Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.
Et voici la fin.
Chapitre 6 : When grey sky turns blue
Kyoya referma la porte derrière lui. Il s'y adossa et se laissa glisser jusqu'au sol. Il se sentait perdu. Ginga ne le détestait pas. Il ne s'était pas lassé de lui et n'espérait pas le voir partir sans oser lui dire à cause de son grand cœur. Non. Il... Il l'aimait.
Kyoya croisa ses bras sur ses genoux repliés. L'idée lui semblait bizarre. Décalée. Ginga ne pensait qu'à se goinfrer de hamburgers et à se faire des amis – quand il ne prenait pas des risques incroyables. L'imaginer amoureux, de lui qui plus est... Kyoya ne parvenait pas à l'assimiler.
Pourtant, c'était ce que Ginga avait dit.
Et Ginga ne mentait pas.
Au moins, il retirait un certain réconfort de cette information : il était celui qui comptait le plus pour Ginga. Il n'y avait personne d'autre. Il n'y avait que lui.
Un soupir échappa à ses lèvres. Il appuya sa tête contre la porte et ferma les yeux. Il laissa ses bras se détendre.
Mais, une autre question, tout aussi obsédante et perturbante envahit son esprit.
Et lui ?
Que ressentait-il pour Ginga ?
XXX
Ginga avait la tête baissée vers son assiette. Il en trifouillait le contenu avec sa fourchette. Il avait perdu l'appétit. Kyoya ne voyait pas son expression mais il n'en avait pas besoin : la tristesse et le découragement transparaissaient dans chaque parcelle de son attitude. Kyoya avait cru qu'il lui suffirait de dire son problème pour que leur relation redevienne comme avant. Il n'en était rien. C'était même pire.
Kyoya croisa les bras sur la table et se pencha vers lui. Ginga se figea, comme une proie dans le viseur d'un prédateur, puis reprit son manège.
- Tu n'as rien à proposer aujourd'hui ?
- Comment ça ?
- D'habitude, tu cherches toujours quelque chose qu'on pourrait faire ensemble.
Il lâcha sa fourchette et repoussa son assiette.
- Après ce que j'ai dit...
- Ça ne change rien.
Ginga releva brusquement la tête, les yeux arrondis par la surprise, bouche bée. Il pinça ses lèvres et reprit contenance même si son expression restait marquée par la surprise.
- Vraiment ?
Kyoya opina. L'expression de Ginga changea du tout au tout : sa surprise laissa place à l'émerveillement. Il se mit debout.
- Vrai de vrai ?
Kyoya leva les yeux au ciel.
- Tu sais que je n'aime pas me répéter.
Ginga eut un élan vers lui qu'il réprima. Il serra avec force ses mains l'une contre l'autre, s'empêchant de le toucher, et lui sourit. Ça semblait être le plus beau jour de sa vie.
Comment réagirait-il s'il répondait favorablement à ses sentiments ?
Kyoya balaya cette pensée de son esprit.
- Alors ? fit-il sèchement.
Cela n'entama pas le bonheur de Ginga. Au contraire même, son sourire s'accentua.
- On peut visiter la ville et chercher un endroit où regarder les étoiles.
- OK. Mais essayes de ne pas te faire des amis agaçants. Je ne supporterai pas un autre Yû.
Ginga rit.
- Tu exagères : il est gentil.
Kyoya plissa le nez.
- Des fois, je me demande comment tu vois le monde.
Ginga rit de nouveau. Ça n'avait rien de forcé. Tout était redevenu comme avant entre eux. Kyoya était soulagé. Il n'aurait pas voulu que tout change. Pas alors qu'il... tenait à lui.
Il se mit debout.
- On y va ?
Ginga lui offrit un magnifique sourire. Il se leva à son tour.
- Bien sûr. En avant pour l'exploration !
Il abandonna son repas sur la table et se dirigea vers l'entrée. Kyoya lui emboîta le pas. Maintenant que Ginga avait retrouvé sa bonne humeur et son insouciance, il se sentait mieux. L'étau qui se refermait peu à peu sur lui, causant cette désagréable sensation de claustrophobie, l'avait libéré. Il n'aimait pas la facilité avec laquelle Ginga influençait ses émotions. Heureusement, il ne s'en était pas rendu compte.
En tous cas, il l'espérait.
Il attrapa sa veste et l'enfila en franchissant le seuil. Un vent frais soufflait dehors. Le ciel était dégagé et le soleil réchauffait timidement l'atmosphère où toutes les traces de l'hiver n'avaient pas encore disparues.
Ginga et lui s'éloignèrent de leur maison et s'engagèrent dans les rues. Cette ville était semblable à celles qu'ils avaient traversées et celles où ils avaient vécu. S'il fouillait un peu, il était certain de trouver un quartier moins recommandable où il pourrait trouver des gens à combattre. Enfin, il le ferait s'il s'ennuyait. Ce qui n'arriverait pas vu qu'il prévoyait de passer tout son temps libre avec Ginga.
Ils avancèrent côte à côte, au milieu des maisons et des petits immeubles. Il n'y avait aucun perchoir intéressant pour regarder les étoiles dans les environs. Ils devraient explorer un autre quartier de la ville.
Une main se referma sur son bras. Kyoya se tourna vers Ginga qui fixait un point, les yeux brillants. Kyoya leva la tête et regarda dans la même direction que lui. À une cinquantaine de mètres, derrière un muret de ciment, s'étendait une plage sur laquelle jouaient et se baladaient pas mal de personnes malgré l'heure matinale. Il fronça le nez. Qu'est-ce que Ginga pouvait bien trouver à un tel endroit ?
- On y va ?
Il se tourna vers Ginga. Un éclat de culpabilité passa dans les yeux miel. Il le lâcha et s'écarta d'un pas, mal à l'aise. Kyoya manqua de lever la main vers lui mais il parvint à réprimer son geste avant que Ginga s'en rende compte. Il enfonça ses mains dans ses poches en grognant contre lui-même. Il ne manquerait plus qu'il se mette à tout compliquer lui aussi.
- Si tu veux.
Ginga opina sans répondre. Ils se remirent à avancer. Alors qu'ils approchaient, son malaise disparut pour laisser place à un doux enthousiasme qui brillait dans son regard. Les épaules de Kyoya se détendirent. C'était bien mieux ainsi.
Il franchit le muret d'un bond alors que Ginga commençait à en faire le tour. Il lui jeta un regard amusé quoiqu'un peu supérieur. Ginga marmonna quelque chose, sans doute vexant, ce qui ne fit qu'accentuer l'amusement de Kyoya. C'était lui qui voulait venir sur cette plage. C'était idiot de perdre du temps pour quelque chose d'aussi futile que contourner un muret.
Ginga le rejoignit d'un bond.
- Il va falloir reprendre ton entraînement, se moqua Kyoya.
Ginga marmonna une réponse incompréhensible. Kyoya lui donna un coup de poing dans l'épaule pour le réprimander.
- Hé ! se vexa Ginga.
Kyoya renifla avec mépris.
- C'est tout ? Tu n'arrêtes pas de te vanter que tu pourrais me battre et tu pleurniches pour si peu ?
- Je ne pleurniche pas, protesta Ginga.
Mais il pleurnichait bel et bien.
- Je ne sais pas lequel de tes amis a cette sale manie mais tu devrais arrêter de le fréquenter. Il t'influence trop. Je déteste les pleurnichards.
