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Chapitre 2 : The world goes dark


Kyoya ne cessait pas de penser à la promesse de Ginga. À sa proposition. Elle ne quittait pas son esprit une seule seconde. Quand il errait seul dans les rues, quand il réunissait ses Chasseurs de Tête pour tenter de se souvenir de son rôle et de son objectif. Même quand il dormait, il rêvait de ce futur que Ginga lui promettait. Et c'était... magnifique.

Il était tenté. Son cœur savait déjà quelle décision il allait prendre, même s'il refusait encore de l'admettre.

Plus le temps passait, plus il acceptait l'idée qu'il accepterait la proposition de Ginga. Après tout, rien ne le retenait vraiment à Scarline. Il partirait avec Ginga et le monde serait à eux.

L'enthousiasme le gagna peu à peu et l'impatience se mêla de la partie. Ginga et lui partiraient découvrir le monde. Ils le parcourraient tous les deux et rien ne pourrait les en empêcher. Ce serait tout simplement parfait. Il se demandait s'il devait le rejoindre maintenant ou si, au contraire, il devait attendre le dernier moment. S'il le rejoignait trop tôt, Ginga remarquerait son impatience et de son désir de partir avec lui. Ce serait gênant. Surtout qu'il avait longuement hésité et qu'il avait argumenté pour trouver des raisons de ne pas l'accompagner. Les gens qui changeaient d'avis étaient faibles et inconstants. Et ridicules.

Kyoya se souvint alors qu'ils avaient rendez-vous. À leur point de rencontre habituel. Ce serait très différent de passer du temps avec lui en plein jour. Un sourire vint étirer ses lèvres. Il avait hâte d'y arriver et de le revoir. Il lui avait promis de ne pas évoquer le sujet. Ils passeraient un moment simple et agréable ensemble. Il pourrait lui faire la surprise ce soir...

Son sourire s'effaça. Un regroupement de racaille se tenait en travers de son chemin. Il était hors de question qu'il prenne un autre itinéraire : ils l'avaient vu, il ne pouvait pas faire demi-tour sans passer pour un lâche. Il leva la tête et continua d'avancer. Des regards noirs, emplis de méfiance, de mépris et de colère se posèrent sur lui. Il y décelait aussi des éclats de peur, à peine cachés par les autres émotions. Il était un roi, et les rois étaient craints.

Et bientôt, il aurait plus que ce minuscule royaume.

Il traversa le regroupement d'un pas sûr. Deux des types se mirent en travers de son chemin. Il s'arrêta.

- Vous voulez vous battre ?

La seule réponse qu'il reçut fut un pas en avant du groupe qui se resserra autour de lui. Un sourire féroce étira ses lèvres.

- Bien.

Ça lui ferait du bien de se battre un peu. Il n'en aurait sûrement pas l'occasion avant longtemps.

Il se jeta sur le type le plus proche et lui décrocha une droite dans la mâchoire qui le sonna. Il se tourna pour parer un coup avec son épaule et donna un coup de coude à son agresseur. Il se battit avec toute sa rage et sa férocité. Aucun coup qui l'atteignit ne le parvint à le ralentir. C'était lui qui menait la danse. Il frappait et chacune de ses attaques mettait un homme à terre.

Il ne s'arrêta que lorsqu'ils furent tous à terre. Ce combat l'avait à peine essoufflé. Il les toisait, ces hommes pathétiques qui avaient cru que leur nombre suffirait à le vaincre, avec mépris. Un rire satisfait lui échappa.

- Vous êtes minables.

Quelle belle façon de partir, sur une victoire !

- Tu es là Kyoya.

Il se retourna. Busujima se tenait non loin avec deux de ses acolytes. Rien de très menaçant en somme.

- Tu as été libéré ? Tu veux que je t'éclate aussi ? Ça ne me prendra pas beaucoup de temps, allez viens.

Au lieu d'être effrayé ou vexé, Busujima esquissa un sourire cruel.

- Quoi ?

- T'auras pas le temps au contraire. Je crois que ton rouquin t'attend.

Ses paroles glacèrent Kyoya jusqu'au sang. Il ne se laissa pas le temps de réfléchir. Il bondit vers lui, la rage envahissant tout son être. Parfait. La colère lui permettrait de décupler ses forces. Elle ne lui laisserait pas le temps de réfléchir. C'était ce dont il avait besoin pour l'instant.

- J'ai entendu des trucs en sortant. Tu te serais adouci. Ça t'apprendra à jouer dans la cour des grands.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ?!

Busujima recula. Son air fier se crispa mais ne disparut pas.

- Tu n'as qu'à aller le voir. Il t'attend.

Kyoya n'avait pas de temps à perdre. Ils le savaient tous les deux. Il voyait sur le visage de son ennemi qu'il pensait sortir d'affaire. Kyoya grimaça. Il ne pouvait pas perdre son temps avec lui. Par contre, il était aussi hors de question qu'il le laisse partir.

Kyoya dégaina Leone et le poignarda. Il fit subir le même sort à ses deux acolytes. Leurs corps n'avaient pas encore touché terre qu'il s'était mis à courir. Il traversa les rues à toute vitesse, son cœur battant douloureusement dans sa poitrine. Il n'arrivait plus à réfléchir. Seul son objectif occupait son esprit : il devait retrouver Ginga.

