N.D.A :
Bonsoir,
Merci à Cognards d'avoir relu ce chapitre et merci aux lecteurs, furtifs ou non.
Elishae
Stormtrooper2 : Elle ne peut en effet pas les accuser pour l'AD mais ils n'en ont pas finit avec elle en effet. Oui tout est clair maintenant, plus de secret.
mamy 83 : Il fallait mettre les serpentars au courant à un moment où un autre, cela fait tout de même depuis septembre que les jumeaux leurs cachent la vérité. Pour savoir s'il va se passer quelque chose entre Rose et Severus, il faudra encore attendre un peu.
Hp-clem : Merci du compliment et enchantée que cela te plaise.
Adenoide : Dumbledore se garde bien de donner toutes ses informations à Harry. Je n'imaginai pas leurs amis réagirent violemment à l'annonce de l'ancienne identité d'Eiden, pas après tout ce qu'ils ont vécu ensemble. Pour Severus et Rose, comme je l'ai dit, il va falloir patienter encore un peu.
Chapitre 14 : Rêves et marécages
Le matin de la sortie à Pré au lard, Eiden n'était pas dans le dortoir et lorsque Blaise descendit dans la salle commune pour le rejoindre il la trouva vide de toute présence de son compagnon. Cela n'était guère inhabituel, car le garçon n'avait pas renoncé à ses petites escapades, mais il le faisait d'ordinaire le soir et non le matin, lui qui préférait traîner au lit avec son compagnon. Il descendit donc dans la grande salle en compagnie de Théo et Drago, rejoignant Elie et Pansy qui sirotaient leur thé en toute sérénité, discutant d'un obscur personnage de la dernière guerre avec les gobelins dont probablement elles seules, avec Hermione, avaient retenu le nom. Les voyant ainsi Blaise parcourut la pièce du regard, mais Eiden n'était nulle part et cela commençait à l'interroger. Il s'assit cependant, conscient qu'il ne pouvait rien y faire et que son petit ami était certainement en vadrouille Merlin seul savait où. Il ne toucha pas à la moindre nourriture, se contentant de café jusqu'à ce qu'une petite brioche enduite de chocolat et de marmelade d'orange apparaisse devant lui.
— Il est dans la forêt, ne t'en fais pas pour lui.
Blaise opina à la sœur de son compagnon mais ne toucha pas à la nourriture.
— Mange Blaise, il va revenir, il ne sert à rien de s'affamer.
Une force irrépressible sembla s'emparer du bistré et il se saisit de la pâtisserie et la mangea sans même s'en rendre compte.
— Il va rentrer bientôt ?
— Pas tout de suite, dit la jeune fille doucement, consciente du désappointement de l'adolescent.
— Oh … alors il ne petit-déjeunera pas …
— Je ne pense pas non.
Le basané grimaça et fixa un instant la porte comme s'il pouvait voir au travers et trouver Eiden. Soupirant en voyant que son manège n'avait aucun effet, il mordit dans sa brioche de dépit. Il brûlait de demander des précisions, mais il ne voulait pas se montrer trop insistant et il craignait que la blonde ne le rembarre. Il n'imaginait même pas comment Drago faisait pour s'empêcher de retenir Elie dans leur dortoir. Lui-même, avec son sang métissé, avait le plus grand mal à ne pas attacher son petit ami à lui.
— Il est dans la forêt. Il est sur le point de prendre une nouvelle forme. Cela prend un peu de temps.
La jumelle d'Eiden avait glissé cela calmement, sans même lever la tête, parfaitement au courant de ses pensées. Le bistré ne put s'empêcher de sourire de la prévenance de son amie, mais l'interrogea, semblant prendre conscience de quelque chose :
— Pourquoi cela prend autant de temps ? Je croyais que c'était toujours très spontané, comme la fois dans la salle commune…
Elie but tranquillement sa gorgée de thé puis reposa sa tasse.
— Ce n'est pas obligatoire. Rien n'est vraiment écrit. Les premières métamorphoses le sont souvent, puis ensuite cela dépend de chacun. Certaines sont rapides et faciles, d'autres non, c'est ainsi. Celle-ci ne le sera pas.
— Comment cela ? demanda Blaise.
— La nouvelle forme de Den le hante depuis quelques jours, mais il lui ait difficile de passer le cap, donc cela traine.
— Ça traine ?
— Rien de tout ceci n'est anormal Blaise, sourit la jeune femme. On a tous nos petites difficultés.
Et en effet, Elie avait passé plusieurs jours avec des minuscules plumes sur le dos de la main qu'elle avait dû dissimuler avec des sortilèges, conséquence de sa transformation chaotique en rouge-gorge.
— En quoi … commença le jeune homme.
— Un cerf.
Blaise opina. Rien d'étonnant à ce qu'Eiden ait des difficultés. Le cerf était la forme animagus de James, celui qu'il avait cru être son père pendant quinze ans, celui qui était l'ennemi de son véritable père et celui dont son propre patronus avait encore la forme. Le garçon s'était posé beaucoup de questions en constatant que son patronus n'avait pas changé. D'un côté il était heureux que son protecteur soit toujours le même, qu'il garde un lien avec celui qu'il avait cru marié à sa mère, mais en même temps, il se sentait coupable vis-à-vis de Severus qui lui avait pourtant assuré que cela ne lui posait pas de problèmes. James était celui qui les avait protégés bébés, celui qui était mort pour eux, leur famille également. Il était normal qu'inconsciemment il garde ce symbole de protection. De plus, le patronus de Lily et lui étaient tout les deux des biches, donc en lien avec sa forme à lui. Le basané imaginait sans mal le dilemme moral que cette nouvelle forme pouvait représenter. Mais si Elie était là, si calme, c'est qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter et qu'ils devaient tous laisser Eiden se dépêtrer avec son maëlstrom de sentiments en paix.
Le courrier interrompit ses pensées et il accueillit avec un sourire la chouette à lunette qui venait de se poser devant lui. L'animal hulula doucement avant de mordiller son doigt gentiment.
— Hey Abãos, fit Blaise en le débarrassant de son courrier.
L'animal était le cadeau de sa sœur pour son entrée à Poudlard, cinq ans auparavant. Il détonnait assez au milieu de tous ces hiboux européens, mais le bistré l'aimait beaucoup. Il avait un caractère calme et patient et était d'une efficacité remarquable. La lettre était de sa mère, elle lui demandait des nouvelles, de lui et de ses amis et lui rappelait de demander à Severus d'inviter Eiden à prendre le thé chez eux pendant les vacances. Tout à fait conscient de la curiosité de sa mère à l'égard de son petit-ami, Blaise avait déjà interrogé celui-ci et son père, mais ce dernier lui avait malheureusement répondu que ça ne serait pas possible. La semaine de Pâques allait être très chargée pour les jumeaux et ils n'auraient pas une minute à eux. Quand Blaise demanda des précisions à son compagnon, ce dernier se contenta de hausser les épaules, ne sachant visiblement pas ce qu'avait prévu pour eux son père. Il ne s'en inquiétait cependant pas, faisant confiance à l'adulte pour tout lui dire en temps voulu. Les Rogue étaient étranges, tout le monde s'accordait à le dire, aucune famille ne fonctionnait ainsi, à la fois si indépendants et si confiants les uns envers les autres. Le bistré devait donc le dire à sa mère qui serait vraisemblablement déçue, mais elle pourrait attendre jusqu'aux vacances d'été pour satisfaire sa curiosité légendaire. Même si c'était lui qui devrait en faire les frais. Il parcourut rapidement la lettre et son regard accrocha la dernière ligne : ''N'en veux pas à ton père s'il ne t'a pas écrit, il a beaucoup de travail en ce moment avec sa nouvelle affaire''.
Alors finalement sa mère avait réussi à convaincre son mari d'abandonner l'affaire Potter. C'était… étonnant ! Marcus Zabini était reconnu pour sa ténacité et son engagement alors qu'il ait accepté de lâcher du leste… Blaise était surpris. Bien sûr son père était aussi connu pour l'amour et la confiance qu'il portait à sa femme, mais jamais le basané n'aurait imaginé qu'elle parviendrait à lui faire lâcher prise. Eiden était mal de mettre le géniteur de son compagnon en mauvaise posture et une fois que ce dernier fut mis au courant de sa véritable identité, il lui demanda de prier son père de cesser de s'opposer au Ministère au sujet de sa prétendue mort. Ce qu'on pouvait dire de son ancienne identité importait peu au fils Rogue et il ne voulait pas que Marcus se mette en position délicate pour lui. Blaise en avait donc parlé à sa mère, sans lui révéler le secret de son petit-ami, lui demandant simplement de lui faire confiance. Helena n'avait posé aucune question, n'avait fait aucun commentaire, mais apparemment elle avait réussi à faire en sorte que son époux passe à autre chose. Avait-elle deviné le véritable lignage d'Eiden ? Son fils l'ignorait, mais il était heureux que son père sorte enfin de cette situation et il était certain que le fils de Severus en serait grandement soulagé. Il s'en voulait tellement à propos de cela.
Le son d'un étranglement lui parvint et il eut tout juste le temps d'éviter le thé recraché par son voisin de troisième année avant que celui-ci ne l'asperge copieusement. Grand seigneur il lui tendit une serviette et en profita pour jeter un œil au journal qu'il avait lâché, apparemment objet de son effroi. Sur la première page s'étalait dix portraits en noir et blanc, représentant tous des sorciers sauf une qui donnait à voir une sorcière aux cheveux emmêlés et sales. Au premier regard Blaise les reconnut. Ces dix prisonniers comptaient parmi les plus cruels et dévoués mangemorts et un large encadré indiquait ''Évasion massive à la prison d'Azkaban''. Un filet de sueur froide recouvrit son dos et un frisson le gagna alors qu'il posait les yeux sur la photo d'Antonin Dolohov qui semblait le dévisager d'un air sarcastique. La légende indiquait qu'il avait été condamné pour les meurtres particulièrement violents de Gideon et Fabian Prewett, les frères de Molly Weasley, mais Blaise le connaissait pour d'autres ''faits d'armes'' que la Gazette n'allait surement pas mentionner. En effet, cet homme était particulièrement connu par les métisses pour avoir torturé et massacré un grand nombre d'entre eux, que ce soit pour le compte de Voldemort ou par appât du gain. Il en avait entendu parler par sa mère et d'autres gens du clan et le savoir de nouveau libre de ses mouvements le rendait malade. Sous sa photo se voyait celle de Bellatrix Lestrange, condamnée, entre autres, pour les tortures commises sur Franck et Alice Londubat, ayant conduit l'auror et sa femme à la folie. Discrètement il risqua un regard en direction de Neville qui avait subitement blanchi. Au vu des regards que ses camarades rouges et or lui lançaient, le jeune homme ne leur avait vraisemblablement jamais parlé de l'état de santé de ses parents. Il vit Hermione lui serrer gentiment l'épaule, mais il ne sembla pas réagir. Un mouvement à la droite de Blaise le fit se retourner et il vit Elie se lever calmement pour rejoindre le fils Londubat et l'exhorter d'une douce pression à quitter la Grande Salle avec elle. Avant que quiconque n'ait pu l'assaillir de questions, le garçon avait disparu.
— Ce n'est pas bon, fit sombrement Théo en reposant le journal de Pansy sur la table.
— Non, pas du tout, grimaça la jeune fille. Si le Ministère ne contrôle plus Azkaban et les détraqueurs, nous sombrerons dans le chaos dans quelques mois.
— Je n'arrive pas à croire que Bellatrix soit en liberté, fit Drago qui avait entendu parler de sa tante folle et sanguinaire par ses parents.
— Et pourtant, soupira Blaise. Les choses vont devenir vraiment difficiles à partir de maintenant …
— Comme si elles ne l'étaient pas déjà, grinça la brune. Le Lord a ramené à lui ses meilleurs soldats, je ne donne pas cher de notre peau.
La matinée fut morose. Et lorsqu'Eiden réapparut dans la salle commune peu avant le déjeuner, il semblait déjà au courant. Il avait compris le principal par le biais de l'esprit d'Elie et Hermione et Ron s'étaient chargés de lui expliquer le reste. Son regard brûlait d'une flamme sombre lorsqu'il rejoignit ses amis, mais il ne dit pas un mot, attendant de retrouver sa sœur pour échanger dans un celtique trop rapide pour être compris de qui que ce soit. Les deux enfants de Severus avaient la tête penchée l'un vers l'autre, le visage de marbre et la voix calme, mais l'aura qu'ils dégageaient montrait bien toute la portée de cette nouvelle. Ils discoururent un moment, perdu dans leur monde à deux puis continuèrent leur repas comme si de rien n'était.
— Ça vous dirait d'emmener Neville avec nous à Pré-au-Lard ? demanda Eiden d'une voix neutre.
Les autres le regardèrent tous d'un air surpris.
