N.D.A :

On se retrouve ce soir pour la suite ! Merci une fois de plus à tout les lecteurs, furtifs ou non !

mamy 83 : Merci des compliments, j'espère que l'histoire continuera à te plaire !

Adenoide : Je suis tout à fait pour faire disparaitre Ombrage de la surface de la terre, mais j'ai malheureusement encore besoin d'elle. Je suis d'accord que les professeurs et Dumbledore ne font pas grand chose, mais dans le canon non plus ils ne font rien ! Pour la marque de Severus, j'avoue ne pas avoir décidé quoi que ce soit à ce sujet. Je vais considérer l'idée de la faire suprimer, mais ce ne sera de toute façon pas pour tout de suite.

Guest : C'est toujours un plaisir de lire de nouveaux commentaires et de voir de nouvelles personnes ! Pour le rythme des publications, c'est une fois toutes les deux semaines, je ne peux pas boucler des chapitres aussi longs en seulement 7 jours en ce moment. Merci d'avoir prit le temps de commenter, à bientôt.

Bonne lecture !


Chapitre 11 : Ancolie

Il fallut deux jours à Blaise pour être complètement débarrassé des traces d'ancolie dans son organisme, mais comme il l'avait pensé, cela ne changeait rien au fait qu'il ne pouvait approcher ni Eiden ni Elie qui eux étaient encore infectés. Et même si les autres faisaient ce qu'ils pouvaient pour le réconforter, il se sentait terriblement seul et le fait de ne même pas pouvoir toucher Eiden le mettait vraiment très en colère. Le mardi matin, lorsqu'il fut enfin autorisé à sortir de l'infirmerie, les jumeaux étaient tous les deux endormis. Elie était très fatiguée par l'infection qu'elle combattait et par l'état d'Eiden qu'elle recevait de plein fouet, mais en dehors de cela et de ces crises de toux, elle allait plutôt bien, quoique toujours sans énergie. Ayant mangé à l'infirmerie, Blaise rejoignit ses amis directement au cours de potion. Il était un peu en retard, mais Severus ne lui en tiendrait pas rigueur, il savait après tout exactement pourquoi il l'était. Et en effet …

— Monsieur Zabini, veillez rejoindre votre place.

Sans s'offusquer du ton glacial de son directeur de maison, le basané se laissa tomber sur la chaise vide à côté de Drago.

— Je croyais que Pomfresh ne devait te laisser sortir que ce soir, fit le blond.

— Je devais déjà sortir il y a deux jours, Dray, soupira Blaise.

— Sekhmet t'avait dit que Pomfesh te garderait. Comment vont-ils ?

— Ils dormaient tous les deux quand je suis parti.

— Oh ... est-ce qu'Eid c'est ...

— Non l'interrompit Blaise, il ne ce n'est pas réveillé.

Et rien n'indiquait qu'il allait le faire. Sekhmet était répartie depuis la veille, prise par ses obligations auprès de son clan, mais Rose était restée et c'était désormais elle l'interlocutrice de Madame Pomfresh. Elle avait même convaincu Severus d'assurer ses cours, lui promettant de le prévenir à la moindre évolution. Puis l'infirmière avait flanqué tout le monde dehors et interdit les visites, ce qui n'était pas pour plaire aux trois serpentards sans nouvelles de leurs amis. Blaise vit d'ailleurs Pansy le scruter d'un air inquiet, de sa place à côté de Théo qui adressa un sourire à son ami rétabli. Blaise soupira de l'attitude de la brune est articula un « je vais bien maman » un peu sarcastique qui fit sourire les deux autres garçons. Pansy, elle, se contenta de lever les yeux au ciel et de maugréer dans sa barbe contre les amis ingrats.

La potion du jour n'était heureusement pas particulièrement difficile à réaliser, car ni Blaise ni Drago n'étaient très concentrés, chacun songeant à son compagnon alité.

Le cours de potion passa affreusement lentement, même pour les serpentards qui l'adoraient. Severus était d'une humeur massacrante et reprenait sèchement quiconque avait le malheur de faire quelque chose qui lui déplaisait. Gryffondor perdit d'ailleurs de nombreux points durant ce cours, mais cela n'affecta guère ses élèves qui s'inquiétaient pour leurs amis. Ombrage avait été réveillée le dimanche matin et soumise à une potion d'oubli et de confusion. Elle croyait à présent fermement, comme toute l'école, que Pansy l'avait trouvée évanouie dans son bureau lorsqu'elle était venue la prévenir qu'Eiden ne pourrait faire sa retenue, étant alité. L'infirmière l'avait ensuite convaincue que ce n'était que du surmenage. Hermione, Neville et les Weasley leur étaient également tombés dessus au dîner de dimanche, exigeant des explications quand à leur disparition et à la non-réapparition des jumeaux et de Blaise. Les trois autres leur avaient expliqué toute l'histoire et ils en étaient tout aussi furieux qu'eux. Personne n'arrivait à croire qu'Ombrage s'en sorte ainsi, après avoir failli tuer Eiden. Mais les adolescents n'avaient pas voix au chapitre alors ...

À la fin du cours, Ron, Hermione et Neville traînaient dans la salle pour avoir des nouvelles, mais rien n'avait changé et chacun prit la route de ces cours respectifs : les gryffondors en métamorphose avec les poufsouffles et les serpentards avec les serdaigles. Assar et Pavaan, ne manquèrent d'ailleurs pas non plus de s'installer près d'eux pour connaître eux aussi l'état des enfants Rogue. C'était Pansy qui les avait prévenus, arguant à un Drago bougon qu'ils étaient aussi leurs amis et méritaient par conséquent de savoir ce qui se passait, quelle que soit la jalousie que le blond éprouvait pour eux. Le fils Malfoy avait protesté, outragé et s'en était allé le nez en l'air, niant de tels sentiments. Personne ne l'avait contredit : il était d'une telle mauvaise foi ...

— C'est étonnant qu'Elie se soit contenue ainsi, fit Pavaan, voisin de Théodore.

— Contenue, rigola l'autre en lançant un aguamenti sur le petit brasero enchanté. Tu n'as pas vu dans quel état on a conduit le vieux crapaud à l'infirmerie !

— Elle aurait pu faire bien pire dans une telle situation, elle a remarquablement bien dominé ces instincts, rétorqua le métamorphe. Elle aurait pu tous vous attaquer et vous tuer ! Et au vu de sa taille, ça n'aurait pas été particulièrement difficile.

— C'est pour cela que tu m'as retenu ? interrogea le fils Malfoy qui en voulait toujours un peu à Blaise pour cela.

— Rien ne dit qu'elle t'aurait reconnue, répondit vivement le jeune basané. Elle aurait pu te massacrer !

— Elle n'aurait jamais fait cela ! protesta le blond.

— Bien sûr que si, dit Assar calmement, dans une telle situation, la plupart d'entre nous ne se contrôle plus. Lorsqu'un métamorphe a très peur ou est très en colère, son humanité peut disparaître complètement au profit de l'animal. Vous avez eu de la chance qu'elle ait gardé ces esprits et qu'elle n'ait considéré aucun de vous comme une menace.

— À vrai dire, intervint Blaise, elle ne s'est réellement montrée violente que lorsqu'Ombrage a attaqué Severus, avant cela elle se contentait d'être suffisamment menaçante pour que nous ne nous approchions pas d'Eiden.

Pavaan acquiesça.

— Il est sa priorité, c'est normal.

Après le dîner, les quatre serpentards voulurent faire une tour à l'infirmerie. Ils y trouvèrent Elie réveillée, assise en tailleur sur son lit, la plus proche possible de son frère toujours inconscient. Blaise vint d'ailleurs à lui, aussi près qu'il lui était autorisé alors que Drago entraînait Elie dans un baiser si amoureux et passionné qu'il fit grimacer ses camarades.

— Tu m'as manqué, souffla le blond, le front collé contre le sien.

— C'est ce que j'ai cru comprendre, sourit la jeune femme en caressant sa nuque. Tu m'as manqué aussi.

Ils se séparèrent après quelques instants et Elie adressa un pauvre sourire à Blaise qui s'était assis au bout de son lit. C'était un déchirement pour les deux de ne pas se toucher, ayant tout les deux des habitudes tactiles, mais ils n'avaient guère le choix.

— Comment vas-tu Blaise ? demanda-t-elle très doucement.

— Ça va ma petite louve, ça va.

Elie ne répondit pas, mais elle tendit un peu sa main, comme pour prendre celle de Blaise, bien trop éloigné pour que ce soit possible. Elle savait que cela n'allait pas. Elle voyait bien qu'il était fatigué et que ces traits étaient tirés, mais elle ne dit rien, à quoi cela servirait-il ? Les autres faisaient leur possible pour l'épauler, mais elle n'ignorait pas comment cela était difficile de voir son compagnon dans cet état. C'était presque une douleur physique, un manque qui ne se remplirait que lorsqu'Eiden se déciderait à se réveiller. Et le fait qu'elle ne puisse pas l'aider plus que cela la déprimait. Elle aurait pu combler une infime partie du trou béant qu'était le cœur de Blaise en ce moment, mais même cela lui avait été refusé. Qu'elle détestait Ombrage de tout son être ! Elle aurait voulu lui avoir déchiqueté la poitrine d'un coup de griffes à présent, cela aurait fortement empiré la situation, mais au moins ça aurait réglé le cas Ombrage.

Les serpentards restent une petite heure avant que l'infirmière ne les jette dehors, c'est bientôt l'heure du couvre-feu et ils ne doivent pas être prit en hors de leur salle commune. Avant qu'ils ne partent, Elie attrapa le bras de Pansy et lui murmura :

— Prenez-soin de Blaise.

— Ne t'inquiète pas, El, on le fera, lui assura-t-elle.

— Il lui faut du soutien physique et des contacts. Les mâtinés sont très poche de leur compagnon, c'est difficile pour lui.

La brune opina et déposa un léger baisé sur sa joue avant de quitter l'endroit avec les autres. La blonde se tortilla un moment et s'endormit sans même s'en rendre compte.

Le lendemain, une caresse sur ses cheveux la réveilla et elle reconnut sans même ouvrir les yeux le parfum de Rose.

— Tu as raté ton père de peu, il vient de partir pour donner cours aux deuxièmes années, l'informa gentiment la femme.

— Je tâcherai d'être debout lorsqu'il passera à la pause, répondit la jeune fille en s'étirant un peu.

Les mains de l'adulte passèrent dans son dos et sur son épaule pour l'aider à se redresser et elle examina à l'aide de quelques sorts l'état de ses poumons. Puis elle lui fit prendre ses potions et coiffait à présent ses cheveux tendrement.

— Tu n'es pas obligée de faire cela tu sais, je peux me coiffer seule, fit remarquer l'adolescente. Je le fais depuis des années.

Elle souriait, un peu moqueuse, mais Rose n'en fit pas grand cas, se contentant de poursuivre sa tâche.

— Tu ne devrais même pas me toucher, je suis encore contagieuse, continua la plus jeune.

— J'ai pris les antidotes et tu ne l'es presque plus. En tout cas pas suffisamment pour me faire quoique se soit.

— Et Eiden ?

La première chose qu'elle avait vérifiée en se levant était que son frère était toujours endormi, mais il l'était et rien n'avait changé.

— On fait ce que l'on peut Elie et lui aussi. Ces choses-là prennent du temps.

— J'aurais dû la massacrer, grogna la jeune fille.

Rose secoua ses beaux cheveux et termina de natter ceux de sa pupille.

— Non Enor, tu sais très bien que non. La situation n'est pas bonne, mais c'est la meilleure que l'on puisse espérer dans ce cas.

— Eiden dans le coma est une bonne situation ? grinça Elienor en lui lançant un regard peu amène.

— Non, mon ange, je n'ai pas dit cela. Mais si tu avais tué cette femme, tu aurais eu de gros problèmes et ton frère et ton père également. Je partage ta haine pour cette … chose, mais c'est mieux ainsi, même si elle le payera à un moment ou un autre.

La mine sauvage de l'adolescente ne permettait pas d'en douter un seul instant. Mais elle abandonna la partie pour prendre une douche et enfiler des vêtements confortables pour affronter cette nouvelle journée. Quand elle revint, Rose était toujours là et l'infirmière administrait les soins matinaux de son frère.

— Tu n'auras pas de problème avec le Ministère de rester ici ? demanda Elienor à son ancienne tutrice.

— J'ai pris un congé. Avec ta disparition, personne ne m'a posé de question. Je peux rester ici jusqu'à ce qu'Eiden aille mieux. Ne t'en fais pas.

Elle acquiesça et découvrit une nouvelle pile de livres sur son chevet, certains en anglais, d'autres en français ou en celtique.

— Je sais que tu t'ennuies ici et que je ne suis pas assez disponible, alors je t'ai ramené quelques petites choses.

Il y avait des traités de potions et d'alchimie, un livre sur les légendes anglaises et quelques autres.

— Merci. Mais tu n'as rien à te reprocher, je sais que tu as à faire et que même si tu as pris des congés, tu continues de travailler sur les affaires urgentes.

Rose passa une main douce sur sa joue.

— Tu me connais trop bien, fit-elle en souriant.

— D'ailleurs où en es-tu avec cette nouvelle loi ?

Son ancienne tutrice travaillait au Ministère Français de la Magie, au Département de liaison et de protection des créatures magiques. Elle s'occupait de faire le lien entre celles-ci et les sorciers et de trouver des compromis pour chacun vive en bon entendement. En tant que métisse et sang pur elle avait de nombreux contacts et une certaine autorité des deux côtés. Elle y était entrée après l'institut, désireuse de changer les choses, mais son fiancé était mort et elle avait redoublé d'énergie, se noyant dans le travail jusqu'à l'arrivée d'Elie. Nommée rapidement à la tête du département elle n'avait eu de cesse de prôner le dialogue et la paix entre les deux mondes, de se battre contre le racisme et les braconniers, encore trop nombreux. Bien que mère attentionnée et présente, elle travaillait avec acharnement, ramenant toujours ses dossiers à la maison pour profiter une peu de sa pupille, même si c'était seulement pour la voir jouer en silence à côté d'elle.

— Ça se passe plutôt bien, avec le soutien d'Armand je ne doute pas qu'elle ne soit adoptée bientôt.

— C'est une bonne nouvelle.

— Oui en effet, répondit Rose.

Mais Elie voyait bien que son sourire n'était pas aussi habité qu'à l'accoutumée. Pire les yeux de Rose semblaient un peu voilés et elle était tendue, comme si elle lui cachait quelque chose. Pas dupe, la jeune fille retint sa mère adoptive par le bras.

— Qu'est-il arrivé que tu essayes de me cacher ?

L'adulte soutint son regard un instant sans rien laisser paraître puis répondit avec prudence et douceur :

— Les Van Ernz ont été attaqués. Vendredi dans la soirée.

C'était donc pour cela que la femme disparaissait souvent et qu'elle ne faisait que passer à l'infirmerie. Le cœur d'Elie se serra dans sa poitrine alors que Rose continuait.