Il se dirigea vers la colline, commençant à se maudire intérieurement. Il ne fallait jamais aller aussi souvent au même endroit. C'était pour éviter de se faire piéger de la sorte qu'il changeait sans cesse d'habitation et les lieux de réunion des Chasseurs de Tête.

De l'agitation et des bruits attirèrent son attention. Il bifurqua et avisa un attroupement. Il bouscula les badauds sans ménagement, sans se préoccuper du poignard ensanglanté qu'il tenait toujours.

-...le pauvre...

-...appelé une ambulance...

-...monstre peut faire une chose pareille...

Le brouhaha s'évanouit tandis qu'il était remarqué. Il s'en moquait. Le sang battait à ses oreilles et une pulsation étrange martelait l'intérieur de son crâne.

Quelqu'un était penché sur une forme allongée et appuyait un tissu contre une plaie à son ventre. Une autre était agenouillée et parlait d'une voix apaisante. L'esprit de Kyoya refusa d'assimiler le corps étendu à Ginga immédiatement.

Puis il comprit.

Sa main lâcha Leone et il courut vers lui. Il bouscula la femme, celle qui était juste là pour parler, et s'agenouilla à même le sol. Il se pencha vers Ginga dont les traits étaient crispés par la douleur.

Au loin, le métal claqua contre le sol.

- Ginga !

Ils l'avaient blessé au ventre.

Les yeux miel s'entrouvrirent et, malgré sa douleur, Ginga trouva la force de lui sourire.

- Hey...

Il tendit la main et lui caressa la joue. Kyoya serra sa main dans la sienne et l'appuya un peu plus contre sa peau. Il ne savait pas quoi faire. Il ne pouvait pas l'aider.

- Tu vas bien, murmura le rouquin avec tout le soulagement du monde.

Kyoya rouvrit les yeux. Il devait le regarder.

- Ils avaient dit qu'ils te feraient du mal...

- Tu ne devrais pas parler, intervint l'adulte. Tu dois économiser tes forces pour l'arrivée de l'ambulance.

Les yeux de Ginga s'assombrirent mais il ne les détacha pas de lui.

- Tu vois le sac là-bas ?

Kyoya n'avait pas envie de le quitter des yeux mais il le fit fugacement pour lui faire plaisir. Un sac de courses était posé à quelques pas d'eux.

- Je voulais t'offrir un truc pour ta collection lion incomplète.

- Tu le feras plus tard.

Même si Ginga ne cessait de lui sourire, il s'attrista encore. Le cœur de Kyoya se comprima et son souffle se bloqua. Non. Il ne pouvait pas lui faire ça. Il n'en avait pas le droit.

Ginga fit glisser ses doigts sur sa joue.

- Je...

- Écoute. J'accepte d'accord ? J'ai décidé de venir avec toi. Tu dois tenir. Ils disent que l'ambulance arrive. Tiens jusque-là.

Sa voix était fragile. Ses paroles ressemblaient à une prière.

- C'est vrai ?

- Oui.

Le léger sourire de Ginga se fit vrai.

- Je m'en doutais. C'était un cadeau de bienvenue.

Kyoya opina.

- Mon père... acceptera de t'emmener avec lui si tu lui demandes.

- Ne dis pas n'importe quoi.

Il posa son autre main sur la sienne.

- Je ne quitterai cette ville qu'avec toi.

En prononçant ces paroles, il sut que ce n'était pas seulement une promesse mais la vérité. Ginga s'assombrit de nouveau. Il était triste. Kyoya ne comprenait pas. Il ne voulait pas comprendre.

Les sirènes résonnaient au loin et l'espoir naquit dans son cœur.

- Tu entends ?

Les doigts se relâchèrent. Le cœur de Kyoya se figea. Les yeux miel étaient clos et la tête de Ginga était penchée sur le côté.

- Ginga ?

Pas de réponse.

Kyoya lui lâcha la main et commença à secouer son épaule. Non. Non. Non. NON.

- Ginga ? Ginga ! Réveille-toi ! Ils arrivent. Justes quelques minutes. Tu dois juste tenir quelques minutes.

Quelques minutes, ce n'était rien. Ginga pouvait le faire. Il avait tant de volonté, tant de détermination. Une poignée de minutes ne pouvait pas le vaincre.

Une main s'agrippa à son poignet. Il se dégagea vivement.

-Ça ne sert à rien, lui dit l'adulte.

Kyoya aurait voulu lui crier dessus mais l'adulte ne faisait déjà plus attention à lui. Il fit signe à la femme qu'il avait bousculé de s'approcher et lui confia son rôle. Elle maintint le tissu sur le ventre de Ginga tandis qu'il se mettait à lui faire un massage cardiaque. Il y mit toute son énergie mais Ginga n'ouvrit pas les yeux.

Kyoya regardait la scène, incapable de réagir. Il se sentait... loin.

L'homme arrêta et secoua la tête. Il murmura quelque chose que Kyoya n'entendit pas : les pulsations dans son crânes s'étaient renforcées. Kyoya se pencha et appuya sa tête contre l'épaule de Ginga. C'était bizarre. La dernière fois, sa peau était si chaude...

Quelque chose attrapa sa veste et tenta de le mettre debout.

- Kyoya.

La voix avait quelque chose de familier mais ce n'était pas Ginga. Ça n'avait donc aucune importance.

Il n'ouvrait toujours pas les yeux.

