Chapitre 7 : Noël au manoir

Il faisait nuit à présent, mais les jumeaux distinguèrent autour d'eux un immense parc, composé d'un étant et d'un gros bosquet, plus semblable à une petite forêt. Juste en face, au bout d'une grande allée pavée de pierre, se dressait un manoir de taille respectable, orné de tours et de grandes fenêtres. Juste au-dessus de la lourde porte de bois sculpté, à l'étage supérieur, une immense verrière se donnait à voir, repentant un spectacle champêtre qui ressemblait beaucoup au parc. L'ouvrage donnait de la couleur et de l'élégance à la construction de pierres claires et éclairées ainsi par l'intérieur, il était magnifique. La demeure, mise en valeur par différentes lumières intérieures et extérieures causa un grand émoi chez Eiden :

— C'est ta maison ? fit-il à Severus, soufflé.

— C'était celle de ma grand-mère, mais c'est notre maison maintenant, dit-il doucement. Votre maison aussi, autant que la mienne. Elle vous plaît ?

— Elle est somptueuse tu veux dire ! s'exclama le garçon.

Elie approuva fermement et Severus sourit

— Bien, si on rentrait à présent ?

Il poussa les deux enfants en avant. Leurs pas claquèrent un peu contre la pierre et la porte se dressa bientôt devant eux. Severus la poussa, mais Eiden hésita un instant avant d'entrer alors son père le força doucement à se tourner vers lui.

— Eiden, quand j'ai dit que c'était notre maison, je le pensais. C'est ta maison. Quoiqu'il se passe, même si j'en viens à disparaître dans la seconde. J'ai pris mes dispositions et elle vous reviendra.

L'adolescent opina doucement.

— Mais tu ne vas pas disparaître, n'est-ce pas ? risqua-t-il en levant les yeux vers le potionniste.

— Non, Eid, je ne disparais pas, je reste avec toi et Elie, sourit l'adulte en passant une main tendre dans les cheveux du garçon.

— Ok, souffla le plus jeune en entrant.

Le hall était une immense salle d'où partaient deux très grands escaliers, de chaque côté, pour accéder à l'étage. Au sol on pouvait voir un parquet d'aspect ancien, fait de croisillon et aux murs étaient pendues quatre immenses tapisseries représentant le parc à toutes les saisons.

— Maître Severus, puis-je vous débarrasser ? fit une petite voix flûtée.

— Oui, Paddy merci.

L'elfe de maison s'inclina devant le potionniste puis devant chacun de ces enfants.

— Paddy est honoré de faire la connaissance du jeune Maître et de la jeune Maîtresse.

C'était probablement le plus jeune elfe de maison qu'Eiden avait jamais vu, il n'avait pas encore de poil dans les oreilles et sa peau était lisse et non pas ridée comme beaucoup d'autres.

— Il y a quatre elfes ici, expliqua Severus, Loddy, sa sœur Olly et ses deux enfants, Paddy et Addy.

La créature prit leur cape et disparut tandis que le professeur les guidait de l'autre côté du hall.

— Où sommes-nous père ? interrogea Elie en regardant les tapisseries.

— Dans les Cotswolds, au sud-ouest de l'Angleterre. Cette maison est protégée, ni Voldemort, ni Dumbledore ne savent qu'elle existe. Personne ne peut y accéder sans invitation, hormis nous et Rose. Donc vous ne risquez rien ici.

Elie sourit en entendant qu'il avait donné l'accès à Rose et Eiden en fût content, il commençait à apprécier cette femme qui s'inquiétait autant de lui que de celle qu'elle avait élevée pendant quatorze ans.

Ils débouchèrent sur une très grande salle, garnie d'assises et de bureaux, ainsi que d'une grande table de bois ciré.

— C'est la salle de bal, mais la plupart du temps elle fait office de pièce à vivre. Il n'y a plus eu de bal ici depuis la mort de mes grands-parents, expliqua Severus.

— Tu as grandi ici ? s'enquit Eiden.

— Non, dans une maison moldu à Carbonne-les-mines. Mon père n'aimait pas beaucoup la magie et mes grands-parents détestaient les moldus. J'ai cependant hérité du manoir à la mort de mes parents, mais je n'y aie jamais vécu, je ne l'ai envisagé que cet été.

— C'est une agréable demeure, fit doucement Elie.

— Oui, mais bien trop grande pour une personne seule, je ne m'y sentais pas à l'aise. Mais à présent, en famille, c'est différent …

Il leur fit rapidement visiter la demeure. Derrière la salle de bal, il y avait une large salle à manger, ainsi qu'une verrière, donnant sur l'étang et une terrasse sur pilotis. Sur la droite l'espace était réservé à un grand salon et de l'autre à un espace de repos plus petit ainsi qu'à une pièce qui ravit les jumeaux : une salle d'entraînement. D'après Severus, la famille Prince était réputée pour sa puissance et ses capacités de duellistes, ces ancêtres avaient donc aménagé un lieu où ils pourraient entretenir leurs capacités. Les quatre tours du manoir abritaient une cuisine, un boudoir et deux bureaux. Tandis qu'à l'étage les adolescents découvrirent dix chambres, toutes équipées d'une salle d'eau et une immense bibliothèque qui aurait rendu Hermione folle de jalousie. Mais le clou du spectacle était sans conteste la grande verrière qui ouvrait le plafond de la bibliothèque sur le ciel empli d'étoiles.

La visite se termina du côté sud, où se trouvaient les appartements des enfants, Severus les entraîna le long du couloir puis dans une très longue pièce, mi-bureau mi-salon.

— Cette pièce, est commune aux quatre chambres sud, mais vous pouvez condamner cette entrée pour que l'on ne puisse y accéder que de vos appartements. Le potionniste ouvrit une double porte sculptée. Voilà tes appartements Eiden !

C'était immense, bien plus grand que ce qu'Eiden pouvait imaginer avoir à sa disposition un jour. Il y avait une antichambre, qui devait à elle seule faire au moins une demi-douzaine de fois sa chambre chez les Dursley, une salle de bains rien que pour lui, avec une baignoire semblable à une petite piscine, une pièce pour son usage personnel à l'étage au-dessus de la tour. La chambre, se trouvait juste en dessous, de forme parfaitement sphérique, elle était percée de grandes fenêtres qui donnaient sur le parc et le petit bois. Le mobilier était d'un beau bois, gravé de la faune et flore des environs, et un lit immense à baldaquin trônait au milieu de la pièce. Les draperies et le linge étaient d'une couleur vert d'eau, apaisante et le plafond enchanté figurait le ciel, comme dans la salle de bal.

— Si la couleur et le mobilier ne te plaisent pas, Eid, on changera, assura son père.

— Ce n'est pas la peine, c'est très bien comme cela, répondit le garçon.

Mais son père vit sa gêne et l'interrogea.

— C'est que … mes appartements font la taille de la maison de mon oncle, dit à voix basse l'adolescent.

— Eiden, cesse de croire que tout ceci n'est pas mérité, tu es mon fils, ici c'est ta maison. Il y a de la place, alors prend là. Ce n'est pas par ce que cette …chose vit dans un clapier que tu dois faire de même.

Malgré lui, le jeune homme sourit.

— On peut voir les appartements d'Elie ? demanda-t-il.

— Bien sûr, je vous montre !

Ils étaient en réalité en tout point semblables à ceux de son frère, sauf que la couleur était ici une déclinaison d'améthyste et de pourpre. Le plafond était lui aussi enchanté et les étoiles brillaient doucement dans les hauteurs.

— Ma chambre et de l'autre côté, n'hésitez pas à venir me chercher au moindre problème, d'accord ? Vous avez accès à l'intégralité du Manoir, vous faites ce que vous voulez, installez-vous, sentez-vous à l'aise.

Sur ses bons conseils, ils redescendirent à la salle à manger où un bon dîner les attendait, préparer par les elfes. Deux d'entre eux étaient d'ailleurs là, le petit Paddy et une jeune fille elfe, visiblement sa sœur.

— Addy, Maîtres, pour vous servir, fit-elle de sa voix cristalline.

Elle s'abaissa jusqu'à ce que son nez pointu touche presque le sol puis disparut. Comme c'était la coutume, elle ne portait pas de vêtement, mais une sorte de tissu cousu des armoiries Prince, drapé comme une sorte de tunique.

Les trois sorciers s'installèrent et entamèrent le repas, fort bon d'ailleurs, devisant tranquillement avant que Severus ne prenne un air sombre.

— Qu'y a-t-il, papa ? demanda Eiden en engloutissant une part de gâteau parfumé à la cannelle.

— J'ai une assez mauvaise nouvelle, commença l'adulte.

Son fils haussa un sourcil et Elie reposa sa cuillère dans son assiette, soudain sérieuse, attendant tous deux qu'il veuille bien continuer.

— Lorsqu'il a appris que j'avais des enfants, Lucius c'est montré plutôt … curieux et il semblerait que la nouvelle de ta ... hum relation avec son fils Elie, lui soit parvenu. Il voudrait donc que l'on se joigne à lui pour la réception qu'il organise pour le Nouvel An.

— Est-ce qu'il y aura ses collègues ? interrogea sarcastiquement Eiden.

— Certains oui, mais pas tous, seulement ceux qui ceux qui sont de sangs purs ou bien placés dans l'échelle sociale. Ce n'est pas vraiment une fête ouverte à n'importe qui.

— J'avais oublié que nous sommes fréquentables à présent.

— Crois-moi Eid, je préférerai que ce ne soit pas le cas.

— Tu as peur qu'ils parlent de nous à Voldemort ? s'enquit Elie, qui n'avait encore rien dit jusque là.

— Non, Voldemort ne s'intéresse pas aux adolescents, vous ne lui servez à rien. Trop immature, trop près de Dumbledore. Le risque qu'il y aurait serait à cause de votre sang, mais je compte sur l'envie de pouvoir de Lucius. Il ne révélera pas une telle information au Seigneur des Ténèbres, pas s'il peut en avoir l'usage.

— Et les autres ?

— Il n'y aura que Nott et Parkinson qui sont assez intelligents ou observateurs pour comprendre votre nature, et ils ne diront rien. Ils attendront de voir ce que Lucius fait. Et même si le Seigneur des Ténèbres l'apprend, je dirais que je suis surveillé étroitement par Dumbledore et que vous ne pouvez rejoindre ces rangs qu'une fois votre scolarité terminée, pour ne pas faire peser de soupçon sur moi dans l'autre camp, cela lui suffira, il sait que vous êtes dans l'entourage proche des autres enfants de Mangemorts, il ne se méfiera pas. Non cela ne sera guère agréable, mais ce ne sera pas dangereux. Mais j'imagine que pour toi te retrouver si près de lui et des autres après les événements du Tournoi ne va pas être facile.

— Non, mais je vais devoir faire avec, n'est-ce pas ? soupira le garçon.

— Oui, il ne serait pas de bon ton de refuser, je parviens d'habitude à éviter cela, mais pas cette année, pas avec vous.

Eiden fit une petite grimace bizarre et demanda :

— Quoi d'autre ?

— C'est tout pour les mauvaises choses, Rose arrivera dans trois jours, la matin du réveillon, nous le fêterons ensemble puis le vingt-cinq nous le passerons chez Black et enfin le 31 chez Malfoy.

— Quel choix aussi Elie, marmonna le jeune homme.

— N'est-ce pas toi, il y a un moment encore, qui me conseillais de le laisser venir à moi ? s'enquit Elie.

La réponse de son frère fut incompréhensible et Severus rit.

— Tu as poussé Elie dans les bras de Drago, toi ?!

— Ils vont bien ensemble, grommela Eiden. Et pour une raison qui m'échappe, il est presque humain lorsqu'il est avec elle.

Elie lui jeta un regard sombre et voulut le frapper de sa cuillère, mais le garçon ôta sa main juste à temps.

— Hey ! Sauvage ! persifla l'autre.

— Cesse de l'insulter à tout va, gronda la jeune femme.

— Cesse de le défendre sans arrêt, tu n'es pas son chevalier sur son blanc destrier.

— Alors, cesse de l'attaquer ! Tu m'encourages à accepter ces avances, mais tu te moques sans arrêt de lui. Est-ce que je remets ton choix en cause moi ?

— Tu n'as pas à le faire, fit Eiden en tournant le contenu de son verre, Blaise est super. Tu l'adores !

— Là n'est pas la question, opposa Elie, tu ne peux pas souffler le chaud et le froid tout le temps ainsi !

— Mais c'est les vieilles habitudes !

Les yeux d'Elie se plissèrent dangereusement, mais son frère risqua tout de même.

— Avoue que c'est une cible facile, il est si arrogant.

Elle ne répondit pas, se contentant de lui lancer un regard de reproche. Severus les regardait se chamailler en souriant, heureux qu'ils soient tous les trois réunis ici.

La soirée était bien avancée lorsqu'ils allèrent tous se coucher et alors qu'il s'allongeait dans son grand et nouveau lit, Eiden entendit des coups légers contre sa porte, certain de l'identité de son visiteur, il l'autorisa à entrer et s'avança, en effet, Elie, avec son coussin et la mine penaude.

— Je peux dormir avec toi, chuchota-t-elle.

Pour toute réponse il ouvrit sa couverture et elle se glissa contre lui.

— Cauchemars ? interrogea le garçon.

— Non, j'ai juste peur de dormir ici, toute seule. Les lieux inconnus maintenant c'est … compliqué.

