N.D.A :

Bonsoir,

Merci à Cognards d'avoir relu ce chapitre et merci à ceux qui passent, lisent, commentent.

Pour le prochain chapitre j'ai le regret de vous annoncez qu'il faudra patienter une semaine de plus, je serais en déplacement donc dans l'impossibilité de le poster à la date prévu. A dans trois semaines donc.

Elishae


mamy 83 : Une nouvelle fois merci de votre fidélité et de vos commentaires, cela fait chaud au cœur.

Guest : Je les trouvent également particulièrement imbuvables, d'autant qu'eux étaient plusieurs face à un adolescent seul. Pas vraiment le comportement dont pourrait se vanter des gryffondors. Fort heureusement Severus a sa famille maintenant. Merci d'avoir pris le temps de commenter !

Adenoide : Severus a malheureusement un certain nombre d'ennemi. Merci de ta fidélité !


Chapitre 15 : Vacances

C'est le soleil doux du printemps anglais qui le réveilla, passant à travers le rideau qu'il avait oublié de fermer. Sa chambre avait repris son aspect normal et il était seul dans son lit, apparemment depuis un moment si l'on en jugeait à la froideur des draps. La lumière qui entrait semblait encore jeune, mais il s'était réveillé plus tard qu'à son habitude. Sans attendre plus longtemps, il se leva, se passa rapidement un coup d'eau sur le visage pour en ôter les dernières traces de sommeil et s'habilla rapidement de vêtements moldu. Quoi qu'en dise Eiden et ses gentilles moqueries sur son goût pour les dramatiques mouvements de cape, il aimait le plaisir simple de revêtir un pantalon. C'était tout de même bien plus pratique et accommodant que de porter une robe. Évitant habilement les deux marches particulièrement bruyantes du vieil escalier, il traversa le salon vide pour trouver son fils devant un mug moldu, en grande discussion avec les deux serpents de la famille. Il portait un t-shirt où s'étalait une image animée de Victor Krum exécutant la feinte de Wronski et un jean brut bleu. La scène était étrange, entre deux mondes, mais bizarrement réconfortante, comme une chose naturelle qui pouvait se produire tous les matins ce qui pourrait être le cas. Le potioniste resta un moment silencieux sur le pas de la porte jusqu'à ce qu'Assia ne le voit et ne siffle pour indiquer sa présence à l'adolescent. Les deux autres tournèrent alors la tête vers lui et le garçon fit moqueusement :

— Déjà debout ?

— Je pourrais dire la même chose pour toi, riposta l'adulte, mais il n'eut en réponse qu'un sourire éblouissant.

Intérieurement il était reconnaissant à Eiden de dédramatiser un peu la situation. Il n'avait aucun doute qu'il savait que la première partie de sa nuit avait été difficile, comme son retour en cette maison et qu'il déviait volontairement le sujet. S'avisant de l'absence de sa fille tout en se servant lui aussi un mug nouvellement métamorphosé de café, il s'assit en face du garçon.

— Elle est partie acheter quelque chose pour le petit-déjeuner. Et de la viande pour Saffi et Assia.

Severus avait apporté quelques petites choses, suffisantes pour les deux repas qu'ils devraient concocter, mais il n'y avait rien de frais pour les deux serpents. Il posa son regard sur la plus proche des créatures qui s'approcha doucement et posa sa tête sur sa main. Comprenant la demande il ouvrit légèrement ses doigts pour l'inviter à monter sur lui. Le professeur n'avait jamais été homme à éprouver de la peur pour les serpents et ceux de ses enfants étaient tout à fait civilisés. Il avait eu de nombreux contacts avec eux au fil de ces derniers mois et les deux reptiles l'approchaient régulièrement. Le corps chaud et étrangement doux de la petite béryl glissa contre sa peau jusqu'à son épaule où elle resta juchée, le corps enroulé au-dessus de son coude pour ne pas le gêner dans ses mouvements. Elle siffla un instant puis laissa sa langue effleurer la peau de son cou.

— Qu'a-t-elle dit ? interrogea Severus.

— Elle est contente que tu ais dormi, elle dit que tu es bien plus apaisé ce matin, répondit le garçon tandis que Saffi oscillait devant lui dans une parodie de posture d'attaque qui semblait les amuser tout deux.

Le potioniste haussa un sourcil et le jeune homme continua :

— Ils font attention à nos proches. Je ne sais pas si c'est leur statut de familier ou leur race qui est plutôt sociable, mais ils sont assez protecteurs avec notre famille au sens élargi. Tu savais que Saff avait dormi avec Blaise tout le long de mon séjour à l'infirmerie ?

— Je l'ignorai.

— Assia aurait probablement fait la même chose si Drago l'avait laissé faire.

— Il a… un passif avec les serpents.

— Je sais. Mais cela tant à se résoudre, du moins avec Assia. Il la laisse venir à lui à présent.

L'adulte hocha la tête, en tant que parrain, il n'ignorait pas les réticences du jeune Malfoy à l'encontre de ces animaux, ni même son origine, mais il était heureux qu'il tente d'exorciser cela.

Ils parlèrent ensemble pendant encore quelques minutes des cours et plus particulièrement de l'enseignement déplorable de Défense contre les forces du mal lorsque la porte d'entrée se ferma doucement et qu'Elie apparut dans la cuisine chargée de deux sacs en papier kraft. Elle en déposa un sur la petite table de la cuisine en embrassant son père sur la joue puis se chargea de découper rapidement l'une des pièces de viande qu'elle avait rapportées en petits morceaux pour les deux serpents. Saffi migra immédiatement vers le plan de travail, couvant des yeux la nourriture tout en se tenant tout de même à distance du couteau aiguisé. L'œil empli de convoitise il parvint à chiper un morceau sans se blesser et s'écarta pour le savourer au calme. Severus le regarda faire d'un air amusé puis recentra son attention sur Assia.

— C'est étrange comme ils vous correspondent, murmura-t-il. Je veux dire, cette petite chose est le seul reptile capable de transmettre de la chaleur et plus je la côtoie et plus je me dis que son caractère ressemble à celui d'Elie. Comme pour Saffi, qui adore littéralement les lits et Blaise (à ces mots Eiden rigola doucement). Il a un caractère assez tempétueux lorsqu'il est de mauvaise humeur et ce sont des serpents, les seuls animaux avec lesquels vous pouvez communiquer. Alors il est remarquable qu'ils soient justement vos familiers.

— Il n'y a rien d'étrange là-dedans, papa, tout ceci est au contraire parfaitement logique, ils sont nos familiers, des compagnons de vie si aucun accident ne se produit, c'est normal qu'ils nous soient compatible. Parce qu'ils sont une part de nous.

— Je vois, des serpents pour des fourchelangs, quoi de plus normal.

— C'est un avantage non négligeable il est vrai, répondit Elie en déposant deux petits tas de viande sur la table. Mais tout le monde ne peut pas converser avec le sien, même s'ils se comprennent tout de même, dans une certaine mesure.

— Rose a un familier ? demanda Severus. Ne me dit pas que cet Aelurus est son compagnon de vie !

Elie ricana mais ne répondit pas.

— Merlin, dis moi que cette créature de l'enfer n'est pas son familier ! Il a un caractère déplorable…

Elie secoua la tête et éclata de rire en donnant des morceaux de chairs tendres à Assia toujours installée sur le professeur. Rose n'avait pas de familier.

— Tu as rencontré Mahès ?

— Tu veux parler de ce monstre à poil bleu ? Oui je l'ai rencontré. Quel fichu caractère, il semble plus orgueilleux encore que Drago.

Elie ne réagit même pas. Si même son père s'y mettait…

— Euh, un Aelurus ? C'est… le gros chat de Rose n'est-ce pas ? interrogea Eiden qui se débattait avec les souvenirs de sa sœur.

Elle opina et Severus en profita pour changer de sujet, non pas que le fauve vaniteux et sadique de Rose ne soit pas un sujet satisfaisant, mais…

— Vous êtes toujours d'accord pour aller chercher des meubles ce matin ?

— Bien entendu, rétorqua Eiden en prenant une des pâtisseries qu'Elie avait ramenées de la boulangerie.

— Il y a une boutique sur le chemin de traverse qui devrait faire l'affaire. Vous avez d'autres choses à voir ?

Les deux enfants secouèrent la tête.

— Très bien, alors si vous êtes prêts, ne tardons pas.

Ils furent rapidement sur place et s'occupèrent d'abord de la cuisine, Eiden avait pris les mesures et savait exactement ce qu'il voulait. L'électroménager de Severus était vieux et entièrement moldu, mais les sorciers avaient adapté certains appareils non magique pour le confort de la population sorcière. La famille Rogue changea donc la cuisinière, qui faisait également four et le frigidaire, bardé de sortilèges de refroidissement et de conservation. De l'extérieur ils avaient tout d'innocents objets moldus mais en réalité, ils étaient améliorés par magie. Ils firent également l'acquisition d'une nouvelle table, plus élégante et plus adaptée à la nouvelle décoration, l'ancienne serait reléguée dans le laboratoire. Ils prirent aussi trois nouveaux lits, le potioniste se refusant à les faire dormir dans des meubles de son père plus longtemps et quelques autres petites choses que l'employé fit livrer directement chez eux grâce à un des elfes de maison de la boutique. Une fois revenus à l'Impasse du Tisseur, il leur fallut le reste de la matinée pour tout mettre en place, mais grâce à la magie, ils purent s'en sortirent sans trop de problèmes et pendant qu'Elie terminait d'arranger les draps de chacune des chambres, les deux hommes se chargeaient de préparer rapidement le déjeuner. L'ambiance de la maison avait totalement changé. Bien sûr l'extérieur côté moldu était resté le même, mais le salon s'était paré de vert amande et mousse, confortable et serein. L'ancien canapé avait été remplacé par un nouveau, plus moderne et deux fauteuils assortis. Le mobilier avait été soit changé, soit harmonisé avec le nouveau bois clair, la salle de bains s'était vue remettre au goût du jour et les chambres, quoique simples, avaient totalement changé de visage. Il ne restait plus grand-chose de l'ancien logis des parents de Severus et celui-ci semblait respirer convenablement pour la première fois en ces lieux.

Il était en train de mettre le couvert quand Elie redescendit et il sentit son regard peser sur son dos. Il se retourna, l'air interrogatif et elle sourit :

— Tu as l'air bien plus apaisé. Ton esprit est enfin calme.

— Calme ?

— Il était comme une tempête qui faisait rage dans ta tête.

— Tu vois cela ? demanda l'adulte, curieux de connaitre le ressentit de sa fille.

— Je le… sens d'une certaine manière. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. Je ne suis pas assez bonne empathe pour le voir réellement ou agir dessus, alors je le sens juste lorsque les émotions sont fortes, répondit la jeune femme. Était-ce ainsi pour maman ?

— Non, ta mère avait un ressenti plus précis. Je pense que son don était plus fort que le tien. Tu sembles seulement sentir ce qui est intense.

Elle acquiesça, c'était déjà une bonne chose. Eiden aussi ressentait les fluctuations les plus fortes, bien qu'il ne s'y connaisse pas suffisamment en magie de l'esprit pour en faire quelque chose.

Ils mangèrent dans la bonne humeur, l'esprit plus léger maintenant que la lugubre maison avait été apprivoisée.

— Tu n'avais rien changé avant hier ? demanda Eiden.

— Non. Je ne suis revenu ici qu'après la mort de votre mère et je me fichais complètement de ce qui m'entourait.

Eiden n'insista pas, comprenant que le sujet était difficile et Severus, bien qu'il aurait aimé en parler avec ses enfants, leur expliquer, il ne le pouvait pas. Après le départ de Lily il n'avait fait que vivoter à droite et à gauche, puis la rousse était morte et il était revenu ici, ne pouvant se résoudre à retourner dans la maison qu'il partageait avec sa femme. Et même s'il se sentait étouffé et mal en ces lieux, il se disait que c'était sa punition, pour avoir laissé Lily mourir, pour ne pas avoir été à la hauteur, pas suffisament pour l'empêcher de partir. Cette maison froide et inquiétante était comme son existence, grise et triste. Mais il avait toujours cru que ce n'était que ce qu'il méritait, jusqu'à ce qu'Eiden et Elie entrent dans sa vie. Il secoua la tête, tentant de chasser ses idées noires.

— Alors El, qu'as-tu prévu pour le jardin ?

— J'ai quelques idées, répondit la jeune femme en piquant dans sa viande pour en donner un morceau à son serpent, mais je voulais savoir ce que vous en pensiez.

— Oh… Moi je n'ai pas de désir particulier, avoua le potioniste, et toi Den ?

— Je sais que nous n'allons pas vivre ici, mais… ça serait peut-être bien d'avoir un coin agréable, pas forcément un truc de folie, mais un endroit où on pourrait se poser tranquillement pour regarder les feuilles changer.

Les deux autres acquiescèrent, d'accord avec lui.

— Je ne veux pas quelque chose de trop net, de trop maitrisé, continua Eiden, pas comme chez les Dursley.

Ces années chez la prétendue famille de sa mère l'avaient quelque peu refroidi à propos des jardins proprets de banlieue.

— Je n'y connais rien en jardinage magique, mais je me suis occupé du jardin de mon…

Il s'interrompit, alors que les yeux de son père se glaçaient et qu'il détournait les yeux. Lui aussi était toujours en colère à propos de cela.

— On pourrait le faire ensemble ? Atta [1] ?

— Oui, oui, fit Severus d'un ton lointain.

Ses enfants l'entrainèrent donc au-dehors, évitant qu'il ne s'enfonce une fois de plus dans le noir. Le petit jardin de la maison de l'Impasse du Tisseur était un endroit ceint de grands murs gris. Une sorte de gazon composite recouvrait l'espace et des massifs sauvages poussaient çà et là, complètement anarchiquement. Il n'y avait ni fleur, ni quoi que ce soit qui puisse faire penser à un jardin, juste la pierre et la couleur verdâtre des plantes à demi morte.

— Ok, par quoi on commence ? s'enquit Eiden.

Sa sœur lui fit un sourire malicieux et d'un simple geste de main, fit naitre un feu qui se propagea rapidement.

— On repart à zéro.

Heureusement que Severus avait jeté tous les sortilèges nécessaires pour cacher la magie aux yeux des moldus, car le brasier qui envahit l'espace, d'un orange soutenu, n'avait rien de naturel. Il rampait sur le sol comme une vague de brume, les débarrassant de tout ce qui survivait là.

— Efficace, commenta le professeur, expéditif et un peu brutal, mais efficace.

— Brutal ! rit Elie. Non ! Expéditif d'accord, mais brutal non. La cendre est un excellent fertilisant et cela va nous permettre de tout recommencer avec de bonnes bases.

Elle sortit sa baguette et lança un sort gris qui parcourut le sol comme une onde avant de rentrer en terre. C'était un sortilège que lui avait appris Neville pour désintégrer la moindre semence, racine ou pousse qui restaient après l'incinération. Très utile.

— On y va ? demanda-t-elle, enthousiaste, en leur fourrant dans les mains des petites bourses de graines.

Une bonne heure et quelques sortilèges plus tard toutes les semences avaient été plantées. Des futurs massifs remplaceraient bientôt les anciens, à moitié morts, des roses et d'autres plantes grimpantes courraient prochainement sur les murs. Eiden avait aménagé un petit coin potager et ils avaient réussi à ensemencer convenablement la future pelouse.

— Et maintenant ? interrogea le jeune homme en contemplant la terre fraichement retournée.