- Aucun des mes amis n'est un pleurnichard.
Kyoya renifla. Ginga ne devait pas connaître la définition de ce mot, ou alors il se faisait des illusions sur ses amis. Il se souvenait de sa brève rencontre avec ce Kenta : le garçon avait tremblé de peur juste en l'apercevant et il n'avait même pas osé croiser son regard. Peureux et pleurnichard, ça allait souvent de paire.
Ginga eut un demi-sourire provocateur. Kyoya fronça le nez. Où avait-il appris ça ?
- Et si je passe trop de temps avec toi, est-ce que je risque de devenir ronchon ?
- Ginga.
- Oui ?
- Ferme-la.
Cela n'effrita pas l'amusement de Ginga. Au contraire, il eut l'audace d'agrandir son sourire. Kyoya poussa un soupir agacé et se remit à avancer.
- Tu voulais venir, non ? Alors profites-en au lieu de perdre ton temps à bavasser.
- OK !
La situation l'amusait bien trop au goût de Kyoya, même s'il était surtout soulagé de le voir agir comme avant.
Ginga s'avança sur la plage, faisant rouler le sable sous ses chaussures. Il posa ses yeux sur les vagues qui léchaient le rivage puis les glissa sur la mer gris-bleu jusqu'à l'horizon. Il rêvassait de quelque chose. Kyoya ne lui demanda pas quoi.
Ginga reporta son attention sur les autres personnes présentes sur la plage. Il ne fit pas mine d'aller leur parler et n'évoqua pas leur présence. Tant mieux. Kyoya ne tenait pas à se retrouver avec d'autres boulets dans les pattes.
Il observa de nouveau les alentours. Il n'y avait pas un seul éclairage artificiel sur la plage. Ce serait sans doute plus calme ce soir. Suffisamment pour qu'ils puissent tranquillement regarder les étoiles.
Il se tourna vers Ginga pour lui faire part de ses réflexions. Le rouquin s'était tourné dans une autre direction. Il plissait les yeux. Se demandant ce qui attirait tant son attention, Kyoya se tourna dans la même direction. Il fronça le nez. Il ne voyait pas ce qu'il y avait de si intéressant.
- C'est une forêt là-bas?
Kyoya apercevait en effet un espace de verdure au loin.
- Tu veux y aller ?
Ginga secoua la tête.
- Pas aujourd'hui.
Il lui adressa un sourire amusé. Ses yeux pétillaient.
- Un caprice par jour, ça suffit non ?
Kyoya ne put s'empêcher de sourire en retour.
- On verra demain alors.
Ginga lui adressa un regard surpris que Kyoya refusa d'affronter. Il regarda l'horizon qui se dessinait au loin.
- C'est un bel endroit pour regarder les étoiles.
Ginga opina en continuant de le dévisager, songeur.
XXX
Le soir même, à la nuit tombante, Kyoya et Ginga revinrent sur le chemin qui menait à la plage. Ils ne croisèrent que trois autres âmes solitaires durant leur trajet. Le sable remplaça le goudron sous leurs pas. Les lumières de la ville qui brillaient derrière eux ne suffisaient pas à éclairer toute la plage. Le bruit régulier des vagues résonnait avec force dans le silence nocturne. Kyoya longea le rivage où les vagues se brisaient, Ginga à ses côtés. Il avança silencieusement, ses pas étouffés par le sable, jusqu'à un coin assez isolé de la plage, en retrait et caché par des arbres. Il s'y assit et leva la tête vers le ciel. Ils avaient bien choisi. Les étoiles semblaient plus proches que d'habitude.
Ginga s'assit à côté de lui. Leurs bras se frôlèrent. Kyoya ne sentit sa chaleur qu'un bref instant avant qu'il ne sursaute et ne s'écarte. Avec un grognement agacé, Kyoya se tourna vers lui et agrippa son poignet. Ginga le regarda avec surprise, mais sans une seule trace de peur.
- Je t'ai dit que ça ne changeait rien, s'agaça Kyoya.
Ginga le regard intensément. Kyoya le lâcha et attendit. Il opina lentement.
- D'accord.
Ils se mirent de nouveau à regarder la voûte céleste. Kyoya tenta de retrouver Leone. Il essayait encore quand il sentit quelque chose toucher son bras. Il se retint de justesse de se tourner. Ginga osait à peine le toucher. Il n'oserait peut-être plus jamais s'il se montrait trop surpris ou attentif à chacun de ses gestes.
L'idée le dérangeait profondément. Leurs contacts, bien que rares et légers, lui manquaient.
Il se concentra de nouveau sur le ciel, sans parvenir tout à fait à oublier le contact de Ginga – il n'essayait pas, en réalité. Ses sourcils se froncèrent. Pourquoi n'arrivait-il pas à retrouver Leone ?
- Tu veux que je t'aide à situer Leone ?
Il se tourna vers Ginga qui le regardait avec attendrissement.
- Je me souviens de tes indications.
- J'en suis sûr mais ce n'est pas simple quand on n'a pas l'habitude.
Alors il laissa Ginga lui montrer une nouvelle fois comment repérer sa constellation.
XXX
Kyoya finissait d'attacher ses cheveux tout en avançant dans le couloir. La soirée de la veille avait été parfaite, du début à la fin. Ils avaient longuement regardé les étoiles, blottis l'un contre l'autre. Kyoya profitait de chacun de ces moments. Il les gravait dans son esprit et dans sa chair. Le regard brillant de Ginga. La chaleur de sa peau. Le son de sa voix. Son visage qui reflétait ses émotions. Ça ne durerait pas éternellement. Il devrait bientôt partir. Et alors, ces moments passés avec Ginga ne seraient plus que des souvenirs.
Il se rendait bien compte que sa manière de penser à Ginga était... spéciale. Peut-être même... Mais peu importait. Il n'avait jamais laissé personne l'approcher tant. Ne serait-ce que ça rendait leur lien spécial. Unique. Et ça suffisait amplement. Il ne voulait pas être plus proche de lui. Il tenait déjà trop à lui et ça le dérangeait. Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait contrôler et il détestait ça. Il ne faisait pas partie de ces gens qui laissaient les autres avoir du contrôle ou de l'influence sur leur vie.
Il atteignit le salon. Son regard se posa sur Ginga et il écarta ces pensées de son esprit. Ils avaient une journée chargée en perspective.
- On doit aller dans la forêt, c'est ça ?
Ginga se tourna vers lui, souriant. Ses grands yeux miel brillaient.
- C'est ça. Bonjour Kyoya.
- Ton père est déjà parti ?
- Il a beaucoup à faire, mais ce n'est rien.
Car il n'était pas seul. Kyoya était avec lui et ils passeraient toute la journée ensemble. Ainsi que les jours suivants. Ginga n'avait pas besoin de le dire à voix haute pour qu'il le comprenne.
- Dépêche-toi si tu ne veux pas te laisser distancer ! lança-t-il à Ginga avant de s'élancer vers l'entrée.
Il eut le temps d'apercevoir une lueur de défi dans ses yeux avant d'ouvrir la porte et de se retrouver dehors.
- C'est de la triche ! s'offusqua Ginga.
- C'est toujours ce que les perdants disent, se moqua-t-il.
