AN: désolée pour la longue attente

Chapitre 5 (partie 3)


Elle reprit connaissance sur la paillasse dure de la cellule. Ses yeux mettaient du temps à s'ouvrir, à s'adapter à la lumière et à focaliser. Les visages de Tekka et Eizon restaient flous, mais elle savait qu'ils étaient là. Elle laissa ses paupières lourdes retomber.

Elle fut envahie par des images d'une violence indescriptible, aux contours troubles mais aux couleurs aveuglantes.

Défends-toi, Avatar Sana !

Ses vies antérieures lui avaient prêté leurs pouvoirs pour se sortir de ce piège, pour empêcher cet homme de l'atteindre, de lui faire du mal. Ou c'est la souffrance qui avait réveillé l'Avatar en elle ? Elle n'en savait rien. Son corps était encore si mou, si engourdi, qu'elle ne parvenait pas à ressentir la douleur- si douleur il y avait.

Mais tandis que les images se succédaient en rafale, comme une pluie diluvienne se déversant sur son esprit, emportant tout sur son passage, Sana ne saisissait qu'un élément, photographié par sa mémoire, ou par un lieu plus profond dans l'inconscient, dans cette partie d'elle qui restait active et présente quand ses précédentes incarnations prenaient le contrôle, cette part d'elle savait ce que l'intervention- probablement salvatrice- de l'Avatar avait eu comme conséquence :

Elle était démasquée et...

Elle avait éliminé le soldat. Le maitre du feu qui avait gagné à la courte paille le privilège de procéder à l'interrogatoire. Puono.

Sans cesse elle affrontait les flashs, reflets exacerbés de la scène, de ce corps comme implosé, vidé de l'intérieur, et le sang... tellement de sang- seulement cinq litres, pourtant, mais assez pour maculer les murs, et former sur le sol une flaque d'un rouge écœurant.

Elle avait perdu le contrôle.

- Sana ? Réveille-toi, Sana...

Leurs voix la rappelaient à la réalité présente, à l'urgence de l'évasion. Parce que maintenant qu'elle s'était révélée, ils n'avaient probablement plus besoin de les garder prisonniers. Qu'allaient-ils faire de Tekka et Eizon ? Qu'allaient-ils faire d'elle ?

Elle se redressa dans un soudain accès de panique, et se heurta le front à quelque-chose... ou quelqu'un. La mâchoire de quelqu'un, à en juger par la solidité de l'obstacle et par le grognement de douleur qui suivit de peu l'impact.

- Ouch !

- Je t'avais dit de pas tant t'approcher, elle a toujours eu le réveil violent. Tu mets moins ta vie en danger en partant pieds nus chasser le yack-morse qu'en te portant volontaire pour réveiller Sana.

La victime du coup-de-boule fut identifiée, et l'auteur des sarcasmes également.

- Désolée, Eizon !

Le prince du Feu fit un geste vague, sa manière « royale » d'accepter des excuses qu'il n'estimait pas nécessaires. Sana se massa le front un instant, avant de se rappeler ce qui l'avait fait sursauter :

- Ils savent qui je suis ! s'exclama-t-elle. Je suis désolée ! Je ne voulais pas leur dire mais ils- il-... et maintenant ils vont vous tuer !

Eizon la fixait du regard, patient, attendant qu'elle formule son angoisse, avec cette attitude de grand frère que Sana aurait plutôt attendue de Tekka. Le maitre de l'air, cependant, avait détourné les yeux.

Sana inspira une profonde bouffée d'air pour se calmer, ou pour oxygéner un peu son cerveau engourdi et brouillé, ou par un effort absurde pour se retenir de pleurer.

Elle ferma les yeux, tentant de visualiser son esprit comme une grande commode dans laquelle tout était mélangé ; elle se figura en amoureuse du rangement comme Kaya, et entreprit de mettre un peu d'ordre dans ses idées. Chaque chose à sa place, chaque drame dans sa boîte. Ce n'était pas simple, il y avait du sang partout, et une lumière intense...

- Puono, je l'ai tué, dit enfin la jeune Avatar.

Eizon ne parut pas surpris. Mais il hocha la tête, pour l'encourager à continuer à vider son sac- ou à ranger ses boîtes.

