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Chapitre 3 : The wind blows a new begining
- C'est super ! s'exclama Ginga en avançant dans le salon.
Kyoya le suivit avec plus de réserve. Il scanna la pièce, ignorant les meubles et le tapis, à la recherche d'issues. Hormis la sortie derrière lui que le père de Ginga bloquait, il y avait une large fenêtre qui donnait sur la rue et sur l'immeuble d'en face. Malheureusement, elle était trop haute pour offrir une issue convenable – à part une issue à la vie peut-être. Ça ne lui plaisait pas. C'était contre tout ce que ses instincts lui disaient mais il s'enfonça un peu plus dans la pièce.
Ginga avait le nez à quelques millimètres d'un écran de télévision. Kyoya n'en voyait pas l'intérêt : l'écran, complètement noir, ne faisait que refléter une image déformée et monochromatique de lui.
Le rouquin se redressa et lui offrit un immense sourire.
- On va pouvoir regarder des films !
- Ne t'emballes pas trop Ginga, le conseilla son père en entrant dans la pièce.
Il ferma la porte derrière lui, crispant Kyoya qui se retrouva avec une seule envie : partir loin d'ici, et vite.
- Nous n'allons rester ici que quatre jours.
- Si peu de temps ? s'étonna Ginga.
Son père hocha la tête.
- J'ai une minuscule affaire à régler puis nous déménagerons. C'est pour ça que nous n'avons pris que le minimum de nos affaires. Après, nous resterons plusieurs mois dans une maison.
- Une maison ? Vraiment ?
Son père opina de nouveau. Kyoya arrangea la bretelle de son sac.
- Tu y rattraperas le retard que tu as accumulé pour tes cours.
L'enthousiasme de Ginga s'évanouit d'un coup. Kyoya ne l'avait jamais vu aussi peu intéressé par quelque chose.
- Mouais.
- Ginga. Tu ne peux venir avec moi que parce que tu prends des cours à domicile. Si tu prends trop de retard, tu devras retourner dans un pensionnat.
- Je sais.
Le regard du père de Ginga se posa sur Kyoya. Son air sûr de lui se décomposa. Il ne semblait toujours pas savoir quoi faire avec lui. Cette situation convenait à Kyoya. Il espérait qu'elle durerait longtemps, sinon tout le temps qu'il passerait avec eux. Il n'avait pas envie que le père de Ginga se mette à essayer de faire ami ami avec lui ou, pire, qu'il se comporte avec lui comme avec Ginga.
Il frissonnait d'horreur rien qu'en y pensant.
- Bien, je vous laisse. Je dois y aller.
- Déjà ? demanda Ginga.
Seulement, sa voix ne laissait paraître ni surprise ni étonnement. Un certain détachement y transparaissait, même, comme s'il ne posait la question que par principe. Kyoya se souvint de tous les moments où il avait retrouvé Ginga dehors et tous ceux où le rouquin l'avait invité chez lui. Malgré ce que son comportement laissait voir, il passait beaucoup de temps seul. Suffisamment pour y être habitué et résigné.
- J'ai pris beaucoup de retard.
Le père de Ginga repartit vers la porte. Avant de la ferme derrière lui, il adressa un regard inquiet à son fils.
- Fais attention à toi.
- Promis.
Ginga sourit. Son sourire s'agrandit alors qu'il franchissait la distance qui le séparait de Kyoya et qu'il posait une main sur son épaule.
- Et, maintenant, Kyoya est avec moi. Tu n'as pas à t'inquiéter.
Il semblait vraiment heureux à ce propos. Sa main glissa sur l'omoplate de Kyoya avant de briser le contact, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Son père, par contre, n'avait pas été réconforté d'un cran. Au contraire, son inquiétude avait augmenté au point de se lire dans toute son expression. Kyoya en était amusé. C'était lui qui avait autorisé Ginga à l'inviter. Il ne pouvait pas changer d'avis maintenant alors que sa présence faisait tellement plaisir à son fils.
- D'accord. Je vous vois tout à l'heure.
Il ferma la porte, les laissant seuls. Kyoya se sentit tout de suite détendu. Il se sentait mieux quand il était seul avec Ginga. D'après ce qu'il avait pu analyser de la situation, ce serait ainsi la plupart du temps. Ça lui convenait parfaitement. Ce serait presque comme si Ginga et lui voyageaient juste tous les deux, comme il l'aurait préféré.
Kyoya évita de s'attarder sur cette pensée. Ça ne lui plaisait pas d'être autant attaché à Ginga.
- Quelque chose ne va pas ?
Il baissa la tête vers des yeux miel plein d'interrogations. Ça ne lui plaisait pas non plus que Ginga parvienne à le comprendre si facilement.
- Rien.
Les yeux miel s'éclairèrent alors qu'un sourire s'affichait sur son visage. Kyoya flancha. Pourquoi fallait-il qu'il sourie de cette façon – en y mettant tout son cœur et toute son âme ?
- Alors on peut aller explorer la ville ?
Kyoya lui adressa un regard surpris.
- Nous devons trouver un endroit où regarder les étoiles, un super restaurant à hamburgers et j'ai deux trois trucs à acheter, répondit Ginga à sa question muette. Et puis... on va s'ennuyer si on reste ici trop longtemps, tu ne crois pas ?
Kyoya était parfaitement d'accord. Rester immobile dans un espace confiné n'était pas sa manière préférée de passer le temps. Il aimait les grands espaces, la liberté, pouvoir aller où il voulait.
Ginga dut lire sa réponse dans ses yeux car son sourire s'élargit.
- On y va alors !
Sur ces mots, Ginga sortit un porte-feuille de son sac et le rangea dans une de ses poches avant de se diriger vers la porte. Kyoya lui emboîta le pas. Il se faufila sur le pallier alors que Ginga se retournait pour fermer la porte. Kyoya commença à descendre sans attendre. Il avait hâte de se retrouver dehors et de profiter de l'air frais – presque froid – de cette période de l'année. L'hiver prenait peu à peu la place qui lui revenait de droit et ils ne pourraient bientôt plus passer des nuits entières dehors. Autant en profiter maintenant.
Des pas précipités se lancèrent à sa poursuite puis Ginga apparut à côté de lui. Ils ne s'arrêtèrent qu'une fois qu'ils furent dehors, au milieu du bruit perpétuel de la ville.
- On commence par où ? demanda Ginga.
Il balayait la rue du regard, visiblement impatient de commencer leur exploration. Kyoya fit de même. Pour l'instant, seules deux directions s'offraient à eux – celle qu'ils avaient prise pour venir et une autre. Il indiqua cette dernière d'un mouvement de tête.
- Par là.
Sans attendre plus longtemps, Kyoya prit la direction qu'il venait d'indiquer. Ginga se plaça à ses côtés et calqua son allure à la sienne. Ils marchèrent tranquillement. Kyoya n'avait pas l'habitude de flâner – normalement, il avait toujours un but – mais il ne trouvait pas ça désagréable. Ginga regardait tout ce qui les entourait avec enthousiasme même si ce n'était pas très différent de Scarline. Son attitude était ridicule. Complètement. On aurait dit un gamin. Mais, malgré son exaspération apparente, Kyoya trouvait ça... rafraîchissant. Et cette impression l'exaspérait vraiment.
- Voilà ! s'exclama Ginga en se dirigeant vers un stand de cartes postales.