— Maintenant tu vas nous montrer l'étendue de tes pouvoirs elfiques jusqu'ici trop peu expérimentés, répondit tranquillement sa sœur.

— Mais je… je ne.

L'adolescente le coupa d'un geste et dit :

— Je sais que tu as choisi ta partie sorcière Eiden, mais tes pouvoirs sont là, même s'ils sont plus faibles que certains. Ils sont en toi, utilise-les !

— Ok, soupira le garçon, montre-moi.

En voyant le sourire éclatant d'Elie, il sut qu'il avait pris la bonne décision. Elle était si heureuse de le voir accepter. Quelques essais plus tard, il parvint à faire pousser convenablement une partie des plantes, Elie se chargeant des autres. Severus fit venir par magie un petit salon de jardin à l'ancienne en métal blanc et ils s'installèrent.

— Alors, ça te convient ? demanda Elie.

— Oui, ça me convient assez, je m'y vois tout à fait !

— Sans doute par ce que tu y es, se moqua gentiment Severus.

0o0o0

Lorsque les Rogue arrivèrent au Square Grimmaurd le dimanche après-midi, une bonne partie de l'Ordre était déjà présent. Les Weasley, Remus, Sirius et Tonks les accueillirent joyeusement, contrairement à l'attitude plus mesurée des autres. Comme à l'ordinaire les enfants furent envoyés à l'étage le temps que dura la réunion et ne revinrent que pour le diner. Les Weasley étaient restés, ainsi que les jumeaux, que leur père avait dû laisser pour une mission. Il devait s'absenter jusqu'au mardi matin et préférait savoir ses enfants sous la garde de Sirius et Remus plutôt que seuls à l'Impasse du Tisseur. Charlie et Bill, les deux ainés Weasley avaient eux aussi choisi de rester diner pour profiter une peu de leur famille. Ils se retrouvèrent tous les deux en face d'Eiden et Elie et ne tardèrent pas à leur poser des questions sur Poudlard et leur vie, se renseignant au sujet du meilleur ami de leur frère et de sa sœur. Elie sourit d'ailleurs discrètement en contemplant pour la première fois les plus vieux des rouquins, le souvenir du petit égarement de Pansy encore bien en mémoire. C'est vrai qu'ils étaient tous les deux très beaux, mais elle était presque certaine que Charlie était gay et que Bill était en couple, du moins si l'on en croyait le mélange d'odeur qu'il portait sur lui. Le plus vieux travaillait pour Gringotts en Égypte, mais avait demandé à la banque de lui trouver un poste en Angleterre pour pouvoir aider l'Ordre du Phénix.

— Tu es déjà allé en Égypte ? interrogea le jeune homme à qui Elie avait demandé dans quelle région il travaillait.

— Oui, plusieurs fois, ma tutrice et moi avons des amis là-bas.

— Oh je vois, du côté de l'oasis d'Ourèth n'est-ce pas ?

Elie était surprise, mais elle n'en montra rien.

— J'ignorai que tu étais si bien informé.

— J'ai parfois travaillé avec les gens de Sekhmet. Je sais reconnaitre un sang mâtiné lorsque j'en vois un, s'il est suffisamment fort, j'en ai côtoyé plusieurs au fils des années. Les métisses connaissent des magies que nous avons oubliées, il est primordial d'être en bon terme avec eux.

— Tous les sorciers n'ont pas ces pensées.

— Je le sais bien, rétorqua le garçon, mais c'est une hérésie à mon avis.

La jeune femme hocha la tête en buvant son verre, Charlie et Eiden ne leur prêtaient pas attention, discutant d'un certain dragon appelé Norberta.

—Et je dois dire que j'ai… mes propres raisons égoïstes à faire un effort, avoua le rouquin en souriant.

Alors Elie ne s'était pas trompée, elle laissa sa magie toucher brièvement son voisin et en sentit une autre, métissée.

— Félicitation, fit-elle doucement.

— Comment…

— Nous avons nos propres méthodes pour faire comprendre à tous que notre partenaire est engagé, déclara malicieusement la jeune femme.

Cette révélation sembla enchanter le jeune homme dont le visage fut envahi par un rictus satisfait. Il semblait vraisemblablement très content que sa petite amie se montre possessive.

— Cela fait peu de temps n'est-ce pas ? demanda doucement Elie.

— Quelques mois, mais nous nous connaissons depuis plus longtemps. Elle est venue travailler à Gringotts après le tournoi de l'an dernier pour parfaire son anglais et… les choses ont évoluées entre nous. Mais personne n'est au courant à part Charlie alors si tu pouvais…

— Bien entendu, déclara immédiatement la blonde.

— Merci. Mes parents la connaissent de vue, mais je voulais … je ne sais pas, attendre encore un peu je suppose.

— Les couples mixtes sont toujours délicats à annoncer.

— Oh mes parents n'y verraient pas le moindre inconvénient, mais ma Mère est plutôt, eh bien assez mère poule alors je voudrais préserver Fleur encore un moment.

Le déclic se fit alors dans l'esprit de la plus jeune, cette odeur de vélane, ce prénom et le tournoi…

— C'est Fleur Delacour ?

— Tu la connais ? Ah oui j'oubliais que tu étais également à Beauxbâtons auparavant…

— Les métisses se connaissent souvent de vue à l'école, nous ne sommes pas si nombreux et puis Fleur à tout de même été la championne du tournoi.

— C'est vrai, comme ton frère.

— Eiden… n'aime pas trop en parler, à cause de ce qui s'est passé après la troisième tâche, dit doucement Elie.

— C'est tout à fait compréhensible. Je pourrais peut-être donner de tes nouvelles à Fleur et lui dire que je t'ai vu, fit le garçon pour changer de sujet.

— Il ne vaudrait mieux pas, j'ai changé d'identité et je suis supposée avoir disparu l'été dernier, grimaça la blonde.

Bill opina gravement et ils s'engagèrent dans une longue conversation sur les balais volants avec Charlie et Eiden.

Le lendemain après déjeuner Elie s'était éclipsée à l'étage pour laisser à Eiden et son parrain un peu d'intimité et les deux hommes purent profiter de quelques heures ensemble. Ils s'étaient échangés des lettres bien sûr, mais ce n'était tout de même pas pareil qu'un véritable face à face.

— Alors comment va Blaise ? demanda sans préambule Sirius, l'œil coquin.

— Il va bien, j'ai eu une lettre ce matin, sa mère a réussi à convaincre le père de Théo de le prendre avec elle.

— Oh c'est une bonne chose pour ton ami, Darius Nott n'est pas franchement un modèle de père aimant. Bien sûr Lucius est à peine mieux, mais il adresse au moins la parole à Drago. Je ne sais pas comment Narcissa peut vivre à ces côtés depuis tant d'années...

— Elle n'a pas vraiment eu le choix, rappela le garçon.

— Je le sais Eiden. Mais nous parlions de ton petit Serpentard, comment cela se passe avec lui?

— Plutôt bien je dois dire. Mais je... eh bien je pensais que peut-être tu... tu sais, tu aurais… un problème avec ça...

— Avec le fait que tu sois avec un homme ou un vert et argent ?

— Hum eh bien les deux.

Sirius leva les mains en signe de paix.

— Je n'ai absolument pas de problème avec le fait que tu aimes les garçons. J'avoue que le fait de te voir en couple avec un serpent à été plus dur à accepter, mais si tu l'aimes c'est que c'est quelqu'un de bien.

— Il l'est, assura Eiden dont les yeux brillaient de tendresse.

L'homme ne put s'empêcher de sourire doucement en voyant la mine de son filleul et déclara :

— Je connais un peu Marcus, il avait quelques années de plus que moi, mais il était encore à Poudlard quand nous y sommes entrés James, Remus et moi. Il était à Serpentard et ami avec ma cousine Andromeda qui était de la même année, je ne lui ai pas trop parlé à cette époque, mais il était toujours courtois. Malgré le fait que je sois une honte pour ma famille et que lui soit un sang pur, il était toujours très respectueux avec moi. Je me souviens que c'était quelqu'un de posé, bon élève, travailleur, calme. Il était apprécié dans sa maison et parmi les Serdaigle. Tu sais ce n'était pas encore l'unité entre les maisons à ce moment-là, fit-il en souriant au plus jeune.

— Blaise est également comme cela, je veux dire calme et respectueux avec tout le monde. Tu sais il m'a défendu contre Ombrage, enfin il a défendu Harry au tout début d'année alors qu'il ne savait rien de moi et puis d'autre fois également contre Drago et Sev…

Il se tut un peu brusquement et Sirius posa une main paternelle sur son épaule.

— C'est difficile pour toi de penser à l'ancien comportement de Severus ? demanda-t-il doucement.

Le jeune homme garda les yeux fixés sur ses genoux.

— Ça l'est, mais… je ne lui en veux pas.

— Tu sais que tu en as le droit, c'est normal, ton père le sait…

— Oui, mais ce n'est pas le cas, je ne lui en veux pas répéta Eiden. Celui à qui j'en veux c'est Dumbledore.

La voix du garçon s'était faite glaciale et il fixa à présent le canapé comme s'il allait soudainement lui mettre le feu, ce qui était tout à fait possible au vu des pouvoirs de l'adolescent.

— C'est très compréhensible, souffla l'animagus.

— C'est le chef de notre camp, un des plus grands sorciers qui ait jamais existé. Le grand vainqueur de Grindelwald, le seul qui ait jamais été craint par Voldemort. C'est… tout le monde est certain qu'il est infaillible, je l'ai moi-même cru pendant quatre ans et il a littéralement détruit ma vie.

— Eiden… commença son parrain.

— C'est la vérité Sirius. Il a caché notre existence et la raison de la fuite de maman à Père, il nous a séparés avec Elie, j'ai été élevé par ma fausse famille qui me détestait et Enor a été enlevée, torturée et violée. Elle se bat chaque jour contre cela, tu sais qu'elle fait encore des cauchemars ? Qu'elle ne laisse Drago la toucher que depuis quelque temps, qu'il n'avait jamais vu ni son dos ni son ventre avant récemment ? Que lorsqu'elle reçoit un contact imprévu elle sursaute encore ? Que parfois elle est obligée de détourner le regard de notre père parce que la marque à son bras lui rappelle ce qu'elle a subi ?

— Eiden je…

— Tu sais que chaque fois qu'Elie ou Blaise sortent de mon champ de vision j'ai le sentiment qu'ils vont disparaitre ? J'ai cette impression horrible et étouffante que mon cœur est comprimé et que mon torse s'emplit de vide. J'entends toujours James et Maman mourir et je n'entends rien sur Elie alors je panique et je pense en me réveillant qu'elle n'a jamais existé et que tout cela était un rêve et que je suis de nouveau seul avec cet immense vide en moi. Tu sais que j'ai toujours eu ce sentiment qu'une partie de moi m'avait été arrachée ? À cause de Dumbledore qui m'a enlevé ma sœur jumelle. Tu conçois comme cela peut-être dur pour des jumeaux magiques d'être séparés pendant quatorze ans ? C'est comme si la moitié de toi-même était morte. À cause de Dumbledore je suis anxieux et possessif avec Elie et mon compagnon, je les laisse à peine quitter mon champ de vision !

Il était immensément en colère à présent et Sirius ne savait pas quoi faire. Sa magie bouillonnait en lui et les meubles tremblaient autour d'eux. Eiden s'était levé et il semblait à deux doigts de perdre pied. Son parrain ne savait pas quoi faire et voulut s'approcher, mais la magie de l'adolescent explosa et il fut projeté sans douceur dans le fauteuil.

— Eiden ! appela Sirius.

Le garçon tremblait et tentait de se contenir, mais il était clair qu'il y parvenait de moins en moins. Un bruit de cavalcade se fit entendre et Elie débarqua comme une furie avec un Remus inquiet sur les talons. Elle jeta un coup d'œil panoramique pour analyser la situation et se précipita sur son frère pour le ceinturer de ses bras minces.

Eiden calme toi, s'il te plait petit cerf.

Elle chuchotait contre son oreille et le serrait fort pour que son organisme enregistre la pression et se détende. Cela prit quelques minutes, mais elle parvint finalement à le calmer et l'allonger sur l'un des divans, chantonnant doucement une vieille berceuse en celtique que Rose lui chantait lorsqu'elle était petite. Cela sembla tranquilliser efficacement son frère qui la reconnaissait et l'associait à d'heureux souvenirs grâce à la mémoire de sa sœur. Sa magie retomba finalement et les meubles cessèrent de trembler. Lui prit plus de temps pour se stopper à son tour, mais il y parvint et s'endormit, épuisé par son brusque élan de magie et sa colère dévastatrice.

— Est-ce qu'il… commença Lupin.

— Il dort, oui, mais cela ne devrait pas durer plus d'une heure ou deux. C'est simplement ses sentiments qui l'ont quelque peu submergé.

— Il… on a parlé de Dumbledore et…

— Je sais. J'ai perçu l'essentiel, fit la jeune femme en chassant une mèche du visage de son frère.

— Je suis désolé, tout est de ma faute, si je ne l'avais pas lancé sur le sujet…

Elie secoua la tête.

— Rien de tout ceci n'est de ta faute Sirius. Eiden est vraiment très en colère contre Dumbledore et le fait qu'il fasse beaucoup de cauchemars et ne s'en sorte toujours pas avec l'occlumancie le fragilise beaucoup.

Les deux hommes comprirent, c'était tout à fait normal. C'était beaucoup de choses à supporter et ils étaient tous les deux si jeunes…

— Je suis vraiment navré El, je n'imaginais pas que c'était si difficile pour vous, je veux dire vous avez l'air de faire face avec tellement de force !

Elle ne répondit pas, se contentant de regarder le visage enfin serein et endormi d'Eiden.

— Je crois que tout le monde, nous y compris, oublie parfois que nous n'avons que quinze ans, murmura-t-elle.

— Je crois aussi, rebondit Remus. Vous avez vécu beaucoup trop de choses pour des enfants de cet âge.

Elle haussa les épaules, que pouvait-elle répondre ?

Lorsque Severus revint les chercher le lendemain en tout début d'après-midi, Eiden était installé dans la cuisine devant une tasse de chocolat chaud et lisait une liasse de parchemin couvert d'une écriture claire et soigneuse que le professeur identifia comme celle d'Hermione Granger.

— Que lis-tu ?

Le garçon releva la tête, il ne l'avait pas entendue arriver. Il posa la pile de papier et soupira lourdement :

— Histoire de la magie. Il parait que j'ai bientôt des examens.

— Il parait en effet, répondit Severus en s'approchant. Ton parrain m'a parlé de ce qui s'était passé hier.

L'adolescent releva les yeux en direction de son père.

— Ce n'était rien, fit-il en repoussant les mots de son père d'un geste nonchalant.

— Non, c'est faux, répondit l'homme en prenant une chaise aux côtés d'Eiden. Vas-tu bien à présent ?

— Oui.

Le potioniste le fixa un moment puis abandonna. Si le jeune homme ne voulait pas aborder le sujet, il ne le forcerait pas.

— Où est ta sœur ?

— À l'étage, je crois, la bibliothèque Black est très bien pourvue en ouvrages sur la vieille magie.

— J'imagine, on dit qu'Arcturus Black troisième du nom était très friand de ce genre de connaissances.

Le silence s'installa peu à peu, non pas gênant, mais réconfortant d'une certaine façon, berçant les deux hommes.

— Comment s'est passé ta… mission, s'enquit Eiden.