- Kyoya !

Qu'est-ce qu'il attendait pour les ouvrir ?

On essaya de nouveau de le mettre debout. Il n'avait plus assez de forces pour lutter. Un éclat roux attira son attention. Il ne put s'empêcher de se retourner mais il s'agissait simplement de Nile. Kyoya nota distraitement qu'il tenait Leone puis il se remit à fixer Ginga. Il finirait par se réveiller. Il lui avait promis de l'emmener et de lui donner le monde. Il ne le trahirait pas.

- On doit l'aider.

Nile trouvait toujours des solutions à toutes sortes de problèmes. Il finirait par convaincre Ginga de rouvrir les yeux.

Une main se posa sur son épaule.

- Kyoya, nous devons partir.

L'homme cessa son travail. Kyoya se désintéressa immédiatement de Nile pour se jeter à genoux près d'eux.

- Qu'est-ce que tu fais ?!

- C'est fini...

- Ne dis pas n'importe quoi !

Kyoya se pencha vers Ginga.

- Ginga réveille-toi ! Tu m'as fait une promesse et tu dois la tenir. Ginga ! GINGAAA !

On le recula. On le sépara de lui. Comment osaient-ils ? Ils n'avaient pas le droit de les séparer.

Alors Kyoya fit ce qu'il savait le mieux : il se battit.

- Calme-toi. Réfléchis.

- Gingaaaa !

- Il a été blessé pour te toucher...

- Laissez-moi. Il m'a promis...

Il ne se calma que lorsqu'ils s'écartèrent de lui et qu'il put de nouveau s'approcher de Ginga. Il s'agenouilla auprès de lui.

- Est-ce que tous ceux qui lui ont fait du mal l'ont payé ?

Kyoya sentait une partie de son esprit réfléchir tandis que le reste continua de vouloir se pelotonner contre Ginga. Sa peau. Ses cheveux. Ses yeux. Non. Il ne les avait pas tous tués. Juste Busujima et deux des siens. Le groupe complet était coupable.

- Tout ce que tu peux faire pour lui, c'est le venger.

Non. Ginga avait besoin qu'il reste à côté de lui. Il voulait être le premier qu'il voit quand il se réveillera. Il voulait rester avec lui. Rien qu'avec lui. Même s'il... Même s'il... Tant pis. Il se contenterait de rester à côté de lui. Ce n'était pas si grave.

- Une attaque au ventre provoque une mort lente. Ils l'ont fait pour que tu ais le temps de le voir.

Kyoya leva des yeux lointains sur Nile qui tressaillit. Il ne détacha pas ses mains de Ginga. Il avait envie de se blottir contre lui mais...

Les sirènes résonnaient à ses oreilles.

- Viens. Il ne faut pas qu'ils t'attrapent.

Kyoya aurait voulu se blottir de nouveau contre Ginga. Que lui importait tant qu'il restait auprès de lui ? Alors qu'il se penchait vers lui, Nile attrapa son poignet et le redressa d'un coup. Il l'entraîna loin de Ginga. Le regard de Kyoya ne put le quitter, même quand une barrière humaine se retrouva entre eux.

Kyoya laissa Nile le conduire dans les rues sans opposer la moindre résistance. Il avait perdu toutes ses forces. Son esprit restait obstinément auprès de Ginga. Ginga qui était blessé. Ginga qui gisait dans une marre de son propre sang.

Cela l'électrisa. Ginga.

Il dégagea son bras d'un geste brusque de la poigne de Nile et fit volte-face. Il se lança sur leurs pas, ignorant les appels de son lieutenant. Ginga avait besoin de lui. Rien d'autre ne comptait en cet instant. Il n'aurait jamais dû l'abandonner... Dès qu'il le retrouverait, tout rentrerait dans l'ordre. Ginga ne lui en voudrait pas pour s'être éloigné pendant quelques minutes. Il ne lui en avait pas voulu pour toutes les fois où il n'était pas allé à leurs rendez-vous sur la colline ni pour toutes celles où il l'avait menacé. Ce n'était rien, à côté de tout cela, quelques minutes de séparation. Ce n'était rien.

Sans faire attention à Nile qui l'interpellait, Kyoya courut jusqu'à la rue où il l'avait laissé. Il y restait quelques badauds qui chuchotaient entre eux mais beaucoup moins que la foule compacte qui avait failli l'empêcher de rejoindre Ginga.

Son allure ralentit. Une flaque rougeâtre s'étendait sur le goudron. À quelques pas d'elle, le sac que Ginga avait apporté pour lui. Hormis cela, rien n'indiquait la précédente présence du rouquin.

Kyoya s'arrêta et regarda tout autour de lui. La vérité fit peu à peu chemin dans son esprit. Ils avaient emmené Ginga loin, très loin de lui, et il n'y avait sûrement aucun moyen de le rejoindre.

Tout ça parce qu'il l'avait abandonné.

- Vous croyez qu'il va s'en sortir ?

Kyoya se tourna vers la voix. Une jeune femme fixait la tache, les bras enroulés autour de son corps comme si elle essayait de se procurer un peu de réconfort.

L'homme à côté d'elle secoua la tête.

- Ses blessures étaient graves. Vous le connaissiez ?

Le connaissiez. Au passé. Comme si Ginga avait... Comme si Ginga était...

- Non, mais il est si jeune...