Il fit tourner le portant, regardant chacune d'elle avec curiosité, secoua la tête puis passa à un autre. Il répéta ce manège pour chaque carte postale présente sur cet établi avant de passer au suivant.
- Si je trouve une belle carte postale pour Madoka, elle ne m'en voudra pas trop de l'avoir laissée si longtemps sans nouvelles.
- Madoka ?
Kyoya n'était pas d'un naturel curieux mais Ginga l'avait déjà évoquée une fois et il n'aimait pas ça.
- C'est une amie. Je l'ai rencontré l'année dernière. J'avais cassé ma console de jeux et elle l'a réparée. Elle est super douée avec tout ce qui est électronique.
- Hm.
Il aimait encore moins que Ginga la voie de façon si positive.
- En plus, elle cuisine super bien des hamburgers. Peut-être que tu la rencontreras un jour.
- 'M'intéresse pas.
Ginga cessa ses recherches pour l'observer. Kyoya fourra ses mains dans ses poches et décida de ne pas lui prêter attention. Il n'avait aucune envie de rencontrer cette Madoka, ni de manger avec elle, ni de – surtout – voir Ginga avec elle.
Il devrait se promener de son côté. C'était très bien aussi et, comme ça, il n'entendrait rien de désagréable.
Ginga prit une carte postale et entra dans la petite boutique pour la payer. Il en ressortit quelques secondes plus tard.
- On va manger un morceau ?
- Ça t'arrive de penser à autre chose qu'à manger ?
Il y eut un moment de silence puis Ginga sourit, comme s'il ne s'était pas montré agressif envers lui.
- Bien sûr ! Aux étoiles. À quel point les pégases sont cool. C'est dommage qu'il n'y ait pas beaucoup de film avec eux. Les gens ont l'air de préférer les dragons. Il y a plein de films avec des lions aussi. Mais aucun avec des lions et des pégases. C'est dommage. Ça pourrait être intéressant, tu ne crois pas ?
Kyoya ne savait pas quoi répondre. Ce brusque changement de sujet le déstabilisait. Ginga lui jeta un coup d'œil, attendant visiblement sa réponse. Derrière sa légèreté, Kyoya discernait une certaine inquiétude. Pas de peur par rapport à ce qu'il pourrait faire, juste de l'inquiétude pour lui. Il avait changé de sujet exprès pour ne pas le laisser ruminer sa colère. Il remarqua sans surprise que sa colère s'était évanouie. Ce Ginga... Il le surprenait un peu plus à chaque fois.
- Intéressant. Surtout de voir un pégase se faire manger par un lion.
Les yeux de Ginga s'éclairèrent.
- Les pégases savent se défendre, même contre les lions.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Ils n'existent même pas.
- Ça, c'est toi qui le dis.
Ginga s'immobilisa, aux aguets. Kyoya fit de même. Y avait-il un problème ? Il ne voyait rien qui sortait de l'ordinaire. Peut-être que Ginga avait reconnu quelqu'un...
Kyoya faillit grogner à cette pensée.
- Tu sens ça ?
- Quoi ?
- Des hamburgers !
Ginga se tourna vers lui, irradiant de bonheur, et Kyoya tomba des nues. Tout ça pour des hamburgers ? Et dire qu'il s'était attendu à un danger imminent. C'était ridicule.
Mais, au moins, ce n'était pas pour quelqu'un.
Ginga se dirigea en sautillant vers la porte d'un fast-food. À travers les baies vitrées, on voyait déjà quelques personnes installées autour des tables et manger. Ce n'était pas encore l'heure de pointe mais ça n'allait pas tarder. Cet endroit grouillerait bientôt de monde.
- Tu viens ? lui demanda Ginga en tenant la porte ouverte.
- Je suis sorti pour profiter de l'air libre. Ce n'est pas pour m'enfermer dans une salle avec des gens.
- Tu as raison. Je reviens dans une minute.
Ginga s'engouffra dans le restaurant. Grâce aux vitres, Kyoya put suivre toute sa progression. Il se faufila entre les tables et les gens, prenant garde à ne bousculer personne, jusqu'à atteindre un comptoir. Il parla poliment à une vendeuse – ça se voyait même d'ici – qui laissa paraître sa surprise avant de recomposer un masque professionnel. Ginga laissa son regard flotter autour de lui avant de le poser sur Kyoya. Son sourire s'agrandit et il se mit à lui faire de grands signes, comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps. Kyoya lui tourna le dos, agacé. Qu'est-ce qu'il pouvait être ridicule !
Ginga le rejoignit dehors quelques minutes plus tard, un paquet ouvert serré contre lui. Il fouilla dedans et lui tendit un hamburger. Kyoya leva les yeux au ciel mais l'accepta. Ginga en fut innocemment fier. Il prit lui-même un hamburger et mordit dedans. Son air donnait l'impression qu'il n'avait pas mangé depuis des jours, alors que ça ne faisait même pas quelques heures. Comment pouvait-il être si affamé tout le temps ? Ce n'était pas comme s'il faisait des efforts particulièrement intenses.
- On va manger autre chose que des hamburgers pendant ce voyage ?
Ginga avala sa bouchée.
- Pourquoi ? Tu n'aimes pas ?
Il arrivait à faire sonner cette question – alors qu'elle était à propos de hamburgers – comme si c'était quelque chose de particulièrement triste, voire de dramatique, mais qu'il était prêt à le pardonner dans son infinie bonté et qu'il compatissait.
- Je préfère la variété.
- Il y a des tas de sorte de hamburgers différents !
Kyoya se contenta de dévisager Ginga, blasé. Le rouquin le regarda en retour puis soupira. Il sortit un autre hamburger de son sachet.
- J'imagine qu'on peut manger autre chose que des hamburgers.
Il croqua dans son repas avec moins d'enthousiasme. C'était un réel sacrifice de sa part.
- J'ai dit que je n'en mangerai pas tous les jours mais si tu peux faire ce que tu veux toi.
Ginga retrouva sa joie habituelle. C'était un peu insupportable mais c'était mieux ainsi. C'était étrange de le voir sombre ou triste. Anormal. Ça donnait à Kyoya l'impression que quelque chose clochait dans le monde.
- T'as raison : il doit exister des restaurants qui vendent des hamburgers et d'autres plats.
Avec une exaspération amusée, Kyoya se remit en route mais ne dit rien. Apparemment, dans le monde de Ginga, ne pas manger ensemble n'était pas une option.
Ils se remirent à errer à travers la ville. Ginga mangeait silencieusement, lui proposant à un moment ou à un autre un hamburger qu'il refusait. Kyoya recherchait un lieu où ils pourraient regarder les étoiles en paix. En hauteur ? Non, les lumières de la ville les empêcheraient de profiter pleinement du spectacle. À l'écart de la ville, ce serait mieux. Un peu comme leur colline à Scarline.
Le souvenir de ces nuits paisibles ou à regarder les étoiles en amena un autre, bien moins agréable. Kyoya le chassa. Ça ne se reproduirait jamais. Ça ne servait à rien de s'appesantir là-dessus.
Du monde commença à se déverser dans les rues et le ciel s'obscurcit au-dessus d'eux. Le bleu presque criard d'une journée sans nuages laissait place à des teintes plus douces d'orange et de rose. Bientôt, ce serait un bleu sombre. Ensuite la nuit. Ils devaient trouver un poste d'observation avant. Un poste d'observation à l'écart serait l'idéal.