— Tu suggères que des enfants de Mangemorts accompagnent le fils de Franck et Alice Londubat aujourd'hui ? questionna Théo, incertain. Ça m'étonnerait qu'il veuille nous voir après l'annonce de ce matin…
— Nous sommes ses amis avant d'être des enfants de Mangemorts, répondit tranquillement le brun, et Neville a vraiment besoin de ses amis à présent. Et vous serez les seuls à ne pas faire montre de pitié envers lui. Peu était au courant chez les gryffondors et ils ne seront pas d'une meilleure compagnie. Il n'a pas besoin que l'on agisse différemment avec lui et c'est ce que les autres feront.
Le raisonnement du garçon plongea tout le monde dans le silence, mais finalement tous acquiescèrent, d'accord avec ce qui venait d'être énoncé.
— Comment va-t-on expliquer à nos parents que l'on traine avec Londubat au-dehors ? interrogea tout de même Pansy. Parler parfois avec lui en public à l'école est une chose, mais aller à Pré-au-lard…
— Ne t'en fais pas pour cela, personne ne nous dira rien, assura son ami et personne ne le contredit.
Et en effet, lorsqu'Elie réapparut peu après avoir déserté juste après le dessert, elle était accompagnée d'un jeune homme aux cheveux bruns clair et aux grands yeux bleus qui leur étaient totalement inconnus. Son regard triste et sa démarche un peu maladroite mirent cependant les serpentards sur la voie.
— Neville ? demanda Théo assez bas pour que personne ne les surprenne.
Le garçon hocha la tête et fit un maigre sourire.
— Ça alors comment avez-vous fait cela ? s'enquit Drago.
— Métamorphose humaine n'est-ce pas ? répondit à la place des jumeaux Pansy qui étudiait le visage de son camarade. Ce n'est pas censé être à la portée d'une cinquième année.
Elie haussa simplement les épaules.
— Je pense qu'être incognito pour quelques heures lui fera le plus grand bien.
Cela c'était certain et au vu de l'air soulagé qu'affichait le gryffondor en se mêlant à la foule sans heurt, il appréciait véritablement cette accalmie. On ne cessait de le prendre à partie et de lui poser des questions sur ses parents et les circonstances de leur accident depuis ce matin, alors il était fort content d'être enfin un peu tranquille. Ils trainèrent un peu ensemble dans le village puis Pansy décréta aux garçons qu'elle et Elie avaient rendez-vous et elles les laissèrent devant chez Zonko.
Cela faisait des semaines que la brune tannait la blonde pour l'emmener chez Madame Zimitrov, une sang pur qui tenait un salon de thé réservé aux femmes au village. C'était un établissement fréquenté par tout le gratin féminin du Royaume-Uni et Elie se devait d'en passer la porte au moins une fois selon son amie. La serpentard avait également convié Luna, Hermione et Ginny pour passer un moment ''entre filles'' et leur avait donné rendez-vous devant l'établissement.
Lorsque les deux serpentards arrivèrent devant la devanture discrète, les trois amies les attendaient déjà en effet. La rousse et la née moldu discutaient avec animation tandis que la blonde contemplait le ciel d'un air absent, jouant avec un collier de coquillage qu'elle portait autour du cou. Elles s'échangèrent quelques salutations avant d'entrer. Si Théo et Drago se montraient encore prudents vis-à-vis de l'exposition de leurs ''mauvaises fréquentations'', Pansy ne se donnait pas cette peine. Elle avait pris la décision de s'afficher quelque soit l'avis de son père et ne dérogeait pas à ce commandement. Elle risquait cependant beaucoup moins que ses deux amis, étant une femme et la cadette et si elle recevait régulièrement des lettres assassines de son père, elle les ignorait totalement, les brûlant sans pitié au petit-déjeuner.
L'intérieur du commerce était d'un charmant camaïeu de violet et de rose, affichant sans détour son type de clientèle. Le mobilier était raffiné et cher, ainsi que la carte qui affichait des prix plus dignes d'un restaurant de luxe que d'un simple salon de thé. Saluant la propriétaire d'un signe de tête, Pansy mena sans hésiter ses amies dans un coin un peu reculé, à une table de bois sombre entourée d'un petit sofa et de quelques fauteuils. Toutes passèrent commande rapidement et la brune assura devant le regard horrifié que les deux gryffondors lancèrent à la carte qu'elle s'occuperait de l'addition.
— J'ignorai qu'il existait de tels établissements à Pré-au-Lard, fit Hermione en contemplant le décor et les clientes qui les entouraient, toutes richement vêtues à la sorcière.
— Oh pas qu'ici, mais celui-ci est plutôt réputé, lui répondit Pansy en inspectant consciencieusement l'un de ses ongles peints.
— Ciel que peuvent-elles bien faire toute la journée dans cette endroit ! s'exclama Ginny en voyant trois femmes discuter un peu plus loin.
— Cancaner pour la plupart, passer le temps, se montrer soi-même et ses nouvelles acquisitions, conclure des alliances et discuter des futures noces, ricana la serpentard aux cheveux sombres.
— Les futures noces ? interrogea Hermione.
— Oui. Tu n'imagines pas combien de couples ont été formés dans ce genre d'endroit !
Les autres sourirent du ton grandiloquent de Pansy, mais la née moldu se rembrunit à ces paroles. Un sourire moqueur fleurit sur le visage de la sang pur.
— Toujours bloquée sur cette histoire de mariage arrangé n'est-ce pas ? rit-elle.
— Je n'arrive pas à croire que vous cautionnez cela ! C'est tellement rétrograde et barbare ! s'irrita la brune.
— C'est ainsi que fonctionne ce monde Hermione ! Ton monde, lui rappela la jeune femme en lissant sa jupe bleu nuit.
L'autre leva le nez en l'air.
— Je ne me soumettrai certainement pas à cette pratique digne des hommes de cavernes. C'est comme se considérer soi-même comme un objet.
— Mais c'est la pensée de nombre de personnes dans ce pays ma chère !
Elle avait un affreux ton faussement enjoué et la née moldue se crispa, puis se tourna, le visage fermé vers Elie qui n'avait encore rien dit :
— Cela ne te gêne pas qu'elle soit fiancée avec ton petit ami ? fit-elle un peu brusquement.
— Je ne suis pas réellement fiancé avec lui, nous avons seulement un accord marital, opposa Pansy.
— Cela ne veut pas dire qu'ils sont fiancés officiellement, expliqua doucement Ginny qui s'était prudemment tenue à l'écart. Cela veut dire simplement dire que Pansy est le choix le plus probable pour une future union, du moins tant que cet accord tient toujours. Mais en réalité…
— En réalité je ne suis plus le partie le plus intéressant, donc cet arrangement sera bientôt caduque, continua la fille Parkinson joyeusement. Lucius est bien plus intéressé par Elie que par moi. L'héritière Prince-Grimm, élevée par une Clairbois, métisse de haut rang et sorcière puissante ! Elle est un ajout bien plus enrichissant que moi à sa lignée !
La bouche d'Hermione se tordit à l'entente de cette dernière phrase et ses yeux brillèrent de colère.
— Elie a un cercle de relation très entendu en Europe continentale et des liens avec la plupart des grandes familles et sa venue en Angleterre à encore accru cela. Ma valeur est donc fortement dépréciée face à elle.
La née moldu avait beau savoir que la serpentard usait exprès de ces termes pour la mettre en rage, elle ne pouvait empêcher son cœur de se soulever. Elie trouva bon de calmer le jeu tout de suite.
— Mais comme mon Père n'a pas du tout l'intention de me livrer en pâture comme du bétail, le désir de Lucius n'a pas d'importance. Cela facilitera juste les choses si on en arrive là avec Drago. Et comme en plus cela arrange Pansy…
Ginny leva un sourcil interrogateur tandis que Luna pianotait distraitement sur la table de ses doigts. Personne ne pouvait dire si la jeune serdaigle les écoutait ou non, elle ne les regardait même pas.
— Vous croyez franchement que je veux me marier avec Drago ! C'est un de mes meilleurs amis, mais très franchement il a un caractère de fangieux et nous ferions sauter le manoir en quelques heures !
Les autres rirent alors qu'une serveuse discrète et empruntée leur apportait chacune leur petite théière personnelle.
— Tout le monde se marie par amour alors chez les moldus ? interrogea Pansy, sincèrement curieuse, comme si elle se lançait à la découverte d'une communauté inconnue particulièrement sauvage et reculée.
— La plupart oui, du moins dans les pays occidentaux. C'est même interdit de forcer l'union de quelqu'un ! On ne peut pas se servir de quelqu'un de cette façon pour conclure des accords commerciaux ou politiques !
— Je comprends bien que tout ceci te semble rétrograde Hermione, fit doucement Ginny. Mais c'est ainsi que fonctionne le monde des sorciers et tu y vis à présent. Ce que Pansy essaye de t'expliquer, c'est qu'il vaut mieux pour les jeunes mages de contracter une union avantageuse et d'y gagner pouvoir et autonomie plutôt que de devoir se marier de toute façon sans amour à quelqu'un de moindre. Cela ne concerne pas toutes les sorcières, seulement les grandes familles de sang pur. La plupart d'entre nous ont la possibilité de choisir et même si c'est difficile, les filles comme Pansy peuvent refuser des prétendants et orienter le choix de leurs parents.
— Du moins nous le pouvions avant la renaissance du Lord, grimaça la brune. À présent c'est comme si nous avions reculé d'un siècle dans le droit des femmes…
— Je ne vois pas l'intérêt de fiancer ses enfants si jeunes…
— Les alliances commerciales et politiques bien sûr ! répondit la fille Parkinson en portant élégamment sa tasse de porcelaine fine à ses lèvres. Si tu donnes ta fille, tu donnes ton soutien à la famille du promis. Et pour les plus scrupuleux, la protection. Si tu officialises des fiançailles, normalement cela t'assure une certaine paix, moins de harcèlements pour obtenir des accords.
Elles parlèrent un moment puis alors qu'elles quittaient l'établissement, les cinq jeunes filles tombèrent sur Narcissa et ses amies. La femme de Lucius leur adressa un sourire éblouissant, apparemment très heureuse de les revoir.
— Pansy ! Elie ! Quelle surprise !
Elle s'approcha et leur colla à toutes les deux un baiser sur la joue. Le protocole entre femmes était un peu plus lâche en de tels endroits et elle pouvait se permettre plus de familiarité. Elle demanda immédiatement des nouvelles des deux jeunes femmes et fit à Elie :
— Drago m'a raconté que vous aviez un eu accident ton frère et toi. J'en ai parlé à ton père évidemment, mais allez-vous bien à présent ?
Elie sourit, touchée par la sollicitude de la mère de son petit-ami.
— Eiden et moi allons bien mieux en effet, tout ceci est derrière nous maintenant.
La belle femme blonde hocha gravement la tête :
— Je l'espère, Drago a été si bouleversé par tout cela. Je suis tellement soulagée de te trouver en bonne forme.
Puis elle se tourna vers les trois autres et Pansy fit rapidement les présentations. Madame Malfoy ne put évidemment pas se montrer trop chaleureuse envers deux filles de familles blanches et une née-moldue, mais elle leur adressa un sourire discret avant de retourner avec ses amies.
— Elle est… très différente de la dernière image que l'on a eu d'elle, à la Coupe du monde de quidditch l'an passé, fit Hermione alors que Ginny acquiesçait.
— Madame Malfoy se doit de tenir une certaine image lorsqu'elle est en public, notamment lorsqu'elle est en compagnie de son mari, grimaça Pansy.
— Il est difficile de paraitre lorsque l'on n'est pas ainsi dans son cœur, fit sagement Luna qui n'avait presque rien dit jusque là, se contentant d'observer la situation paisiblement.
— En effet, mais c'est quelqu'un de bien et elle aime sincèrement son fils. Elle n'a juste pas eu de chance pour sa naissance et son mariage. Ni les Black, ni les Malfoy ne sont réputés pour leur ouverture d'esprit…
Pansy baissa la tête et Hermione serra gentiment son bras. Tout ce qu'elle avait cru pendant sa scolarité sur les serpentards s'était effondré cette année. Ils ne voulaient pas tous être du côté du Lord, ils n'étaient pas tous cruels et racistes. Ils n'avaient simplement pas eu de chance. Ils étaient nés du mauvais côté et les autres faisaient tout pour qu'ils y restent.
— Allez, sourit-elle, allons rejoindre les autres avant qu'ils ne dévalisent Honeyduck !
Les yeux d'Elie brillèrent à ces paroles, faisant rire les autres filles.
0o0o0
- Lily !
La petite rousse se retourna et pressa le pas pour qu'il ne voie pas ses pleurs.
— Lily ! S'il te plait !
Il l'attrapa par le poignet et la força à lui faire face, son beau visage strié de larmes.
— Quoi Sev ! explosa-t-elle de lassitude. Vas-tu encore t'excuser et tout recommencer ? Je ne peux plus supporter cela.
— Je suis désolé, Lil…
— Non, Sev ça ne marche plus ! tempêta la jeune femme, bien plus en colère que triste à cet instant.
Sans attendre, il s'approcha et l'entoura de ses bras. Elle chercha d'abord à se dégager puis s'abandonna, lasse, dans son étreinte.
