Chapitre 5

Cage (partie 1)


Honte au premier barreau
Honte à celui qui l'a scellé
Pour en faire le cachot
Où on a enfermé l'homme...

L'homme qui ne voit plus l'oiseau
Que dans le ciel découpé en morceaux...

(M. FUGAIN)


Face à elle, un mur ; derrière elle, un mur ; à sa droite, un mur et à sa gauche, oh changement ! une porte de métal sombre au milieu d'un mur. Les parois de la cellule étaient grises et sales, constituées de pierres froides, ponctuées ça et là de graffitis ou de messages gravés, creusés probablement par les précédents habitants du lieu à l'aide de leurs seuls ongles.

L'une des phrases grattées dans la pierre, ressortait plus que les autres, plus récente ou creusée plus profondément, disait : « J'ai vu la paix ». L'éclat blanc, fantomatique des signes dans la lumière terne était étrange, presque envoûtant.

Sana soupira.

La porte de fer s'ouvrit, révélant trois personnes en armure. L'un d'eux produit un son guttural, indéchiffrable, et les autres opinèrent du chef. Ils n'avaient pas les traits assez typés pour qu'on puisse les associer de manière sûre à une nation, à une maitrise.

Eux semblaient savoir qu'aucun de leur prisonnier n'était un maitre de la terre.

Ils prirent place aux coins de la cellule, et ordonnèrent à leurs prisonniers de se lever. Sana obtempéra, se redressa, les jambes faibles. Tekka grogna et suivit son mouvement, massant son épaule crampée. Eizon ne réagit pas.

Avant que Sana pût faire un geste pour le réveiller, un des soldats avait lancé sa jambe vers lui, plantant violemment son pied dans le ventre du Prince. Un cri de douleur, semblable à un pleur de fauve, échappa au jeune corps recroquevillé.

- Lève-toi, faignasse !

Aidé de Sana, Eizon parvint à se redresser. Les trois adolescents étaient réunis au centre de la pièce, effrayés malgré eux par l'air menaçant de leurs détenteurs.

- Lequel de vous est l'Avatar ? interrogea l'un des soldats, un homme sans doute, à en juger par sa stature.

- L'Avatar ? s'esclaffa Tekka. Jamais entendu parler. Je croyais que c'était une légende !

- Ne jouez pas au plus malin avec nous, nous avons les moyens de savoir si vous mentez, répondit un autre soldat.

Sana supposa qu'au moins l'un d'eux était un puissant maitre de la terre, comme maitre Toph.

- Okay, c'est moi l'Avatar, tenta Eizon d'un air sûr. Vous pouvez libérer mes amis.

L'idée aurait pu être incroyablement bonne si elle n'avait pas été si stupide. Tekka roula les yeux avant même que les soldats ne rétorquent :

- Bien essayé, Prince, mais l'Avatar s'est réincarné dans la tribu de l'eau après votre naissance.

- Nous sommes plus que renseignés : l'Avatar a atteint il y a peu l'âge de 16ans et acquis une grande maitrise de l'eau.

- Donc, conclut celui qui était le plus proche de la porte, souvenez-vous que nous savons si vous mentez.

- Toi, es-tu un maitre de l'eau ? désigna le plus grand des gardes, qui était face à Sana.

Sana et les garçons échangèrent un regard.

- Je ne suis pas un Maitre, répondit-elle en toute honnêteté.

Celui qui l'avait interrogée se tourna vers le plus petit des trois soldats. Ce dernier hocha la tête.

- Alors c'est toi ? supposa un homme en pointant le jeune maitre de l'air.

- Je ne suis pas un maitre de l'eau, déclara Tekka.

Le Détecteur de mensonge répéta son geste. Les deux autres hoquetèrent :

- Impossible, c'est l'un d'eux !

- Patience, répondit le petit, ils se révèleront bien assez tôt.

Il inspira puis expira bruyamment, avant de lancer d'un ton d'avertissement :

- Vous êtes dans une prison inviolable et nous sommes nombreux. Inutile de tenter la moindre évasion.

Sur ces mots, les trois soldats quittèrent la petite cellule et fermèrent avec fracas la porte de métal.

Un soupir de soulagement aurait dû s'échapper des lèvres des trois adolescents enfin seuls. Mais il n'y avait aucun soulagement à tirer de la situation.
Tekka s'effondra contre le mur, la tête dans les mains ; Eizon fit un mouvement pour aller s'asseoir dans le coin opposé, mais un lancement douloureux dans ses côtes lui rappela avec quel ménagement le soldat l'avait réveillé ; Sana lui offrit une main tremblante pour l'aider et il l'ignora. La jeune Avatar resta longtemps figée, debout, au milieu de la petite cellule sombre, les bras ballants. Mais les yeux secs et déterminés.

- Quand ils reviendront, je me dénoncerai, dit-elle après un long silence. Et vous pourrez partir.