- Enfin, je crois que je l'ai tué. C'était moi et ce n'était pas moi... Je ne sais plus ! Il allait- Il allait- Puis j'ai perdu le contrôle et je ne me souviens plus de ce qui s'est passé... Je ne sais plus. Je ne sais même pas si il m'a, tu sais, touchée.

Le maitre du feu se mordit la lèvre avant de prendre la parole.

- Quand ils t'ont ramenée, tu étais inconsciente. Le grand baraqué était plutôt en colère- et comme nous avions entendu pas mal de bruit et ressenti une sorte de tremblement de terre, Tekka se doutait un peu de ce qui s'était passé là-bas...

En entendant son nom prononcé, le jeune homme relava un instant la tête, puis reprit sa position initiale et commença à compléter le récit d'Eizon.

- J'ai vu mon père faire ses trucs d'Avatar une ou deux fois. C'était la même lumière à péter la rétine qui se dégageait de lui ; ça me fichait une trouille pas croyable.

- Le petit, celui qui sait quand on ment, avait l'air plutôt satisfait...

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Le petit soldat siffla entre ses dents pour calmer la litanie enragée de son collègue, puis posa sur les deux garçons un regard hautain et satisfait.

- Votre petite amie s'est ... révélée lors de son interrogatoire.

Il claqua des doigts et pointa l'intérieur de la cellule à d'autres gardes qui portaient une Sana inconsciente, couverte de sang et de ce qui devait être du vomi. Ils la propulsèrent sans ménagement à l'intérieur de la pièce, et Tekka la réceptionna par les aisselles.

Les yeux bleus glacier foudroyèrent les gardes.

Eizon fit face au « Détecteur-de-salades », comme Tekka l'appelait, et lança

- Qu'est-ce que vous allez faire de nous, maintenant ? Nous tuer ? Demander une rançon pour nos têtes ?

Le soldat croisa les bras et ricana.

- On peut appeler ça comme ça... Mais ce que le monde considèrera comme un odieux chantage sera, disons, un échange de bons services.

- Nous allons proposer à vot' cher papa un contrat dont les closes garantissent avant tout le bien-être des Exilés, ajouta l'un des gardes qui portait un chignon ridicule sur le sommet de son crane.

Eizon comprenait suffisamment les manèges politiques pour savoir le poids d'une telle prise d'otages : l'Avatar, un proche du Chef de la Tribu de l'Eau du pôle Sud, et le prince du Feu... Belle prise. Ce qu'il ignorait, c'était exactement CE que ces « Exilés » espéraient gagner. Du pouvoir ? de l'argent ? la libération de prisonniers ? une vengeance sanglante ?

- Mais nous vous en avons déjà trop dit, Prince Eizon. Et votre chère Avatar nous a laissé avec, comment formuler ça élégamment ?

- Un beau merdier ? suggéra le grand balaise.

- Exactement. Je compte sur vos bons soins pour la maintenir en vie- Nous n'avons pas l'utilité d'un Avatar mort !

Les quatre hommes quittèrent la cellule et ses habitants.

Tekka avait allongé Sana sur la paillasse, et épongeait son visage gentiment. Depuis sa position au centre de la pièce, Eizon remarqua un détail qui ne l'avait pas frappé avant : ses tortionnaires avaient eu le temps de lui arracher ses bottes et d'endommager une partie de ses vêtements avant qu'elle ne puisse se défendre.

Le prince espéra qu'ils n'avaient rien fait de plus.

Il ôta sa tunique - écarlate quelques jours plus tôt, d'un brun douteux à présent- et en entoura les jambes nues de la jeune fille.

Son visage avait pris la teinte d'origine de l'habit.

- Alors, ils ne vont pas nous tuer ? interrogea Tekka.

- Non. Je crois qu'ils ont un objectif moins direct, ils ont un but politique, même si je ne saisis pas encore toutes les ficelles de leur plan.

Silence.

Sana qui grogne dans son sommeil.

Nouveau silence, long, pesant. Tekka se triture les phalanges nerveusement, il éponge encore Sana, à l'excès- il n'y a plus trace de sa mésaventure sur son visage et ses bras. Il n'épongera pas plus bas !

- J'aurais dû l'encourager à se dénoncer... soupira finalement le maitre de l'air.

