J'avais dit que j'écrirais une nouvelle fic SI j'avais le temps, l'inspiration et les encouragements. J'ai eu de l'inspiration et quelques encouragements mais malheureusement très peu de temps.

Voilà donc enfin la Troisème partie du premier chapitre du "Cap"

(Ah, ooooui, et j'ai aussi rêvé que Avatar m'appartenait mais je me suis réveillée très déçue et beaucoup moins riche que dans mon rêve...)

Chapitre 1

partie 3

«Avatar Sana»?

Avant que son esprit ait pu former la moindre objection, la moindre question, l'assemblée était inclinée devant elle.

«C'est une blague?»

Tous le monde semblait très bien accepter la nouvelle, certains avaient même des airs entendus genre «je le savais!»... Sana les regardait sans saisir. C'était une plaisanterie?!

«Surprise-surprise!»

La jeune femme fronça les sourcils. Les cinq sages y virent une autorisation d'expliciter:

- Vous succèderez au grand Avatar Aang dans le maintien de la paix.

- Vous poursuivrez sa tâche dans la restauration de l'équilibre des nations.

- Vous apprendrez à maitriser les éléments.

- Vous serez la passerelle entre le monde des esprits et le nôtre.

- Vous consacrerez votre vie au bien du monde.

Sana acquiesça, toujours sonnée.

- Et je... je peux pas décider de ne pas être l'Avatar? demanda-t-elle, naïvement.

Les sages durent avaler de travers, se mordre la langue et rouler les yeux tout à la fois, car chacun répondit pas une grimace. L'un d'eux parvint à articuler, entre deux quintes de toux:

- Vous n'avez pas été élue pour devenir le nouvel Avatar; vous êtes l'Avatar depuis votre naissance. Vous êtes la réincarnation de l'Avatar Aang, de l'Avatar Roku, de l'Av-

- J'ai compris! Merci...

Les cinq sages partirent à reculons en glissant comme des ombres. La tente retenait son souffle. Hakoda prit l'initiative de clamer «Hurrah pour le nouvel Avatar!» et de demander aux musiciens de continuer de jouer. La foule reprit son mouvement et ses conversations.

Sana restait figée, et laissa Eizon la raccompagner à l'écart de la piste de danse, et la jeune fille tomba jambe croisée sur le sol. Katara s'approcha et serra contre elle la jeune femme.

- Vous le saviez? demanda Sana à son maitre, la tête appuyée contre son épaule.

- Je n'en étais pas sure, mais je le savais... j'avais reconnu son étincelle en toi.

Kaya, son frère et le Seigneur du feu s'étaient approchés, ainsi que le chef Hakoda. Sana n'y prêta pas attention, son esprit était ailleurs...

- Je suis désolée, chuchota-t-elle.

- Mais de quoi? s'étonna Katara en s'écartant de son élève pour la regarder.

- De... de pas être née plus tard.

Katara resta stupéfaite, puis ses yeux brillèrent de larmes et elle attira à nouveau la jeune femme contre elle. Sana voulait que son maitre la rejette, qu'elle lui reproche de ne pas être son mari, d'avoir pris son âme...

- Ne pense pas ça! ordonna Katara. C'est absurde! La vie devait quitter son corps tôt ou tard, et lorsque c'est arrivé, tu naissais et l'accueillais.

- Vous ne pensez pas que j'ai volé sa vie?

- Non voyons... Sana, je suis heureuse et fière d'avoir pu veiller sur toi. Et même si parfois tu me faisais penser à Aang, tu as toujours été une personne à part entière, tu as toujours été toi-même.

Sana hocha la tête et regarda les personnes attroupées autour de son maitre et elle. Une autre question lui vint:

- Si vous le saviez, pourquoi vous ne me l'avez pas dit?