— Bien, répondit seulement son père, peu désireux de s'étendre sur ce que le Seigneur des Ténèbres avait pu lui demander.

— T'a-t-il interrogé à propos de nous ?

— Non, il ne sait pas pour votre nature. Tout va bien.

Pour le moment, pensa l'adulte en lui-même. Il faisait tout pour ne rien faire savoir au Lord, mais chaque jour qui passait accroissait le risque qu'il l'apprenne et alors, tout deviendrait beaucoup plus compliqué. Mais pour le moment, obnubilé par son retour, Voldemort se fichait bien des rejetons encore élèves de ses mangemorts.

— Je ne m'inquiète pas pour moi.

— Je le sais.

— Je ne laisserai personne refaire du mal à Elie.

Severus couva d'un regard tendre son ainé.

— Moi non plus Eid, moi non plus.

Elie choisit de revenir sur ses entrefaites, sautillant jusqu'à la table pour enlacer son père. Elle portait le sac de son frère et le sien à l'épaule, l'ayant vraisemblablement entendu arriver. Elle babillait comme une bienheureuse, apparemment d'excellente humeur.

— Tu sais que les enfants de sorciers ne font pas ça, soupira Eiden.

— Ça quoi ? s'enquit la jeune femme.

— Être aussi tactile avec leur père, tu es quasiment installée sur ses genoux ! Les gens trouvent cela un peu… malséant.

— Malséant, rit Elie.

— Ça ne se fait pas c'est tout ! s'exclama le jeune homme. Les sorciers trouveraient cela tendancieux et diraient que Severus est un vieux pervers.

— Les sorciers sont stupides, déclara nonchalamment la petite blonde.

— Eh ! protesta le potioniste.

— Pas toi Ada [2], tu te comportes comme un Astu [3], tranquillisa l'adolescente qui se tourna ensuite vers son frère. Tu vas avoir un sacré choc en allant au clan Eiden. Tu es si coincé !

— Coincé ! s'offusqua le jeune homme alors que sa sœur riait de bon cœur à sa mine scandalisée.

Ils se chamaillèrent encore un peu, passant le temps en attendant que Sirius revienne de la chambre de Buck. Ils le faisaient de temps en temps. Sous leurs formes animales ils se bagarraient, sous leur forme humaine ils se chamaillaient, comme des louveteaux. Remus était parti tôt dans la matinée pour une mission de l'Ordre et ne devait pas revenir avant la fin de la semaine. Eiden n'était guère heureux de laisser son parrain seul dans cette horrible maison qu'il détestait, mais c'était ainsi et Tonks passait le soir même pour qu'il ne mange pas seul. La jeune auror était très enthousiaste à propos de passer du temps avec son cousin et le faisait dès qu'elle le pouvait, ce qui rassurait un peu l'adolescent sur le sort de l'homme esseulé.

— Où va-t-on ? interrogea finalement Eiden.

— Je voudrais vous présenter quelqu'un, puis nous allons prendre quelques jours de vacances loin d'ici.

Les jumeaux n'insistèrent pas, Severus ne dirait rien de plus et ils lui faisaient de toute façon confiance. L'animagus revint finalement et les au revoir ne s'éternisèrent pas, Sirius les chassant assez rapidement de chez lui avant qu'il ne puisse céder et les retenir par la force. Prononçant les mots donnés par leur père en jetant la poudre verte, ils disparurent l'un après l'autre dans la cheminée après Severus qui avait préféré passer en premier pour une fois.

Ils atterrirent tous dans un salon propret et confortable, qui mélangeait agréablement le vert et le bleu. Une femme aux cheveux bruns bouclés les y attendait, ses yeux gris chaleureux les contemplant gentiment. Elle avait une peau claire et un beau sourire, mais elle rappelait à Eiden quelqu'un d'autre, quelqu'un qui lui provoquait des sueurs froides. Il s'immobilisa un instant et soudain un nom lui vint : Bellatrix Lestrange. La femme sembla deviner ses pensées puisque son regard devint un peu triste et qu'elle déclara :

— Je sais, je ressemble énormément à ma sœur, pour mon plus grand malheur.

— Votre sœur ?! s'étonna Eiden qui ne comprenait plus trop.

— Je suis Andromeda Tonks, expliqua la sorcière, auparavant Andromeda Black, la sœur reniée de…

— Bellatrix Lestrange.

Elle hocha la tête, mais Severus intervint :

— C'est aussi celle de Narcissa Malfoy.

Eiden secoua la tête, Sirius lui avait parlé de cette femme, sa cousine, qui avait été reniée par sa famille pour avoir épousé un né-moldu, la mère de Tonks, la meilleure amie de Marcus Zabini…

— Alors tu es la fameuse petite amie de mon neveu ? demanda gentiment Andromeda pour éloigner la tension qui s'était installée. Elle semblait avoir l'habitude.

— Oui Madame, répondit poliment Elie.

— Oh pas de Madame, juste Andromeda suffira, assura la femme avec un clin d'œil. Cissa m'a beaucoup parlé de toi, et Drago aussi lorsqu'il est passé la dernière fois. Il m'a dit que tu étais merveilleuse.

— Drago parle trop, ne put s'empêcher de maugréer la blonde.

La cousine de Sirius éclata d'un rire joyeux qui emplit la pièce.

— Il a surtout l'air très amoureux.

La mine de l'adolescente s'adoucit et la femme les invita tous à s'installer avant de faire venir à eux un plateau de thé.

— Si je vous ai fait venir, ce n'est pas uniquement pour vous présenter une amie, mais aussi pour que vous rencontriez la personne qui s'occupera des renégats serpentards de la fin d'année scolaire à votre anniversaire.

Le regard des jumeaux se tourna immédiatement sur la femme.

— J'ai moi-même fui ma famille pour épouser mon mari, je suis tout à fait disposée à aider ceux qui veulent se soustraire à cette vie. Personne ne devrait être obligé de vivre cela, et surtout pas des jeunes tels que vous.

— Andromeda les cachera pendant les quelques semaines nécessaires, puis nous les transférerons vers la destination que vous aurez choisi, explicita le professeur de potions en s'asseyant à son tour.

— On n'a pas… encore décidé, répondit Eiden.

— Je sais, rien ne presse pour le moment, de toute façon nous ne pourrons pas y accéder avant le 31 juillet.

— Mon mari a hérité par sa tante moldu d'une maison à la campagne, continua la femme brune. Personne dans le monde sorcier ne sait que nous la possédons, c'est l'endroit idéal. Severus est passé pour poser quelques sortilèges et la demeure sera mise sous fidelitas. Personne à part Ted et moi ne saurons où elle est et j'en serais la gardienne. Ils seront aussi protégés que possible.

Les deux adolescents se contentèrent de boire leur thé en silence. L'arrangement leur convenait tout à fait. Ils ne leur restaient plus qu'a choisirent le futur refuge, mais ils ne savaient quoi faire pour le moment.

— Ma fille m'a dit le plus grand bien de vous, renchérit Andromeda en leur proposant des petits gâteaux. Même si elle ne connait pas votre véritable lignée.

Eiden lança un regard de biais à son père. Ainsi donc il avait renseigné l'épouse Tonks à propos de cela également.

— Meda est une de mes meilleures amies, je lui fais confiance et elle avait besoin de saisir tout le sérieux de votre entreprise.

— Pas qu'elle ne paraisse pas sérieuse, rétorqua la concernée en faisant un clin d'œil au plus jeune. Mais j'avoue que de savoir Harry Potter impliqué là-dedans est intéressant, même si c'est surprenant.

— Je ne m'appelle plus Harry Potter, cela n'aurait jamais dû être mon nom, répondit le jeune homme.

— Je le sais, mais les choses ne se passent pas toujours comme on l'aurait souhaité. Crois-moi j'en sais quelque chose, soupira la femme puis elle sourit doucement. Est-ce que Marcus sait ceci ?

— Non, je te rappelle que c'est censé être un secret Meda, fit Severus en secouant sa chevelure de jais.

— Marcus est quelqu'un de confiance ! protesta la cousine de Sirius en reposant sa tasse sur sa soucoupe.

— Je le sais, déclara le potioniste en roulant des yeux. Mais toutes les personnes dignes de confiance de ce pays ne sont pas pour autant mises au courant. Il travaille au Ministère je te rappelle, sur l'affaire de Potter. Il a déjà bien assez de problèmes sans que l'on en lui rajoute il me semble.

— Il a toujours été si obstiné. Il ne lâche rien, cela finira par le perdre. Même si c'est là l'une de ses plus grandes qualités.

— Helena l'a convaincu d'abandonner pour cette fois, la renseigna tout de même le professeur de potions.

— Incroyable ! souffla la brune. Puis elle contempla son ami d'un œil suspicieux. Est-ce qu'elle sait ?

— Non, mais je pense qu'elle commence à avoir des doutes, mais tu la connais, tant qu'elle ne sera sûre de rien elle ne me l'avouera pas. Je suis certaine qu'elle a mené sa propre petite enquête de son côté. Mais on peut lui faire confiance, en elle et en la fraternité des métis, elle ne dira rien.

— Je le sais, je ne mets pas cela en doute, tu sais très bien ce que je pense d'Helena, j'ai toujours soutenu leur mariage, rétorqua la sœur de Narcissa. Elle se tourna ensuite à nouveau vers Eiden et lui sourit : alors il semble que tu entretiennes une certaine relation avec ce cher Blaise…

— Il semblerait.

— Marcus est mon meilleur ami depuis la première année à Poudlard, je suis assez proche de ses enfants, comme il l'est de la mienne. Je suis contente pour vous, il a l'air parfaitement heureux.

— Je le suis également, assura le garçon.

La femme hocha la tête et dit à Severus :

— Cissy est passée en coup de vent vendredi. Les collègues de son mari sont au manoir, elle a réussi à convaincre Lucius et Darius de prendre les enfants pour aller en Suisse, ''profiter des dernières neiges'' et leur laisser le champ libre.

Après la fuite de sa sœur, Narcissa ne l'avait plus vu pendant quelques années, le temps pour elle de se marier et de quitter sa famille. Lorsque l'attention de Lucius s'était un peu relâchée et qu'elle fut un peu plus libre de ses mouvements, elle retrouva sa sœur et renoua le contact. Bien qu'elle n'ait pas envoyé elle-même aux mandragores les valeurs et la pression familiale, elle comprenait son ainée qui elle l'avait fait. Narcissa elle n'avait simplement pas de raison suffisante, elle était jeune, Lucius était un bel homme, puissant et de lignée excellente, elle s'était dit que ce ne serait pas si terrible de vivre à ces côtés. Mais c'était sans compter Voldemort. Avant sa chute les choses étaient plus simples, Lucius n'était qu'un criminel en col blanc, il magouillait, finançait et jouait de son pouvoir et de son prestige pour servir les intérêts du Seigneur des Ténèbres, mais cela n'avait guère de conséquences sur sa famille, hormis bien évidemment l'éducation déplorable qu'il prodiguait à leur fils, ce que la femme tentait toujours de corriger. Mais à présent, depuis le retour du Lord, Lucius s'était fait plus fanatique. Comme pour se faire pardonner d'avoir retourné sa veste et d'avoir feint un envoûtement de Voldemort. Il rivalisait de cruauté et prenait une part bien plus importante aux actions de son seigneur, quitte à se servir de sa baguette, ce qu'il n'avait presque jamais fait avant la chute. Oui Narcissa s'était bien fourvoyée et elle regretterait sans doute toute sa vie de ne pas avoir eu le courage de sa sœur, si elle n'avait pas eu un merveilleux fils qu'elle aimait plus que tout au monde. Rien ne comptait plus pour elle que Drago et pour lui elle était capable de supporter cette mascarade de mariage encore un siècle s'il le fallait, même sous la domination du Lord Noir.

— J'ai appris cela oui, j'y étais il y a peu de temps. Voldemort reprend des forces, il est totalement obsédé par le département des mystères, mais il est obligé de se faire discret, puisque le Ministère a l'obligeance de fermer les yeux sur son retour.

— Je vois, pas d'amélioration à prévoir de ce côté j'imagine ? interrogea son amie.

— Tu as vu ce que publie la Gazette ? Non pas d'amélioration en vue et ce n'est pas prêt d'arriver crois-moi. Fudge a tout de même réussi à croire que Dumbledore avait monté une armée d'étudiants contre lui pour le renverser et prendre son poste.

— Il n'a jamais été très brillant, déclara seulement Andromeda en sirotant son thé. Mais je dois bien avouer que c'est pire avec le temps qui passe.

— Qu'en pense MacKlaksy ?

— Pas grand-chose de bon je le crains. Il est partagé, tu sais qu'il n'apprécie guère Dumbledore, même s'il sait très bien que les élucubrations de Fudge ne sont que cela, des chimères. Il ne prend pas vraiment parti en vérité, même s'il pense que Dumbledore cache quelque chose. J'ignore s'il croit au retour de Tu-sais-qui, il n'en parle jamais et tu sais comme il est difficile de lui faire dire ou de deviner ce qu'il tait. Je pense qu'il attend de voir comment les choses vont évoluer avant de prendre parti pour l'un ou l'autre, s'il le fait véritablement à un moment.

— Je vois, on ne pourra guère compter sur lui.

— Non je le crains, mais en vingt ans il m'a quelques fois surprise.

Après sa fuite Andromeda n'avait que très peu de ressources, les parents de Ted ne roulaient pas sur l'or et elle n'avait pu mettre qu'un peu d'argent de côté elle-même avant de quitter Poudlard et sa famille. De plus peu de personnes étaient enclines à l'engager et prendre le risque de recevoir le courroux des Black contre lui. Élève douée sans être extraordinaire, elle aurait pu prétendre à un poste au Département de la justice si elle n'avait pas été reniée. Clairement rejetée par les sangs-purs, elle n'avait pu entrer au Ministère, la pression familiale et l'argent des Black étant ce qu'ils étaient, sa propre mère s'était assurée qu'aucun avenir plaisant ne pourrait lui être offert. La jeune et fraichement mariée Andromeda avait frappé à de nombreuses portes restées closes, jusqu'à ce qu'elle trouve un apprentissage comme juriste auprès d'un certain MacKlaksy, un sang mêlé âgé et un peu fou qui se fichait bien de la malédiction des vieilles familles. Il l'avait formée et offert un poste dans son cabinet, lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille et d'exercer un métier qu'elle aimait. Elle lui en était vraiment très reconnaissante, même si ses théories sur ce qui se passait en Angleterre et son caractère de fangeux enragé laissaient parfois à désirer. Il était celui qui lui avait offert une nouvelle vie. Il n'était ni pour Dumbledore, ni pour le Ministère où il avait toujours refusé de travailler, mais restait à l'écart de l'agitation et vivait sa vie comme il l'entendait.

Les trois Rogue et Andromeda parlèrent ensuite du plan qu'ils avaient conçu pour amener les cinq enfants de mangemorts jusqu'ici, puis Severus et les jumeaux prirent finalement congé, l'homme leur tendant une tasse ébréchée qui s'avéra être un portoloin.

— Où allons-nous ? demanda Eiden.

Severus sourit d'un air rusé.

— C'est une surprise, mais je suis certain que cela va vous plaire.

Une lueur bleue s'échappa de l'objet et un instant plus tard ils avaient quitté le salon confortable d'Andromeda.