- Oui. Mais je ne suis vraiment pas convaincu qu'ils se seraient privés pour autant.

- Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? grogna Tekka.

- Ne m'oblige pas à te faire un dessin ! Ce sont de sales types avec des faces dont même Koh ne voudrait pas, et il se trouve qu'ils détiennent prisonnière une jeune fille-

- Ouais, ça va, j'ai compris !

Eizon soupira.

- Et maintenant, quoi ? fit Tekka, et ce n'était pas vraiment une question adressée à son compagnon ; la soupape entre son cerveau et sa bouche, qui retenait une bonne partie de ses pensées et des âneries qu'il aurait pu dire, semblait avoir lâché.

Et maintenant, quoi ? était la seule phrase complète qu'il parvenait à former.

Le prince ne répondit donc pas, mais réfléchit de son côté, remerciant Agni de lui avoir prodigué un cerveau actif en temps de crise.

Il pensa à l'un de ses ancêtres dont on racontait qu'il devenait bègue sous pression. Absurde.

Eizon secoua la tête : il y avait bien plus urgent que les anecdotes généalogiques ! Premier sujet à l'ordre du jour : comment s'évader de cette maudite prison !?

Le prince passa rapidement en revue toutes les options qu'ils avaient envisagées et abandonnées de suite (irréalisable, trop d'inconnues, impossible, risque de mort trop élévé- non Tekka, sortir d'une prison les pieds devant n'est pas considéré comme une évasion réussie !).

Sana s'était même mis en tête, un instant, d'apprendre la maitrise de la terre toute seule, car il semblait bien que seul un maitre de la terre pût s'évader de cette forteresse souterraine. Mais sa tentative autodidacte s'était révélée... infructueuse.

Parlant de fruits, la faim le tenaillait depuis plusieurs heures. Quand avait-il mangé la dernière fois ? C'était une banane écrasée et une demi mangue- partagée avec Sana...

- Ata ! s'exclama-t-il

- Mais j'ai rien dit ! se défendit Tekka.

- Non, Ata, ta copine cuisinière ! Tu crois qu'on peut compter sur elle ?

Tekka hésita. Il fit une drôle de tête un peu rêveuse, et un peu ridicule, en repensant à son escapade de la veille.

- Je crois. Peut-être qu'elle a besoin de temps pour régler les détails, j'imagine que ses mouvements ne sont pas entièrement libres non plus... Peut-être qu'elle cherche de l'aide.

- On lui fait confiance, donc ?

- Donnons-lui trois jours pour se manifester, négocia le maitre de l'air. On pourra toujours réfléchir à d'autres moyens en attendant, mais elle semble notre meilleure solution, pour l'heure.

Le prince acquiesça.

Un peu plus tard, les deux jeunes hommes convinrent que la seconde priorité était de prendre un peu de repos, sans quoi ils ne parviendraient plus à rien et seraient encore plus incapables de défendre Sana.

Sana...

Tandis que Tekka dormait, un coin de la paillasse lui servant d'oreille, Eizon s'approcha de la jeune maitre de l'eau.

Il avait une dette envers elle, une dette d'honneur- et l'honneur était une chose qu'on traitait avec le plus grand sérieux dans sa famille : il était conscient du sacrifice qu'elle était prête à faire pour l'épargner, et il se montrerait digne de son courage. Si nécessaire, il mourrait pour la sauver. Il se le jurait en silence, en posant sa tête sur un bord du lit, pour trouver un peu de chaleur et de confort.

Il mourrait pour elle.

Et comme il se répétait ce mantra, il réalisait de plus en plus qu'on ne prononce pas de tels vœux par « honneur »...

--

Tandis que les garçons lui faisaient le récit des événements qui avaient eu lieu lorsqu'elle était inconsciente, sentant bien qu'ils taisaient leur inquiétude pour elle et ce qu'on lui avait peut-être fait, et leur peur de ne pas survivre à cette aventure ; mais elle comprenait chaque non-dit. Et dans les silences plus lourds, elle croyait entendre d'autres mots, dont elle ne saisissait pas complètement le sens.

Elle avait approuvé le plan « Ata à retardement ». Il ne restait plus qu'à attendre... Rien de plus pénible que l'attente, rien de plus angoissant que de se demander quand elle paraitra pour les aider, SI elle paraitra.