— Une dizaine d'hommes les ont pris par surprise dans leur maison du Nyhavn. Ils ont juste eu le temps de mettre Margarethe en sécurité et … Oh je suis désolée Elie …

— Aksel n'a rien, n'est-ce pas ? Il était à l'école, il n'était pas là-bas … n'est-ce pas ? Et Margarethe ?

Le ton de la jeune femme était suppliant, Aksel était un très bon ami et elle refusait de croire qu'il lui soit arrivé quelque chose.

— Non, Aksel va bien, enfin aussi bien que quelqu'un dans sa situation et Margarethe aussi. Elle est chez le clan de l'Øresund. Il s'occupe d'elle jusqu'à ce que leur tante revienne d'Asie.

Rose caressait gentiment la tête de son ancienne pupille.

— C'était des mangemorts, El, cela a déjà commencé. Il faudra être particulièrement prudent maintenant.

Il fallut encore deux jours à Elie pour être complètement guérie et encore quatre à Eiden pour se débarrasser totalement de l'ancolie, mais il ne se réveillait toujours pas. Cela faisait une semaine et demie à présent qu'il était dans le coma et son père et sa sœur commençait très sérieusement à s'en faire. Le jeune homme ne montrait aucun signe de mieux, si ce n'est son organisme à présent nettoyé de toute substance. Sekhmet avait pensé qu'une fois son corps purgé du poison, il se réveillerait, mais ça n'avait pas été le cas.

— Sans doute a-t-il encore besoin de temps, avait-elle dit lorsqu'elle était passée à nouveau. Il ne faut pas perdre espoir.

Cependant elle savait, comme les autres que ce n'était pas vraiment bon signe et que plus le garçon restait inconscient, moins il avait de chance de se réveiller. Et malgré tout les efforts de Severus et de Rogue, Elie sombrait doucement dans l'apathie, refusant de manger et gardant le silence.

Ses amis et sa famille firent tout pour qu'elle ne glisse pas dans le désespoir, mais rien n'y fit. À vrai dire ils étaient complètement démunis, car à part le réveil d'Eiden, rien ne semblait pouvoir tirer Elie de cette mauvaise passe.

— C'est ce que je craignais depuis le début, souffla une Rose exténuée, aux cernes violacés à un Severus guère en meilleur état. Ils sont liés tous deux, et tout ceci est trop récent pour qu'elle le surmonte.

— Il se bat encore, répondit doucement le potionniste, tentant de se rassurer lui-même.

Ce soir-là, les amis des jumeaux étaient encore là, Blaise et Drago tentaient une fois de plus de faire réagir Elie.

— El, s'il te plaît, faisait d'une voix implorante le blond qui la serrait contre lui.

— Eiden serait très triste de te voir dans cet état, renchérit le basané.

La jeune femme lui envoya un regard étonnamment brûlant pour quelqu'un de si apathique quelques secondes auparavant et déclara très bas :

— Eiden est en train de mourir, ma tête est le cadet de ces soucis.

Elle ne parla plus du tout après cette intervention qui avait glacé ses amis. Elle se retira lentement en elle-même, faiblissant également chaque jour un peu plus. Le mal d'Eiden finissait par l'atteindre par le lien : ils étaient séparés depuis bien trop longtemps. Ni les visites des serpentards, ni celle des gryffondors ou des frères Menes ne purent améliorer son état et il devint rapidement préoccupant. La jeune femme ne faisait à présent presque plus que dormir elle aussi, semblant aussi mal qu'Eiden.

Au matin du douzième jour, Rose et le potionniste la trouvèrent même lovée au pied du lit de son frère, refusant totalement de bouger. Severus tenta bien de la secouer, mais elle protesta, les ongles mué en griffe et se renferma encore plus sur elle-même, dissimulant entièrement son visage.

—Elie mon ange, tu dois manger un peu …

La jeune fille ne réagit même pas. La mort dans l'âme, Severus dégagea son visage et porta une fiole à ses lèvres. Maintenant sa tête d'une main ferme sur la nuque, le potionniste versa le liquide dans sa gorge, la massant un peu pour l'encourager à déglutir. Elie protesta mollement puis finit par abandonner. La reddition de sa fille brûla les entrailles du professeur qui n'y voyait qu'un signe de plus qu'elle avait totalement cessé de se battre. Lui-même devait bien avouer qu'il ne savait plus quoi faire, l'organisme d'Eiden avait éliminé le poison depuis plusieurs jours pourtant il ne se réveillait toujours pas, pire il montrait des signes de dégradation de son état. Personne ne savait quoi faire et lui-même était au plus bas. Rose tentait bien de lui remonter le moral et de lui faire garder espoir, mais même l'état d'Elie était critique à présent. Bien sûr, Severus savait qu'il fallait s'y attendre, les jumeaux avaient un tel lien, si jeune encore, qu'il était certain que leurs corps agissaient en miroir. Sekhmet s'était d'ailleurs demandé s'il n'aurait pas été plus prudent d'éloigner Elienor d'Eiden pour ne pas qu'il l'entraîne plus bas encore, mais il n'y avait que très peu de chance que cela fonctionne et la jeune fille, même extrêmement faible, ne les aurait pas laissé faire.

— Severus ?

Le potionniste encore penché sur le lit se redressa pour faire aux nouveaux visiteurs. Remus et Sirius se tenaient prêts à la porte de l'infirmerie, visiblement très inquiets. Ils étaient tous les deux venus une semaine auparavant alors qu'Elie était encore éveillée. Ils s'approchèrent rapidement, leurs deux visages devenant très pâles à la vision des enfants allongés. La fille c'était de nouveau blotti sur elle-même, mais on voyait clairement qu'elle avait encore perdu du poids et que son teint était maladif. Le garçon, lui, ne cachait rien de sa face crayeuse et de ces gigantesques cernes. Sa peau avait pris une couleur étrange, un peu grisâtre. Aux yeux des adultes ils semblaient déjà morts. L'animagus passa même une main peu assurée sur la joue d'Eiden pour se rassurer de sa chaleur, mais la trouva d'une froideur inquiétante.

— Est-ce qu'il …

— Il ne s'est pas réveillé et son état ne fait qu'empirer, répondit Severus d'une voix sans âme, se laissant tomber sur une des chaises.

— Et il entraîne Elie … souffla le loup en dégageant une des mèches dorées de sous son petit corps.

— Il n'y a rien à faire, même si on les sépare, leurs corps continueront d'agir en miroir. On a d'abord cru qu'elle pourrait l'aider, mais …

— Mais ça n'a pas été le cas, termina le loup-garou pour le professeur.

— Il … Pomfresh peut bien faire quelque chose, plaida Sirius qui n'avait pas lâché la main d'Eiden.

— Poppy n'a pas vraiment les compétences pour agir dans cette situation présente. Elle n'est pas formée à soigner des enfants mâtinés, pas pour des cas aussi graves et Sekhmet elle-même avoue qu'elle sait plus quoi faire …

— Alors tu vas simplement les laisser mourir ! protesta véhément Sirius à l'adresse du potionniste qui blanchit encore plus.

Sirius ne pouvait envisager de perdre Eiden, ni Elie qu'il connaissait encore si peu. C'était ses derniers liens avec Lily, avec James, il ne pouvait concevoir un monde sans eux et il était vraiment hors de lui que Severus ait baissé les bras si facilement. Son regard tomba une nouvelle fois sur les cernes violacés de son filleul. Il ne pouvait croire que le potionniste avait laissé son état se dégrader autant.

— Sirius ! le repris Remus. Comment peux-tu dire cela ?

L'animagus lança un regard noir à son ami, mais ne répondit pas. Le loup-garou semblait vraiment horrifié de ces paroles, mais il n'eut rien le temps d'ajouter que Severus s'était levé et avait quitté l'infirmerie. Il n'était pas en état d'affronter Black, encore moins sur ce terrain. Bien entendu qu'il ne s'était pas résigné, mais il était si facile de s'insurger pour le cabot qui venait d'arriver. Ce n'était pas lui qui avait passé des jours et des jours à regarder son fils sombrer, emportant sa sœur dans sa chute. Il passa une main dans ses cheveux sombres et se laissa glisser contre le mur du couloir, se fichant complètement de son manque de tenu ou du risque de se faire voir dans cet état. Il se sentait affreusement mal. Comment Merlin pouvait-il lui reprendre ces enfants après seulement quelques mois passés avec eux ? Pourquoi est-il si cruel ? Severus avait prié chaque secondes pour que quelqu'un l'entende et le prenne à la place des jumeaux. Ils ne pouvaient mourir, ils étaient trop jeunes, pas de cette façon. Il était tellement furieux contre Ombrage et seul le peu de vie qui courait encore en ses enfants l'empêchait de la tuer sur le champ, mais à la seconde où Eiden et Elie le quitteraient … il allait la torturer jusqu'à ce qu'elle soit anéantie pour toujours, rayée de la carte à jamais. Des larmes montèrent à ses yeux d'onyx et il baissa la tête. Qu'est-ce que cela changerait ? Cela ne ramènerait pas les jumeaux. Il avait été un mauvais père, il l'avait laissée leur faire du mal. Il n'avait pas vu ce qu'elle projetait de faire. Comme les autres il avait fermé les yeux, conscient qu'il ne pourrait rien faire contre elle et il avait laissé tout ceci arriver. Dire qu'il s'en voulait était un euphémisme, il se consumait de colère contre elle et lui-même.

Le potionniste prit sa tête entre ses mains, gémissant sourdement. Que dirait Lily si elle le voyait, incapable de protéger ses petits anges. Elle était morte pour eux et lui, en seulement quelques mois ils arrivaient à les perdre et échouaient là où elle s'était sacrifiée. Il n'était pas un bon père, ça non, sinon jamais ils ne se seraient trouvés dans une telle situation. Il voulait mourir, son cœur et son corps lui faisaient mal, sa tête menaçait d'exploser et il ne voulait plus voir l'image de son fils et de sa fille gris et immobiles, comme déjà partit. Il ne voulait plus voir Ombrage déambuler dans le château comme si c'était le sien et Black lui hurler dessus.

Une main tiède et apaisante se déposa sur son épaule et il releva légèrement la tête pour considérer son possesseur, pas vraiment surpris d'apercevoir un éclat bronze.

— Que fais-tu ici Severus ?

La voix de Rose était douce, réconfortante, quoique teintée de tristesse et de fatigue.

— Je ne pouvais plus rester …

Elle fit une grimace puis prit un air compatissant.

— J'ai entendu Sirius crier.

Il ne répondit pas, elle se laissa glisser gracieusement à ses côtés. Il était étrange de voir la métisse, toujours si élégante, se laisse choir ainsi contre les pierres comme une écolière entre deux cours. Elle avait revêtu pour une fois des vêtements chauds. Elle faisait moins d'aller-retour entre la France et l'Écosse depuis quelque temps et cela en soi ne pouvait être bon signe. Le potionniste savait bien qu'elle agissait ainsi pour ne pas manquer une brutale chute de l'état des enfants. Elle ne voulait pas risquer de les perdre sans pouvoir leur dire au revoir. Comme Elie elle avait opté pour un pull épais et doux, d'un bleu pétrole sur un pantalon de tailleur parfaitement déssiné. Elle était toujours habillée avec goût, même dans une situation si critique, héritage de son éducation noble et de son travail de haut fonctionnaire. Et comme Sekhmet et Elie, elle ne semblait pas rechigner à porter des vêtements moldu ou du moins d'inspiration moldu. Severus ne l'avait encore jamais vu porter de robe sorcière comme les anglaises et il s'était déjà demandé si c'était le cas de toutes les françaises, ou bien seulement les métisses. Il savait qu'elles au moins n'avaient pas de préjugés concernant la pureté du sang, ne faisant pas la moindre différence entre un sang pur et un né moldu, mais il ignorait si c'était le cas de tous ou simplement des trois femmes.

— Tu n'es pas responsable Severus, soupira Rose.

— Je le suis, dénia le professeur. Je l'ai laissé faire.

— Tu ne pouvais pas le savoir, ils n'avaient rien dit. Et même si tu l'avais su tu n'aurais rien pu faire, à part perdre ton emploi.

L'homme ne répondit pas, se contentant d'un grognement éloquent.

— Tu n'aurais rien pu faire, répéta doucement la rousse.

— J'aurai dû les protéger, Rose, tu le sais très bien.

— Personne ne pouvait savoir que cette horrible femme allait faire cela.

— J'aurai dû me méfier, tout le monde sait qu'elle déteste les hybrides.

— Oui, mais empoisonner un élève … personne ne pouvait même imaginer qu'elle irait jusque là …

— Elle est complètement folle, grogna le potionniste.

— De cela nous sommes certain, répondit la femme en secouant sa chevelure, mais elle est aussi la Sous-secrétaire d'État auprès du Ministre, elle a les pleins pouvoirs ici, surtout depuis ce maudit décret d'éducation.

Le silence lui répondit, que pouvait ajouter le professeur de toute façon. Il soupira fortement, glissant de quelques centimètres encore le long du mur.

— Je voudrais tant faire quelque chose de plus, souffla-t-il.

— Tu fais déjà le maximum, Severus, ainsi que nous tous.

— Ils vont mourir.

— Pour le moment, ils sont encore vivants, ne baissent pas les bras.

— Je ne veux pas le faire, protesta l'homme aux cheveux de jais, mais ils sont si mal et rien de ce que nous faisons ne fonctionne. J'ai parfois le sentiment que c'est pire. Si nous n'avions pas laissé Elie ici au moins …

— Eiden serait déjà mort sans cela, argua la française.

— À cause de cela, ils vont mourir tous les deux.

— Cela n'aurait rien changé, assura la rousse.

Elle se releva, tendant une main à Severus.

— Viens, il y a quelque chose que nous n'avons pas tenté.

L'homme la regarda d'un air suspicieux. Ils avaient tous essayé, lui, elle, Pomfresh, Sekhmet et même Dumbledore, alors il ne voyait pas bien ce qu'ils pourraient faire qu'ils n'avaient déjà fait ou envisagée. Mais il se laissa emporter par Rose cependant. Elle le tira jusqu'aux cachots et se mit à chercher frénétiquement dans la bibliothèque du potionniste, suivant de son doigt fin les titres poussiéreux. Elle murmurait en français tout en parcourant le cuir vieilli des grimoires, semblant se parler à elle-même. Comprenant qu'il n'en saurait pas plus tant que Rose restait prise de frénésie, il la laissa marmonner tout son soûl et s'affala dans un fauteuil, plus épuisé qu'il ne l'avait jamais été. Ce manège dura un moment jusqu'à ce que la française soupire fortement et qu'elle se tourne vers lui, le visage défait.

— Que cherches-tu si ardemment ? l'interrogea le professeur.

— Un vieil ouvrage de potion, j'avais espéré que tu l'avais, mais cela ne semble pas être le cas, répondit l'autre.

— Il n'est peut-être pas ici, lequel est-ce ?