Ginga transforma le sachet qu'il tenait en une boule de papier et le jeta dans la poubelle la plus proche.
- Les étoiles vont bientôt apparaître, commenta-t-il, le nez levé vers le ciel.
- Je sais.
Ce n'était pas simple de trouver un poste d'observation adéquat dans une ville qu'il ne connaissait pas.
Ginga lui effleura la main. Kyoya tourna la tête vers lui. Il avait sorti une carte postale de sa poche – celle qu'il destinait à Madoka.
Les sourcils de Kyoya se froncèrent. Pourquoi revenaient-ils là-dessus ?
- Ça ferait un bon poste d'observation, tu ne crois pas ?
Kyoya se calma et se concentra sur l'image. Un coin de verdure, visiblement éloigné de la ville – ou pas : c'était une photo, aussi bien la ville se trouvait de l'autre côté de l'objectif. Kyoya se redressa et regarda autour de lui. Il n'y avait que des immeubles. Aucun indice d'un lieu où ils pourraient regarder les étoiles.
Il secoua la tête.
- Nous n'avons pas le temps de le trouver ce soir.
- Dommage.
Ginga était sincèrement déçu. Il le serait encore plus s'ils ne pouvaient pas regarder les étoiles ce soir.
Kyoya avait une idée. Elle n'était pas excellente mais c'était mieux que rien.
- Viens, ordonna-t-il à Ginga avant de faire demi-tour.
Sans se faire prier et sans poser de questions, le rouquin obéit. Kyoya passa devant leur immeuble sans s'arrêter. Ginga en fut surpris – ça se voyait sur son expression – mais il continua de le suivre sans commenter. Ce que Kyoya trouvait appréciable.
Il traversa la route et s'engagea dans une ruelle, puis dans une autre, jusqu'à atteindre une autre avenue. Il tourna à droite et la suivit sur quelques mètres avant de s'arrêter devant un immeuble. C'était un des plus haut de la ville. Il avait remarqué les étages supérieur dès qu'ils étaient sortis de leur appartement, et il surpassait de loin tous les autres.
Kyoya ouvrit la porte et s'engagea à l'intérieur.
- On va où comme ça ? murmura Ginga.
- Voir les étoiles. Ce n'est pas ce que tu veux ?
Même dans cet espace peu éclairé, Kyoya vit ses yeux briller avant qu'il n'opine brièvement.
Kyoya se dirigea vers les escaliers, ignorant comme d'habitude l'ascenseur, et se mit à les escalader, Ginga à sa suite. Il leur fallut de longues secondes pour atteindre le dernier palier.
- Et maintenant ?
Kyoya se dirigea vers une porte qui n'avait pas de semblables dans les étages inférieurs. Il l'ouvrit. Un courant d'air froid glissa sur sa peau. Comme il l'avait espéré, elle donnait sur l'extérieur.
Il fit un pas sur le toit. Les lumières de la ville étaient suffisamment éloignées pour les laisser dans une certaine pénombre. Il leva la tête. Les étoiles commençaient à apparaître, pâles mais visibles. C'était tout ce qu'il demandait pour l'instant.
Ginga sortit à son tour. La tête levée vers le ciel, il souriait.
- Bonne idée.
Kyoya chercha un endroit où ils pourraient s'installer plus confortablement pour observer le ciel. Il n'y en avait aucun. Ce toit n'était pas spécialement conçu pour accueillir des visiteurs.
Ginga alla tranquillement s'asseoir près du bord du toit, adossé au garde-corps. Kyoya s'installa à côté de lui, les jambes pliées, les bras croisés. Dès que le soleil disparut à l'horizon, la température chuta de plusieurs degrés. Kyoya ne s'en préoccupa pas. Il voulait juste regarder le ciel en compagnie de cet insupportable rouquin.
Du mouvement attira son attention. Il se tourna. Ginga ôtait son écharpe. Il laissa une partie pendre sur ses vêtements et tint l'autre. Il se pencha vers Kyoya qui l'observait sans bouger. Il l'enroula autour de son cou puis lui fit un sourire, un sourire si doux que Kyoya en eut le souffle coupé.
- Ce serait dommage que tu attrapes froid.
Ginga s'approcha de lui, au point qu'il n'y avait plus un millimètre d'écart entre eux. Il noua les deux pans de l''écharpe ensemble, les liant l'un à l'autre, puis se remit à regarder le ciel de plus en plus étoilé. Appuyé contre lui, Kyoya ressentait sa chaleur et se laissait peu à peu gagner par elle. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait froid. Il se détendit, contre son gré, à son contact. Il semblait loin le moment où il avait repoussé sa main si vivement parce que Ginga l'avait prise et qu'il trouvait que ce contact envahissait son espace vital. Il s'était habitué au contact de Ginga, sans s'en rendre compte. Il l'appréciait, même, sans savoir à quel moment il avait cessé de le repoussé. Tout cela ne plaisait pas à la part rationnelle de son esprit.
Mais il s'en moquait pour l'instant.
XXX
- Ça va être génial ! s'exclama Ginga.
Il avait les deux mains et la joue collées à la vitre de la voiture. Il s'appuyait si fort que Kyoya ne serait pas surpris de voir la portière se détacher et l'entraîner dans sa chute. Il était ridicule. Il pourrait mieux voir le paysage urbain en regardant à travers le pare-brise.
Et en étant plus proche de lui.
Cette pensée – cette envie – dérangea Kyoya qui détourna le regard et appuya son front contre la vitre froide.
- On va rester dans cette maison plusieurs mois. C'est dans cette ville que nous verrons le printemps arriver. Tu ne trouves pas ça super Kyoya ?
C'est dans cette ville que je te montrerai Leone.
Kyoya sentit ses lèvres s'incurver. Le printemps arriverait et Ginga et lui étaient toujours ensemble. Il lui montrerait la place de Leone dans le ciel, comme il lui avait promis. Kyoya aimait le fait qu'il ne parle pas de cette promesses ni de leurs soirées devant son père. Ces moments n'appartenaient qu'à eux.
- Si. Enfin, si tu n'as pas trop de devoirs, bien entendu.
- Quoi ?! se vexa Ginga.
Kyoya lui jeta un coup d'œil. Ginga avait cessé de dévisager le paysage pour le regarder. Son expression décomposée indiquait qu'il se sentait trahi.
Kyoya haussa les épaules.
- Tu ne profiteras de l'arrivée du printemps que si tu travailles bien.
Ginga fit une moue boueuse puis une lueur de malice s'alluma dans son regard.
- On a le même âge, non ? Toi aussi tu dois supporter les malheurs de l'école.
Kyoya lui adressa un regard supérieur.
- Non. Je serais simple spectateur devant ta souffrance Ginga.
- Mais c'est injuste !
En tournant de nouveau la tête, Kyoya croisa le regard de Ryo dans le rétroviseur. Il était songeur et inquisiteur. Kyoya se crispa. Il avait oublié sa présence. Comme à chaque fois qu'il était avec Ginga, il ne voyait rien d'autre que lui.
Il tourna la tête et garda les yeux fixés sur les bâtiments qui défilaient pendant le reste de leur voyage. Il n'aurait pas à supporter ça longtemps. Juste quelques heures. Après, Ginga et lui auraient des mois de liberté. Des mois de liberté qu'ils passeraient ensemble.