Sana regarda ses deux amis endormis. Ils parvenaient à trouver le sommeil, étrangement. Ils étaient pourtant dans la même situation inextricable, quel repos pouvaient-ils trouver ? Comment réduisaient-ils leur frayeur au silence ?

Faisaient-ils face à des frayeurs plus faciles à étouffer ? Les démons de Sana étaient extrêmement bruyants, et prenaient un malin plaisir à mettre le chambard dans ses idées en hurlant.

Elle était tiraillée entre les cris torturés de ce qu'elle savait, et le silence glacé de ce qu'elle ignorait.

Quand résonnèrent les ronflements de Tekka, faisant trembler ses narines, et que le visage d'Eizon se détendit complètement, enfin libéré de ce froncement qui semblait gravé dans ses traits ; elle fut certaine que ses compagnons dormaient profondément. Silencieusement, avec appréhension, elle souleva la tunique qui couvrait ses jambes. Elle ne ressentait aucune douleur- physiquement, mais elle devait vérifier.

Dans l'obscurité, elle ne remarqua rien d'anormal : pas de traces de sang sur ses cuisses, ses sous-vêtements n'étaient pas même déchirés. S'effondrant sur la paillasse, recroquevillée en position fœtale, elle se mit à sangloter. Et immédiatement après, elle jura entre ses dents « Pourquoi je pleure, moi !? J'ai pas cinq ans enfin ! »

- De soulagement, sans doute... suggéra un murmure près d'elle.

Elle sursauta de surprise.

- Tu m'as fait peur, Eizon !

- Désolé... chuchota-t-il.

- Tu étais réveillé ? demanda Sana timidement, espérant une réponse négative.

- J'ai le sommeil léger quand je ne me sens pas à l'aise, répondit-il, éludant le sujet sensible. Mon père est pareil : s'il ne se sent pas en sécurité ou qu'il s'inquiète, il ne dort pas. Je crois qu'il n'a pas eu une nuit de sommeil complète depuis que ma mère...

Toute évocation de Lady Mai rendait le prince muet.

- Il a pris un rythme de maitre de l'eau, alors ! plaisanta inutilement la jeune femme

Sana tenta de ramener la conversation à un autre sujet, et malheureusement, elle n'avait qu'une chose en tête à l'instant.

- Je crois qu'il ne m'a rien fait... je l'ai tué avant qu'il me fasse du mal.

Les yeux d'or brillaient dans le noir, comme ceux d'un félin.

- Tu aurais eu moins de remords s'il t'avait touchée ?

Un instant elle trouva la question odieuse. Puis elle sentit comme une boule de feu glisser dans sa gorge.

- Dans la tribu de l'eau, on ne punit pas un homme pour un crime qu'il n'a pas commis, chuchota-t-elle en réponse.

Elle serrait ses genoux contre son buste avec tellement de force qu'elle en avait mal. Le prince se redressa et pris place à côté d'elle sur la paillasse. Elle leva les yeux vers lui, et essaya de distinguer ses traits dans la pénombre.

- C'était pas toi ; c'était l'Avatar.

- Mais je suis l'Avatar, 'Zon, je ne peux pas y échapper.

Un grognement provint du maitre de l'air supposé endormi :

- Na, mon père non plus n'pouvait pas y échapper. Et sans ma mère, il ne resterait pas plus de Maitre des sables que de...

- Maitres de l'Air ? acheva Eizon.

- Ouais, admit Tekka en se redressant pour s'asseoir à côté de Sana, à l'opposée du maitre du feu.

Sana avait l'impression de voir plus clairement son visage- ou connaissait-elle ses traits au point de les voir dans le noir ?

Le gars des tribus hésita.

- Tu sais, Sana, être l'Avatar, ça fait de toi la réincarnation de tous les Avatars qui ont vécu avant toi. Et parmi eux...

- Y'a ton père, oui, je sais, grinça la jeune femme malgré elle.

Tekka sembla un instant pris au dépourvu, il leva les yeux vers Eizon espérant trouver du soutien du côté de l'autre garçon- ne le trouva pas, puis revint à Sana.

- Mon père, ouais. Je sais qu'il partageait une connexion particulière avec l'Avatar précédant, -il pouvait en méditant entrer en contact avec le dernier cycle complet, mais c'est surtout en Roku qu'il trouvait les conseils et la sagesse dont il manquait.

