peu occupé aujourd'hui, et j'avais, d'autres choses à regarder.

Le basané secoua la tête face à l'attitude enfantine de son compagnon, mais ne pensa plus à le morigéner lorsqu'une main tendre vient caresser son dos et ses hanches.

— Le vieux crapaud à décider de dissoudre toutes les associations d'élèves et de rendre illégales, toutes celles qui n'auraient pas obtenu son aval, expliqua Ron qui partageait avec Théo un paquet de friandises.

— Comment ?! A-t-elle le droit de faire cela ?

— Apparemment oui, continua le rouquin.

— Mais Dumbledore n'a rien fait ? Va-t-il enfin se bouger un tant soit peu ? s'emporta le jeune homme brun.

— Dumbledore ne peut rien faire, légalement il ne peut aller contre les décrets d'éducations du Ministère. Mais la question n'est pas là, elle est plutôt comment allons-nous faire maintenant ? fit Hermione.

— Cela ne change pas grand-chose, à vrai dire.

Tous se tournèrent vers Elie, qui était intervenue pour la première fois.

— De toute façon, même avant ce décret, je doute que ce groupe ait été vu d'un très bon œil. Si on s'était fait prendre, on aurait certainement été sévèrement sanctionné.

Hermione et Pansy hochèrent la tête, d'accord avec la blonde et les autres restèrent silencieux.

— Donc nous en revenons au même point, où se réunir en sécurité ? demanda Neville en étendant ses jambes ankylosées.

— Pourquoi pas une salle comme celle-ci ? questionna Blaise.

— Trop petit, trop exposé, pas adapté, répondit Hermione.

— La cabane hurlante ? proposa Eiden, s'attirant un regard noir de son ami roux et un coup dans l'épaule.

— Hé ! se plaignit le garçon en se massant douloureusement. Ça va, c'est juste une idée ?

Il savait parfaitement que Ron gardait en tête leur dernière escapade en ces lieux et la façon dont il avait été traîné par Sirius métamorphosée en chien à travers le parc et le passage secret. Le rouquin passa d'ailleurs une main pensive sur son ancienne blessure, comme pour en atténuer le souvenir.

— Elle n'est pas censée être hantée ? s'enquit Théo, que cela ne semblait absolument pas émouvoir.

— Ce sont des sottises, il n'y a rien là-bas si ce n'est des araignées, de la poussière et des meubles de très mauvais goût, fit nonchalamment Eiden.

— Raison de plus pour ne pas y aller, grommela Ron qui tenait toute chose à huit pattes en sainte horreur.

— On ne peut de toute façon pas s'y rendre hors des journées Pré-au-Lard alors ce n'est pas vraiment le mieux, dit pensivement Pansy.

— En vérité, il y a un passage qui la relie à l'école, donc on pourrait y aller quand on veut, même si ce n'est pas le meilleur choix.

— Trop petit, trop d'araignées, pas adapté, résuma Hermione pour tous.

— Et puis d'ailleurs, comment se fait-il que bien que vous soyez là depuis à peine trois mois, vous connaissiez déjà tout cela ? interrogea Théo qui avait momentanément cessé de grignoter. Je vis ici depuis quatre ans et je n'ai pas la moitié de votre connaissance du château.

— On apprend des tas de choses en traînant la nuit avec les bonnes personnes, fit simplement Eiden avec l'air le plus innocent du monde.

— Sans compter qu'on à vécu une partie de l'été ici et que l'on a mis ce séjour à profit, ajouta Elie qui jouait avec un fils de son pull de laine.

— D'autres idées ? intervint Neville, désireux de s'éloigner de ce sujet dangereux.

Tous secouèrent la tête, rien ne semblait convenir.

— On ne peut pas, je ne sais pas, utiliser un couloir désaffecté ou quelque chose comme cela, s'enquit Drago.

Les jumeaux échangèrent un regard pensif et réfléchir un moment, Elie tendant une main pour qu'ils partagent leur réflexion. Ils secouaient parfois la tête et Eiden grommela, mais rien que ne pouvaient comprendre leurs camarades qui assistaient à l'échange, impuissant. C'était toujours une expérience étrange et un peu gênante d'assister à de tels actes entre les jumeaux pour qui tout cela semblait si naturel. Ils restèrent un moment ainsi, visiblement en grand débat intérieur, jusqu'à ce que Neville les coupe en effleurant doucement l'épaule de la plus jeune.

— Si vous nous faisiez part de vos réflexions, suggéra-t-il alors que le regard encore un peu flou de la jeune fille se posait sur lui.

— Oui … fit-elle encore un peu perdu puis elle se reprit et expliqua : Eiden à pensé à un couloir peu fréquenté du quatrième étage, mais nous avons rejeté cette idée : on y serait vraiment exposé et je trouve l'idée de s'entraîner aux sortilèges au beau milieu d'un couloir vraiment dangereuse et stupide. Il pourrait y avoir des salles inutilisées dans les cachots, mais elles sont pour la plupart très délabrées et glaciales, ce ne serait pas l'idéal, sans parler que nous n'en trouverons jamais une pour caser quarante personnes. Mais il y aurait peut-être ce passage secret dont Fred et George nous ont parlé, celui au troisième …

— Mais … l'encouragea Neville, qui voyait bien qu'il y avait un mais.

— Il est un peu juste et bien que Rusard soit le seul à le connaître apparemment, cela ne nous assure pas une sécurité complète. En plus il est à moitié éboulé donc je ne sais pas s'il est tellement prudent d'exercer la magie là-bas, expliqua Eiden qui avait continué pour la jeune femme.

— Trop petit, trop dangereux, trop poussiéreux. On élimine, récapitula une nouvelle fois la née moldue.

— Mais d'ailleurs Fred et George pourraient nous aider, où sont-ils ? questionna le fils Weasley.

— Ils sont … occupés, lui répondit Elie.

— Oui, à vendre leurs produits pendant que je suis retenue ailleurs, gronda Hermione en braquant ses yeux bruns sur son amie qui lui adressa un regard innocent. Oh, pas de cela avec moi Elie, je sais parfaitement que tu es de mèche avec eux.

Le sourire de la blonde s'agrandit :

— Mais cela, tu ne pourras le prouver, Hermione. Si mon père n'y ai pas parvenu, je doute que tu le puisses.

Eiden éclata de rire :

— Tu plaisantes ? Tu as Sev enroulé autour du petit doigt, il aurait la preuve que tu veux faire sauter Poudlard qu'il ne ferait rien.