— Ce n'est plus possible Sev… renifla-t-elle. Je ne veux plus faire cela. Tu restes avec toute cette bande de futurs mangemorts, ces gens qui sont si mauvais et cruels avec tout le monde. Tu restes là sans rien dire lorsqu'ils font leurs horribles coups et je sais que tu partages leur opinion.
— Pas pour tout, Lil, tu le sais bien, souffla le garçon, très peiné lui aussi. Et puis avec qui veux-tu que je sois ? Tout le monde me déteste, Potter et sa bande s'en sont assurés. Il n'y a qu'eux qui m'acceptent.
— Moi je t'acceptais Sev.
Ignorant l'emploi du passé qui lui brisait le cœur, Rogue serra un peu plus ses bras autour de la taille fine de la rousse.
— Personne de ton entourage ne comprend pourquoi, tous les autres pensent que tu es folle d'être amie avec moi.
— Je me fiche des autres ! opposa Lily.
L'adolescent ne répondit pas, il savait qu'il n'y avait rien à ajouter.
— Je t'ai entendu traiter Marla de sang de bourbe, murmura très bas Evans.
— Je…
— Non, s'il te plait, ne cherche pas à t'échapper encore une fois. Tu traites tous les autres comme moi ici. Pourquoi serais-je différente ?
Il baissa la tête, échappant à ses grands yeux émeraude et souffla sans le vouloir, comme s'il avait pensé à voix haute.
— Parce que je t'aime.
0o0
— Tu étais encore avec eux n'est-ce pas ?
Severus n'avait pas vu en entrant dans le salon que Lily était blottie dans le fauteuil. Les bras entourant ses genoux relevés contre son torse. Il ne répondit pas cependant, c'était inutile. Quelques minutes passèrent, lentes et douloureuses alors qu'ils se regardaient en silence.
— Es-tu toujours heureux avec moi Sev ? demanda-t-elle finalement d'une voix éteinte.
— Bien sûr ! Pourquoi dis-tu cela ? s'exclama l'homme fort surpris.
— Tu n'es jamais là. Tu traînes toujours avec ces gens et tu sembles... ailleurs.
— Je...
— Est-ce que tu veux encore des enfants de moi Sev ?
La voix brisée de son épouse écrasa le cœur de Severus qui tomba à genoux devant elle. Il prit sa main dans les siennes, mais elle détourna le regard.
— Parles-moi Lily, amour, supplia-t-il.
Elle le regarda enfin et le jeune homme vit qu'elle pleurait.
— Je pense que tu vas me quitter, avoua-t-elle.
Il s'immobilisa, interdit.
— Par Merlin, mais de quoi parles-tu ? chuchota-t-il.
La jeune femme sourit tristement.
— Je te connais Sev, tu ne veux pas de cela, de cette vie-là avec seulement moi et des enfants.
— Tu te trompes, fit-il rapidement, paniqué à l'idée de la perdre. Je veux cette vie avec toi et des enfants, c'est tout ce que je veux.
— Non chéri je le vois bien. C'est pour cela que tu continues de fréquenter les mangemorts. Tu ne peux te satisfaire de cela, tu veux faire quelque chose, être quelqu'un.
— Peut-être, mais rien ne vaut notre famille.
— Pendant un moment peut-être, mais ensuite ?
La peine de Lily le transperçait et enflammait la sienne, attisant le feu dans ses veines, faisant naître sa colère.
— C'est ce que Potter et sa clique disent n'est-ce pas ? Ils font de moi un mage noir en puissance qui te sacrifierait sur l'autel de son pourvoir et tu les crois ?
Elle secoua la tête, ayant toujours cet air triste qui lui arrachait le cœur.
— James n'a rien à voir avec tout cela Sev...
Il gronda et lâcha brusquement sa main :
— C'est cela n'est-ce pas ? Tu regrettes de t'être mariée avec moi et tu cherches des excuses pour me quitter ?
— Bien sûr que non mon amour ! s'exclama la femme, horrifiée de ces paroles.
Il se redressa l'air mauvais et le cœur en miette.
— Oh si c'est cela ! Pauvre Lily mariée à un mangemort qui l'a délaissé pour les forces du mal !
Elle se leva à son tour et attrapa son visage.
— Que se passe-t-il réellement Severus. Tu es distant et tu te mets en tête des sottises qui te font du mal.
— Je ... Il ne voulait pas répondre, mais les yeux suppliants de sa femme l'y poussèrent. Peut-être que c'est moi qui ai peur que tu me quittes... avoua-t-il finalement très bas.
Lily l'embrassa tendrement à ces mots et se glissa tout contre lui.
— Je ne pars pas Sev. Je t'aime et je reste avec toi, je ne veux aller nul part ailleurs.
Elle s'écarta un peu et caressa sa joue en souriant doucement.
— Va voir Adam. Parle avec lui et quand il t'aura remis les idées en place nous en discuterons. Je t'attends.
Elle ne l'avait pas attendu. Lorsqu'il était revenu, elle était partie avec Potter. Sans un mot. Severus avait passé trois jours à se soûler et lorsqu'il avait enfin trouvé le courage de la confronter il avait transplaner chez son rival pour trouver sa mère, Euphemia, qui n'avait pu que bredouiller qu'ils étaient partis à Gringotts pour arranger les fiançailles.
0o0
— Vous deviez la protéger !
Severus était dans le bureau de Dumbledore, dévasté. Depuis quelques mois il survivait. Depuis que Lily était partie avec lui. Et maintenant elle était... sa Lily, sa parfaite Lily...
— Son fils est vivant, vous savez.
— C'est le fils de l'autre ! cracha le jeune homme. Que voulez-vous que son sort me fasse ?
Le vieillard le regarda par-dessus ses lunettes à demi-lune.
— Elle est morte pour le protéger. Ne voulez-vous pas que son sacrifice soit honoré. Il a ses yeux.
Rogue ferma douloureusement les siens et une plainte étouffée s'échappa de sa gorge.
— Que risque-t-il ? Le seigneur des ténèbres est mort...
— Voldemort reviendra. Et à ce moment le fils de Lily aura besoin d'aide. De votre aide…
Pendant un moment l'homme aux cheveux corbeau fusilla le directeur du regard puis il soupira d'un air las.
— Personne ne doit savoir.
0o0
C'était le jour. Et si Severus s'était interdit d'espérer, il ne pouvait s'empêcher d'y croire encore un peu. De croire que sa Lily ne l'avait jamais trahi et que tout ceci n'était qu'un immense quiproquo. Mais c'est à cet instant qu'Il entra et que les derniers espoirs du potionniste partirent en fumée. C'était comme si l'autre était à nouveau de ce monde et revenait le hanter. Il était son portrait craché, mêmes cheveux, même teint, même visage, même silhouette malingre. Merlin, l'autre réincarné.
Severus dû faire appel aux dernières forces qu'il lui restait pour ne pas s'écrouler devant l'école tout entière.
Il ignora la bouche de Lily, ses pommettes et surtout ses yeux. Ses grands yeux verts si semblables à ceux de sa mère. Il ferma les yeux sur la petite taille et le corps trop frêle de l'enfant, sur ses cernes et ses airs de faon traqué qui lui rappelaient douloureusement lui au même âge. C'était le fils de l'autre. Pas le sien et Lily était partie pour lui.
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— Monsieur Potter, fit-il d'une voix doucereuse, luttant de toute la force de son âme pour ne pas lui jeter de sort et éradiquer de la surface de la Terre la jeune copie de son ennemi. Êtes-vous incapable de réussir la moindre petite potion ? Où votre tête est tellement enflée que vous considérez que cette tâche est indigne de vous ?
Il leva deux émeraudes attristées vers lui et pendant un bref instant il vit sa mère, la dernière fois qu'ils s'étaient parlé. Il se gifla mentalement, repoussant le douloureux sentiment que Lily n'approuverait pas du tout son attitude envers son bébé. Après tout elle lui avait menti. Elle était partie.
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— Vous le saviez.
La voix du potionniste débordait de sentiments. La colère, la peine, la honte, l'incompréhension, les remords et une petite lueur de soulagement.
— En effet. Je le savais, mais seule Lily pouvait vous le dire. Par mesure de précaution.
— Vous le pouviez encore lorsque je suis venu vous révéler le choix du seigneur des Ténèbres ! Pourquoi n'avoir rien dit à ce moment-là ? s'emporta le professeur de potion.
— Par ce que je ne savais pas si je pouvais vous faire confiance. Vous aviez la marque et vous étiez si furieux qu'elle soit avec James Potter.
— Nous étions mariés ! Bien sûr que je l'étais, qui ne le serait pas !
— La situation était compliquée alors, expliqua le directeur. J'ignorais à ce moment que vous n'aviez jamais reçu la lettre de Lily et je pensais que vous l'aviez abandonné.
— C'est elle qui… commença Severus puis il se stoppa. Quelle lettre ?
Sans un mot Dumbledore lui tendit une vieille lettre de la main de sa femme dont il se saisit sans attendre. À l'intérieur Lily expliquait que Rogers était venu la trouver peu après son départ chez Adam et qu'il lui avait révélé que les mangemorts préparaient une attaque contre lui, contre eux, à cause des doutes qu'il avait sur Rogue. La nouvelle de son couple secret avec Lily avait filtré et Voldemort préférait voir Severus mort qu'à l'ennemi avec ses dons en potions. Lily avait donc quitté leur maison, plus sûre à présent et Rodgers s'était proposé de lui transmettre sa lettre.
— Il est finalement apparu que Rodgers ne vous avait jamais transmis son message. Il vous avait prévenu à cause d'une dette entre vous, mais il ne vous aimait pas et a vraisemblablement sauté sur l'occasion pour vous faire payer vos inimités. Lily n'a jamais pu vous retrouver.
— Je suis revenu, fit Severus, complètement abattu à présent. J'ai trouvé la maison vide et ma femme chez mon rival, toute prête à se marier. J'ai cru…
Il ne put continuer et des sanglots sans larmes le prirent. Sa peine était si forte qu'elle l'écrasait, l'empêchant de respirer convenablement.
— J'ai cru qu'Harry était le fils de l'autre, j'ai été horrible avec lui et Anna… Salazar elle a été prise par les mangemorts. Qu'ai-je fait à Merlin pour qu'il détruise ainsi ma vie ?
— Allons, Severus, vous avez connu des moments difficiles, mais tout va s'arranger à présent…
— Comment ? s'emporta l'homme. Comment ? Il me déteste et Anna est à l'infirmerie. Je n'avais aucune idée de leur existence, j'ai été anéanti et maintenant je dois juste… être un père pour eux ? C'est impossible.
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Puis soudain tout bascula, les filaments prirent une teinte noire et les enfants se mirent à convulser durement. Les deux professeurs tâchèrent de maintenir comme ils le purent Elie pour ne pas qu'elle se blesse ou tombe du lit, tout comme le faisaient Rose et Poppy de l'autre côté, mais le calvaire des adolescents semblait sans fin. Les convulsions paraissaient durer depuis des heures et tout le corps de Severus lui criait d'interrompre la litanie des trois autres pour faire cesser le martyre de ses enfants. Mais il se retint, sachant que c'était la seule façon de les aider.
« Tu le savais, se répéta-t-il intérieurement, tu étais prévenu, c'est dur, mais nécessaire, c'est pour leur sauver la vie, tu le savais… » Il ferma les yeux très fort, tentant de se ressaisir, mais il ne pouvait y parvenir avec sous ses doigts le corps de sa fille qui souffrait si durement. Il s'excusa des dizaines de fois, répétant ses excuses à Elie et Eiden de leur infliger cela. Les lignes noires étaient toujours aussi sombres et il n'aurait bientôt plus la force de maintenir ainsi la jeune fille. Du coin de l'œil, il vit les larmes refoulées de Minerva et la savait agitée des mêmes pensées. Il avait l'horrible sentiment de torturer les jumeaux.
— Je sais que c'est difficile, fit la voix de Rose dans sa tête, mais rien de tout ceci n'est anormal. Leur corps se débat contre l'intrusion, tentant d'empêcher ce qui est enfoui de remonter. Mais ils vont y arriver.
Une fois de plus le son de cette voix eut un effet apaisant sur Severus qui risqua un regard vers elle. La rousse était très blanche et contenait comme elle le pouvait son patient, mais elle semblait calme et résignée, aussi confiante que ses paroles, alors Severus se calma lui aussi un peu. Il ne doutait pas de Rose. Et en effet, les convulsions s'arrêtèrent progressivement et un étrange ballet de lignes dorées foncées, de la même teinte que les tatouages du clan remplacèrent les filaments multicolores, les chassant des veines et des tissus, envahissant les deux corps minces. Cette progression cependant ne se fit pas dans le calme et les enfants s'agitèrent bientôt, comme retenues par des liens invisibles. Le cœur à la dérive, Severus leur trouva une horrible similarité avec les victimes de doloris, prisonnier de leur propre corps en fusion. Cette étape fut la pire pour tous et plus d'un faillit défaillir devant ce spectacle, se sachant impuissant à arrêter la torture des deux plus jeunes. Rogue passa tout ce temps à prier Merlin que le rituel ne fût pas vain et qu'il n'avait pas infligé toute cette souffrance à ses enfants pour les perdre finalement.