- Qu'est-ce que tu essaie de dire, Tekka, s'impatienta Sana.

- Je crois... que si l'esprit de l'Avatar, et donc mon pacifiste de moine de père, sont intervenus, c'est que ça en valait la peine. Ils ont estimé que la vie d'un type avec assez peu d'honneur pour envisager de faire ça méritait d'être sacrifiée.

- Mais il ne m'aurait pas tuée ! fit le jeune maitre de l'eau.

- Il aurait fait pire ou presque, souffla Eizon, un ton plus bas pour calmer son amie. Les victimes de viol ne s'en remettent jamais vraiment, et la Nation du Feu paie chaque année des sommes colossales pour dédommager les victimes de certains de ses soldats- ces femmes sont brisées et rien ne peut réparer ça, mais on essaie d'aider.

- Les précédents Avatars ont dû prendre des mesures radicales pour te préserver, pour préserver ton esprit, compléta Tekka.

Sana secoua la tête pour regarder tour à tour ses deux amis, et s'exclama

- Vous êtes super... Je ne sais pas ce que je ferais sans vous !

- Tu aurais la paillasse pour toi toute seule, répondit Eizon en riant.

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Le lendemain, Ata ne donna aucun signe de vie. Aucun des gardes ne vint les narguer ou les menacer.

Le surlendemain, pas un garde ne passa de la journée. Tekka s'énervait, et n'avait qu'un prénom à la bouche- pour la plus grande irritation de Sana.

Ce n'est que dans la soirée qu'un soldat leur apporta un plateau avec du pain et de la soupe- de la vraie soupe, pas la mixture tiède et insipide qu'on leur avait donnée à manger les jours précédents.

- De la soupe ! s'exclama le maitre de l'air. Je n'ai pas eu un repas aussi complet depuis... depuis combien de temps on est là ?

- Dix-huit jours, répondit Eizon. Dix d'ennui et huit de calvaire.

- En fait, vous êtres détenus ici depuis vingt-trois jours, fit le garde. Vous étiez drogués pour le transport et vous êtes restés comateux pendant quelques jours.

- Merci pour l'info, dit Sana.

Ce garde était étrangement civilisé.

- Pourquoi tu nous parle ? interrogea le Prince du Feu, méfiant.

- Ata, chuchota le garde.

Les trois prisonniers hochèrent la tête et prêtèrent la plus grande attention à ce qui suivit :

- Je suis Maahro, maitre de la terre. Je viendrai demain à midi- tu sais lire l'heure, maitre du feu ? On va vous sortir d'ici et je vous expliquerai tout.

Sur ce, il fila en vitesse, laissant les trois amis. Il avait ravivé l'espoir dans la cellule.

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Le lendemain, à l'heure dite, Maahro ouvrait la porte et offrait aux trois amis un sourire goguenard.

- Prêt ? demanda-t-il inutilement car il n'attendit pas leur réponse pour tendre à chacun d'eux un uniforme noir et une cagoule.

Sur l'avant des tuniques était brodé des caractères étranges.

- Dans quelle langue c'est écrit ? interrogea Sana

- Ce sont les Nouveaux Idéogrammes- c'est notre langue, mais c'est une autre écriture. Je vous expliquerai quand nous serons dehors. Sana, si on t'interroge, tu es Ukna, une Novice. Eizon, tu es Neiriu, un Initié, et heuu Tokke, tu es Klop.

- Je n'ai pas de grade ? s'étonna le maitre de l'air, avec l'attitude d'un grand acteur se préparant à entrer dans son personnage.

- Tu es Ignorant.

- Beuh... Je peux pas être Initié aussi ?

- Impossible, vos grades sont inscrits sur vos uniformes. Je vais vous guider jusqu'aux cuisines, là on se séparera. Je poursuivrai avec Sana et Eizon pendant qu'Ata créera une diversion et conduira Tukka à la sortie.

Le maitre de l'air au nom systématiquement écorché par leur aspirant sauveur afficha une expression entre la haine réprimée et le sourire béat à l'idée d'un tête à tête avec la petite cuisinière aux yeux verts. Sana roula les yeux et entreprit d'enfiler son déguisement. Les garçons firent de même.