— Tout ceci est faux, bien entendu, rétorqua l'adolescente et j'ignore ce que vous avez tous à me voir en pyromane destructrice.

— Veux-tu que je te le rappelle ? ricana son frère.

Elie lui offrit l'un de ses sourires sauvage et sadique qui faisaient douter de sa nature habituellement angélique.

— C'est inutile mon cher frère, j'ai les exemples bien en tête, ainsi que les tiens. Mais je trouve ironique que le fils prodigue fasse mention de la tolérance de Père à mon égard. Si je me rappelle bien, tu as plus à te faire pardonner que moi et pourtant tu es toujours frais et bien portant, susurra-t-elle narquoisement.

— C'est parce qu'il ne sait pas le dixième de ce que tu as fait, marmonna Eiden.

— C'est que je suis, fort heureusement, plus discrète que toi. Il est vrai que, contrairement à tes dires, je n'ai pas ton goût pour les actions héroïques et flamboyantes.

Le jeune homme grommela et chercha un peu de soutien auprès d'Hermione et Ron qui se contentèrent de sourire, apparemment parfaitement d'accord avec sa sœur. Il bouda un moment sous l'œil perdu de leurs cinq autres amis qui n'avait pas compris pas un mot de tout ce qui s'était dit puis il sourit finalement et partit dans un grand rire.

La soirée se termina dans la bonne humeur, et ce bien qu'ils n'aient pas réussi à trouer de lieu. Ils se promirent que chacun y réfléchirait et qu'ils se tiendraient au courant de toute nouvelle avancée.

En vérité, il suffit d'un petit passage aux cuisines quelques nuits plus tard pour régler cette affaire. Après une promenade nocturne dans le parc, les deux paires de jumeaux firent un crochet par les sous-sols pour grignoter un morceau. Les elfes encore debout se précipitèrent pour exaucer leurs vœux, apportant une montagne de biscuit et de petits gâteaux qu'ils s'empressèrent de manger. Le maraudage, surtout en hiver, cela creuse. Mais leur repas fut soudain interrompu par une petite voix stridente qui interpella Eiden.

— Harry Potter Monsieur !

Ils se tournèrent tout les quatre en direction de la voix pour découvrir un petit elfe au nez en pointe en pleine crise de larmes. Le petit être se jeta sur Eiden et entoura de ses bras fins les jambes du garçon.

— Dobby était si triste, Monsieur, de vous avoir cru mort.

Eiden grimaça sous le regard perçant de sa sœur, il est vrai qu'il aurait pu prévenir la pauvre créature si dévouée de sa non-disparition.

— Je suis désolée Dobby, mais je devais garder le secret.

— Dobby à porter le deuil, Monsieur, Dobby était si affligé de la perte d'Harry Potter.

Le regard des quatre adolescents glissa sur le corps de l'elfe de maison qui était en effet habillé de noir, des chaussettes, au cache-théière qu'il portait en guise de couvre-chef, en passant par une sorte de short de nuit jais brodé d'éclairs jaunes. Elie, Fred et George échangèrent d'ailleurs un regard amusé à la vue du vêtement.

— Mais comment as-tu deviné que c'était Harry, Dobby ?

— La magie d'Harry Potter est toujours là même, bien que son apparence ait changé, pépia l'elfe de maison en serrant encore le jeune homme entre ses bras.

— Ce n'est plus Harry Potter, maintenant Dobby, c'est Eiden Rogue, tu ne dois plus jamais utiliser ce nom et n'en parler à personne d'accord.

— Tout ce que voudra Ha … Eiden Rogue, Monsieur, s'inclina l'elfe. Rogue comme le professeur de potions, Monsieur ?

— Oui, Dobby mon père est bien Severus, sourit le garçon, qui voyait que la minuscule créature était gênée, mais laisse-moi te présenter ma sœur, Elie.

La jeune fille s'agenouilla et serra la main du petit être, qui se remit à pleurer.

— Oh Mademoiselle Rogue est une bonne sorcière, aussi grande et bonne sorcière que Monsieur Rogue. Si gentil avec le pauvre Dobby.

Les jumeaux Weasley semblaient médusés tandis que les deux autres ne savaient pas vraiment quoi faire pour calmer l'elfe de maison.

— Dobby, fit Eiden dans un dernier espoir de détourer l'intention de la créature, est-ce que tu connaîtrais une salle secrète assez grande pour accueillir une quarantaine d'élèves.

À la surprise des quatre adolescents, l'elfe de maison cessa immédiatement de sangloter et de geindre pour lever de grands yeux embués vers eux.

— En vérité, Eiden Rogue, il y en a une, Dobby l'utilise pour cacher Winky quand elle … et bien quand elle ne se sent pas très bien. On l'appelle la salle va-et-vient ou la salle sur demande et elle contient toujours ce dont on à besoin.

— Oh, ce serait parfait en effet, répondit Eiden doucement, parfaitement conscient de ce que lui avaient coûté les précédentes idées de Dobby. Tu pourrais nous expliquer comment la trouver ?

— Dobby peut même vous la montrer, si vous le voulez, Monsieur ! s'exclama le petit être, ses oreilles frémissant de plaisir.

Le garçon hésita un moment, mais, voyant l'engouement de Dobby n'eut pas le cœur de le décevoir et accepta. Emportant avec eux quelques douceurs, les quatre amis le suivirent donc dans les étages, jusqu'au septième, où il s'arrêta devant une tapisserie particulièrement laide, représentant un sorcier et des trolls en train de danser en tutu.

— Voilà l'endroit ! dit joyeusement l'elfe. Il suffit de passer trois fois devant ce pan de mur en pensant à ce que l'on désire et une porte apparaîtra.

Le jeune homme fit ce que son ami lui dictait et effectivement, à la fin de son troisième passage une grande porte de bois sculpté apparut. Il remercia chaudement Dobby et l'elfe disparut promptement, ayant d'autres tâches à faire ailleurs. Un peu inquiet, Eiden poussa finalement la porte et entra avec les autres dans la salle. Fort heureusement, aucune mauvaise surprise ne les attendait.

La salle était très grande, garnie de tout ce qu'il leur faudrait pour leurs entraînements. Deux des murs soutenaient d'immenses bibliothèques surchargées d'ouvrages sur la Défense, la Métamorphose, les Sortilèges et tout ce qui pourrait leurs êtres utiles. Un autre était couvert d'un miroir et d'un grand tableau noir, tandis que le dernier s'ouvrait, au moyen d'une fenêtre enchantée, sur le parc, le lac et la forêt. Dans un coin on pouvait voir des mannequins d'entraînements, un tas de coussins et des tables basses couvertes d'instruments contre la magie noire, tels que des strutoscopes, des objets semblables à ceux du bureau de Dumbledore et une glace à l'ennemi en tout point identique à celle du faux Maugrey de l'an passé.