Elle lui donna le titre, mais il était en celtique et Rogue ne le parlait pas. Il demanda cependant à la femme de l'écrire, peut-être cela éveillerait-il sa mémoire. Les jumeaux et lui-même avaient collecté nombre d'ouvrages dans cette langue, les plus jeunes se faisant un devoir de les traduire pour leur père, apprenant au passage quantité d'informations auquel n'auraient jamais eu accès des élèves de cinquième année normaux. La femme traça quelques runes sur un parchemin et Severus fronça les sourcils : il lui semblait avoir déjà vu ce livre, il avait déjà vu ces runes et il était presque certain d'avoir discuté d'une recette d'un baume de livèche tiré de lui avec Eiden deux semaines auparavant.

— Il doit être au dortoir d'Eid, fit-il.

— Il me le faudrait, Severus.

— Pourquoi crois-tu qu'il pourrait y avoir dedans quelque chose qui nous aiderait ? Nous avons déjà cherché partout, soupira le potionniste.

Il ne voulait pas y croire à nouveau, avoir un nouvel espoir qui s'éteindrait aussi brutalement et violemment que les autres. Il voulait vraiment tout faire pour les aider, mais il était à bout de voir qu'aucune de leurs tentatives ne fonctionnaient. À chaque fois qu'ils échouaient, c'était lui aussi qui mourrait un peu plus.

— Je suis certaine de ce que j'avance Severus, déclara doucement Rose, tout à fait consciente de l'état d'esprit de l'homme. Je pense réellement que ce livre pourrait détenir la solution.

Le professeur la considéra un instant, immobile, mais il ne pouvait abandonner ses enfants, même s'il n'y croyait plus vraiment en son cœur, il ne pouvait s'empêcher d'essayer jusqu'à ce qu'ils aient rejoint Lily, même si cela le détruisait. Alors il se leva et entraîna la femme dans le dédale des couloirs froids, jusqu'à la salle commune des serpentards. Les deux adultes passèrent le portrait sans croiser personne et débouchèrent dans la vaste salle commune où travaillaient dans le calme quelques étudiants. Ils levèrent tous la tête à leur arrivée, surpris et un peu inquiet de voir leur directeur en ses lieux. Il ne venait jamais, cela ne pouvait qu'être mauvais signe. D'une voix fatiguée, mais ferme, le potionniste les enjoignit d'aller lui chercher un ami des jumeaux et une toute petite première année revint bientôt avec une Pansy au teint pâle qui semblait exténuée elle aussi. Ses yeux étaient emplis de tristesse et de douleur, mais elle se tint bien droite devant lui, attendant qu'il ouvre la bouche pour verbaliser ce qu'elle craignait depuis des jours. Mais le professeur la rassura immédiatement :

— Ils sont toujours en vie, assura-t-il à l'adolescente qui soupira discrètement. Mais nous aurions besoin d'accéder aux affaires d'Eiden.

La jeune fille opina et les invita à la suivre dans le dortoir des cinquièmes années. À l'intérieur, il n'y avait que Blaise, Théo et Drago, les deux derniers assis sur le lit du blond, la tête penchée l'une vers l'autre, travaillant vraisemblablement sur un quelconque devoir alors que le basané était allongé sur le lit d'Eiden, les yeux dans le vague. Aucun d'eux ne semblait en grande forme, mais cela n'était guère étonnant. Drago, face à la porte, fut le premier à connaître l'identité des nouveaux venus et pâlit aussi considérablement que sa peau, déjà claire, pouvait le lui permettre. Théo se figea et Blaise ferma douloureusement les yeux, comme s'il voulait échapper à la sentence qui ne manquerait pas de leur tomber dessus.

— Il n'y a pas de changement, ils sont toujours à l'infirmerie, nous venons juste chercher quelque chose, dit rapidement Severus aux trois jeunes hommes.

Rose s'approcha de Blaise et lui parla de l'ouvrage qu'elle cherchait. Le basané, sans quitter la couche de son petit ami, lui désigna la petite commode de celui-ci, ou reposait un tas de parchemin et un vieux grimoire un peu défraîchit, couvert de runes partiellement effacées. Sans attendre, la française s'en saisit et tourna rapidement les pages, ne pouvant retenir un léger soupir alors qu'elle trouvait enfin ce qu'elle cherchait. Ces yeux brillèrent un instant d'une lueur étrange puis elle se tourna vers le directeur des serpentards, désignant le livre :

— Voilà ce qui pourrait nous aider.

L'homme s'approcha un peu, mais évidemment cela de l'avança pas à grand-chose vu qu'il ne comprenait pas le celtique, mais la foi de la femme était contagieuse. Il se méfiait un peu cependant, il était certain que Rose n'avait pas soudainement repensé à cette potion, elle devait l'avoir déjà envisagé, mais la situation n'était pas encore assez désespérée alors pour y avoir recours. Il garda le silence, conscient que ce n'était guère le lieu de débattre de cela. Blaise le fit pour lui cependant :

Senon gedia anation[1] ?! murmura-t-il en apercevant brièvement l'intitulé du chapitre. Vous ne pouvez pas sérieusement envisager ceci ?

Au vu de la face alarmée et effrayée du jeune métis, Severus comprit que c'était plus risqué encore que se qu'il avait cru.

— Vous ne pouvez pas faire cela, continua le garçon, c'est extrêmement dangereux.

— Et totalement illégal, répondit la rousse calmement, mais la situation est désespérée Blaise. Si nous ne faisons rien, Eiden et Elie ne passeront probablement pas la nuit.

Le teint sombre du jeune homme prit une teinte étrangement pâle et il vacilla un peu. Pansy accourut immédiatement, passant un bras mince autour de ces épaules pour le soutenir. Ces yeux à elle brillaient de larmes contenues et le cœur de Severus se déchira un peu plus de constater la peine immense des amis de ses enfants. Cela rendait les choses encore plus réelles si cela était possible. Personne ne l'avait en effet énoncé à voix haute, mais c'est pour cela que Dumbledore avait fait venir le loup et le chien, pour les derniers moments des jumeaux. Severus avait refusé de le croire, mais entendre Rose l'admettre brisait l'écran de fumée qu'il tenait devant ses yeux.

— S'il y a la moindre chance que cela marche, intervint la voix cristalline de Drago, il faut la tenter.

Les deux autres hochèrent la tête, d'accord avec lui, mais Blaise fixait toujours Rose avec horreur. Eux seuls semblaient savoir de quoi il était question. Le potionniste en eut assez et pria la rousse de leur expliquer.

— C'est un très ancien rituel, qui fait appel aux pouvoirs enfouis d'un métis pour les éveiller. C'est une procédure très dangereuse, interdite depuis plusieurs centaines d'années et tabou dans notre société. Je crois d'ailleurs qu'il n'y a que cet ouvrage qui en face mention et encore, de façon assez vague et générale.

— Tu pourrais le faire ? s'enquit le professeur.

— Je pourrais, avec un peu d'aide …

— Alors, fais-le, répliqua un peu durement Severus, ce dont son interlocutrice ne s'offusqua pas.

La femme acquiesça et referma délicatement le livre pour l'emporter et les deux adultes quittèrent le dortoir non sans avoir assuré aux plus jeunes qu'ils les tiendraient informés de la moindre avancée. Rose et Severus leur avaient demandé de rester dans les cachots, ils allaient avoir besoin de travailler vite et efficacement pour tout mettre en place et la présence des adolescents ne ferait que les retarder. Ils prirent donc leurs quartiers dans les appartements du potionniste et se mirent au travail, Rose parlant à travers la cheminée et Severus réunissant les ingrédients qu'elle lui avait listés. Finalement, un moment plus tard chacun avait finit sa tâche et leurs regards se croisèrent, chacun à un bout de la pièce.

— À quel point ce que nous allons faire est dangereux ? interrogea l'homme.

La française grimaça, les yeux plongés dans ceux, noirs comme l'abysse de l'autre.

— À un point tel que je ne l'envisage qu'en ultime recours, il y a de très grandes chances que cela les tue sur le coup.

— Mais sans cela ils vont mourir cette nuit.

— Oui.

0o0o0

Rose et Severus passèrent une grande partie de la matinée à courir en tout sens pour réunir tout ce qui serait nécessaire pour le rituel. Ils mangèrent très rapidement à la midi, plus pour tenir le choc de cette journée qui s'annonçait très, très longue, que part réelle faim. Severus avait soigneusement évité de recroiser Black, ce qui ne fut pas très difficile au vu de ses pérégrinations. Le cabot n'avait pas quitté l'infirmerie, alors que lui n'avait cessé de courir partout. Peu avant quatorze heures cependant il revint à son bureau où l'attendait déjà Rose. Il ne put dissimuler sa nervosité à la rousse qui lui fit un sourire encourageant avant de se tourner vers la cheminée qui s'enflamma brusquement d'émeraude. Un homme grand et musculeux en sortit, trapu et hâlé, vêtu d'un vêtement de toile clair et d'une chemise solide. Il dégageait une aura de charisme et d'autorité écrasante qui aurait fait ployer même le plus fier des hommes. Sortant de l'âtre avec une grâce animal, il posa immédiatement ses yeux noirs sur ceux de Severus, semblant lire au plus profond de son âme. Refusant de baisser la tête, le potionniste soutient son regard sans fléchir. Il voulut le saluer, mais avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche, la cheminée s'embrassa de nouveau pour laisser apparaître une femme aux cheveux ébène et aux yeux clairs comme un ciel d'été. Elle était plus petite que l'homme et de consistance plus frêle, mais le professeur ne s'y fia pas, sachant très bien que les métis possédaient une plus grande force que les humains de sang pur. Elle n'avait pas l'aura écrasante de l'autre, mais dégageait un certain mystère qui ne laissait pas indifférent. Il regarda l'homme tendre une main secourable à la nouvelle venue pour l'aider à sortir de l'âtre, ce qu'elle fit avec beaucoup de grâce, le sourire aux lèvres, ses yeux fixant également le professeur qui se sentit à nouveau sondé, mais avec bien plus de douceur. Le sourire de la femme s'agrandit, satisfaite apparemment de ce qu'elle découvrait et elle tendit sa main gauche à Severus, effleurant son poignet vierge avec une lueur au fond des yeux. Elle était bienveillante cependant, bien qu'un peu étrange.

— Je suis Morwen Venturi et voici mon époux, Orsu, alpha et chef de notre clan. Nous sommes enchantés de vous rencontrer enfin Monsieur Rogue.

Son anglais était parfait, comme l'était celui de sa fille Ravena et le professeur reconnut en fond les intonations caractéristiques du celtique. Il lui rendit malgré lui son sourire, bien que très faiblement. On ne pouvait vraisemblablement pas résister à cette femme, même si on s'appelait Severus Rogue.

— Nous avons beaucoup entendu parler de vous, renchérit son mari, d'une voix profonde et un peu rocailleuse.

Contrairement à sa femme, son discours était teinté d'un fort accent méditerranéen et son ton n'avait rien de doux, bien qu'il reste très calme.

— Je peux en dire autant, rétorqua Rogue, ce qui fit sourire Morwen.

L'homme eut ainsi tout le loisir d'enfin poser ses yeux sur l'une des personnes les plus importantes de l'enfance de sa fille, sa seconde mère de substitution. Il n'était pas du tout surpris qu'elle l'ait considéré comme telle : la femme semblait si maternelle et réconfortante qu'il n'avait aucun mal à l'imaginer prendre soin d'elle. Intérieurement, il lui en voulait toujours d'avoir assuré la place qui était celle de Lily, mais il était rassuré de voir qu'Elie au moins n'avait pas manqué de soutien et d'amour. Il chercha en elle des traits communs à sa défunte femme, mais n'en trouva aucun, mis à part ceux que son sang mâtiné produisait. Il savait qu'elle était la cousine de Lily, comme Rose, mais rien en elle n'en témoignait. Dans le secret de son cœur, il en fut content, Lily était Lily, elle devait rester unique.

— Rose nous a prévenus qu'il serait bon de hâter notre visite. Apparemment l'état de vos enfants s'est encore détérioré …

Le cœur du potionniste se réchauffa à l'entente des mots ''vos enfants'' et il était certain que Morwen les avait utilisés dans ce but. Il lui en fut reconnaissant de rappeler ainsi son statut. C'était idiot et anecdotique bien sûr, mais cela le rassurait. Personne ne lui prendrait ses enfants. Il hocha simplement la tête, n'ayant pas la force de répondre.

— Ils ne verront probablement pas l'aube, fit Rose. Pas si nous ne faisons rien.

Les deux invités opinèrent gravement et ils suivirent Severus à l'infirmerie tandis que Rose leur résumait les dernières nouvelles. Et bien qu'elle évitât soigneusement le sujet du rituel, le professeur savait très bien que les deux autres étaient parfaitement au courant de ses intentions mais qu'ils gardaient le silence. L'homme tenta bien de discerner un signe, un indice, n'importe quoi qui aurait pu trahir leurs pensées, mais il ne trouva rien. Pendant une seconde le visage neutre qu'abordait Elie lorsqu'elle ne voulait rien révéler flotta devant ses yeux et il le repoussa. Il ne voulait pas penser à cela, pas maintenant. Tentant de fuir ses propres réflexions il accéléra un peu le pas sans que les autres ne protestent. Ils arrivèrent bientôt à l'infirmerie où une véritable armada était présente : le cabot et le loup étaient toujours là, entourés par Dumbledore et Pomfresh. Mcgonagall et Flitwick étaient venu aussi, ainsi que Sekhmet et Monsieur et Madame Weasley, vraisemblablement prévenus par le directeur. Tous se tenaient silencieux et immobiles, sauf Molly qui sanglotait et l'égyptienne qui auscultait les enfants. Elle ne devait pas être arrivée depuis longtemps, Rogue ne l'avait pas encore croisé. Il lui adressa un signe de tête pour tout salut et tourna un regard agacé en direction de la mère Weasley qui continuait de pleurer.

Comme Severus ne semblait pas disposé à le faire, Rose se chargea des présentations et Morwen rejoint Sekhmet, posant quelques questions à voix basse pendant que son époux interrogeait Dumbledore sur les circonstances de l'accident. Accident qui n'en était guère un puisqu'Ombrage avait volontairement enduit la plume d'ancolie dans le but de faire réagir Eiden. Et bien qu'Orsu resta calme et poli, tous sentir clairement sa fureur et personne ne douta que le vieux crapaud ne s'en tirerait pas ainsi. Il écouta cependant le vieillard sans l'interrompre et se contenta d'opiner à la fin. Quoiqu'il ait décidé, personne ne pouvait le deviner, mais cela n'inquiétait pas Severus. Orsu était chef de clan, responsable d'une grande communauté de personnes, de vies d'hommes, de femmes et d'enfants, il ne ferait rien d'inconsidéré qui mettrait l'existence ou la couverture des jumeaux en danger. Perdu dans ses pensées, il manqua le regard que s'échangèrent Sekhmet, Rose et Morwen et n'émergea quand entendant la voix profonde de l'égyptienne.

— … ce rituel est extrêmement dangereux, mais c'est leur seule chance à présent. Si l'on ne fait rien, ils vont s'éteindre cette nuit.

— Quelles sont les chances pour que cela réussisse ? demanda doucement Lupin à la belle métamorphe.

— Assez mince je dois dire, répondit la femme, mais nous n'avons guère le choix. C'est cela ou ne rien faire.

