Lisez les notes de l'auteur à la fin. (enfin, si ça vous intéresse, hein ^^)


Le Cap

Chapitre 3

Résilience

- Réveille-toi, Sana, réveille-toi...

Elle ferma ses yeux sur l'onde bleue, et les ouvrit. Elle vit rouge. Littéralement. Une main chaude se pressait sur son front.

- Ah, te voilà parmi nous, dit une voix étrangère.

Rien n'avait de forme autour d'elle. Le flou carmin remuait, passait d'un côté à l'autre de Sana, pour reparaître ailleurs, comme un vautour survole longtemps la carcasse du fennec-lièvre avant de se repaître de ses chairs cuites par le soleil.

Pourtant, Sana avait l'intuition qu'elle n'était pas morte, et qu'elle ferait un fennec peu conciliant.

- On n'a jamais vu un maitre de l'eau mourir noyé, répliqua une autre voix.

Des voix d'hommes.

Aucune question claire ne parvenait à se former, tant elles se bousculaient. Où, quoi, comment, pourquoi, formaient une fricassée à la mode des tribu, dont aucun ingrédient n'est plus reconnaissable et qu'on a du mal à digérer.

Sana tenta de distinguer des formes au milieu de tout ce rouge et lorsqu'elle y parvint, elle se redressa de stupeur.

Un visage était penché sur elle, l'air concerné, attentif. Un visage rouge comme le reste de la pièce, d'un côté, et blanc de l'autre. Un visage inoubliable : celui du Seigneur du feu.

- Râh ! cria la jeune femme, à la fois de douleur et de frayeur.

- Reste allongée, conseilla l'homme inconnu derrière elle.

Deux mains se posèrent sur ses épaules et la forcèrent à s'allonger sur ce qui devait être un lit.

- C'est Orzul, notre médecin de bord, expliqua le Seigneur du feu. Tu peux lui faire confiance.

- Comment je- ?

Le médecin chuchota à l'oreille de son Seigneur et sortit. Zuko était assis sur une chaise au chevet du lit, les coudes appuyés sur ses genoux. Il soupira puis acheva pour Sana

- Comment tu t'es retrouvée à bord de mon navire ?

- Oui...

- Nous t'avons repêchée. Maintenant, la vraie question serait « que faisais-tu dans l'eau si loin de la berge à une heure pareille ? »

- Je ne sais pas, répondit Sana avec froideur.

C'était un mensonge : elle savait précisément pourquoi elle avait plongé. Ce qu'elle ignorait, c'était pourquoi elle avait survécu. Elle était si bien, parmi les vagues, perdue dans le bleu, loin des glaciers déchirants dont étaient fait les yeux de Tekka, loin du bruit incessant du village, loin des hommes enfin qui attendaient d'elle, qui la veille n'était que Sana, qu'elle maitrise les forces du monde. Impossible. Trop dur.

- Hé bien c'était stupide, s'exclama Zuko avec colère.

- Quoi ?!

- C'était stupide, de prendre le risque de te noyer ou de mourir gelée ! Je ne veux même pas savoir pourquoi, tiens, surement que ta vie te paraissait trop mal fichue, que tu as pensé que le destin et le monde entier s'étaient ligués contre toi, que les esprits en avaient après toi, peu importe !

Elle ne savait pas s'il la prenait en dérision ou s'il parlait en connaissance de cause.

- Je vais te dire : la dernière fois qu'un Avatar a eu la trouille et s'est enfuit, une race entière a été décimée et le monde a connu cent ans de guerre !

Sana se souvint vaguement avoir parlé à l'Avatar en question, Aang. Mais de quel droit Zuko se permettait-il de lui faire le moindre reproche !?

- À cause de votre nation, répliqua Sana, hargneuse.

- Oui, à cause de ma nation, soupira-t-il.

L'homme lui parut alors fatigué, las.

- J'ai envoyé un message à Katara. Elle sait que tu es avec moi.

- Ne me ramenez pas !

Les mots s'étaient échappé avec qu'elle ait vraiment l'intention de les former. Elle ne voulait pas retourner au pôle sud tout de suite, affronter le regard de Katara... l'indifférence de Tekka.

- Ce n'était pas mon intention, fit Zuko, même si j'ai déjà reçu une quinzaine de messages de ton maitre me demandant- de moins en moins diplomatiquement, je dois dire- de te ramener au plus vite.

Sana lui lança un regard intrigué. Il n'allait pas se mettre la tribu à dos à cause d'elle ?!

- Maiiiis, continua-t-il, s'il y a bien un sujet sur lequel Katara et moi n'avons jamais su nous mettre d'accord, c'était bien l'Avatar.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Il hésita, apparemment soucieux de ne pas mettre en doute les choix de Katara tout en se permettant de les critiquer. Il finit par dire :

- Je n'aurais jamais pu épouser Aang !

Comme Sana ne réagissait pas, il expliqua :

- Katara- heu, Katara a la fâcheuse tendance de vouloir materner tout le monde, de vouloir aider, protéger, dégager le passage, éviter à tout prix les choix difficiles. Dès qu'elle a soupçonné que tu étais l'Avatar, elle a écris à ses anciens amis, les maitres de Aang, pour te trouver un maitre pour chaque élément.