— C'est vraiment génial ! s'enthousiasma Fred en parcourant la salle du regard.

— Oui, il y a vraiment tout ce dont on va avoir besoin et même plus, continua son frère qui se montrait aussi heureux que lui.

Eiden hocha la tête joyeusement et suivit le regard d'Elie qui s'éclaira quand elle reconnut certains des instruments.

— Tu sais les utiliser ? demanda-t-il. J'en ai vu chez le vieux fou, mais je n'ai aucune idée de ce qu'ils sont ou même de comment ils fonctionnent.

— Je te montrerais, répondit Elie avec un sourire radieux.

Ils passèrent un moment à explorer leur nouvel endroit puis George proposa avec un sourire malicieux :

— On devrait prévenir, Hermione.

— On la fera demain matin, je suis sûr qu'elle voudra se précipiter le plus vite possible, répliqua Eiden.

— Oh, mais pourquoi attendre demain, elle va être si contente, ricana l'autre jumeau roux en faisant un clin d'œil à son frère.

— Il est bien trop tard pour qu'on l'amène ici, rétorqua le fils Rogue.

— Oh, mais c'est elle qui a dit, prévenez-nous immédiatement si vous avez du nouveau, immédiatement, c'est maintenant.

Le brun soupira des frasques des jumeaux Weasley et dit :

— De toute façon, elle doit déjà dormir à l'heure qu'il est, et comme vous ne pouvez pas monter dans son dortoir, vous allez devoir attendre le matin.

Les jumeaux échangèrent un regard narquois et George fit d'un air rusé :

— Nous, on ne peut pas, mais elle si !

Eiden protesta vivement :

— Hors de question que vous embarquiez Elie dans vos plans foireux !

— Foireux ?! s'offusqua Fred.

— Vous apprendrez, Monsieur Rogue, que votre chère sœur se passe bien de votre autorisation quand il faut se joindre à nos plans ''foireux'' comme vous dites, se moqua George. Et que cela arrive bien plus souvent que vous le pensez …

Eiden fusilla sa sœur du regard qui eut la bonne grâce de paraître gênée, même si son sourire espiègle gâchait le tableau.

— Et après tu oses dire après moi et mes plans, grinça-t-il.

— Je ne me fais jamais prendre, toi-même tu en ignorais l'étendu, opposa la jeune fille en souriant plus largement. Je ne sais pas non plus tout ce qu'il se passe quand tu es loin de moi.

— Tu es une excellente légiliment alors que moi je ne maîtrise absolument pas l'occlumancie, tu sais tout ce que je fais, contrairement à toi, lui reprocha le garçon.

Elie abandonna son air moqueur et se rapprocha de son frère, le rassurant :

— Je ne fouille pas dans tes souvenirs Eid, tu as le droit à une vie intime. J'essaye de ne pas voir ce que tu ne m'offres pas.

Le jeune homme leva une main apaisante et serra celle de sa sœur.

— Je le sais Elie, mais j'avoue que c'est toujours … un peu compliqué pour moi de savoir que tu me caches des choses …

— Je ne te cache rien, Eid, fit doucement l'adolescente, je n'ai aucun secret pour toi. C'était juste de l'humour.

Plus loin, les frères Weasley la laissait gérer la crise en se faisant invisibles, chose fort difficile pour eux, mais nécessaire à ce moment. Ils savaient tous qu'Eiden gérait mal la perte de son enfance qu'il aurait pu passer avec sa sœur et qu'il se montrait parfois possessif et jaloux. Ce que la jeune fille parvenait, la plupart du temps, à contrôler.

— Je sais, Elie, je suis désolée, soupira le garçon en la serrant contre lui. C'est juste que je suis encore tellement en colère.

La jeune fille lui murmura quelques phrases réconfortantes en celtique, lui assurant que ce n'était rien et qu'elle ne lui en voulait pas du tout.

— Bon alors que prévoyez-vous de faire faire à ma sœur ? demanda Eiden, une fois calmé, pour se faire pardonner auprès des jumeaux.

— À Elie rien, pas personnellement en tout cas, répondit Fred tandis que George souriait à nouveau d'un air canaille.

L'un des jumeaux se saisit d'un parchemin vierge tiré d'une des piles disponibles non loin et y inscrivit quelques mots avant de le donner à la jeune fille, qui soupira faussement et le tapota de sa baguette. Le papier se froissa et se tordit, prenant la forme d'une adorable hermine qui sauta de ses mains et disparut dans le couloir.

— C'était vraiment … mignon, fit Eiden qui contemplait toujours l'endroit où avait disparu l'animal.

— C'est un simple sortilège, rétorqua sa sœur.

— Un simple sortilège que l'on n'est toujours pas capable de maîtriser, soupira George en métamorphosant lui aussi un morceau de parchemin. Le papier prit la forme d'un chien, grossièrement exécuté, qui courut un moment avant de chuter et de redevenir plat.

— Avec de l'entraînement vous arriverez à maintenir le sort plus longtemps, les rassura la jeune fille.

— Et à le rendre plus ressemblant aussi … continua l'autre jumeau.

— Hermione va vraiment être furieuse, dit le brun sur le ton de la conversation.

— C'est certain, approuva sa sœur, jusqu'à ce qu'elle voit la bibliothèque.

— Je ne suis même pas sûr que cela suffise, grimaça Fred, content pourtant de sa farce.

— Il y a des livres vraiment rares, introuvables ici même à la réserve, je pense que cela suffira, tempera la blonde.

— Vous êtes des êtres vraiment dérangés, vous savez cela ? soupira son frère à l'adresse des deux autres garçons.

Les jumeaux Weasley échangèrent un regard complice et George sourit, répondant au fils Rogue :

— On en a quelque conscience, oui.

— Tu me montres encore une fois ? demanda Eiden.

Elie sourit, prit une pile de parchemin et s'assit sur les coussins en attendant Hermione. Puis la jeune fille fit naître un petit cerf, une chouette, un chat, un loup, une panthère, chacun d'un réalisme parfait, autant dans la forme que dans le comportement. La chouette battait des ailes et tournoyait autour d'eux, suivie du regard par un chat plus vrai que nature. Le loup et la panthère se coursaient et jouaient comme deux chiots, sous l'œil attendri d'Eiden qui se remémorait le soir de leur première transformation en loup. Il était d'ailleurs certain que la jeune femme l'avait fait exprès. Puis un paon naquit de sa baguette et entreprit de faire la roue avec suffisance devant chacun d'eux.