Bien sûr que c'était compliqué. Si la journée Elie faisait plutôt bonne figure, la nuit cependant, c'était une autre affaire. À Grimmaurd où chez Sev, avec lui ça allait, mais dans ailleurs … Même le dortoir de Poudlard, entouré des autres, avait été difficile. Elie avait besoin de maîtriser son environnement, de savoir qu'elle était en sécurité, que personne ne l'attaquerait dans son sommeil, qu'elle pouvait dormir en paix. Elle n'en disait rien, mais Eiden était certain que c'était pour cela qu'elle veillait autant. Bien sûr leur héritage leur avait octroyé une plus grande résistance à la fatigue et un besoin de grand air et de liberté, associé à leur caractère aventureux et indépendant, mais Elie préférait de loin avoir les yeux ouverts que de s'exposer en dormant, même si elle n'était pas seule. Il n'y avait qu'en quelques endroits qu'elle parvenait à surmonter cela, chez leur père à Poudlard, au Square et avec Eiden, mais là, dans cette grande maison inconnue loin de tout, c'était compliqué. Bien que Severus leur ait promis qu'ils étaient en parfaite sécurité. Et le garçon savait que même dans son lit, avec lui, Elie allait se réveiller en sursaut au moindre minuscule bruit, au moindre courant d'air suspect. Et ce même si elle était exténuée de n'avoir presque pas dormi ces deux derniers jours, avec le cauchemar et l'attaque d'Arthur.

— Tu as vu le parc ? souffla le jeune homme.

— Oui, on va pouvoir faire de bonnes balades.

Eiden bâilla, mais approuva tout de même.

— Heureusement que j'ai mes propres toilettes, songea-t-il tout haut.

— Comment ? sourit sa sœur.

— Je suis certain de me perdre ici si je cherche les toilettes en pleine nuit, alors c'est cool que j'en aie ici par ce que sinon j'aurai fini par dormi dans le hall.

La jeune femme eut un petit rire un peu étouffé par l'oreiller et elle demanda :

— Comment tu trouves la maison ?

— Grande, sûrement trop, mais belle. Je nous vois bien avec nos enfants tous ensemble ici l'été.

— Nos enfants ?

— Oui, souffla le garçon qui commençait doucement à s'endormir. Pleins d'enfants métisses et d'autres avec d'horribles cheveux peroxydés.

— Hey ! rouspéta Elie en lui fichant un coup dans la jambe pour le punir.

— Désolé, elle était trop facile.

L'adolescente sourit cependant.

— C'est vrai que ce serait bien, murmura-t-elle.

— Sev va s'arracher les cheveux, il aura plein de petits monstres vadrouilleurs à surveiller.

Il n'eut pas de réponse, mais ce n'était pas grave, parce qu'ils avaient tous les deux finit par endormir.

Le lendemain, quand Eiden ouvrit les yeux, la couverture était soigneusement remontée jusqu'à son nez, le soleil était déjà haut et il était seul dans son lit. Il mit un moment avant de situer où il était et ce qu'il y faisait, mais une chose était sûre, sa chambre était vraiment aussi belle de jour que de nuit. Il se tortilla un moment dans son lit puis il se leva, presque à contrecœur. Il mit un moment avant de se rendre compte qu'il n'y avait pas d'armoire et que part conséquent il ne pouvait se changer.

— Euh Paddy ?!

Un craquement plus tard et le petit elfe apparut.

— Maître Eiden ?

— Je … ne trouve pas mes affaires.

— Paddy les a rangés Maître.

— Euh … où ?

La petite créature le mena jusqu'à une petite pièce attenante emplie d'étagères et de penderies.

— Voilà Maître.

Le jeune homme était stupéfait, un dressing, pour lui ? Alors que pendant quatorze ans toutes ses possessions avaient tenus dans une valise ?

— Je ne suis pas sûre qu'une telle pièce soit nécessaire, fit-il en montrant la demi-penderie et les trois étagères qu'occupaient ses vêtements.

— Il ne tient qu'à Monsieur de la remplir, répondit l'elfe.

— Hum, dit Eiden.

Il attrapa rapidement un jean, un t-shirt et un pull et prit l'escalier. Heureusement que sa chambre était toute proche, car il ne se saurait jamais retrouver sans cela. Il déboucha dans le hall, traversa la grande salle et la salle à manger puis trouva son père et sa sœur sous la véranda, l'un corrigeant des copies, l'une un livre à la main. Mais les deux relevèrent la tête et sourirent à son arrivée. Elie se leva de son fauteuil et ils s'installèrent sur la table avec Sev, entre les copies et les manuels. Une elfe d'âge mûr apparut avec un petit-déjeuner pour lui.

— Tu n'as pas encore rencontré Olly je crois, Eid.

— Non, enchanté Olly.

— Le jeune Maître Eiden est un gentil garçon, dit l'elfe en tapotant son bras.

— Tu ne sais même pas à quel point, Olly, fit Severus en raturant d'un grand trait le parchemin d'un de ses malheureux élèves.

L'elfe disparut et Eiden entama joyeusement son déjeuner.

— Désolé si on ne t'a pas attendu pour manger, mais nous n'avons pas l'habitude de petit-déjeuner à l'heure du déjeuner, se moqua gentiment le potionniste.

— Il est loin d'être l'heure de déjeuner, Sev, souligna son fils.

— Comment trouves-tu tes quartiers à la lumière du jour ? interrogea Elie.

— Très cool, assura le jeune homme. Bien que démesurément grand.

Severus leva les yeux au ciel, souriant cependant.

— Et j'ai un dressing ! Quelle est l'utilité d'une pareille chose ?

— A priori, ranger des vêtements, intervint le professeur de potion.

— Je n'ai pas autant de vêtements ! rétorqua son fils.

— Pansy peut facilement arranger cela, répondit Elie. Son frère lui lança un regard noir signifiant sans doute « essaye seulement de faire cela ». Elie sourit seulement et déroba une petite brioche de son plateau.

— Qu'allons-nous faire aujourd'hui ? demanda Eiden.

— Et bien je pensais vous faire visiter le parc ce matin, expliqua Severus. Et vous allez être bien occupés cette après-midi alors …

Les deux enfants le regardèrent d'un air interrogatif, mais leur père dit seulement « Vous verrez ».

Le parc était incroyable, un grand étang entourait la propriété, envahi par les joncs et les nénuphars. Le jardin était à l'anglaise, travailler de façon à faire naturel et sauvage. L'elfe Loddy, le seul que les jumeaux n'avaient pas encore rencontré, s'en occupait. Ils le trouvèrent d'ailleurs affairé autour des haies de la voie principale, occupée à soigner les plantes malmenées par le froid. Les trois sorciers suivirent les circonvolutions du chemin de promenade, passant tout prêt de l'eau, sous un saule pleureur qui semblait très ancien, plus encore que ceux de Poudlard. Malgré la saison, le jardin avait été crée de façon à ce qu'il y ait en tout temps des couleurs et des fleurs, et en effet Eiden vit de nombreux hellébores, primevères et pensées, ainsi que de la bruyère, du jasmin d'hiver et du houx, un régal pour les yeux et le cœur. Le chemin les mena finalement à une petite terrasse ronde à demi battit sur l'eau, meublée d'un petit banc de pierre qui en faisait le tour, le givre c'était déposé dessus, formant un vernis brillant et un if la gardait, planter tout près de la rive. Le fils Rogue imaginait sans mal combien cet endroit pouvait être agréable en été, sous le soleil, entouré de ses amis. Puis Severus les mena aux serres, réalisation de métal et de verre dans une mode ancienne, splendide et fonctionnelle. Elles étaient divisées en quatre, trois par température et la dernière, au fond, pour les plantes aquatiques. Il faisait doux à l'intérieur voir même franchement chaud dans la dernière section et Eiden put admirer des plantes qu'il n'avait encore jamais eu l'occasion de voir.

— Il y a beaucoup de choses pour les potions, évidement, expliqua Severus, la famille de ma mère en étant très féru, mais il y a aussi des plantes de décoratives et de spécimens rares.

— Neville adorerait cela, fit Elie, je devrais lui montrer.

Elle s'arrêta, incertaine, jetant un coup d'œil à son père qui rétorqua :

— Tu peux l'inviter ici, Elie, vos amis peuvent venir. Ils ne pourront seulement pas localiser cet endroit, ni en faire part ou entrer sans invitation, mais vous pouvez les inviter. Vous êtes ici chez vous.

— Mais tu n'aimes pas Neville.

Severus sourit et répliqua :

— Je trouve que Londubat est un cornichon dans ma matière et qu'il a l'immense défaut d'être à gryffondor, mais je reconnais qu'il est doué en botanique et c'est ton ami, pas le mien. Je n'ai nul besoin de fricoter avec lui.

— Maman était à gryffondor et moi aussi, et Elie a faillit y être, opposa Eiden en lançant un regard désabusé à son père qui fit mine de ne pas l'entendre.

Après un moment dans la serre, ils revirent au manoir pour déjeuner. Comme la vieille, tout était déjà prêt et les attendait sur la table de la salle à manger. En s'asseyant, Eiden eut une grimace qui n'échappa pas à son père.

— Un problème ?

— C'est que je n'ai pas l'habitude de me faire servir comme cela, sauf à Poudlard. C'est … étrange et je trouve cela un peu mal. Hermione s'étranglerait si elle voyait cela.

— Je comprends, déclara le potionniste en se saisissant de son verre, vous avez été tous les deux élevés chez les moldus, alors cela vous pose problème, évidemment, mais dans les riches familles moldus aussi ils ont des serviteurs.

— Oui, mais ils sont payés, ils ont des vacances et des congés et leur employeur n'à pas tout pouvoir sur eux, opposa son fils.

— Avoir tous pouvoirs ne veut pas forcément dire que tu vas l'utiliser. Tu n'as eu que l'exemple de Dobby, mais lui était maltraité et c'est un original, en quelque sorte. Les elfes d'ici sont nés dans ce domaine, leur famille sert la nôtre depuis des générations. Ma grand-mère n'était pas quelqu'un avec une moralité des plus reluisantes, elle aimait beaucoup trop la pureté de son sang, mais elle traitait convenablement ses elfes et je le fais également. Je ne les ai jamais frappés ou blessés. Ils ne veulent pas être libérés, Eiden, Dobby est un cas isolé, mais si c'était le cas, je le ferais. Ils me sont fidèles, je respecte cela.

Eiden comprit et attaqua son dessert sous l'œil attendri de son père.

Ils avaient fini depuis un moment et avaient migré dans le grand salon face à l'étang quand un Paddy apparut sans un bruit près de Rogue, qui lisait distraitement un traité de potion tout en regardant ses enfants jouer à la bataille explosive. Leurs rires emplissant joyeusement la grande pièce.

— Maître Severus, vos invités sont arrivés. Ils attendent dans le hall.

— Oh très bien, j'arrive Paddy.

Sans que ne le remarquent les deux adolescents pris dans leur jeu, le potionniste se leva et sortit du salon. Traversant rapidement la demeure, il déboucha dans le hall où quatre personnes l'attendaient en effet.

— Severus, fit une très belle femme blonde, cette maison est vraiment splendide, je ne comprends pas que tu t'en sois privé si longtemps.

— Je ne pouvais vivre ici tout seul Narcissa, rétorqua l'homme.

Il salua les nouveaux venus et la blonde continua :

— Je suis si heureuse que tu nous aies fait venir, mon cher ami, déclara-t-elle joyeusement. N'est-ce pas une merveilleuse idée, Helena ?

— Si, Narcissa, une excellente, répliqua la très belle femme qui l'accompagnait.

Helena Zabini était aussi brune et hâlée que l'épouse Malfoy était blonde et pâle. Elle avait des cheveux foncés, réunit en queue de cheval basse lisse et épaisse, qui effleurait le bas de ses clavicules. Elle était d'une grande beauté, exotique, avec sa peau sombre, ses yeux de miel et ses pommettes bien dessinées. Quelques bijoux brillaient contre sa peau parfaite, rehaussant son éclat naturel.

— C'est un plaisir d'enfin rencontrer tes enfants, continua-t-elle d'un ton innocent, tout en jetant un regard à Blaise qui fit une légère grimace. Les nouvelles allaient vite à Poudlard, Helena avait appris la relation que son fils entretenait avec celui du professeur et elle était curieuse de le voir enfin, d'autant qu'elle avait pu arracher certaines informations très intéressantes à Blaise. Celui-ci échangea un regard désespéré avec Drago, tout à fait conscient de ce à quoi pensait sa génitrice.

— Et bien, allons-y alors, ne restons pas dans le hall.

Ils le suivirent tous à travers le hall et la grande salle et furent accueillis dans le salon par le bruit d'une explosion et le rire cristallin d'Elienor, vite rejoint par celui de son frère. Les deux adolescents étaient assis par terre, sur très beau tapis à motif bleu, épais et confortable, abattant leurs cartes sur une petite table à émaux. Ils ne se rendirent pas tout de suite compte de la présence des autres, mais ils se levèrent gracieusement dès que ce fut le cas.

— Les enfants, Narcissa Malfoy et Helena Zabini. Narcissa, Helena, Eiden et Elienor, présenta sommairement Severus.

Narcissa serra immédiatement la main d'Elie dans la sienne.

— Nous nous sommes déjà rencontrés, fit-elle en souriant, et je me réjouis de te voir en meilleur forme.

La jeune fille la remercia et le sourire de la plus vieille s'agrandit à l'entente de sa voix.

— Oh et je constate que cela aussi c'est arrangé, dit-elle avec plaisir.

Eiden baisa la main de chacune des femmes et serra celle des deux autres adolescents, même si le geste dura un peu plus que nécessaire pour Blaise, ce qui n'échappa pas l'attention d'Helena Zabini. Les deux garçons en firent de même avec Elie et ils prirent tous place sur les confortables canapés bleus du salon.

— C'est une merveilleuse surprise, glissa Elie à son père en s'asseyant près de lui.