Les sanglots de la petite rousse potelée déchirèrent une nouvelle fois le silence qui avait suivi les paroles de la guérisseuse, mais Minerva, que Rogue n'avait jamais vu aussi pâle et abattue intervint :

— Quand et comment va-t-il se dérouler ?

— Et bien Severus et moi avons préparé tout ce que nous pouvions ce matin, fit Rose à la professeure, et j'ai bon espoir que nous puissions achever les préparatifs pour ce soir, avec l'aide de Sekhmet et Morwen. Nous l'exécuterons dans la foulée.

Son regard chocolat passa sur chaque personne de l'assemblée et elle continua :

— Nous n'interdirons à personne d'y assister, mais questionnez-vous sur votre réel désir et sur ce que vous pouvez supporter. C'est une procédure délicate, plus tentée depuis des décennies et nous ne savons pas comment Eiden et Elie vont réagir. Il y a de grandes chances qu'ils meurent tout deux, êtes-vous prêt à endurer cela ?

Quelques-uns grimacèrent à ces paroles sans fard, les mâtinés ne s'embarrassaient généralement pas de manière, encore moins dans de telles situations et livraient l'information telle qu'elle était. Severus c'était habitué à cela avec Elie et Rose, mais les autres ne l'avaient que peu ou pas expérimenté et cette honnêteté dure et franche étaient très déconcertante pour des sorciers. Si la situation n'avait pas été si dramatique, Severus aurait ri de l'air stupide qu'abordaient certains, mais il n'avait guère envie de plaisanter pour le moment.

L'après-midi fut entièrement consacrée à l'élaboration du rituel Senon gedia anation. Rose et Severus s'occupèrent des potions à réaliser pendant que Morwen et Sekhmet organisaient le reste de la procédure. Toutes les trois ne s'exprimaient qu'en anglais pour qu'il puisse intervenir et participer, ce dont il leur fût immensément reconnaissant. Il ne comprenait pas grand-chose aux cérémonies métisses, mais Morwen lui expliqua calmement et posément tout ce qu'il avait besoin de savoir dans le cas présent. La femme semblait gérer admirablement bien la situation, bien que le potionniste soit certain qu'elle mourrait de peur pour les jumeaux. Elle était l'une de ceux qui demandaient régulièrement des nouvelles des enfants et Eiden lui avait confié qu'elle avait été très gentille avec lui par courrier, répondant à ces interrogations et s'inquiétant pour lui autant que pour sa sœur. Le professeur savait que les enfants étaient sacrés chez les métis, mais il était toujours agréablement surpris de voir combien Eiden et lui avaient été accueillis avec sincérité et bienveillance par les proches de la jeune fille. Il louait Merlin chaque jour qu'Elie soit tombée dans une famille si généreuse car il savait bien que tout les mâtinés n'étaient pas ainsi ouverts. C'était bien là la seule chose correcte qu'avait fait Dumbledore dans cette histoire, même si jamais Severus ne le lui avouerait.

Avec l'aide des deux nouvelles venues, les choses avancèrent bien plus vite. Les compétences en médecine de Sekhmet et les connaissances étendues de Morwen permirent aux quatre adultes de tout préparer pour la nuit. Rose avait confié au professeur que Morwen avait été une sorte d'exploratrice dans sa jeunesse, une briseuse de sort qui parcourait le monde pour le compte de la banque sorcière française. Elle avait beaucoup étudié les rituels et les enchantements sorciers et métis avant de revenir auprès du clan lorsqu'Orsu en était devenu le chef. Elle n'avait cependant jamais arrêté d'étudier et de voyager, même si elle partait beaucoup moins longtemps à présent. Elle connaissait le Senon gedia anation, sans jamais l'avoir pratiqué, mais c'était mieux que rien.

Il fallait concocter trois potions différentes pour le rituel, une qui assurerait que les jumeaux resteraient bien endormis, une qui stabiliserait leur esprit et une autre pour faire appel à leurs pouvoirs, gênes enfouies. Sekhmet lui avait expliqué cela de son mieux. Les deux tiers environ des pouvoirs étaient attribués à l'adolescent lors de son quinzième anniversaire puis le reste émergeait plus posément, au fur et à mesure de l'année, jusqu'à ses seize ans, date à laquelle le jeune atteignait son maximum de potentiel, même s'il ne savait pas encore le maîtriser. C'était pour cela que la majorité était à seize ans chez les métis et non dix-sept comme pour les sorciers. Rose et Severus décidèrent également de réaliser plusieurs autres potions de soins tirées du livre d'Elie pour pallier aux conséquences du rituel et le professeur découvrit avec joie que sa fille en avait déjà brassé et stocké une bonne partie, ce qui leur fit gagner du temps. Rose avait souri tendrement à la vue de la série de petites fioles ouvragées soigneusement alignées sur l'étagère de bois et effleura doucement les étiquettes griffonnées .

— Elie a toujours adorée les potions. Je me souviens qu'elle était une fois allée chez Armand Provans, le grand-père de Lysandre et qu'il leur avait montré quelques petites choses. Il lui avait dit, je cite ''ta potion peut-être la plus parfaite du monde, si ton contenant n'est pas à la hauteur, elle ne le saura pas plus''. C'était philosophique bien entendu, mais elle était jeune, cela lui ai resté. Au Noël suivant Armand lui avait fait faire et envoyer toute une série de fioles d'une célèbre cristallerie, elle était si contente ! Et même si maintenant elle comprend ce que cela sous-entendait elle a gardé cette habitude.

Severus sourit lui aussi. Il imaginait sans mal un vieux noble anglais dire la même chose, son propre grand-père aurait pu le dire.

— Elle a commencé à les faire à la réception du livre de Mélina. Elle en a stocké ici, dans le dortoir et en a donné tout un tas à Eiden. Elle est très prévoyante.

— Elle a appris à l'être, opina Rose, Orsu a été particulièrement exigent avec elle, à cause de son potentiel, cela l'a conditionné.

— C'est une bonne chose, fit songeusement le professeur, Eiden a le don pour se mettre dans des situations impossibles. Il est bon qu'un d'eux au moins ait quelques plans de secours, même s'ils se jettent toujours la tête la première dans les ennuis.

L'homme s'assombrit suite à cette dernière phrase, revenant brutalement à la réalité de ses enfants moribonds à l'infirmerie. Rose passa une main douce dans son dos, rapportant son attention sur elle.

— Le rituel va fonctionner et ils vont continuer de se fourrer jusqu'au cou dans les ennuis, Severus.

Malgré lui un très faible sourire fleurit sur le visage de l'autre.

— Est-ce censé me rassurer ?

La rousse rit un bref instant et répondit :

— C'est s'ils n'en avaient plus que cela ne me rassurerait pas. Ce serait une situation tellement inédite …

Dans le secret de son cœur, une fois de plus, Rogue remerciait le ciel d'avoir placé Rose à ces côtés. Il savait pertinemment que la femme était aussi inquiète et épuisée que lui, mais elle faisait remarquablement fit de tout cela pour lui et le soutenais de la meilleure façon qui soit, restant positive malgré tout sans dégouliner de bon sentiment. Il ne savait pas comment il aurait tenu sans elle. La métisse était son pilier, son soutien pendant ces heures sombres, sans jamais s'imposer ou outrepasser son rôle et il lui en serait éternellement reconnaissant. Quand il leva les yeux vers elle, il ne put que souffler un « Merci » en croisant les siens et elle déclara, tranquille :

— Attends d'être certain que cela fonctionne pour me remercier.

— Que le rituel marche ou pas, dénia le professeur, merci de ton soutien, je n'y arriverai pas sans toi.

La femme sourit et dans son regard passa brièvement une flamme avant qu'elle ne s'efface, conservant seulement son aspect chaud et rassurant.

— C'est normal, Severus, ce n'est pas facile tout ce qui te tombe dessus, ni très juste. J'essaye seulement de faciliter les choses.

— Et tu le fais, sois-en sûr, murmura l'homme.

Le soir arriva à la fois trop vite et trop lentement. Trop vite, car Severus n'était pas prêt à dire adieu à ces enfants. Et trop lentement, car leur état s'était encore fortement dégradé durant ses quelques heures, confirmant, s'il y avait encore besoin, que l'enchantement était leur unique chance et qu'il devait être tenté. Severus, Minerva et Dumbledore avaient pris la décision de ne faire venir aucun des amis des jumeaux. Tous les avaient longuement visités et ce n'était guère une bonne idée qu'ils les voient ainsi, si près de la mort. Quoiqu'il arrive avec l'aube, ils devraient y faire face, inutile des les torturer plus. On leur avait seulement parlé vaguement de rituel et de ses potentiels effets, sans trop s'attarder. Les jumeaux Menes étaient apparemment aussi réticents que Blaise, mais comprenaient qu'il s'agissait d'une tentative désespérée. Finalement Monsieur et Madame Weasley, ainsi que Sirius et Remus avaient décidé de ne pas assister au rituel et restèrent dans le bureau de Dumbledore avec Flitwick. Le vieil homme comprenait que Severus ne voulait sûrement pas l'y voir, après toutes les erreurs qu'il avait fait concernant ses enfants et il avait fortement encouragé Sirius à se tenir à l'écart, connaissant son caractère emporté. Remus acheva de le convaincre, arguant que le directeur avait raison et l'assurant de son soutien. Ils ne participeraient donc pas tous les deux, ce qui valait mieux de l'avis de Severus. Moins il y avait de gryffondors insensés et téméraires, mieux cela valait. Minerva avait voulu se retirer également, mais son collègue lui avait demandé de rester, sachant que son inquiétude était réelle et désirant la présence d'une sorcière puissante de plus pour agir si les choses se passaient mal. Il avait confiance en la stricte femme et elle serait un soutien au milieu de tous ses métis. Rose avait approuvé et avait elle aussi priée l'écossaise de rester, consciente du malaise de l'homme. La professeure de métamorphose avait passée une partie de l'après-midi à discuter avec Orsu, qui semblait la respecter et décida donc les aider. Madame Pomfresh était également là, en tant qu'aide médicale et soutien.

Morwen et Sekhmet mirent rapidement en place ce qu'il fallait pour exécuter le Senon gedia anation et disposèrent à portée de main toutes les potions dont-ils pourraient avoir besoin tandis que les deux autres expliquaient à Poppy et Minerva comment les choses allaient se dérouler. Orsu se contenta de se tenir un peu à l'écart, attentif, veillant à ne pas entraver le travail des deux femmes.

— Ce sera très douloureux pour eux, peut-être tellement que leur corps ou leur cœur ne le tolérera pas, révéla Rose. Préparez-vous à cela. Se sera de toute façon un grand traumatisme pour eux et pour vous, que cela fonctionne ou pas.

— Que pouvons-nous espérer en cas de réussite ? interrogea l'infirmière en contemplant les deux formes allongées au-dessus des draps.

Le lit d'Eiden avait été agrandi afin d'y coucher les deux enfants en sous vêtement et un sort les maintenait pour le moment au chaud afin que l'on puisse agir le plus rapidement possible en cas de problème. Pendant le rituel, ils devraient en être débarrassés, mais la température de la pièce avait été augmentée pour prévenir l'hypothermie. Au cause de leur mauvaise santé, leurs corps n'assuraient plus nombre de ses fonctions vitales, telles que le maintien de la température et il était important qu'ils ne se refroidissent pas exagérément.

— Le mieux que l'on puisse espérer et qu'ils se réveillent, ensuite tout le reste est du bonus, répondit la rousse.

— Que voulez-vous dire ? fit Minerva en relevant un sourcil.

— Qu'il y a de grandes chances que s'ils sortent du coma, ils gardent des séquelles mentales et physiques. Il faut comprendre que le fait qu'ils s'en sortent serait déjà miraculeux, donc tout est bon à prendre. Qu'ils comprennent ce qui les entoure serait formidable, qu'ils parlent et puissent se mouvoir en partie également, mais il ne faut pas trop l'espérer tout de même.

Les deux sorcières ne répondirent pas, ébranlées, la franchise métisse avait encore frappé.

— Il faut bien comprendre que nous allons faire en sorte que tout le potentiel qui aurait dû émerger progressivement jusqu'à l'été soit incorporé d'un coup. C'est un immense choc pour leur corps et leur esprit, mais nous espérons que rendre ce potentiel accessible pourra les aider à guérir et sera un électrochoc suffisant pour les ramener à la conscience, mais …

— Cet électrochoc pourrait tout aussi bien les tuer, termina Pomfresh.

Rose acquiesça.

— De toute façon ce n'est pas comme si nous avions d'autres choix … soupira Poppy en passant une main sur son visage fatiguée.

Ils se mirent en place peu après, Morwen, Sekhmet et Orsu au pied du lit, Rose et Severus de part et d'autre afin de pouvoir leur administrer les potions et Minerva et Pomfresh à leurs côtés, comme aide. Les trois premiers réaliseraient les incantations, espérant que la magie et le statut d'Orsu aideraient les jumeaux à se stabiliser. Severus prit un instant pour écarter une mèche terne de sa fille qui barrait son visage crayeux et effleura la joue de son fils.

— C'est le moment de prouver à nouveau que vous êtes tous deux des têtes de bois, leur chuchota-t-il tout bas avant de leur faire boire les trois potions.

Il n'était pas prêt, mais il savait qu'ils ne pouvaient attendre plus longtemps alors il fit signe aux autres de commencer. La voix chaude de Morwen commença à incanter et les choses se floutèrent un peu pour tous. La magie émergea immédiatement de la métisse, tourbillonnant doucement autour d'elle et recouvrant lentement, comme une chape de brume, le lit des alités. Le potionniste ne savait si elle était réellement matérialisée où si sa tête le bernait, mais il n'eut pas l'occasion de s'y pencher plus en avant, car Sekhmet rejoint Morwen, répétant ces mots en celtique et la brume se densifia, parant le blanc nacré de reflets irisés. La voix des deux femmes envahit l'esprit de chacun et le temps sembla s'étirer, les plongeant tous dans une sorte de transe immobile qui devint plus prenante encore lorsqu'Orsu psalmodia lui aussi. La magie crépitait autour d'eux, comme une sorte de tempête et Severus vit dans les yeux de l'infirmière, en face de lui qu'elle craignait la situation. C'est vrai que tout ceci était fort étrange et intimidant, mais étonnamment, la chape de brume ne semblait pas affecter les trois sorciers, contrairement aux autres, elle déviait de leur corps, les effleurant, ne laissant que quelques centimètres de vide autour d'eux.

— C'est un enchantement métisse, il ne peut vous atteindre, fit la voix de Rose dans sa tête et au discret soupir que laissa échapper Mcgonagall, Severus sut qu'elle l'avait fait entendre à tous.