— Oh tu as fait un petit Drago ! s'exclama le brun en riant, effleurant du doigt les plumes de papiers.

Elie lui lança un regard de reproche, mais le sourire du garçon ne faiblit pas.

— Je croyais que tu avais tiré un trait sur le passé avec lui, soupira l'adolescente.

— Je l'ai fait, opposa le brun, mais rien n'empêche de se moquer un peu même si on est … ami maintenant

C'était la réalité, mais il était étrange pour lui de dire le mot à voix haute, devant les jumeaux qui plus est, après tout le mal qu'il leurs avaient fait à tout les trois, les moqueries et les coups bas.

Elie secoua la tête de dépit et donna naissance à un éléphant, adorable, qui se frotta contre le dos de sa main en barrissant silencieusement.

— En vérité c'est l'intérêt qu'il te porte, Elie qui le rend si détestable à ses yeux, fit avec un air coquin Fred qui grattait à présent le cerf entre les bois.

La jeune fille leva les yeux au ciel et fit tourner sa baguette entre ses doigts. Le regard d'Eiden se posa un instant sur l'objet. Ouvrage d'une artisane française, elle était réalisée principalement en bois de cerisier, notamment pour la longueur, mais le manche et les délicates fleurs de nénuphar qui en naissaient étaient faites de poirier. Il y avait également deux cœurs, un crin de sombral et un nénuphar enchanté magiquement réduit. Un spécimen d'une espèce française utilisée dans divers rituels et potions des métis. Les baguettes à deux cœurs et deux bois étaient très rares et principalement l'apanage des métis, particulièrement les plus puissants, parfaitement en équilibre entre leur nature sorcière et magique. De telles réalisations n'étaient disponibles que chez quelques fabricants, notamment celle-ci, qui travaillait essentiellement avec les clans et les descendants de lignées mâtinées.

— Drago est un ami, dit doucement Elie.

— Un ami qui voudrait plus, intervint aussi bas George.

— Mais un ami tout de même, rétorqua la jeune femme.

— Tu es au courant ? fit, surprit Fred.

L'adolescente grimaça, cessant son jeu avec la baguette.

— Tout le monde n'est pas aussi aveugle qu'Eiden.

— Hey, opposa celui-ci, j'ai fini par prendre les choses en main ! Et je suis très heureux ! Mais je croyais que Drago te plaisait ? Tu le défends sans arrêt !

— Je ne le défends pas sans arrêt, rétorqua sa sœur en roulant des yeux. C'est toi qui l'attaques en toutes occasions. Et il me plaît, là n'est pas le problème.

— Où est le problème alors ? s'enquit George. Même si je ne l'aime pas vraiment, vous allez plutôt bien ensemble.

— Plutôt bien ensemble ? ricana Elie d'un air froid qui ne lui ressemblait pas.

— Je ne trouve pas cette idée si ridicule que cela moi, même si cela me fait mal de l'avouer, déclara Eiden.

— Drago n'est pas vraiment quelqu'un d'ouvert, lorsqu'il se rendra compte que mon sang est mâtiné, me traitera-t-il différemment de ce qu'il a fait avec Neville ?

— Il sait déjà que notre sang n'est pas entièrement sorcier et Blaise est son meilleur ami, intervint doucement son frère.

— Blaise n'est pas aussi métissé que moi et c'est un vélane, il est plus acceptable. Quant à Drago, il sait peut-être que notre sang n'est pas pur, mais il ne sait pas à quel point, et il ne sait certainement pas ce que tout cela implique.

George se rapprocha d'Elie et la prit contre lui :

— C'est cela que tu crains en faîte, qu'il te rejette.

— J'ai déjà vécue cela, je n'ai pas la force de recommencer.

Si ils étaient surpris et mal d'entendre cela, les garçons ne dirent cependant rien. Cela semblait vraiment douloureux pour Elie. Eiden chercha un instant dans les souvenirs légués par sa sœur, une trace de cela, mais lorsqu'il trouva, il se sentit encore plus nauséeux. Il se promit cependant d'en parler plus tard avec elle.

—Elie, commença-t-il tendrement, même si Merlin sait qu'il a des défauts, je ne pense pas que Drago agira ainsi. Mordred, il est obnubilé par toi depuis le premier jour et il fait vraiment de très gros efforts ! En tant qu'ancien meilleur ennemi, je peux te le dire, il y a vraiment beaucoup de mieux dans son attitude. Laisse le venir vers toi, laisse-le te prouver que tu as tord et si ce n'est pas le cas … Une lueur sanguinaire s'alluma dans les yeux de son frère. Eh bien si ce n'est pas le cas, nous nous occuperons de son cas.

Ces derniers mots tirèrent un pâle sourire à la jeune fille qui s'accrut malgré elle lorsqu'Hermione déboula dans la salle, coursant l'hermine qui se réfugia dans les bras de la blonde.

— Non, mais c'est une blague ! hurla la née moldu, en pyjama, les cheveux en broussailles. Vous me faites réveiller en pleine nuit par cette … bestiole.

À ces mots l'hermine releva la tête et couina avant de replonger dans le pull d'Elie. Le sifflement d'Assia l'accueillit, mais elle ne bougea pas.

— Et pourquoi, continua la jeune femme, pour une misérable salle perdue au fin fond du septième étage. Non, mais je rêve, ça ne pouvait pas attendre le matin.

— Tu avais dit ''immédiatement'', glissa Fred.

— C'est une expression, idiot, s'égosilla Hermione, tu ne crois quand même pas que je vous aurais dit de me réveiller en pleine nuit. D'ailleurs que faites-vous là à cette heure, ne pouvez-vous pas dormir comme tout le monde ? Je vous signale que l'on a cours demain et que l'on se lève.

— En vérité, fit Eiden, nous on ne se lève pas vu qu'on à court qu'à dix heures …

Le regard noir de sa meilleure amie le coupa et il referma la bouche, pas franchement ravi avec l'idée de perdre brutalement un de ses membres ou de se prendre un de ses maléfices en pleine tête.

— As-tu regardé au moins cette salle, Hermione ? interrogea doucement Elie.

Le contraste entre cette voix, si douce, si calme et la tempête qui la précédait calma immédiatement la jeune furie qui prit un moment pour regarder autour d'elle.