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Le portoloin les mena dans un vaste vestibule ensoleillé, juste derrière une porte faite de verre et de métal qui donnait sur une allée fleurie et une petite route inondée de lumière. Les murs étaient de pierres claires et le sol ancien carrelé de motifs floraux. Une immense cheminée servant vraisemblablement au transport magique était réalisée dans la même roche et faisait face à une fontaine intégrée au mur et entourée de plantes. L'endroit respirait le calme et la sérénité. Les souvenirs brumeux du lien et le sourire immense de sa sœur permirent à Eiden d'identifier le lieu de leur atterrissage.

— Combe-les-lys… souffla-t-il.

Severus hocha la tête et le sourire d'Elie s'agrandit encore. À cet instant Rose entra, précédant un petit korrigan à la démarche sautillante. Elle les salua chaleureusement, prenant dans ses bras les deux enfants et l'adulte qui ne protesta pas, à la grande surprise d'Eiden qui n'avait pas l'habitude de le voir si familier. Il savait que l'épisode du coma et de l'infirmerie les avaient rapprochés, mais il ignorait que la française était enfin parvenue à percer la carapace de glace du professeur et à instaurer un contact physique. La petite créature qui l'accompagnait prit leur manteau et leurs bagages et les débarrassa avant de s'éclipser. Les jumeaux n'avaient pas revu Rose depuis plusieurs semaines, depuis leur sortie de l'infirmerie en fait. Ombrage avait commencé à faire surveiller les cheminettes à ce moment et la femme n'avait pu revenir à Poudlard. Cela n'aurait pas été prudent. Et Eiden était surpris de voir combien elle lui avait manqué et combien il s'était senti à sa place et heureux dans son étreinte rassurante.

— Tu as l'air fatigué Ada, nota d'un air soucieux la rousse.

— Ça va Rose, assura le jeune homme.

— Bon, accorda-t-elle en terminant rapidement son inspection. Bienvenu à Combe-les-lys, tu étais le seul jusqu'ici à n'être jamais venu. Mais je pense que le domaine te plaira.

Il opina. Des souvenirs qu'il en avait de par sa sœur, l'endroit était très agréable.

— Mais ne restons pas ici, fit la propriétaire des lieux en les guidant plus en avant dans la demeure.

Ils traversèrent un couloir emplit de lumière et débouchèrent dans un salon fort agréable dans les immenses fenêtres donnaient directement sur le jardin et le petit étang qu'il abritait. Ils prirent place sur l'invitation de Rose et Nannez, la korrigane qui s'était occupée d'Elie lorsqu'elle était enfant, vint leur apporter quelques douceurs. Elle servit aux adolescents une étrange boisson au miel et aux épices et un verre de vin aux adultes. Eiden n'avait jamais rien bu de tel, mais sa sœur lui apprit que c'était une boisson plutôt répandue dans ces régions. Il trouva cela bon, parfumé et sucré, une alternative agréable à la bièraubeurre. La météo semblait plus favorable qu'à Londres et Eiden ne doutait pas qu'ils étaient à présent bien plus au sud. Ils passèrent un moment ainsi, échangeant les dernières nouvelles puis Rose les mena à leur chambre. Elle avait fait préparer celle attenante à celle d'Elie pour Eiden, bien qu'elle sache qu'ils dormiraient de toute façon ensemble.

— Voici ta chambre Eid, déclara-t-elle en poussant une porte ornée de lierre, tu es ici chez toi, au même titre que ta sœur, sens toi libre de faire ce que tu désires, aucun endroit de cette demeure ne vous est proscrit.

Le garçon acquiesça, le cœur étrangement serré par ces quelques mots, touché de la gentillesse de la femme. La pièce était assez grande, meublée de bois blond et de linge vert, une petite salle de bains privée la collait et un immense lit garni d'édredons trônait au milieu. Les fenêtres donnaient sur le jardin, emplissant le lieu de la lumière encore chaude du soleil. Les deux adultes se retirèrent dans les appartements réservés à Severus, alors qu'Elie montrait à son frère sa propre chambre, celle qu'elle occupait depuis son adoption.

— Alors c'est ici que tu as grandi… fit le jeune homme en contemplant l'antre de sa sœur. C'est un endroit agréable, qui te correspond beaucoup.

— Merci, j'y ai passé beaucoup de temps. Je ne faisais pas partie des enfants les plus… hum… sociables dira-t-on.

Eiden hocha sombrement la tête. Il savait qu'Elie était assez solitaire étant enfant en dehors du clan, son éducation la poussait à la prudence et l'empêchait de véritablement faire confiance aux autres. Et elle avait ressenti fortement ce vide en elle, comme si elle était toujours seule quelle que soit la compagnie qui l'entourait. La faute du lien brisé entre les jumeaux. Rose n'était pas toujours présente et elle s'était plongée dans les livres et ses recherches diverses, ce qui expliquait son bon niveau actuel. Elle avait eu la chance, contrairement à Eiden, d'avoir accès à tous les livres qu'elle désirait et de connaitre sa nature et sa magie. Mais relativement tenue à l'écart de tout ce qui n'était pas métis, elle avait souffert de solitude loin de son frère sans connaitre son existence. Mais son enfance avait été heureuse, contrairement à Eiden, la chance avait été de son côté, Rose était une mère formidable.

— Tu sais qu'elle le pense n'est-ce pas ? Lorsqu'elle dit que tu es chez toi ici ? dit la jeune femme.

— Oui, répondit son frère en se laissant tomber sur le lit confortable de sa sœur. C'est juste un peu étrange pour moi encore, je n'ai pas l'habitude. Mais je le sais, elle m'a terriblement manqué pendant ces dernières semaines. Je n'aurai pas cru, mais je me suis rendu compte tout à l'heure lorsqu'elle m'a serré contre elle. Molly était maternelle avec moi aussi, mais ce n'était pas pareil, elle avait ses propres enfants. Rose est presque ta mère, mais tu es ma sœur et … bref, je ne suis pas très clair …

— Je t'ai compris, intervint Elie. Tu te sens légitime d'aimer Rose comme une figure maternelle, parce que Molly n'était pas ta mère, mais Rose elle pourrait en être une…

— Tu penses que c'est mal par rapport à Maman ? Je veux dire c'est comme si je la remplaçais…

La blonde secoua la tête.

— Non, je l'ai cru aussi lorsque j'étais petite, mais non. Maman voudrait que quelqu'un prenne soin de nous maintenant qu'elle ne le peut plus, elle ne disparait pas maintenant que tu aimes Rose, comme James n'a pas réellement disparu lorsque tu as découvert pour Père. Tu as un cœur suffisamment grand pour aimer plusieurs personnes Eid ne t'en fais pas. As-tu oublié Hermione et Ron lorsque tu m'as rencontrée ? Et m'aimes-tu moins maintenant que tu as Blaise? interrogea-t-elle.

— Bien sûr que non, souffla-t-il.

— C'est bien la preuve que ce que je dis est sensé, sourit l'adolescente en s'étendant à ses côtés. Tu ne dois pas avoir honte ou te sentir mal à propos de ce que tu ressens, ni envers Rose ni envers personne d'autre.

Elle serra doucement sa main et s'approcha suffisamment pour que leur corps soit en contact.

— Je sais que tu n'as pas l'habitude de compter pour des gens et que souvent ceux que tu aimes disparaissent, mais ce n'est pas le cas de Père, ce n'est pas le cas de Blaise, ce n'est pas mon cas non plus, ni celui de Rose, ni de tes amis. Nous sommes en guerre, alors je ne dis pas que personne ne va être atteint, je dis juste que tout le monde ne va pas te quitter subitement. On reste là Den, autant qu'on le peut. Alors laisse Rose être celle dont tu as besoin.

Tous deux proches l'un de l'autre, le garçon n'eut qu'à se pencher pour embrasser le front de sa sœur en réponse.

— Qu'as-tu pensé d'Andromeda ? interrogea-t-elle pour changer de sujet.

— Beaucoup de bien, répondit Eiden. Je suis certain que l'on peut lui faire confiance pour protéger les renégats, et même pour d'autres choses aussi. Et c'est une Black, je suis certain que c'est une sorcière puissante. C'est une excellente chose de l'avoir à nos côtés.

— Je le pense aussi.

Ils laissèrent le silence s'installer, profitant d'un moment de quiétude, seulement blottis l'un contre l'autre en regardant par la fenêtre la brise secouer doucement les arbres. Ils étaient bien, hors du temps pour quelques minutes. Des coups légers à la porte les tirèrent de leur torpeur et les deux adultes entrèrent, ne pouvant retenir un léger sourire face à cette scène attendrissante.

— Nous sommes venus vous proposer de vous changer, on voudrait vous emmener quelque part expliqua Severus.

— Moldu ou sorcier ? demanda le jeune garçon en étouffant avec peine un immense bâillement.

— Peu importe.

Ils les laissèrent ensuite un moment pour qu'ils s'habillent tous les deux. Il faisait plus chaud en ces lieux qu'en Angleterre et une petite veste suffisait pour affronter la fraîcheur de cette soirée. Ils sortirent à pied de la maison et remontèrent le chemin pavé en direction du village. La demeure de Rose était un peu à l'écart, dissimulée par de hautes haies et des arbres, assurant à ses occupants une relative intimité tout en leur offrant les commodités des commerces voisins. Combe-les-lys étaient un village sorcier, comme Pré-au-Lard et chacun pouvait donc déambuler et vivre sa vie sans se soucier d'alerter les moldus. Le village était niché au pied d'une falaise, sur la rive d'un petit lac irrigué par une large rivière aux bords abrupts. L'eau était d'un incroyable bleu, contrastant avec la verdure et la pierre claire des habitations. De petites ruelles aux larges dalles menaient aux maisons couvertes de fleurs. C'était un endroit enchanteur et le soleil qui s'attardait couvrait le tout de sa lumière dorée. Il y avait encore quantité de personnes dehors, des familles discutant, des enfants jouant dans les rues et des passants affairés. Certains portaient des robes de sorciers et d'autres des vêtements d'inspirations moldus, mais dans l'ensemble, il semblait à Eiden qu'ils étaient plus éclectiques qu'en Angleterre. Ils marchèrent un petit moment, profitant du jour qui déclinait et de la température agréable.

— Je comprends mieux pourquoi tu débarques toujours aussi peu couverte, fit Severus à l'adresse de Rose.

Elle sourit malicieusement et passa une main taquine dans les cheveux de son voisin.

— Est-ce de ma faute si vous vivez dans le brouillard et le froid ?

— Pas par choix malheureusement, tout le monde n'a pas la chance de naître dans le sud de la France.

Elle rit pour toute réponse et Severus sourit également. Il était heureux et apaisé en cet instant et cela le transfigurait, changeant son visage et son attitude jusqu'à le rendre presque méconnaissable. Ses cheveux brillaient de santé, voletant légèrement à chaque mouvement, ses yeux noirs étaient emplis de chaleur et il était vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche qui épousait son corps dynamique, habituellement si bien caché sous ses affreuses robes longues. Avec sa famille à ses côtés il était parfaitement heureux et l'on ne pouvait que le voir : il semblait briller. Rose avait revêtu une robe légère et simple, semblable dans sa coupe à celle d'Elie bien qu'elle la porte bleu et non pas verte comme celle de la plus jeune. Les cheveux et les yeux de la fille de Severus avaient été changés, prenant les mêmes couleurs que ceux d'Eiden, renforçant encore leur extraordinaire similitude. Elle était après tout censée être toujours portée disparue. Rose les mena sur les bords du lac, jusqu'à un restaurant construit à moitié sur l'eau. Un serveur vint immédiatement les accueillir et les mena sur la terrasse qui offrait une vue panoramique sur le lac. Le soleil commençait à se coucher, embrassant les lieux de ses lumières rougeoyantes. La petite famille prit place sur table au bord de l'eau, éclairée par un globe de cristal habité par une dizaine de petites fées lumineuses. Le serveur leur apporta la carte et ils se firent un plaisir de la traduire pour Severus qui était le seul à ne pas parler français. Bien qu'il ait fait des efforts ces derniers mois, il n'avait pas eu le temps de beaucoup progresser. Ils mangèrent dans la bonne humeur se régalant de l'excellente cuisine méditerranéenne et de l'ambiance agréable de l'établissement. De nombreuses familles étaient présentes c'était également les vacances scolaires en France et Eiden put voir pour la première fois le quotidien des familles sorcières. Il était attendri par la petite fille de la table voisine qui s'émerveillait devant les petites fées des lampes et son petit frère qui tentait d'attraper l'oiseau que son père avait réalisé dans une serviette et faisait voleter autour d'eux. Embrassant la salle du regard, il tourna des yeux fascinés vers un petit bébé qui attira sa peluche à lui. Son grand frère d'une dizaine d'années essuya doucement sa bouche souillée et aida sa petite sœur à s'asseoir correctement, sous le regard attendri de leur mère qui discutait paisiblement avec son compagnon. Le jeune homme ne put s'empêcher de penser que, peut-être, si Lily n'était pas morte ce jour d'Halloween, alors ils auraient été une famille comme celles-là, heureuses et sereines, avec un bébé et des petites sœurs adorables. Peut-être qu'il aurait eu d'autres frères et sœurs, peut-être qu'ils seraient venus dans un restaurant de ce type, fêtant simplement le retour de leurs ainés à la maison le temps des congés scolaires, loin de la guerre et du deuil. Peut-être qu'ils auraient été ainsi, une famille unie et heureuse. Mais Voldemort était passé par-là et Dumbledore avait intrigué et fait voler en éclat cette belle image. La colère sourde d'Eiden refit surface en son cœur avant qu'il ne l'ait maitrisé, ce n'était ni le lieu ni le moment. Son père surprit cependant son regard triste et l'interrogea sur ce qu'il n'allait pas.

— Aurais-tu voulu d'autres enfants si maman était encore avec nous ? demanda doucement son fils.

— Si les choses avaient été différentes, probablement. Mais elles sont ainsi et vous me suffisez amplement, répondit l'homme aux cheveux de jais.

— Oui, mais si tu rencontrais quelqu'un, est-ce que tu voudrais d'autres enfants ? continua le garçon.

Severus le contempla quelques secondes, hésitant sur la réponse à donner. Il ignorait ce qu'Eiden attendait de lui, mais il choisit le plus simple, la vérité.

— Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour, Den. C'est la guerre et je ne suis pas en couple. La question ne se pose pas. J'ai fait mon deuil de Lily depuis quelque temps, grâce à vous, mais je ne me vois pas encore… avec une autre.

— Mais si tu rencontres quelqu'un ?

— Si je rencontre quelqu'un qui me touche assez alors peut-être que je l'envisagerai, mais je le répète Eiden, ce n'est pas à l'ordre du jour.

L'adolescent laissa son regard dériver dans le lointain un instant puis il souffla :

— Tu mérites de refaire ta vie si tu en as envie. C'est ce que maman voudrait, c'est ce que je voudrais…

— Moi ça ne me déplairait pas d'avoir des petits frères ou des petites sœurs… souffla Elie gentiment, ce qui détendit l'atmosphère.

Les yeux de son frère étaient posés sur Rose, mais il n'osait pas lui demander. Elle avait perdu l'amour de sa vie elle aussi et il ne s'était jamais interrogé sur ce qu'elle pouvait vivre, après avoir perdu aussi Elie d'une certaine manière. Mais une nouvelle fois Rose sembla deviner ses questionnements puisqu'elle sourit et déclara :

— C'est un peu la même chose Ada, pendant toutes ces années, je n'ai pas eu la chance de croiser quelqu'un qui me donne envie de fonder une famille et puis j'avais Elie, même si j'ai toujours su qu'elle allait partir…

— Tu as toujours Elie, Rose, elle ne vit plus avec toi, mais tu fais toujours partie de sa famille, de notre famille, intervint doucement Severus.