— Je me doutais que cela vous ferait plaisir. Et puis ils semblaient sérieusement troublés par votre départ hum … agité du château. Ainsi ils peuvent constater par eux même que vous allez bien.

Elie lui serra le bras en remerciement. Severus pouvait se montrer aussi prévenant envers ses proches qu'impitoyable et injuste envers les autres, mais c'était aussi ce qui faisait de lui ce qu'il était.

Les deux femmes posèrent immédiatement quantité de questions aux jumeaux, cherchant à mieux les connaître. Elles étaient toutes les deux des amies de Severus, et étaient très heureuses pour lui de cette nouvelle paternité.

Narcissa, qui avait déjà rencontré brièvement Elie, avait déjà pu constater la beauté de la jeune fille, mais elle la trouva plus belle encore, souriante et confiante. Ses trois mois lui avaient été fort profitables, son teint n'était plus blafard et elle avait un peu repris de poids. Mais surtout les marques que son corps portait s'étaient presque toutes effacées, laissant la place à de très discrètes cicatrices. Elle était assise en contact avec son père, qui avait posé une main sur sa cuisse, comme pour la protéger inconsciemment. De l'autre côté se tenait Eiden, tout près de sa sœur lui aussi. La blonde détailla pour la première fois le fils de son ami : il avait ses cheveux sombres, son menton et son front, ses pommettes volontaires également et un je ne sais quoi d'insoumis et de combatif dans l'œil, comme Severus, bien qu'il se tienne parfaitement calme et posé dans le canapé. Il était très beau, comme sa sœur, d'ailleurs presque identique, mais ses yeux étaient différents, d'un vert envoûtant, entouré d'un cercle doré brillant. Le regard des deux enfants reflétait la maturité et trop d'épreuves pour des jeunes de leur âge, pourtant, ils avaient gardé une légèreté et un rire clair et joyeux qui émerveillait la femme. Elle se tourna discrètement vers son amie qui scrutait également les deux enfants. La belle vélane assurait le discours tout en étudiant ses interlocuteurs subtilement. Un léger sourire ornait ses lèvres, satisfaites apparemment de ce qu'elle voyait.

Olly vint apporter du thé et les questions se calmèrent un peu, laissant place à une discussion plus naturelle qui concernait surtout les trois adultes. Blaise se leva un moment plus tard, demandant des toilettes et Eiden se proposa immédiatement, ils disparurent bientôt sous le regard entendu des deux autres adolescents. Quelques minutes plus tard, alors qu'ils n'étaient pas encore revenus, Severus dit à sa fille :

— Pourquoi ne pas attendre ton frère et Blaise dans la grande salle et montrer à Drago et lui la maison ?

— C'est une très bonne idée, sourit Elie, elle sera une nouvelle fois le bras de son père et quitta la pièce en compagnie du blond.

— Alors Severus, interrogea Narcissa en buvant délicatement une gorgée de thé, mon fils c'est enfin lancé ?

Ce n'était pas vraiment une question, alors le potionniste se permit de ne pas répondre, haussant seulement un sourcil.

— S'il te plaît, fit la femme en voyant son attitude, je connais Drago. Il ne cesse de parler de ta fille depuis cette entrevu d'août, dans chacune de ses lettres et il à tourmenté Blaise avec cela tout le reste de l'été. Je ne suis pas aveugle, même si je ne l'avais encore jamais vu ainsi.

— Il lui a fait la cour, expliqua, amusée, Helena qui croisa les jambes sous sa robe d'un vert sapin.

— Oh, fit, surprise la blonde, c'est très … Malfoy en vérité. Et cela à fonctionné ?

— D'après Blaise, plutôt oui, plaisanta la basanée.

— Il l'a étouffée sous les fleurs et les cadeaux pendant deux semaines, grogna Severus.

Narcissa eut un sourire rusé.

— Papa poule, je l'aurais parié.

Le professeur grommela quelque chose d'incompréhensible et se dissimula derrière sa tasse de thé.

— Drago peut se montrer un peu … exagéré sur certains points, continua l'épouse Malfoy, je suis sûr qu'il ne la quitte plus d'une semelle maintenant.

— Jaloux et possessif tu veux dire, gronda l'homme.

— Je suis certaine qu'Elienor gérera cela très bien, elle n'a pas l'air d'avoir l'habitude de se laisser marcher sur les pieds.

— Non en effet, répondit Severus en repensant à l'altercation que sa fille avec eu avec l'héritier Malfoy à propos de Londubat.

— C'est une bonne chose, rétorqua Narcissa, Drago à besoin de quelqu'un qui puisse s'opposer à lui ou il finira comme son père.

— Sais-t-il pour ton fils et ma fille ?

— Je l'ignore, mais s'il le sait il ne m'en a rien dit. Ce qui n'a rien de surprenant.

— Il doit être très content de cette alliance, dit Helena en se tournant vers elle.

— De cela c'est certain, il pardonnera même à Elie son quart de sang moldu pour cela.

— C'est une métisse, intervint la bistrée qui savait de quoi elle parlait, elle n'a pas de sang moldu, le sang de créature magique n'est pas compatible avec le leur, il l'élimine. Son sang est probablement plus pur que celui de Lucius.

Narcissa ne répondit pas, le sang n'avait jamais eu une importance primordiale pour elle, mais c'est ce qu'elle devait donner à voir, même si lorsqu'elle pensait sang pur elle songeait à consanguinité, stupidités et sectarisme plutôt que noblesse, honneur et pouvoir. Mais c'était l'avis de son époux alors …

— Sa mère était d'une grande lignée, n'est-ce pas Severus ? demanda la basanée en dardant sur lui ses yeux brillants.

Le professeur de potion soupira et posant sa tasse sur la soucoupe de porcelaine, il leur dit :

— Je veux un serment sorcier avant de vous révéler la vérité.

Les deux femmes s'exécutèrent et il leur conta les véritables origines des jumeaux, passant seulement sous silence que Lily Evans était leur mère et l'ancien nom d'Eiden.

— Grimm, c'est une très grande famille de sorciers français, descendante de Nicolas Flamel et même de Vivianne d'après ce que l'on dit. Une lignée très puissante, fit Narcissa une fois que Severus eut terminé.

— Pas seulement rebondit Helena, il y a plusieurs elfes dans leur arbre généalogique, ainsi que des métamorphes et même certains cas de changeurs de peaux. C'est vraiment une très puissante lignée métisse, liée à la plupart des grandes autres familles mâtinées. Je comprends mieux le pouvoir de tes enfants, Severus, leur mère était comme cela ?

Severus prit un moment, perdu dans ses souvenirs.

— Et bien elle avait beaucoup de capacités, c'est certain, mais il me semble moins que les jumeaux et moins que Rose.

— Qui est Rose ? s'enquit poliment Narcissa.

— La tutrice d'Elie et la cousine de mon ancienne femme. À moitié elfique aussi.

Helena fixa Severus et se racla la gorge.

— Tu as eu beaucoup de chance Sev, qu'elle ne te pose pas de problème avec Elie, c'est vraiment une sorcière douée et influente également. Elle aurait pu te causer pas mal de difficultés.

— Tu la connais ?

— Je l'ai rencontré quelques fois, tu sais, c'est comme les sangs purs, tout le monde se connaît, du moins dans les plus grandes lignées, son clan et celui de ma mère sont de vieux alliés.

— Elle a été très compréhensive avec moi, elle demande toujours des nouvelles de nous trois, mais sans chercher à s'imposer. Elle m'est d'une grande aide pour comprendre la nature de mes enfants …

La vélane hocha la tête.

— C'est une bonne chose, la situation est déjà assez compliquée. Je suppose que vous avez pris des dispositions pour que la véritable ascendance d'Elie et Eiden ne soit pas découverte. Ils sont assez … intéressants pour certains et notamment le serpent que tu sers.

— Je ne le sers pas, siffla le potionniste. Tu sais ce qu'il en ait réellement. Et j'ai fait en sorte d'avoir un peu de temps avec lui. Au moins jusqu'à ce qu'ils sortent de l'école …

Les trois adultes gardèrent un moment le silence.

— Lucius va vraiment adorer cela … souffla Narcissa.

— Il ne va pas le savoir, opposa férocement Severus.

La femme lui lança un regard perçant.

— C'est Lucius, Sev, un Malfoy. Il a dû faire des recherches dès que nous avons appris l'existence de tes enfants. Peut-être même sait-il déjà tout cela, il a beaucoup de contact, et l'argent permet de faire beaucoup de choses …

Dans le secret de son cœur, le professeur remercia Albus d'avoir mis au point la couverture des jumeaux et d'empêcher de remonter à Lily.

— L'information permet à celui qui la détient de contrôler les autres, Lucius le sait, continua son épouse la voix basse, il manie cela très bien. L'information c'est le pouvoir.

0o0o0

Drago et Elie avaient à peine passé la porte que le garçon passa une main autour de sa taille pour la prendre dans ses bras. Il la tint un instant puis ils échangèrent un baiser tendre.

— Tu m'as manqué, chuchota le blond.

— Je ne suis parti que depuis deux jours, rit la jeune fille.

— J'ai eu très peur cette nuit-là, on n'arrivait pas à vous réveiller et vous sembliez si mal, avoua Drago.

Elle écarta une mèche de son visage et dit doucement :

— C'est fini maintenant, ce n'était qu'un cauchemar.

L'autre posa sur elle un regard sceptique, mais il ne dit rien et l'embrassa à nouveau, se perdant dans l'intensité du geste.

— Hey ! Vous savez que nos parents sont juste à côté, intervint joyeusement Eiden qui revenait en compagnie de Blaise. Et la bienséance Monsieur Malfoy !

— Je me fiche de la bienséance, grommela l'intéressé en resserrant son étreinte. Et ose me dire que ce n'est pas ce que tu as fait également.

— Blaise la fait, pas moi, fit Eiden avec un sourire éclatant.

— Tu as tout de même participé, intervint son petit ami en enroulant ses bras autour de son brun.

Drago ne prit même pas la peine de répondre, Elie se glissa hors de ses bras et fut serré par un Blaise soulagé de la voir en bonne forme.

— Vous nous avez fait peur, murmura le basané.

— C'est aussi ce que m'a dit Drago.

Le garçon la relâcha sans poser de questions : les deux sangs purs savaient parfaitement à quoi s'en tenir avec les jumeaux. Ils n'ignoraient pas qu'un grand nombre de leurs interrogations restaient sans réponse, mais ils l'acceptaient, plus ou moins de bon gré, par ce qu'ils n'avaient pas le choix.

— On vous montre ? fit Eiden, excité comme un enfant.

— Nous te suivons, répondit Blaise, souriant à l'attitude de son petit ami.

Après une rapide visite de l'étage, ils s'effondrèrent sur le grand lit d'Eiden. Et le basané en profita pour embrasser passionnément son compagnon, ignorant l'autre couple.

— Ok, on va vous laissez, fit Elie en prenant la main de Drago.

— Non, s'il te plaît, restez, plaida Blaise en retenant la jeune fille par le poignet. Je vais me tenir bien.

Elle lui lança un regard amusé, elle avait quelque doute concernant la bonne tenue de son ami, mais elle ne dit rien et s'installa entre les jambes de Drago, lui-même appuyé contre l'un des piliers qui soutenait le baldaquin de la couche, tandis que Blaise tirait Eiden près de lui, contre la tête de lit.

— Ta chambre est vraiment sympa, déclara le bistré en promenant son regard autour, en faite non, tout cet endroit est vraiment sympa.

— La famille Prince était plutôt riche, intervint Drago et ils aimaient les potions et les plantes, ce n'est pas étonnant qu'ils aient battit une telle demeure, mais je rejoins Blaise, c'est un chouette endroit. Plus bucolique que le Manoir Malfoy, plus simple, plus agréable.

— C'est vraiment très grand … dis Eiden. J'ai du mal à m'habituer à ce que mon dressing fasse la taille de mon ancienne chambre.

— Tu as un dressing, rit Blaise, que vas-tu en faire ?

— Le remplir d'accessoires de quidditch probablement, où utiliser une penderie par vêtement, fit l'autre en haussant les épaules, ou acheter une armoire. Je ne sais pas encore.

— Pourquoi ne pas le remplir ? interrogea en souriant Blaise.

— Pour le remplir, il va falloir essayer des choses. Ce qui est tout à fait exclu.

— Les nobles ont des tas de vêtements pour chaque occasion, Eid, expliqua Drago. Il faudra bien t'y mettre.

Eiden lança un regard à Drago qui montrait bien tout le crédit qu'il accordait à sa condition.

— Tu es noble maintenant Den, rappela le blond.

— Oui, mais j'ai été très mal élevé alors …

Son ami secoua la tête et abandonna, il savait reconnaître une cause perdue.

— Alors il paraît que le père de Drago vous a convié à la réception du Nouvel An ? demanda Blaise.

— Tu y seras aussi ? fit avec espoir son petit-ami.

Blaise hocha la tête et Drago renchérit avec cynisme :

— Son père fait partit des gens que l'on se doit d'inviter, même si ses idées politiques laissent à désirer …

— En d'autres termes ? interrogea Elie qui jouait avec les tentures du lit de son frère.

— Et bien, même s'il prône un peu trop l'intégration du bas peuple et des nés moldus, grimaça le fils Malfoy.

— Sans doute son hybride de femme qui lui a monté à la tête, déclara tranquillement Blaise.

— Ouai, elle la séduite avec ces charmes animales et il va probablement finir comme ses six autres époux, assassinés pour son argent.

— Quoi ? interrogea Eiden, qui ne comprenait rien.

Blaise lui fit un sourire amusé et répondit.