Kyoya fit un pas en arrière. Puis un deuxième. Puis il tourna le dos à la scène et s'éloigna d'une démarche chancelante. Ils avaient tort. Tous autant qu'ils étaient. Une chose pareille ne pouvait pas arriver à Ginga. C'était tout simplement impossible.

- Kyoya !

Une main se posa sur son épaule. Il la sentit à peine. Tout comme il entendait à peine la voix l'appeler encore et encore. La voix se confondit avec le reste des bruits alentours puis s'assourdit, tout comme le reste. Les ténèbres envahirent son champ de vision et dévorèrent son esprit. Elles le coupèrent du monde et de ses sens, le plongeant dans une torpeur bienvenue.


XXX


Quand Kyoya rouvrit les yeux, il lui fallut un moment pour connecter son esprit à la réalité. Patraque, il se redressa et regarda tout autour de lui, gardant ses mains appuyées sur le canapé. À cet instant, il n'avait aucune confiance en son équilibre. Aucune confiance en son corps en fait. Il avait l'impression qu'il pourrait sombrer de nouveau dans l'inconscience à n'importe quel moment.

Il se trouvait dans une petite pièce plongée dans l'obscurité. Hormis le canapé sur lequel il se tenait, il y avait de nombreux cartons empilés en face de lui, ainsi qu'une porte dans un coin de la pièce.

Kyoya cligna des yeux. Il ne savait pas comment il s'était retrouvé ici. La dernière chose dont il se souvenait, c'était être dans la rue et...

Ginga.

Ils ne pouvaient pas avoir raison à son sujet, n'est-ce pas ? Il s'en était forcément tiré. C'était Ginga, si courageux, si déterminé, si loin d'appartenir au monde des faibles. Ginga ne pouvait pas disparaître aussi facilement. Ginga était fort.

C'est de ta faute. Tu l'as abandonné. Ils l'ont attaqué par ta faute.

Kyoya secoua la tête, comme si ça pouvait suffire à faire taire cette voix. La culpabilité lui nouait le ventre.

Tu savais que tu allais accepter sa proposition ! Tu l'as toujours su. Si tu l'avais admis dès le début, il irait bien et vous seriez ensemble. Loin d'ici. Loin de tout ça. Vous seriez ensemble !

Ils pourraient être ensemble, en cet instant.

Kyoya ne put s'empêcher de se figurer eux deux, s'éloignant de Scarline, commençant une nouvelle vie.

Kyoya se laissa tomber sur le flanc en fermant les yeux. Il plaqua ses mains sur ses oreilles. Il voulait qu'elle se taise. Il avait si mal. Il ne ressentait rien.

Il t'aurait offert le monde.

Ce fut le coup de grâce.

Kyoya s'effondra.


XXX


- Kyoya, s'il te plaît, laisse-moi t'aider.

Kyoya ne savait pas combien de fois Nile avait fait cette demande. Il s'en moquait. Il n'avait pas besoin d'aide. Il voulait juste qu'on le laisse tranquille. Il n'avait pas faim. Ni soif. Ni froid. Il voulait juste fermer les yeux et dormir. Autant qu'il le pouvait. Jusqu'à la fin de sa vie. Éternellement. Dès qu'il fermerait les yeux, tout irait mieux. Il irait loin, très loin, dans un monde où Ginga... dans un lieu où Ginga...

Il avait juste besoin de fermer les yeux.

- Kyoya...

Alors il ferma les yeux, occultant de son mieux le reste du monde et la douleur sourde qui voulait l'engloutir. Tout ce qu'il voulait, c'était être auprès de Ginga. Il n'aurait jamais dû accepter de s'éloigner de lui. Que lui importait une vengeance ridicule tant qu'il pouvait être à ses côtés ? Ginga ne l'aurait jamais abandonné, lui. Qu'avait-il fait ? Ginga devait lui en vouloir. Ginga devait être parti.

Ginga était parti. Sa peau...

Kyoya ne devait pas y penser. À tout sauf à ça. La peau de Ginga était chaude. Ses yeux brillaient de détermination et de bonté. Sa présence était réconfortante. La vie émanait de tout son être, pure et intense. Il avait promis de l'attendre et de le laisser l'accompagner. Kyoya devait juste le rejoindre.

Ginga.

Kyoya n'ouvrirait plus jamais les yeux. Il resterait auprès de lui. À jamais.


XXX


Le corps de Kyoya s'affaiblissait de jour en jour mais il se sentait mieux. La douleur s'éloignait peu à peu. Son corps et son esprit s'engourdissaient. Plus rien ne l'atteindrait. Jamais.

- On avait rendez-vous.

L'esprit de Kyoya revint lentement à la surface tandis qu'il identifiait la voix. Ses yeux s'ouvrirent. Il peina à bouger mais il s'obligea à s'asseoir. La tête lui tourna. Il avait perdu l'habitude de cette posture. Il scanna la pièce dans laquelle il se trouvait. Petite, assez sombre, elle contenait pour seul meuble le lit sur lequel il était allongé. Il constata avec détachement qu'il n'était plus dans le même bâtiment qu'avant.

Tout d'abord, il ne vit rien. Il crut avoir rêvé cette voix mais il l'avait entendue si nettement... Ça ne pouvait pas être faux.