Un moment passa ainsi, emplissant la pièce qu'ils utilisaient de magie puis l'ancienne tutrice d'Elie se pencha sur Eiden et incisa son torse à l'aide d'un couteau d'argent, juste au niveau du cœur. Un peu de sang coula de la blessure, mais il se tarit lorsque la brume sembla pénétrer l'ouverture. Severus l'imita, coupant la peau d'Elie sur quelques centimètres. Pendant un instant il ne se passa rien, seulement le cœur des trois voix et le mouvement de la brume, puis un étrange ballet de filaments se dessina sous la peau des jumeaux, couvrant progressivement l'ensemble de leur corps. L'effet était étrangement beau et Severus contempla avec fascination le réseau multicolore gagné le ventre de sa fille et le reste de ses membres, faisant étrangement luire la peau opaline par en dessous. Puis soudain tout bascula, les filaments prirent une teinte noire et les enfants se mirent à convulser durement. Les deux professeurs tâchèrent de maintenir comme ils le purent Elie pour ne pas qu'elle se blesse ou tombe du lit, tout comme le faisait Rose et Poppy de l'autre coté, mais le calvaire des adolescents semblaient sans fin. Les convulsions paraissaient durer depuis des heures et tout le corps de Severus lui criait d'interrompre la litanie des trois autres pour faire cesser le martyre de ses enfants. Mais il se retint, sachant que c'était la seule façon de les aider.

« Tu le savais, se répéta-t-il intérieurement, tu étais prévenu, c'est dur, mais nécessaire, c'est pour leur sauver la vie, tu le savais … » Il ferma les yeux très fort, tentant de se ressaisir, mais il ne pouvait y parvenir avec sous ses doigts le corps de sa fille qui souffrait si durement. Il s'excusa des dizaines de fois, répétant ses pardons à Elie et Eiden de leur infliger cela. Les lignes noires étaient toujours aussi sombres et il n'aurait bientôt plus la force de maintenir ainsi la jeune fille. Du coin de l'œil, il vit les larmes refoulées de Minerva et la savait agitée des mêmes pensées. Il avait l'horrible sentiment de torturer les jumeaux.

— Je sais que c'est difficile, fit la voix de Rose dans sa tête, mais rien de tout ceci n'est anormal. Leur corps se débat contre l'intrusion, tentant d'empêcher ce qui est enfoui de remonter. Mais ils vont y arriver.

Une fois de plus le son de cette voix eut un effet apaisant sur Severus qui risqua un regard vers elle. La rousse était très blanche et contenait comme elle le pouvait son patient, mais elle semblait calme et résignée, aussi confiante que ces paroles, alors Severus se calma lui aussi un peu. Il ne doutait pas de Rose. Et en effet, les convulsions s'arrêtèrent progressivement et un étrange ballet de lignes dorées foncées, de la même teinte que les tatouages du clan remplacèrent les filaments noires, les chassant des veines et des tissus, envahissant les deux corps minces. Cette progression cependant ne se fit pas dans le calme et les enfants s'agitèrent à nouveau, comme retenues par des liens invisibles. Le cœur à la dérive, Severus leur trouva une horrible similarité avec les victimes de doloris, prisonnier de leur propre corps en fusion. Cette étape fut la pire pour tous et plus d'un faillit défaillir devant ce spectacle, se sachant impuissant à arrêter la torture des deux plus jeunes. Rogue passa tout ce temps à prier Merlin que le rituel ne fût pas vain et qu'il n'avait pas infligé toute cette souffrance à ses enfants pour les perdre finalement.

Il était tombé dans une sorte d'état second, se balançant d'avant en arrière dans ses supplications mentales, lorsqu'il se rendit compte que la litanie des trois métisses avait faibli et que les corps des deux adolescents semblaient irradiés de lumière, s'accroissant régulièrement. Mû par un espoir fou, il s'approcha un peu et soudain la lumière sembla prendre consistance et implosa pour toucher chaque participant, avant de réintégrer leur source et laisser Elie et Eiden étendus, calmes, la peau encore nimbée d'une légère lueur. Un brusque silence envahit l'espace, laissant chacun un peu secoué et perdu. Puis Sekhmet s'approcha, se ressaisit et chercha le pouls de chacun des adolescents, soupirant de soulagement de le trouver fort et régulier. Leur aspect même s'était amélioré : leur teint retrouvant cette couleur ivoire et leurs cheveux leur brillance. Il n'y avait pas de doute, le rituel avait fonctionné. Il fallait à présent attendre le réveil des enfants pour voir à quel point, mais un immense soulagement déferla sur Severus lorsqu'il considéra ce fait. Il serra la main de sa fille, toute proche, et souffla de contentement de la trouver chaude à nouveau. Elle avait été si glacée ses derniers jours … Il regarda Sekhmet les ausculter, se laissant tomber sur une chaise, plus harassée de fatigue qu'il ne l'avait jamais été. Poppy lui glissa entre les mains une tasse de chocolat chaud, sans aucun doute mélangé à quelques potions et y trempa les lèvres avec bonheur, sentant la chaleur du breuvage se propager dans tout son être. À quelques mètres Orsu et Morwen en faisaient autant, discutant à voix basse en français.

— Il c'est passé quelque chose n'est-ce pas ? demanda-t-il Rose qui avait pris place à son côté. Quelque chose qui n'était pas prévu …

L'autre hocha la tête, portant la tasse à sa bouche et Severus soupira.

— Pourquoi cela m'étonne-t-il encore ? Ils sont de véritablement aimants à faits inhabituels.

— Ce n'est pas seulement inhabituel, c'est totalement unique. Aucun de nous n'en a jamais entendu parler.

— Que s'est-il passé ?

Severus était doucement gagné par la douce quiétude du breuvage et l'accueillit avec plaisir. Il savait, d'instinct, que ce n'était pas une chose mauvaise.

— Pendant ce genre de rituel, celui qui en est l'objet utilise les magies des participants pour faire émerger ce qui est enfoui et se protéger du choc. Il en absorbe également une petite partie.

— Ils sont donc plus puissants à présent à cause des autres magies qu'ils ont absorbées ? s'enquit le potionniste.

La femme secoua la tête, buvant à nouveau avant de répondre.

— C'est vraiment minime, cela ne changera pas grand-chose, c'est seulement qu'ils n'auraient dû utiliser que les magies des mâtinés …

— Et ils ont également fait appel aux nôtres, termina Severus. Je l'ai senti en moi, comme un flux qui nous reliait. Mais ce n'est pas vraiment un problème, je me trompe ?

— Non, c'est seulement inhabituel, répondit la femme.

— N'est-ce pas toi qui m'as dit tout à l'heure que tu serais étonnée le jour où ils feront les choses comme les autres ? se moqua gentiment l'homme aux cheveux de jais.

Elle le poussa un peu de l'épaule en représailles, mais elle souriait. Ils gardèrent ce contact réconfortant pendant un moment, attendant que la guérisseuse et l'infirmière ne terminent leurs soins et ne leur content ce qu'elles avaient notées, ce qu'elles firent quelques minutes plus tard.

— Ils semblent aller bien, expliqua l'égyptienne, particulièrement soulagée. Bien sûr on ne saura rien de leur état mental tant qu'ils ne seront pas éveillés, mais leurs capacités motrices sont intactes et à part de la fatigue et une légère hypothermie, ils sont en bonnes formes. Nous allons les surveiller cette nuit et demain, mais j'ai bon espoir qu'ils se réveillent bientôt.

La joie de la femme était communicative et Severus ne lui trouva plus le moindre air dangereux avec un tel sourire sur le visage, mais peut-être était-ce parce qu'il la connaissait mieux à présent.

— Merci beaucoup à toi et aux autres pour ce que vous avez fait. Vous avez vraiment ma gratitude éternelle, assura Severus, légèrement euphorique.

— Des remerciements et la gratitude éternelle de Severus Rogue, le taquina Minerva en levant les sourcils. Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour en recevoir.

Rose et Morwen eurent un petit rire tandis que les autres se contentèrent de sourire. Mais la professeure était heureuse de voir combien la nouvelle de sa paternité avait changé son acariâtre collègue. Bien qu'à présent qu'elle connaissait la vérité elle pouvait comprendre ce qui l'avait rendu ainsi.

— Il est très tard et il ne sert à rien de rester ici, intervint Pomfresh. Nous avons posé des sorts d'alerte Sekhmet et moi, et nous passerons la nuit ici pour nous assurer que tout se passe bien. Vous autres, allez dormir un peu, vous en avez tous besoin.

Puis elle les chassa de l'infirmerie. Minerva regagna son bureau sur un dernier salut et les autres suivirent Severus dans ses appartements. Le professeur avait fait préparer la chambre des jumeaux pour Orsu et Morwen et avait proposé sa propre chambre à Rose, se réservant lui-même le salon pour le reste de la nuit. La française avait bien tenté de protester, mais il l'avait assuré que cela ne le dérangeait pas.

— Ce canapé est fort confortable et il sera plus que suffisant pour les quelques heures qui nous restent.

Rose avait donc abandonné et avait laissé Severus s'installer sur la couche de fortune que lui avaient préparée les elfes. Il se rendit immédiatement compte que le meuble était encore plus confortable que ce qu'il avait cru et qu'il pourrait facilement céder à l'attrait d'une petite sieste sur ses cousins à l'avenir. Perdu dans cette pensée fort plaisante, il s'endormit presque immédiatement, serein pour la première fois depuis presque trois semaines.

Tôt le lendemain matin, trop tôt, des coups à la porte le réveillèrent et il se hâta d'aller ouvrir pour ne pas déranger le sommeil de ses trois invités. Il était encore vêtu du pantalon confortable et de la chemise noire qu'il avait passer pour le rituel et donnait sans doute une image particulièrement chiffonnée de lui-même, mais il n'en avait cure. Ouvrant rapidement le panneau de bois, il trouva derrière Hermione, Neville, Drago et Blaise, habillé de pied de cap malgré l'heure matinale et l'air inquiet. Aucun ne fit de commentaire sur sa tenue et il ne leur posa en retour aucunes questions, se contentant de les laisser entrer. Se saisissant de sa baguette abandonnée sur la table basse il lança un sort de silence sur chacune des portes et replia ses couvertures d'un geste nonchalant. Devant l'air interrogatif des adolescents, il expliqua, les invitant à s'asseoir :

— Rose, Orsu et Morwen sont ici et ils ont besoin de sommeil.

Les plus jeunes opinèrent et s'installèrent.

— Comment c'est passé le … commença Drago, à peine assis.

— Le Senon gedia anation, l'aida Blaise.

— Oui le rituel. Est-ce qu'ils sont … reprit le blond.

Il serrait convulsivement ses mains l'une dans l'autre et Severus ne se souvenait pas de l'avoir déjà vu si misérable. Il mit fin à sa torture en le rassurant immédiatement.

— Ils sont toujours en vie, Drago et ils vont mieux. Sekhmet et Pomfresh ont de bons espoirs.

— On peut les voir alors ! fit le fils Malfoy, soulagé de l'entendre.

Cependant l'homme secoua la tête.

— Je préférais que vous attendiez qu'ils se réveillent pour cela. Cela ne devrait plus trop tarder à présent.

Malgré les paroles réconfortantes du professeur, Hermione comprit immédiatement.

— Vous ne voulez pas qu'on les voie jusqu'à ce que vous sachiez dans quel état ils vont se réveiller, n'est-ce pas ?

Severus ne répondit pas, mais son silence était éloquent. La bonne humeur des adolescents redescendit sensiblement jusqu'à ce que Neville intervienne.

— Nous ne pouvons pas savoir, réjouissons-nous déjà qu'ils soient en meilleur forme. C'est déjà miraculeux, rappela-t-il sagement.

Ses paroles semblèrent apaiser les trois autres qui acquiescèrent. Rogue, lui, contemplait Londubat avec acuité. Il avait toujours considéré ce garçon comme un abruti congénital, mais il était plus que cela. Bien sûr ses capacités en potions étaient désastreuses et il était un piètre sorcier, mais il avait de réels dons pour l'herbologie et faisait souvent preuve de sagesse, sinon d'intelligence, même si Severus ne l'avouerai jamais …

— Je vous préviendrais dès qu'ils seront revenus à eux, promit-il.

— Est-ce que l'on sait comment le rituel les a affectés, demanda Blaise, je veux dire, magiquement et corporellement parlant ?

— Leur santé est bien meilleure à présent, ils ont retrouvé une température, une respiration et un rythme cardiaque normal, leur corps va mieux, beaucoup mieux. Pour leur magie en revanche, je ne sais pas. Hier elle était encore trop instable pour être testée et ils devront l'utiliser pour que l'on s'assure que tout est normal. Tout cela va prendre du temps Blaise, je n'ai pas les réponses.

— Je comprends, répondit l'adolescent. C'est déjà un miracle que le rituel ait fonctionné, même si c'est finalement en partie. C'était tellement risqué …

Il frissonna et Severus fut heureux de ne pas avoir compris tous les enjeux de ce qu'ils avaient fait hier, il n'aurait peut-être jamais autorisé une telle tentative sinon. Le basané avait vraiment semblé effrayé par l'idée de Rose et n'osait même à présent pas trop croire à sa réussite …

L'homme jeta un coup d'œil à l'horloge, il était encore tôt, mais c'était un jour de semaine et les adolescents devaient aller prendre leur petit-déjeuner. Bien sûr ils étaient tous dispensés de potions depuis une semaine, mais les autres cours continuaient comme à l'accoutumée et ils n'avaient pas de raison de les louper. Il les poussa donc au-dehors, les suivant afin de rejoindre l'infirmerie. Réitérant sa promesse de les prévenir au moindre changement, il put finalement les convaincre d'aller dans la Grande Salle, tandis que lui continuait son chemin. L'homme savait qu'ils se chargeraient de prévenir tous les proches des jumeaux et il était surpris, mais heureux qu'ils aient pris d'eux-mêmes l'initiative de venir en émissaires, sans tous débarouler dans son bureau. Une idée de la gryffondor d'après lui, ou de Drago, qui connaissait bien son dégoût pour les assemblés et autres devoirs de sociabilisation. Il pressa encore le pas et arriva rapidement au domaine de Pomfresh. Celle-ci était d'ailleurs debout, occupée à donner de la pimentine à une étudiante visiblement enrhumée. Elle leva la tête à son entrée et l'autorisa d'un hochement à rejoindre la petite salle à part ou avaient été installés les jumeaux. Le rituel avait eu lieu là et ils avaient décidé de laisser les enfants à l'écart des autres, ignorant encore comment les actes de la nuit allaient les affecter. Il faisait bon dans la pièce, suffisamment pour que les deux patients habillés légèrement soient bien. L'entrelacs de veines et de lignes avait disparut, laissant leur peau aussi pâle qu'à l'ordinaire et il était très net, dans la lumière du matin, qu'ils avaient retrouvé une certaine forme. S'approchant, Rogue constata aussi que leurs cheveux étaient plus longs et plus fournis, que leurs traits avaient un peu changés, perdant leurs dernières rondeurs de l'enfance. Il lui semblait également qu'ils paraissait plus adultes, plus sauvages, plus semblables à Sekhmet et Orsu. Leur ascendance métamorphe était bien plus visible à présent, même si cela n'enlevait rien à leur beauté, au contraire. Ils dormaient encore, mais leur sommeil paraissait normal, comme si le moindre bruit un peu fort suffirait à les en tirer. Un sourire s'épanouit sur les lèvres du potionniste qui soupira d'aise en les voyants si sains.