Une pression s'exerça sur sa veste. Il tourna la tête. À l'autre bout de la banquette, Ginga le regardait. Sa main était serrée sur sa veste. Il avait l'air fatigué.
- C'est toujours ennuyeux les voyages en voiture. On s'amusera bien quand on arrivera.
Il étouffa un bâillement puis s'appuya sur la portière. Kyoya regarda sa prise se desserrer et sa respiration se faire plus lente. Il s'était endormi.
La voiture dévia de sa trajectoire et s'engagea sur une sortie d'autoroute. Kyoya se redressa. Ils arrivaient déjà ? Son espoir s'évanouit quand il vit une aire d'autoroute. La voiture ralentit puis se gara sur une place de parking. Le père de Ginga se passa les mains sur le visage.
- J'ai besoin d'une pause. Vous voulez quelque chose les enfants ?
Kyoya se hérissa devant l'appellation. Il n'était pas un gamin et ne voulait pas être traité comme tel.
Le père de Ginga le regarda puis il regarda son fils endormi. Il sortit de la voiture sans rien ajouter. Kyoya le regarda s'éloigner. Dès qu'il disparut de sa vue, il sortit du véhicule. Il s'étira longuement. Ça faisait du bien de pouvoir bouger après toutes ces heures d'immobilité.
L'obscurité et le froid l'entouraient. Il leva la tête. Les étoiles brillaient avec force au-dessus de lui. Il n'hésita qu'une fraction de seconde avant de faire le tour du véhicule et d'ouvrir la portière de Ginga. Le rouquin tomba légèrement sur le côté, maintenu en place seulement grâce à sa ceinture. Kyoya songea un instant à la détacher pour le regarder s'effondrer par terre. Il n'en fit rien. Il posa une main sur son épaule et la secoua. Ginga gémit et gigota pour se dégager sans pour autant se réveiller. Kyoya le secoua plus fort.
- Debout fainéant.
Les yeux de Ginga papillonnèrent. Il marmonna quelque chose d'incompréhensible puis se redressa. Il se frotta les yeux.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- T'en avais pas assez d'être enfermé dans cette voiture ?
L'air endormi de Ginga fut peu à peu remplacé par la compréhension.
- On est arrivé ?
- On fait juste une pause.
Ginga opina. Il tenta de sortir de la voiture avant de se souvenir que sa ceinture était toujours attachée. Il se libéra et rejoignit Kyoya dehors. Il étira ses muscles engourdis et fit quelques pas. Kyoya le suivit des yeux sans bouger.
- J'espère qu'on arrivera bientôt. J'ai hâte de m'installer, pas toi ?
Kyoya haussa les épaules. Cette histoire de maison ne lui semblait pas si importante. Il ne comprenait pas pourquoi Ginga l'avait autant à cœur. Du moment qu'ils finissaient par atteindre une destination, quelle importance ?
- J'ai surtout envie de me déplacer par moi-même.
Il aimait être libre de ses mouvements. Rester enfermé et immobile des heures durant n'était pas pour lui. Surtout quand il devait laisser quelqu'un d'autre prendre les décisions à sa place.
- C'est vrai que à ça commence à faire long.
Finalement, Ginga leva la tête. L'ennui laissa place à l'émerveillement sur son visage. Peu importe le nombre d'heures qu'il passait à regarder les étoiles, il ne se lassait pas de ce spectacle. Un léger sourire courba ses lèvres. Malgré l'obscurité, ses yeux semblaient étinceler : ils se reflétaient le ciel nocturne et brillaient autant sinon plus que lui.
Tout le temps qu'ils passèrent à attendre le père de Ginga près de la voiture, Kyoya ne leva pas une seule fois les yeux vers le ciel.
XXX
- On est arrivés.
Kyoya ouvrit les yeux. Il s'était endormi ? Il ne s'en était pas rendu compte. Il ne se souvenait même pas avoir ressenti de la fatigue. Il se redressa difficilement. Un poids pesait sur son côté. Il tourna la tête. Ginga dormait comme un bienheureux contre lui. Encore. Kyoya était certain qu'il devrait se vexer de cette invasion de son espace personnel mais ça ne le dérangeait pas tant que ça. C'était même plutôt agréable d'avoir Ginga contre lui. Il lui tenait chaud et sa présence l'apaisait.
Il le poussa sans ménagement.
- Lève-toi.
Ginga bascula sur le côté, ralenti seulement par sa ceinture. Kyoya poussa un soupir. Il avait le sommeil lourd en plus.
Sans plus s'en préoccuper, Kyoya regarda par la vitre. Le ciel commençait à s'éclaircir au-dessus de la ville. Ses derniers souvenirs dataient d'une nuit absolue sur une parcelle d'autoroute. Il avait dormi plusieurs heures. Il n'en revenait pas de s'être endormi sans l'avoir décidé. Quelques jours en compagnies et il se ramollissait déjà. Il devrait mettre plus de distance entre eux. Au moins essayer de retrouver un peu d'indépendance.
Il sortit. Le froid qui le mordit lui fit regretter la chaleur de Ginga. Il secoua la tête. Il ne devait pas penser ainsi.
Kyoya se focalisa sur son environnement pour se changer les idées. La voiture était garée devant un garage qui lui-même était accroché à une maison de plein-pied. Kyoya recula de quelques pas pour avoir une meilleure vision d'ensemble. La maison offrait de nombreux échappatoires. C'était un plus après l'appartement dont l'unique issue donnait sur un espace commun. Elle était entourée d'un jardin où un seul arbre était planté. Une clôture séparait symboliquement la propriété de la rue – Kyoya pourrait la franchir sans le moindre effort. De l'autre côté de la rue, il y avait une rangée de maisons mitoyennes. Des deux côtés, il y avait d'autres maisons d'allures et de dimensions différentes. Au-dessus des toits, il apercevait des immeubles. En nombre.
- Ginga, on est arrivés.
Kyoya se retourna. Le père de Ginga avait ouvert la portière et parlait doucement à son fils.
- Hm... De quoi ?
Kyoya vit à travers le pare-brise Ginga ouvrir des yeux ensommeillés et regarder tout autour de lui. Soudainement, la lumière se fit : ses yeux s'écarquillèrent et il se redressa.
- On est arrivés ? On est arrivés ?
La deuxième fois, il entendit l'enthousiasme et le sourire dans sa voix tandis qu'il comprenait enfin la situation.
Ginga se débattit avec sa ceinture puis il sortit à son tour du véhicule, manquant de trébucher. Il rétablit son équilibre de justesse et se précipita vers la maison. Il l'observa avec de grands yeux émerveillés.
- C'est génial ! s'exclama-t-il avant de se tourner vers Kyoya. On va visiter ?
Kyoya leva les yeux au ciel. Tant d'enthousiasme pour une construction en brique et en ciment était ridicule. Il espérait que ce n'était pas contagieux.
Sa réaction n'eut aucune influence sur Ginga qui ouvrit la porte et se précipita à l'intérieur. Kyoya lui emboîta le pas avec plus de retenue. Il traversa une pièce de vie entièrement meublée. Ginga ouvrait toutes les portes qu'il voyait. Une exclamation indiqua qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait. Il se tourna vers Kyoya, tout sourire.
- On a chacun une chambre. Tu veux laquelle ?
- Une avec une fenêtre.
- Elles ont toutes des fenêtres.
- Alors je m'en moque.