Une silhouette apparut juste en face de lui. Il se demanda comment il avait pu ne pas la remarquer plus tôt. La silhouette se précisa. C'était une personne. Un adolescent. Des cheveux d'un roux flamboyant. Des yeux de pur détermination. Un sourire indestructible.

Il était là. Il était enfin là.

- Ginga ?

Sa voix n'était qu'un souffle, si faible qu'elle était à peine audible.

L'adolescent lui tendit la main.

- Viens avec moi. Je t'offrirai le monde.

Kyoya leva lentement la main, rassemblant toutes ses forces pour ce simple geste. Alors que ses doigts allaient enfin toucher ceux de son vis-à-vis, une brusque lumière envahit la pièce et il disparut. Ginga disparut. Encore.

- Ginga !

Kyoya se leva brusquement mais il n'avait plus aucune force. Ses jambes cédèrent sous lui. À genoux sur le carrelage gelé, son regard fixé là où se tenait Ginga. Où était-il passé ? L'avait-il abandonné ? Pourquoi ? Il voulait le retrouver. Il avait besoin de lui. Lui en voulait-il parce qu'il l'avait abandonné ?

Kyoya enfouit son visage dans ses mains.

- Kyoya !

- Je ne voulais pas. J'étais revenu. J'étais revenu...

Sa voix se brisa.

Une main se posa sur son épaule. L'espoir battit en Kyoya. Il se retourna mais il ne s'agissait que de Nile qui l'observait avec inquiétude.

Un gémissement de douleur s'extirpa de la gorge de Kyoya tandis qu'il se recroquevillait sur lui-même.

Ginga.


XXX


Un monde d'obscurité et de silence l'enveloppait. C'était tout ce dont il avait besoin. Bientôt, il ne le quitterait plus... Il y irait pour ne plus jamais revenir. Ce serait parfait.

- Kyoya ?

Il grogna intérieurement. Il en avait assez que Nile veuille l'obliger à rester ici. Il détestait cet endroit. Il le haïssait. Il lui avait pris Ginga. Il ne le lui pardonnerait jamais. S'il n'avait pas si hâte de le retrouver, il le détruirait. Il devait partir s'il le voulait.

Ses doigts se refermèrent sur du vide, là où se trouvait la main de Ginga quelques secondes plus tôt. Nile l'avait encore fait disparaître.

Une main se posa sur son épaule. Il se crispa. Que voulait-il encore ? Ça ne lui suffisait pas de faire fuir Ginga ? Il voulait rester avec lui. Il n'avait besoin que de lui.

- Kyoya. Ouvre les yeux. Tout s'est arrangé.

Kyoya n'obéit pas. S'il l'ignorait assez longtemps, Nile finirait sans doute par partir. Le contact cessa. Nile soupira.

- Désolé. Il est comme ça depuis ce qui t'est arrivé. Sauve-le s'il te plaît.

- Tu n'as pas à le demander. Je vais faire mon possible.

La voix avait quelque chose de familier mais Kyoya n'arrivait pas à la reconnaître. C'était dérangeant comme impression mais pas au point de lui faire ouvrir les yeux.

Une porte se ferma. Des pas se rapprochèrent.

- Kyoya ?

Il ne réagit pas. Un poids se fit sentir sur le lit.

- Nile m'a dit que tu ne manges plus alors je t'ai apporté des hamburgers ! Je suis sûr que ça te fera du bien : ils sont chauds, juteux et pleins de garnitures !

La voix résonnait avec amour. Une seule personne pouvait parler des hamburgers de cette façon.

Kyoya ouvrit les yeux et tourna la tête. Ginga était assis sur le bord du lit. Enfin... un adolescent qui ressemblait énormément à Ginga. Sa peau était plus pâle. Ses yeux étaient soulignés de cernes. Son sourire était empreint de fatigue. Un immense sachet en papier reposait sur ses genoux. Il n'était pas comme la dernière fois qu'il l'avait vu : en pleine forme.

La dernière fois qu'il l'avait vu...

Kyoya se redressa tant bien que mal en écartant ces pensées pour prendre place à côté de lui. Il effleura son bras. Sa peau était douce et chaude. C'était bien lui. Peut-être que tous ses aller-retours l'avaient fatigué. Ginga lui tendit une bouteille d'eau qu'il accepta.

- Tu n'as pas fui Nile cette fois ?

- Il est sympa. Il tient vraiment à toi... Tu devrais boire.

Kyoya obéit, bien qu'un peu surpris. Il ne pensait pas que Ginga finirait par apprécier Nile tant il mettait d'ardeur à l'éviter. Comme quoi, tout était possible avec lui.

L'eau brûla sa gorge desséchée. Il reposa la bouteille, un peu patraque.

- C'est bien.

Ginga ouvrit le sachet posé sur ses genoux. Il en sortit un hamburger. Il le déballa tranquillement et le plaça dans les mains de Kyoya. Sa chaleur se diffusait sur ses paumes. Toutefois, son odeur lui retournait l'estomac. Il n'avait pas faim. Il ne croyait pas pouvoir manger quoi que ce soit.

Un soupir déchirant se fit entendre. Ginga farfouilla dans son sac et lui tendit du pain sans garniture. Ils firent l'échange. Kyoya s'obligea à plonger ses crocs dans le pain. Il mâchonna avec difficulté et se força à avaler une bouchée. À côté de lui, Ginga mangeait avec l'enthousiasme qui le caractérisait. Pour lui faire plaisir, Kyoya se força à terminer son repas. Il eut beaucoup de mal. Ensuite, il s'obligea à boire deux autres minuscules gorgées.