— C'est la rumeur qui court depuis que mes parents se sont mariés et que ma mère s'est installée en Angleterre. Les gens ont vite deviné que c'était une vélane, ce dont elle ne se cachait pas vraiment et ils ont inventé cette histoire de veuve noire pour justifier sa fortune et le fait qu'un honnête sang pur épouse une telle femme.

— Oh … et comment ta mère prend cela ? s'enquit Eiden.

— Elle s'en fiche complètement. Elle a été élevée dans un clan, ses deux parents sont mâtinés, elle ne comprend pas toujours les réactions des sorciers, mais cela la fait rire. Cela c'est un peu calmé à présent, les gens sont bien obligés de la considérée comme quelqu'un de son rang. Elle travaille au département de la coopération magique internationale, au bureau de l'Organisation du commerce international. Son … charme naturel est plutôt bien apprécié là-bas.

— J'imagine, sourit Eiden. Donc la réputation de ton père pâtit de son mariage avec une métisse ?

— Oui, enfin c'était surtout avant, maintenant ma mère leur rend trop service pour qu'ils puissent la dénigrer tout haut, mais il est clair que les plus radicaux n'apprécient pas.

— Mais la plupart lui pardonne par ce qu'il est très riche, l'héritier d'une vieille famille et qu'il a un excellent poste au Ministère, se moqua un peu Drago.

Devant le regard interrogatif des jumeaux, le bistré expliqua :

— Il travaille au département de la justice, il fait la liaison entre le juge et les aurors, coordonne les enquêtes avant de les présenter à la justice.

— Un peu comme le procureur chez les Moldus ?

— Oui. Il est plutôt réputé au Ministère, alors Lucius nous invite toujours, cela fait bien tu comprends, surtout depuis qui c'est lui qui s'occupe de l'enquête sur la mort d'Harry Potter.

— Oui, ce ne doit pas être simple … répondit doucement Eiden.

— Non, en effet. Apparemment il y a beaucoup de flous dans cette histoire et mon père subit beaucoup de pression pour qu'il classe l'affaire et qu'il conclue à un accident où Potter aurait fait une sorte de crise, mais il pense sérieusement que ces moldus sont coupables. De l'avoir maltraité, sinon tué et mis le feu à leur maison. Mais Fudge veut en finir et empêcher les gens de croire que Tu-sais-qui a fait le coup, puisqu'il est censé être toujours mort.

— Fudge est vraiment un idiot, quand le Seigneur des ténèbres décidera de mener une vraie offensive, le Ministère tombera comme un château de cartes s'il ne se décide pas à ouvrir les yeux, soupira Drago qui entourait la taille d'Elie d'un bras, la maintenant contre lui.

Les trois adolescents gardèrent le silence, plombé par ses dernières paroles, Elie et Eiden échangèrent un regard, mais gardèrent le silence, ils ne pouvaient de toute façon pas parler devant les deux autres.

— Qu'est-ce que vous faites pour Noël ? demanda gentiment Elie pour détendre l'atmosphère.

— Je le fais en famille et Drago vient chez nous, répondit Blaise.

— Mon père est invité à une quelconque réception, comme souvent, donc ma mère a fait pression pour qu'il me laisse aller chez les Zabini pour que je ne sois pas tout seul. Cette année j'ai de la chance, il a cédé, expliqua Drago qui faisait comme si le sujet ne le touchait pas.

Les jumeaux avaient appris, en ces trois mois de cohabitation avec le fils Malfoy, que sa vie n'était pas vraiment comme l'avait toujours imaginé Eiden. Son père faisait bonne figure en public, mais il se fichait complètement de Drago tant qu'il tenait sa place d'héritier de la lignée. Il était vraiment dur, violent psychologiquement, surtout dans son enfance, ''pour l'endurcir'' et cruel dans son éducation. Surtout lorsque Drago était enfant. Il l'enfermait dans les cachots, lui faisait faire des cauchemars, appuyait sur ses peurs et ses doutes pour l'endurcir et enfonçait dans son crâne les préceptes du parfait petit héritier de sang pur. Heureusement pour le garçon que sa mère était beaucoup plus douce et maternelle et qu'elle corrigeait comme elle le pouvait la désastreuse éducation de Lucius. Dans son enfance, elle l'emmenait souvent chez son parrain, qui s'il était strict, n'était pas violent ou cruel et prenait du temps pour lui, ou chez les Zabini, qui l'accueillaient toujours chaleureusement et chez les Nott. Du temps où la mère de Théo était encore en vie, les deux femmes se serraient les coudes pour affronter leurs mangemorts de maris et élever leurs fils de la manière la plus humaine possible. Bien sûr, lorsque l'épouse Nott décéda, peu avant l'entrée de son fils à Poudlard, Narcissa continua à s'occuper de Théo comme elle le pouvait et de le soutenir à distance, l'invitant souvent au manoir.

— Et vous ?

Elie se tourna vers Blaise.

— On reste ici avec Sev, il a invité Rose. On va faire cela tous les quatre.

— Ça semble sympa, fit doucement le basané.

— Ça le sera, rétorqua Eiden, c'est ce dont on a besoin.

Drago, Blaise et leurs mères partirent à la nuit tombée, tout enchantés de leur visite. Les jumeaux remercièrent chaleureusement leur père pour cette merveilleuse idée. Le lendemain, ils passèrent tous les trois une excellente journée, passant leur temps dans le salon à discuter et à plaisanter. Elie et Eiden dormirent ensemble toutes les nuits, soit dans la chambre d'Eiden, soit dans celle d'Elie, aidant la jeune fille à apprivoiser son nouveau chez elle. Au matin du réveillon, elle s'éveilla la première, avec l'aube et tourna son regard vers la fenêtre avant de s'exclamer :

— Eid il neige !

Un grommellement endormi lui répondit et elle le secoua son épaule.

— Réveil-toi Den, il neige !

Vaincu par l'allégresse et le trépignement de sa sœur, Eiden consentit à ouvrir un œil et vit par lui-même le splendide tableau du parc blanc.

— Viens on y va !

— Où ça ?

— Dehors, dans la neige !

Après l'avoir à moitié traîné hors du lit, Elie disparut de la chambre en coup de vent, pour y revenir une minute plus tard avec un tas de vêtements qu'elle jeta à Eiden avant de s'habiller elle aussi de vêtements chauds. Puis elle dévala les escaliers du Manoir, entraînant derrière elle son frère encore un peu dans le vague. Mais le froid finit brusquement de le réveiller alors qu'Elie le propulsait eu dehors. Sans attendre, elle prit sa forme de louve et se précipita dans la neige, jappant joyeusement et battant follement de la queue. Soupirant, mais heureux malgré tout, Eiden en fit de même et la poursuivit autour du parc. La jeune femme lui causait cependant de grandes difficultés, si son pelage à lui ne l'avantageait guère avec ce temps, celui d'Elie se fondait parfaitement dans le blanc de la neige et elle parvenait toujours à le surprendre et à lui tendre des embuscades. Ils jouèrent ainsi un long moment dans le parc, sous l'œil de Severus, réveillé lui aussi, et qui les regardait des grandes fenêtres du salon. Les ombres rose et dorée de l'aurore avaient complètement disparu, faisant place à un bleu sans tache quand Rose entra dans la pièce suivant Addy. Le potionniste avait demandé aux elfes de l'amener à lui dès son arrivée.

— Severus, je suis heureuse de vous revoir. Comment allez-vous depuis la fois dernière ? interrogea la femme en se portant à sa hauteur.

Il lui serra la main, pas vraiment à l'aise avec les coutumes tactiles françaises.

— Plutôt bien, et vous ?

— À merveille, assura la rousse. Merci encore de m'avoir invitée.

— C'est bien normal je ne l'aurai pas imaginé sans vous.

Elle sourit doucement, tournant son regard vers les deux adolescents qui jouaient comme des louveteaux dans la neige.

— Ils font de très beaux loups.

— Oui, je trouve également, répondit le professeur de potion, bien que je ne sois pas un expert en la matière.

— Ils sont … vraiment de grande taille, nota la Française. C'est plutôt inhabituel …

Severus eut une sorte de sourire fatigué.

— Mais vous et moi y sommes habitués, n'est-ce pas ?

— Oui, fit la femme avec un petit rire, mais c'est toujours curieux de le constater. Je me demande quand cela va s'arrêter.

— À chaque fois que j'ai cru qu'ils ne pouvaient pas faire pire, ils le faisaient, donc je dirai, probablement jamais. Nous devrions nous y préparer. Mais si nous les rejoignons, je suis certain qu'Elie à très envie de vous voir, ainsi qu'Eiden, il s'est attaché à vous.

— Moi également, assura Rose. C'est un gentil garçon.

— Il n'a pas eu une existence facile, c'est bien ce que vous faites pour lui. Il a besoin d'une attention féminine.

La Française secoua ses boucles vénitiennes.

— Elie est comme ma fille, et il est son frère. Et j'ai de la tendresse pour lui, je sais que rien n'est facile, mais j'espère faciliter certaines choses.

— Vous le faites, assura le potionniste. Vous le faites.

Ils passèrent au dehors, par les grandes portes-fenêtres qui menaient directement au jardin et les deux loups, détectant de nouvelles odeurs les remarquèrent et vinrent à leur rencontre. À mi-chemin cependant, la louve blanche sembla bondir et se changea en un rapace blanc moucheté de noir qui fondit sur Rose. Tout naturellement, l'adulte lui présenta son bras et l'oiseau se posa, tanguant un instant, pas encore maître de sa nouvelle forme.

— Un faucon Gerfaut ? Tu ne fais rien d'ordinaire Elie.

L'oiseau battit un instant des ailes puis courba la tête. Une sorte de tremblement la parcourut et ses plumes changèrent pour un dégradé de brun et de sépia du plus bel effet.

— Vantarde, plaisanta Rose grattant les plumes près de son bec.

L'animal pencha la tête sur le côté, l'air innocent et Severus caressa sa tête de deux longs doigts, appréciant les plumes douces de la nouvelle forme de sa fille. Le grand loup noir jappa et le faucon quitta le bras de Rose. Ils se métamorphosèrent en même temps, retrouvant leur corps d'adolescent.

— Ça c'était plutôt cool, déclara Eiden. Tu penses que j'aurai une forme ailée aussi ?

— Il y a des chances, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas. En théorie, à terme on devrait pouvoir prendre pas mal de formes, c'est cela Rose ?

— Et bien il faudrait demander à Orsu ou Morwen, répondit la femme, mais oui a priori une fois adulte et avec le temps vous devriez développer plusieurs formes oui. Mais cette fois était ta première, n'est pas ?

La jeune fille opina.

— Deux en quelques mois, tu vas vite ! Prends le temps de maîtriser chacun d'elles, ton corps de loup est bien, mais ton vol n'est pas encore au point.

— C'était involontaire, expliqua Elie, c'est quand je t'ai vu que j'ai senti le besoin de … changer.

Rose acquiesça. Sa forme animagus était un épervier, le besoin de proximité d'Elie s'était sûrement manifesté ainsi, de manière inconsciente, en adoptant une forme assez proche.

— En tout cas, tu étais très belle Elie, dit Severus en passant une main dans les cheveux humides de neige de sa fille.

— Papa poule le retour, souffla Eiden suffisamment fort pour que tout le monde entendent.

Tous sourirent sauf Severus qui lança un regard acéré à son fils.

— Tu n'as pas de cœur Eid.

— Je sais c'est a seconde fois que tu me le dis, rit l'autre.

— Fils indigne !

— Cela aussi tu le dis souvent.

Puis il s'enfuit, échappant à la fausse claque de son père.

Après le déjeuner et une matinée plutôt calme, Severus et Rose demandèrent aux jumeaux de s'installer avec eux dans le salon.

— Nous devons vous parlez de quelque chose, fit le potionniste et les deux adolescents, au ton brusquement sérieux de leur père, s'exécutèrent.

L'homme semblait mal à l'aise, ce qui était presque invisible pour tous ceux qui ne le connaissaient pas intimement. Cela n'échappa pas à Elie qui posa une main encourageante sur la sienne puis s'installa dans le canapé qu'elle partageait avec son frère.

— Il y a quelque temps, le soir de votre anniversaire au Square Grimmaurd, je vous ai racontez comment votre mère et moi avions cherché des traces de sa famille et que nous n'en avions pas trouvé.

Il s'arrêta un moment, ne sachant comme continuer, mais l'attitude calme et patiente de ses enfants lui donna du courage et il reprit :

— En vérité, le frère de votre grand-père, Alexandre, n'est pas mort comme nous le pensions. Il est seulement éteint.

— Éteint ? questionna Eiden, reprenant sans le savoir les mots que son père avait eu pour Rose à Poudlard, lorsqu'il avait lui aussi appris la nouvelle, mais cette fois c'est Elie qui apporta des précisions au garçon.

— C'est ce qui arrive parfois aux métis d'elfes, ils perdent l'esprit, s'enfoncent dans le noir et finissent par tout oublier et vivre dans les songes.

— Oh, je vois. Alors il est mort d'une certaine façon, cet homme qui est de notre sang ? C'est cela ?

— Oui, en quelque sorte, lui répondit Rose qui semblait aussi un peu tendu, à la surprise des deux plus jeunes. Mais aucuns d'eux ne pointa se fait, attendant seulement que les deux autres continus.

— Sa femme est morte bien avant votre naissance, mais ils ont eu une fille ensemble, Morwen.

Le souffle d'Elie se bloqua dans sa poitrine et elle murmura :

— Morwen, comme Morwen Venturi ?

La femme opina doucement.

— Mais elle m'a toujours dit qu'elle s'appelait Pezennec avant son mariage ?