Ginga fit la moue. Une poignée de secondes. Son insouciance naturelle reprit vite le dessus et il se remit à sourire. Il frappa la deuxième porte du plat de la main.
- Je prends celle-ci.
Il frappa la voisine.
- Et toi celle-là. On sera voisins. C'est cool, non ?
- On vit déjà dans la même maison. Qu'est-ce que ça change ?
Ginga s'adossa contre le mur et lui donna quelques coups.
- On pourra communiquer à travers la cloison si on a quelque chose d'important à dire.
Kyoya haussa un sourcil, sceptique.
- On pourra aussi parle à l'autre en face. On ne sera pas si loin et ce sera beaucoup plus facile.
- Mais ce sera moins amusant.
Secouant la tête avec exaspération, Kyoya ouvrit la porte que Ginga lui avait indiqué et entra dans sa chambre. Dans des moments comme celui-là, il ne comprenait pas comment il s'était laissé convaincre d'embarquer dans ce voyage avec lui. Ginga était si... Ginga était tellement...
Il n'était comme rien que Kyoya connaissait.
La pièce dans laquelle il entra était meublée de manière fonctionnelle. Parfait. Le lit était contre le mur opposé à la fenêtre et éloigné de la porte. Très bien placé, il permettait de se réveiller et de pouvoir réagir si quelque chose d'étrange survenait. Il y avait aussi une armoire et une table toute simple – qui devait servir de bureau – placée sous la fenêtre. Kyoya laissa son sac tomber au pied du lit. Ce n'était pas pour le peu d'affaires qu'il possédait qu'il allait se servir d'une armoire. De toute façon, il préférait les avoir toutes rassemblées pour pouvoir partir dès qu'il en aurait envie.
Il ne lui restait qu'une chose à faire pour parfaite cette pièce.
Kyoya se dirigea vers la table et la poussa dans un coin de la salle. Il voulait pouvoir accéder à la fenêtre aussi facilement qu'il le souhaitait. Dès que ce fut fait, il se plaça au centre de la pièce. Maintenant, c'était parfait.
XXX
Kyoya était assis sur le canapé, les jambes repliées contre lui. La joue appuyée sur sa main, il observait Ginga. Agenouillé à même le sol, le rouquin était affalé sur la table basse. Son menton reposait sur la surface en bois. Il fixait d'un air concentré – ou totalement perdu – les feuilles éparpillées devant lui. Il essayait de faire ses devoirs. Il s'y était mis près d'une heure plus tôt et avançait péniblement. Au début, Kyoya avait trouvé ce spectacle plutôt divertissant. Maintenant, il l'ennuyait un peu.
Il s'étira puis quitta le canapé. Il se dirigea vers l'entrée.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je pars me promener.
Ginga sembla catastrophé.
- Tu m'abandonnes ?
Ça sonnait comme la pire des trahisons.
- Tes devoirs, tes problèmes, se contenta de dire Kyoya avant de s'éloigner un peu plus.
- Mais... tu ne devais pas être spectateur ? Tu disais que tu voulais te moquer de moi.
- Plus maintenant.
Ginga soupira.
- Je vais m'ennuyer si tu pars...
Il avait murmuré cette phrase si bas que Kyoya sut qu'il n'était pas destiné à l'entendre. C'était bien plus perturbant que si Ginga lui avait directement adressé ce reproche. Cela rendait ses paroles plus sincères.
Il hésita.
- Amuse-toi bien ! lança joyeusement Ginga.
Kyoya lui jeta un regard par-dessus son épaule. Ginga s'était remis au travail. Il n'avait aucune raison de s'attarder plus longtemps.
Il sortit. Il faisait si froid qu'il resserra instinctivement son manteau contre lui. Les températures avaient chuté d'un coup. Hier encore, il faisait à la limite du froid et son souffle ne formait pas d buée devant lui.
Kyoya lâcha son manteau et se mit en route. Il n'allait pas laisser quelques degrés de moins l'impressionner. Il n'avait pas encore exploré la ville. C'était le bon moment pour commencer. De plus, il était seul, pour la première fois depuis le début de ce voyage. Il respira avec reconnaissance. Il ne pensait pas que la solitude lui avait tant manquée. Il s'en doutait mais il ne pensait pas que ce manque était aussi important. Alors qu'il avançait dans leur quartier, rempli de maisonnettes inoffensives, un sentiment de liberté s'épanouit lentement en lui. Les quelques badauds qu'il croisa le dévisagèrent mais il lui suffisait d'un regard pour leur faire tourner la tête. Ils n'étaient pas assez forts pour se mesurer à lui et ils le savaient. Ce sentiment de puissance, cette supériorité sans conteste, lui avait manqué. Ça faisait partie de lui. Il était un roi.
Un autre badaud. Un autre coup d'œil et il détournait la tête comme tous les autres. Ses lèvres se soulevèrent avec satisfaction. Il ne fallait pas grand chose de plus pour que les faibles acceptent de se soumettre. Ça n'aurait jamais fonctionné sur Ginga. Aussi frêle semblait-il, il aurait affronté son regard sans sourciller. Il aurait même prit cela comme un défi.
L'allure de Kyoya ralentit et son sourire disparut. Ginga. Il n'était pas si loin que ça. Il pouvait encore apercevoir leur quartier de là où il se trouvait. Alors pourquoi... avait-il un creux là ? Il lui manquait quelque chose. Ce n'était pas possible. Il était enfin seul, libre de tous ses mouvements. La situation était parfaite. Ginga n'était pas loin. Il pouvait le rejoindre quand il le voulait. Ils n'étaient pas vraiment séparés.
Il ne devait pas penser comme ça.
Il secoua la tête, essayant de chasser ces pensées de son esprit. Ginga était certes spécial mais il ne pouvait passer chaque seconde de la journée à penser à lui. Il avait mieux à faire.
Fier de cette résolution, il reprit son exploration. Outre le quartier à la tranquillité désolante dans lequel ils logeaient, il y avait le centre-ville. Grouillant de monde. Kyoya grimaça avant d'accélérer. S'il avait voulu de la compagnie, il serait resté avec...
Il accéléra sans se laisser le temps de formuler cette pensée. Il traversa le centre-ville à grands pas puis s'en éloigna. À chacun de ses pas, il y avait un peu moins de monde et d'agitation. Bientôt, il atteignit la périphérie de la ville. Il se détendit. Il était enfin seul. Pour de vrai.
Kyoya se laissa aller à vagabonder, appréciant l'air libre qu'il respirait et qui le gelait de l'intérieur. Appréciant de n'entendre aucune conversation autour de lui, seulement le bruit occasionnel d'un moteur rappelait la présence humaine. Appréciant de ne voir que des bâtiments et des espaces de verdure, pas une seule personne gâchant sa solitude.
Il explora encore un peu son nouveau territoire, jusqu'à tomber sur un panneau digital qui indiquait l'heure et des informations relatives à la ville. Il était midi passé. Ginga avait dû finir sa pause déjeuner et se remettre au travail – en tout cas, essayer.
Kyoya hésita. Devait-il rester plus longtemps ou devait-il au contraire rentrer à la maison ?
Non. Dans la maison. Il ne devait pas confondre. Pour la peine, il errerait encore un peu dans les rues. Ce n'était pas chez lui. Ça ne le serait jamais.