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— Non pas Severus, s'il te plait…
Une femme blâfarde aux longs cheveux noirs se tenait sur le sol, tentant de protéger comme elle le pouvait un petit garçon malingre au visage orné d'un énorme hématome.
— Silence idiote ! J'avais prévenu qu'il ne devait jamais refaire cela !
Un homme les menaçait, grand, mince et le nez crochu. Ses yeux bruns étaient fous et il semblait fortement alcoolisé.
— Il ne l'a pas fait exprès, Tobias, c'est un enfant, c'est normal que cela arrive !
— Rien de tout ceci n'est normal, Eileen, cracha l'homme. Aucun de vous deux ne l'est, avec toutes vos stupidités !
— Je…
Tobias balança un coup de pied à la femme pour la faire taire, faisant gémir le petit garçon, qu'il attrapa par le col avant de le gifler.
— Silence imbécile ! Ne t'avais-je pas dit de te taire !
Le petit Severus se mit à pleurer et la femme se releva pour tenter de l'arracher à la poigne de l'autre. Tobias grogna et la poussa rudement et la projeta sur la table basse, que sa tête heurta avec un craquement affreux. Eileen s'effondra comme une poupée de tissu et un flot de sang s'écoula de sa plaie, tachant le sol.
— Maman !
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— Eh Rogue !
L'élève se retourna rapidement, l'air paniqué.
— Alors Rogue, comme ça on ne prête plus attention à ses supérieurs ?
Celui qui l'avait interpelé était un poufsouffle de septième année, quasiment aussi large que haut, et le rire gras. Il l'agrippa par le bras et le força à se tourner vers lui et ses amis
— Où tu vas avorton ? Tu crois qu'on ne t'a pas vu avec les mangemorts ?
Severus tenta de se dégager, mais l'autre le tenait trop fermement.
— Tu crois que parce que tu as mis Slughorn dans ta poche maintenant tu es intouchable ?
Il ne répondit pas, cela ne servait à rien, il avait l'habitude.
— T'as perdu ta langue Servilus ?
La poigne sur son bras se resserra et il grimaça, ayant la sensation que ses os n'allaient pas tarder à se briser comme du verre. Les deux autres gros durs s'approchèrent et l'entouraient lorsqu'une voix retentit :
— Rogue ! On te cherchait !
Les trois jaunes et noirs s'écartèrent et contemplèrent les deux nouveaux venus d'un air mauvais.
— Tiens tiens, les petits copains mangemorts de Servilus viennent à son aide ? ricana le premier poufsouffle.
— La ferme Davis, fit l'un des serpentards, lorsque j'aurai envie d'avoir l'avis d'un pauvre sang-mêlé tel que toi je le demanderai. Viens Rogue, Slughorn te demande !
Le jeune garçon les suivit sans un mot, soulagé d'échapper cette fois-ci à ses camarades »
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— Ça va, Servilus ? lança James d'une voix forte.
Rogue réagit si vite qu'il semblait s'être attendu à cette attaque. Lâchant son sac, il plongea la main dans une poche de sa robe de sorcier et sa baguette était à moitié levée lorsque James cria :
- Expelliarmus !
La baguette magique de Rogue fit un bond de quatre mètres dans les airs et retomba derrière lui avec un bruit mat. Sirius éclata d'un grand rire qui ressemblait à un aboiement.
— Impedimenta ! dit-il en pointant sa propre baguette sur Rogue qui fut projeté à terre au moment où il plongeait pour ramasser la sienne.
Autour d'eux, les élèves s'étaient retournés et regardaient. Plusieurs d'entre eux se levèrent pour venir voir d'un peu plus près. Certains semblaient inquiets, d'autres avaient l'air de s'amuser.
Rogue était allongé par terre, le souffle court. James et Sirius s'avancèrent vers lui, leur baguette brandie. En même temps, James lançait des regards par-dessus son épaule vers les filles assises au bord du lac. Queudver était également debout à présent. Il avait contourné Lupin pour mieux voir et contemplait le spectacle avec délectation.
— Alors comment s'est passé ton examen, Servilo ? demanda James.
— Chaque fois que je le regardais, son nez touchait le parchemin, dit Sirius d'un air mauvais. Il va y avoir de grosses taches de gras sur toute sa copie, ils ne pourront pas en lire un mot.
Des rires s'élevèrent un peu partout. De toute évidence, Rogue n'était pas très aimé. Queudver émit un ricanement aigu. Rogue essayait de se relever, mais le maléfice agissait encore sur lui. Il se débattait comme s'il était attaché par d'invisibles cordes.
— Attends… un peu, haleta-t-il en regardant James avec une expression de haine. Attends… un peu !
— Qu'est-ce qu'il faut attendre ? demanda Sirius avec froideur. Qu'est-ce que tu as l'intention de nous faire, Servilo, t'essuyer le nez sur nous ?
Rogue laissa échapper un flot de jurons et de formules magiques, mais avec sa baguette à trois mètres de lui, rien ne se passait.
— Qu'est-ce que c'est que ces grossièretés, lave-toi la bouche, dit James d'un ton glacial. Récurvite !
Des bulles de savon roses s'échappèrent alors de la bouche de Rogue. La mousse qui recouvrait ses lèvres le faisait tousser, l'étouffait à moitié…
— Laissez-le TRANQUILLE !
James et Sirius se retournèrent. James se passa aussitôt la main dans les cheveux.
L'une des filles assises au bord du lac s'était levée et s'approchait d'eux. Elle avait une épaisse chevelure rousse foncée qui lui tombait sur les épaules et d'extraordinaires yeux verts en amande – les yeux de Harry.
La mère de Harry.
— Ça va, Evans ? demanda James.
Tout à coup, le ton de sa voix était devenu beaucoup plus agréable, plus grave, plus mûr.
— Laisse-le tranquille, répéta Lily.
Elle regardait James avec la plus grande répugnance.
— Qu'est-ce qu'il t'a fait ?
— Eh bien voilà, répondit James qui sembla réfléchir à la question, le plus gênant, chez lui, c'est le simple fait qu'il existe, si tu vois ce que je veux dire…
Un bon nombre d'élèves éclatèrent de rire, y compris Sirius et Queudver, mais Lupin, toujours concentré sur son livre resta impassible, tout comme Lily.
— Tu te crois très drôle, dit-elle d'un ton glacial, mais tu n'es qu'une abominable petite brute arrogante, Potter. Laisse-le tranquille !
— C'est d'accord, à condition que tu acceptes de sortir avec moi, Evans, répondit précipitamment James. Allez… Sors avec moi et je ne porterai plus jamais la main sur le vieux Servilo.
Derrière lui, les effets du maléfice d'Entrave se dissipaient. Rogue rampait imperceptiblement vers sa baguette en crachant de la mousse de savon.
— Je ne sortirai jamais avec toi, même si je n'avais plus le choix qu'entre toi et le calmar géant, répondit Lily.
— Pas de chance, Cornedrue, dit vivement Sirius qui se tourna à nouveau vers Rogue. Oh ! Attention !
Mais il était trop tard. Rogue avait pointé sa baguette droit sur James. Il y eut un éclair de lumière et une entaille apparut sur la joue de James, éclaboussant sa robe de sang. James fit volte-face. Un deuxième éclair de lumière plus tard, Rogue se retrouva suspendu dans le vide, les pieds en l'air. Le bas de sa robe était tombé sur sa tête, révélant deux jambes maigres et un caleçon grisâtre.
Des acclamations s'élevèrent de la petite foule des élèves. Sirius, James et Queudver rugissaient de rire.
Lily, dont le visage furieux avait un instant tressailli comme si elle allait sourire, lança :
— Fais-le descendre !
— Mais certainement, dit James.
Il donna un léger coup de baguette et Rogue retomba par terre comme un petit tas de chiffons. Se dépêtrant de sa robe, il se hâta de se relever, la baguette brandie, mais Sirius s'exclama :
— Petrificus Totalus ! et Rogue bascula à nouveau par terre, raide comme une planche.
— LAISSEZ-LE TRANQUILLE ! hurla Lily.
Elle avait sorti sa baguette, à présent, sous l'œil méfiant de James et Sirius.
— Ah, Evans, ne m'oblige pas à te jeter un sort, dit James avec gravité.
— Alors, libère-le du maléfice !
James poussa un profond soupir puis se tourna vers Rogue et marmonna la formule de l'antisort.
— Et voilà, dit-il tandis que Rogue se relevait tant bien que mal. Tu as de la chance qu'Evans ait été là, Servilus.
— Je n'ai pas besoin de l'aide d'une sale petite Sang-de-Bourbe comme elle !
Lily cligna des yeux.
— Très bien, dit-elle froidement. Je ne m'en mêlerais plus, à l'avenir. Et si j'étais toi, je laverais mon caleçon, Servilus.
— Fais des excuses à Evans ! rugit James d'une voix menaçante, sa baguette magique pointée sur Rogue.
— Je ne veux pas que tu l'obliges à s'excuser ! s'écria Lily en se tournant vers James. Tu es aussi mauvais que lui. [1]
Severus était perdu dans ses cauchemars, incapable de sortir du tourbillon infernal, condamné à revivre les pires moments de sa vie. Cela faisait longtemps que cela ne lui était plus arrivé, depuis le retour des jumeaux. Sa vie avait été plus simple depuis ces quelques mois, mais Merlin se faisait un plaisir de lui rappeler à présent à quel point son existence avait été un désastre. La douleur afflua à nouveau et il s'agita comme une victime d'un doloris. L'épreuve lui sembla durer des siècles puis il sentit une main tiède le saisir et lui secouer l'épaule pour le réveiller. Il sentit une seconde étreinte, mais rien ne semblait l'extraire de ses tourments. Il entendit des voix, comme à travers l'eau et une lueur blanche l'envahit, grignotant les morceaux de son cauchemar, envahissant sa vision jusqu'à les plonger dans une étendue calme où régnait un silence réconfortant. Il cessa de s'agiter comme un damné et revient doucement à la conscience. Il battit des paupières dans la pénombre et sentit une petite main lui saisir doucement la nuque, incliner sa tête et l'inviter à boire le contenu d'une fiole. Une main vient toucher légèrement son front puis il y eut de nouvelles paroles. La main se retira et fut remplacée par une autre serrant la sienne. Il cligna à nouveau les yeux et distingua dans le noir une vague forme claire surmontée d'une tache sombre.
— Elie est partie chercher quelque chose pour ta fièvre, fit la voix d'Eiden, étouffée, comme si elle provenait d'une autre pièce.
Severus sentit un poids à côté de lui et le matelas s'enfonça près de son flanc. Il sentit son fils peigner ses cheveux humides en arrière de ses longs doigts.
— Ça va aller, fit-il doucement. C'est terminé maintenant.
Il le distinguait un peu mieux à présent et il lui semblait qu'il ne portait qu'un bas de pyjama vert foncé.
— Pourquoi es-tu as moitié nu ? murmura difficilement le potionniste, la voix encore éraillée d'avoir hurlé et gémit à cause de son cauchemar.
Le rire mélodieux de son garçon lui parvint et il tirailla légèrement ses cheveux en les plaquant en arrière, comme une punition.
— J'étais quelque peu pressé, déclara-t-il, riant toujours.
Son image était toujours floue pour le professeur, mais sa voix lui paraissait plus clairement.
— Comment tu… commença le plus vieux, mais il fut interrompu par le retour de sa fille et soudain une masse dorée envahit son champ de vision.
— Coucou, murmura la jeune femme doucement. Je te serais reconnaissante de boire cela, Atta [2].
Il s'exécuta et sentit la tiédeur du liquide passer dans sa gorge jusqu'à son estomac, le réconfortant du même coup. Bientôt la chaleur se diffusa dans son corps entier et il se sentit mieux.
— Je vais t'enlever ta chemise pour appliquer le baume d'accord ? Il devrait t'aider à respirer, dit-elle d'une voix douce.
Avant qu'elle ne lui en parle, Severus n'avait même pas remarqué que sa respiration était toujours chaotique et rauque. Il sentit ses doigts défaire agilement son vêtement et exposer son torse pâle. Le potionniste n'avait jamais été très épais, mais depuis que ses enfants lui avaient été rendus, il prenait davantage soin de lui et avait repris goût à la vie, mangeant correctement et faisant plus d'exercices. De fins muscles s'étaient donc développés là où n'avait régné que la maigreur depuis le départ de Lily. La saveur fraiche et légèrement mentholée du baume pénétra ses narines et doucement il se calma et inspira plus lentement et profondément. Eiden l'avait enjambé au retour de sa sœur et se tenait à présent de l'autre côté, caressant toujours ses cheveux, assis en tailleur contre son flanc. Severus ne l'avait jamais connu si attentionné, mis à part envers Elie et cette constatation lui réchauffa agréablement le cœur. Il ne subsistait de son mal qu'une légère douleur aux tempes qui s'évapora lorsque la jeune fille y apposa quelques gouttes d'une potion violine. Il la soupçonnait de garder à l'écart les horribles images de ses rêves et de maintenir la douce félicité blanche dans son esprit.
— Est-ce que tu vas mieux ? demanda Eiden.
— Oui, ta sœur m'a rafistolé.