— On dirait que l'idée folle de Rose a fonctionné, fit une voix connue d'un coin de la pièce.

Severus retint de justesse un sursaut et se tourna vers la source du bruit. Remus Lupin se tenait là, ainsi que Sirius Black, étonnamment calme et silencieux, contrairement à son habitude. Il semblait même un peu gêné.

— On dirait oui, répondit l'homme aux cheveux sombres.

Toute son attention dirigée vers ses enfants, il n'avait même pas songé à ce qu'il y ait pus avoir d'autres visiteurs.

— Ils semblent aller bien mieux, continua le loup sur le même ton calme.

— C'est le cas, le rituel a fonctionné, fit Severus en s'asseyant lui aussi. Reste à savoir à quel point.

— Tout est bon à prendre, rétorqua Lupin et Rogue ne put que lui donner raison.

Ils passèrent un moment ainsi, en silence puis le potionniste, agacé d'être ainsi fixé par le clébard, s'enquit de sa brusque admiration pour lui.

— Je … commença l'autre, visiblement mal à l'aise, je voulais m'excuser de mes paroles inconsidérées d'hier. J'ai été injuste, tu ne te fichais pas du sort des jumeaux. Je n'avais pas à t'accuser alors que je venais à peine d'arriver et que toi tu supportais leur affaiblissement depuis des semaines. Je suis désolé.

Il grogna seulement pour toute réponse et balaya les paroles d'un geste de la main. Il ne voulait pas se battre avec Black, il n'en avait pas la force et les paroles avaient été dites sous le coup de la peine et de la colère. Même si cela lui faisait mal de l'admettre, il comprenait. Et cela coûtait visiblement à l'animagus de s'excuser auprès de lui, alors il s'en satisferait. Le silence repris, plus confortable jusqu'à ce que la porte s'ouvre, laissant entrés Poppy et Rose qui venait visiblement de se lever. Elle s'était apparemment changée, elle, mais n'avait pu chasser la fatigue de ses yeux et de ses traits parfaits. La lumière les atteints pourtant lorsqu'elle considéra les deux adolescents endormis et elle se pencha un moment sur eux, avant de rejoindre Severus, saluant au passage les deux autres hommes.

— Tu aurais dû dormir encore, tu sembles avoir un siècle de sommeil à rattraper, lui dit le professeur.

— Tu ne t'es pas regardé apparemment Sev, rit la femme. Tu étais de plus levé avant moi.

Il voulut lui dire que ce n'était pas de son fait, mais de celui des amis de ces enfants qui l'avaient tiré du lit, mais Pomfresh l'en empêcha.

— Sekhmet prend un peu de repos, mais il n'y a rien d'alarmant a priori. Elle dit que leur héritage est entièrement incorporé à présent et que le très fort afflue de magie avait joué son rôle d'électrochoc, tirant les jumeaux du coma. Ils devraient bientôt se réveiller à présent.

Puis elle repartit s'occuper de ses autres patients, Remus et Sirius se levèrent aussi et le loup déclara avant de partir :

— Molly et Arthur attendent des nouvelles et nous leur en avons promis. Prévenez-nous quand ils se réveilleront.

Severus ne répondit pas, mais Rose leur assura que ce serait fait. Sur un dernier regard au lit, les deux hommes s'en allèrent aussi. La chaleur confortable et le calme qui régnait dans la pièce enjoignirent le couple à somnoler, la tête de la femme pesant agréablement sur l'épaule de l'homme et ils basculèrent tout deux dans un état second, entre la veille et le sommeil. Une heure passa ainsi, reposante et sereine puis un très léger mouvement attira l'œil de Rogue qui se redressa brutalement, dérangeant Rose qui se redressa vivement.

— Qu'est-ce que … commença-t-elle, mais elle se tu immédiatement en voyant la couverture bouger doucement.

Elle se porta au bas du lit, tout comme Severus qui avait déjà rejoint son fils qui gigotait faiblement. Cela prit un moment, puis un œil émeraude s'ouvrit, papillonnant un instant avant d'être rejoint par son confrère. Ils se posèrent sur Severus, encore flou puis sur Rose et le plafond et Eiden fronça les sourcils.

— Où suis-je ? interrogea-t-il d'une voix rendue rauque par sa convalescence.

— Dans une chambre de l'infirmerie, répondit Severus dont le cœur s'inondait de chaleur à l'entente de la voix tant espérée d'Eiden.

Le garçon accentua sa moue.

— Que fais-je encore ici ?

— Tu as un abonnement, tu ne te souviens pas, plaisanta son père alors que le plus jeune bâillait paresseusement. Sais-tu qui je suis ?

Eiden leva un sourcil, le contemplant comme si une paire de cornes lui avaient soudain poussé sur la tête.

— A priori toujours mon père. À moins que tu ne m'aies renié depuis hier. Peut-être as-tu enfin compris que j'étais irrécupérable en potions ?

Severus dégagea le visage de l'adolescent de quelques mèches rebelles d'un geste tendre.

— Je ne t'ai pas renié et tu n'es pas irrécupérable en potions, tu as fait beaucoup de progrès et tes dernières réalisations sont largement au-dessus de la moyenne.

— Si tu le dis, souffla le garçon en bâillant encore. Puis son regard se figea soudain, comme s'il cherchait quelque chose sur le visage de son père. Je ne suis pas ici depuis hier n'est-ce pas ?

Rogue soupira avant de s'asseoir sur le lit.

— Non en effet. Tu ne te rappelles de rien ?

Eiden fit un effort pour se concentrer et chercha à se redresser un peu, son bras butant contre celui d'Elie. Il avisa de la présence de sa sœur avec suspicion, ne l'ayant pas remarqué alors que les brumes du sommeil l'entravaient encore. Il leva difficilement une main pour la poser sur la sienne et ses sourcils se froncèrent à nouveau.

— Je me souviens de la douleur et d'une grande ombre blanche.

Il sembla se perdre dans ses souvenirs puis il continua, l'air incertain :

— J'étais en retenue, je crois, ma main a commencé à me brûler et ensuite c'était comme si de la lave en fusion avait été versée dans mes veines, j'ai eu horriblement mal, ma tête me donnait l'impression d'exploser et je crois que je suis tombé. Avant de perdre connaissance, je me souviens d'avoir vu Elie bondir et … il se stoppa un instant, cherchant les yeux de Rose et de Severus tour à tour. C'est Ombrage c'est cela, avec sa plume, c'est cela qui m'a fait du mal.

— Oui, elle a enduit cette … chose d'ancolie pour te démasquer et elle t'a empoisonnée. Tu as sans doute appelé Elie avant de perdre connaissance.

— Oui … je crois … cela me dit quelque chose. J'ai entendu son cri dans ma tête, celui de la louve et puis après elle est arrivée. Elle a sauté sur Ombrage.

Eiden semblait se débattre un peu avec ses souvenirs, mais son esprit ne semblait pas avoir été endommagé, au plus grand soulagement des deux adultes. Il se perdit un moment dans sa mémoire puis grimaça.

— Elle l'a tué ?

Il n'y avait pas la moindre trace de regret dans les paroles du garçon et aucun des plus vieux ne pouvait lui en tenir rigueur, ils étaient si furieux eux-mêmes.

— Non, elle l'a seulement éloigné de toi et elle t'a protégé jusqu'à ce que l'on arrive. Puis Ombrage et moi nous sommes disputé, elle m'a envoyé un sort et Elie l'a assommé, résuma grossièrement le potionniste, mais Eiden n'était apparemment pas d'accord, il secoua la tête.

— Non, elle a envoyé des sorts de découpe à Elie et un doloris aussi, je l'ai senti avant de vraiment sombrer. Je me souviens qu'Enor était au-dessus de moi et qu'elle grognait.

La mâchoire de Severus se contracta dangereusement, dans la tourmente, il en avait oublié le doloris. De cela aussi le vieux crapaud devrait répondre. Il acquiesça cependant à son fils et ce dernier repartit dans ses souvenirs, mais ne parvint pas à y remettre de l'ordre, alors il demanda :

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?

— Pansy et Théo étaient venus nous prévenir, Dumbledore, Mcgonagall et moi. On vous a emmené à l'infirmerie et Poppy, Rose et Sekhmet vous ont soignés comme elles ont pu, mais tu étais inconscient et Elie bloquée dans sa forme animal … le lendemain elle a réussit à redevenir humaine, on c'est occupé d'elle, mais tu ne te réveillais pas. Le temps a passé, ton état se dégradait, ainsi que celui de ta sœur et vous avez fini tous les deux dans un coma très profond et dans un état grave. Si Rose n'avait pas eu cette idée de rituel … vous seriez morts tous les deux cette nuit.

Eiden n'eut pas vraiment de réaction et Severus ne savait quoi en penser. Est-ce qu'il ne se rendait pas compte encore de tout cela ? Où était-il passé si près de la mort de si nombreuses fois durant sa courte existence qu'il ne s'en formalisait plus ? Apparemment, au vu du regard de l'adolescent c'était la seconde option, ce qui ne réjouissait guère son père.

— Qu'est-il arrivé au vieux crapaud ? demanda-t-il sur un ton calme, comme si l'annonce de sa presque mort en l'avait pas touché.

Mais Severus n'était pas dupe si la nouvelle de son propre état n'avait pas particulièrement ému son fils, ce n'était pas le cas de celui de sa sœur, dont il tenait toujours la main fermement. La puissance de leur lien sauta une fois de plus aux yeux de l'homme, mais n'était-ce pas en partie à cause ou grâce à cela qu'ils étaient tous ici, dans cette pièce ?

— Nous lui avons effacé la mémoire et arrangé les faits pour qu'elle oublie tout de sa tentative et de ce qui a suivi. Elle ne se souvient plus de rien.

— Alors elle est toujours ici …

Rogue ouvrit la bouche, voulant expliquer à son fils le pourquoi de cette décision, mais il la referma. Eiden avait parfaitement compris pourquoi les choses s'étaient passées ainsi et pourquoi cette horrible femme était toujours en service. Il ne parvenait simplement pas à l'accepter, comme eux tous.

— Bon, soit, souffla le jeune homme. Et Elie ? Comment va-t-elle ? Pourquoi n'est-elle pas encore réveillée ? Est-ce que c'est de ma faute ?

Il tourna une mine inquiète vers elle et marmonna :

— Bien sûr que c'est ma faute, j'étais celui qui était le plus mal, je l'ai entraîné avec moi …

Severus était choqué et attristé qu'Eiden pense cela, tout ceci était uniquement l'œuvre d'Ombrage, mais il n'eut pas le temps d'en faire part à son fils que déjà Rose c'était levée et avait pris le menton du garçon entre ces doigts, l'obligeant à la regarder dans les yeux.

— Rien n'est de ta faute, Eiden. C'est celle de cette affreuse femme raciste. Tu n'as rien fait pour que tout ceci arrive.

Les paupières de l'adolescent se refermèrent et il détourna la tête, fuyant le regard de la femme.

— Je l'ai provoqué à chaque cours. Tout le monde m'avait dit d'arrêter, mais j'ai continué. C'est ma faute si Elie est ici.

— Non Eid, ce n'est pas de ta faute, répéta la femme. Rien ne peut justifier un acte comme le sien et encore moins l'effronterie d'un élève. On ne punit pas l'insolence ainsi, on ne punit rien ainsi, c'est de la torture, l'œuvre d'un monstre.

Le jeune homme ne semblait pas vraiment d'accord, mais il ne fuyait au moins plus le regard de Rose qui lui sourit doucement, caressant sa joue d'une main rassurante.

— Elie et toi allez bien, elle va bientôt se réveiller et tout ceci sera bientôt derrière nous. Ce qui, je ne te le cache pas, est un grand soulagement pour moi.

Elle eut au moins le mérite de tirer un sourire à Eiden qui, une fois calmé, en profita pour l'interroger sur les transformations qu'il avait noté chez sa sœur. La rousse se chargea de tout lui expliquer, plus efficacement que ce qu'aurait fait Severus qui se contenta d'écouter.

— Les choses vont certainement être un peu difficiles pour vous à présent et vous allez sans doute avoir quelques problèmes de contrôle de vos pouvoirs, mais vous n'êtes pas seul et nous ferons tous en sorte que tout se passe le mieux possible, d'accord ?

Le garçon opina, il avait parfaitement confiance en Rose, si elle lui disait que tout irait bien, alors toute irait bien, même si son cœur se brisait de ne pas tenir une Elie réveillée et en forme contre lui.

— J'ai dormi combien de temps ?

— Plus trois semaines, répondit Severus. Tout le monde est très inquiet, ils sont tous passés vous voir. Vos amis venaient dès que Poppy les en autorisait et ne partaient que lorsqu'elle les jetait dehors. Blaise se fait un sang d'encre.

— J'imagine, grimaça Eiden. Il dort déjà mal lorsque je traîne dehors alors ça ….

Il parut emporté dans ses souvenirs puis il éclata de rire

— Il est pire que Molly parfois, assura-t-il, ce à quoi les deux adultes sourirent. Et Elie ?

— Moitié moins.

Eiden ne répondit pas, mais caressa doucement la main qu'il tenait, comme pour effacer cette épreuve. Il demanda ensuite des nouvelles de tout le monde, revenant doucement à la réalité et se mouvant de plus en plus facilement pour les gestes simples. Il lui semblait que ces membres étaient coulés dans le plomb, mais c'était sans doute normal après tant de temps sans en user. Il parlait de ses amis lorsqu'il sentit Elie bouger légèrement contre lui. Il se tû immédiatement et s'immobilisa, à l'affût. Elle ne le fit pas attendre trop longtemps cependant et s'agita à nouveau avant d'ouvrir les yeux à son tour, tombant immédiatement dans ceux de son frère.

— Hey Blediā[2], fit doucement celui-ci en souriant largement. Je suis réveillé avant toi.

— Tu as dormi plus longtemps, c'est naturel Caruos[3], répondit-elle tout bas, la voix encore mal assurée.

— J'ai eu un peu d'aide, je dois bien te l'avouer, continua-t-il.

— Je sais, cet épisode ne m'a pas échappé, j'étais encore alerte à ce moment moi, répondit-elle en se moquant un peu.

Puis elle avisa de la présence des deux autres et souffla un bonjour doux.

— Cela fait un moment que je suis dans cet état apparemment, continua-t-elle en les observant.

Severus haussa un sourcil, curieux de connaître son raisonnement.

— Vous avez sincèrement l'air d'être sur le point de vous écrouler au moindre courant d'air, fit-elle. Vous n'étiez pas à ce point au moment où j'étais encore capable de réagir à mon environnement.

Comme à Eiden, Severus et Rose lui firent un résumé de tout ce qui s'était passé et elle ne fut pas plus émue que son frère que la perspective de mourir eût été si proche d'eux. Ils étaient décidément des enfants forts étranges. Et elle hocha la tête lorsque Rose en arriva aux conséquences du rituel.

— J'avais vu qu'Eiden avait changé, confessa-t-elle, je pouvais donc supposer qu'il en était de même pour moi. Ce qui m'interroge en revanche, c'est pourquoi nous ne sentons pas le poids de tout ce brusque afflux ?