— C'est … waouh c'est vraiment génial, comme avez-vous trouvé cet endroit et … oh mon dieu ces livres, on ne les trouve pas à la bibliothèque …

Elle déblatéra ainsi un moment sur les manuscrits tandis qu'Elie lançait aux autres un regard signifiant très clairement « je vous l'avais bien dit » et les jumeaux tirèrent de leur poche une pièce d'or chacun qu'ils donnèrent à la jeune fille la mort dans l'âme.

— À ce train là, El, tu vas nous pomper tout le capital offert par ton frère, ronchonna Fred en lui envoyant le galion d'une pichenette désabusée.

— Personne ne vous oblige à parier avec moi, sourit l'adolescente.

— Que veux-tu, on aime le jeu, c'est ce qui nous définit. Même si on devrait avoir compris depuis le temps de ne plus jouer avec toi notre bourse, vu que c'est la plupart du temps toi la gagnante.

— En même temps on a pas fait le compte, mais avec le magot qu'elle nous rapporte, plus les conseils et autres ingrédients qu'on obtient grâce à elle, on peut bien lui laisser quelques galions de temps en temps, fit George gaiement.

Elie éclata de rire et caressa avec deux de ses longs doigts le dos de papier de l'hermine qui s'était lové contre elle. Eiden n'ignorait pas l'aide que procurait sa sœur aux jumeaux et il en était très heureux, pour les trois. Elie s'amusait comme une petite folle et le travail des jumeaux se trouvait facilité en de nombreux points. Avec l'argent de la récompense du garçon et l'aide de la fille, il était certain que les jumeaux rouquins ne tarderaient pas à bâtir un empire.

— Comment avez-vous trouvé cet endroit ? interrogea une nouvelle fois, plus fort, Hermione ce qui attira leur attention.

— C'est Dobby qui nous l'a montré, répondit Eiden.

— Dobby ?!L'elfe de maison qui a failli te faire assassiner par un cognard, qui vous à fait vous écraser contre la barrière de King Cross et qui t'as fait perdre tous les os de ton bras ? Ce Dobby-là ? Et vous l'avez suivi sans broncher ! s'exclama la jeune fille qui recommençait à monter dans les gammes et les volumes.

— Oui, mais Dumbledore m'en avait déjà parlé.

— Et nous on s'y est déjà réfugié, même si à l'époque c'était un placard à balai, continua Fred, songeur. En tout cas il tombait à pic.

— On se demande pourquoi, fit, acide la née moldue.

Pour toute réponse les frères Weasley lui offrirent un sourire éclatant et elle détourna le regard, marmonnant pour elle-même.

— Elle n'a pas vraiment le réveil facile, glissa George à l'oreille d'Elie qui étouffa un rire, ne voulant pas provoquer à nouveau la colère de son amie.

Mais celle-ci ne la regardait pas, se contentant de suivre des yeux les différents animaux qui caracolaient dans la salle.

— Tu pourrais les réaliser dans une autre matière ? interrogea-t-elle soudain.

Elie fronça les sourcils, pensive.

— Et bien j'avais essayé il y a quelque temps, mais sans y arriver, mais peut-être que maintenant … avec l'héritage et si je trouve la bonne matière …

Finalement, Hermione ne leur en voulut pas tant que cela de leur petite farce et bien qu'elle se montre le lendemain, ornée de cernes assez marqués, elle n'en accusa pas les deux paires de jumeaux, trop heureuse d'avoir enfin trouvé un lieu, un lieu parfait qui plus est. Il avait été décidé la veille que la prochaine réunion se tiendrait le vendredi suivant, le groupe profitant du fait qu'aucune équipe de quidditch ne s'entraînait ce jour-là, n'ayant pas encore obtenu l'aval d'Ombrage. Les deux paires de jumeaux mirent donc tout en œuvre pour retrouver chacun des participants et de les prévenir de la tenu imminente de la seconde réunion. Elie profita du petit-déjeuner pour attraper Anton au vol alors qu'il passait entre leur table pour aller manger et elle l'informa, sous couvert d'une invitation factice, de la tenue du prochain rassemblement. L'égyptien sourit de cette excuse et s'éloigna non s'en avoir accepté de très bonne grâce. Il était certain qu'Ombrage avait des contacts ailleurs qu'à la Tête du Sanglier, et il était vital pour eux de se faire le plus discret possible. Le serdaigle se chargea de ses camarades de maisons tandis qu'Elie, elle, renseignait le petit ange de la leur, Andrew. Les autres la regardèrent de loin parler avec affabilité puis tourner ses yeux étranges en direction de son frère qui hocha la tête. Puis la jeune fille coupa court à la discussion et disparut.

— Un problème ? s'enquit Blaise qui attira sur lui l'attention d'Eiden en effleurant son coude.

— Non, fit d'une voix lointaine l'adolescent, les yeux perdus dans la foule.

Son petit-ami, voyant que c'était inutile, attendit simplement qu'il ait fini. Cela prit quelques minutes puis il grogna un ok dans le vide et retourna à son petit déjeuner.

— Que se passe-t-il ?

Le fils Rogue leva le regard vers lui est expliqua :

— Andrew a demandé à Elie s'il pouvait emmener une amie, Amanda, de son année, chez nous. Elie m'en a parlé et je lui ai dit d'aller voir Hermione pour la liste.

— Vous en avez parlé, répéta le basané, incrédule, étant tout à fait certain qu'Eiden ne l'avait pas quitté.

Comprenant sa surprise, le brun sourit et l'embrassa légèrement.

— Elie et moi on a un certain lien, tu le sais.

— Oui, mais j'ignorai que la télépathie en faisait partie ! s'étonna son compagnon.

— Elle n'en fait pas partit, mais Elie est une excellente légiliment et moi je sais hocher la tête quand il le faut, fit, amusé l'autre garçon.

Sa remarque fit sourire Blaise et il replongeait dans son bol quand Elie réapparut.

— Je suis également passé voir Agathe, expliqua-t-elle à son frère en s'asseyant près d'eux et attrapant une tasse.

— Je m'en doutais, cela te tenait à cœur, répondit Eiden.

Elie haussa les épaules et déclara seulement, avant de mordre dans un toast couvert de mélasse, « elle n'a pas à faire cela toute seule ».