Elle sourit doucement et le potioniste se saisit de sa main. Ils étaient une famille, inhabituelle peut-être, mais une famille tout de même. Le repas se termina dans une ambiance joyeuse et les jumeaux savourèrent longuement la merveilleuse mousse au chocolat apportée par le serveur. Les pieds dans l'eau, ils contemplaient tous les deux la surface du lac où se reflétaient les étoiles et la lune, éclairant les lieux. Rose et Severus parlaient ensemble autour d'une coupe de champagne, la tête penchée l'un vers l'autre, le volume de leur conversation était suffisamment bas pour ne pas perturber celle des enfants. Aux yeux d'Eiden, l'instant était parfait. C'était pour cela qu'il voulait se battre, pour ces moments précieux. Elie chantonnait doucement à côté de lui, une vielle berceuse en celtique sur la mer et ses trésors. Avec ses cheveux momentanément noirs, son visage ressortait surnaturellement dans l'obscurité. Un bruit doux d'éclaboussure se fit entendre non loin d'eux et un visage humanoïde sortit de l'eau. Ses longs cheveux étaient collés à son torse dénudé et la créature avait de grands yeux bleus lagon qui les fixaient gentiment. Elie se ressaisit la première et tendit doucement une main vers l'être étrange qui leur faisait face. La créature effleura sa main puis celle d'Eiden, leur fit un sourire et disparut sous la surface. S'enfonçant sans laisser de trace, comme si elle n'avait jamais été là.

— Je n'avais encore jamais rencontré de sirènes maritimes avant, murmura Eiden.

— Le Verdon communique avec la mer par la Durance et le Rhône, expliqua la jeune femme en battant lentement des pieds.

— Je croyais qu'elles fuyaient les humains.

Sa sœur lui adressa un regard étrange et dit doucement :

— Tu n'es pas réellement humain Den.

Cela l'attristait toujours un peu de voir que son frère oubliait ainsi sa nature. Elle savait qu'il l'acceptait, c'était juste qu'elle ne prenait pas vraiment de place. Elle comprenait bien sûr le choix de son frère, beaucoup de métis faisaient le même, de laisser leur côté créature à l'écart, mais ce n'était pour Elie qu'un éloignement de plus entre elle et son frère, une autre chose entre eux. Il sembla deviner ses pensées puisqu'il l'attira à lui d'un bras fort et embrassa ses cheveux. Sans un mot. Pour lui faire comprendre qu'il ne laisserait rien ni personne les séparer.

— Il y a pas mal de métis ici n'est-ce pas ? dit-il finalement.

— Oui, incognito évidemment, ou du moins le plus possible. Il y a quelques suspicions bien sûr, mais généralement les gens ici sont moins fermés qu'au Royaume-Uni alors ils se taisent pour les protéger, font comme s'ils n'avaient rien deviné.

Puis la jeune femme sourit et poussa fraternellement son épaule de la sienne.

— Mais dis-moi, tu deviens de plus en plus doué pour les repérer ! Parle-moi de ce que tu vois Den !

— Eh bien je suis presque sûr que la femme là-bas est une vélane, que son compagnon a du sang très faible de métamorphe, que les deux adorables bambins près du ponton sont de sang elfique et je mettrais ma main à couper que ce garçon là-bas est un loup-garou.

— Et qu'il est plutôt sexy… rigola l'adolescente.

— Et qu'il est plutôt sexy, accorda le garçon. Mais bien moins que Blaise.

Elie leva les yeux au ciel.

— Évidemment c'est ton compagnon, tu n'es pas vraiment objectif Caruos, éclata de rire sa sœur.

— Peut-être, mais toi l'es-tu ? répliqua-t-il.

— Non ! Pas plus que toi ! Comment le pourrais-je ? Mon instinct tout entier me dit de faire tout pour garder Drago prêt de moi, je l'ai choisi, lui pas un autre et je ne changerai pas d'avis, c'est ma nature, je le sais parfaitement.

— Et tu aimerais que Drago le comprenne aussi… dit un peu moqueusement le jeune homme qui riait aussi.

— Il ne peut pas, sourit Elie, son caractère l'en empêche, quoi que je fasse ou que je dise. Il en est physiquement incapable.

— Dans quoi t'es tu lancée El, sérieusement.

— J'aime la difficulté que veux-tu, répondit-t-elle.

— Je vois cela.

Le lendemain, Eiden fut tiré de son sommeil par Rose qui lui secoua doucement l'épaule. Il grogna et ouvrit un œil paresseux qui tira un sourire à la française.

— Tu te souviens de ce que l'on a dit hier, demanda-t-elle.

— À propos de sortir aujourd'hui ? Oui je me rappelle, cependant rien ne me revient à propos d'un réveil aux aurores.

— Le soleil est levé depuis un moment Eiden, ce n'est plus vraiment les aurores.

L'adolescent grogna à nouveau et se tourna sur le côté, soupira puis finit par se lever difficilement.

— Je te laisse, ton petit-déjeuner t'attend.

— Merci.

Il s'habilla rapidement avec la pile de vêtements posée sur la commode. Il faisait confiance à Elie pour lui préparer quelque chose d'approprié à l'endroit où ils iraient aujourd'hui. Apparemment, la météo ne serait pas aussi clémente là où ils se rendaient, au vu du pull plutôt chaud qu'elle lui avait mis de côté. Il sortit de la chambre de sa sœur et gagna le salon où tout le monde était déjà là. Nannez lui avait déjà préparé son petit-déjeuner qui l'attendait sur la table basse. Il l'attaqua sans attendre, mordant dans son croissant croustillant avec délice. Il adorait vraiment les pâtisseries françaises. Un moment plus tard, il était fin prêt et ils partaient tous par la cheminée pour atterrir dans une taverne confortable, chaleureuse qui servait de point d'entrée sur l'Avenue des Lumières, le pendant français du Chemin de Traverse. Severus et Eiden ne l'avaient jamais visitée et en profitaient pour s'en mettre plein les yeux. L'endroit était très différent de l'Angleterre, les bâtiments étaient tous assez haut, avec de petits balcons et une architecture Renaissance, le lieu avait été conçu par un alchimiste nommé Marc Delâtre qui l'avait conçu comme une place où l'on pourrait trouver tout ce dont un sorcier avait besoin. Au fil du temps l'Avenue s'était étendu et des habitations avaient fleuri, changeant un peu l'aspect de l'endroit, mais tout en conservant ce style classique qui faisait sa marque. Sans qu'il s'en rende compte, Rose poussa gentiment Eiden dans une boutique de vêtement. Comprenant le subterfuge de la femme, le garçon grommela, mais toute retraite était coupée.

— Mademoiselle Chambort, c'est un plaisir de vous revoir ici. Avez-vous besoin de quelque chose en particulier ?

— En vérité je viens pour les enfants d'un ami, ils auraient besoin de quelques petites choses, répondit poliment la femme.

— Oh je vois, sourit la vendeuse en jetant un œil professionnel sur les deux adolescents qui venaient d'entrer.

C'était une petite personne aux formes généreuses et aux cheveux châtains. Elle avait laissé transparaître sa forme de métamorphe dès leur entrée, voyant qu'il n'y avait pas de risque. Ses ongles étaient fins et courbés, comme des serres et un étrange entrelacs de lignes sur les avant-bras qui rappelaient des plumes. Eiden la contempla avec curiosité, n'ayant eu que peu d'occasions de voir des membres de son peuple sous leur véritable forme. Il eut la surprise de découvrir un tatouage sur le haut de son dos et de son épaule gauche, une sorte de tourbillon abstrait ponctué de runes celtiques. Il avait la même couleur or sombre que la marque rituelle des clans.

— C'est une pratique assez répandue chez notre peuple, ils ne sont visibles que des mâtinés et des astu, lui souffla discrètement sa sœur en voyant son air surpris.

Pour qu'Elie puisse choisir convenablement ses vêtements, sa véritable apparence lui avait été rendue à son entrée dans la boutique et un puissant sortilège exécuté par son père empêcherait la femme de se rappeler de ses traits. Ils espéraient que son visage ait suffisamment changé pour ne pas éveiller les soupçons de la vendeuse et en effet :

— J'ai appris pour votre fille, c'est terrible, je suis désolée. Une enfant si gentille, si bien élevée... se lamenta-t-elle. Serait-se l'œuvre de braconniers. Il y a tant de problèmes depuis un an. Les aurors ont-ils des indices ? Les clans ?

— Pas le moindre, répondit sincèrement Rose.

— Quelle tragédie ! Cela doit-être si difficile pour vous, je n'ose l'imaginer.

La femme avait l'air vraiment accablé pour Rose, mais elle n'insista pas plus, sachant le sujet douloureux. Elle commença à sortir des vêtements pour les jumeaux sous l'œil douloureux d'Eiden qui avait le shopping en horreur. Mais Rose le rassura immédiatement :

— Je peux te promettre que tu trouveras tes achats moins futiles qu'à l'ordinaire.

— Des vêtements sont des vêtements et vous m'en avez déjà donné tant... soupira le fils de Severus.
— Ce ne sont pas de simples vêtements mon jeune garçon, fit plaisamment la vendeuse. Ce sont des réalisations métisses, ils sont adaptés à notre mode de vie.

— C'est-à-dire ? s'enquit l'adolescent qui était bien décidé à ne pas se faire avoir comme cela.

Mais la femme sourit, consciente d'avoir piqué son attention.

— Et bien d'abord vous n'avez pas à vous soucier de leur aspect, ils peuvent être porté à la fois dans le monde sorcier et moldu sans qu'ils ne surprennent personne. Nos réalisations sont également résistantes à toute épreuve, feu, déchirure, usure, métamorphose violente, balade en nature sauvage et autres joyeusetés. Mais surtout ils sont tous bardés de sortilèges et de potions pour dissimuler vos attributs magiques qui pourraient se manifester à un moment inopportun et ils vous protégeront des sortilèges mineurs visant à vous faire dévoiler votre véritable apparence.

— Oh, je vois.

En effet il n'était pas stupide au point de repousser de tels objets, surtout qu'ils pourraient lui faciliter la vie. Il se soumit donc aux essayages de meilleure grâce. La petite vendeuse était gentille, compréhensive et ils quittèrent la boutique de bonne humeur pour une fois, leurs paquets miniaturisés dans les poches. Elie avait retrouvée son apparence factice et ils s'engouffrèrent avec joie dans une boutique dédiée au quidditch où ils dénichèrent quelques bons livres pouvant les aider à accroitre leur niveau. Puis la fille de Severus insista pour passer dans une échoppe de sa connaissance afin de refaire le plein en ingrédient d'alchimie, pratique peu répandue au Royaume-Uni. Ils passèrent donc la porte de la vieille boutique et entrèrent. L'intérieur était éclairé par des chandelles enchantées qui flottaient toutes seules par grappes, à bonne distance de la tête des clients et Elie se lança immédiatement à la recherche des différents composants qu'elle voulait, en attendant que le vendeur n'apparaisse. Il surgit bientôt sans un bruit, accueillant les nouveaux venus d'une voix éthérée.

— Bonjour, bienvenue dans mon établissement, puis-je vous aider ?

Elie se tourna vers lui pour parler, mais il continua immédiatement, un léger sourire étirant son visage fatigué.

— Mademoiselle Chambort, tout le monde s'inquiète beaucoup à votre sujet.

— Je le sais, Monsieur Valentin et j'en suis désolée.

L'homme la contempla un instant de ses yeux pâles comme la lune et se détourna pour tirer d'un coffre derrière lui un vieux grimoire en latin nommé Materia Arcana[4].

— Je suis sûr qu'il vous sera utile dans vos recherches, déclara le vieil homme en le lui tendant. Votre latin est toujours excellent j'imagine…

— Grâce à l'excellence de vos leçons, répondit en souriant la jeune femme.

L'homme lui fit un clin d'œil et Severus intervint :

— Comment avez-vous deviné ?

— L'apparence de votre fille est peut-être différente et dissimulée sous des charmes, mais son empreinte magique n'a pas changé, ni son aura. Je peux la reconnaitre sous n'importe quels déguisements.

— Comment vous… commença Eiden et l'homme tourna son regard dans sa direction.

— Beaucoup de choses sont visibles à celui qui sait regarder, mon jeune Monsieur, et je suis suffisamment âgé pour connaitre nombre de secrets. Mais je ne ferai rien qui puisse vous mettre dans l'embarras, ni elle, ni vous. Il n'y a que trop peu d'âmes pures comme les vôtres et c'est notre devoir à tous de les protéger. Mais approchez donc, mon garçon, je suis certain que vous trouverez quelques petites choses qui pourraient vous être utiles ici.

Le laissant couper court à la conversation, Eiden se perdit un moment dans les rayonnages, étudiants les différents articles proposés. Il y avait de tout, des ingrédients, des livres, des artefacts, des chaudrons, des ustensiles et des tas d'autres choses dont il ne connaissait ni la nature ni l'usage. Elie prit quant à elle quantité d'objets en tout genre, des manuscrits, des artefacts et des ingrédients qu'elle entassa dans trois boites de carton sous les regards attendris et amusés des deux adultes, elle remplit également un grand sac pour les jumeaux qu'elle se chargerait de rétrécir et d'alléger pour que sa chouette puisse leur apporter. Elle échangea un moment avec le propriétaire, parlant de ses recherches et des dernières nouvelles puis ils payèrent leurs achats, Severus insistant pour régler pour eux malgré la résistance de ses enfants, surtout d'Elie qui en avait pour une petite fortune.

— S'il te plait, El, on en a déjà parlé, rétorqua le potioniste.

La jeune femme abandonna, elle savait qu'elle ne pouvait pas tenir tête à son père et cela semblait lui faire du bien, comme s'il se rachetait de toutes ces années d'absences d'une certaine façon. Il voulait s'occuper d'eux à présent, pour tout et ses enfants finissaient par le laisser faire, même s'ils n'en avaient pas besoin.

En terminant d'emballer leurs différents paquets, le vieillard poussa vers eux un sac de velours bleu nuit.

— La guerre s'avance et les ténèbres s'amoncellent autour de vous. J'espère que ces présents pourront vous aider dans les combats qui seront les vôtres.

Un peu déstabilisés par les paroles prophétiques de l'alchimiste, ils le remercièrent et quittèrent la boutique, regagnant la rue. Aucun d'eux ne parla alors qu'ils suivaient Rose dans un petit restaurant de l'avenue et ce ne fut que lorsqu'ils furent attablés et leur commande passée que les conversations reprirent.

— Qui est réellement ce vieil homme ? demanda Severus.

—Basile Valentin, répondit Elie, un alchimiste très connu dans le milieu. Il s'est retiré depuis des années dans sa boutique et se consacre uniquement à la vente de ses produits et réalisations, ne fréquentant plus vraiment ses semblables. Son homologue et ancêtre était un disciple de Paracelse. Il est brillant et savant, il sait et devine beaucoup de choses. Certain disent même qu'il serait un des ''ceux qui voit'', une sorte de devin, mais j'ignore si c'est vrai. En tout cas, ses conseils ne sont pas à prendre à la légère, il ne se trompe jamais.

— Alors tu veux dire que ce qu'il a dit… commença le plus jeune des hommes.

— Il n'y a pas besoin d'être oracle pour savoir que la guerre nous attend Eiden, soupira Severus.