— Ouais, elle est douée pour cela, ricana le garçon.
Elie leva les yeux au ciel et envoya une bourrade amicale dans l'épaule de son frère.
— Ne vous battez pas au-dessus de moi s'il vous plaît, fit Severus en se relevant difficilement avec l'aide de ses deux enfants.
— On ne se bat jamais physiquement sous notre forme humaine, répliqua Elie en remontant la couverture sur lui.
— Je ne sais pas vraiment comment je dois prendre cela, grogna le professeur.
— Comme cela vient, je suppose, se moqua gentiment son fils.
— Je préfère ne pas savoir que mes enfants sont de petites brutes qui en viennent aux mains.
— On n'en vient pas aux mains, riposta le garçon, ce n'est pas comme cela.
— Je le sais bien, Eiden, souffla Severus en les couvrant d'un regard tendre. Merci de prendre soin de moi.
Il haussa un sourcil, visiblement surpris qu'il les remercie.
— Tu es notre père, répondit-il, c'est normal que l'on te soutienne. Tu prends soin de nous également.
— C'est mon rôle de le faire pas le vôtre, soupira Severus.
— Oui tu as raison, il vaut bien mieux qu'on te laisse te débattre seul avec les horreurs de ton passé. Ce n'est pas comme si la mort de maman, les brimades de ta jeunesse, tes peines nous intéressaient ! Je veux dire, on s'en fiche non ? grinça ironiquement l'adolescent.
— Je… commença Severus puis il sembla comprendre ce que cela sous-entendait. Attends, comment sais-tu cela ? Et d'ailleurs que faites-vous ici ? Comment êtes-vous au courant ?
Les deux adolescents échangèrent un regard et détournèrent la tête sous l'œil blasé de leur père :
— D'accord, soupira-t-il à nouveau. Qu'avez vous encore fait ?
Eiden ouvrit immédiatement la bouche pour protester, mais la referma face au sourcil arqué de son géniteur et ce fut sa sœur qui répondit :
— Il est possible que…
— Que ? fit le potionniste, s'attendant à peu près à tout.
— Et bien les métisses ont un lien plus fort avec ceux qui partagent le même sang que les sorciers et…
— El, la vérité, l'interrompit son père alors qu'elle grimaçait.
— On a semble-t-il pratiqué un rituel pour renforcer ce lien, termina-t-elle précipitamment, tentant de noyer ses propos.
— Un rituel ? s'exclama l'adulte. Vous ne croyez pas que vous avez assez donné dans les rituels dangereux et oubliés.
— Celui-ci n'était ni dangereux, ni oublié, apaisa Eiden. Il est couramment utilisé dans les familles métisses. En réalité c'est un dérivé de celui réalisé lors des mariages.
— Pourquoi avez-vous fait une telle chose ?
— On voulait pouvoir te venir en aide s'il t'arrivait quelque chose et comme c'est tout à fait ton style de te laisser mourir dans un coin sans rien nous dire… explicita le jeune homme.
Severus était choqué. Chaque jour il était plus heureux d'avoir ses enfants, chaque jour plus fier. Il savait qu'ils l'aimaient, ils ne se gênaient pas pour le lui dire et le lui montrer, souvent, pour rattraper le temps perdu et le rassurer. Mais il n'imaginait pas qu'ils feraient cela, qu'ils feraient en sorte de veiller sur lui en toutes circonstances… Bien sûr c'était plutôt à lui de faire une telle chose, mais Eiden et Elie ne s'étaient jamais vraiment comportés comme des enfants normaux et leur famille était atypique alors… Une famille atypique, mais parfaite, sa parfaite famille.
— On a senti que quelque chose n'allait pas, dit Elie. Et en te touchant tout à l'heure, tu nous as fait voir tes cauchemars. Je pense que tes défenses étaient mises à mal et que la douleur a abaissé les barrières.
Severus ne put s'empêcher de se sentir honteux, mal qu'ils aient vu tout cela et en particulier le dernier souvenir, celui où il se faisait humilier par James et Sirius, celui où il insultait Lily…
— Cela ne change rien, s'empressa de dire Elie, devinant ses pensées.
— En vérité, cela nous fait simplement être encore plus fier de t'avoir comme père, renchérit Eiden. Que tu ais tenu après toutes ses horreurs, que tu sois un si bon père malgré tout ce qui t'est arrivé.
L'homme resta silencieux, il voyait à présent nettement le visage tranquille de ses jumeaux qui ne paraissaient pas du tout choqués ou rebutés de ce qu'il venait de voir. Merlin ce qu'il pouvait les aimer.
— Écoute, cela ne change rien, on a tous des choses honteuses de notre passé, j'en ai ma part et Elie a la sienne aussi. Je suis sûr qu'elle ne t'a jamais parlé de cette mésaventure avec la parisette de la Lande aux jonquilles et…
Il y eut un éclair et Eiden poussa un petit cri, frottant son bras orné d'une marque rouge.
— Tu n'étais pas obligée de faire cela, bougonna-t-il.
Elle ne lui offrit qu'un sourire carnassier en réponse.
Le lendemain les trouva ainsi, discutant tous les trois blottis dans le lit du plus vieux. Au petit déjeuner ils se séparèrent et Eiden s'assit à la table des Gryffondors, juste en face des jumeaux Weasley qui parlaient des nouveaux tests de leur boîte à flemmes.
— J'ai besoin de votre aide, fit-il sans détour.
Les deux rouquins le regardèrent avec curiosité, cessant immédiatement toutes autres activités:
— Que pouvons-nous faire pour toi ? interrogea Fred.
— Je dois entrer dans le bureau d'Ombrage.
Les deux autres ne frémirent même pas, se contentant de sourire d'un air rusé.
— On a peut-être une solution.
— Je vous écoute.
Le matin suivant, alors qu'il s'asseyait avec les autres à la table du petit-déjeuner, sa sœur le contempla un instant en silence puis commença à manger, sans rien dire.
— §Vas-tu essayer de me persuader de ne pas le faire ?§
— §Pourquoi ferais-je une telle chose ?§ déclara-t-elle tranquillement, mordant avec effusion dans un petit pain au lait.
— §Peut-être parce que c'est incroyablement dangereux et stupide ?§
— §Ce n'est pas stupide. §
Il la contempla, surpris. Ils n'en avaient pas parlé et malgré leur lien, Eiden était certain que ses sentiments embrouillés n'avaient pu être interprété par sa sœur. Il s'attendait donc à devoir argumenter et plaider sa cause. Mais apparemment, ce n'était pas le cas.
— §Je sais que voir ses souvenirs a été difficile pour toi, quoi que tu en ais dit à Atta. Cela a été difficile pour moi aussi. Mais je sais que c'est surtout ce dernier rêve, avec James et Sirius qui t'a bouleversé et cela, je ne peux le partager entièrement avec toi, parce que Sirius n'est pas mon parrain, parce que je ne le connais que depuis quelques mois, parce que je n'ai pas vécu quatorze ans en croyant que James était mon père. Tu as besoin de le voir, d'en parler avec lui. Je sais que cela te mine et je te comprends, alors ce n'est certainement pas moi qui vais te dire de ne pas le faire. §
Sans un mot, Eiden l'attrapa dans ses bras et la serra fort contre lui.
— Je t'aime El. Je suis tellement heureux que tu fasses partie de ma vie, chuchota-t-il dans ses cheveux.
— Je le suis aussi, Eiden.
Il la tint un moment puis la relâcha sous le regard surpris des autres qui ne s'en mêlèrent pourtant pas, respectant leur intimité. Ils se rassirent convenablement et reprirent leur repas comme si de rien n'était.
— §Sais-tu ce que préparent les jumeaux ?§
— §Oui. §
— §Tu participes à cela ?§
— §Je ne suis pas dans toutes les combines de Fred et George, Den. §
Il ricana, la faisant sourire malgré elle.
— §Pas cette fois, Caruos. Je sais cependant que c'est une diversion parfaite pour toi. §
— §Je vois, § sourit le jeune homme aux cheveux sombres.
— §Non ça m'étonnerait, rit Elienor. C'est vraiment… enfin bref tu verras. §
Il n'insista pas, sachant qu'elle ne lâcherait de toute façon rien. Mais il était rassuré de savoir qu'elle le soutenait et qu'elle comprenait. Elle pourrait l'aider à expliquer son renvoi à leur père s'il se faisait attraper. Sur cette bonne pensée, il prit le chemin de la salle d'histoire de la magie. Les cours passèrent lentement pour lui et il ne put empêcher une vague de nervosité de monter en lui. Après le déjeuner et les cours de l'après-midi, il se rendit dans les étages comme le lui avaient conseillé les jumeaux, ignorant le brouhaha inhabituellement élevé qui retentissait non loin. Devant la porte d'Ombrage, il hésita un instant puis se tourna vers sa sœur à qui il tendit la carte du maraudeur. Elle lui avait proposé de faire le guet, seule elle était au courant de son plan.
— Si je me fais renvoyer…
— Tu ne te feras pas renvoyer Eiden, même si je dois assommer une nouvelle fois le vieux crapaud pour cela, assura sa sœur.
Il acquiesça, incapable de faire un sourire et serra sa cape d'invisibilité dans sa main.
— J'y vais, à tout à l'heure.
Il entra dans le bureau grâce au couteau offert par Sirius et ne perdit pas de temps, s'agenouillant immédiatement sur le tapis rose devant la cheminée. Il se saisit d'une pincée de poudre verte, la jeta dans l'âtre et s'exclama ''12 square Grimmaurd !''.
La sensation de sa tête tourbillonnant tandis que le reste de son corps restait lourdement cloué au sol était étrange et déplaisante. Décidément, les transports magiques n'étaient guère son fort. La chaleur environnant sa tête était vraiment bizarre et il ne put s'empêcher de tousser en avalant de la poussière.
— Eiden?
La voix de Remus l'interpela et une paire de jambes apparut dans son champ de vision avant que l'homme se baisse et emmène sa tête au même niveau que la sienne.
— Eiden ? Est-ce que tout va bien ? Il y a un problème ?
Le garçon grimaça.
— Non, pas exactement. Enfin… je ne sais pas, avoua-t-il.
L'homme fronça les sourcils.
— Explique-moi, le pria-t-il gentiment.
Il le fixa un moment, l'image du jeune lui ne faisant rien pour défendre son père de ses deux parrains lui revenant douloureusement, mais il répondit cependant.
— J'ai vu un cauchemar de Père, un souvenir de sa scolarité. Dedans vous étiez là, toi, Pettigrow, James et Sirius. C'était après les BUSE de défense, près du lac, le jour où James jouait avec un vif d'or et vous… ils…
— Ils malmenaient Severus, termina pour lui le loup-garou. C'est ce jour-là ?
Eiden hocha la tête, incapable de faire autre chose.
— Ok. Attends un instant, je vais chercher Sirius, lui fit l'adulte, semblant comprendre à présent ce qui l'amenait.
S'il répugnait à laisser l'adolescent seul dans un état qu'il devinait difficile, le problème ne pouvait se résoudre sans l'animagus. Il se dépêcha donc de trouver Sirius et de le ramener en bas.
— Hey Eiden salut !
— Salut Sirius, fit ce dernier un peu timidement compte tenu de la situation.
— Qu'y a-t-il ? Tu as l'air préoccupé ?
La gorge soudain nouée l'adolescent ne put répondre et fut très reconnaissant à Remus de l'expliquer pour lui.
— Il a vu l'un des souvenirs de Severus accidentellement, celui près du lac, après les BUSE de Défense contre les Forces du mal…
L'homme aux cheveux de jais sembla réfléchir un moment puis son visage s'éclaira avant qu'il ne se rembrunisse finalement :
— Oh...
Un silence tendu s'installa jusqu'à ce qu'Eiden le rompe :
— Pourquoi ?
— Eiden… commença son parrain.
— Pourquoi ? Pourquoi avoir été si horrible avec lui ?
— Lui et James se sont détestés dès le premier regard. Comme toi et le fils Malfoy avant l'arrivée d'Elie.
— Non, opposa le garçon. Nous nous détestions c'est vrai, mais jamais l'un de nous n'a humilié l'autre ainsi. C'était plus que de simples querelles, c'était de l'humiliation pure et simple. Malfoy et moi avions chacun nos amis, nos soutiens, aucun de nous n'était malheureux et rejeté par toute l'école. Vous vous êtes acharnés sur une victime qui ne pouvait pas répliquer.
— Severus était déjà très bon en magie, Eiden, temporisa Lupin. Il était capable de répliquer, il l'a fait de nombreuses fois. Ce souvenir n'était peut-être pas à son avantage, mais il y a eu d'autre fois où c'était le cas.
L'adolescent lui lança un regard noir.
— Toute l'école le détestait. Alors, ne venez pas me dire qu'il pouvait répliquer. Vous l'avez humilié devant tout le monde et personne n'a bougé le petit doigt pour l'aider, si ce n'est ma mère et vous avez provoqué leur première véritable dispute.
Les deux hommes eurent le bon sens de paraître gênés.