Katara sourit cette fois en répondant

- Aang a appris à seulement douze ans qu'il avait l'avenir du monde sur les épaules. Il était encore un enfant... et il a dû devenir un homme en quelques mois. Si les sages s'étaient présentés avec leur grande nouvelle avant aujourd'hui, je les aurais renvoyés chez eux.

Sana sourit difficilement, mais comprit les motifs de son maitre. Elle fut engloutie dans l'étreinte de Kaya, puis attirée jusque sur la piste de danse par Tekka.

Oui, c'était supposé être un jour de fête. Elle ne pleurerait pas, elle danserait, elle rirait... même si rien depuis le lever du jour ne s'était passé comme prévu.

--

La lune brillait sur la toundra, et la neige bleutée par les rayons prenait une teinte fantomatique. Au loin, au fond du silence, résonnait encore l'écho des instruments et des rires de la fête. Le soleil se lèverait bientôt, et la tribu s'endormirait.

Sana avait attiré Tekka loin du bruit et du mouvement, à l'écart, pour marcher un peu, se vider la tête. Il la soutenait par le coude, et l'entrainait vers la berge, vers l'odeur d'iode et la berceuse des vagues. Elle gardait ses yeux clos, et respirait lentement.

Comment une journée attendue et préparée de si longue date pouvait tourner aussi mal?

Tekka lui jeta un regard de biais et se racla la gorge :

- Tu es déçue... fit-il

- Qui ne le serait pas? répliqua-t-elle

- Dis-toi que tu auras une seconde chance... bientôt.

- Mouais.

Cette concession lui pesait d'autant plus qu'elle n'avait aucune garantie de réussite, la prochaine fois. Elle affronterait le même jeune homme arrogant et n'aurait rien à protéger en se battant...

- Et que d'autres ne passent jamais maitre en quoi que ce soit, ajouta Tekka.

- Si tu parles de ce pauvre Kotko ce n'est pas très gentil...

Kotko était un jeune homme du village qui avait révélé un talent inouï: il ne savait rien faire de ses dix doigts, rien! Tekka sourit.

- Non, je ne parlais pas de ce malheureux manchot, se défendit-il avant de susurrer: Mais tu y fais souvent allusion... un coup de cœur?

Sana hoqueta de surprise puis démentit avec ferveur les insinuations de Tekka.

- Non, vraiment, insista-t-elle, si j'étais intéressée par quelqu'un dans le village, ce ne serait certainement pas Kotko!

Elle réalisa trop tard qu'elle en avait trop dit.

- Ah? donc tu es intéressée par quelqu'un dans le village, conclut le jeune homme.

Sana sentit la chaleur lui monter aux joues et fut reconnaissante de l'obscurité alentour qui cachait son visage au regard scrutateur de Tekka.

Sana regarda le lent ballet des Icebergs sur l'horizon, et le trait de fumée noire du bateau du Seigneur du feu qui s'éloignait dans la lumière fade du matin. C'était un nouveau jour. Elle se souvint des vers d'un vieux poème qui disaient:

«Goûte chaque jour qui nait

Et ta vie qui devait finir toujours,

Pourrait ne finir jamais»

- Goûte le jour, répéta-t-elle dans un souffle.

C'était ça qui avait mal tourné la veille: elle avait tant attendu cette journée qui devait la satisfaire en tous points qu'elle ne l'avait pas goutée. Sa capacité de se réjouir d'un rien s'était nouée d'anticipation et sa colère contre elle-même (car elle s'en voulait de ne pas profiter à fond de chaque seconde de ce jour béni) avait noirci toute la fête.
Et il y avait cet instant avec Tekka, près du nid des pingouins... Où tout était si serein, si «comme-ça-doit-être», si doux, où elle s'était sentie proche de quelqu'un d'une manière unique, comme s'ils partageaient un lien inaltérable, inexplicable.

Et Tekka était assis à côté d'elle, il suivait aussi des yeux le vaisseau d'acier qui filait au milieu des montagnes de glace. Il était là, elle était là, ils partageaient ce silence.