- En quoi c'est une mauvaise chose ? fit Sana

- Ce n'est pas une « mauvaise chose »... mais je pense que ce n'est plus notre place. Il est rare qu'un Avatar maitrise les quatre éléments aussi vite et meure aussi jeune. Il est rare également qu'un Avatar choisisse des maitres de sa génération...

- Vous pensez que je devrais choisir des maitres de ma génération aussi ?

- C'est ce que je crois, oui. Nous avons joué un grand rôle dans le destin de Aang, il est temps pour nous d'accepter que le temps avance... et de passer le flambeau à nos enfants.

Sana resta silencieuse, comprenant le raisonnement du Seigneur du feu. Nouvel Avatar, nouvelle génération, nouvelle approche de la maitrise... logique.

- Je crois que je vais devoir trouver rapidement mes maitres pour apprendre la maitrise les quatre éléments, soupira-t-elle.

Zuko l'observa un instant, muet, puis eut un sourire en coin.

- C'est pour ça que je t'emmène pour quelques semaines dans la Nation du feu.

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La solitude serait son lot. Un fardeau digne d'un Avatar même pas maitre de son élément. Elle sauverait le monde puis irait se faire nonne de l'Air dans l'un des temples abandonnés. Peut-être que Shen viendrait lui rendre visite de temps en temps. Elle pourrait même adopter un lémurien ?

« Bats-toi pour protéger », avait dit son maitre. Pour protéger quoi ? Qui ?

Ce n'est pas en maitrisant qu'elle aurait pu se protéger de ce qui lui avait fait le plus mal dans sa si courte vie. Transformer Tekka en statue de glace à la gloire de Yue ne l'aurait pas fait revenir sur son objection. Ça n'aurait pas dégagé Sana de ce que le destin avait décidé pour elle : elle était l'Avatar.

Youpee !

Sana grogna. L'apparition de Aang aurait quand même pu lui en apprendre un peu plus (elle était en train de se noyer, elle avait tout son temps) ! Avait-il été heureux de découvrir qu'il était l'Avatar ? Avait-il rejeté cet état ? Comment était-il parvenu à l'accepter ? Qui lui avait appris ?

Non, Aang lui avait dit deux choses : « Grouilles-toi d'être un Avatar accompli parce que j'ai pas fait le ménage dans les coins. » et « N'espère pas trop : de tous les Avatars que je connaisse, je suis le seul à ne pas s'être planté. »

Merci, ô tout-puissant Avatar Aang pour ces précieux aperçus de toute l'étendue de ta sagesse.

Sana constata vite que s'en prendre à Aang la détendait.

- Je dois délirer, soupira-t-elle. Je passe mes nerfs sur un malheureux moine chauve et mort...

Elle l'accusait de ses échecs, de son destin, de sa noyade manquée, de son séjour forcé auprès du Fire Lord et du rejet cuisant de Tekka. Sa plaidoirie était convaincante, et elle le jugeait coupable à l'unanimité. Mais elle dut se rendre à l'évidence : il n'y avait aucune condamnation possible, et elle était seule. Une voix s'élevait dans sa tête :

Tu es seule responsable de ce que tu fais de ta vie, jeune fille.

Seule à pouvoir réagir.

Une larme, solitaire elle aussi, glissa lentement le long de la joue tannée et vint s'écraser sur les draps écarlates.

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La porte s'entrouvrit silencieusement, et une main apparut sur le côté du panneau, une main blanche comme les neiges du pôle.

Un visage ensuite, pâle comme la lune, entouré de longs cheveux noirs comme la nuit, se glissa dans l'embrasure et jeta un regard intrigué à la jeune fille étalée sur le lit.

La jeune fille fixait la porte sans la voir depuis quelques heures, aussi remarqua-t-elle ce soudain changement de décor. On ne la laisserait donc pas se noyer dans le rouge non plus ?! Elle ne fit aucun geste pour signaler à l'intrus qu'elle s'était aperçue de sa présence.

- Sana ? demanda-t-il.

Elle demeura silencieuse. Il y vit sans doute une invitation à pénétrer plus avant dans la pièce.

- Tu vas mieux ? interrogea-t-il

Dans quel monde étrange était-elle tombée ? Quelle était cette dimension où les rois et les princes venaient perdre leur temps au chevet d'une petite maitre de l'eau ?

Eizon prit le siège quitté plus tôt par son père et posa ses bras croisés sur le matelas et se pencha en avant jusqu'à y appuyer sa tête. Il regardait aussi dans le vague, dans les lambris de cerisier, dans les dais cramoisis.

Sana se détourna.

- C'était vraiment stupide, ce que t'as fait, dit-il enfin, en se redressant.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, rétorqua-t-elle.

- Si, tu sais très bien, répondit-il, étrangement calme.

Sana commençait vraiment à penser que le tempérament enflammé des maitres du feu s'était éteint avec la guerre, ou qu'il s'agissait d'une légende des tribus.