Il se remit à marcher. Il n'avait plus le cœur à ça. Il faisait de son mieux pour ne pas penser à Ginga. Il devait arrêter de penser autant à lui. Si ça continuait, il deviendrait incapable de vivre sans lui.
Mais c'était déjà le cas, non ? Quand Ginga avait été blessé, quand il l'avait cru mort, il avait cessé de vivre – et avait failli mourir.
L'horreur l'envahit peu à peu. Il devait cesser de penser à Ginga, il devait cesser de s'accrocher autant à lui. Il vivait seul depuis longtemps. Il n'avait besoin de personne. Il était fort. Il n'avait besoin de personne.
Cette pensée ramena une douleur sourde, engourdie par les ans, à la limite de sa mémoire. Au lieu de la repousser, il s'y accrocha.
Tout était mieux que de devenir dépendant de Ginga.
XXX
Quand Kyoya retourna dans la maison, plusieurs heures plus tard, Ginga était toujours assis devant la table basse. Il semblait plus détendu quoiqu'un peu perdu dans ses pensées. Il tapotait une feuille blanche de son stylo, réfléchissant sans doute à ce qu'il allait y écrire. En entendant la porte se referma, il leva la tête. Un sourire éclaira son visage.
- Ça s'est bien passé ?
Kyoya haussa les épaules. Il se sentait aussi engourdi à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il se sentait fatigué et n'avait qu'une envie : aller dormir.
Ginga se mit debout.
- Tu dois avoir froid. Tu sais quoi ? Je vais nous préparer des chocolats chauds. Ça nous fera du bien à tous les deux.
Avant que Kyoya puisse refuser, il se précipita vers la cuisine. Kyoya le vit disparaître dans l'autre pièce. Avec un soupir, il se laissa tomber sur le canapé. Peu à peu, l'engourdissement disparut, laissant le froid avoir de l'emprise sur lui. Il se passa la langue sur les lèvres. Elles étaient gercées. Pour se changer les idées, il se mit à regarder plus attentivement les feuilles dispersées sur la table. Il n'y avait aucune organisation : les matières se mêlaient allégrement. Les math côtoyaient la littérature et les langues. Dessous, on apercevait quelques notions scientifiques que Ginga ne devait pas du tout être impatient de découvrir.
Quelque chose tomba sur ses épaules. Une couverture. Kyoya se retourna. Ginga se tenait derrière le canapé.
- Les chocolats sont presque prêts.
- Je n'ai pas besoin qu'on prenne soin de moi.
- Je sais, dit simplement Ginga avant de retourner dans la cuisine.
Il n'y avait aucune moquerie dans son ton, seulement un éclat sincère. Il le savait capable de se débrouiller seul et de réussir. Mais il voulait quand même l'aider à prendre soin de lui.
Kyoya s'enveloppa dans la couverture et s'adossa contre le canapé. Il avait si froid.
Des pas lui indiquèrent le retour de Ginga. Le rouquin vint s'asseoir à côté de lui. Il lui tendit une tasse d'un vert printanier, fumante. Kyoya la prit. Tout d'abord, elle lui brûla les doigts puis, petit à petit, il s'habitua à sa chaleur jusqu'à ce qu'elle devienne agréable. Elle envahit lentement ses bras.
Ginga prit une gorgée de sa tasse. Elle était bleue avec un pégase dessus.
Kyoya prit une gorgée aussi. Une douce chaleur l'envahit.
- Tu crois qu'on pourrait voir les étoiles depuis la maison ? Il va faire de plus en plus froid dehors. Ce serait dommage de tomber malade.
- Peut-être. Il n'y a pas beaucoup d'éclairages dans le coin.
Ginga hocha lentement la tête, sans rien ajouter. Ils burent en silence. Kyoya se réchauffait lentement. Son corps se détendit petit à petit.
Ginga posa la tasse sur la table, sans égard pour les cours de mathématiques, et retourna s'asseoir à sa place, devant la table basse. Il reprit son stylo et se remit à regarder la feuille.
- Tu as fait ça tout l'après-midi ?
- J'ai fait des pauses de temps en temps.
Kyoya se demanda combien de pauses exactement et combien de temps elles avaient duré.
Ginga se mit soudainement à écrire. Il avait beaucoup d'inspiration : il noircit plus de la moitié de la page en une poignée de minutes. Il se figea aussi soudainement qu'il avait commencé. Il leva la tête et se mit à observer Kyoya. Ses yeux miel ne l'accrochaient pas : ils le fixaient sans le voir, songeur. Ça l'agaça quelque peu.
- Qu'est-ce que t'as ?
- J'écris une lettre à Madoka.
Oh. Encore elle.
- Et ? grogna Kyoya, incapable de masquer sa colère naissante.
- Nous voyageons ensemble. Je dois lui parler de toi.
La colère de Kyoya baissa d'un cran – elle s'apaisait mais elle ne disparaissait pas totalement. Le fait que Ginga veuille échanger avec cette fille l'irritait, même s'il parlait de lui. Il l'appréciait trop.
- Et ? Tu ne te souviens pas de quoi j'ai l'air ou quoi ?
- Bien sûr que je m'en souviens. C'est juste que... je ne sais pas par où commencer, tu vois ?
Quelque chose dans ses paroles et dans son attitude acheva de calmer Kyoya, laissant place à un sentiment de satisfaction – Ginga le trouvait si spécial qu'il ne savait pas comment le décrire – puis à un étrange malaise. Ce n'était pas que la présence de Ginga était devenue désagréable, c'était juste qu'il y avait... autre chose. Une chose qu'aucun d'eux ne disait et qui planait dans le silence du salon.
Kyoya resserra sa couverture autour de lui et se mit à fixer un mur comme s'il était digne d'intérêt. Peu de temps après, la pointe d'un stylo gratta le papier.
XXX
Kyoya se promenait dans les rues de Topaze, comme tous les jours depuis son arrivée. Une certaine routine s'était installée : le père de Ginga partait tôt et les laissait seuls tous les deux, Kyoya et Ginga traînaient une bonne heure dans la maison avant que le rouquin ne se mette à contrecœur au travail, Kyoya lui tenait un peu compagnie puis partait vagabonder. Contrairement au premier jour, il parvenait à profiter pleinement de sa liberté et de sa solitude.
Le froid qui augmentait chaque jour les empêchait de passer toute la nuit dehors à admirer le ciel étoilé. Ils avaient dû remplacer ce rituel par un autre. À présent, chaque soir, ils s'installaient sur le rebord d'une fenêtre et buvaient un chocolat en observant un morceau de ciel étoilé. Penser à ce moment qui n'appartenait qu'à eux remplissait Kyoya d'énergie et lui permettait d'affronter la journée l'esprit serein.
Aujourd'hui ne faisait pas exception : il attendait avec impatience le crépuscule et, en attendant, il profitait de ses heures de vagabondage. Il avait besoin d'un minimum de liberté et de solitude. Il se sentait mal sinon.
Kyoya traversa un quartier en construction à toute vitesse. Il y avait beaucoup de bruit – des moteurs, des voix, des matériaux s'entrechoquant – et de l'agitation. Ça ne lui plaisait pas. Par contre, la nuit, cet endroit devait être agréable. Silencieux. Désert. Tout ce qu'il aimait. Il devrait y passer un de ces soirs, quand Ginga et lui auraient fini de regarder les étoiles.