— C'était le nom de sa mère, expliqua Rose qui comprenait le trouble de sa pupille, il n'était pas prudent de conserver celui de Grimm après les agissements de Voldemort et la mort de Sarah et Nicolas.

— Mais alors cela veut dire que Morwen était la cousine de notre mère, notre cousine, alors cela veut dire que …

— Que Ravena est aussi de votre sang, oui.

La blonde eut un instant de stupeur, partagé, dans une moindre mesure, par Eiden. C'était comme s'il apprenait soudain qu'Hermione était la fille de sa cousine. Puis Elie sourit, un vrai sourire chaleureux et elle demanda à sa tutrice :

— Est-ce qu'elle le sait ?

— Pas encore, mais Morwen le sait, ainsi qu'Orsu.

La jeune fille semblait vraiment heureuse, elle souffla à Eiden.

— Tu as maintenant trois petits-cousins métis et ils sont vraiment formidables.

Le garçon, sans pouvoir s'en empêcher, ressentit une intense chaleur dans son ventre qui se propageait doucement au reste de son corps. C'était comme ce qu'il avait ressenti à la découverte de l'identité d'Elie, et même si c'était bien plus faible, cela faisait tout de même du bien.

— Ce n'est pas tout, déclara doucement Severus, peu désireux de rompre la liesse de ses enfants.

Ils s'immobilisèrent tous les deux, attendant la suite.

— Nicolas n'avait qu'un frère, mais Sarah avait une sœur.

— Oui, morte quand vous avez appris son existence, se rappela Eiden.

— En effet, Violette. Elle s'est mariée elle aussi et a eu deux enfants, Éric et …

— Rose, coupa Elie, reconnaissant en elle celle qui avait été comme sa mère pendant quatorze ans et qui se révélait être finalement liée à elle par le sang.

— Comment ? interrogea le jeune homme qui ne comprenait pas tout.

— La fille de Violette, la sœur d'Éric … c'est toi, n'est-ce pas ? fit sa sœur en regardant toujours Rose.

— Oui, souffla la Française.

— Depuis quand vous le savez ? interrogea l'adolescente.

— Depuis Halloween, confessa Severus qui se refusait de laisser Rose seule dans cette situation.

— C'était il y a presque deux mois, pourquoi n'avez-vous rien dit ? souffla Elie en serrant brusquement la main de son frère. Étais-tu mécontente de cela ? Avais-tu honte ?

— Non, Elie, mon ange, bien sûr que non, s'exclama la rousse en se levant précipitamment pour se porter à la rencontre de la plus jeune et de la prendre dans ses bras. On ne savait juste pas vraiment comment vous l'annoncer, comment vous alliez prendre cela. Mais je n'ai aucune raison d'avoir honte ou d'être mécontente, Elie.

Elle referma ses bras autour de la jeune fille et poussa doucement sa tête sur son épaule dans un geste réconfortant.

— Alors tout ce temps où tu étais ma famille …

— Je l'étais par le sang, oui, sans que personne ne le sache, mais je suis si heureuse El, vraiment que vous soyez de ma lignée ton frère et toi.

L'adulte relâcha le dos de la fille d'une main pour prendre celle d'Eiden.

— Donc on est … commença celui-ci, semblant calculer dans sa tête, cousins issus de germain ?

Rose sourit et opina, tandis qu'Elie se redressait.

— Cela veut aussi dire que vous avez également trois merveilleux cousins du côté maternel, ajouta la femme.

— Comment … fit Eiden avant que la Française ne lui réponde.

— Félicitée, Marc et Aristée.

— Tu vas adorer Aristée, lui dit sa sœur, les yeux brillants, il est si … à croquer.

Eiden sourit, il n'en doutait pas. Puis ses yeux se tournèrent vers son père qui les contemplait tous les trois.

— Papa, je … on …

Il ne savait pas comment exprimer cela. Assurer son père que la découverte de personnes de leur sang ne changeait rien à leur relation avec lui. Qu'il n'aurait pas à les partager, que tout cela ne modifiait en rien leurs sentiments à son égard, mais il ne sût comme le dire. Heureusement Severus sembla comprendre et déclara :

— Ça va Eid, j'ai saisi. Je suis vraiment très heureux pour vous, vous n'êtes finalement pas aussi seul que vous le pensiez. C'est vraiment une très bonne chose, assura son père avec un sourire apaisant.

0o0o0

— Elie.

La jeune femme papillonna un instant des yeux, puis fixa son regard sur le visage réjoui de son frère.

— C'est Noël, fit-il avec un grand sourire.

Elle sourit également et s'étira. La journée de la veille avait vraiment été délicieuse. Ils avaient fêtés ensemble l'heureuse nouvelle qu'était la découverte de leur famille le soir, avec un repas grandiose, mi-français, mi-anglais pour que chacun y trouve son compte et Elie, qui n'avait plus goûté à la gastronomie de l'hexagone depuis son arrivée en Angleterre, en avait été fort contente. Rose et son père s'entendaient à merveille, pour son plus grand bonheur et avaient discuté de moult sujets, les potions, Poudlard, l'alchimie, les enfants … Pour la première fois, Eiden eut le sentiment de passer Noël en famille. Car même s'il l'avait déjà célébré avec les Weasley, c'était différent. Ils s'étaient tous couchés assez tard et avait profité un maximum de cette soirée magique. Une nouvelle fois, les jumeaux avaient partagé le même lit, s'éveillant au matin de nouveau sous la neige.

— Viens on descend !

— On ne sait même pas si Père est réveillé, Den.

— Tant pis, on descend quand même !

Gagnée par l'enthousiasme, si rare de bon matin, de son frère, Elie s'extirpa des chaudes couvertures et se leva pour s'habiller. Fort heureusement, ils avaient investi sa chambre cette nuit-là, alors elle n'eut pas à traverser leurs appartements, contrairement à son frère. Ce qui n'entacha pas pourtant la bonne humeur de celui-ci, il continuait à trépigner, heureux comme un enfant, tout prêt de la jeune fille.

Lorsqu'ils descendirent, ils eurent la surprise de constater que Severus et Rose étaient déjà là, occupés à converser autour d'un thé.

— Déjà levé ? s'enquit l'homme.

— Eiden nous a mis à bas du lit, expliqua Elie en s'asseyant près de son père. Il ne faudra d'ailleurs pas attendre trop longtemps pour l'ouverture des cadeaux, il est assez excité.

— Pourquoi ne pas le faire maintenant alors ? sourit le potionniste.

Severus appela Olly et lui demanda que le petit déjeuner soit servi dans le salon et ils suivirent tous un Eiden fort enthousiaste. Le garçon récupéra les paquets sous le sapin et les entassa sur une table basse, devant la cheminée. Tout le monde s'installa et Eiden tendit son cadeau à sa sœur. Il était emballé d'un papier bleu à étoiles, qui brillait doucement dans la lumière des flammes. Elie s'en débarrassa, sans arracher le papier, comme à son habitude et découvrit dans la boîte trois coffrets de bois tout simple puis ouvrit le premier, le plus petit. À l'intérieur était couchée une mésange de métal articulé, peinte à la main, reprenant les couleurs et les motifs à la perfection. Dans les deux autres boîtes, il y avait un merle et un martin-pêcheur, tout aussi bien réalisés. Quand elle effleura du doigt une aile du merle, l'oiseau la déploya et en battit, comme un véritable animal vivant.

— Comment tu …

— Je savais que tu les désirais, répondit Eiden à sa sœur. Alors je me suis débrouillé pour t'en trouver.

— Mais comment as-tu fait ? Ils sont si rares …

— J'ai eu un peu d'aide, expliqua le garçon à qui Rose faisait un clin d'œil.

Elie effleura la mésange d'un air émerveillée, elle avait toujours eu une fascination pour les objets enchantés. Mais ces oiseaux, c'était un ouvrage datant de la renaissance, un sorcier français en avait réalisé une série, représentant les principaux volatiles de ces contrées pour sa fille qui les adoraient. Avec le temps la collection fut dispersée et les pièces vendues séparément. Elie en avait vu une chez le grand-père de Lysandre, petite, et il l'avait complément fasciné. Eiden avait dû le voir dans ses souvenirs et s'en était rappelé, elle était vraiment touchée et heureuse.

— Merci, souffla-t-elle.

Eiden sourit simplement et ouvrit son cadeau à elle pour lui. Elie lui avait offert un cadre photo enchanté, ou s'ébattaient dans un grand jardin tous ses proches. C'était un cadre magique, qui contenait la représentation de ceux qui étaient chers à son possesseur, tous rassemblé en un même lieu, riant et plaisantant ensemble. En regardant mieux, le garçon reconnut le jardin du Manoir.

— Il s'adapte à son possesseur, expliqua la jeune femme. Donc il se … met à jour en quelque sorte.

— C'est une excellente idée, il lui colla un baiser sur le front pour la remercier et ils ouvrirent tous deux les cadeaux de Rose et Severus. La femme avait offert des livres rares en français sur la magie défensive et offensive à Eiden et d'autres sur les sortilèges et la métamorphose à Elie. Les enfants en furent enchantés, cela leur serait probablement utile pour l'AD. Le potionniste, quant à lui, offrit tout un nécessaire d'alchimie à sa fille, qu'il avait fait installer au-dessus de sa chambre par le Loddy et agrémenter la salle d'entraînement de nouvelles installations pour son fils. Il les encouragea également à se lever et à contempler la clairière de l'autre côté de l'étang, maintenant aménagé en terrain de quidditch.

— Il va falloir vous entraîner, car je compte bien conserver la coupe dans mon bureau jusqu'à, au moins, votre départ du château.

Les deux adolescents avaient aussi pensé aux deux adultes, achetant des bijoux d'un grand joaillier du chemin de traverse pour Rose et un gros manuscrit d'aspect neuf, étrangement écrit à la main pour Severus.

— Elie s'est fait envoyer du clan plusieurs traités de potions écrits en celtique par hiboux, et nous les avons traduits et retranscrits dans ce livre, déclara le jeune homme.

— Tu veux dire que …

— Que tu es le seul détenteur de cette compilation et qu'il y a dans ces pages des breuvages dont bien peu de monde possède les instructions.

Les yeux du potionniste brillèrent, c'était un merveilleux cadeau. De plus les jumeaux avaient dû y passer du temps.

— On à utiliser une des plumes dicteuses des Weasley, précisa Elie, vu qu'aucun de nous n'a réellement une belle écriture compréhensible …

Ils échangèrent une grimace et les deux adultes sourirent.

Même Rose et Severus échangèrent des présents et quand Olly vint apporter le petit-déjeuner, les rires et la bonne humeur régnait dans le salon. Les deux plus vieux avaient aussi fait réaliser, à nouveau, une quantité de vêtements qu'Eiden trouva absolument déraisonnable. Usant des mensurations prises par Madame Smith, la couturière, ils en avaient fait faire de nouveaux.

— Mais qu'avez-vous tous avec les vêtements ! s'exclama Eiden.

— Tu ne cries que par ce que tu vas devoir les essayer, répliqua moqueusement sa sœur.

L'autre répondit par une grimace.

— Il va te falloir des choses pour la réception des Malfoy, Eid. Soit content que nous nous soyons occupés de cela à ta place, tu n'as même pas eu à entré dans un magasin.

L'autre bougonna en découvrant un pantalon à pince noire qu'il supposa être pour le Nouvel An.

— Je vais devoir mettre cela, marmonna-t-il, je vais avoir l'air d'un pingouin.

— Tu vas devoir être en costume, c'est une soirée où on ne peut passer à côté, rétorqua son père.

— Alors tu en porteras aussi ? s'étonna le garçon.

— Évidement, grogna le professeur que cette idée semblait enchanter.

Cela remonta immédiatement le moral d'Eiden qui se surprit à sourire à l'idée que son père partagerait sa torture. Il en fut immédiatement de bien meilleure humeur et éclata de rire à l'image mentale qu'il s'en faisait.

— J'ai voulu aussi t'amener quelqu'un Elie, dit Rose une fois que le rire de son frère un peu calmé.

La jeune femme fronça les sourcils, ne sachant qui cela pouvait bien être, puis une petite créature apparut dans un tintement et l'adolescente s'exclama :

— Nannez !

La petite korrigane sera la jeune fille contre elle, pressant sa tête contre son torse.

— Je suis tellement soulagé de vous voir en pleine santé, Mademoiselle Elie, fit-elle d'une voix flûtée.

Eiden et Severus considérèrent la nouvelle venue avec curiosité. Aucun d'entre eux n'avait encore vu de korrigan en chair et en os. Ils étaient en France l'équivalent des elfes de maison, même si on trouvait également des elfes dans les grands domaines de l'hexagone. Les korrigans étaient certes des serviteurs magiques, mais ils n'avaient pas la servilité des elfes, ils recevaient un salaire et des jours de congé, avaient plus mauvais caractère que leurs homologues, bien qu'ils ne pouvaient pas non plus dispenser les secrets de leurs Maîtres. Certains les préféraient aux elfes, d'autres non. Plus débrouillards, plus autonomes, mais moins obéissants et contrôlables, les korrigans étaient des créatures indépendantes, qui se chargeaient aussi bien des tâches ménagères que de l'éducation des enfants. Nannez c'était en effet occupé d'Elie pendant toute son enfance, engagée par Rose à l'arrivée de la fillette. Elles étaient toutes les trois proches, la korrigane étant la nourrice d'Elie, un membre de la famille. Et elle avait eu si peur, et c'était senti si coupable de la disparition d'Elie, bien que rien ne soit de sa faute, évidemment.

La créature prit des nouvelles de la jeune femme et serra son frère contre elle avec une force surprenante pour sa petite taille. Elle était très maternelle, dans ses actions et ces paroles et Eiden se surpris à lui superposer l'image de Molly Weasley. La petite chose lui plaisait, elle était bien plus caractérielle que les serviles elfes de maison et cela lui allait parfaitement. Nannez resta un moment puis partit avec le même tintement, arguant une montagne de travail.