Face à ce dialogue sibyllin, Blaise abandonna et se tourna vers Théo, les jumeaux avaient leurs manières propres de fonctionner et de communiquer, surtout entre eux, et ce n'est pas ce matin que le bistré en percerait le secret. Il savait dès le début que la relation entre Eiden et sa sœur était spéciale, mais cela ne le gênait pas, cela faisait partie de leur charme et de toute façon son petit-ami trouvait toujours du temps pour chacun d'eux, sans qu'aucuns ne se sentent lésés. Même s'il savait qu'une grande partie de ses nuits appartenait à Elie, il n'y voyait pas d'inconvénients, aprèstout, lui-même dormait. De plus il adorait vraiment la jeune femme, elle était vive, drôle, intelligente, courageuse, ils s'entendaient parfaitement et appréciait la compagnie l'un de l'autre. L'arrivée du courrier coupa Blaise dans ses considérations et il contempla Elwig, la chouette d'Eiden foncé sur le garçon et se poser non loin, mordant gentiment son doigt. Comme souvent l'animal n'avait pas de courrier, mais passait tout de même dire bonjour à son maître et passer un peu de temps avec lui. Le garçon était très proche de sa chouette. Blaise avait le sentiment d'avoir déjà croisé un animal semblable, mais il ne parvenait à se rappeler où. Mais le plus étrange c'était que le volatil ne ressemblait à aucune espèce connue et quand il en interrogea Eiden, le garçon se contenta de hausser les épaules et d'opposer qu'il ne l'avait pas lui-même acquis, que c'était un cadeau d'un ami pour sa rentrée à Beauxbâtons et qu'il se fichait bien de sa race. Les jumeaux ne recevaient pas souvent du courrier, ce qui fit qu'ils furent grandement surpris en voyant six hiboux fondre vers eux et se poser devant Elie. La jeune fille sourit à cette vision et renvoya tous les oiseaux à la volière après leur avoir donné à chacun un bout de croissant, disant qu'elle leur donnerait leur réponse plus tard. Elle garda seulement auprès d'elle sa petite chevêche, Etaine et ouvrit l'enveloppe qu'elle lui apportait en la caressant de ses doigts fins.

C'est Rose, n'est pas ? Elle a finalement mis au courant Orsu et tes amis ? supposa Eiden, usant du celtique pour ne pas les compromettre.

Il semblerait oui, répondit la jeune fille en parcourant la lettre rapidement, d'ailleurs il t'a déclaré comme membre du clan et me demande de faire le rituel pour que tu sois placé sous leur protection de manière officielle.

Le jeune homme opina et caressa lui aussi la petite tête d'Etaine qui hulula doucement en réponse.

Et le reste ? continua-t-il.

Charlotte est assez inquiète, mais c'était à prévoir, et me demande quel est mon état de santé, si je n'ai pas de séquelles trop graves, comment va ma magie et bien d'autres choses encore, je n'ai pas tout lu. Lysandre et Arthus me disent qu'ils ne m'en veulent absolument pas de leur avoir caché cela et espèrent de tout cœur que l'on pourra se voir bientôt. Soraya, elle me demande, entre autres considérations de mon état, si les élèves sont sexy à Poudlard et si le charme ''nordique'' est à la hauteur des racontars.

La jeune fille secoua la tête à ces derniers mots, son amie pouvait parfois se révéler très légère et sans cœur, mais Elie savait bien que c'était son mécanisme de défense et qu'elle était en réalité morte de peur à l'idée qu'il lui soit arrivé quelque chose d'aussi grave. Puis elle grimaça et saisit du bout des doigts l'enveloppe crème, semblant parfaitement inoffensif, qui restait, la dernière.

C'est de celle-là que je me méfie le plus, souffla-t-elle.

Ravena ? devina son frère.

Elie hocha la tête et ouvrit le doucement la lettre, faisant sauter le sceau de cire. À peine l'avait-elle ouverte qu'une voix menaçante et froide, pourtant clairement jeune encore, se fit entendre et somma en celtique :

Disparaît encore une fois ainsi et tu n'auras plus à t'inquiéter de quand tu devras réapparaître.

Les quelques mots avaient retenti avec force dans la grande salle, telle une version glaciale de la beuglante, mais tous se rassurèrent quand ils virent le sourire amusé d'Elie et son calme serein. Chacun retourna donc à ses préoccupations, n'ayant de toute façon aucune idée de ce qui avait été dit. Du coin de l'œil, Elienor vit Anton lever un verre à son honneur et Assar et Pavaan, franchement hilares, tandis que Neville, lui, souriait seulement d'un air désabusé : il connaissait trop Ravena pour être surpris de son attitude.

— Elle n'a finalement pas l'air si en colère que cela, fit Eiden, qui souriait lui aussi, amusé de la mise en scène de cette jeune personne qu'il connaissait si bien à travers les souvenirs d'Elie, mais sans l'avoir jamais rencontrée.

— Non c'est vrai, je m'attendais à pire.

— Qu'était-ce cela ? interrogea Pansy, encore un peu sous le choc.

— Une menace d'une amie, apparemment, je ne donne pas assez de nouvelles, plaisanta la blonde, pas le moins du monde perturbée par le courrier.

— Tu as des amis assez … particuliers, dit Théo qui contemplait toujours l'enveloppe, comme si elle allait soudainement se remettre à perturber le repas de sa voix glaçante.

— Moi je suis sûr que cette fille est tout à fait intéressante, intervint Blaise qui semblait amusé lui aussi. Une telle autorité, c'est impressionnant !

— Oh elle n'en manque pas, c'est certain, rétorqua la fille Rogue en continuant de déjeuner, et elle sera très contente d'avoir interpellé toute l'école.

— Aurait-elle, elle aussi un petit problème d'ego ? glissa Blaise en jetant un coup d'œil à Drago qui l'ignora ostensiblement.

— Elle n'aime guère se répéter, alors elle fait toujours en sorte que le message soit bien passé, répondit Elie.

— Et il l'a été, sans aucun doute, souffla Théo.

L'incident fut rapidement oublié et chacun rejoint ces cours de la journée et Eiden remarqua, que bien qu'Elie ait lutté bec et ongles pour que ses amis soient tenus dans le secret, elle était tout de même fort heureuse qu'ils puissent à nouveau correspondre et qu'ils se soient tant inquiétés pour elle. La jeune fille fut tout au long de la journée d'humeur joyeuse et inonda tout le monde de sa bonne humeur, questionnant Théo sur la bonne santé de son mental.

— Tu reçois une telle lettre et elle te met le cœur en joie pour la journée. Si c'était moi, je me ferais au moins un peu de soucis, fit le jeune homme aux cheveux corbeau.

La fille ne répondit pas, mais lui offrit un sourire ravageur et continua de babiller avec tous, les yeux étincelant d'argent, comme chacune des fois où elle se sentait particulièrement heureuse.