— Sekhmet vous a donné des potions qui ont en quelque sorte endormi votre magie. C'est temporaire, mais elle espère ainsi qu'elle vous revienne graduellement, bien plus rapidement bien sure qu'en situation normale, mais que tout ceci soit progressif plutôt que tout vous tombes dessus d'un coup. Cela devrait prendre quelques heures, je pense. Mais comme je l'ai dit à Eiden, tout va bien se passer et nous vous aiderons au moindre problème.

La jeune fille grimaça :

— Je suppose que je vais refaire des crises, le temps que tout soit bien assimilé ?

— Il y a des chances, avoua son ancienne tutrice, mais quelques tables tremblotantes ne feront de mal à personne. N'oublie pas qu'il ne s'agit que d'une faible part de magie, beaucoup moins que lors de votre héritage.

— Oui, mais c'est le plus visible celui des métamorphes …

Les deux adultes la rassurèrent, ils feraient tout ce qu'ils pourraient pour que les choses se passent bien pour les deux plus jeunes, ce dont Elie ne doutait absolument pas.

— Ça va aller El, fit son père, l'important c'est que vous alliez bien tous les deux.

Ils appelèrent ensuite Pomfresh, qui réveilla Sekhmet et toutes deux assurèrent que les jumeaux se portaient à merveille. Leur noyau magique ne semblait pas trop secouée pour le moment et l'égyptienne pensait qu'ils ne mettraient pas longtemps à apprivoiser leur nouvelle puissance.

— Vos transformations vont être bien plus importantes maintenant, il faudra s'attendre à des changements spontanés et être plus vigilant, mais en dehors de cela, ça devrait se faire naturellement.

— Je vais peut-être enfin te rattraper, sourit Eiden à sa sœur.

Elle avait une forme animal que lui qui n'en avait que deux pour le moment.

— Peut-être, j'ai hâte de voir ce que ça sera …

— Moi aussi, même si je préférais que toute l'école ne le voie pas également …

— Anton pourra vous aider au besoin et le professeur Mcgonagall également, expliqua Sekhmet, elle connaît les techniques de méditation des animagus qui sont similaires à ceux que nous utilisons pour nous contrôler.

— Elle a proposé de vous faire quelques sessions, renchérit Severus.

Les deux adolescents échangèrent un regard amusé, Minerva était très curieuse vis-à-vis de leur héritage métamorphe, mais ils savaient tous deux qu'elle pourrait les aider et qu'elle était bien intentionnée. Poppy repartit, se chargeant de prévenir les autres du réveil des enfants Rogue, Sekhmet elle s'en alla chercher Orsu et Morwen. Le couple arriva le premier, à la grande surprise d'Elie qui ne savait pas que son père les avait fait venir.

— Comment allez-vous mes chéris ? s'enquit la belle femme en les embrassant chacun leur tour.

Elie sourit et Eiden balbutia un peu, peu habitué aux étreintes maternelles. Il ne connaissait Morwen que par ces lettres et ne s'attendait pas à ce qu'elle l'enlace ainsi. Étrangement, il ne se sentit pas étouffé, comme c'était parfois le cas avec Molly. C'était comme Rose, réconfortant et doux, les deux femmes semblaient savoir précisément ce dont il avait besoin et quand il en avait assez. Les yeux bleus ciel de l'adulte les scannèrent rapidement et elle sourit de les voir en si bonne forme, si dissemblable à hier encore. Elle repoussa quelques mèches sombres échappées de son chignon et exprima une fois encore son soulagement et sa joie de les voir en bonne santé. Eiden l'adopta immédiatement, mais il doutait que cela ne puisse être le cas avec une telle femme. Elle était si gentille, si douce et en même temps pleine d'entrain et intelligente. Elie lui avait appris ses activités de jeunesse et Eiden avait été fortement intéressé par tous ses voyages. Il était moins confiant envers Orsu. Bien sûr il savait que l'homme ne lui ferait pas le moindre mal, il avait été comme un oncle pour Elie et il s'inquiétait aussi pour lui, avait même qu'il entre dans le clan, mais le garçon ne pouvait s'empêcher de s'en méfier. Il savait que l'homme avait un pouvoir sur lui à cause du clan et il n'aimait pas cela, il se méfiait des adultes, surtout des spécimens masculins qui lui avaient souvent fait du mal. Il croisa les yeux sombres de l'alpha et il entendit sa voix dans sa tête :

— Nous devons parler tous les deux, Eiden.

Le garçon acquiesça et se détourna, désireux d'échapper à ce regard qui semblait tout lire de lui. Et il fut heureux que n'arrivent Sirius et Remus pour le tirer de cette situation délicate.

A la midi, après un bon repas, Severus et les autres laissèrent les jumeaux faire une longue sieste, épuisés par tous ses va et viens et ses visites. Molly et Arthur étaient passés peu avant le déjeuner et avaient été grandement soulagés de les trouver éveillés et valides. Ils n'avaient pu rester trop longtemps cependant, bien conscient de la fatigue des deux jeunes.

Quand Elienor ouvrit finalement les yeux, un long moment était passé et il semblait être plus de seize heures au vu de la position du soleil. Elle s'étira légèrement et ne parut pas surprise de voir ses amis dans la petite pièce, contrairement à eux qui affichaient des mines désolées. Hermione agita sa baguette et s'excusa :

— Le sort de silence n'a pas du fonctionné, grommela-t-elle. Désolée de t'avoir réveillé.

— Je ne vous ai pas entendu, opposa la blonde. C'est votre odeur qui m'a alerté.

— Notre odeur ?

— Le sort de silence ne protège pas de cela, sourit Elie.

La née moldu rit et la prit dans ses bras, puis tous les autres et la jeune métisse finit dans ceux de Drago, qui ne semblait pas disposé à la lâcher avant un siècle ou deux. Il ne parlait pas, se contentant de la tenir, tiède et vivante contre lui, se repaissant de son odeur et du bruit merveilleux de son cœur battant fort dans sa poitrine. Les autres leur laissèrent un peu d'intimité, retournant à leur discussion.

— Cela fait longtemps que vous êtes ici ? demanda Elie, les doigts caressant la nuque raide de son compagnon.

— Quinze minutes tout au plus, nous venons de finir les cours. Severus nous a prévenus ce midi, mais vous dormiez déjà. Il la serra plus étroitement, enfouissant l'une de ses mains dans sa chevelure dense. Il ne voulait pas que l'on vienne tant que vous ne seriez pas réveillé.

La fille ne dit rien, elle se doutait des raisons de son père. Embrassant la tempe de Drago, elle le tira légèrement pour l'inciter à s'installer avec elle sur le lit. Il ne se fit pas prier et ôta rapidement ses chaussures pour venir se placer derrière elle, faisant reposer son dos contre son propre torse et enroulant ses bras autour de sa taille fine. Nichant son nez dans ses cheveux, il soupira lourdement et se détendit un peu. Il ne parla pas, mais tous ses gestes trahissaient son angoisse et le souci qu'il s'était fait. Il laissa ses lèvres envahirent sa joue douce et le coin de sa bouche, prolongeant la petite bulle d'intimité qu'ils c'étaient crées puis ils revinrent à la civilisation, Elie souriant doucement à Blaise qui serra une de ses mains dans les siennes. Il s'était lui aussi assis sur le lit, de l'autre côté, près d'Eiden et caressait son visage doucement.

— Tu ne peux imaginer à quel point je suis soulagé, souffla le métis.

Elie pouvait facilement le voir, elle avait suivi l'inquiétude de Blaise avant de tomber dans le coma elle aussi et elle se doutait que les jours suivants avaient été fort éprouvants.

— Vous avez changé, intervint Hermione. On nous avait prévenus que ce serait le cas, mais c'est étrange de le constater.

— C'est l'apparence que nous aurions dû avoir dans quelques mois, mais comme les choses se sont fait en quelques heures, le changement est d'autant plus visible, même s'il est parfaitement normal.

Elie avait récité cela scolairement, sans vraiment y penser puis elle garda le silence un moment, avant de demander faiblement, la voix un peu tremblante :

— On a vraiment changé tant que cela ? Je veux dire, Eiden est toujours lui, mais moi ? Je n'ai pas osé me regarder …

— C'est assez faible El, rassura Blaise. Tu es toujours toi.

Appuyant les dires de son meilleur ami Drago caressa son ventre tendrement et l'embrassa.

— Tu es seulement encore plus belle, assura-t-il.

Elle ne put s'empêcher de sourire, il était vraiment adorable.

Il fallut encore quelques minutes à Eiden pour se tirer du sommeil, s'éveillant pour son plus grand bonheur entre les bras de Blaise. N'ouvrant qu'à demi les yeux, il enfouit paresseusement son visage dans la poitrine de son petit ami.

— Bonjour, souffla le basané en passant une main amoureuse dans ses cheveux.

Il le sentit sourire contre l'étoffe de son t-shirt et un œil émeraude s'ouvrit, brillant de la même malice qu'à l'accoutumé. Cette vision acheva de rassurer Blaise qui sourit en retour.

— Toujours du mal au réveil à ce que je vois.

— J'ai dormi fort longtemps, répondit simplement Eiden, comme si cela expliquait tout.

Il se redressa cependant, étouffant un immense bâillement puis il accueillit chacun des visiteurs. L'incroyable et brusque guérison des jumeaux les surprit tous. Bien que Severus et Rose leur avaient expliqué que le rituel avait eu un effet détonnant, qui dépassait de loin leurs espérances, c'était tout de même ahurissant de le constater de leurs propres yeux. Seul Blaise bien sûr, du fait de son sang et Neville qui avait beaucoup côtoyé les métis pouvait en saisir la profondeur, mais la bonne santé des jumeaux et leur entrain n'avait échappé à personne. La veille ils étaient encore étendus gris et froid sur les petits lits de l'infirmerie, presque mort et maintenant, ils étaient là, parlant et plaisantant comme avant. C'est ainsi que les trouva Severus, les deux couples entrelacés sur le lit et Neville, Ron, Hermione, Pansy et Théo confortablement installés autour.

— Vous ne devriez pas être en cours, grogna-t-il alors que Rose entrait également, souriant à la vue des adolescents rassemblés.

— Si, mais notre professeur est absent, fit candidement Pansy en croisant ses jambes élégamment.

— Il semblerait que ces enfants lui donnent du souci, rétorqua l'homme.

Les concernés baissèrent la tête, blessé à l'idée de causer du tort à leur père. Celui-ci regretta immédiatement ses mots et soupira en prenant place au pied du lit.

— Vous avez bien conscience que c'est de l'humour n'est-ce pas ?

Les jumeaux échangèrent un regard, mais gardèrent la tête baissée.

— Merlin avont-nous fait l'impasse sur l'humour lors de votre conception ? soupira le potionniste.

Eiden releva la tête.

— Parce que tu avais de l'humour à nous léguer ?

— Sale gamin impertinent ! grinça le professeur, mais ses yeux brillait d'amusement.

Il était préoccupé cependant que ses enfants réagissent encore comme cela des mois après la révélation de sa paternité. Comme s'ils craignaient qu'il ne les renie et les jette dehors à la moindre occasion.

— Vous savez ce que les papiers que j'ai signés cet été signifient, à propos du fait que je sois votre père et vous mes enfants ? interrogea Severus.

— Que tu es destiné à supporter toutes nos frasques tant que durera notre existence ? tenta Eiden.

— Et que vous serez coincé avec moi tout aussi longtemps.

— Et on en est très content Atta, assura Elie en souriant.

Severus sourit au mot celtique, les jumeaux en usaient de plus en plus, sous l'impulsion de leur héritage, qui leur tissait des liens privilégié avec cet idiome et de celle d'Elie qui ne cherchait plus à les retenir. Son père était heureux qu'elle se sente suffisamment confiante et adopté par les anglais pour reprendre certaines de ces habitudes du clan, et il devait dire qu'entendre ses enfants l'appeler Papa, quelque soit la langue, le comblait toujours de joie.

Sekhmet, Orsu et Morwen restèrent jusqu'au soir, mais durent finalement repartir, ayant tous les trois des responsabilités ailleurs. Les deux derniers invitèrent cependant chaudement Severus et ses enfants à venir passer un moment sur les terres du clan et à continuer de leur envoyer des nouvelles régulièrement. Orsu avait aussi pris à part Eiden et avait répondu à toutes ses questions et inquiétudes avant de quitter l'Ecosse :

— Le fonctionnement des clans n'a pas d'égal dans le monde des sorciers et il n'est pas régi par leur mentalité. Il est normal que tu le penses comme l'un des leurs, car c'est tout ce que tu connais et ces fausses idées te font peur, je le vois bien.

Elie avait voulu les laisser seuls, mais Eiden l'avait prié de rester et l'alpha n'y voyait pas d'inconvénient. Elle se tenait cependant à l'écart, silencieuse. Elle savait que le moment était important, elle n'avait pas réussi à expliquer véritablement ce qu'il en était à son frère, mais Orsu, plus vieux, plus sage et pédagogue pouvait y parvenir. Il était un père également et savait comment parler aux adolescents. Eiden avait toujours un peu peur de lui, mais cela tendait à se calmer. Il fallait dire qu'Orsu, avec sa stature d'athlète, son autorité naturelle et ses habitudes un peu sombres et taciturnes encourageaient de tels sentiments, mais ce n'était pas un mauvais homme. D'une certaine manière, il rappelait un peu au jeune homme l'auror Kingsley, en plus froid et imposant.

— Notre indépendance est certainement l'une des choses qui nous différencie le plus des sociétés sorcières, expliqua Orsu, nous élevons nos enfants ainsi et nous restons sauvage en quelque sorte, vivant dans une plus grande autonomie vis-à-vis du gouvernement que les humains. Le clan n'est pas là pour imposer les lois, tout le monde les connaît et la plupart les respectent, car ils les ont choisis. Si leurs avis divergent, alors d'autres clans seront certainement plus en phase avec leurs propres idéaux, nous n'imposons rien. Le conseil en est garant et globalement, nous n'avons qu'assez peu de problèmes. Il n'y a pas vraiment de criminalité chez nous, du fait de notre mode de vie.

Eiden opina, cela semblait logique, puisque chacun pouvait choisirent sous quelle sorte de régime il voulait vivre.

— Le rôle de l'alpha et du chef de clan diffèrent donc selon les clans, mais les grandes lignes restent les mêmes. L'alpha est le chef militaire, responsable de la sécurité et de l'offensive dans les clans violents. Le chef lui a un rôle plus social, il gère plutôt la vie quotidienne, un peu comme un maire de village. Souvent, surtout dans les groupes plutôt pacifistes comme le nôtre, ils sont une seule et même personne. Je détiens une certaine autorité de par mes deux rôles, mais en aucuns cas je ne peux contraindre ou imposer des choses à mon peuple. En dehors des soldats, personne n'est tenu de respecter mes ordres s'il n'en reconnaît pas la légitimité. Tu comprends, Dumbledore à plus de pouvoir sur toi actuellement dans cette école que moi si tu vivais sur nos terres, je suis plus un guide, une aide, j'œuvre à assurer le meilleur quotidien possible à ceux qui sont sous ma protection, mais c'est tout. Et le tatouage n'est qu'un signe d'appartenance, une sorte de carte d'identité, pas du tout une marque de suzeraineté. Une façon de nous reconnaître et de nous identifier.