- Ça va mieux ?

Kyoya secoua la tête. Il ne se sentait pas très bien.

Ginga chiffonna le sachet qu'il tenait dans les mains et le posa sur le lit. Il recula jusqu'à ce que Kyoya et lui soient au même niveau. Ses grands yeux miel, débordant de douceur, étaient fixés sur lui.

- Ça ira mieux.

Il tendit la main vers Kyoya et l'attira contre lui. Kyoya se retrouva avec la tête posée sur son épaule. Son odeur l'enveloppa. Sa chaleur le réconforta. Ginga passa une main dans ses cheveux.

- Je suis désolé. Je voulais venir plus tôt mais j'étais enfermé dans un hôpital. Je suis parti à ta recherche dès que j'ai pu.

Kyoya se demanda ce qu'il avait bien pu faire dans un hôpital mais la main qui jouait avec ses cheveux l'empêchait de réfléchir correctement. Il se sentait si bien là...

- Je t'ai cherché dans toute la ville. C'est comme ça que j'ai croisé Nile. Il a dit que mon comportement était stupide mais il m'a mené jusqu'à toi. C'était sûrement à cause de l'inquiétude. Avec ce qui est arrivé...

Kyoya se crispa tandis que des souvenirs faisaient lentement surface. Ce qui était arrivé à Ginga... Kyoya se braqua mais les souvenirs affluèrent. Le rendez-vous. La blessure de Ginga. Sa disparition... Ginga était parti. Pourtant il était là. Kyoya se redressa, se détachant à contrecœur de Ginga. Il lui effleura la joue. Il était tangible sous ses mains.

- Tu es vraiment là.

Ginga appuya une main sur la sienne et la colla contre sa joue, approfondissant leur contact. Kyoya ressentait sa chaleur et la douceur de sa peau.

- Bien sûr.

Kyoya l'observa. Son sourire se reflétait dans ses yeux pétillants. Ses cheveux étaient en bataille. La chaleur de sa peau se ressentait sous ses doigts.

Il se pelotonna de nouveau contre lui et sombra dans un sommeil réparateur. Il ne reprit conscience que quelques heures plus tard. Contre lui, Ginga dormait paisiblement. Un de ses bras était enroulé autour de sa taille.

Kyoya posa sa tête contre sa poitrine. Le rythme régulier des battements de son cœur le berça et le fit somnoler. C'était réconfortant de l'entendre. La main de Ginga caressa son dos. Kyoya ne pouvait pas se sentir plus détendu.

- Je vais devoir y aller, déclara Ginga.

Kyoya se crispa. Il ne voulait pas le voir partir. Et s'il ne revenait pas cette fois ?

Ginga le força à se redresser pour qu'ils soient face à face. Il plongea son regard dans le sien et lui prit la main.

- Je reviendrai demain. Et tous les jours suivants. Comme pour nos rendez-vous sur la colline.

Kyoya opina lentement. Ginga n'avait pas manqué un seul de leurs rendez-vous. Il reviendrait.


XXX


Petit à petit, Kyoya se rétablissait. Il reprenait du poids et de l'énergie pendant que Ginga retrouvait ses couleurs. Son esprit recouvra sa vivacité. Le rouquin et Nile se succédaient à son chevet, ne lui laissant pas un instant de solitude. Il se sentait suffisamment bien pour s'agacer de la situation. Il n'était pas un foutu gamin ni un incapable. Il pouvait se débrouiller seul.

Ginga choisit ce moment où il ruminait ses pensées pour apparaître sur le seuil de la porte, tout sourire. Il cachait quelque chose derrière son dos. Il avança à pas saccadés dans la pièce. Kyoya se redressa. Il savait que les blessures de Ginga avaient guéries mais elles continuaient de le tirailler lors de certains mouvements. Tous ses déplacements ne devaient pas lui faire de bien.

Et Kyoya était trop égoïste pour lui demander d'arrêter.

Ginga s'arrêta près de lui et lui tendit un paquet bleu. Kyoya plissa les yeux.

- C'est quoi ?

- Un cadeau. Étant donné que j'ai perdu l'autre, j'ai dû en trouver un nouveau.

Il haussa les épaules. Kyoya prit le paquet et l'ouvrit. Il ouvrit une boîte. À l'intérieur, sur un coussin noir, il y avait une broche de lion. Kyoya l'effleura, intrigué. Le lion était de profil. Sa crinière était surmontée d'une couronne. En dessous, il y avait simplement écrit LEO.

- Alors, qu'est-ce que tu en penses ?

Ça semblait important pour Ginga.

- Pourquoi ?

Il leva la tête vers le rouquin qui lui sourit.

- Ta collection lion. Il faut commencer à la compléter.

Kyoya opina pensivement. Ginga posa une main sur son épaule.

- Je vais devoir partir. Je reviens au plus vite.

- D'accord.

Ginga partit. Kyoya referma la boîte et la posa sur son lit. Il la regarda jusqu'à s'endormir. Et, chaque fois qu'il ouvrait ou qu'il fermait les yeux, son regard se posait dessus et son cœur s'adoucissait. Ça lui rappelait que, même lorsqu'ils étaient séparés, Ginga pensait à lui. Même à présent qu'il se reposait dans son appartement à LandSide, il ne devait pas quitter ses pensées. Tout comme Ginga ne quittait pas les siennes.