Il traversa le jardin et ouvrit le portail. Lorsqu'il posa un pied sur le trottoir, il jeta un bref coup d'œil par-dessus son épaule. Ginga était ralenti parce qu'il devait fermer la porte à clé derrière lui. Il devrait faire pareil pour le portail. Kyoya esquissa un sourire moqueur avant de se remettre à courir. Ginga ne pourrait jamais le rattraper. Ce n'était pas de la triche. C'était tactique. Et puis, il aurait pu faire pire. Il aurait pu lancer ce défi alors que Ginga prenait son petit-déjeuner et qu'il était encore en pyjama.
Des pas claquaient le goudron derrière lui. Kyoya n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que c'était Ginga. Il accéléra. Il ne se laisserait pas rattraper. Avec toute l'avance qu'il avait prise, ce serait la honte de ne pas réussir à le distancer.
Il arriva en vue de la plage. Des gens y flânaient déjà, pataugeant dans les vagues malgré la fraîcheur ou se reposant sur le sable. Kyoya s'en moquait. Il ne s'approcherait même pas d'eux.
Il emprunta le trottoir qui longeait la plage. Si, à première vue, la traverser serait plus rapide pour atteindre la forêt, il ne tomberait pas dans ce piège. Le sable ralentissait énormément les mouvements. Il perdrait toute l'avance qu'il avait accumulée et, ça, c'était hors de question.
Kyoya évita deux promeneurs qui le suivirent du regard, interloqués. Qu'est-ce que ça pouvait leur faire ? Il les effaça bien vite de son esprit. La forêt se rapprochait. Il y était presque...
Il bondit sous le couvert des arbres. Il ralentit, fit encore quelques pas puis s'immobilisa. Il avait le souffle court. Son cœur battait contre ses côtes. Il se retourna en s'efforçant de reprendre contenance. Il parvint à reprendre son souffle avant d'apercevoir la silhouette de Ginga. Le rouquin arriva quelques secondes plus tard, complètement essoufflé. Il se plia en deux, posa ses mains sur ses cuisses et prit de profondes inspirations. Kyoya se permit de le regarder de haut. Après tout, il n'avait pas l'air aussi pathétique, lui.
Ginga finit par se redresser. Il lui adressa un regard plein de reproches. Kyoya ne cacha pas son amusement.
- Tu as besoin de plus d'entraînement.
- J'aurais gagné si tu n'avais pas triché.
Kyoya croisa les bras.
- Ce n'était pas de la triche : c'est ce qu'on appelle de la stratégie.
Ginga écarquilla les yeux. Il sembla perplexe une minute puis il éclata de rire. Kyoya ne s'y attendait pas. Il l'observa, hésitant entre se vexer de sa réaction et en sourire. Il opta pour une solution neutre. Il haussa un sourcil.
- Qu'est-ce qui te prend ?
Ginga se tut mais son grand sourire et ses yeux brillants témoignaient de son amusement. Il leva la main et lui toucha la joue. Toute son expression se modifia. Il arborait à présent une douceur dont Kyoya était l'unique destinataire.
- Tu es incroyable...
Il brossa sa joue puis se figea. Kyoya vit l'exact moment où il se rendit compte de ce qu'il faisait : sa douceur disparut, son sourire s'effaça, il devint un instant inexpressif, un éclat d'inquiétude passa dans ses prunelles puis ses joues rosirent. Il ramena son bras contre lui. Kyoya dut lutter contre l'envie de le rattraper et de plaquer sa main contre sa joue. Il adorait que Ginga le touche. Il en avait besoin. Il voulait sentir sa peau contre la sienne et fermer les yeux pour savourer son contact. Ou ne jamais cesser de le regarder.
Kyoya s'en voulait de penser ainsi.
- Je... désolé. C'était un peu exagéré ça.
- Non. Pas du tout.
Ginga parut surpris par sa réponse. Kyoya se crispa. La deuxième partie était de trop. Autant lui dire tout de suite, et en criant, qu'il...
Kyoya se détourna de lui, coupant court à ses pensées.
- Pourquoi tu voulais venir ici ?
- Ça ressemble à l'endroit d'où je viens.
Kyoya ne put s'empêcher de se tourner vers lui. Ginga effleura l'écorce d'un des arbres. Il leva la tête vers les feuillages. Il semblait à l'aise ici, comme s'il était à sa place.
Il baissa la tête vers lui.
- J'ai grandi dans un petit village de montagne appelé Koma. J'imagine que tu ne connais pas... C'est perdu au milieu de la forêt. Hyoma et moi, on allait y jouer tous les jours.
Il ramena son bras contre lui, se tourna vers Kyoya et sourit.
- Puis Papa a cherché du travail en ville et nous n'avons pas cessé de déménager depuis.
C'était le genre de truc qu'il devait répondre dès qu'on lui posait la question. Kyoya n'aimait pas se confier. Il n'en voyait pas l'intérêt : son passé ne concernait personne d'autre que lui. Heureusement, Ginga ne lui demandait rien de tel.
- Tu veux qu'on reste un peu ? On pourrait explorer.
Ginga lui sourit avec timidité.
- Ça me plairait bien...
Ils passèrent leur matinée dans la forêt. Ginga émailla leur promenade d'anecdotes sur son enfance et d'explications sur leur environnement. Kyoya savait qu'il connaissait peu de choses sur la forêt : il venait de la ville, y avait toujours vécu. Ce n'était pas son environnement. Mais, plus il écoutait Ginga, plus il comprenait qu'il n'y connaissait rien en réalité. Même s'il s'efforçait de garder un air impassible, voire ennuyé, il ne perdait pas une seule des paroles de Ginga. Le rouquin aimait partager ses souvenirs avec lui. Quelque chose dans sa voix donnait l'impression à Kyoya qu'il n'en avait pas parlé depuis longtemps, malgré ce qu'il avait cru à prime abord. Cet échange était spécial. Ginga y mit tant de cœur qu'il en oublia presque l'heure du déjeuner. Bon, il finit par s'en souvenir mais c'était Ginga après tout. L'heure qui s'était écoulée en plus depuis l'heure du déjeuner prouvait à quel point ce moment passé ensemble l'avait captivé.
Il annonça presque à regret que l'heure de manger arrivait et qu'ils feraient mieux de rentrer à la maison. Kyoya était heureux qu'il n'ait pas proposé d'aller dans un restaurant. Il voulait l'avoir rien que pour lui.
Ils revinrent sur leurs pas. Kyoya se laissa guider par Ginga, même s'il aurait pu retrouver le chemin seul. Le chemin du retour dura bien plus longtemps étant donné qu'ils ne firent pas la course. Ils flânèrent jusqu'à la maison sans prononcer une seule parole. Ils prirent leur repas en silence – dès que Ginga cessa de vanter les mérites des hamburgers, évidemment.
Ginga s'étira, un sourire aux lèvres.
- C'était délicieux !
Kyoya leva les yeux au ciel. C'était juste un repas. Il devait toujours exagérer sur ce sujet.
Ginga se détendit. Il se pencha vers Kyoya.
- Tu veux qu'on retourne se promener ? On peut aussi rester ici et regarder un film. Ça pourrait être sympa.
Kyoya passa machinalement une main dans sa queue-de-cheval. Ginga avait raison. Ça serait sympa de passer quelques heures ensemble à se prélasser devant la télé. Ce genre de pensées ne lui venait pas à l'esprit avant. Ginga avait changé de nombreuses choses dans sa vie.
Il ne savait pas s'il aimait ça.