Il flâna vers l'intérieur de la ville. Il n'avait croisé aucun problème : pas d'adolescents cherchant la bagarre. Il trouvait cela étrange et, il fallait l'avouer, un peu décevant. Il n'aurait pas dit non à un bon combat. C'était un moyen divertissant de passer le temps.
Il y eut de plus en plus de vie autour de lui. Les citadins s'habituaient à sa présence : s'il recevait toujours des coup d'œil craintifs, plus personne ne le dévisageait avec insistance. Ils faisaient de leur mieux pour l'ignorer et il les laissait tranquilles. Pour lui, leur présence et leur voix n'étaient qu'un ensemble informe qu'il ne prenait pas la peine de distinguer. Pour quoi faire ? Il n'en voyait aucun intérêt.
- ...pas grave. Merci.
Kyoya s'immobilisa. Cette voix, clairement déçue, se distinguait avec force des autres, comme un éclat de couleur dans un monde en noir et blanc.
Il tourna la tête. De l'autre côté de la rue, Ginga – son Ginga – parlait avec deux personnes. Un étau se referma sur son ventre. Il plissa les yeux et se mit à les détailler. Un adolescent, qui faisait deux têtes de plus que lui, lui faisait face. Ses longs cheveux argentés descendaient au-dessous de sa taille. Un enfant minuscule – bien plus petit que Ginga – aux cheveux blonds et aux immenses yeux verts les regardait l'un après l'autre, suivant la discussion comme un match de ping-pong. Son regard finit par capter la présence de Kyoya. Ses yeux s'écarquillèrent. Il le pointa du doigt et eut un grand sourire. Kyoya se hérissa.
- C'est lui, non ?
Ginga se retourna brusquement. Ses yeux s'écarquillèrent puis un sourire illumina son expression. Il se mit à faire de grands gestes de la main, comme s'il se trouvait à l'autre bout du monde et qu'il avait peur de perdre son attention. Quel crétin.
La tension qui avait envahi Kyoya disparut.
- Hé ! Kyoya !
Alors que Ginga faisait un pas vers lui, il fut brutalement tiré en arrière. Un véhicule passa à toute vitesse à l'endroit où il avait posé le pied, à peine une seconde auparavant. Kyoya gela. Il dut se retenir de traverser la rue en courant et d'aller s'assurer de son état. Ginga n'avait rien. Il aurait bien vu s'il avait eu un accident.
Pour preuve, Ginga fut de nouveau dans son champ de vision. Intact, quoiqu'un peu surpris. Même si Kyoya le voyait, il ressentait le besoin de le rejoindre pour s'en assurer. La rationalité ne parvenait pas à le tranquilliser.
L'adolescent aux cheveux argentés lâcha l'écharpe de Ginga.
- Regarde avant de traverser.
Ginga se passa une main sur la nuque, gêné.
- Bien sûr.
Cette fois-ci, il fit bien attention avant de s'engager sur la route et de trotter vers lui. À chacun de ses pas, la tension de Kyoya montait et il devait se retenir pour ne pas se précipiter vers lui. Dès que Ginga posa un pied sur son trottoir, dès qu'il fut en face de lui en un seul morceau, la tension de Kyoya disparut. Tout simplement. Il eut l'impression de perdre ses forces d'un coup et dut lutter pour se maintenir debout. Il ne se pensait pas capable de reprendre son vagabondage. Ce serait un miracle s'il atteignait la maison dans cet état.
Tout sourire, Ginga lui montra une enveloppe épaisse.
- Madoka m'a répondu. Elle a parlé de toi.
- Quoi ?
- Elle te passe le bonjour et est contente que je me sois fait un ami comme toi.
Kyoya se sentait perdu.
- Nous ne sommes pas amis.
- Si tu veux.
Des pas se rapprochèrent d'eux. L'enfant et l'adolescent les rejoignirent. Le blondinet observait Kyoya sans s'en cacher. Ce dernier était trop perturbé pour s'en vexer. Il ne quittait pas Ginga des yeux.
- Content que tu aies retrouvé ton ami, déclara l'adolescent.
Nous ne sommes pas amis, songea automatiquement Kyoya.
- Merci du coup de main.
- Nous n'avons pas fait grand chose.
Il se tourna vers l'enfant.
- Tu viens Yû ?
- Ouais ! J'espère qu'on se reverra bientôt Gingy. Toi aussi Yoyo.
Le duo s'éloigna.
- Yoyo ? s'étonna Kyoya.
Ginga eut un sourire.
- De quel droit il ose m'appeler Yoyo ?
- Yû aime bien surnommer les gens.
Kyoya fit de son mieux pour ignorer l'affection qui perçait dans la voix de Ginga. Il savait que c'était dans sa nature de se lier aussi facilement aux personne qu'il rencontrait. Il y avait quelque chose chez lui qui attirait les gens – et qui l'avait attiré, lui aussi. Il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça.
- Tsubasa et lui sont sympas. Ils étaient prêts à m'aider à te chercher. Ça fait plus d'une heure que je suis sorti pour te voir quand même.
- Tu me cherches depuis plus d'une heure juste pour me parler de la lettre que tu as reçue ?
- Madoka te passe le bonjour, répéta Ginga, comme si c'était l'argument ultime.
Kyoya ne répondit rien pendant un moment.
- Tu étudiais les sciences, c'est ça ?
Ginga eut la décence de paraître gêné.
- C'est inutilement compliqué et ça sert juste aux scientifiques.
- C'est le principe.
Ginga lui prit la main et se remit à sourire.
- Vu qu'on est dehors, ça te dirait qu'on aille manger un morceau ? Je pourrais te parler un peu plus en détail de la lettre de Madoka.
Kyoya sentit ses traits se détendre.
- Pourquoi pas.
XXX
Kyoya se séchait vigoureusement les cheveux. Un coup d'œil au miroir de la salle de bain lui indiqua qu'ils lui tombaient bien en dessous des épaules désormais. Il devrait les couper bientôt. Il avait aperçu des ciseaux dans les affaires de Ginga. Ça ferait l'affaire.
Il passa la serviette sur les pointes, ébouriffant un peu plus ses cheveux.
- Kyoya !
Le ton pressant de Ginga le poussa à sortir de la salle de bain. Il se précipita vers le salon. Le rouquin avait les deux mains et le nez pressé contre la vitre d'une fenêtre. Son souffle formait de la buée dessus. Il avait l'air d'aller bien. Très bien, même, vu le stupide sourire qu'il affichait.
Kyoya grogna.
- Il neige !
Maintenant qu'il y faisait attention, il entendait clairement l'excitation enfantine qui perçait dans sa voix. Ginga était ridicule.
Kyoya le trouva encore plus ridicule quand il vit les trois quatre flocons qui tombaient du ciel.
- Merveilleux.
- N'est-ce pas ? répondit Ginga, insensible au sarcasme.
Kyoya résista à grand peine à l'envie de le fracasser contre la vitre. On n'interpellait pas les gens comme ça pour rien.
Il se remit à se sécher les cheveux, se concentrant sur la tâche répétitive.
- On devrait... commença Ginga en se retournant.
Ses mots moururent sur ses lèvres. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement. Il laissa un de ses bras retomber le long de son corps tandis qu'il finissait de se retourner. Il le dévisageait, bouche bée. Kyoya se crispa et cessa peu à peu de bouger. Qu'est-ce qu'il lui prenait ?
Ginga fit un pas vers lui.