XXX


Kyoya se sentait mieux. Beaucoup mieux. Suffisamment pour considérer avec horreur la faiblesse dont il avait fait preuve après l'accident de Ginga. Il ne comprenait pas comment il avait pu se laisser aller à ce point. Il était fort. Les personnes fortes ne se laissaient pas affaiblir de la sorte. Jamais. Il ne parla pas une seule fois de cet incident. Il voulait le laisser là où il était, dans le passé, et ne jamais y repenser.

Ginga apparut sur le seuil de la chambre, tout sourire, et comme à chacune de ses apparitions, Kyoya oubliait tout le reste. Il l'observa, notant les légers changements qui étaient survenus chez lui depuis la veille : ses joues avaient repris quelques couleurs, ses traits étaient moins marqués par la fatigue. Il serait bientôt en pleine forme, comme le jour où il l'avait rencontré et ceux où ils s'étaient retrouvés.

Ginga avança jusqu'à lui presque en sautillant. Il devait avoir une bonne nouvelle – ou avait découvert un nouveau restaurant de hamburgers, difficile de savoir avec lui.

Kyoya se mit debout.

- Tu es prêt ?

- Comment ça ?

- À partir ! s'exclama Ginga. Le... l'incident a un peu retardé notre départ mais maintenant que je suis parfaitement guéri papa veut qu'on reprenne la route dès demain. Il me l'a annoncé ce matin.

Kyoya le dévisagea. Après tout ce qui s'était passé, alors qu'il avait été blessé – et failli tuer – par sa faute, Ginga voulait encore qu'il l'accompagne ? Et est-ce que lui le voulait ? Kyoya n'en était plus si sûr. Scarline était son territoire. Il avait presque fini de le conquérir. Allait-il tout abandonner pour cet inconnu ? Juste parce qu'il avait fait une promesse et qu'il y a naïvement cru ? Ils se côtoyaient depuis quelques jours seulement et il avait déjà failli le perdre. Il n'avait pas réussi à surmonter cette perte comme il aurait dû.

- Je t'ai promis le monde, non ?

Kyoya ne répondit pas. Le sourire de Ginga s'évanouit et la joie laissa place à de la tristesse dans son regard.

- Tu... tu as changé d'avis, c'est ça ?

Kyoya garda le silence un instant supplémentaire.

- Non. Je viens.

Il serait toujours temps de changer d'avis plus tard, pendant leur voyage.

Ginga s'illumina de nouveau, comme si son bonheur entier dépendait uniquement de cette réponse. Kyoya se demanda fugacement comment il aurait réagi si c'était lui qui avait été blessé. Peut-être aurait-il été plus touché que lui et qu'il aurait été dans un état plus lamentable.

Cette pensée était réconfortante.

- Tu n'as pas quelque chose à faire ?

Ginga lui lança un regard surpris.

- Pour préparer ce... voyage.

Il se passa une main sur la nuque, gêné.

- Je devrais être en train d'aider mon père à préparer les bagages.

- Alors vas-y. On va se voir demain de toute façon.

Et moi, j'ai quelque chose à régler.

- C'est vrai ! s'exclama Ginga. On a rendez-vous à huit heures devant mon immeuble. C'est d'accord ?

Kyoya opina. Avec un grand sourire, Ginga se dirigea vers la sortie.

- À demain ! lança-t-il avant de refermer la porte derrière lui.

Alors même qu'il s'éloignait, ces derniers mots résonnaient encore dans la pièce, à mi-chemin entre la promesse et la prière : il l'attendrait et espérait qu'il viendrait.

Kyoya attendit un moment avant de quitter la chambre à son tour puis de sortir de l'appartement. Il n'eut que quelques pas à faire avant de se retrouver à l'air libre. Il ne reviendrait pas ici. Il récupérerait certaines de ses affaires et rassemblerait de quoi se débrouiller seul – il ne pouvait pas totalement se reposer sur Ginga.

Alors qu'il avançait, son chemin finit par croiser celui de Nile. Enfin. Il s'arrêta à quelques pas de lui.

- Tu es sorti ?

- Oui. Je vais partir avec Ginga.

Kyoya ne voyait pas l'intérêt de tourner autour du pot : il préférait se jeter directement sur le sujet.

Les orbes émeraude furent brièvement éclairées par la surprise. Puis l'ombre d'un sourire apparut sur le visage de Nile.

- J'imagine que cela signifie que les Chasseurs de Tête sont démantelés.

- Tu imagines bien.

- Veux-tu que j'aille leur annoncer ?

- Je vais le faire moi-même.

- Bien. Peut-être que nos chemins se recroiseront un jour.

- Peut-être.

Kyoya regarda Nile s'éloigner, sans que l'un ou l'autre ait prononcé un "au-revoir". Ils n'étaient pas du genre à s'abaisser à ces formalités.

Kyoya lui tourna le dos puis reprit sa route, prêt à briser le dernier lien qui l'unissait à cette ville.


XXX


Kyoya se dirigeait vers le 27 LandSide. Dans quelques minutes, il rejoindrait Ginga et ils partiraient vers l'inconnu. Il avait fait en sorte de ne pas arriver trop en avance : il ne voulait pas que Ginga voie à quel point il avait hâte de partir avec lui.