Il fourra ses mains dans les poches de son pantalon et haussa les épaules avec une indifférence feinte.
- J'ai rien contre le film.
Ginga sourit comme s'il avait accepté avec un grand enthousiasme. Il se leva, posa une main sur son épaule puis se dirigea vers le salon pour tout préparer. Kyoya avait encore l'impression de sentir son contact quand il sortit de la pièce.
Il s'ébroua mentalement. Il devenait ridicule à se focaliser sur ce genre de détail. Il voulait bien supporter quelques modifications dans son attitude, dans des limites acceptables. La mièvrerie n'en faisait pas partie.
Il rejoignit Ginga dans le salon. Ce dernier fouillait dans une pile de DVD. Il lui en montra un paquet.
- Tu veux voir lequel.
Kyoya se laissa tomber dans le canapé sans même leur adresser un regard.
- Choisis.
Ginga hésita un instant mais il finit par trancher. Il inséra un DVD dans le lecteur. La télécommande en main, il fit le tour de la table basse et se jeta à côté de lui. Ne s'y attendant pas, Kyoya bascula sur le côté et se retrouva collé à lui. Kyoya s'efforça tant bien que mal de se redresser. Ginga étouffa tant bien que mal un rire quand il l'observa, les yeux plissés.
- Désolé.
Il ne semblait pas du tout désolé.
Kyoya lui donna un coup de coude, amplement mérité, qui arracha une plainte à Ginga – qui ressemblait bien trop à un gloussement au goût de Kyoya.
Ginga lança le film. Dès les deux premières minutes, Kyoya comprit qu'il était tout aussi farfelu que le dernier qu'ils avaient regardé. Il s'étira et s'appuya contre Ginga. Il ne comptait pas le regarder. Il n'avait aucune envie de s'ennuyer.
Il ferma les yeux.
Quand il les rouvrit, il était toujours allongé contre Ginga. Toutes les parties de son corps appuyées contre lui avaient agréablement chaud. Ça lui donnait envie de se pelotonner davantage contre lui et de se remettre à somnoler.
À contrecœur, il se redressa. Sa peau fut parcourue de picotements froids. Malgré son envie encore plus grande de retourner se blottir contre Ginga, il resta assis. En face de lui, l'écran veille de la télévision lui indiquait que le film était terminé depuis plusieurs minutes. Au moins.
- Tu es réveillé.
Kyoya se tourna vers Ginga. Le rouquin le regardait comme si c'était tout à fait normal qu'il se soit endormi contre lui.
- Tu ne m'as pas réveillé ?
- Tu semblais avoir besoin de dormir.
Ginga tendit la main et lui brossa la joue. Kyoya avait envie de fermer les yeux pour savourer ce contact. Il s'en empêcha, sans parvenir à s'écarter.
- Ça a l'air d'aller mieux en tous cas.
- J'étais pas fatigué, marmonna Kyoya.
Il avait conscience de réagir comme un gamin boudeur mais il ne pouvait s'en empêcher.
- Tant mieux : on pourra profiter des étoiles ce soir.
Il ne put qu'acquiescer.
XXX
Le ciel étoilé brillait au-dessus de leurs têtes. Ils s'étaient de nouveau installés près de la plage, mais du côté de la forêt cette fois : elle leur cachait la ville et ses lumières. Ils avaient l'impression d'être seuls au monde.
Cette nuit, Kyoya parvint à trouver Leone. Il fixa son regard sur sa constellation. Un sourire flottait sur ses lèvres. Il était fier d'avoir réussi. Son cœur se gonfla davantage de fierté quand il la montra à Ginga et que le rouquin – son rouquin – le confirma avec un sourire.
Sa main frôla une peau tiède. Il baissa la tête. Sa main et celle de Ginga s'effleuraient. Il songea un instant à la prendre. Rien qu'un instant. Il releva presque aussitôt la tête.
Il lui fallut quelques minutes pour retrouver Leone dans son trouble.
- Ça va ?
Même si ce n'était qu'un murmure, Kyoya eut l'impression qu'il résonna à travers la nuit, par-dessus le roulement des vagues de l'océan.
Il se tourna vers Ginga.
- Pourquoi ?
Il arborait un air inquiet.
- Tu es un peu... bizarre aujourd'hui.
- Bizarre ?
Malgré l'absence presque totale de luminosité, Kyoya vit l'expression de Ginga se charger d'embarras.
- Je ne voulais pas dire bizarre comme bizarre mais comme "bizarre", tu vois ?
- C'est très clair, répondit-il avec une voix chargée de sarcasme.
Ginga soupira.
- C'est un peu comme ce que tu m'as reproché la semaine dernière. J'ai l'impression que tu es ailleurs. Ça ne va pas ?
Kyoya chercha ses mots. Il n'avait pas l'impression d'avoir changé. Du moins, pas comme Ginga l'entendait. Il s'était approché de lui. Il laissait les barrières céder.
Kyoya s'aperçut d'un détail avec choc.
Il avait abandonné l'idée d'être un solitaire.
- Je vais bientôt devoir partir.
Les sourcils de Ginga se froncèrent de confusion.
- Ah bon ?
Kyoya hocha lentement la tête.
- Pourquoi ?
Kyoya fut incapable de trouver une réponse. Il devait partir. Il le savait. Il était un animal sauvage, un lion féroce, un futur roi. Il ne pouvait pas dépendre de quelqu'un. Il ne pouvait pas se laisser domestiquer par quelqu'un, même quand cette personne était aussi exceptionnelle que Ginga.
Toutes ces raisons se bousculaient dans son esprit mais il n'en formula aucune. Ça ressemblait à des excuses. De pathétiques excuses.
De nombreuses questions brillaient dans les yeux miel mais Ginga n'en posa aucune. Kyoya ne put s'empêcher de se sentir déçu. Il s'attendait à une réaction un peu plus poussée de sa part.
- Quand ?
- Dans quelques jours.
Les épaules de Ginga s'arrondirent.
- Mais... nous pourrons nous revoir, n'est-ce pas ? Ce n'est pas définitif. Nous aurons d'autres occasions de passer du temps ensemble.
Ses yeux brillaient d'espoir. Kyoya se détendit. Sa déclaration ne l'avait pas laissé indifférent.
- Sans doute.
Il ne voulait pas faire de promesse qu'il serait incapable de tenir. Leur séparation avait un but. Si tout fonctionnait bien, il n'aurait plus l'envie – le besoin – de le voir.
Ils n'étaient pas encore séparés mais Ginga lui manquait déjà. Il serra les poings. Qu'est-ce qui lui prenait ?
Une paume se posa sur son poing. Il manqua de sursauter mais il parvint à garder la maîtrise de lui-même. Ginga s'était légèrement penché vers lui.
- Nous nous reverrons.
Ça sonnait comme une promesse, presque comme un serment. Non. C'était une certitude.
Un sentiment de bonheur et de légèreté enfla en Kyoya. Il sentit son cœur battre. Il le croyait. Il ne doutait pas une seule seconde de sa phrase, ni du fait qu'elle se réaliserait. Comme si Ginga était capable de tout réaliser, même de plier la réalité, pour accomplir sa promesse.
C'était idiot. Surtout que partir était sa décision. Rien ne l'y forçait. Pourquoi avait-il besoin que Ginga lui fasse une telle promesse ?