— Je ne sais pas ce qu'elle peut bien avoir comme montagne de travail, vu que je suis ici, sourit Rose.

— Elle doit profiter que tu as quitté la maison pour la nettoyer de fond en comble, fit pensivement Elie.

— Oui tu as sans doute raison.

Nannez faisait souvent cela quand Elie vivait encore avec sa tutrice. Elle attendait que tout le monde soit parti pour récurer le logis de la cave au grenier, astiquant les sols, les meubles et les murs comme si cela faisait des années qu'elle ne l'avait pas fait. Cela avait toujours beaucoup fait rire Elie, qui ne comprenait pas un tel excès de zèle.

Peu avant midi, ils transplanèrent tous au Square Grimmaurd pour fêter Noël avec les Weasley, Sirius et Lupin. Severus avait invité Rose à venir avec eux, tous voulaient la rencontrer et la famille Rogue était heureuse de l'avoir à son côté. Après avoir fait lire le morceau de parchemin à la Française et regardé apparaître le numéro 12, ils se glissèrent à l'intérieur. Ils avaient fait preuve de discrétion pour ne pas réveiller le portait fou de Walburga Black, mais Ron apparut avec un grand sourire et lança un tonitruant :

— Eiden ! Elie ! Joyeux Noël !

Et la vieille femme se mit à hurler, dispensant ses insanités à la cantonade. Ses yeux peints se posèrent sur Rose et elle brailla :

— Sale hybride sortez de ma maison, vous contaminez la demeure de mes ancêtres avec votre sang impur, animal !

— Charmant accueil, fit Rose, visiblement amusée. C'est l'hôtesse de réception ?

— En quelque sorte, répondit le potionniste avec un rictus, tandis que Sirius faisait taire la peinture. Elle a enchanté son portrait pour qu'on ne puisse pas l'enlever.

— Oh je vois, brillante idée. C'est ce que je ferai.

Elie ricana :

— Vas-tu également beugler contre les métisses toi aussi ? Et hurler à la profanation de ton manoir ?

— Non, Rose secoua la tête en riant, seulement après les sorciers, tu ne pourras entrer à la maison sans m'entendre te brailler dessus.

— Je ne suis pas sorcière, mais c'est un bon programme. Surtout que je passe beaucoup moins de temps chez toi maintenant.

L'adulte sourit et passa une main dans les cheveux blonds de sa pupille, observant l'homme aux cheveux noirs tiré violemment sur les rideaux du tableau.

— Navrée, elle est toujours comme cela, expliqua l'animagus en se tournant vers eux, ayant enfin eu raison du portrait récalcitrant. Mais je trouverai bien un moyen de la faire taire, définitivement. Sirius Black, je suis le parrain d'Eiden.

— Enchantée, Monsieur Black, je suis Rose Chambord, l'ancienne tutrice d'Elie.

— Oh appelez-moi Sirius ! Mais entrez donc, ne restez pas dans le couloir.

Il les mena à la salle à manger où les adultes étaient installés, Ron était parti chercher les plus jeunes à l'étage. Monsieur Weasley était assis sur une chaise confortable, en bout de table, il était sorti de l'hôpital le matin même. Il serra les jumeaux contre lui de son côté sain et leur assura qu'il se sentait en pleine forme. Les guérisseurs étaient enfin parvenus à trouver un antidote et refermer ses plaies. Severus quant à lui présenta Rose aux parents Weasley et à Remus en attendant que les adolescents n'arrivent.

— C'est un honneur de vous rencontrez, assura Remus après s'être présenté lui aussi. On a beaucoup entendu parler de vous.

— Moi de même.

Rose était vêtue très simplement, d'un pantalon beige et d'un haut vers sombre, mais elle était très belle, élégante dans sa simplicité. Ses cheveux cuivre, rehaussés par la couleur de son vêtement, tombait librement. Elle avait une très vague ressemblance avec Lily, en effet, mais Remus se demandait si ce n'était pas par ce qu'ils désiraient la retrouver en Rose. Ou bien à cause de leur sang elfique.

Sirius invita les nouveaux venus à s'asseoir et Molly servit des chocolats chauds et du lait de poule à tout le monde.

Quelques instants plus tard, un grondement retentit et un vague de tête rousse entra dans la pièce, suivie d'une Hermione plus calme, mais tout aussi souriante. Voyant la surprise des jumeaux Rogue elle déclara :

— Je suis arrivée ce matin, je n'aime pas vraiment le ski alors mes parents m'ont laissé venir.

Ils se présentèrent tous à Rose qui sourit devant tant d'effervescence et les plus jeunes s'échangèrent leurs cadeaux sans attendre, sous l'impulsion de Ron et Eiden. Puis les enfants de Severus se lancèrent dans une description du Manoir Prince et de leurs quelques jours passés là-bas. Le plus jeune des fils Weasley fut pris de frénésie en entendant Eiden parler du terrain de quidditch et Hermione s'enthousiasma du nouveau nécessaire à alchimie d'Elie.

— Vous pourrirez peut-être venir ? risqua Eiden en croisant le regard de son père.

Les jumeaux étaient toujours mal à l'aise et n'osaient pas agir comme si la maison était la leur et inviter des gens sans que leur père ne le propose au préalable, les paroles du garçon lui avaient échappé.

— Et si Monsieur Weasley et Miss Granger venaient demain ? proposa l'adulte à son fils. Ils pourraient passer quelques jours au Manoir, ainsi que Monsieur Londubat. Quand penses-tu Eid ?

— Oui ce serait super, approuva le jeune homme avec un grand sourire.

Que Severus accepte de remplir son manoir de gryffondors était vraiment un cadeau de Noël supplémentaire et le plus jeune en était ravi.

L'après-midi fut joyeuse, Elie poussa Hermione vers son ancienne tutrice, qui accueillit ses questions et sa soif d'apprendre avec bienveillance. La petite blonde savait que la née moldu c'était passionné au sujet des elfes et des métis depuis l'héritage d'Eiden et qu'elle mourrait d'envie dans savoir plus. Rose était de plus une sorcière très douée, dépositaire d'un savoir exotique, peu ou pas approché au Royaume-Uni. Les deux femmes se plurent immédiatement. En femme d'éducation et de savoir, Rose savait reconnaître en la plus jeune le génie et la culture, ainsi que l'envie de changer les choses. Elle prit grand plaisir à s'entretenir avec elle, certaine qu'elle deviendrait une femme tout à fait intéressante. Elle se promit de suivre son avancée et l'assura de son soutien si elle voulait étudier en France, lui proposant ses services et ses contacts. La brune en fût terriblement embarrassée, mais heureuse néanmoins. Elle n'ignorait pas que la femme pouvait lui donner de sérieux coups de main pour sa carrière future.

Elie était enchantée, elle savait que les deux femmes accrocheraient, Rose tenait le travail et le savoir en plus hautes qualités et Hermione les possédaient tous deux à un large niveau. La jeune métisse avait vu en elle cette ambition de changer les choses et de faire bouger le monde sorcier, tâche qu'elle la croyait tout à fait capable de mener. C'est pourquoi elle était contente que son ancienne tutrice ait ainsi proposé son aide à son amie.

Pour le dîner, Molly avait à nouveau préparé assez à manger pour un régiment et pourtant tout disparut, jusqu'à la dernière miette. À la fin du repas, Severus entendit son fils, la née moldu et le dernier des rouquins parler des présents que lui et Rose lui avaient offerts et combien ils leurs seraient utile pour les ''entraînements''. Mais avant qu'il puisse se pencher un peu plus sur la discussion, Elie, qui mangeait à côté de lui, l'interpella et lui fit part d'une remarque tout à fait insipide, un grand sourire aux lèvres. Pas du tout dupe du pourquoi de cette intervention, Severus se tourna complètement vers la jeune fille et demanda :

— Alors, vas-tu me dires de quoi il est question puisque tu me coupes dans mon audition ?

L'adolescente lui fit un sourire éclatant d'innocence.

— Il ne se passe rien, Père, pourquoi penses-tu cela ?

Le potionniste jaugea sa fille du regard. Par certains points, Elie était bien plus serpentard que son frère et ce bien qu'elle avait dû demander au choixpeau de l'y envoyer. Elle ne lâcherait rien, contrairement à Eiden et elle veillait discrètement à empêcher son frère de révéler leurs secrets. Le garçon avait un manque de discrétion et une impulsivité qui expliquait à eux seuls son envoi chez les rouges et or. Cela et sa témérité de tête brûlée. Contrairement à Elie qui, si elle ne manquait pas de courage, pouvait se montrer secrète et calculatrice. Nul doute qu'elle tenait ses facultés de son père, il était tout de même le seul espion de l'Ordre du phénix auprès de Voldemort.

— Je sais que tu ne me diras rien Elie, mais cela semble plus gros et plus dangereux que vos farces habituelles.

Elle sourit seulement, énigmatique et déclara :

— Si tu ne sais rien, on ne pourra rien te reprocher.

La plupart des parents auraient paniqué à cette phrase, mais Severus n'était pas comme la plupart des parents, ses enfants n'étaient pas vraiment dans la norme et ils les avaient rencontrés déjà adolescents et indépendants. Si Elie ne lui disait rien, c'est qu'elle n'avait besoin de rien. Il savait que s'il y avait un véritable problème, elle lui en ferait part sur le champ, alors il ne s'inquiétait pas outre mesure. Après tout, lui-même n'avait jamais pu prendre sa fille sur le fait. Il se détourna donc et se lança dans un débat avec Remus, son voisin de gauche.

— Ton père est bien plus coulant que ma mère, souffla George, si elle lui ressemblait, on pourrait écouler tous nos stocks en quelques jours.

Les jumeaux Weasley devaient se montrer à chaque fois plus ingénieux pour échapper à la surveillance constante de leur génitrice. Elle avait, comme un sixième sens pour débusquer leurs produits dissimulés dans les endroits les plus curieux.

— C'est l'avantage d'hériter d'un père à quinze ans, fit Elie en haussant les épaules. Et Sev est plutôt tolérant comme père, je veux dire, il nous laisse faire à peu près tout ce que l'on veut.

— Il est tellement étrange de parler de Rogue en disant tolérant, grimaça le jumeau rouquin en recommençant à manger.

— On parle du père, pas du professeur. Et je t'assure qu'il l'est, je ne connais pas beaucoup de monde qui nous laisserait agir à notre guise ainsi.

— C'est peut-être par ce qu'il sait que vous le ferez de toute façon, même s'il vous l'interdit, rit le garçon.

— C'est possible, sourit Elie en portant son verre à ses lèvres.

0o0o0

Le lendemain après-midi, Eiden dévalait les escaliers en courant, s'arrêtant dans une longue glissade devant son père qui haussa un sourcil :

— Que cherches-tu aussi frénétiquement ?

— Mon pull vert bouteille. L'aurais-tu vu ?

— Non ce n'est pas moi qui m'occupe du linge.

— Oh, d'accord.

Le jeune homme s'apprêtait à courir ailleurs, mais le potionniste le rattrapa par le poignet.

— Ce n'est pas moi qui m'occupe du linge, répéta l'homme. Mais demande à ceux qui le font. Olly ?

L'elfe apparut immédiatement à leur côté.

— Oui maître Severus ?

— Aurais-tu vu le pull vert bouteille d'Eiden.

Elle opina, disparut puis réapparut presque aussitôt, revenant avec ledit vêtement.

— Pourquoi le voulais-tu tellement d'ailleurs, je croyais que tu te fichais de ce que tu portais ? interrogea Rogue.

Eiden grimaça tout en enfilant son pull.

— C'est Hermione qui me l'a acheté, je peux bien faire un effort et le porter lorsqu'elle est là, même si je trouve qu'il est un peu trop ajusté.

Severus leva les yeux au ciel et abandonna son fils là, retournant à ses potions. Elie débarqua plus tard, les cheveux trempés et les joues rougis par le froid. Nul doute qu'elle avait passé une partie de la matinée dehors, voire l'entièreté.

— J'ai volé, fit-elle en réponse à la question silencieuse de son frère.

— Plumes ou balai ?

— Plumes. Rose dit que je ne maîtrise toujours pas le planage.

— Et qu'est ce que tu en penses toi ? interrogea le jeune homme.

— Que vu le nombre de fois où j'ai chuté comme une pierre, elle à raison, répondit tranquillement Elie.

Eiden grimaça, l'adolescente était terriblement désinvolte avec son corps et son état. Elle ne prenait jamais soin de ses blessures et semblait se ficher complètement de la douleur. Ce n'était pas sain. Il se promit d'en parler à Severus et Rose pour comprendre et l'aider, savoir si cela était une conséquence des événements de l'été ou si c'était plus vieux.

— Tu as l'air gelée, fit le jeune homme.

— Je le suis, la neige m'a trempée. Je vais prendre une douche rapide avant qu'ils n'arrivent, déclara la fille avant de disparaître dans les escaliers.

Eiden tourna un moment dans le hall, faisant les cent pas puis il se décida à attendre dehors, près du portail. Ses amis allaient bientôt arriver. Il prit sa forme de loup pour affronter le froid et détala le long de la grande allée, posant son séant juste devant les grills, à la limite de la zone de transplanage. Quelques minutes passèrent puis Bill et Hermione apparurent dans un craquement sec avant que l'aîné Weasley ne disparaisse et n'apparaisse à nouveau avec un Ron gesticulant et grommelant :

— Tu aurais pu me prévenir ! reprocha le plus jeune.

L'autre leva seulement les yeux au ciel.