— Vous ne croyez guère aux écrits, se rappela Eiden, le souvenir d'une conversation avec Blaise sur le sujet lui revenant.

Orsu sourit, content de voir que le jeune homme s'était visiblement apaisé.

— Non en effet, traditionnellement du moins, même si nous devons bien nous mettre au diapason avec le reste du monde.

— Elie m'a dit que ce n'était pas le cas de tous.

— C'est vrai, certains clans vivent encore selon les anciennes lois et respectent les coutumes ancestrales, mais nous ne sommes pas de ceux-là. Ceux-ci sont en général secrets et retirés du monde des sorciers, alors que nous prônons l'intégration. Il y a d'ailleurs beaucoup d'Astu chez nous …

Astu ? interrogea Eiden qui avait bien compris le sens du mot en celtique, mais qui ignorait ce qu'il pouvait désigner dans ce contexte.

— Initiés, les sorciers affiliés ou vivants au sien du Clan. Comme Neville et Charlotte.

— Ah … et certains de notre peuple rejettent les sorciers n'est-ce pas ? Même les astu ?

Il se souvenait qu'ils en avaient parlé au Manoir. Neville et Charlotte avaient évoqué deux filles du nom de Nadeshda et Xenia qui faisait montre d'un racisme virulent.

— En effet oui, il y a plusieurs degrés bien sûr, certains rejettent seulement les sorciers alors que d'autres les considèrent … et bien comme du bétail, ou du moins une sous-espèce. Comme les sangs purs avec les moldus.

— Je vois parfaitement, murmura Eiden.

Orsu sourit et ébouriffa les cheveux de garçon d'un air paternel, il était content d'avoir réussit à calmer un peu les peurs de l'adolescent. Il comprenait ses craintes, surtout connaissant son histoire et c'était toujours difficile pour les métis élevés par les sorciers d'appréhender et de comprendre leur nouveau peuple, Eiden ne faisait pas exception.

— Si tu as la moindre question, envoie-nous un hibou et je me ferais une joie de te répondre, assura l'homme. Quelques jours sur nos terres t'aideraient sûrement à mieux comprendre tout ceci. Je sais que c'est compliqué de l'extérieur, mais c'est dans ta nature, tu va vite t'y faire, je ne m'en fais pas.

— Je serais heureux de découvrir le clan, répondit le fils Rogue, tirant un autre sourire à Orsu et Elie.

Ils discutèrent encore un moment, puis le moment du départ arriva et ils se saluèrent à la façon métisse, récitant la devise « Clan, Respect, Magie » en guise d'au revoir.

Alors que l'homme se levait pour partir, Eiden se disait qu'il n'était pas si effrayant que cela finalement, malgré son apparence austère. Il était même assez paternel. C'était probablement ses propres peurs projetées qui avaient faussé le jugement du jeune homme. Quand il avait avoué cela à sa sœur, le soir, du fond de leur lit à l'infirmerie, Elie avait ri :

— Je suis contente que tu le remarques, mais il a un sens de la paternité qui ne te conviendrait peut-être pas toujours autant.

— Que veux-tu dires ?

— Je suis comme une nièce pour lui, pourtant cela ne l'a pas empêché de me martyriser pendant des heures et des heures d'entraînement pour me former avec Lysandre et Ravena. Il est extrêmement exigeant.

— Cela ne t'a pas desservi, répondit Eiden.

— Non, ni moi ni les autres.

L'infirmière voulut les garder encore une nuit supplémentaire et les jumeaux se soumirent. Ils n'avaient de toute façon pas vraiment le choix. Lorsqu'ils purent enfin sortirent, le soleil se couchait et vendredi se finissait dans une explosion de rouge et d'orange Drago et Blaise étaient venus les chercher, tout deux de fort bonne humeur ce qui n'échappa pas aux enfants Rogue :

— Qu'est-ce qui vous met si en joie ? interrogea Eiden.

— Et bien votre rétablissement seul pourrait largement l'expliquer, mais nous avons également une petite surprise.

Le brun leva un sourcil, mais Blaise n'en dit pas plus et c'est avec surprise qu'ils les menèrent non pas en direction des cachots, mais dans le parc. Ils avaient pris grand soin de leur apporter des vêtements chauds et les jumeaux se réjouirent de cette petite ballade au-dehors, après des jours et des jours enfermés à l'infirmerie. Ils firent une large boucle, passant la cabane d'Hagrid pour finalement rejoindre le lac. Cela leur prit un certain temps, l'obscurité tombait à présent sur eux et les fenêtres du château s'ornaient de lumière réconfortante, il ne devait pas être loin de l'heure du dîner.

— Merci pour la petite escapade, fit Eiden à un Blaise qui le tenait par la taille.

— La promenade n'est pas la surprise, Den. Mais tu vas bientôt le découvrir, je pense qu'ils sont prêts maintenant.

Curieux et totalement confiants, les jumeaux se laissèrent entraîner en direction des sous-bois et eurent la surprise d'y pénétrer, droit vers le cœur.

— Vous avez prévu quelque chose dans la forêt interdite ? s'étonna Elie, hilare de marcher en cet endroit dont ses amis se méfiaient tant. Vous avez choisi sciemment en votre âme et conscience d'y entrer, de nuit et dans une de ses parties les plus sauvages ?

— Crois-moi, ce n'était pas mon idée, grimaça Drago. Et si je ne doute pas du projet, j'ai encore quelques réserves sur le lieu de son exécution.

Blaise lui lança un regard de biais, mi-moqueur mi exaspéré et lui rappela :

— Nous ne risquons rien, Dray, nous te l'avons assuré des centaines de fois.

— La dernière fois que je suis entré ici de nuit, je suis tombé sur un être obscur se repaisant de sang de licorne qui a ensuite essayé de se jeter sur Potter et moi ! Désolé d'avoir été légèrement traumatisé par cet incident.

Eid fit un léger clin d'œil à sa sœur et elle contenue son rire. Drago avait hurlé comme une fillette et c'était lâchement enfui à cette vue, laissant Harry seul face à Voldemort. Bien sûr ils étaient en première année et le blond n'avait aucune idée de l'identité de l'agresseur de la licorne, mais tout de même ! S'enfuir ainsi !

— En faite, Eiden est moi sommes considérés au mieux comme des prédateurs par les créatures de la forêt, au pire comme des égaux, il n'y a pas vraiment de risque. Tant que l'on ne fonce pas tête baissée dans le nid d'accromentules.

— Le nid de quoi ?! s'exclama Drago en tournant la tête si vite vers elle que la jeune femme entendit ses os craquer.

— D'accromentules, il y en a une colonie bien plus à l'ouest. Mais tant que nous les évitons, elles ne nous feront rien.

Le garçon grommela tout un tas de choses incompréhensibles pour le commun des mortels et lança un regard assassin à Blaise qui haussa les épaules.

— Anton m'a dit qu'il n'y avait pas de risque.

— Tu sais ce que je lui dis moi à Anton, grogna le fils Malfoy.

— J'ai ma petite idée, oui, sourit en réponse son meilleur ami.

Ils marchèrent pendant une petite demi-heure, s'enfonçant profondément dans la forêt, seulement éclairés par leur baguette et ils débouchèrent finalement sur une petite clairière éclairée d'un grand feu et des dizaines de guirlandes accrochées aux arbres proches. Des couvertures avaient été déposées sur le sol, tous autour du grand foyer et de plus modestes braseros apportaient un ajout de lumière et de chaleur. C'était vraiment magnifique, magique même. À leur arrivée, tous se tournèrent vers eux et les accueillir avec allégresse, les étreignant et les apostrophant. Ils y avaient le cercle le plus proche des jumeaux : Pansy, Théo, Ron, Hermione et Neville, les jumeaux Weasley, Lee, Ginny, Luna, Seamus, Dean, les frères Menes, Paavan et les deux amis d'Anton, le reste des équipes rouge et vertes, Andrew et Amanda de serpentard et Agathe, la petite elfe de gryffondor.

Aux deux anciens patients surpris Ron répondit :

— On voulait fêter votre rétablissement et Neville et Anton ont dit que vous aviez loupé une célébration, celle de l'Im-je-ne-sais-quoi que l'on fête en France …

— L'Imbolc, clarifia Hermione.

— C'est ça, alors on s'est dit que c'était une bonne excuse et qu'on allait la refaire ici, termina le rouquin.

— Ici ? s'amusa Eiden.

— Bah il paraît que ça se fait dehors et les Menes nous ont assurés que c'étaient sans risque alors …

Ron ne semblait pas plus perturbé que cela, contrairement à leur deuxième année où il avait crevé de trouille à l'idée d'entrer dans la forêt. Mais l'absence des acromentules et la présence de nombreux feux semblaient l'apaiser, à moins que ça ne fût la promesse des deux serdaigles …

Les participants avaient apporté de grandes caisses de boisson et de nourriture et une vielle radio enchantée diffusait des titres des Bizzar'Sisters. La fête ne tarda pas à battre son plein et les adolescents à s'égailler autour du feu, se déhanchant ou discutant autour d'un verre.

— C'était une excellente idée, merci, fit Eiden à Blaise en se contorsionnant un peu pour l'embrasser sur la pommette.

Ils étaient tous les deux assis près du feu, se reposant un moment en regardant les autres danser, le fils Rogue dans les bras de son compagnon.

— C'était une idée collective, répondit le basané, mais c'est les Menes qui ont proposé cet endroit.

— C'est bien qu'ils l'aient fait, on est bien ici.

— C'est certain, la paire de Weasley a aussi bien œuvré. Ils ont apporté des tas de choses de leur cru et ont pris la déco en main.

— C'est vraiment réussi, assura Eiden en frottant tendrement son nez contre la peau sombre. Et je suis contente qu'ils aient pensé à Imbolc, je sais que ces célébrations sont importantes pour Elie.

Imbolc était l'une des anciennes fêtes celtiques, celle qui marquait la fin de l'hiver. Elle était le témoin de grand rassemblement dans les familles métisses.

— Elles le sont pour nous tous et elles le seront aussi pour toi lorsque tu commenceras. Tu verras, c'est toujours d'excellents souvenirs.

— Je n'en doute pas une seconde, répondit l'autre en souriant au spectacle qui l'entourait.

Cette soirée avait en effet toutes les chances de rester gravée dans sa mémoire pour le reste de sa vie. Il n'aurait jamais cru en vivre de telle un jour, dans ce lieu et avec toutes ses personnes, contre le corps chaud et ferme de Blaise qui ne cessait de le tenir près de lui, comme s'il ne parvenait pas à croire qu'il était réellement là, vivant et respirant la santé. Ils n'avaient pas vraiment parlé de son séjour à l'infirmerie, mais Eiden savait que cela avait profondément marqué son petit-ami et qu'il avait eu très peur, comme les autres de le perdre. L'impossibilité de le toucher et de se tenir près de lui, du fait de l'ancolie, n'avait pas dû aider non plus, cela et le fait que même Elie n'avait pu le réconforter, pour les mêmes raisons. Presque sans y penser, il couvrit la main de Blaise, égarée sur son estomac, de la sienne et la serra gentiment. Si les rôles avaient été inversés, il ne savait pas comme lui aurait géré toute cette situation. Le voyant soudainement si pensif, le bistré lui demanda ce qu'il n'allait pas.

— Je pensais juste à comment les choses ont dû être difficiles pour toi.

Difficile, doux euphémisme, rien que l'idée de Blaise dans le coma lui soulevait le cœur. Blaise et son sourire enchanteur effacé, sa peau si belle, grisâtre et pâlie, son corps amaigrit et faible, non il ne pouvait y penser. Heureusement, son compagnon mit fin à ses pensées d'un baiser époustouflant.

— J'essaye de ne plus y penser, avoua-t-il. Et de me concentrer sur ton corps contre le mien, tiède, éveillé et sur Elie, joyeuse et sereine.

En effet, elle l'était, elle dansait actuellement avec Pansy et Ginny, couvé du regard par un Drago en pleine conversation avec Anton Menes. Ce fait amena d'ailleurs un sourire sur les lèvres des deux garçons, le blond avait-il enfin surmonté son immense jalousie ? Car bien qu'il avait assuré qu'il savait quels rapports entretenaient sa petite amie et le bel égyptien, il avait de nombreuses fois fait montre de sa possessivité, de sa jalousie et de son peu de tolérance sur le sujet. Comme quoi, l'euphorie des fêtes …

Comme s'il les avait entendus, le fils Malfoy s'excusa auprès de son interlocuteur et s'éloigna pour enlacer par derrière Elie qui sourit à son contact, se tournant vers lui pour qu'ils dansent ensemble. Le garçon avait déposé une de ses mains sur la joue de la jeune femme, l'embrassant tendrement tout en continuant leurs légers balancements. Puis la musique se fit plus entraînante et elle l'emmena à sa suite dans une chorégraphie plus rapide. Personne n'avait rien dit au sujet des légers changements des jumeaux, tous ceux qui n'étaient pas au courant mettant cela sur le compte de leur absence de trois semaines et sur leur nouvellement bonne santé. Mais pour des yeux affûtés et connaisseurs, on voyait bien ce qui avait évolué. Ils avaient à présent un air plus sauvage, des traits plus marqués : les pommettes, le nez, les muscles plus dessinés. En un mot, ils étaient plus animal, mais cela n'entachait en rien leur charme, au contraire, et Blaise ne se privait pas d'en profiter. Passant une main sous ses vêtements pour caresser sa peau nue, il nota que l'aspect de celle-ci avait subtilement changé. Elle était toujours aussi douce et souple, mais semblait à présent plus solide et le basané ne doutait pas qu'il serait plus difficile de la percer à présent. Il avait hâte également que les effets des potions stabilisatrices cessent pour qu'il puisse contempler son compagnon sous sa forme de métamorphe, mais il devrait probablement encore patienter quelques jours. La pointe d'une langue rose dans son cou le ramena à la réalité et il frissonna de plaisir en la sentant parcourir sa peau. Il en était sûr, Eiden avait accru son potentiel de charme métamorphe et contrairement à celui, mystérieux des elfes, celui, animal de son héritage changeforme le touchait bien plus, embrassant ses sens et son esprit enfiévré. Désireux de rendre la pareille à son compagnon, il lâcha un peu la bride de ses pouvoirs et laissa une partie de son attraction vélane l'atteindre. En réponse, le jeune homme grogna sourdement et lui attrapa le menton pour lui administrer un baiser époustouflant.

— Vous ne savez pas à quoi vous jouez, Monsieur Zabini, gronda-t-il.

— Je crois que si, au contraire, sourit Blaise en l'embrassant à nouveau, oublieux de la fête et des autres qui batifolaient autour. Cette nuit était la leur, il comptait bien en profiter tout son soûl, s'assurant à sa manière que son compagnon lui était enfin revenu.


[1] Senon gedia anation = ancienne prière de l'âme.

[2] Blediā = louve

[3] Caruos = cerf