Il haussa les épaules, l'alchimiste semblait savoir de quoi il parlait. Il se saisit du sac de velours et en sortit quatre boites de taille variable. Trois très petites et une plus grande, sans savoir comment, il sut lesquelles déposer devant qui et ouvrit délicatement son coffret. A l'intérieur se trouvait une petite pierre blanche taillée en forme de papillon, où se superposait une abeille. Un étrange apaisement l'envahit en touchant l'objet et il le leva à la lumière pour le contempler. La matière était légèrement translucide, très claire et bizarrement tiède. Il n'avait pas la moindre idée de ce que c'était, mais il ne pouvait ignorer l'aura qui s'en dégageait.

— C'est une barytine, expliqua Rose en le voyant perplexe. C'est une pierre qui nous protège de nous même et de nos mauvaises pensées et déviances, nous redonne confiance et sérénité.

Il hocha la tête, comprenant le sens de ce cadeau et Rose continua :

— Le papillon est la clef de l'âme, un symbole de pureté, ce qui nous élève et l'abeille est un animal social, il agit en groupe et défend coûte que coûte sa ruche. Elle doit te rappeler que tu n'es pas seul dans ce combat Eiden.

Le garçon, un peu perturbé par la justesse du présent ne répondit pas et l'enfila sur la même chaine que son loup en os de grimm. Il contempla Elie ouvrir une boite en bois de la taille d'une main et il la vit hoqueter de stupeur, alors que les yeux de Rose s'agrandirent. Il y avait à l'intérieur un oiseau articulé comme il lui en avait offert à Noël, ceux du sorcier de la Renaissance, Erneste Melzi, qui en avait réalisé toute une série. Il savait que sa sœur les tenait en admiration mais il ignorait ce qui avait pu engendrer une si vive réaction.

— Le Rouge-gorge… souffla Rose. C'est…

— Incroyable, continua la plus jeune.

— Quelqu'un voudrait bien m'expliquer ce qu'est cette chose ? s'enquit Severus pour qui leur réaction était aussi un mystère.

— La série entière a été léguée à la fille de Melzi, sauf le Rouge-gorge qu'il offrit à sa jeune apprentie métisse, Colombine Mercaux, qui en fit le symbole de son peuple en remerciement de tout le soutien et l'aide que lui avait apporté Melzi, expliqua la française en contemplant toujours l'objet enchanté.

— Le symbole ?

— Au Moyen-âge, lorsque les persécutions sur les sorciers se sont intensifiées, ceux-ci ont décidé de se choisirent un signe distinctif, afin d'identifier qui était acquis à leur cause et où ils pourraient trouver refuge. Ils ont choisi la grenouille et l'on utilisée comme signe de ralliement, explicita la rousse alors que leurs plats arrivaient.

— Je l'ignorais, avoua sincèrement Severus.

— Ce n'est pas ta culture, c'est normal, tranquillisa Rose, mais ce qui nous importe ici c'est que Colombine a reprit cette idée plusieurs siècles après et a choisi le rouge-gorge comme symbole, l'utilisant de la même manière que les sorciers, mais à destination des métis, ce que peu de gens à part nous connaissent. Elle s'est ensuite mariée avec un fils du clan des Cavaliers, Baptiste Grimm et ils ont fondé ensemble leur propre clan, les Passeurs de Brume. Jeunes encore ils se sont fait attaquer par des sorciers et ont tous les deux perdus la vie. Le clan a tenu, mais nombre de ses possessions furent pillées et parmi elles comptent le Rouge-gorge de Melzi, devenu tristement célèbre. C'est un symbole important de notre histoire, le témoin d'un des grands massacres des nôtres, d'autant que ce clan a finalement disparu bien des siècles plus tard, de façon très violente et que le Rouge-gorge n'a jamais été retrouvé.

— Jusqu'à aujourd'hui, souffla Elie.

Elle ignorait comment le vieux Valentin avait mis la main sur cet objet, mais sa brusque réapparition ne faisait que confirmer ce qu'elle pensait. Ce vieux symbole de lutte, de protection des siens, n'avait pas refait surface par hasard. Ces oiseaux étaient toujours le signe d'une nouvelle, d'un renouveau et cela ne coïncidait que trop avec ce qui se passait en Angleterre pour l'ignorer. Même si elle ne savait pas en quoi il pourrait l'aider pour le moment. Elle avait passé du temps avec le vieil alchimiste pendant son enfance, recevant son enseignement sur nombre de choses et s'il avait justement choisi ce jour pour lui offrir ce présent, c'est qu'elle en aurait besoin dans un futur plus ou moins proche. Perdue dans ses pensées, elle vit à peine son père sortir un petit serpent d'or noir monté en bague et Rose prendre entre ses doigts une pierre de lune taillée en œuf. Elie bloqua un instant sur le petit objet. Les trois Rogue avaient eu des objets en rapport avec la guerre et les luttes qu'ils devraient mener, une protection même dans le cas du potioniste puisque son serpent était un ouvrage connu dans le monde de l'alchimie pour être utilisé en cas d'empoisonnement quelconque, le petit serpent mordait une veine et tirait le poison hors du corps. On ne pouvait l'utiliser qu'une fois, mais cela pourrait bien sauver la vie de Severus ou d'un de ses proches un jour. Mais Rose, elle, avait reçu un œuf de lune. Un artefact que l'on utilisait pour avoir et protéger un bébé. Elle savait que c'était le signe qu'elle devait tourner la page et refaire sa vie, mais elle ne pouvait encore l'imaginer pour le moment. C'était la guerre et elle n'avait personne. Elle n'explicita pas la signification de son présent et Elie détourna pudiquement les yeux, faisant comme si elle n'avait pas vu et compris. Ce n'était guère le moment de parler de cela.

— En tout cas Valentin n'a pas changé, déclara-t-elle pour changer de sujet. Il est toujours aussi…

— Fou ? proposa Eiden.

— Il l'a toujours été, d'aussi loin que je me souvienne, répondit sa sœur, mais c'est un savant, quelqu'un de brillant, très connu dans le monde de l'alchimie.

— Il me fait un peu penser à Dumbledore en fait, en bien plus ésotérique, ajouta le garçon sérieusement avant que les deux jeunes gens n'éclatent de rire.

La journée se termina tranquillement alors qu'ils flânaient sur l'avenue, profitant des rayons chaleureux du soleil français. En fin de journée, ils firent un crochet par Hemlotts, la banque gobeline française pour leur rendez-vous avec Hem, le chargé des voutes et possessions de la famille Grimm. Le pendant française de Gringotts n'avait rien à lui envier et l'établissement rappelait beaucoup l'anglais. Rose se dirigea immédiatement vers un des guichets libres et fut accueillie avec un respect qu'Eiden n'avait encore jamais vu chez de telles créatures.

— Nous sommes attendus par Maitre Hem, déclara-t-elle dans la langue des gobelins et le jeune homme mit quelques secondes avant de se rendre compte qu'il avait parfaitement compris les propos de la femme. Il ne chercha pas plus loin la raison d'une telle capacité lorsqu'il croisa le regard malicieux de sa sœur.

— Qui a dit que parler le celtique et le français étaient mes seules compétences… sourit-elle d'un air taquin.

Eiden préféra ne pas s'engager sur cette pente et continua de regarder Rose dialoguer tout à fait cordialement avec la créature. Elie dû sentir sa surprise puisqu'elle prit la peine de lui expliquer :

— Rose est souvent en contact avec les gobelins de par son travail et elle est très respectée, d'autant qu'elle mène son combat pour les droits des créatures non humaines avec opiniâtreté. Mais c'est surtout une métisse, un être magique mis au ban de la société sorcière et donc une égale et une alliée des gobelins.

— Il en est de même pour nous alors ?

— Les gobelins et les métisses ont toujours eu des rapports privilégiés, alliant respect et assistance à l'occasion. C'est d'autant plus vrai pour ceux qui ont des convictions d'égalité entre tous et qui œuvre dans ce but.

— C'est ta manière de répondre à ma question je suppose ? sourit Eiden alors que sa sœur lui faisait un clin d'œil.

Le gobelin les mena hors de la grande salle par un large couloir dallé de marbre et les introduisit dans un petit salon avant de disparaitre par une porte de bois précieux. Il en revint avec un de ses congénères habillés d'un costume noir et luxueux et disparut.

— Hem fils de Elmtrog, se présenta la créature en s'inclinant, je suis en charge des voutes et possessions de la famille Grimm.

Elie et Rose lui rendirent son salut, mais Severus et Eiden, ne sachant que faire restèrent immobile, ce dont le gobelin ne sembla pas leur tenir rigueur. Il les fit entrer dans son bureau attenant et les invita à prendre place sur les confortables chaises mises à la disposition des clients. Les trois métis avaient laissé leur véritable apparence prendre le dessus, c'était une marque de respect envers la créature qui leur faisait face et ils y tenaient, montrant toute la confiance et le crédit qu'ils accordaient à l'établissement et à leur hôte. Rose changea assez peu, n'ayant que le sang elfique d'agissant, mais les attributs métamorphe des jumeaux étaient bien plus visible, ce qui ne sembla pas heurter le moins du monde le gobelin qui avait sans doute l'habitude.

— Je suis honoré d'enfin rencontrer en chair et en os les héritiers de cette noble maison. Nous savions que vous existiez, mais rien ne pouvait nous permettre de vous retrouver avant vos seize ans.

Faisant preuve d'une audace qu'il ignorait avoir, Eiden déclara en langage gobelin :

— Tout l'honneur est pour nous, nous vous remercions, votre établissement et vous-même d'avoir pris soin de notre patrimoine. Mademoiselle Chambord ne nous a rapporté que du bien de votre travail.

— C'est un honneur de servir une telle famille, répondit simplement la créature, mais avec le même respect au fond des yeux que celui qu'il réservait à Rose.

— Et nous souhaitons que cela reste ainsi. Si vous acceptez de continuer votre mission avec nous bien entendu, intervint Elie dans le même idiome.

— J'accepte avec grand plaisir, Mademoiselle.

Les deux adolescents sourirent et ils repassèrent tous à l'anglais pour que Severus puisse lui aussi comprendre.

— Nous sommes en contact permanent avec Gringotts depuis que vos comptes ont été mis en commun et je vous remets aujourd'hui le bilan de ce que vous ont rapporté vos placements.

Hem leur tendit à chacun un long parchemin identique, les jumeaux ayant mis leurs possessions en commun, le tout inscrit en français, mais parfaitement obscur à Eiden qui n'avait reçu le moindre enseignement en la matière.

— L'ancien compte français de Mademoiselle Rogue-Grimm est le plus rentable évidemment, considérant que ses placements sont les plus nombreux et les plus vieux, mais le vôtre a connu une nette plus-value, Monsieur Rogue-Grimm et je vous invite à vous référer aux détails que je vous ai fournis afin d'en connaitre la nature exacte.

Le jeune sorcier hocha la tête, certain qu'Elie reprendrait tout cela avec lui dans le calme de leur chambre pour tout lui expliquer. Lorsqu'ils avaient décidé de mettre leur fortune en commun peu de temps après s'être rencontré et Elie, qui était familière de par son éducation avec la gestion des comptes, s'était occupée d'investir au Royaume-Uni et en France, augmentant de façon substantielle en seulement quelques mois leur tas d'or déjà fort honorable. Eiden lui faisait totalement confiance, lui-même n'y connaissant rien, et il avait apparemment eu raison.

— Voici également ce qui entrera en votre possession à votre majorité métis, les quatre propriétés choisies par Mademoiselle Chambord et Monsieur Rogue ici présent.

— Excusez-moi, l'interrompit Elie, vous avez dit quatre ?

— En effet Mademoiselle, les trois demeures anglaises et celle de Combe-les-lys.

Eiden sursauta en entendant le nom du village et au vu du visage incrédule de sa sœur, elle n'en savait pas plus que lui. Ce fut Rose qui leur expliqua :

— Les Grimm ont une propriété à Combe et nous voulions, avec Severus, qu'elle soit incluse dans le lègue afin que vous ayez un refuge en cas de problème. C'est un point que nous voulions aborder avec vous cette semaine, mais le temps nous a manqué, avoua la femme rousse.

Les deux enfants acquiescèrent machinalement, l'un trop surpris de posséder une autre maison et l'autre de la découvrir dans le village de son enfance.

— Cela ne change en rien le fait que vous êtes chez vous à la villa et que vous pouvez venir quand bon vous semble, sourit Rose. C'est juste… eh bien une précaution de plus si jamais un malheur devait arriver.

Hem, sentant l'atmosphère se tendre, choisis ce moment pour intervenir doucement.

— Mademoiselle Chambord m'a parlé d'une requête de votre part. En quoi puis-je vous être utile ?

Les jumeaux échangèrent un regard et c'est Elie qui prit finalement la parole.

— Nous tenons votre peuple et votre travail en haute considération Maitre et nous souhaiterions avoir votre avis quant au choix que nous devons faire et aussi savoir quels services votre établissement pourrait nous proposer.

— Je suis flatté que vous demandiez mon assistance pour une pareille décision, Mademoiselle, mais peut-être pourriez-vous me rappeler ce dont vous avez besoin précisément.

Elie commença par demander s'il connaissait la situation en Angleterre et le voyant répondre par l'affirmatif, elle expliqua :

— Mon frère et moi souhaiterions une demeure, la plus protégée et secrète possible, pour y abriter les enfants renégats des mangemorts de la façon la plus sécuritaire possible. Nous souhaiterions également établir un pied à terre pour un futur combat contre Lord Voldemort.

Les deux adultes se figèrent à ces mots. Les plus jeunes ne leur en avaient pas encore parlé, mais ils étaient certains pour eux qu'ils prendraient part à cette guerre, de façon active, et ils n'avaient pas la moindre intention de compter sur Dumbledore pour assurer leurs arrières.

— Et bien votre ancienne tutrice a écarté Antrim, fit le gobelin, allez-vous faire de même ?

La jeune femme hocha fermement la tête, pas question de mêler le clan du Feu d'Aibelle à ce conflit, il n'avait déjà que trop fait les frais des sorciers.

— Le cottage des Cotswolds est trop petit pour les renégats, mais elle ferait un bon pied-à-terre de combattants si vous êtes un nombre restreint. Un petit espace peut être plus facilement bardé de sortilèges et il y a un terrain convenable pour effectuer des entrainements. Mais je pense que Gower serait le plus approprié pour accueillir des réfugiés. La propriété de Loch Lomond est située au milieu de nulle part et elle est proche de Poudlard, si par malheur l'école tombait… Et puis le domaine de Gower est depuis plus longtemps dans la famille, ce qui apportera plus de puissance aux protections de sang.

— Nous vous remercions, Maitre Hem, pour votre avis éclairé. Rose, Père qu'en pensez-vous? interrogea Eiden qui abordait son masque lisse et sérieux de temps de conflits.

— Je pense que c'est un bon choix. La maison du Pays de Galle est grande et les protections sont tout à fait satisfaisantes. Quant aux Cotswolds, elle est parfaite comme point de ralliement discret.

Il n'aimait guère parler d'une telle implication de ses enfants dans le futur, mais ils ne semblaient pas vraiment lui laisser le choix alors… D'un autre côté, il ne pouvaient pas espérer qu'ils restent les bras croisés si une guerre se déclarait, ce n'était absolument pas leur nature. Rose le rejoignit dans ses propos et Elie demanda, la mine tout aussi sérieuse que son frère :

— Quels services votre établissement peut nous proposer ?