— Je te signale que tu as loupé ton permis de transplanage !

— Je l'ai eu ensuite Ron !

L'autre recommença à grommeler, mais Bill salua Eiden qui avait repris forme humaine et quitta les lieux. Hermione se projeta dans les bras de son ami brun et le rouquin lui serra la main. Puis ils levèrent les yeux sur le manoir et Ron siffla :

— Wouaw ! Sacrée maison.

Eiden ne répondit pas, un peu gêné et il les guida à l'intérieur. Quand la née moldu lui demanda si Neville était arrivé, il répondit que non, sa grand-mère devait l'emmener dans une heure.

— Nous ne sommes pas raccordés au réseau de cheminette ici. Pour la protection du domaine. En faîte, seule celle du bureau de Sev et celle de la maison de Rose sont accessibles.

— Je comprends, Rogue prend très à cœur votre sécurité.

Le garçon acquiesça et poussa la grande porte d'entrée. Aussitôt Paddy apparut et prit les manteaux de Ron et Hermione. Si la brune grimaça à la vue de l'elfe de maison, elle ne dit cependant rien.

— Où est Elie ?

— Elle a été volée ce matin donc elle prend une douche maintenant, expliqua le jeune homme.

La née moldu remarqua l'éclat sombre qui avait brièvement apparu au fond de ces yeux de son ami, mais avant qu'elle ait pu prendre la parole, Elie descendit les escaliers. Ses cheveux étaient encore humides et elle avait revêtu rapidement un jean et le pull que Drago lui avait prêté. Il était trop grand pour elle et couvrait ses fesses et le haut de ses cuisses.

Elle les salua joyeusement et ils montèrent à l'étage pour installer leurs amis. Les jumeaux avaient fait préparer pour eux les deux autres chambres de leur aile et avaient descellé les portes communiquant avec le salon. La chambre de Ron était de belle taille, comprenant également une salle de bains et un immense placard à vêtement totalement superflu où on pouvait entrer à plusieurs. La pièce était une déclinaison de tons bleus doux tandis que celle d'Hermione, presque identique, se composait de lavande. Le meilleur ami d'Eiden sauta sur le large lit et s'enfonça dans le duvet.

— Cette chambre est … vraiment superbe et ce lit est génial, je ne sais pas si je pourrais me lever demain matin.

— Tu es toujours un cauchemar à réveiller de toute façon, sourit le brun. Cela ne nous changera pas beaucoup.

Ron ne prit même pas la peine de répondre, le visage enfoncé dans l'oreiller. Ils restèrent un moment dans la chambre de Ron puis furent interrompus par le carillon de l'entrée. Ils gagnèrent le hall en vitesse, mais Severus avait déjà ouvert la porte, invitant Neville et sa grand-mère à entrer. La vieille femme salua tout le monde avant de sourire à Elie et de serrer sa main :

— Comment trouves-tu l'Angleterre ma chère ?

— Plutôt agréable Augusta, répondit la blonde, même si j'ai un peu plus de mal avec l'hiver écossais.

— J'imagine, répondit Mme Londubat, le climat n'est guère celui de Beaubâtons.

Severus entraîna la vieille femme au salon, l'assurant que Rose allait bientôt rentrer et qu'elle serait enchantée de la voir. La sèche Mme Londubat le suivit et les autres montèrent à Neville ces nouveaux appartements, tout prêt de ceux des autres, et après une rapide visite du domaine, ils s'installèrent tous dans le salon à l'étage.

— Est-ce que Rogue sait pour l'AD ? demanda Ron.

— Je ne pense pas, pourquoi ? répondit Eiden tandis qu'Addy apportait pour eux des chocolats chauds et des biscuits.

— Je ne sais pas, mais il m'a semblé nous regarder avec insistance hier et j'ai l'impression qu'il nous a entendus.

— Il vous a entendu, intervint Elie après avoir remercié la petite créature, mais j'ai fait diversion avant qu'il n'en apprenne plus. Vous n'êtes pas vraiment d'une discrétion exemplaire.

Ron voulut répliquer, mais Hermione s'interposa :

— Non Ron, elle a raison, on devrait faire plus attention.

— On ne risque rien avec père, répliqua Eiden, même s'il le savait, il ne ferait rien.

L'adolescent rit puis expliqua à ces amis :

— Il dit toujours que c'est de James et Sirius que l'on tient notre caractère, qu'ils nous ont contaminés, mais c'est lui qui nous laisse faire et ne s'interpose jamais.

— Je suis certaine qu'il en sait plus qu'il ne le laisse voir, déclara pensivement la née moldu en sirotant sa boisson.

Les jumeaux acquiescèrent et le garçon souffla :

— Si on m'avait dit que Severus Rogue serait le complice passif de mes manquements au règlement, je ne l'aurai jamais cru.

— Ouai, quand on voit comment il était avec toi avant … dit Ron.

— On évite d'en parler, fit Eiden avec un rictus, il s'en veut toujours beaucoup et moi je veux simplement … tourner la page.

— C'est l'attitude la plus sage, surtout que nous ne sommes pas tout blanc dans cette affaire, approuva Hermione.

— C'est vrai qu'on la tout de même soupçonné des pires actes pendant quatre ans, ajouta le rouquin.

— On avait même cru qu'il voulait me tuer et faire revenir Voldemort, soupira le fils de Severus.

Il eut un moment de silence où chacun savoura le délicieux breuvage fumant, puis Elie sourit bizarrement :

— On n'a pas encore eu l'occasion de vous en parlez, commença-t-elle, mais on a … appris des choses sur notre famille.

— Quelles choses ? interrogea Neville qui intervenait pour la première fois.

— Qu'en réalité nous avions des cousins maternels encore en vie, répondit le brun.

— C'est vrai ? s'enthousiasma Hermione. C'est une excellente nouvelle ! Et vous allez les rencontrer ?

— On les a … déjà rencontrés, grimaça Elie en croisant les jambes, en tout cas moi je les aie déjà rencontrés et Eiden à fait la connaissance d'une avant que nous ne sachions la vérité sur tout cela.

Elle se lança dans une explication de leur généalogie et des révélations faites par Severus et Rose et finalement Neville prit la parole :

— Donc Ravena est ta cousine ? Liée à toi par le sang ? questionna le jeune homme brun. C'est …

— Incroyable oui, répliqua l'adolescente.

— Vous êtes proche ? interrogea la née moldu.

— Autant que vous trois, répondit la jeune femme. C'est comme si toi ou Ron vous vous révéliez finalement être le cousin issu de germain d'Eiden. Et même plus, car je connais Ravena depuis l'enfance, c'est ma meilleure amie.

— Oh ! D'accord ! Mais tu n'as pas fait le lien lorsque Rogue vous a révélé le nom de naissance de votre mère ?

— On ne parle guère des assassinats Hermione et encore moins aux enfants. De plus ni Morwen, ni Rose n'avaient jamais révélé le nom de leurs mères.

La brune comprit et n'insista pas, les victimes de la première guerre n'étaient pas non plus trop évoquées ici, cela restait un sujet tabou. Soudain le rire grave de Neville se fit entendre et il contempla Elie d'un air amusé :

— C'est Lys qui va rire en entendant cela, son grand-père va être vert que tu lui files entre les doigts maintenant.

— Ne perdons pas espoir, fit Eiden en contemplant tranquillement le fond de son verre, rien ne dit que je vais devoir subir Malfoy en tant que beau-frère. Dieu merci, beaucoup de choses peuvent se passer d'ici cet événement cauchemardesque qui fera de ce blond peroxydé l'époux de ma sœur.

Il évita souplement le cousin que lui envoya Elie et ne daigna même pas lui accorder un regard.

— Encore là-dessus, le gronda Hermione. Je croyais que tu avais tourné la page sur ton passé avec Drago.

— Je l'ai fait, fit toujours aussi tranquillement le garçon, mais cela met vraiment en rogne Elie et même si je trouve qu'ils vont vraiment bien ensemble j'ai toujours du mal avec l'idée de Malfoy comme frère.

Sa sœur roula des yeux, mais ne prit même pas la peine de répondre. À quoi cela servirait-il de toute façon ?

— Qui est Lys ? demanda Ron, désireux de s'éloigner du terrain dangereux qu'était Drago Malfoy et ses liens avec son ami.

— Lysandre est le petit fiancé d'Elie, fit Neville d'un air rusé, le sourire aux lèvres.

— Quoi ? Mais ne vient-on pas de parler de Drago et de votre possible future union ? fit, surpris, le rouquin.

Elie soupira et échangea un regard avec son ami brun.

— Peut-on cesser de parler de ma future union ? Je n'ai que quinze ans et même si cela me fait mal de le reconnaître, Eid à raison, il peut se passer quantité de choses d'ici là. Lys n'est pas vraiment mon promis. C'est juste la personne à qui je suis destinée si je choisis de faire un mariage de raison.

— Un mariage de raison ? s'enquit Hermione qui fronçait les sourcils à l'entente de cette pratique qu'elle jugeait rétrograde. Je croyais que les mâtinés étaient différents des sangs purs ?

— Ils sont différents Hermione, mais les unions de raison ne sont pas l'apanage des seuls sangs pur, même certains moldus le pratiquent encore, répondit Neville. Et Elie n'a pas dit qu'elle était obligée de le faire, elle a dit si …

— Notre monde n'est pas comme le vôtre, enchaîna la blonde. Les mariages sont compliqués pour nous, beaucoup de sorciers voudraient en contracter pour accroître le pouvoir de leur lignée ou nous le mettre a leur ''service''. Donc un certain nombre d'entre nous se choisissent un compagnon dans notre propre espèce ou parmi les sorciers initiés, comme Neville.

— Le cas d'Elie est un peu différent, ajouta ce dernier, le clan a su très tôt que ses pouvoirs seraient bien supérieurs à la moyenne et lorsqu'elle est entrée à l'école, Rose et Armand Provans se sont ''promis'' leurs enfants pour les protéger mutuellement.

— Donc Enor devra se marier avec ce type ? interrogea Ron qui ne comprenait visiblement pas tout.

Neville en secouant la tête.

— Non, c'est la version officielle, c'est pour dissuader les autres de leur proposer de telles alliances, en vérité, Lysandre et Elie ne sont obligés de rien.

— C'est mon meilleur ami, expliqua Elie, je l'adore, il est comme un frère pour moi. Sa famille est l'une des plus puissantes, c'est un arrangement pratique pour nous deux.

— C'est … bizarre, dit Hermione qui n'approuvait pas le procédé.

— Ce n'est pas ta culture, c'est pour cela, rit la jeune fille blonde. Mais cela ne change rien au fait que je vais choisir celui avec qui je ferai ma vie, accord factice ou pas.

— Tu ne l'as pas encore dit à Drago ? demanda Eiden.

— Il n'a rien à dire, c'est un pacte de vent.

— Je vais tellement apprécier sa tête quand il l'apprendra, ricana son frère en mordant joyeusement dans un biscuit.

Elie leva les yeux au ciel.

— Tu sais que tu peux demander la même chose si tu veux. Le clan te trouvera une mignonne fille ou un charmant garçon bien né pour faire une promesse en l'air avec toi, dit-elle, amusée cependant.

— Ça se fait aussi chez les sorciers, déclara Ron.

— Je n'en ai aucun besoin, rétorqua Eiden.

— On en reparlera quand tu recevras des dizaines de propositions de mariage, sourit Neville en se servant lui aussi.

— Je ne m'inquiète pas, déclara le fils Rogue, Sev leur montrera le fond de sa pensée.

Les jumeaux échangèrent un sourire un peu sadique à ces mots qui assurèrent, si il y avait encore des doutes, qu'ils étaient bien les dignes enfants du potionniste.

0o0o0

Le lendemain à onze heures, Elie et Neville passaient un moment à deux dans les serres du domaine. Les deux adolescents étaient heureux de se retrouver et le trio partageait les mêmes sentiments. Car bien que les jumeaux s'adoraient et étaient inséparables, l'ancienne complicité qu'ils avaient eue avec leurs amis leur manquait parfois. Elie avait donc entraîné Neville de bon matin dans la serre, certaine qu'elle lui plairait. Et en effet, ils ne l'avaient pas encore quittée de toute la matinée. Après avoir fait le tour des serres et avoir dispensé des soins aux plantes qui en avaient besoin, les deux adolescents s'occupaient à présent chacun d'un plan qui se tortillait. Ils avaient parlé de Noël et de leur début de vacances et de Poudlard.

— C'est difficile pour toi de parler de Lys ? demanda doucement Neville.

— Comment cela ? fit Elie tandis que la plante commençait à s'enrouler autour de sa main restée sur le pot.

— Eh bien je t'ai senti te tendre lorsque on l'a évoqué et tu as frotté la cicatrice de ton poignet, celle du cocatris, sourit Neville à cette histoire. Tu le fais toujours lorsque tu es mal à l'aise. Il te manque ?

— Bien sûr qu'il me manque, comme les autres, mais on correspond et c'est plus simple maintenant qu'ils sont au courant de tous.

— Quel est le problème alors ?

— Je … ne suis pas toujours à l'aise avec les gens d'ici. À Beaubâtons c'était plus simple, il y a beaucoup plus de métis et mon cercle d'amis faisait pratiquement tous parti d'un clan. Je n'avais pas peur de leur jugement, mais ici … je suis une étrangère et tout me ramène toujours à ma condition.

— Ni Ron, ni Hermione ne voulaient te juger, tenta de la rassurer Neville.

— Je le sais bien, pourtant tu as bien vu sa réaction, elle ne comprend pas, elle n'approuve pas, répondit son amie blonde.

— Hermione est née moldu, elle a déjà du mal à intégrer les usages sorciers, regarde son opinion sur les elfes de maison, alors imagine comme les mœurs de ton peuple peuvent être obscures pour elle.