- Pourquoi t'as fait ça ? demanda-t-il

- Ça ne te regarde pas, siffla-t-elle.

- Tu vois, t'avais aucune raison de chercher à te noyer !

- Arrête de me juger, Ta Majesté, ou je t'avatare la tête.

Il sembla mesurer la menace, puis la balaya d'un revers de main.

- Mon père dit qu'on n'est pas vraiment soi quand on tait son opinion sous la menace.

- Dans ce cas tu demanderas à ton père pourquoi je me suis jetée à l'eau.

Elle sentit le regard inquisiteur du jeune homme. Elle se décida à lui faire face. Les flammes des bougies dansèrent, brillèrent plus fort un instant.

Eizon ne détourna pas ses yeux d'or, mais il n'insista pas.

Sana lâcha prise.

- Je- je peux pas te dire les raisons... seulement que j'ai regardé les vagues et qu'à ce moment là, j'ai eu envie de disparaitre... de couler avec elles.

- De mourir ?

- Oui, de mourir.

Une minute plus tôt, Sana se sentait franchement seule et nulle. Maintenant, en plus, elle se sentait stupide, grâce à Eizon.

- On ne peut pas refuser de vivre. Les esprits nous accordent un temps, et il est déjà si court...

- C'est aussi ton père qui dit ça ? coupa-t-elle

Elle sentit qu'elle avait assez joué avec sa patience quand il s'écarta, poings serrés et yeux fermés, et tentant de respirer le plus profondément possible. Les bougies flambèrent avant de s'éteindre, subitement.

Okay, donc le caractère brulant des maitres du feu n'était pas une légende...

- Désolée, pria-t-elle.

- Non, répondit-il froidement, tu n'es pas désolée parce que tu n'as même pas conscience de la valeur de ta vie, ou de la vie des autres...

- C'est faux ! se défendit-elle.

- Quand tu réagis comme ça, tu as tout d'une gamine irresponsable, j'arrive même pas à croire que tu sois l'Avatar !

- Mais je suis une gamine irresponsable ! s'exclama Sana.

Eizon la regarda comme une créature étrange. Lui se démenait pour être très sage, très mature, très adulte... et elle criait haut et fort qu'elle était une gamine.

- Je suis une gamine, ban sang ! Je n'ai pas passé l'examen, je ne suis pas adulte aux yeux de ma tribu, et je ne le suis pas plus à mes yeux. Je-

Il soupira. Elle se tut.

- Okay, gamine, fit-il. Tu peux nous faire ta crise d'adolescence tardive. Mais plus de plongeons nocturnes ?

Eizon s'était relevé. Elle le retint par la manche.

- Techniquement, c'était plutôt un plongeon matinal, charria-t-elle avant de souffler : Promis, je ne recommencerai plus... si tu me dis pourquoi tu es venu me faire la morale.

Il se retourna et la jaugea des yeux. Sana avait décidé de ne pas lever les armes contre Eizon, après tout, il n'y était pour rien. Elle continuerait de s'en prendre à Aang dans ses délires solitaires et silencieux, il faisait un bien meilleur coupable. Eizon était simplement trop... trop droit pour mériter un tel traitement.

- Si j'étais une sale gamine avec un sale caractère, commença-t-il.

- Une sale gamine de l'eau qui n'a pas son brevet de maitre, corrigea Sana.

- Une sale gamine des tribus qui a un brevet de sale caractère, avec mention spéciale « coupure de parole », sourit Eizon, je te répondrais que « ça ne te regarde pas »...

Il avait pris une petite voix boudeuse pour dire les cinq derniers mots.

- C'est moi que tu imites, là ? s'offusqua l'autoproclamée gamine.

- Mais je pense être un jeune homme mature-

Son ton exagérément orgueilleux ne trompait pas la jeune Avatar : il lui en coutait de se qualifier ainsi, de se livrer à son jugement. Au fond, le Prince était plutôt timide.

- Avec un fichu tempérament de maitre du feu, précisa-t-elle.

- Et tu n'as encore rien vu, approuva-t-il. Bref, je vais être sincère avec toi.

Il laissa passer un silence que Sana trouva aussi irritant qu'approprié à la tension dramatique de la conversation.

- La raison qui m'a poussé à venir te tirer un peu les oreilles nous attend au palais.

AN: Merci à Zell et Krestel Faeran pour leurs encouragements. J'ai hésité à me lancer dans l'écriture d'OC, mais j'avais fait le tour de ce que je pouvais faire en post-serie avec Retours. Enfin, Nos héros préférés apparaitront régulièrement puisque ce sont leurs enfants qu'on va suivre dans cette fic.

Je n'ai encore aucune idée de l'ampleur qu'elle prendra, vraiment. J'ai déjà quelques idées mais... chut! Je ne pense cependant pas atteindre les 100.000 mot de Retours.

Au niveau de la fréquence des mise-à-jours: j'ai un programme scolaire très chargé donc je ne peux rien promettre. Le deal serait que je poste des chapitres beaucoup plus courts, plus fréquents... J'essaierai.