Le soir venu elle traîna son frère près du lac, alors que la lune ne s'était pas encore levée, juste après le dîner.

— Je ne veux pas faire cela entouré de murs et de briques, justifia-t-elle.

Ils s'installèrent donc près du lac, sous le saule l'un en face de l'autre et Elie commença par lui montrer son propre poignet. Elle releva son énorme pull ; elle détestait porter de gros manteau, préférant multiplier les couches ; et mis à nu sa peau blanche.

— Les humains accordent une plus grande importance au côté droit, commença la jeune fille, c'est le côté de la vérité, de l'aube, du bien, le ''bon côté'', on salue de la main droite. Mais les métis préfèrent la gauche, la main du cœur, même si elle est associée pour les autres au crépuscule, à la mort et au mal. C'est par cette main que l'on salue, et on veille toujours à ce qu'un doigt au moins touche le poignet de son interlocuteur.

— Pourquoi ? interrogea son frère.

— À cause de ceci.

Elle chuchota un mot en celtique et une marque apparut sur son épiderme lisse, d'une intense couleur dorée représentant un cerf et une jeune femme courant, sur un fond sylvestre. La femme vêtue d'une tunique courte et les cheveux libres avait la main posée sur l'encolure de l'animal au bois impressionnant.

— Ce symbole a été choisi il y a très longtemps, lors de la naissance du clan, pour représenter la part humaine et animale en chacun. Tout membre le reçoit à son intronisation et il y reste jusqu'à la mort de celui-ci. Tout nouveau membre doit être accepté par le chef de clan pour le recevoir, mais ce n'est pas obligatoire que ce soit lui qui s'en occupe, son aval suffit.

Elle l'invita d'une geste à lui donner son bras et prononça les paroles rituelles, ce qui eut pour effet de faire naître de fines lignes d'or sombre le long des veines d'Eiden qui se stabilisèrent au niveau de son poignet avant de prendre forme délicatement. Le symbole resta un moment puis s'estompa, laissant la peau d'Eiden vierge de toute marque.

— Tu peux le faire émerger quand tu veux, il te suffit de le vouloir. Mais en dehors de cela, personne ne pourra le voir.

— Qu'est-ce que cela change, concrètement je veux dire ? interrogea le jeune garçon.

— Eh bien tu es sous la protection du clan maintenant, cela signifie que si tu as un problème, le moindre problème, tu peux lui demander de l'aide, et les autres métis vont y réfléchir à deux fois avant de s'en prendre à toi.

— Les Cavaliers sont vraiment un clan puissant n'est-ce pas ?

— Oui, l'un des plus puissants de ce continent et des plus anciens, même si d'autres sont à ce niveau, ils sont relativement peu nombreux. La Main de Lazuli, est de ceux-là, ainsi que le Feu d'Aibell et l'Arbre Bleu également, mais ce sont tout les trois de vieux alliés. Et en vérité en Angleterre, il n'y a pas réellement de clan, la plupart des métis et des sorciers affiliés sont sous l'autorité de groupes étrangers.

— Comme Blaise, fit le garçon.

Elie hocha la tête et ils gardèrent un moment le silence, profitant du calme du parc. Puis Eiden, voyant que le moment était peut-être propice, lui demanda :

— Tu pourrais me parler de Guillaume ? demanda-t-il doucement, sachant le sujet douloureux encore pour la jeune fille.

— Il n'y a rien de plus à dire, rétorqua d'une voix égale l'adolescente. Tu as mes souvenirs non ?

Le garçon grimaça, il se savait sur une pente glissante, mais il voulait tout de même comprendre.

— J'ai tes souvenirs, c'est vrai, mais tu sais très bien que j'ai beaucoup de mal à faire le tri dedans, et de toute façon, tout comme toi, ils n'émergent que lorsque la situation y fait appel, comme ma propre mémoire.

Elle ne répondit pas, se contentant de fixer le lac.

— S'il te plaît Elie, cela semble vraiment te miner et je ne peux pas t'aider si je reste dans le flou. Alors, parle-moi, s'il te plaît …

Une minute passa, puis deux, puis trois, puis cinq et enfin Elie murmura, si doucement qu'il ne faillit rien entendre :

— Guillaume était un ami à moi, à nous. Il … il a commencé à nous fréquenter en première année et jusqu'à l'année passée il passait tout son temps avec nous. Mais ensuite …

Eiden ne la poussa pas, ne dit rien, se contentant d'attendre patiemment la suite, c'était la première fois qu'Elie rechignait autant à lui confier quelque chose.

— Guillaume était un sorcier d'une vieille famille luxembourgeoise, un sang pur, il … n'avait pas une très bonne image des métis, bien qu'il se gardait de le montrer … Il était le seul avec Charlotte à être uniquement sorcier, mais contrairement à elle il ignorait que nous ne l'étions pas. Une nuit il a aperçu Arthus dans le parc et il a découvert sa nature et il est devenu … horrible. Il a dit qu'il était un monstre et qu'un animal comme lui ne devrait pas être autorisé à entrer à l'académie et qu'il n'était qu'une bête dangereuse et sanguinaire qu'il était criminel de mêler aux autres élèves. Mais Arthus n'a pas été mordu, il née loup-garou, dans une ancienne lignée et il se maîtrise totalement, il est même capable de se métamorphoser en dehors de la pleine lune. Ce n'est pas un monstre.

— Je le sais Elie, je le sais bien, tempera le fils Rogue, mais raconte-moi ce qui c'est passé ensuite.

— Lysandre s'est mis en colère contre Guillaume et a révélé sans le vouloir sa nature elfique. Il était tellement en colère, Eid, je ne l'avais jamais vu ainsi, il ne se contenait plus. Ils se sont battu tous les deux et Lys l'écrasé. Mais Guillaume n'a pas voulu en rester là, il a été voir la directrice, a ameuté ces parents qui ont tout fait pour qu'Arthus et Lysandre soient renvoyés, sans succès. Mme Maxime leur à expliqué que Beauxbâtons avec toujours offert son enseignement à ceux qui s'en montrait dignes, indépendamment du sang ou des origines, et que cela n'allait pas changer, que les garçons n'avaient rien fait de mal ou d'illégal et que par conséquent il n'y aurait pas de sanction. Guillaume et ces parents étaient furieux, mais ils ne pouvaient rien y faire, rien dire, Madame Maxime les ayant soumit au serment sorcier. Alors ils se sont vengés à leurs façons, en traînant les familles Arthus et Lysandre dans la boue et Guillaume en nous humiliant et nous faisant toutes les crasses possibles, bien que rien de tout cela ne nous affectait vraiment. Puis il c'est mis à nous espionner et à fureter partout et il a découvert pour Ravena, Soraya et moi. Il s'en est pris à nous, et plus particulièrement à moi, arguant que je l'avais trahi, que j'étais un monstre moi aussi, un hybride, une bête sauvage et que je n'aurais jamais du posséder une baguette, car seuls les sorciers en avaient le droit. Il a dit des choses … vraiment horribles et finalement la Directrice la menacer d'expulsion et il c'est calmé et on à plus vraiment entendu parler de lui.