— Nous pouvons renforcer tout ce qui a trait à la magie du sang, de part mon statut. Mais en raison de la fraternité entre nos peuples, le directeur m'autorise à placer sur vos quatre demeures tout les sortilèges sorciers, métis ou gobelins que je jugerai utiles. Nos meilleurs briseurs de sort s'en chargeront dès l'ouverture de ces domaines, à votre majorité.

— Prenez ce qu'il vous faut dans mon coffre, intervint Severus.

Il eut pour la première fois l'étrange vision d'un gobelin lui souriant, bien que cela ressemble plus à une grimace quelque peu inquiétante de son point de vue de sorcier.

— Ce service est inclus dans l'accord qui nous lie avec la famille Grimm depuis des générations, Monsieur Rogue, votre argent n'est pas nécessaire pour que nous l'honorions.

Le professeur n'avait jamais eu connaissance de tels arrangements et le ''sourire'' de la créature s'agrandit.

— De telles dispositions ne sont que rarement conclues et jamais avec des sorciers. Je me doute que vous n'en ayez jamais entendu parler. Nous n'offrons pas notre protection à une race qui nous traite en inférieur. Bien que nous soyons différents des métis, nous avons nos propres griefs contre votre monde.

— Je le comprends tout à fait Maitre, répondit l'homme aux cheveux corbeau.

— J'en suis certain, répondit le gobelin alors que ses dents pointues se découvraient plus encore.

0o0o0

Le lendemain, une nouvelle fois Eiden était seul dans son lit, mais Elie était restée dans la chambre et lisait dans un fauteuil. Il s'étira profitant quelques instants encore de la chaleur des draps. Sa sœur lui sourit en le voyant réveillé et fit voler à lui une lettre.

— Blaise t'a écrit, Elwig l'a apportée il y a une heure.

Il décacheta rapidement la missive et sortit la lettre de son compagnon qui lui parlait de ses vacances et demandait des nouvelles. Il lui répondit comme il le pouvait, n'étant pas autorisé pour des raisons de sécurité à lui révéler qu'ils étaient en France et avec Rose, au cas où le courrier serait intercepté.

—J'ai reçu une lettre de Drago, déclara-t-elle distraitement en tournant une des pages de son livre.

Eiden fronça les sourcils. Elie ne lui proposerait sûrement pas de lire la correspondance tendre qu'elle entretenait avec son compagnon. D'un geste négligent, elle fit venir à lui le parchemin qu'il parcourut rapidement. Parmi les lignes sans réelle importance pour lui certaines phrases lui sautèrent aux yeux comme celle ''Les amis dont je t'ai parlé sont d'accord pour me donner un coup de main, moyennant quelques faveurs et ils sont à même d'organiser nos vacances dès que le temps le permettra. Je sais que tu aimes l'Europe occidentale, mais l'est peut également t'apporter de bien belles choses. Et puis ma mère a quelques contacts que nous pourrions visiter. Ils pensent qu'il n'est pas juste que ta naissance française t'ait privé de leurs beaux paysages et seront ravi de te les faire découvrir''

— Est-ce ce que je pense ? demanda Eiden.

— Et qu'est-ce que tu penses ? questionna en retour la blonde blottie dans le confortable fauteuil.

— Que Drago fait jouer ses contacts pour monter une filière de fuite hors de l'Angleterre, répondit le garçon en la contemplant.

Elie semblait toujours fortement intéressée par son ouvrage, mais le garçon n'avait aucun doute sur le fait qu'il avait son entière attention, malgré son apparente nonchalance. Ils étaient comme des félins, malgré leur attitude ils n'y avaient qu'en de rares moments qu'ils baissaient complètement leur garde, même s'ils se plaisaient à tromper leur entourage en prétendant le contraire.

— C'est possible.

— Je croyais que nous avions mis cette idée de côté avec les autres, qu'elle était trop coûteuse et dangereuse.

Elle lui offrit un regard par-dessus son livre.

— Ce n'est pas la solution la plus adaptée, ni même la meilleure, mais il serait bon tout de même de ne pas l'abandonner. Elle ne serait réservée qu'à certains cas, pour des gens pour qui ce serait vraiment trop dangereux, pour eux et pour les autres, de rester. Des dissidents fameux, des personnes activement recherchées ou des résistants acharnés. La rumeur va très vite se répandre que nous cachons des renégats Eiden, et nous ne pourrons aider tout le monde. Et même si c'était le cas, rien ne dit que notre camp va finir vainqueur. Si nous pouvons sortir des gens des îles britanniques, je crois que nous devrons le faire. Nous n'aurons pas besoin de les financer tous, certains ont leurs propres moyens.

— Je le sais.

Il parcourut la lettre des yeux et tiqua sur d'autres choses.

— Qui sont ceux qu'il voudrait te présenter ?

— Dray dit que d'autres enfants de mangemorts voudraient trahir, le faire avant d'être marqué, qui ne sont plus à l'école. Lui, Pansy et Théo se chargent de faire le tri et de parler à ceux dont ils sont sûrs.

— Cela sonne de plus en plus comme une armée, ou du moins un groupe nombreux.

— La plupart ne veulent pas se battre Den.

— Je le sais, mais certains le veulent et ils ne le feront qu'à nos côtés, jamais avec l'Ordre du Phénix, et je les comprends. Personne ne leur a laissé le bénéfice du doute.

Il garda un instant le silence puis repris.

— Tout me dépasse à présent. J'ai toujours eu Voldemort comme objectif, pas de me battre avec toute une légion derrière moi. Je n'ai pas la moindre compétence dans ce domaine et je ne suis même pas certain de le vouloir.

Sa sœur se leva et vint le rejoindre sur le lit, s'allongeant tout contre lui, enroulant ses bras autour de sa taille.

— Et si tu te chargeais de Voldemort et que tu me laissais couvrir tes arrières, chuchota-t-elle au creux de son oreille. J'ai le sentiment au fond de moi que seul toi peux te mesurer à lui, mais entre lui et toi, il y a tout un tas de soldats derrière qui il se cache. C'est notre rôle à tous de t'ouvrir un chemin vers lui.

— Je voudrais que tu ne sois pas liée à cela, que personne ne le soit et n'ait à se battre. Ce n'est qu'entre lui et moi.

Elle secoua la tête.

— C'est bien plus que lui et toi Den. C'est une guerre de croyance, vous en êtes seulement les chefs de file, les meneurs.

Elle s'approcha encore et murmura si bas qu'il eut du mal à l'entendre.

— Je ne te laisserais pas affronter cela tout seul, je ferais tout ce que je peux pour que tu n'ais à lever qu'une seule fois ta baguette.

Il la serra fort contre lui, tellement heureux de la savoir auprès de lui, qu'il n'aurait pas à faire la route seul, qu'elle serait toujours à ses côtés.

— Je suis peut-être un meneur, mais tu es la soldate, la stratège.

— Ton soldat, sourit-elle dans ses cheveux. Je combattrais pour toi, tu le sais. Rien ne t'oblige à être le pantin de Dumbledore à nouveau. Les gens te suivront, ils te suivent déjà.

— Je ne veux pas mener les autres à la mort, je ne veux pas que l'on se batte pour moi ! soupira-t-il.

— Ce n'est pas pour toi Eiden, cela te dépasse de loin. Ils se battent pour leurs convictions, leur futur, tu es le symbole, le guide, mais tu ne forces personne.

— Tu t'occuperais vraiment de cela pour moi, pour que je n'ai pas à être l'arme de Dumbledore.

— Oui.

Il fourra son nez dans ses cheveux entremêlant encore plus leur corps.

— Tu n'aurais jamais dû poser le pied en Angleterre. À cause de moi tu vas finir comme Maman et James, dit-il d'une voix douloureuse.

Elle éclata d'un rire froid.

— Alors je serais morte cet été. Si je n'avais pas transplané auprès de toi, je me serais vidée de mon sang dans cette forêt. Tu crois franchement que j'aurais pu tenir une nuit de plus ? Mon héritage m'aurait tué dans l'état où j'étais. Et si ce n'était cela, la guerre m'aurait prise de toute façon, Voldemort pourchasse les nôtres, qu'ils portent soi-disant le nom de Potter ou non. Tu n'es pas responsable de toutes ces morts Eid, c'est Voldemort et les idéologies raciales qui le sont, pas toi, tu ne dois jamais le croire.

Ils restèrent un long moment ainsi, silencieux, laissant le temps au garçon de s'apaiser, puis la sensation du parchemin contre la peau de son dos le fit revenir à la réalité. Il extirpa la lettre de Drago de sous lui et la posa sur le chevet, un léger sourire aux lèvres.

— Tu ne te moques pas encore une fois de mon compagnon, n'est-ce pas mon cher frère ? interrogea dangereusement la blonde.

— Non, apaisa le jeune homme. Je songeais simplement à combien les choses avaient changé. C'est véritablement étrange pour moi de penser qu'il y a quelques mois encore il réalisait des badges pour m'humilier et m'attaquait dans le dos. Maintenant je lui confierais ma vie sans hésiter et il en sait autant de moi qu'Hermione et Ron.

— Je pense qu'il était à un carrefour et que notre arrivée l'a fait basculer du bon côté.

— Tu penses que sans cela il aurait fini par rejoindre les mangemorts ? interrogea le fils de Severus.

— Je l'ignore, on ne le saura jamais. Mais au vu de l'éducation et de la pression de Lucius, cela se pourrait, oui. Mais fort heureusement, cela ne c'est pas produit.

— Tu crois que tu l'aimerais s'il était avec eux ?

Elienor lui adressa un regard étrange à travers les mèches claires qui lui tombaient devant le visage.

— Si on étaient allés chez les Gryffondor et que tu n'avais connu Blaise que comme le Serpentard sympathisants des mangemorts. Qu'aurais-tu fais ?

— Je… je serais certainement avec une fille, Cho ou une autre. Mais maintenant, je ne m'imagine avec personne d'autre.

— Tu sais pourquoi les métisses n'ont généralement qu'un seul compagnon de vie ? demanda sa sœur alors qu'il secouait la tête. La fidélité n'est pas la seule raison, l'autre est que lorsque tu as trouvé la personne qui te fait vibrer, qui te complète parfaitement, tu ne peux plus te contenter de quelqu'un d'autre. C'est pourquoi la plupart d'entre nous ne se remarient pas, sauf pour assurer une descendance, ou si nous rencontrons quelqu'un qui est capable de nous guérir de cette perte. Cela arrive parfois, mais cette relation n'aura rien à voir avec la passion que tu as vécu auprès de ton premier compagnon, c'est comme épouser son meilleur ami, il calme la solitude de ton cœur, tu l'aimes sincèrement, mais ton grand amour, lui, est parti.

— Comme une sorte d'âme sœur ?

— Une âme sœur ? Comme les moldus ? Je ne sais pas, les nôtres n'utilisent pas ce terme. Nous croyons simplement que lorsque tu rencontres un partenaire idéal, la créature en toi efface les autres, mais il n'y en a pas qu'un seul dans le monde, tu as le choix.

— Je vois, donc tu dis que si tu n'avais pas rencontré Drago, tu aurais peut-être rencontré quelqu'un d'autre, mais qui te serait moins accordé.

— J'aurais probablement fait un mariage de raison. Parce que je n'aurais pas pris le risque de me lier, à moins de l'aimer passionnément.

— Et j'aurais épousé Ginny, aurais trois enfants et une vie tranquille.

Elie rit doucement.

— Au lieu de cela tu vas t'unir à un homme Serpentard beau comme un dieu.

— Et toi à un petit prince arrogant et fils de mangemort.

— Je préfère cette version, sourit la blonde.

— Moi aussi.

Ils finirent par se lever, rejoignant le salon où Severus et Rose parlaient tranquillement. Ils étaient assez proches tous les deux et Eiden se surprit à penser qu'il ne l'avait jamais vu ainsi en cinq ans, à part avec lui, Elie et Drago. C'était cependant une excellente chose que le sombre professeur s'ouvre enfin aux autres et Rose était tout à fait indiquée. À leur entrée, ils les transpercèrent tous deux du regard, comme s'ils savaient de quoi ils avaient parlé, mais ils les accueillirent ensuite en souriant.

— Vous voilà, fit chaleureusement Rose.

— Pourquoi je sens un ''seulement'' induit, fit malicieusement Eiden en s'installant dans un canapé.

— Il n'y en a pas. Vous êtes en vacances, vous êtes ici pour vous reposer. Donc si vous voulez dormir, faites-le !

— Tant que vos devoirs sont faits évidemment, termina Severus en leur adressant un regard menaçant qui n'eut absolument aucun effet.

— Tu sais qu'ils sont faits, rétorqua Eiden. Même ce stupide essai pour Ombrage qui doit expliquer en quoi le terme contre-maléfice est impropre.

Severus marmonna un « ridicule » qui fit sourire les deux femmes et il les laissa attaquer leur petit-déjeuner. Rose les interrogea sur ce qu'ils avaient à faire pour l'école et le potioniste se plongea dans le journal. Eiden adorait les matins comme ceux-là et il espérait en vivre encore beaucoup d'autres.

— Rose, j'ai quelques difficultés avec le sortilège Destructum informulé, tu pourrais m'aider ? demanda-t-il.

— Pour les cours ? dit-elle l'œil brillant, elle savait très bien que ce sortilège dépassait de loin le niveau d'un cinquième année, quelque soit l'établissement, surtout en informulé.

— Évidemment !

Elle lui offrit quelques conseils, étant particulièrement douée en enchantements et elle l'invita à s'entrainer dans la petite salle prévue à cet effet de la villa, laissant les deux autres à leur lecture. La journée se passa calmement, chacun étant parfaitement satisfait de paresser à la maison. Rose avait à nouveau pris quelques jours de congé pour passer du temps avec sa famille, sachant qu'elle ne pourrait sans doute pas les revoir avant la fin de l'année, à cause de la tyrannie et de la surveillance d'Ombrage. Chacun chérissait donc les moments passés ensemble, surtout les deux hommes qui n'avaient pas vraiment eu l'expérience d'une famille heureuse. Eiden était d'ailleurs étonné de voir à quel point les petites choses simples que cela impliquait le mettaient en joie. Il avait toujours été très heureux au Terrier au milieu des Weasley, mais ce n'était vraiment rien par rapport à ce qu'il ressentait ici. Il se sentait chez lui à Combe-les-lys, comme au Manoir, même s'il n'y avait dormit que quelques nuits et il se doutait que ce serait de même pour chaque endroit où serait aussi Rose, Severus et Elie.

Il avait aussi fait la connaissance de Mahès, le ''fauve'' de la française et le trouvait tout à fait agréable, contrairement à ce que son père disait. Bien sûr l'animal était indépendant et ne venait se frotter à eux que lorsqu'il le désirait, mais le garçon trouvait ce comportement très sain. Ce n'était pas un animal de compagnie, mais un compagnon, un ami animal comme l'était sa chouette. Lorsqu'il avait besoin d'elle où qu'elle en avait envie, elle venait le voir, le reste du temps elle vivait son existence loin de lui, comme le gros chat de Rose. C'était vrai que Mahès avait un caractère assez orgueilleux, mais il était amusant et pas du tout malveillant, contrairement à ce que semblait penser le potioniste. Il aimait simplement en jouer et Eiden était sûr qu'il agissait ainsi pour bien montrer à Severus que Rose était sa maitresse. Le félin était assez possessif et ne se privait pas d'en faire montre devant le professeur, le seul homme à approcher la rousse depuis un long moment. Eiden aimait particulièrement plonger ses doigts dans la fourrure bleu et or de Mahès en lisant un bon livre, profitant du poids et de la chaleur de l'animal sur ses genoux. Étonnamment, le fauve avait très bien accepté les deux serpents et réciproquement, mais tous trois étaient des créatures intelligentes et magiques, le chat reconnaissait les familiers en eux et les deux reptiles ne le voyaient pas comme un adversaire. Ils aimaient d'ailleurs s'entremêler pour faire la sieste, les deux serpents profitant de la chaleur du dernier.