- Je suis peut-être un peu plus qu'intéressée par un jeune homme en particulier, confia-t-elle enfin.

Il se tourna vers elle, la curiosité brillant dans ses yeux couleur de neiges éternelles. Elle se sentit téméraire, et avança son visage vers le sien, et vint poser ses lèvres brunes sur celles, plus pales, du jeune homme.

Elle avait entendu parler d'étincelles, de feux d'artifices qui devaient apparaitre, du frisson chaud qui devait descendre le long de son doc jusqu'à titiller ses orteils, toutes ces choses qui font rêver les jeunes filles de leur premier baiser.

Elle n'eut pas le temps de voir ces choses parce qu'à peine ses lèvres effleurèrent celles de Tekka, le jeune homme se jeta en arrière comme pour éviter de se faire manger par une orque-pieuvre.

Son rejet fit à Sana l'effet d'une douche froide. Non, glacée. Non, pire que ça. Son cœur avait immédiatement atteint le zéro absolu.

- Quoi?! plaida Sana

- Ça va pas, je peux pas embrasser la réincarnation de mon père! s'exclama Tekka

Est-ce qu'il existe plus absolument froid que le zéro absolu?

- C'est vraiment pas contre toi, se sentit-il obligé d'expliquer. Même si t'es un peu comme une sœur pour Kaya... C'est pas ça. Et franchement t'es jolie et sympa et cool et... enfin, t'es la réincarnation de mon père!

Il disait ça comme si elle était une forme malsaine de perversité, l'Interdit ultime. Il avait à présent adopté une distance de sécurité, une sorte de zone de quarantaine au milieu de laquelle Sana tremblait d'humiliation.

- Vas-t-en, pria-t-elle.

Il fit un mouvement étrange, comme pour s'approcher sans prendre le risque de la toucher, et elle y vit un nouvel attentat à sa dignité déjà largement écorchée par le jeune homme au cours des dix dernières minutes.

- Vas-t-en! ordonna-t-elle en lui lançant un regard qu'elle voulait menaçant.

L'effet dut être persuasif parce que Tekka se releva comme un pantin et s'enfuit vers le village.

Et Sana resta seule. «Comme toujours» chanta une voix dans sa tête. «Toujours, toujours seule»...

Elle regarda les vagues noires s'écraser une à une sur les flancs tranchants des glaciers, se récolter lentement pour venir s'écraser encore contre les montagnes blanches ingrates, dans une sorte d'abandon amoureux, avec une espèce de frénésie malade, et dans un rythme langoureux, encore et encore.

Sana était une vague.

Elle s'était éparpillée en milliers de petites gouttes brillantes comme des joyaux, s'était ramassée, rassemblée, et s'était précipitée à nouveau. Mais elle ne retrouvait plus les morceaux. Tekka avait porté le coup fatal en la rejetant.

Sana fit la liste de ses échecs du jour, des évènements inattendus contre lesquels elle était venue s'écraser avec dévouement.

- Je suis une vague, dit-elle, et c'était comme une déclaration faite à l'océan.

Le ciel était d'un blanc un peu laiteux, comme patiné. Le soleil ne parvenait pas à percer. L'eau appelait, susurrait milles choses enivrantes à l'oreille de Sana, lui promettait un bel avenir, un avenir chaud et doux, où elle ne serait plus jamais, jamais seule...

L'eau danse et chante une merveilleuse berceuse, et attire à elle celle qui devrait être son maitre, l'appelle, l'entraîne dans son incessant va et vient, toujours. La jeune maitre veut laisser l'eau salée noyer ses larmes. Le ballet autodestructeur des vagues est en harmonie avec sa respiration, et suit les mêmes pas appris par cœur dès la naissance, et pour combien de temps encore?

Et Sana sans un mouvement, rejoint l'Océan, et devient vague.


AN: Merci beaucoup à ceux qui ont laissé une review pour les précédent chapitre.