Kyoya déplia ses doigts mais il ne se dégagea pas de la prise de Ginga. Elle était trop réconfortante.
Il se pencha contre Ginga et enfouit son visage contre son cou. Il ferma les yeux. Il le sentit se crisper contre lui.
Je veux rester avec lui, gémit une parcelle de Kyoya, la même qui l'avait poussé à tout abandonner pour le suivre.
Mais c'était impossible. Pas sans abandonner une part de lui-même.
Il sentit l'hésitation de Ginga puis un bras se referma sur son dos et il se retrouva appuyé contre Ginga. Le rouquin posa sa joue contre sa tête. Sa main se serra sur le tissu de sa veste.
- Je veux rester avec toi, murmura-t-il.
Ils restèrent enlacés. Kyoya se sentait à sa place ici, contre lui, à n'avoir conscience que de sa présence.
- Kyoya...
Il posa sa main sur Ginga et le poussa légèrement. Il n'eut pas besoin d'insister davantage pour qu'il le lâche. Sans poser une seule fois le regard sur lui, il s'écarta et se mit debout.
- Kyoya... ?
- Je rentre.
Et il partit sans jeter un regard en arrière. Il ne savait même pas si Ginga lui avait ou non emboîté le pas.
Il courut jusqu'à la maison. Il l'atteignit, essoufflé. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était mis à courir. Il entra dans la propriété et dépassa la porte d'entrée. Par caprice, il ne voulait pas passer par là.
Il contourna la maison jusqu'à atteindre la fenêtre de sa chambre. Il l'ouvrit avec une grande facilité. Il enjamba le mur et se glissa à l'intérieur. Il referma la fenêtre. Il fit les quelques pas qui le séparaient du lit et se laissa tomber dessus. Il espérait qu'il ne verrait pas Ginga avant demain. Il se le répétait. Sa raison le hurlait. Mais, en son for intérieur, il savait que c'était faux. Il ne supportait pas la perspective d'être éloigné de lui.
Il s'efforça de faire le vide dans son esprit mais il n'y parvint pas. Ginga occupait chacune de ses pensées. Il lui manquait à chaque instant.
Des coups à la porte le firent se redresser brusquement. Bien que faibles, ils tonnaient dans le silence nocturne. Il déglutit. Il se sentait nerveux tout à coup. Il s'insulta mentalement. Il n'était ni un trouillard, ni un lâche. Il n'avait pas à réagir ainsi.
La porte s'ouvrit lentement. Une main se posa sur la tranche. Kyoya songea distraitement que Ginga ne craignait rien pour faire ça. Il ne faisait même pas preuve de bon sens : il pourrait lui briser les doigts juste en claquant la porte.
Le visage de Ginga apparut dans l'embrasure.
- Je peux ?
- Je vois mal comment je pourrais t'en empêcher.
Ginga hésita un instant avant de se décider à entrer. Il ferma la porte. Tandis qu'il s'approchait du lit, Kyoya s'assit. Il s'adossa contre le mur, les mollets pendant dans le vide. Ginga s'assit à côté de lui, près du bord du lit. Kyoya croisa les bras.
- Tout à l'heure...
- J'ai fait n'importe quoi. Je sais.
Du coin de l'œil, il vit Ginga secouer la tête.
- Non. Je veux juste savoir pourquoi tu es parti.
Kyoya nota qu'il n'avait pas dit qu'il avait fui – ce que lui n'aurait pas hésité à dire.
Kyoya replia lentement ses jambes contre lui. Il posa ses poings serrés sur ses genoux et fixa ses yeux dessus pour faire de son mieux pour ne pas prêter plus attention à Ginga que nécessaire.
- Alors ?
- Qu'est-ce que ça peut faire ?
- On était bien, non ? En tous cas, moi je me sentais bien. J'espère que c'est pareil pour toi.
- ...Oui.
Il sentait le regard de Ginga fixé sur lui. Il l'appelait. Il céda à son appel et leva la tête. Leurs regards s'accrochèrent immédiatement. Celui de Ginga mêlait douceur et inquiétude. Il était légèrement penché vers lui, juste assez pour qu'il sente qu'il était l'objet de son attention mais pas assez pour qu'il ait l'impression que son espace était envahi.
- Alors ?
Kyoya soupira.
- Je ne veux pas en parler.
Ginga opina. Une peur sourde naquit en Kyoya. Il devait partir. Maintenant. Il ne pouvait pas attendre plus longtemps.
Ginga posa sa main sur les siennes et il s'apaisa. Kyoya se détourna de lui, incapable de parler, encore plus incapable de briser leur contact.
- D-demain. Je pars demain.
Maintenant qu'il l'avait dit à voix haute, il ne pouvait se défiler.
Ginga s'appuya contre lui.
- D'accord.
Ils restèrent ainsi de longues heures.
XXX
Le lendemain matin, alors que le soleil se levait à peine, Kyoya se prépara en silence. Une fois douché et habillé, il rassembla toutes ses affaires dans son sac. Il ne s'était pas rendu compte à quel moment il avait commencé à s'installer. Il était plus que temps de partir pour lui. Il ne put se résoudre à laisser les cadeaux que Ginga lui avait offert. Une autre preuve de son grand attachement envers lui. Peut-être était-ce déjà trop tard...
Il secoua la tête. Non. Il ne pouvait pas abandonner comme ça. Il partirait et ses pensées rentreraient dans l'ordre.
La peluche et le collier eurent pourtant droit à une place de choix dans son sac.
Kyoya se dirigea à pas de loup vers la fenêtre. Il la souleva. Un vent frais s'engouffra dans la pièce et caressa sa peau. La liberté. Elle lui tendait les bras. Elle l'appelait.
Pourtant il fut incapable de sortir.
Avec un soupir, il se retourna. Ginga dormait en toute confiance dans son lit. Il semblait si paisible... Kyoya était incapable de partir sans un au-revoir.
Il se dirigea vers lui. C'était la dernière fois, la toute dernière, qu'il aurait une telle faiblesse. Il posa ses doigts sur l'épaule de Ginga et les secoua. Les sourcils du rouquin se froncèrent et ses paupières se fermèrent un peu plus. Il se tendit puis se réveilla lentement. Ses yeux embrumés par le sommeil se posèrent sur lui. Il semblait vulnérable mais il était loin de l'être. C'était ce qui le rendait si attrayant.
Et ça pourrait être comme ça tous les jours, souffla une voix traîtresse dans l'esprit de Kyoya.
Il ne put s'empêcher de l'imaginer et il se le reprocha. Il brisa leur contact, se redressa et fit un pas en arrière. Il partirait.
- C'est le moment.
Ginga acheva de se réveiller. Il s'assit.
- Déjà ?
Kyoya se contenta de hocher la tête. Sa décision était prise. Il ne changerait pas d'avis.
Ginga se mit debout. Il voulut s'approcher mais Kyoya maintint la distance entre eux. Un éclair de douleur passa dans ses prunelles mais il s'efforça de sourire.
- Nous quitterons cette ville dans un mois, puis nous irons à Sapphire qui est aussi sur la côte. Après... je ne sais pas, mais je donnerai des nouvelles à Tsubasa, Yû et Kenta. Tu pourras leur demander.
Si tout se passait comme prévu, Kyoya ne penserait plus à lui dans un mois, sinon comme un événement passé sans importance.
Ginga se tut.
- Tu me manqueras.