Une fois paré, ils quittèrent discrètement la cellule, en ligne, comme Maarho leur avait indiqué.

La jeune Avatar avançait d'un pas rythmé, joyeux, et presque convaincue d'être déjà dehors. Mais Eizon, devant elle, semblait moins enthousiaste et moins confiant dans leurs chances de réussites.

À chaque fois qu'ils croisaient un autre soldat, ils retenaient leur souffle et laissaient parler Maarho. Plusieurs fois, ils durent s'arrêter au coin d'un couloir parce que leur escorte se retrouvait coincé par un supérieur ou happé dans une discussion .

- Tu ne pourrais pas abréger ? râla Tekka après le quatrième arrêt prolongé.

- Je suis navré, Klop, mais si j'agissais différemment de mes habitudes, ça paraitrait suspect.

- Et tu es vraiment aussi bavard, d'habitude ? Sérieux, on croirait une fille !

- Je préfère le terme « sociable », mais je doute qu'il figure dans ton lexique, Ignorant.

Eizon ricana- le gars mi-air mi-eau n'était décidément pas son meilleur ami et les boutades que lui lançaient sans cesse le maitre de la terre avaient le mérite de distraire le prince de la situation (dramatique) dans laquelle ils étaient. Sana fronça les sourcils pour montrer qu'elle n'approuvait pas cette attitude, en grande et bonne et avataresque pacifiste.

Étrangement, la chance leur sourit, et ils parvinrent sans encombre jusqu'aux cuisines.

Là, une ombre verte les attira à l'écart avant de filer pour intercepter un homme qui approchait. Sana sentit avec horreur rugir son monstre vert- d'un vert jaunasse comparé aux yeux de la « jolie p'tite cuisinière » qui s'avançait vert un petit homme. Elle était d'autant plus jalouse qu'elle voyait de ses propres yeux- et avec la plus grande objectivité- à quel point cette fille était belle.

Et l'œil hagard de ses trois compagnons suivant la démarche nonchalante et le balancement des courbes vêtues de l'uniforme- et mystérieusement mises en valeur par la toile épaisse. Le monde entier semblait habillé d'un sac de jute, et elle semblait une princesse. Ô, ironie.

- Ata ? Quelle surprise de te trouver ici, susurra une voix familière.

- Dej... C'est un plaisir ! s'exclama l'intéressée pas-si-intéressée.

- Inutile de me mentir, ma belle, tu sais que je le sens.

- C'est Salade! souffla Tekka.

L'homme s'approcha brusquement, et enlaça Ata d'une manière supposée sensuelle- Il arrivait à peine au menton de la demoiselle.

- Je ne veux pas me marier, Dej, et encore moins avec toi.

- Non, tu me préfères ce trouillard de Maarho. Mais qu'à cela ne tienne, j'ai l'aval de ton père.

Ata se pétrifia, puis se dégagea avec difficulté de l'étreinte qui l'écœurait.

- J'ai du travail, fit-elle, cinglante.

Le dénommé Dej fit une révérence ridicule avant de s'éloigner avec un sourire fielleux.

Les grands yeux verts qui faisaient fondre tous les hommes se posèrent enfin sur Sana et ses amis, et le visage qui était autour, qui les faisait paraitre encore plus grands, encore plus brillants et d'un vert encore plus lumineux, ce visage d'ange s'éclaira d'un sourire large et amical.

- Je suis Ata, se présenta la belle, puis, détournant les yeux, son expression durcit : Il faut filer d'ici en vitesse.


AN: Voilàààààà!

Pfiu, ça n'a pas été facile d'écrire ce chapitre.

Prochainement (heu, aussi prochainement que possible), un petit aperçu de la situation dans la Nation du feu et... les explications promises par Maarho.

J'ai posté sur dA une illustration qui recouvre le chapitre 5, "Cage". Vous la trouverez ici: .com/art/Help-will-come-fast-enough-110821912

J'ai également posté un portrait de Sana, sur le même compte dA (lien sur mon profile).

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, ici ou sur dA. Ça me fais toujours très plaisir.

Merci à prenses556, KeArrow et Fanatii'k- J'espère que l'illustration vous aidera à visualiser. Les réponses à certaines de vos question arriveront avec les prochains chapitres.