Les deux garçons levèrent vers elle leur visage incrédule et un même son fit écho aux paroles de Sana :

- NON !

- Vos parents doivent être tellement inquiets ! argumenta Sana.

- Ils ne nous libèreront pas, grogna Tekka, rationnel. Tout ce qu'on peut faire, c'est cacher ce qu'on sait aussi longtemps que possible, essayer d'apprendre ce qu'ils ont derrière la tête, et espérer qu'on vienne à notre aide.

- Ça me fait mal de l'admettre, ajouta Eizon, mais le maitre de l'air a raison.

- Mais si personne ne vient nous sortir de là ? s'enquit la jeune femme.

- Alors on devra se débrouiller seuls, répondit le prince d'une voix étrangement calme.

- Et dis-nous comment tu comptes t'y prendre, Flammèche ?

- J'en sais rien ! soupira Eizon. Tu pourrais pas souffler cette porte hors de ses gonds ?!

- Pas sans vous éclater tous les deux contre les murs, répliqua Tekka en observant la dite porte. S'il n'y avait que toi...

Sana qui s'était un peu redressée n'écouta pas l'affrontement verbal de ses deux amis. Elle laissa retomber ses épaules, et alla s'affaler sur la paillasse dure. Elle se tourna face au mur, les yeux piquants de larmes refoulées. Voyant son visage défait, les deux garçons cessèrent de se chamailler comme des gamins et le silence reprit ses droits.

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La porte s'ouvrit violemment, et un corps fut projeté à l'intérieur de la cellule. Il atterrit à plat ventre sur les dalles.

- Tiens, et tu réfléchiras à deux fois avant de nous narguer ! aboya le soldat avant de claquer la porte.

Sana s'avança à quatre patte jusqu'au corps meurtri d'Eizon.

- Oh ! mais qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?

- Rien, ça va, grinça-t-il avant de cracher du sang.

- Tekka, ou est la bassine !? demanda Sana.

Pour toute réponse, elle reçut ledit contenant encore à moitié rempli d'eau. Elle déchira le bas de sa tunique et s'en servit pour éponger le sang sur le visage pâle d'Eizon. Plus que jamais elle regretta de ne pas avoir le pouvoir de guérir. Si Katara avait été là, les douleurs de son amis seraient déjà oubliées. Il avait l'arcade sourcilière gauche et la lèvre inférieure gonflées et bleues, mais les tissus guériraient vite. Ce qui fit gémir la maitre de l'eau, ce fut de constater la grosse coupure en travers du nez du prince.

- Ouais, il est cassé, grogna-t-il.

- Fais voir, demanda Tekka en s'approchant.

Sana s'écarta et le maitre de l'air jeta un œil critique sur l'état d'Eizon. Il tâta la coupure avec son pouce et soupira.

- Il faut au moins le redresser, sinon tu ne pourras plus respirer correctement.

- Et tu sais faire ça ?

- Ouais... C'est mon oncle qui m'a appris quand on a été chasser le phoque avec cet imbécile de Korba et...

- Tu as besoin de quelque-chose, l'interrompit Sana.

- Ouais, fit Tekka, mets-lui ton torchon entre les dents parce qu'il risque de ne pas aimer.

La maitre de l'eau obtempéra, mais était inquiète du ton cynique du fils de Katara. Le maitre de l'air prit place, empoigna les deux côté du visage du prince et...

Sana avait détourné les yeux, mais entendit distinctement le craquement douloureux et le gémissement étouffé d'Eizon.

- Je vais retirer le tissus, avertit Tekka, t'as pas intérêt à me mordre !

La maitre de l'eau observa silencieusement l'étrange interaction entre les deux garçons. Une vague de soulagement l'envahit : dans le besoin, ils étaient capables de se respecter et même de s'entre-aider sans se plaindre, sans grimacer.

- Ah voilà, ponctua le maitre de l'air en effaçant toutes trace de sang de ses mains, maintenant tu as l'air d'un homme !

- Je d'ebberde, rétorqua son « patient ».

Sana rit de bon cœur.

Tout n'est pas perdu, songea-t-elle, on va se sortir de là. Et ce sera grâce au pouvoir de l'amitié, auquel tu as su croire, Aang.


AN: Je suis désolée d'avoir mis un mois pour éditer ce chapitre, mais... le temps et l'inspiration m'ont un peu manqué. Heureusement, c'est plus ou moins les vacances maintenant et je devrais pouvoir finir le chapitre 5 d'ici la fin des vacances. Je dois encore réfléchir certains aspects du scénario pour m'assurer que tout est cohérent... enfin.

J'espère que ce chapitre, si court soit-il, ne vous a pas déçu. Toutes critique constructive ou démonstrations d'anthousiasme sont les bienvenues, donc n'hésitez pas à poster une review.

Je remercie Zell, KeArrow, Schismatik et Fanatii'k-Kawaii pour leur commentaires sur le dernier chapitre.