— Écoute Eid, commença Sirius, ne nous juge pas trop durement. Nous n'avions que quinze ans et…
— Moi aussi j'ai quinze ans, s'emporta le jeune homme. Et alors que vous vous amusiez à mettre la honte à un pauvre gars devant tout le monde, mes amis et moi nous nous entrainons contre Voldemort et organisons des filières de sauvetages pour les enfants de mangemorts…
— Vous faites quoi ? s'exclamèrent ensemble les deux hommes.
Le fils de Rogue fit un geste agacé de la main.
— Vous le savez très bien, c'est pour cela que Dumbledore s'est enfui !
— Oui nous savions pour l'AD, mais pas pour le reste… qu'avez-vous organisé Eiden ? interrogea Remus d'une voix douce qui se voulait apaisante.
— L'Ordre ne voulait pas aider ceux qui vont être marqués alors nous l'avons fait ! fit-il effrontément, une lueur accusatrice dans ses yeux émeraude.
Les deux hommes échangèrent un regard et soupirèrent de concert.
— Nous avons soutenu Rogue sur cette question, Den, déclara Sirius en s'agenouillant sur le tapis, mais les autres…
— Je sais, souffla le jeune homme. Mais nous ne pouvions pas les laisser se faire marquer sans rien faire.
— C'est vraiment très courageux de faire cela. Vous allez sauver ces jeunes.
Remus s'était lui aussi assis en tailleur pour plus de confort.
— Personne ne sera sauvé Rem, soupira Eiden. C'est la guerre, la plupart d'entre nous vont mourir et ceux qui survivront seront brisés à jamais.
Les deux hommes frémirent d'entendre le garçon parler ainsi. Il était si jeune, jamais de telles paroles n'auraient dû sortir de sa bouche. Sirius pâlit puis déclara :
— Tu as raison Eiden, nous avions le même nombre d'années que toi, mais nous n'avions pas le même âge. Nous étions insouciants, confiants en l'avenir et un peu idiots c'est vrai, nous nous amusions à faire tourner en bourrique ton père et c'était cruel, je m'en rends compte maintenant, mais tu es bien plus mature que nous l'étions. Tu as su voir au-delà des maisons…
— Si vous aviez tendu la main aux serpentards à l'époque, certains ne seraient pas devenus Mangemorts, papa n'aurait pas été obligé de se réfugier auprès d'eux et maman ne serait peut-être pas morte.
Le cœur d'Eiden était comme serré dans un poing glacial et sa respiration se faisait plus difficile sur le coup du chagrin.
— Rien n'est certain, mon garçon et de toute façon nous ne pouvons revenir en arrière. À nous de nous concentrer sur ceux que l'on peut sauver maintenant.
— Je ne comprends pas ce qui vous poussait à vous acharner autant sur lui, murmura le fils de Severus.
— Je te l'ai dit, nous étions des idiots et Rogue était un petit personnage sombre, enfoncé jusqu'aux yeux dans la magie noire, il était terne et ne parlait à personne. De plus James était persuadé d'avoir le béguin pour Lily alors il voulait lui faire payer leur proximité.
— Croyait ? demanda le plus jeune.
Sirius haussa les épaules.
— Il ne l'aimait pas, même s'il le pensait durant un moment. C'était plus de la jalousie envers ton père. Il ne croyait simplement pas que quelqu'un de lumineux et gentil comme Lily soit si proche de lui.
— Quel était le problème avec cela ? Ils se connaissaient depuis l'enfance… argumenta le jeune garçon.
— James était le fils unique d'un couple âgé et riche, il était un peu trop gâté et supportait assez mal qu'on s'oppose à lui, dit doucement Remus. Mais ça s'est arrangé avec l'âge et il a fini par comprendre qu'il aimait Lily comme une sœur et rien d'autre.
L'adolescent eut un rictus tordu.
— Écoute, James était quelqu'un de bien, un peu idiot parfois, surtout lorsqu'il s'agissait de Severus, mais le meilleur ami que l'on puisse avoir. Il est devenu animagus pour moi, rappela le loup-garou. Tout le monde ne peut pas être aussi incroyable que vous à quinze ans.
— Nous ne sommes pas incroyables, bougonna Eiden. On fait simplement ce qu'il faut pour avancer dans le noir.
— Et c'est vraiment impressionnant, Den, même si aucun de vous ne devrait avoir à le faire, ajouta Sirius. Nous sommes très fiers de toi et d'Elie aussi. Et je suis certain que James et ta mère le seraient également. En faite ils sauteraient au plafond de savoir que tu as monté une association de défense illégale sous le nez du ministère.
Eiden sourit et voulut répondre lorsqu'il sentit une pression sur son épaule, restée à des centaines de kilomètres, en Écosse.
— C'est Elie, je dois y aller, fit-il rapidement.
— D'accord. Prends soin de toi et souviens-toi que l'on t'aime et que tu es le digne héritier des maraudeurs ! lança Sirius avant qu'il ne disparaisse.
Le retour au sol dur du bureau d'Ombrage fut un peu douloureux et déplaisant, mais Elie ne lui laissa pas le temps de réagir et le traina dans un coin avant de les recouvrir tous deux de la cape.
— Rusard arrive ! chuchota-t-elle.
Et en effet, le déplaisant personnage entra quelques secondes plus tard, marmonnant dans sa barbe avec excitation.
— Elle est là, elle est là, siffla-t-il joyeusement.
Il tira joyeusement les tiroirs du bureau et finit par en sortir un morceau de parchemin qu'il contempla un instant comme le Saint-Graal.
— Le voilà, l'autorisation ! Des années que je l'attendais et la voilà !
Il semblait au bord de la crise cardiaque tellement il sautait partout et ce n'était sûrement pas bon pour son âge de s'agiter ainsi comme un cabri. Les yeux injectés de sang et la bouche si étirée que cela ressemblait plus à une grimace qu'à un sourire. Il embrassa le parchemin et sortit sans attendre en scandant :
— Ils vont payer, toutes ces années de tortures et maintenant ils vont payer. À présent que les châtiments corporels sont autorisés finit le règne des petits voyous.
Les jumeaux échangèrent un regard horrifié.
— Qu'ont fait les Weasley ? souffla Eiden.
— Normalement rien qui ne lui permette de les attraper, répondit Elie qui semblait cependant s'en faire.
Elle se releva et le tira dans son sillage vers la sortie, s'assurant cependant que la cape les couvrait bien tous les deux. Ils traversèrent le couloir après avoir convenablement refermé la porte. Une fois assez éloignés, ils purent retirer la cape et Eiden suivit Elie à l'étage inférieur, le ventre tordu d'appréhension. Ils gagnèrent finalement un autre couloir envahi par un grand nombre d'élèves, mais la blonde se faufila entre eux et parvint à guider son frère jusqu'à l'objet de toutes les attentions. Au milieu du grand cercle des adolescents se tenait une Ombrage fulminante, mais étrangement satisfaite, un Rusard euphorique, serrant toujours son décret contre son cœur et la paire de Weasley, parfaitement calme et souriante. Une partie des adolescents étaient recouvert d'une substance marron-verte indéfinie, qui couvrait également le sol et les murs jusqu'à mi-hauteur. Un certain nombre d'enseignants et de fantômes étaient également présents et Severus haussa un sourcil en les voyant débarquer, son front se plissant sous la réflexion qui se mettait en marche dans son crâne.
— Vous trouvez amusant de transformer un couloir de mon école en marécage ? interrogea une Ombrage triomphante.
Fred lui lança un regard mi amusé, mi-moqueur.
— Follement en effet !
Il n'y avait aucune trace de peur dans le regard malicieux des rouquins et cela ne semblait guère plaire à la ''Directrice''.
— Vous allez voir ce qu'il en coûte de dégrader mon établissement Messieurs ! répondit vertement le crapaud. Argus, avez-vous le formulaire ?
— Oui Madame, assura-t-il, un sourire lui mangeant le visage et l'excitation à un tel niveau qu'il ne tenait pas en place.
— Parfait ! Vous allez donc… commença l'immonde chose rose.
— Oh nous n'allons rien faire du tout avec vous, ricana George. En vérité, nous n'aurons à partir d'aujourd'hui plus le moindre rapport avec votre détestable personne.
— Comment osez-vous… s'étrangla Dolores Ombrage qui enflait à présent tel un crapaud-buffle.
— Oh nous nous permettons beaucoup de choses, vous savez ! Et si notre mère n'a pas été capable de nous remettre dans le droit chemin en dix-sept ans, je doute que vous puissiez le faire, se moqua Fred en fusillant la femme du regard. Surtout avec des méthodes cruelles et d'un autre temps…
— Vous… commença la Directrice, mais le cri assuré des jumeaux l'empêcha de terminer sa phrase.
— Accio balais !
Un grand bruit retentit et les deux objets arrivèrent, et Ombrage voulut dire quelque chose, mais George la coupa :
— Non, inutile de nous dire au revoir, nous nous en passerons bien.
— Inutile également de nous souhaiter bonne chance, c'est nous qui le faisons, renchérit son frère.
Après une parodie de salut militaire moldu, les deux rouquins montèrent sur leur balai et décolèrent immédiatement, se mettant hors de portée d'Ombrage et de Rusard qui les contemplait d'un air idiot, les bajoues pâles et frémissantes.
— Pour ceux qui seraient intéressés par cette petite merveille…
— Le Marécage portable, disponible, tout comme nos autres produits…
— A notre nouvelle adresse, au 93 Chemin de Traverse, chez Weasley, Farces pour sorciers facétieux…
— Nos nouveaux locaux…
— Nous accordons une réduction aux élèves de Poudlard…
— Qui promettent de s'en servirent contre cette vieille harpie.
La susnommée hurla à sa brigade inquisitoriale de les rattraper, mais ils étaient déjà hors d'atteinte. Une seconde plus tard, ils s'élançaient au-dehors dans la lumière rouge du crépuscule, sous les applaudissements nourris de la foule. Eiden nota même les sourires réjouis de bons nombres de professeurs, dont son père qui ne cachait pas son air moqueur.
— Merlin, ma mère va me tuer… souffla Ron.
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— Je te dis que ma mère va me reprocher cela à l'instant même où je poserai le pied sur le quai ?
Hermione leva les yeux au ciel devant tant de bêtise.
— Tu dis n'importe quoi Ron, comment ta mère pourrait te reprocher le départ des jumeaux ? C'est ridicule.
— Que tu dis ! Elle va me reprocher de ne pas avoir deviné, de ne pas les avoirs empêché et tout sera de ma faute.
La née moldu renifla, mais ne répondit pas. Ginny éclata de rire et se moqua de son frère alors que les autres souriaient simplement.
— Oh s'il te plait Ron, cesse de jouer les martyrs ! lui dit-elle et le garçon lui lança un regard sombre avant de s'enfoncer dans la banquette.
— Lorsque je mourrai sous la colère de Maman, vous ferez moins les malins ! geignit le jeune garçon.
Personne ne prit la peine de lui répondre et il retomba dans sa bouderie, laissant tomber sa tête contre le mur du compartiment. Près de lui était installés Hermione, Drago et Elie qui somnolait dans les bras de ce dernier. Neville était à leurs pieds, jouant à la bataille explosive avec Théo et Ginny. Pansy, Luna, Blaise et Eiden avaient investi le banc opposé. La main du basané était possessivement posée sur la cuisse d'Eiden tandis qu'il discutait avec Pansy et Luna. Lui était occupé à regarder la partie qui se déroulait sous ses yeux, riant des pitreries de ses trois amis.
— Et puis comment ont-ils eu cet argent de toute façon ? renchérit Ron qui n'avait de toute évidence pas lâché cette histoire.
— Ron… soupira Ginny.
— Non sérieusement, il y a dû falloir beaucoup d'argent et ils n'ont pas pu en gagner autant avec leurs ventes à la sauvette !
Eiden détourna les yeux, mal à l'aise alors qu'un œil aux couleurs changeantes s'ouvrait et se fichait dans le sien. Puis Elie le referma et retourna à son somme. Du moins, elle en avait l'air.
— Je ne sais pas, leur entreprise fonctionne peut-être mieux que ce que nous l'avons cru, dit Ginny en haussant les épaules.
— Moi aussi je me suis posée la question, intervint Hermione, mais j'ai du mal à imaginer que ce soit le cas. Je veux dire, cela marche bien, mais de là à pouvoir se payer un local si vite…
— Quelle importance ? intervint Pansy. Ils en ont un et leurs affaires marchent, cela ne nous regarde pas comment ils les gèrent.
La sang pur avait évidemment un rapport différent avec l'argent que les Weasley, ayant toujours vécu dans l'opulence et n'étant certainement pas aussi regardante qu'eux sur sa provenance…
— Je suis sûr que Dingus les a persuadés de tremper dans ses sales histoires, continua le rouquin.
— Tu crois qu'ils feraient quelque chose d'illégal ? s'inquiéta Hermione, qui semblait à la fois songeuse et anxieuse.
— Je ne sais pas, avoua le plus jeune fils des Weasley, ils n'ont jamais franchi la ligne, mais ils voulaient tellement leur entreprise et cet argent n'est pas arrivé tout seul alors…
— Oui, mais de là à s'acoquiner avec des voleurs ou faire du trafic de chaudrons volés, s'exclama la brune.