Cela tira un petit sourire à Elie.

— Pour les elfes elle a parfaitement raison, comment prouver vous vous satisfaire de serviteurs si serviles, cela me dépasse.

Neville rit et ajouta de l'engrais au terreau, le mélangeant de ses doigts.

— J'avoue que les korrigans sont plus distrayants, mais les gens d'ici ne connaissent que les elfes, cela à forger leur goût.

Ils continuèrent un moment silencieusement puis Elie reprit à mi-voix :

— Eiden n'accepte toujours pas ce qu'il est. Enfin non, ce n'est pas réellement cela, en faite il vit simplement comme avant, comme si rien n'avait changé.

— Ces pouvoirs ne sont pas comme les tiens, ils sont principalement sorciers, sa nature elfe ne prend pas une aussi grande place en lui que toi.

— Je me sens seule, avoua la jeune fille. Avant j'avais Lys et Ravena qui étaient comme moi.

Elle soupira, la plante s'était enroulée presque amoureusement autour de ces doigts, comme pour la réconforter et de petites fleurs avaient éclot par magie, totalement hors saison.

— Ici je suis obligée de jouer à la sorcière, continua-t-elle. On ne respecte pas les règles des clans à la maison, on ne fait pas de magie elfique. On est juste … des sorciers. Mais moi je ne suis pas comme cela, qu'importe combien je ferai d'effort.

— Et tu ne le dois pas, répondit Neville qui s'approcha pour serrer sa main libre dans la sienne. Elie, tu ne dois pas te brider, surtout ici où tu es en sécurité, sans que personne ne puisse découvrir la vérité. Alors, laisse-toi aller, parle à Rogue si certaines coutumes te manques, si certains de nos usages ne te corresponde pas. C'est ton père Elie, il veut que cela se passe bien pour vous.

— Mon père est sorcier Neville, mon frère se conduit comme tel et presque tous mes amis le sont également. Je sors avec un sorcier Nev !

Le brun sourit à nouveau.

— Je crois que tu te crées des problèmes là où il n'en a pas. Aucun d'eux ne s'attend à ce que tu te comportes en parfaite petite sang pur. Tu peux lâcher, être toi Elie, tu es la seule qui t'en empêche, personne ne va te rejeter pour cela. Ils sont tous tes proches et tes amis, ils méritent que tu leur fasses un peu confiance. Tu ne penses pas ?

— Peut-être, souffla la fille.

— Arrête d'avoir peur Elie, il n'y a vraiment pas de quoi.

Ce fut à son tour de sourire et elle le fit, ses yeux brillants à nouveau.

— Bon, est si tu me montrais tes tout nouveaux talents pour les plantes ?

Ils passèrent ensuite un moment à expérimenter leur magie, utilisant même de jeunes plants de bonzaï sorciers pour les sculpter grâce à leurs dons. La magie qu'utilisait Neville était ancienne et élémentale. Elle puisait sa source de la terre et pouvait agir sur les plantes. Il l'utilisait pour soigner la flore, l'aider à grandir et à se développer. Sous sa main, le petit arbuste poussa lentement et se tordit pour prendre la forme que le jeune homme souhaitait. Celle d'Elie lui venait de sa nature et elle permettait, à moindre échelle, d'agir également sur les plantes. Elle avait elle choisit un spécimen spécial de cerisier auquel elle fit prendre une forme tourmentée, comme battu par les vents, que les moldus adeptes de cet art appelait Fukinagashi. Puis d'un geste doux, elle fit naître un souffle qui balaya les ramures, les couvrant de fleurs d'un blanc immaculé.

— Tu vois que c'est bien lorsque tu utilises tes pouvoirs, fit gentiment Neville en rempotant un autre spécimen.

Elle hocha la tête puis se figea. Un courant d'air leur parvenait, tenu, mais réel et un parfum étranger leur parvint, alors qu'un jeune homme blond pâle apparaissait au bout de la serre.

— Que fais-tu ici ? s'étonna Elie.

Drago sourit et s'approcha, passant précautionneusement entre les longues rangées couvertes de plantes.

— Blaise et moi ont s'ennuyaient alors Sev nous a invités à passer.

— Père vous a invité, il est bien magnanime en ce moment. Passé ses précieux congés entourés d'adolescents.

— C'est pour ne pas que vous vous ennuyiez, suggéra Neville.

Drago opina, il ignorait les raisons de son parrain, mais il n'en avait cure. Il expliqua :

— On m'a chargé de venir vous chercher, le repas va être servi.

— Je pars devant, dit le brun en déposant avec précaution son pot et disparaissant rapidement, laissant les deux autres seuls.

Drago se rapprocha encore et Elie se blottit contre lui.

— Quelque chose ne va pas ? s'enquit le blond, un peu inquiet.

— Non, rien du tout, je suis juste contente que tu sois là.

Le jeune homme sourit et la serra contre sa poitrine.

— Moi aussi. Ton père nous a proposé de rester quelques jours. Les ''collègues'' de mon père sont au Manoir.

— Oh ! Cela vaut mieux que tu restes ici alors.

— C'est ce que ma mère et lui ont pensé. J'aurai pu aller chez Blaise bien sûr, mais je préfère être ici.

Sur ses mots il embrassa sa petite amie avec douceur, lui prouvant ses allégations, elle répondit aussitôt, glissant sa langue rose dans sa bouche, caressant la sienne. Le baiser s'éternisa un peu, les mains de chacun voyageant un peu sur le haut de leur corps, puis Elie, qui s'était retrouvée appuyée sur le plan de travail, poussa légèrement le garçon.

— Attends, murmura-t-elle.

Elle se retourna pour remettre les pots à leur place et éviter qu'ils ne soient projetés à terre par accident.

— C'est Londubat et toi qui avez fait cela ? interrogea son compagnon.

— Oui, on faisait quelques tests.

— C'est très réussi et vraiment très beau.

— Merci, souffla-t-elle en reprenant ses lèvres.

Il passa une main autour de ses épaules pour la rapprocher encore et elle mordit tendrement sa lèvre inférieure ce qui électrisa immédiatement Drago qui passa une main sous ses fesses pour la soulever et l'asseoir sur la longue table. Immédiatement, Elie enroula ses jambes autour de la taille de son homme et se colla un peu plus à lui, ce qui les fit haleter tous les deux. Ne voulant pas être en reste, le jeune homme passa une main douce juste au-dessus de son jean, sous son pull, dans le bas de son dos. Mais il n'alla pas plus loin, conscient qu'elle se tendrait immédiatement. La première fois où il l'avait fait, elle l'avait gentiment, mais fermement repousser. Il lui fallut un moment pour comprendre qu'elle ne voulait pas qu'il touche ses cicatrices ou qu'il voit l'étendue de celles-ci. Il respectait cela et la laissait faire à sa guise, ne cherchant pas à aller plus loin qu'elle ne le voulait. Mais ils avançaient, doucement, mais sûrement, et Elie se découvrait chaque jour un peu plus, même si le dos restait une zone proscrite. Sa main gauche voyagea, se logeant sur son flanc et il effleura du pouce une fine cicatrice le long de l'os de la hanche, encore un peu trop visible. Mais la blonde ne protesta pas et en réponse elle passa ses mains sous ses vêtements, elle aussi, pour flatter les abdominaux du garçon qui se contractèrent de plaisir à son passage. Ils passèrent un moment ainsi, à s'embrasser doucement puis la réalité sembla les rattraper et ils se séparèrent, cherchant leur souffle. Drago colla son front à celui d'Elie et sourit doucement en effleurant sa joue. Les autres allaient les attendre, mais il s'en fichait, il aurait voulu rester éternellement ainsi, contre Elie dans cet endroit empli de plantes aux odeurs merveilleuses.

— Père à eu une excellente idée, sourit Elie.

— Je suis d'accord, répondit l'autre en embrassant sa tempe, repoussant quelques mèches rebelles.

Elle essuya tendrement un peu de terre qui s'était collé à la pommette du garçon lors de leur baiser, puis laissa tomber sa tête dans le creux de son épaule.

— Comment c'est passé ton Noël ? souffla-t-elle contre la peau fine de Drago, ce qui le fit frissonner.

— Bien, la famille de Blaise est toujours super avec moi. On a fêté cela et le lendemain j'ai pu passer un peu de temps avec ma mère là-bas. Sans lui.

Lui. Lucius Malfoy. Autant Drago adorait sa mère, autant il détestait son géniteur. Et plus le temps passait, plus c'était le cas. Petit, il avait tout fait pour être à la hauteur, attirer son regard et qu'il soit fier de lui, mais l'homme ne lui prêtait aucune intention, ordonnant seulement ce dont il avait besoin. Les moments partagés avec sa mère, surtout loin de lui, étaient des moments précieux au jeune homme, bien qu'ils soient rares.

— Et toi ?

— On est restés ici, avec Père et Rose, c'était tranquille, mais nécessaire. Cela nous à tous fait du bien, je crois.

Elie ne pouvait évidemment pas lui dire qu'ils avaient été au Square le vingt-cinq, les jumeaux n'avaient aucune raison de passer Noël avec les Weasley. Alors elle dit ce qu'elle pouvait sans trahir leur secret.

— J'imagine, répondit Drago. Tu n'es pas retournée en France ?

— Non, c'est compliqué.

— À cause de ce qui s'est passé cet été ? demanda le garçon.

La jeune femme se raidit. Elle savait parfaitement que Drago ne faisait pas allusion à son héritage, mais bien à sa séquestration dont il avait deviné les grandes lignes.

— Elie, murmura le blond à son oreille, caressant son dos d'une main apaisante par-dessus ses vêtements. Je le sais … tu n'as pas à me le cacher. Parle-moi s'il te plaît …

Elle savait bien qu'il savait. Eiden lui avait avoué avoir répondu à ses questions ce soir-là, dans la salle commune, il se doutait de toute façon de ce qu'il en était et sa sœur ne lui en avait pas voulu. Elle allait une nouvelle fois se refermer. Drago soupira intérieurement, sa compagne était une véritable tombe, elle ne laissait rien sortir, rien à découvert, elle se contrôlait en permanence. Un peu comme lui, en vérité.

— Elie … s'il te plaît …

Elle céda. Tout en Drago, de son odeur à son attitude la poussait à la rassurer et lui faire lâcher prise.

— Oui c'est par rapport à ce qui s'est passé cet été. On ne sait pas si l'homme qui m'a enlevé me cherche encore. Donc on évite la France.

L'adolescent resserra son étreinte, juste ce qu'il fallait, heureux et soulagé qu'elle se soit enfin, un peu, confiée.

— J'ai reçu ton cadeau, fit-il avec un sourire pour détendre l'atmosphère. Mais je voulais te donner le mien en main propre.

Il sortit de la poche de son manteau un petit paquet violet entouré de ruban qu'Elie ouvrit immédiatement. Le serpentard lui avait offert un bracelet, orné de nénuphars, d'une facture assez ancienne, élégant et simple, tout à fait dans le style d'Elie.

— J'ai appris pour ton prénom, expliqua-t-il, petit nénuphar, c'est adorable.

— C'est en celtique, comment l'a-tu sus.

— C'est Helena qui m'en a parlé. Cela te va à ravir je trouve.

Elle sourit et le laissa passer l'objet à son poignet.

— C'est un ouvrage elfique, comment te l'es-tu procuré ? interrogea la jeune fille, curieuse, mais touchée par cette attention.

— Les Malfoy ont des contacts, fit-il mystérieusement avant qu'Elienor ne l'embrasse en riant.

— Merci, dit-elle contre ses lèvres.

— C'est un plaisir.

Ils s'embrassèrent encore un moment puis il la fit descendre de la table et ils sortirent de la serre, Elie frissonnant sous le brusque froid. Drago la rapprocha de lui et ouvrit son manteau pour elle.

— Comment tu t'appelais avant ? demanda-t-il soudain.

Elle tourna la tête vers lui, surprise par la question, indécise quant à la réponse. Même si elle savait que Drago ne la trahirait pas, elle se méfiait toujours.

— Anna, souffla-t-elle finalement.

— C'est joli, cela t'allait bien aussi, mais je préfère Elienor.

Quand ils entrèrent dans la salle à manger, après que les elfes les aient débarrassés de leurs affaires, tout le monde était déjà attablé et à l'œuvre.

— Je leur ai dit de ne pas vous attendre, expliqua Neville qui s'était douté qu'ils allaient prendre du temps.

— Tu as très bien fait, répondit la jeune femme en faisant le tour de la table pour saluer Blaise à la française, en lui embrassant la joue.

Le jeune lui rendit la pareille, pas gêné, sa mère avait des origines italiennes et françaises, elle agissait également ainsi, il en avait l'habitude et Elie et lui étaient proches.

Les deux nouveaux venus se servirent et le repas se déroula dans les rires. Severus et Rose avaient prévenu les jumeaux qu'ils ne seraient pas rentrés pour le déjeuner, alors ils n'étaient qu'entre eux. Après le dessert, une délicieuse tarte aux myrtilles, les adolescents restèrent attablés pour un thé et l'échange des dernières nouvelles. Le carillon sonna et Eiden se leva pour aller voir, enjoignant les elfes à vaquer à leur occupation. Cela devait être Severus et Rose, c'était étrange qu'ils sonnent, mais comme personne ne pouvait atteindre le Manoir sauf eux …

Mais devant la porte ne se tenait pas son père et la tutrice, mais des personnes qu'il n'avait connues que dans sa tête.

— Vous êtes là pour Elie, souffla-t-il.

La jeune femme la plus proche sourit et hocha la tête.

— Venez, fit le garçon en les invitant à entrer.