Kyoya fut incapable de soutenir son regard. Il lui tourna le dos et se dirigea vers la fenêtre.
- Au revoir.
Quand il la franchit, il sentait déjà un vide en lui. Pourtant, il continua d'avancer. Sa décision était prise.
Il ne ferait pas marche arrière.
XXX
Kyoya courait parmi les ombres. Il était libre, enfin. Il pouvait aller où il le désirait. Personne ne l'attendait. Il était seul. Il était libre. C'était la vie qu'il souhaitait. La vie qu'il avait toujours vécu et qui lui convenait. Il était un lion libre et sauvage, un seigneur qui régnait sur un monde de ruines et de désespoir, un futur roi. Il n'avait plus aucune chaîne qui le retenait.
Mais il n'arrivait pas à cesser de penser à Ginga. Il ne voyait pas les étoiles mais il sentait leur présence au-dessus de sa tête. Elles le brûlaient.
Il accéléra l'allure. Il ne voulait plus penser à rien. Son cœur battait dans sa poitrine. Ses muscles le brûlaient. L'air refusait de remplir ses poumons. Il se concentrait sur toutes ces sensations qui l'ancraient à la réalité.
Des pas résonnèrent derrière lui. Un sourire courba ses lèvres. Voilà qui lui changerait les idées...
Il s'arrêta à un embranchement. Son cœur se débattait dans sa poitrine comme un fauve voulant quitter sa cage. L'air nocturne caressait sa peau brûlante. Il se retourna lentement. Ses poursuivants ralentirent jusqu'à s'arrêter. Avec un rire à la limite de la démence, il fit un pas dans leur direction. L'hésitation se peignit sur leurs traits. Sentaient-ils le danger qu'il représentait ? Peut-être.
Il étendit les bras.
- Vous voulez jouer ?
Et, sans leur laisser le temps de répondre, il se jeta sur eux. Il se battit avec toute la force, toute la rage qu'il possédait. Il frappait, se défendait, recevait quelques coups – mais tellement peu par rapport à ceux qu'il donnait ! Il ne pensait qu'au combat, qu'à l'instant présent. Rien d'autre. Ce répit était une véritable satisfaction.
Il s'arrêta quand il fut le seul debout. Son souffle était court. Il balaya du regard ses ennemis étendus à terre. Il essuya ses lèvres, un goût légèrement métallique dans la bouche. Voilà ce que sa vie était censée être. Un combat pour prouver sa force. Une lutte sans merci pour la dominance.
Il enjamba ses adversaires et s'éloigna d'un pas lourd. Il retourna dans l'entrepôt qui lui servait d'abri dans cette ville. Il s'assit près de son sac. Ça faisait plus d'un mois qu'il avait quitté Ginga, plus d'un mois qu'il avait retrouvé la vie qu'il n'aurait jamais dû quitter. Pourtant, il y avait un vide en lui qui ne cessait de grandir chaque jour qui passait. Il voulait l'engloutir. Qu'importe ce qu'il faisait, il n'arrivait pas à s'en débarrasser. Ginga... Ginga lui était devenu indispensable.
La rage l'envahit. Il se leva d'un bond et s'acharna sur une caisse en bois, sans se préoccuper de la douleur qui envahissait ses poings. Tout valait mieux que de penser à ça. Tout valait mieux que de l'admettre.
- Je ne vais pas laisser un... un gamin me domestiquer !
Il fit tomber la caisse par terre. Il tourna sa rage vers une autre, ponctuant chacun de ses mots.
- Je n'ai pas besoin de lui. JE N'AI PAS BESOIN DE LUI !
Il n'a jamais cherché à te domestiquer.
Kyoya se figea. Il se secoua, furieux contre lui-même, et se remit à frapper. Frapper jusqu'à avoir mal. Frapper jusqu'à ne plus rien ressentir.
Il t'a accepté tel que tu es. Il n'a jamais eu la moindre illusion à ton sujet.
C'était vrai. Tellement vrai. Ginga connaissait sa rage. Il avait vu sa sauvagerie. Et il avait tout accepté. Il n'avait pas essayé de le changer.
- Tais-toi ! TAIS-TOI !
Il fit tomber une autre caisse. Il se tourna vers une troisième, commença à la frapper. Ses coups ralentirent. Il appuya son front contre le bois. Il le frappa une dernière fois avec mollesse.
- Je n'ai pas besoin de lui...
Il se redressa et retourna vers son lit de fortune d'un pas lourd. Il s'y laissa tomber, tremblant. La douleur pulsait dans ses mains meurtries. Du sang – le sien – recouvrait ses phalanges brûlantes.
Il avait besoin de Ginga. Il le savait. Il n'avait même pas été capable de se débarrasser des babioles qu'il lui avait données. Il n'avait pas cessé de penser à lui une seule seconde. Tout le rappelait à lui. Les étoiles dans le ciel. Les espaces de verdure. Chaque fois qu'il capturait un sourire sur un visage, il ne pouvait s'empêcher de le comparer à celui de Ginga, si éclatant et si absolu. Chaque fois qu'il découvrait un nouvel endroit, il imaginait sa réaction en le voyant. Son image restait imprimée sur ses rétines. Ses yeux miel aux éclats dorés, qui reflétaient toutes ses émotions, notamment son incroyable amour du défi qui l'attirait tant. Ses cheveux flamboyants. Son visage aux traits encore marqués par l'enfance. Sa peau, si douce et si chaude... Et sa voix. Cette voix qu'il ne se lassait pas d'écouter et qui prononçait des paroles auxquelles il croyait, juste parce que c'était Ginga qui les disait.
Kyoya se roula en boule et essaya de faire abstractions des souvenirs qui le harcelaient. Sans succès.
Tu n'es pas obligé. Tu pourrais être libre.
Mais il était libre. Aussi libre que quelqu'un pouvait être. Il n'y avait personne pour le ralentir, personne pour lui mettre des chaînes. C'était ça, la liberté.
Tu dis ça parce que tu ne connais rien d'autre.
Mais, maintenant, il connaissait autre chose. Il voyait comment sa vie pourrait être et ça lui avait plu. Ça lui manquait.
Viens avec moi. Je t'offrirai le monde.
Ginga lui en avait offert une minuscule partir et ça avait suffi. Il désirait en voir plus, à ses côtés...
La mâchoire crispée, les dents fermement plantées dans sa lèvre inférieure, Kyoya ferma les yeux et plaqua ses mains sur ses oreilles.
Il voulait que ça s'arrête.
XXX
Et si Ginga trouvait quelqu'un ?
Kyoya s'immobilisa au beau milieu de la rue, une de ses mains serrée autour de la lanière de son sac. Complètement absorbé par ses pensées, il fit abstraction de son environnement. Il ne voyait même plus les gens qui passaient à côté de lui et qui lui jetaient des regards inquisiteurs.
Et si Ginga trouvait quelqu'un ? Il n'y avait pas pensé une seule fois avant mais, maintenant que cette pensée s'était formée dans son esprit, il savait qu'elle ne le quitterait jamais. Il était important pour Ginga. Spécial. Ginga l'aimait. Il le savait. C'était avec cette certitude qu'il était parti. C'était – en partie – ce qui l'avait aidé à tenir. Mais, s'il restait loin, Ginga ne risquait-il pas de l'oublier ? De finir par tomber amoureux de quelqu'un d'autre ?