Eiden fit une grimace agacée, il ne voulait pas que l'on découvre son implication dans cette histoire et il ne désirait certainement pas que Madame Weasley l'apprenne, mais si les autres commençaient à s'imaginer de telles choses, alors il ne pouvait garder plus longtemps le silence.
— Ils ne font pas de trafic de chaudrons volés, soupira-t-il.
— Comment le sais-tu ? interrogea Ron.
— Je le sais c'est tout.
Le rouquin tourna le regard vers la petite blonde qui avait toujours les yeux clos et semblait dormir.
— Est-ce qu'Elie leur donne de l'argent ?
Nul n'ignorait que les jumeaux étaient très riches, surtout depuis qu'ils s'étaient retrouvés et avaient mis leur fortune en commun.
— Elie ne leur fournit que des services, pas d'or, répondit avec lassitude le jeune homme aux cheveux noirs.
— Mais alors, qui l'a fait ? s'enquit Hermione qui avait elle aussi fortement envisagé cette possibilité.
— Je l'ai fait.
— Toi ? Mais c'est parfait ! s'enthousiasma son ami. Alors tout est entièrement de ta faute ! Je peux le dire à Maman ?
— Je suppose, soupira Eiden. Surtout si elle s'imagine qu'ils font du trafic de chaudrons volés…
Ces mots firent rire Pansy, Neville, Théo, Ginny et Blaise et sourire les autres. Mais Hermione, elle, fronça les sourcils :
— Tu as dû leur donner une grosse somme pour qu'ils en soient là, c'est vraiment très généreux de ta part Eiden, même si cela ne m'étonne pas vraiment.
Ce dernier secoua la tête.
— Je leur ai simplement donné mon prix du Tournoi. Pas mon argent personnel.
Le silence régna soudain dans le compartiment.
— Tu leur as donné l'argent de la récompense ? Mille gallions ? s'étouffa Ron. Merlin Eiden, c'est une fortune !
Son ami haussa les épaules.
— Je ne le désirais pas, c'était aussi le prix de Cédric et ses parents n'ont pas voulu le prendre et moi je… je ne pouvais pas garder cette chose tachée de sang alors que je ne le méritais pas… Donc je l'ai donné aux jumeaux et je ne regrette pas le moins du monde.
La poigne de Blaise se resserra doucement sur lui, sentant la tristesse l'envahir au souvenir de la mort du jeune poufsouffle.
— C'est vraiment généreux, répéta doucement la née moldu.
— Je n'ai jamais considéré ce prix comme mon argent Hermione. Je l'aurai probablement jeté dans un égout alors il est bien où il est. Je suis content et fier de ce que les jumeaux en ont fait.
Elle opina, comprenant le point de vue de son meilleur ami. Ils changèrent ensuite de sujet, voyant qu'il était douloureux pour leur ami.
Lorsque le chariot passa pour le déjeuner, Eiden acheta des friandises pour tout le monde et du chocolat pour sa sœur qui s'était éveillée entre temps. Celle-ci prit aussi de ces friandises à la menthe que Blaise adorait et lui fourra dans la main.
— Ce n'est pas la peine El, je peux les payer, fit-il en sortant un peu d'or de sa poche.
— C'est un cadeau Blaise garde ton argent.
Le ton était très doux, mais le geste du basané fut suspendu comme si elle lui avait envoyé un sort. Incapable de terminer son mouvement il s'immobilisa puis baissa le bras, cachant sa surprise à la sœur de son compagnon.
— Ok, répondit-il.
Il se rassit, prit dans ses pensées. Ce n'était pas la première fois qu'une telle chose arrivait, mais le basané n'avait aucune explication. Le rire communicatif de Ginny retentit soudain dans le compartiment, chassant ses réflexions de sa tête. Ce n'était de toute façon pas très grave, et il finirait bien par avoir des réponses, tôt au tard.
Elie avait elle aussi regagné sa place et enfournant l'immense barre dans sa bouche, elle ronronna de plaisir et se glissa à nouveau entre les bras de son compagnon.
— Je peux ? lui demanda-t-elle avec un petit air adorable sur le visage.
Drago sourit et accepta avant de lui embrasser la tempe. Quelques secondes plus tard, un petit renard blanc pelucheux se tenait sur ses genoux. Se roulant en boule, l'animal s'installa confortablement et ne tarda pas à se rendormir.
— Merlin, j'adore lorsqu'elle fait cela, fit Pansy en couvant son amie métamorphosée du regard.
— C'est de loin sa forme la plus mignonne, approuva Ginny en passant doucement ses doigts dans la fourrure douce tout en prenant garde à ne pas la réveiller.
— Et encore tu ne l'as pas vu jouer ou faire la sieste avec Eiden lorsqu'il est également sous cette apparence, sourit Blaise.
— J'imagine, répondit la rousse.
— Elle dort beaucoup en ce moment non ? intervint Théo en fronçant les sourcils.
— C'est normal, le rassura son jumeau. Elle va probablement se métamorphoser dans les jours qui viennent, mais elle n'arrive toujours pas à distinguer la forme. Ça la fatigue un peu, mais rien de grave.
— Je vois, mais pourquoi se métamorphoser pour une sieste ?
— Les émotions sont plus primitives ainsi et puis c'est une question de confort, elle a plus de place comme cela.
— Cela n'a évidemment rien à voir avec le fait que Dray aime avoir sa petite peluche à câliner, se moqua gentiment Blaise en riant.
Le blond lui lança un regard polaire tout en ramenant un peu plus le petit corps d'Elie contre lui.
— Comme si tu n'aimais pas non plus, grogna-t-il, son image de petit prince froid et sans cœur sérieusement atteinte.
— Oh, mais je n'ai jamais prétendu le contraire moi, rétorqua son ami en riant plus fort.
Le voyage fut paisible, ils discutèrent, jouèrent aux cartes, ayant condamné l'entrée de leur compartiment pour que personne ne les surprenne ensemble. Elie se réveilla plus tard de sa sieste et se lança dans un débat avec Ginny, Neville et Luna sur les propriétés de la narcisse de mer, toujours contre Drago qui n'avait pas prévu de la lâcher, sachant très bien qu'il ne la reverrait pas avant la rentrée. Severus les avait prévenus qu'ils seraient très occupés cette semaine et qu'ils ne reviendraient pas au Manoir Prince. Si cela avait intrigué les jumeaux, ceux-ci n'avaient pas insisté, se doutant qu'ils sauraient de toute façon ce qu'il en était en temps et en heure.
Des heures plus tard, Eiden et Elie descendirent du train avec leur valise et les cages des hiboux, leur serpent confortablement installés sous leurs vêtements. À peine sortis, ils furent happés dans l'étreinte de Molly Weasley qui les inspecta scrupuleusement en quête du moindre signe de mauvaise santé.
— Je me suis tellement inquiétée pour vous mes enfants ! dit-elle en frottant maternellement le dos d'Elie. Et tu as l'air fatigué mon ange. Tu es certaine que ça va ?
— Oui Madame Weasley j'ai simplement fait une sieste dans le train, assura la jeune femme.
— Oh, d'accord…
— Laisse les Molly voyons, tu les étouffes ! rit Arthur en les embrassant tous deux.
Derrière eux se tenait un jeune homme aussi roux qu'eux, vêtu de bottes, d'un jean et d'une chemise solide. Le garçon était plutôt trapu, mais assez grand tout de même, très semblable à la paire Weasley bien que ses yeux soient bleus et non pas marrons. Il présentait d'assez nombreuses cicatrices, notamment une grosse brûlure sur le bras. Il souriait et tendit joyeusement la main à Eiden :
— Content de te revoir, Maman s'est fait du mouron.
— Il semblerait en effet, fit en retour le brun. Mais il n'y a plus lieu à présent. Je te présente ma sœur Elienor, que tu n'as pas encore rencontrée. Elie voici...
— Charlie, acheva-t-elle à sa place.
— Euh oui... fit le rouquin, surpris.
Elie sourit et serra sa main.
— Tu sens le dragon, précisa Eiden.
— Oh je vois. Je ne pensais pas que c'était si flagrant.
— Ça ne l'est pas, on a juste quelques facilités.
Les canines aiguisées de la jeune fille sortirent légèrement, instinctivement, mais Charlie n'eut pas le moindre mouvement de recul. Bien qu'il fût au courant de la nature des jumeaux, c'était tout à son honneur.
— Dans une réserve en Roumanie c'est cela ? interrogea la blonde.
— Cela aussi on le sent sur moi ? demanda malicieusement le jeune homme.
— Non, ça c'est tes frères qui me l'ont dit.
— Ils ne jurent que par toi. Tu les aides dans leur entreprise si j'en crois mes informations…
— Je donne quelques coups de main, accorda-t-elle.
Le dragonnier lui rendit son sourire espiègle et ils se séparèrent pour rejoindre leur père qui les attendait non loin en compagnie de Narcissa et Helena. Les deux femmes serrèrent les jumeaux contre elles et demandèrent des nouvelles bien qu'il fut certain que Severus les avaient déjà renseignées.
— C'est dommage que tu ne puisses venir ces vacances au Manoir Eiden, cela aurait été un plaisir de t'y accueillir.
Le garçon eut un petit sourire d'excuse, mais Severus leva les yeux au ciel et déclara à son amie :
— Tu peux bien attendre encore quelques semaines avant de kidnapper mon fils et de lui faire subir ton interrogatoire.
— Tu es toujours si dramatique Severus ! soupira la belle vélane. Je n'imaginais rien de tel.
Cependant le regard éloquent qu'échangèrent Blaise et le potionniste convaincu les autres de la justesse de cette analyse et Helena rit doucement en secouant la soie brune de ses cheveux.
Les trois adultes s'éloignèrent ensuite un peu pour laisser les quatre adolescents se dirent au revoir et Blaise attira aussitôt à lui son compagnon. Enroulant ses bras autour de son corps fin, il fourra son nez dans ses cheveux, s'enivrant de son odeur pour tenir cette semaine loin de lui. Jamais depuis qu'ils se connaissaient ils n'avaient été séparés si longtemps. Même à Noël. Bien sûr il y avait eu l'épisode de l'infirmerie, mais Blaise avait pu le voir à ce moment et Eiden avait dormi tout du long.
— S'il te plaît, fais attention à toi...
— Je ferais mon possible, assura Eiden en caressant le creux de ses reins.
— Tu vas te jeter dans les ennuis tête baissée oui. Devons-nous réellement parler de Quirrell, du basilic, des détraqeurs et du tournoi ? murmura le basané.
— Tu dis cela comme si c'était de ma faute, rit doucement le brun.
— Prend seulement garde, chuchota l'autre.
Ne le laissant pas répondre, le bistré l'entraîna dans un baiser tendre et amoureux. Lorsqu'ils s'écartèrent Drago parlait à l'oreille d'Elie, la main plongée dans ses cheveux. Un baiser plus tard, ils se séparaient également.
— Par pitié, prenez soin de vous et essayez de rester sage ! soupira le fils Zabini, certain cependant que ses mises en garde resteraient sans effet.
— On tâchera de rester en bonne santé, répondit docilement Elie.
— Je doute de toute façon de pouvoir espérer mieux.
Puis ils retrouvèrent leurs parents. Le professeur les entraîna à l'écart et les fit transplaner chacun leur tour dans une petite ruelle sombre et mal famée.
— Charmant, ironisa Eiden.
— La prochaine fois nous arriverons directement dans la maison, promit Severus, mais il faut déjà que je vous enregistre dans les protections.
Le garçon hocha la tête et ils sortirent de la ruelle pour déboucher sur une autre, un peu plus grande, mais en meilleur état.
— Où sommes-nous ?
— Dans la petite ville de Carbonne-les-mines. C'est ici que votre mère et moi on a grandi.
— Oh... c'est...
— Lugubre ? proposa Elie.
— Ouai, quelque chose comme ça. Sans vouloir t'offenser Ater [1].
Severus sourit.
— Non je suis d'accord. C'est lugubre. C'était mieux avant, maintenant c'est un peu sinistré, beaucoup de gens sont partis et la population vieillit. Il y avait un parc plus loin qui était sympa quand j'étais jeune. Je ne sais pas ce qu'il en est à présent.
— Pourquoi est-on ici ? s'enquit sa fille.
— Officiellement je vis ici, puisque personne ne connaît l'existence du Manoir. Donc vous également.
Il les mena dans une autre petite rue, franchit un minuscule jardin à l'abandon et grimpa les quelques marches de pierres avant d'ouvrir la porte d'un simple touché sur le panneau. Il s'effaça pour les laisser entrer et Elie le fit courageusement, débouchant dans un petit vestibule sombre. Deux capes étaient pendues dans l'entrée et on distinguait dans l'ombre un grand placard mural. Elle ne fit aucun commentaire et accrocha son blouson moldu près des capes.
— §Drôle d'odeur. Beaucoup de poussière, siffla Assia dans son cou.§
— §La maison n'est jamais habitée.§
— §Lourde ambiance. Air pesant.§
— §Oui, papa n'était pas heureux tout seul ici.§
— §Cela va changer maintenant. Il est heureux avec vous. Bonnes odeurs.§
Elle darda sa langue dans le vide comme pour les goûter et glissa vers l'épaule de sa porteuse, sortant à demi de son pull.