- Ça te va bien, souffla-t-il avec un émerveillement doux, comme s'il n'osait pas le ressentir pleinement.
Kyoya le dévisagea, les sourcils froncés, sans comprendre. Ginga finit de s'approcher de lui. Il pinça délicatement une de ses mèches de cheveux et l'entortilla autour de son doigt. Le cœur de Kyoya se mit à battre plus vite. C'était la première fois qu'il détachait ses cheveux en présence de Ginga. Ginga lui faisait un compliment. Ginga le trouvait...
La chaleur monta peu à peu dans son visage. Son cœur cognait contre ses côtes. Il repoussa doucement la main de Ginga qui ne s'en offusqua pas. Il regarda leurs mains. Kyoya ramena la sienne contre lui. Le contact de leurs peaux lui avait semblé... étrange.
Essayant de ne plus y penser, Kyoya décrocha l'élastique de son poignet. Ginga lui attrapa le bras, le faisant sursauter.
- Laisse-moi te coiffer !
Kyoya releva la tête, surpris.
- Q-quoi ?
Ginga se mordilla la lèvre.
- Je peux te coiffer, s'il te plaît ? demanda-t-il sans le lâcher même si sa prise se fit plus douce.
- Je... Je peux me débrouiller seul. Ce n'est pas compliqué.
- Justement ! Je ne risque de rien gâcher comme ça. Allez... s'il te plaît.
Kyoya opina avant d'avoir pu s'en empêcher. Un immense sourire s'épanouit sur le visage de Ginga. Ça lui tenait vraiment à cœur.
Ginga l'entraîna vers le canapé et le fit s'asseoir. Il s'installa derrière lui. Kyoya aurait bien aimé pouvoir le regarder.
Ginga rassembla minutieusement ses cheveux, prenant soin de rassembler chaque mèche. À chaque fois que ses doigts frôlèrent sa nuque, le souffle de Kyoya se bloquait. Il eut l'impression que le temps s'étira et que cela ne finirait jamais.
Finalement, la pression sur ses cheveux se relâcha.
- Et voilà !
Kyoya prit une bouffée d'air tremblante. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Ginga avait les yeux fixés sur sa queue-de-cheval. Il leva la main puis serra ses doigts en un poing qu'il serra contre lui. Kyoya tenta de déglutir. Il voulut parler mais aucun mot ne sortit de sa gorge. Finalement, Ginga leva les yeux sur lui. Son sourire était figé.
- Et si on allait dehors ?
Kyoya opina lentement. L'air frais lui ferait le plus grand bien.
Ginga quitta le canapé d'un bond et se précipita vers l'entrée, comme s'il avait besoin de sortir lui aussi. Kyoya se leva plus lentement. Il se sentait perdu. Perturbé. Il leva la main et effleura la queue-de-cheval que lui avait faite Ginga.
Il prit une grande inspiration et alla le rejoindre dehors. L'air froid lui mordit le visage et fit retomber sa température. Un flocon de neige dansa devant ses yeux et se posa sur son nez. Kyoya le fronça. Un rire résonna. Il leva les yeux. Ginga ne se tenait qu'à quelques pas de lui.
- Qu'est-ce qui te fait rire ?
Ginga s'approcha de lui. Il brossa le bout de son nez du pouce, le débarrassant du flocon. Son sourire était de nouveau vrai. Total.
Kyoya se détendit.
XXX
- Kyoya. Kyoya !
Kyoya ouvrit les yeux et se retourna à demi. Ginga était à moitié agenouillé sur son lit. Il le secouait doucement, une main posée sur sa hanche. Kyoya poussa un grognement et se passa une main sur le visage. Il aurait dû se réveiller dès l'instant où Ginga avait actionné la poignée de la porte.
Ginga cessa de le secouer mais garda la main sur lui.
- Quoi ?
- Il neige, murmura-t-il d'un ton plein d'émerveillement.
Kyoya repoussa sa main et s'assit. Le sourire de Ginga s'élargit. Il leva les yeux au ciel. Kyoya tendit l'oreille. Le silence qui planait dehors était doux, étouffé. Ginga avait raison. Il avait neigé, depuis suffisamment longtemps pour qu'une couche de neige tapisse le sol. Toutefois, ce n'était pas une raison pour le réveiller. Et pourquoi il murmurait alors qu'il l'avait déjà réveillé ?
- Et ?
- Tu n'as pas envie d'aller voir dehors ?
- Ce sera blanc, froid, plein d'arbres sans feuilles.
- Allez, c'est génial la neige.
- J'en ai déjà vu.
- Moi aussi.
- Pourquoi tu te mets dans un état pareil alors ?
- Parce que c'est de la neige !
Cette discussion tournait en rond. Kyoya soupira et se rallongea. Peut-être qu'il pourrait réussir à se rendormir.
- Kyoya ?
- Laisse-moi.
- Tu ne veux pas venir ? demanda Ginga avec déception.
Kyoya lutta contre son instinct qui le poussait à se retourner. Il ne devait pas le regarder.
- T'as pas d'amis pour t'accompagner ? Comme ces Tsubasa et Yû.
- Mais c'est avec toi que je veux être.
Kyoya résista un instant supplémentaire avant d'abandonner. Ginga le regardait avec de grands yeux tristes.
- Sors, soupira-t-il.
Les épaules de Ginga s'arrondirent un peu plus et il recula.
- ...D'accord.
- Je m'habille et je te rejoins.
Ginga se figea, les yeux écarquillés. Il tentait d'assimiler la situation. Un sourire illumina son visage.
- D'accord.
Il se précipita vers la sortie et ferma la porte à toute vitesse. Kyoya en ressentit un vague amusement. Ce Ginga...
Kyoya se leva. Il sortit des vêtements de son sac. Il ôta ce qui lui servait de pyjama – de larges t-shirt et pantalon – puis mit ses vêtements : un t-shirt déchiqueté qui laissait voir son ventre et un pantalon large. Il sortit de sa chambre en détachant sa queue-de-cheval avant de la refaire. Ginga l'attendait dans le salon. Ses yeux s'éclairèrent un peu plus.
- Tu veux de l'aide ?
Kyoya se figea. Sa gorge s'assécha. Le souvenir des mains douces de Ginga sur son cou et glissant dans ses cheveux se rappela si vivement à son esprit qu'il crut les sentir.
- Ça ira.
Il se rattacha les cheveux.
- Oh, d'accord.
Ce fut difficile de ne pas remarquer la déception présente dans sa voix. Encore plus difficile de ne pas se focaliser dessus.
Kyoya prit son manteau et le ferma jusqu'au bout pour se tenir bien chaud avant de rejoindre Ginga qui l'attendait devant la porte, trépignant d'impatience. Il attendit qu'il ne fut plus qu'à quelques pas de lui pour prendre une profonde inspiration.
- Prêt ?
Kyoya leva les yeux au ciel. Ginga sourit un peu plus. Il ouvrit la porte, laissant apparaître un paysage blanc. Ginga s'avança jusqu'au seuil puis bondit de ses deux pieds sur la neige. La couche blanche craqua sous ses semelles. Il fit plus de pas que nécessaire pour se retourner rien que pour entendre la neige craqueler. Il lui tendit la main.
- Tu viens ?
- Je ne vais pas faire demi-tour maintenant, déclara-t-il avec une fausse indifférence.
Puis il fit un pas dehors. Un pas vers Ginga qui lui souriait.
Fin du chapitre 3