Non. Ginga n'était pas un cœur d'artichaut. Il lui serait loyal, même s'il ne connaissait pas ses sentiments.
Ça ne suffit pas à le rasséréner. Ginga se ferait des amis. Immanquablement. Il passerait de plus en plus de temps avec eux. Il ne penserait pas à lui tout le temps, contrairement à Kyoya qui ne cessait de penser à lui.
Kyoya resta sur place un long moment, tiraillé entre deux envies contradictoires : retrouver Ginga ou vivre la vie de liberté qu'il avait toujours cherché...
Et il se souvint comment il se sentait avec Ginga. Quand ils regardaient les étoiles. Quand ils exploraient la ville. Quand ils faisaient la course. Quand le monde était à leurs pieds.
Quand ils se défiaient.
Quand ils se trouvaient l'un contre l'autre.
Sa gorge s'assécha.
Il ne s'était jamais senti aussi libre qu'en ces instants.
Kyoya se retourna et se mit à courir.
XXX
Kyoya courait dans les rues de Sapphire. Il avait l'impression de courir sans s'arrêter depuis des jours, depuis qu'il avait pris sa décision – celle dont il était sûr, celle qui ne lui laisserait aucun regret. Peut-être était-ce le cas. Il était arrivé dans cette ville le matin même. Il l'arpentait depuis, dans l'espoir de trouver Ginga. Non. Il le retrouverait. Même s'il avait déjà emménagé dans une autre ville. Il demanderait à Kenta, à Tsubasa et même à Yû s'il le fallait. Il le pourchasserait jusqu'à enfin le retrouver. Et il resterait à ses côtés pour l'éternité.
Au détour d'une ruelle, Kyoya le vit. Il n'eut pas une seconde de doute. Ginga, en compagnie d'une autre personne, qui lui parlait. Il s'en moquait. Il n'éprouvait même pas une pointe de jalousie tant il était soulagé de déjà le retrouver. Trop de temps s'était écoulé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Ses cheveux roux. Ses yeux de miel. Son allure frêle, tellement trompeuse.
Il ne pouvait pas entendre sa voix d'ici, mais bientôt...
Kyoya se remit à marcher – il n'avait même pas remarqué qu'il s'était arrêté. Il accéléra l'allure jusqu'à courir. Il se jeta sur Ginga. Il referma ses bras autour de sa taille et nicha son visage contre son cou, s'enivrant de son odeur. Ginga hoqueta de surprise.
- Kyoya ?
La surprise perçait sa voix, ainsi qu'un soulagement et qu'une joie parfaitement tangibles. Kyoya le serra davantage contre lui, sans craindre de le briser. Ginga était loin d'être fragile. Il recelait une force incroyable. Kyoya n'aimerait pas quelqu'un de faible.
Il tressaillit.
- J'ai tellement besoin de toi.
Il serait incapable de dire s'il avait prononcé ces paroles à voix haute ou s'il les avait seulement pensées.
Ginga bougea. Kyoya se colla un peu plus contre lui, ne voulant pas le lâcher. Une main se glissa sur sa nuque, une autre se posa sur le bas de son dos.
- Tu m'as tellement manqué.
XXX
Après avoir donné quelques explications à son ami – Kyoya apprit par là-même qu'il s'appelait Yûki – Ginga le conduisit jusqu'à l'appartement que son père et lui occupaient en ville. Ils se tinrent par la main tout au long du trajet. En y arrivant, Kyoya ne regarda même pas les issues que cette habitation possédait.
- Tu veux poser tes affaires dans ta chambre ?
Kyoya lui adressa un regard interrogateur.
- Papa a choisi cet appartement avant ton départ. Il y a trois chambres.
Kyoya hocha distraitement la tête. Ginga le mena jusqu'à sa chambre. Kyoya posa son sac par terre et, avec hésitation, s'assit sur le lit. Ginga prit place à côté de lui. Il posa une main sur la sienne. Kyoya ferma les yeux. Son contact lui avait tant manqué.
- Je suis content de te revoir.
Des questions brillèrent dans les yeux de Ginga mais il n'en posa aucune pour ne pas le brusquer. Kyoya y lut aussi une note d'espoir. Ginga avait sans doute compris ce que lui-même venait d'admettre mais il ne savait pas s'il était prêt à l'avouer. Il voulait retrouver le Ginga d'avant, leur relation d'avant. Mais il voulait davantage, également.
Il se dégagea de la prise de Ginga et se mit à regarder le mur.
- Kyoya ?
- Je ne veux pas que ça change.
Ginga ne le harcela pas de questions. Il attendit simplement qu'il lui explique sa pensée, sans lui imposer la moindre pression.
- Notre relation est parfaite. Ça risque de tout gâcher. J'aime comme c'est maintenant.
Comme c'était avant de partir.
Un éclat de compréhension illumina les yeux de Ginga. Par contre, il ne semblait pas savoir quoi ressentir : plusieurs émotions se succédèrent sur son visage. Kyoya ne parvint pas à toutes les analyser. Il ferma les yeux, prit une profonde inspiration et les rouvrit. Il s'était recomposé une expression sérieuse, mais qui conservait une douceur réconfortante.
- Je comprends.
Il tendit sa main vers Kyoya et la posa sur ses mains entrelacées. Ce simple contact l'apaisa.
- Mais pourquoi tu penses que ce changement serait forcément négatif ? Ça pourrait être bien, apporter de bonnes choses...
Kyoya avait envie de se blottir contre lui et d'écouter sa voix qui lui promettait des choses auxquelles il croyait uniquement parce que c'était lui qui le disait.
- Ça pourrait tout gâcher, aussi, lui fit-il remarquer.
- Et ça t'effraies ?
La colère, toujours proche, de Kyoya se réveilla. Il releva la tête avec défi.
- Je n'ai peur de rien !
Les yeux de Ginga s'écarquillèrent devant sa soudaine agressivité. Kyoya montra les dents. Il n'était pas un trouillard. Il ne laisserait personne dire le contraire, pas même Ginga. Il y avait des limites qu'il ne laisserait personne dépasser.
- Bien sûr. Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse.
Il n'y avait aucune duplicité dans son ton, seulement une pure sincérité. Comment Kyoya pouvait lutter face à ça ?
Sa colère reflua. Il ne tenta pas de la retenir, même si s'y accrocher l'aidait souvent à garder le cap lors de ses moments de confusion.
- Tu en penses quoi toi ?
Ginga posa son autre main sur les siennes. Kyoya se détendit un peu plus. Le rouquin garda leurs mains liées pendant que lui l'observait. Il caressa le dos de ses mains, lui envoyant des courants électriques dans tout le corps. Ils n'étaient définitivement pas amis. Ils ne pourraient pas reprendre leur relation d'avant.
Un léger sourire s'afficha sur le visage de Ginga.
- Je pense... qu'on devrait se laisser une chance. En tous cas, c'est ce que j'aimerais.
Il leva la tête.
- Je suis certain que ça n'entraînera que du bon.
Et comme à chaque fois, Kyoya le crut.
XXX
Ginga s'affairait dans la cuisine quand Kyoya se décida à quitter sa chambre. Il débordait d'une énergie qu'il ne lui avait pas vu depuis longtemps. Ça l'intriguait. Il l'approcha sans prononcer une seule parole et le suivit des yeux pendant ses divers aller-retours. Une légère odeur de brûlé flottait dans l'air mais ça ne semblait pas l'inquiéter ni même le perturber.