— Il n'était pas qu'un ami, n'est-ce pas ? fit doucement Eiden qui reliait à présent ce qu'Elie avait dit et les souvenirs qu'il en avait.

— Non, en effet, grimaça la jeune femme. Je n'étais pas amoureuse de lui, qui peut réellement l'être à quatorze ans, mais c'était un béguin d'enfant et je l'aimai. Mais il m'a rejeté, violemment, il a dit de moi toutes ses horreurs et il m'a fait beaucoup de mal.

Eiden serra la main de sa sœur, sentant bien tout la peine qui transparaissait de ses paroles et la douleur qu'il ressentait par le lien. Il n'avait aucun mal à comprendre pourquoi elle se méfiait d'une relation avec Drago …

— Aujourd'hui encore, je me demande s'il n'a pas quelques choses à voir avec ce qui s'est passé cet été.

Le jeune homme releva brusquement la tête, auparavant perdu dans ses pensées et ses yeux fixèrent ceux, éteints de l'adolescente.

— Tu crois qu'il aurait pu faire une chose pareille ?

— J'espère que non, comment croire une telle chose d'un ami ? Mais il était si enragé, presque fanatique et il a eu toutes ses paroles affreuses et ses actes envers nous, comment ne pas le suspecter ? Il voulait vraiment se venger de ma trahison, de sa relation avec un hybride. Tu l'aurais entendu, son discours n'avait rien à envier à celui des Mangemorts, il prône le sang pur et le pouvoir, jugeant que ceux qui ne les possèdent pas tous deux ne sont pas dignes d'intérêt, pas de véritables sorciers. Qu'il faudrait asservir les moldus et exterminer les nés moldus et les animaux. Je n'en reviens toujours pas qu'aucuns de nous n'aient rien vu de tout cela en quatre ans, mais il semblait si amical, si gentil … À l'opposé du tyran fanatique qu'il nous a révélé ensuite.

— Qu'il l'ait fait ou pas, dans tous les cas cela n'a pas réussi et s'il est responsable, de près ou de loin, nous finirons par le savoir et il le payera très cher.

Les yeux d'Eiden étaient devenus très sombres, presque noirs et il brûlait d'un feu glacé. Il était à la fois en colère et désespérément impuissant, il devait laisser faire Dumbledore, lui n'y pouvait rien.

Ils remontèrent tôt à la salle commune cette nuit-là, Drago, Blaise et Théo n'étaient même pas encore couché quand Eiden entra dans le dortoir. Elie avait rejoint le sien, arguant qu'elle était fatiguée et il l'avait laissée à contrecœur. Il s'affala sur son lit, dardant un œil sombre sur ses trois amis qui rigolaient ensemble, assis sur les lits du blond et du basané. Tous levèrent les yeux vers lui à son arrivée, mais le laissèrent en paix, notant la couleur menaçante de ses iris. Il fallut un moment à Eiden pour se reprendre, mais finalement il se laissa glisser de son lit pour rejoindre Blaise sur le sien. L'autre jeune homme caressa sa cuisse un instant, lui offrant un doux sourire et demanda :

— Tu rentres bien tôt, fit-il d'une voix qui ne contenait aucun reproche.

— Elie était fatiguée, répondit Eiden dont les yeux s'assombrirent à nouveau.

— Ça ira pour elle ? s'enquit son compagnon, inquiet pour la jeune fille.

— Oui, soupira l'autre, elle à un passage à vide, c'est tout. Elle ne peut pas toujours agir comme si tout cela n'était rien, même si elle le voudrait.

— Je trouve que vous vous en sortez admirablement tous les deux.

Le fils Rogue grogna pour toute réponse quelque chose d'incompréhensible qui fit sourire Blaise qui continua, sur un sujet plus léger :

— Alors, comment te sens-tu ?

— Tout à fait semblable à ce matin, fit platement son petit ami.

Le basané rit et prit dans sa main le poignet d'Eiden, qui soupira à nouveau et fit apparaître sa marque nouvellement acquise. Le bistré suivit du doigt le médaillon qui l'entourait, puis le cerf et la femme en descendant le long des arbres puis il l'embrassa furtivement.

— C'est une bonne chose Eid, répéta-t-il.

— Je sais.

Il avait saisi lui aussi le bras de son compagnon et lui demanda d'un regard de lui montrer la sienne. L'autre jeune homme accéda à sa demande immédiatement et Eiden put voir, dans le cercle gravé, femme tenant une brassée de flammèches dans ses mains en coupe. On ne voyait que le dessus de sa taille, mais elle semblait porter une sorte de toge, comme les prêtresses de l'antiquité. Sur la peau foncée de Blaise, le tatouage d'or sombre se détachait moins, mais restait tout de même parfaitement visible. À l'instar de son petit-ami, Eiden le suivit tendrement du doigt.

— Est-ce que tous les membres des clans en ont un ? interrogea Théo.

— Oui, c'est le signe de l'appartenance.

— C'est … en faite cela me rappelle un peu … la marque, fit, un peu gêné, Drago.

Eiden grimaça et opina :

— J'y ai pensé aussi.

— Ils n'ont rien à voir, c'est une marque de lien, d'amour familial, de soutien et d'assistance, pas de domination et de soumission. Le clan ne peut pas t'atteindre par elle, ni personne d'autre, en plus tu n'es pas obligé de la révéler si tu n'en a pas envie, expliqua Blaise, désireux qu'ils abandonnent ce parallèle qu'il trouvait dégradant.

Les deux autres ne répondirent pas alors le bistré continua :

— Si nous allions nous coucher ? Il se fait tard et Drago a besoin de sommeil pour affronter demain.

Drago eut un rictus et leva des yeux pleins de reproches envers son ami qui ne fit que sourire en retour, balayant d'un geste de main les questions de Théo et Eiden.

— Vous verrez bien demain, fit-il mystérieusement.