Dès qu'il atteignit LandSide, il l'aperçut. Ginga se tenait sur le trottoir, juste devant son immeuble, se balançant d'avant en arrière, comme s'il peinait à rester en place. Il balayait la rue du regard, se mordillant la lèvre, visiblement à la recherche de quelque chose – de quelqu'un, de lui. Il s'immobilisa dès que ses yeux se posèrent sur Kyoya. Une joie pure inonda son expression tandis qu'il se tournait vers lui et attendait qu'il le rejoigne. Ce que Kyoya fit en quelques pas. Le bout du nez de Ginga était rouge. Sans réfléchir, Kyoya tendit la main et l'effleura. Sa peau était gelée. Il ne faisait pas si froid. Ginga devait l'attendre depuis un moment.

Kyoya laissa son bras retomber contre lui, empli d'un sentiment de satisfaction.

- Salut, murmura le rouquin.

Kyoya opina. Le sourire de Ginga s'élargit quand il remarqua la lanière de son sac. Il ne dit rien mais, pour lui, c'était la dernière preuve dont il avait besoin pour comprendre qu'ils partaient réellement ensemble.

- Mon père ne vas pas tarder à venir avec la voiture. On a fini de la charger il y a quelques minutes et il ne lui reste plus qu'à la sortir du parking.

Kyoya se crispa. Il avait presque oublié qu'il ne voyagerait pas seulement avec Ginga mais aussi avec son père. L'idée lui semblait moins attrayante d'un coup.

- Ça va ? s'inquiéta Ginga.

- Ça ira.

Il n'allait pas faire demi-tour maintenant.

Ginga ne le quitta pas des yeux tandis que les minutes s'égrenaient dans l'attente de la voiture. Finalement, un bruit de moteur emplit l'air et un véhicule s'arrêta devant eux. Kyoya lutta contre tous ses instincts qui lui ordonnaient de s'éloigner et resta sur place. La vitre conducteur descendit, laissant apparaître distinctement un homme qui faisait sans aucun doute possible partie de la même famille que Ginga.

- C'est toi l'ami dont Ginga n'arrête pas de me parler ?

La chaleur de sa voix laissa vite place à la surprise puis à l'inquiétude. Ginga avait une façon assez particulière de voir les choses et il l'avait sûrement décrit à son père comme il le voyait. Pas comme les autres le voyaient. Le choc devait être rude. Kyoya songea avec amusement qu'il ne devait pas s'attendre à le voir lui.

- C'est Kyoya, oui. On peut monter ?

Son père semblait incertain.

- Oui.

Sans y faire attention, Ginga ouvrit la portière.

- Après toi.

Kyoya se glissa sur la banquette arrière. Ginga s'installa à côté de lui en claquant la portière.

- Le monde nous attend ! s'exclama-t-il avec enthousiasme.

Son père jeta un coup d'œil inquiet à Kyoya à travers le rétroviseur puis démarra la voiture. Les bâtiments de Scarline défilèrent de plus en plus vite derrière les vitres. De même que les habitants.

- Au fait.

Kyoya se tourna vers Ginga. Il tenait un sachet dans ses mains. Il le lui tendit.

- Je devais te donner un truc et je l'ai perdu. Tu sais, le cadeau de bienvenue. Voici son remplaçant.

Kyoya posa le sachet entre eux et jeta un coup d'œil dedans. Il y avait une masse informe à l'intérieur. Il la sortit pour l'examiner. Elle était inutilement pelucheuse.

- C'est un lion. Il te plaît ?

- Un lion ?

Ça avait bien une crinière et quatre extensions qui pouvaient être qualifiées de pattes mais ça ne ressemblait en rien à un lion.

- Il n'a pas l'air féroce.

- C'est une peluche. Il est censé avoir l'air réconfortant.

Kyoya renifla avec mépris. Les mots lion et réconfortant ne devraient jamais être utilisés pour parler de la même chose.

- C'est pas une excuse.

Il ouvrit son sac et fourra tant bien que mal la chose dedans – elle prenait de la place en plus.

Il referma le son sac et le posa sur ses genoux. Sans plus faire attention à Ginga, il appuya son front contre la vitre. Il ne voulait pas voir ce qu'il comprenait ou ce qu'il espérait à chacune de ses actions. Il détestait cette impression de mis à nu qu'il ressentait dès que Ginga le regardait. Ça le mettait mal à l'aise. Ils ne se connaissaient pas depuis si longtemps que Ginga pouvait le comprendre avec autant de facilité.

Écartant ces pensées, il se contenta de regarder le paysage défier derrière la vitre. Rapidement, la ville de Scarline et le monde dans lequel il avait évolué ces dernières années disparut, remplacés par d'autres lieux similaires. Kyoya n'en ressentit même pas un pincement au cœur. Tout cela était derrière lui. Il ne faisait pas partie de ces gens qui se concentraient sur le passé et qui voulaient rester bloqués dedans. Il allait de l'avant. Toujours.

Son expression perdit de sa dureté – peut-être même qu'un certain bonheur s'y refléta.

Et, comme Ginga l'avait si bien dit, le monde les attendait.


Fin du chapitre 2


J'ai longuement hésité pour savoir si je laissais ou non la partie avec Busujima mais ce sera important pour la suite.

La broche que Ginga a donné à Kyoya correspond au Face de Rock Leone.