Le vendredi après le déjeuner, Briac, le korrigan de Rose vint trouver Eiden dans le salon pour lui annoncer que cinq personnes demandaient une audience. Étonné, le garçon qui n'avait pas connaissance d'une pareille visite demanda à la créature de trouver Rose et de la prévenir. Ce que fit Briac qui revint bientôt avec son employeuse et cinq jeunes personnes. Trois d'entre elles étaient bien connus du garçon, puisqu'il s'agissait des meilleurs amis d'Elie mais les deux dernières lui étaient inconnues. Il tenta bien de fouiller dans la mémoire léguée par sa sœur, mais il fut happé dans l'étreinte d'une Charlotte qui babillait à moitié en anglais et en français sur combien ils s'étaient fait du souci pour eux depuis le coma et comme ils étaient soulagés de le voir en bonne forme.

— Je vais chercher Elie, sourit Rose en voyant le manège de la petite sorcière blonde, elle travaille sur une potion avec son père à l'étage.

— Étonnant, ironisa Lysandre en donnant une accolade fraternelle au frère de son amie.

Rose sortit et Eiden accueillit une Ravena joyeuse dans ses bras. S'il avait été un peu chamboulé par l'accueil chaleureux et particulièrement tactile des adolescents, il n'en était pas surpris. Les anglais étaient plus réservés que les camarades français de sa sœur qui étaient également de sang métisse pour la plupart, au moins d'adoption.

— Eiden nous te présentons Aksel et Margarethe Van Ernz. Aksel, Maggie[5] voici Eiden, le frère d'Elie.

Un très beau et grand jeune homme blond aux yeux clairs lui tendit la main. Une toute petite fille se cachait adorablement derrière sa jambe. Il lui fit un sourire renversant et caressa doucement la tête de l'enfant pour l'encourager à saluer le brun.

— C'est le jumeau d'Anna ? demanda d'une petite voix flutée la fillette en celtique.

— Oui, mais on en a déjà parlé Greta[5], fit gentiment son frère à la petite, c'est Elienor maintenant.

— Mais tu peux m'appeler Elie petit ange, intervint la sœur d'Eiden qui venait d'entrer dans la pièce.

L'enfant se détacha de son frère et courut vers la jeune femme qui la réceptionna dans ses bras. La plus jeune entoura immédiatement ses jambes et ses mains autour d'elle comme un koala et se pressa contre elle.

— Tu m'as trop manquée ! dit-elle d'une voix étouffée dans le cou de l'adolescente. Papa et Maman ont dit que tu avais disparu et que tout le monde te cherchait.

Elie ne sut quoi répondre et caressa les longs cheveux de la petite fille.

— Ne fais plus cela s'il te plait, murmura Margarethe.

— Je le promets, dit la jeune femme. Mais je ne suis pas partie exprès Ada, j'ai été… obligée.

Margarethe releva la tête et plongea ses yeux clairs dans les siens.

— Est-ce que c'est les mêmes méchants messieurs qui t'ont fait du mal que ceux qui ont pris Papa et Maman ?

Une soudaine tension saisit tout le monde, mais la blonde répondit doucement.

— Oui Greta.

La petite enfouit à nouveau son visage dans les cheveux d'Elie et ne bougea plus. L'ambiance se réchauffa lorsque les amis d'Elie l'enlacèrent aussi profondément que leur permettait le corps de la petite fille blottie contre elle. Ils s'assirent tous et Elie demanda à Nannez de quoi accueillir leurs invités convenablement. Eiden en profita pour observer Aksel, le seul qu'il ne connaissait pas. C'était un très très bel homme, peut-être plus beau encore que Lysandre et Eiden se demanda si le sang magique avait pour effet d'embellir ses porteurs ou si c'était leur charme qui opérait. Aksel avait des cheveux presque aussi clairs que ceux de Drago, des yeux bleus ourlés de blanc, comme s'ils étaient givrés et une peau d'ivoire parfaite. Sa silhouette suggérait un corps entretenu et son odeur ne laissait aucun doute sur son sang et son rang : alta, changeur de peau. Il avait une élégance noble tout à fait attendue pour l'héritier d'une famille des dix-neuf. Eiden soupirait d'avance de l'accueil que lui réserverait le compagnon de sa sœur et il se promit de tout faire pour ne pas rester dans les parages lorsque ce moment arriverait. Aksel et sa sœur avaient perdu leurs parents lorsqu'Elie et lui étaient à l'infirmerie. Œuvre des mangemorts une fois de plus. La phrase qu'Elie avait prononcé la veille au matin lui revint brusquement en tête : « La guerre m'aurait prise de toute façon, Voldemort pourchasse les nôtres, qu'ils portent soi-disant le nom de Potter ou non ». Il semblerait bien en effet.

Nannez revint bientôt avec cette étrange boisson au miel qu'il avait goûté à son arrivée. Eiden apprit d'ailleurs à cette occasion qu'elle portait le nom de medu, et une tasse de chocolat chaud pour Margarethe qui était restée sur les genoux de sa sœur. Il savait par les souvenirs de cette dernière que la petite avait un faible pour elle, qu'elle voyait aux réceptions métisses et chez elle au Danemark et en France, sa mère et Rose étant très amies avant la mort de l'épouse Van Ernz. Mais il trouvait la fillette encore plus accrochée à Elie qu'auparavant. Peut-être la mort de ses parents en était-elle la cause ? Suspendant ses interrogations pour un temps, Eiden ramena son attention sur les cinq autres adolescents qui parlaient en anglais de la guerre et des dernières frappes de Voldemort contre les leurs. Margarethe ne comprenait pas cet idiome et cela lui permettait de savourer son chocolat chaud et ses biscuits loin de toutes pensées macabres. Elle semblait avoir l'habitude puisqu'elle ne protesta pas et se contenta de rester silencieusement sur les genoux d'Elie, s'amusant avec les petites figures de fumée que la blonde faisait sortir de sa baguette tout en discutant.

— J'avoue que j'étais curieux de rencontrer le frère d'Elie, dit finalement Aksel en croisant élégamment ses longues jambes.

— Et qu'en penses-tu maintenant que c'est fait ? demanda malicieusement Ravena.

— (Et) tu es assez comme je l'imaginais Eiden, vous vous ressemblez énormément, à la fois physiquement et mentalement, même si vous avez choisi des routes différentes…

Eiden ne répondit pas. Il ne savait toujours pas comment agir lorsqu'on évoquait leur choix de vie à Elie et lui. Il savait par Blaise et elle que nombreux étaient les métis à laisser leur nature de sorcier prédominer, ou du moins lui laisser une part égale à celle de la créature en eux, mais il n'était pas encore très à l'aise avec cela. D'une certaine manière, il se sentait comme s'il reniait sa mère et son héritage et qu'il éloignait sa sœur de lui. Ce qui était faux bien entendu, mais c'était une chose encore délicate pour lui.

— Même si je n'imaginais pas Harry Potter ainsi, continua-t-il avec un étrange sourire.

— Et dire que c'est censé être un secret, bougonna le brun.

— C'est Orsu qui me l'a avoué, expliqua le blond. Il m'a conseillé de venir vous trouver tous les deux.

Eiden laissa glisser un œil vers sa sœur qui contemplait son ami, le visage impassible. Laissant parler le lien il sentit sa curiosité et son calme. Elle attendait seulement la suite.

— Les nôtres ne prendront pas position dans cette guerre, continua le jeune danois. Aucun clan, aucun des dix-neuf ne prendra part à cette guerre.

— Nous le savons Aksel, fit tranquillement Elie, ce n'est pas vraiment une surprise.

— Les chefs de clans se sont réunis, cette décision est à présent officielle. L'asile sera accordé à tous ceux de notre peuple qui le demanderont, mâtinés ou atsu.

— Rien de surprenant, répondit Charlotte. Les clans vont se concentrer sur leur propre sécurité et non pas venir au secours des sorciers qui n'ont pas levé le petit doigt pour eux, bien au contraire.

— Mais ce n'est peut-être pas l'attitude la plus sage. Si nous n'aidons pas et que Voldemort gagne, alors les attaques contre les nôtres vont redoubler, intervint Lysandre.

— Peut-être, mais c'est ce qui a été décidé. On ne peut plus rien y faire à présent, soupira Ravena.

Assise près d'Elie elle conjura une couverture pour Margarethe qui s'était endormie. Aksel souriait doucement en les regardant, sa petite sœur avait le plus grand mal à tomber dans le sommeil depuis la mort de leurs parents, mais elle semblait être suffisamment à l'aise dans les bras de la blonde pour le faire.

— Je n'ai pas l'intention de rester les bras croisés Vena.

Aksel avait dit cela d'une voix parfaitement calme et maîtrisée et Elie lui demanda, le visage de marbre.

— Que comptes-tu faire ?

À son regard elle le savait parfaitement, mais semblait vouloir entendre la confirmation de sa bouche.
— Mon cursus à l'académie se termine en juin et je compte bien passer la Manche ensuite.

— Certains diront que ce n'est pas ton combat.

— Les mangemorts ont assassiné mes parents. Je crois que ça l'est.

Elle ne répondit pas, mais Aksel sembla comprendre. Ils se connaissaient depuis l'enfance, sa mère et Rose étant des amies proches.

— Tu ne peux pas tenir tous ceux que tu aimes loin de cela, El.

— Si je le pouvais, personne ne participerait à ça.

— Mais tu ne le peux pas, fit doucement Ravena. Nous allons participer et certains d'entre nous vont être blessés, voire pire.

Eiden attrapa la main de sa sœur, il avait les mêmes pensées, mais ne pouvait vraiment rien faire.

— Elie, tu ne peux pas nous retenir loin de toi, loin de vous si nous n'en avons pas envie. Les amis d'Eiden n'envisagent même pas de ne pas être à ses côtés, intervint Charlotte.

— Pas si je peux régler cela, ronchonna le susnommé.

La sorcière blonde lui adressa un sourire indulgent.

— Et puis c'est différent pour nous, nous sommes entrainés depuis l'enfance, nous sommes bien plus en sécurité que vos amis sorciers, tempera Aksel. Nous voulons faire quelque chose et vous ne pourrez pas nous empêcher.

— J'aurais aimé que vous restiez en sécurité du bon côté de l'eau, murmura Elienor.

— J'aurais aimé que tu restes en sécurité du bon côté de l'eau, rétorqua sur le même ton son frère.

— Personne n'est en sécurité, quel que soit le côté, ce qui est arrivé à mes parents et à Elie en est bien la preuve, répondit Aksel. Je sais que vous organisez la défense, que vous recueillez les enfants renégats et je veux vous aider. J'ai parlé à Anton et il m'a dit qu'Allen, Kathleen et Andrea ont choisi de se battre tant que l'on protège leurs frères et sœurs, il m'a dit qu'il les rejoindrait à l'endroit où vous les cacherez et qu'ils lutteront contre Voldemort.

Aucun des jumeaux ne réagit, ils savaient déjà cela.

— Nous voulons aider, lorsque cela commencera, nous viendrons, déclara Lysandre sur un ton qui ne souffrait aucune réplique. Orsu a les mains liées, mais ce n'est pas notre cas. Il organise déjà des battus, il traquera avec les autres clans tout mangemorts qui posera le pied sur le continent, mais il ne peut risquer une guerre entre Voldemort et les métisses. Il n'ira pas en Angleterre, mais nous si et il le sait.

— Qui… commença Elie.

— Plus que tu ne le penses, répondit Ravena qui faisait tourner élégamment sa boisson dans son verre en contemplant sa meilleure amie, un discret sourire aux lèvres en la voyant finalement rendre les armes. Mais aucun de nous ne se mettra sous les ordres de Dumbledore, ou d'un autre sorcier. C'est sous votre autorité que l'on se place, seulement elle.

— Je ne suis pas… commença à protester Eiden, toujours mal à l'aise que l'on voie en lui un chef de guerre.

— Si tu l'es, le coupa la fille aux cheveux sombres. Que tu le veuilles ou non.

— Je ne sais pas faire cela, je n'ai aucune compétence dans ce rôle, j'ai toujours foncé tête baissée en ne me souciant que de mon but.

— Heureusement alors que tu as à tes côtés quelqu'un qui sait, sourit-elle machiavéliquement.

— Je n'ai que quinze ans Vena, en quel honneur veux-tu que je conduise une organisation guerrière. Je soutiendrais Den et je me battrais pour lui, pour nos amis, mais je suis trop inexpérimentée pour être un chef de guerre. J'ai dit à Eiden que je m'occuperai de cela pour lui, mais je pensais seulement à nos amis et quelques proches, rien de plus.

Aksel éclata de rire.

— Inexpérimentée ? Tu maitrises des sorts que certains de ma classe ne connaissent même pas et tu es une meilleure combattante que bien des soldats des clans. Orsu t'entraine depuis le plus jeune âge, Orsu, l'un des alphas les plus renommés de notre peuple. Tu es tout à fait capable de cela, j'ai toujours pensé que tu deviendrais Alpha à ton tour, et je ne suis pas le seul. Eiden est peut-être un des sorciers avec le plus grand potentiel que je n'ai jamais rencontré, mais toi tu es la métisse la plus prometteuse qui ait foulé ce continent ces derniers temps. Tu seras l'un des meneurs de notre peuple El, j'en suis certain. Et ce que je vois là me le confirme, déclara-t-il en désignant sa sœur assoupie d'un geste. Elle ne sent plus nulle part assez en sécurité pour dormir, mais elle sent suffisamment de pouvoir et d'autorité en toi pour se sentir assez à l'abri et dormir.

— Père le pense également, ajouta Ravena.

— Ange prendra la tête du clan après ton père, rappela la fille de Severus.

— Il y a d'autres clans que les Cavaliers, répondit simplement son amie en buvant tranquillement une autre gorgée de medu.

Elie détourna le regard, mais garda le silence, tâchant de digérer ce que ces amis venaient de dire. Après un moment Eiden lui toucha doucement le bras pour la faire lever les yeux vers lui et il demanda à voix basse :

— Tu ferais cela pour moi ?

— Tu le sais bien, répondit-elle, je te l'ai déjà dit. Je ferai n'importe quoi pour toi, même conduire ces imbéciles à la guerre s'il le faut. Cela ne me plait pas, mais je ne laisserai pas Dumbledore t'utiliser comme un pantin, je refuse qu'il te manipule une fois de plus, même si pour cela je dois devenir ton… général.

— Père va être furieux, fit Eiden avec un sourire en chassant une mèche du visage de la blonde.

Elie secoua la tête et rit doucement.

— Non, je suis certaine qu'il sait déjà ce que nous ferons, même s'il en est mortifié. Il nous connait bien.

Ils se sourirent mutuellement.


[1] Atta = Papa

[2] Ada = enfant, jeune

[3] Astu = initié, sorcier qui fait partie d'un clan.

[4] Materia Arcana = (latin) Matières Mystères

[5] Maggie, Greta = diminutif de Margarethe