— Venez, ne restons pas là, dit Severus en les entraînant ailleurs.
Ils pénétrèrent dans une grande pièce qui faisait office de salon et de salle à manger. Une vieille cheminée faisait face à un canapé et deux fauteuils défoncés du côté de l'entrée tandis qu'une vieille table et quelques chaises étaient regroupées de l'autre. Entre on trouvait un antique meuble à vaisselle et un bureau couvert de parchemin. La pièce dégageait une impression froide et austère. De lourds rideaux défraîchis cachaient la double fenêtre du fond. Sur la droite un vieil escalier branlant menait à l'étage et sur la gauche une porte ouverte donnait sur la cuisine. Un pan de mur était couvert de rayonnages où s'alignaient des dizaines et des dizaines de livres. Une impression étrange à cet endroit et une odeur bizarre parvenait à Elie. Eiden semblait aussi l'avoir senti puisqu'il demanda à leur père :
— Il y a un passage derrière la bibliothèque ?
Severus fronça les sourcils.
— Oui, mais comment le sais-tu ? Il est censé être indétectable.
— Je l'ai sentis. L'odeur est différente là-bas.
— Évidement, marmonna le potionniste.
Elie renifla un peu et identifia les fragrances mêlées à celle de la poussière et du renfermé.
— C'est un laboratoire n'est pas ? interrogea-t-elle.
— Oui, répondit, résigné, son père. Ce passage est censé être secret et vous le découvrez en deux secondes.
— Rassure-toi peu de gens ont nos gènes, encore moins dans ce pays, mais un sort pourrait sans doute camoufler les odeurs.
— J'imagine. Je ferai des recherches pour en trouver un intraçable.
Il leur fit visiter la cuisine, le petit cellier attenant et l'étage où se trouvait trois petites chambres, une minuscule salle de bains et une pièce qui devait servir de bureau à une époque, mais qui était plutôt un débarra à présent, ainsi qu'un grenier presque vide et une cave emplit de toiles d'araignées. La pièce cachée était comme Elie l'avait deviné un laboratoire de potions.
— Allons-nous rester ici toutes les vacances ? interrogea Eiden en descendant les escaliers.
— Non, fort heureusement nous ne passerons que deux nuits ici.
La maison n'était guère accueillante il est vrai, mais rien qui ne motive la haine que semblait ressentir Severus à son égard et Eiden eut sa réponse lorsque son père avoua :
— C'est ici que j'ai grandi, c'est la maison de mon père. Je l'ai quittée dès que j'ai pu et ne suis revenu que lorsque...
Il ne termina pas, mais chacun avait compris.
— Vous n'avez pas vécu ici alors avec Maman en sortant de Poudlard.
— Non, nous avions une petite maison à Flagley-le-Haut, mais je l'ai vendue. Je ne voulais plus y vivre après qu'elle soit partie.
— Ça fait quatorze ans que tu passes tes deux mois d'été ici ? demanda doucement Eiden d'une voix où transparaissait malgré tout la surprise et la tristesse.
— Oui. Je n'étais pas exactement la personne la plus enjouée du monde et je me fichais bien à l'époque d'où je vivais ou de quoi j'avais l'air. Je n'y ai rien changé.
Il semblait vraiment triste et amer à propos de ces quatorze longues années de solitude, mais il se reprit et leur adressa un sourire.
— Mais c'est différent maintenant et j'aimerai la remettre en état si vous êtes d'accord pour m'aider. Après tout vous êtes censés avoir passé Noël ici donc la maison devrait être... Je ne sais pas, plus accueillante et chaleureuse.
Les jumeaux acquiescèrent vigoureusement, faisant naître un sourire tendre sur le visage de l'adulte.
— Bon et si nous nous attaquions au dîner avant toutes choses. J'ai ramené de la nourriture de Poudlard, mais n'en prenez pas l'habitude, il va falloir cuisiner ici. Il n'y a pas d'elfes dans cette maison et je ne veux pas les faire venir pour que personne ne se doute de leur existence et par extension celle du Manoir. Un bon sorcier peut toujours déceler des traces de magie.
— Pas de problème, cela ne nous dérange pas de cuisiner, répondit Eiden.
Le potionniste ébouriffa affectueusement les cheveux de son fils.
— C'est ne sera l'affaire que de demain de toute façon, affirma-t-il.
Ils dînèrent donc sur la table branlante du salon et discutèrent joyeusement des changements à opérer dans la maison. Conscient qu'ils n'auraient que le lendemain pour s'y atteler, ils identifièrent le plus urgent et se mirent d'accord. Quelques croquis furent dessinés par Severus et les compétences d'Elie en enchantement d'objet furent mises à contribution. Pendant que les deux hommes réfléchissaient aux changements à apporter à la cuisine, Elie partit jeter un coup d'œil au grenier pour y dénicher quelques petites choses qu'elle pourrait utiliser.
Ainsi d'un jeu de vieilles flûtes en verre qu'elle changea en globes, elle fit une sorte de guirlande, incorporant de véritables flammes à l'intérieur. Quelque uns des plus beaux croquis de Severus furent encadrés et vinrent orner le mur au-dessus du bureau, représentant tous des plantes médicinales ou en usage dans les potions. Une jolie lampe, métamorphosée à partir d'une grande feuille de parchemin et d'un serpent de papier vint éclairer d'une lumière douce le coin détente. Le plafonnier avait été remplacé par une brassée de boules de verre enflammées et la table, ainsi que les chaises, nettoyées, poncées et vernies par les soins de Severus. Eiden quant à lui s'occupa d'offrir une seconde jeunesse à la cuisine, son sens pratique fortement aiguisé par le temps passé dans celle de la tante Pétunia.
Quand Severus les invita à aller se coucher, il était déjà minuit passé et les enfants n'avaient pas arrêté.
— On s'occupera des meubles, de l'étage et du jardin demain. Il est tard, allez vous coucher.
Il monta lui aussi, l'estomac noué à l'idée de dormir à nouveau dans cette maison. Se laissant tomber sur le matelas de la chambre parentale, il contempla les murs nus avec un dégoût non dissimulé. Il avait fait disparaître toutes traces de son géniteur en réinvestissant l'endroit après la mort de Lily, mais c'était toujours aussi difficile, surtout à cet endroit. Il écouta un moment le bruit de la douche d'Eiden. Il ne se rendit même pas compte qu'il avait terminé et que la porte de sa chambre s'était ouverte lorsqu'un poids prit place sur ses genoux et entoura son torse de ses bras. Même les yeux fermés il aurait reconnu sa fille. Son odeur, bien que très proche, était tout de même subtilement différente de celle de son frère. Une odeur de muguet en plus de celle de mousse et de sous-bois et un petit quelque chose d'autre qu'il n'arrivait pas à identifier.
— On peut dormir avec toi ?
Elie n'aimait pas dormir en lieu inconnu, mais elle y réussissait normalement en dormant avec son frère. Cependant Severus n'était pas assez naïf pour croire qu'Elie le faisait pour elle. Nul doute que ses enfants avaient deviné les sentiments qui l'habitait dès qu'il passait la porte de cette maison.
— N'est-ce pas à moi de vous rassurer ?
Elie haussa les épaules, pas du tout surprise d'être percée à jour.
— On anticipe. Si c'est pour te tirer de tes cauchemars dans quelques heures... autant que chacun d'entre nous passe une bonne et complète nuit.
— Je vois…
Il savait qu'il aurait dû se sentir mal d'être ainsi rassuré comme un enfant, par ses enfants, et c'était le cas, mais il était également touché de leur sollicitude. Il avait passé quinze ans le cœur brisé, certain d'être indigne de tout amour et ses enfants apparaissaient et lui prouvaient que tout ceci était faux. Ils lui montraient chaque jour qu'ils l'aimaient indéfiniment, tout entier et tel qu'il était avec son passé, son affreux caractère et le reste.
Profitant du câlin de sa fille au maximum, il poussa doucement la tête de la plus jeune contre sa clavicule. Il l'avait fait d'instinct la première fois, puis ayant constaté que cette position leur faisait beaucoup de bien à tout les deux il avait recommencé. Plus tard, en lisant les grimoires envoyés par Rose sur la nature de ses enfants, il avait appris que c'était une posture appréciée des métisses pour réconforter leurs enfants. Une histoire d'énergie qu'il n'avait pas vraiment comprit, mais savoir que c'était efficace lui suffisait. Les interactions physiques avaient toujours été simples avec Elie, même pour une chauve-souris des cachots comme lui. Elle avait été élevée dans ce mode de communication et allait toujours le trouver si adorablement lorsqu'elle voulait un câlin qu'il n'avait jamais pu le lui refuser. Il n'en avait de toute façon jamais eu l'envie. C'était une chose naturelle avec elle, d'autant qu'elle savait parfaitement quoi faire et comment se placer pour les réconforter tous les deux. Avec Eiden cela avait été plus long, à cause de leur passif important d'une part, mais aussi parce que le garçon ne savait pas comment faire, n'ayant pas été habitué à cela et n'osait jamais prendre l'initiative. Et comme lui non plus… c'était l'attitude totalement ouverte d'Elie qui les avait décoincés par rapport à cela, quémandant régulièrement les bras de l'un et de l'autre, elle avait montré la voie. Et même si à présent il en avait légèrement moins avec le jeune homme, qui préférait s'asseoir contre lui, les cuisses en contact que véritablement sur lui, tous deux avaient brisé la glace et trouvaient tout ceci normal.
Au bout d'un moment Elie se releva et disparut quelques instants pour le laisser se mettre en pyjama, puis réapparut avec son frère qui frottait ses cheveux d'une large serviette. Il l'abandonna dans un coin et se laissa tomber comme une masse sur le lit avec un grognement de plaisir. Si Severus sourit de ce comportement, il ne chercha pas à le reprendre, il était tard, tout le monde était fatigué et il était si content de les avoir près de lui. Il s'installa un peu maladroitement et Eiden roula pour se coller contre lui, enfonçant sa tête dans l'oreiller qu'il avait apporté. Rapidement la chaleur du corps de son fils, plus élevée que la sienne, se propagea dans le sien et sa respiration se calma. C'était presque comme s'il n'était plus dans cette affreuse maison. Il se concentra sur la présence d'Eiden qui s'était blotti contre lui bien qu'il ne soit qu'un peu plus petit et sentit quelques minutes plus tard le matelas s'affaisser un peu et l'odeur d'Elie l'envelopper. Il ne l'avait même pas entendu arriver. Dans la pénombre il la vit se glisser sous les couvertures qui luirent un bref instant avant de redevenir normales, diffusant à présent une douce chaleur.
— Merci Den, chuchota la jeune femme.
Un grognement endormi lui répondit et elle se lova contre l'autre flanc de son père. Eiden s'était endormi immédiatement après son sort, comme en témoignait le calme et la profondeur de sa respiration.
— Bonne nuit Atta [2].
— Bonne nuit El.
Elle ferma les yeux et s'immobilisa, le souffle paisible. De longues minutes passèrent et pourtant, malgré la présence de ses deux enfants contre lui et le calme de son esprit qu'il était certain de devoir attribuer à sa fille, Severus ne réussissait pas à s'endormir. Il ne bougeait pas et tentait de rester serein pour ne pas réveiller ses enfants, mais le sommeil le fuyait. Un poids semblait être tombé sur sa poitrine et la bile lui remontait à la gorge. Une fois encore cette maison le rendait fou. Décalant légèrement sa tête, il tomba sur les yeux ouverts de sa fille qui luisaient très légèrement dans le noir. Ils ne parlèrent pas, mais la blonde chuchota quelques mots en celtique et les murs et le plafond disparurent, laissant la place à un ciel clair et étoilé. Une légère brise odorante vint caresser le visage du potionniste qui contemplait, ahuri, la plage sauvage qui avait remplacé sa maison. Bien qu'il sache qu'il ne s'agissait que d'une illusion et que personne n'avait bougé de l'Impasse du Tisseur, il ne pouvait s'empêcher d'être bluffé, et de se sentir bien mieux. L'air était chargé d'odeur d'iode et de plantes et le doux ressac de la mer apaisait son cœur. L'endroit ne ressemblait à rien qu'il avait connu et il s'interrogea sur sa localisation et sa réalité.
— C'est une plage où j'aimais aller lorsqu'on était sur les terres du Clan, avoua à voix basse Elie pour ne pas réveiller son frère. Je la trouve rassurante.
Il hocha doucement la tête, les yeux perdus dans les étoiles brillantes. Sans même s'en rendre compte, il s'endormit.
[1] extrait d'Harry Potter et l'Ordre du Phénix, J.K Rowling, Gallimard, 2003, Londres. p723 à 727.
Je voulais cet épisode dans ma fiction, mais je ne vois pas l'intérêt de la réécrire alors qu'elle est très bien dans le livre, donc la voilà. Elle n'est évidemment pas de moi, c'est un emprunt.
[2] Atta : papa