Il se tourna vers lui avec un grand sourire.
- Salut !
- Bonjour.
Une fumée noire sortait du four. Peut-être que Ginga devrait commencer à s'inquiéter maintenant.
Le rouquin dut avoir la même pensée car il sautilla – il n'y avait aucune autre façon de décrire son mouvement, malheureusement – jusqu'au four qu'il ouvrit. Son visage disparut un instant dans un nuage de fumée avant que la fumée ne se dissipe. Il jeta un coup d'œil au contenu du four.
- Je sais toujours pas cuisiner ! lança-t-il avec une telle joie que ça semblait être une bonne nouvelle.
Kyoya était tenté de le féliciter, sauf que dans son état de joie actuelle, son sarcasme passerait à des milliers de kilomètres au-dessus de sa tête. Déjà qu'ils n'étaient pas très efficaces contre lui d'habitude.
- On va manger comme d'habitude, ça te va ?
- Oui.
- Je vais préparer ça !
- Parce que préparer, maintenant, ça signifie "sortir d'un sachet" ?
Ginga lui donna un coup de poing joueur dans l'épaule.
- T'exagère.
Mais Ginga fit exactement ce que Kyoya venait de décrire.
- Tu es particulièrement joyeux aujourd'hui. C'en est presque écœurant.
- Tout le monde n'a pas envie de faire la tête toute la journée. Ça fait un équilibre, dit-il en lui tendant son petit déjeuner.
- C'est moins pire que de sourire bêtement.
- Au moins, j'aurais pas de rides.
- M'en fous. Je ne passe pas mon temps à me regarder dans un miroir.
Kyoya réprima un sourire. Ça aussi, ça lui avait manqué.
Ginga lui sourit, complice, avant de déballer son repas. Il en prit une bouchée.
- Tu veux faire quoi aujourd'hui ?
Kyoya glissa un regard vers Ginga. Il parlait calmement, comme toutes les autres fois. Ça l'étonnait qu'il ne fasse pas référence à la veille, à son retour, ni au fait qu'ils avaient convenu de... de faire évoluer leur relation.
Il existait bien une autre façon de le formuler mais Kyoya n'était pas encore prêt. Ça lui semblait être une grande étape même si, techniquement, ça ne changeait rien à la situation.
- Comme d'habitude ? On erre en ville et tu essaies de ne pas trop traîner ?
- Ça me va.
Ginga continua de manger son petit déjeuner. Kyoya prit place à côté de lui et entreprit de manger un morceau – il ne devait pas se laisser affaiblir – surpris que Ginga n'évoque pas la veille. Il s'attendait à ce qu'il en parle toute la journée sans lui laisser une seconde de répit. Seul son regard, rayonnant de plus de bonheur que d'ordinaire, trahissait que quelque chose avait fondamentalement changé. Kyoya se détendit.
- Ce matin, j'ai parlé à Papa. Je lui ai dit que tu es revenu.
- Ah oui ?
Cette nouvelle n'avait pas dû lui plaire.
Ginga opina. Il plongea son regard dans le sien. Le cœur de Kyoya manqua un battement.
- Je lui avais dit que tu reviendrais.
Cette confiance troubla Kyoya qui se leva. Il s'éloigna sous le regard perplexe de Ginga et alla dans sa chambre. Il n'avait pas pris le temps de déballer ses affaires quand il était revenu. Il avait seulement sorti de quoi se changer.
Il ouvrit son sac et fouilla dedans. Il en sortit la peluche ridicule qui ne ressemblait toujours pas à un lion et la posa sur son lit. Sa main se referma sur ce qu'il était venu chercher. Il se releva. Il sortit de sa chambre d'un pas hésitant et alla rejoindre Ginga qui l'attendait dans la salle à manger. Kyoya se tendit. Ce qu'il allait demander était ridicule mais ça lui tenait à cœur.
Il tendit la main vers Ginga, lui montrant le collier qu'il lui avait offert. Il n'en avait pas porté un seul depuis qu'il l'avait enlevé dans un accès de rage, tant de semaines auparavant.
- Je... Tu peux l'accrocher pour moi ?
Ginga le regarda. Kyoya sentit une chaleur envahir son visage. Il était ridicule. Il le savait. Mais il ne pensait pas que c'était au point que Ginga – qui discourait sur les hamburgers et sur l'amitié – s'en rende compte.
Ginga se mit lentement debout. Il fit le tour de la table et lui prit le collier des mains.
- Bien sûr. Assieds-toi.
Kyoya prit place sur une chaise. Ginga dégagea sa queue-de-cheval puis fit passer le collier autour de son cou. Il le referma. Ses doigts frôlèrent la peau de sa nuque. Ginga attendit un instant puis posa un vif baiser sur son cou. Ce contact, si bref fut-il, électrisa Kyoya. Il se retourna. Ginga le regardait avec un mélange d'impatience et d'appréhension.
- C'est trop tôt ?
- Non.
Par contre, il serait incapable de répondre de quoi que ce soit si Ginga continuait d'agir ainsi.
Ginga lui sourit.
- Nous allons nous promener ?
- Oui. J'espère que tu ne t'es pas affaibli pendant mon absence.
- Tu verras. Je te réserve des surprises.
Kyoya sentait le poids familier du collier sur son cou. Il savait qu'il n'y prêterait bientôt plus attention.
XXX
Kyoya s'assit à côté de Ginga, savourant sa présence tout comme la chaleur du ciel étoilé au-dessus de leurs têtes et de l'air sur leurs peaux. C'était Ginga qui avait choisi leur poste d'observation cette fois – une cage dans un parc qui fermait à la tombée de la nuit. Ils dominaient le parc depuis leur perchoir. Les arbres qui les entouraient leur cachait la ville et ses lumières artificielles. Ils avaient l'impression d'être seuls au monde.
Ginga passa un bras autour de sa taille et se blottit contre lui. Kyoya se détendit. Il se sentait véritablement bien là. Il baissa la tête vers Ginga qui, collé à lui, regardait le ciel étoilé. Kyoya effleura son bras. Ginga se tourna vers lui et lui sourit. Kyoya hésita un instant puis se laissa tenter. Il se pencha vers Ginga et l'embrassa. La main de Ginga se déplaça sur son dos avec lenteur.
Il brisa leur baiser, le souffle court et le cœur battant. La façon dont Ginga le regardait à présent... Kyoya frissonna. Ginga ne regardait personne d'autre comme ça. Jamais.
Il pensait que c'était ce qu'il préférait dans leur nouvelle situation.
Ginga leva la main et lui caressa la joue, effleurant pensivement sa cicatrice. Son regard glissa sur son cou puis sur le collier qu'il portait. Un doux sourire recourba ses lèvres. Le cœur de Kyoya accéléra. Comprenait-il ce que ça signifiait qu'il le porte ?
- Je t'aime.
Les yeux de Kyoya étincelèrent. Il le savait – tout dans les actions et les gestes de Ginga le hurlait – mais l'entendre de sa bouche...
Kyoya voulut le dire mais les mots refusèrent de franchir ses lèvres. Le regard de Ginga s'adoucit.
- Tu le diras le moment venu. Un jour.
Kyoya se détendit. Ginga se pencha vers lui et effleura ses lèvres. Il se blottit de nouveau contre lui pour regarder les étoiles qui brillaient au-dessus de leurs têtes.
FIN
