Le Cap
Chapitre 11
Beach Party
- Viens, Eizon, laisse-moi voir ce nez…
Katara avait insisté pour jeter un œil à leurs diverses blessures dès que le jour fut levé- elle n'avait attendu l'aube que parce qu'aucun maitre du feu ne voulait lui prodiguer de lumière tant qu'elle ne s'était pas reposée. Une fois la jambe de Tekka complètement désinfectée, et les quelques petites coupures de Sana soignées, elle s'était tournée vers le Prince du feu.
- Vraiment, ce n'est pas la peine, tenta (en vain) le jeune homme. Je crois que mon père préfèrerait que vous ne vous fatiguiez pas…
- Ton père a depuis longtemps appris qu'avec moi, tout ne tournait pas toujours selon ses « préférences », rétorqua la maitre de l'eau en empoignant le menton pointu d'Eizon et en tournant son visage de manière à bien voir le nez cassé.
Tekka pouffait dans son coin en voyant sa mère martyriser le Prince. Sana, elle aussi, était amusée par la scène, mais sans aucune mesquinerie de sa part. Chaque fois qu'Eizon protestait, Katara insistait davantage, et Zuko faisait à son fils de grands signes désespérés pour qu'il se taise.
- Tu respires sans problème, demanda la guérisseuse à son patient dont elle tenait toujours le menton d'une main délicate mais ferme.
- Woin, Tekkan m'an redrinssé le nez, répondit-il tandis qu'elle lui pinçait les narines.
Katara leva les yeux vers son fils et lui offrit un sourire de félicitation. Sana se plaisait à retrouver ce visage familier qui lui avait plus manqué qu'elle ne l'aurait pensé. Ce qui fascinait Sana, dans les yeux de son maitre, c'était qu'on pouvait y lire toutes les émotions qui la traversaient. Son regard avait une palette plus large, un alphabet plus complexe que n'importe quelle idéographie imaginable. Quand Katara parlait, le plus souvent, c'était inutilement : un seul regard eût suffit. Mais la maitre de l'eau aimait bavarder, discuter, et d'une manière générale, communiquer.
Sana était d'une nature plus taciturne. C'était sans doute pour ça qu'elle s'entendait si bien avec les trois membres de la famille Royale du Feu. Elle ne se rendait pas compte, cependant, que ses yeux étaient aussi francs que ceux de son maitre.
- Je ne vois pas de dégât que je puisse réparer, pas d'os ou de cartilage qui encombre le passage de l'air… Il n'y a rien à faire qui ne soit purement esthétique.
La coupure au niveau de l'os aurait vite cicatrisé, et il ne resterait que l'arrête irrégulière pour rappeler la rencontre entre le nez d'Eizon et le poing d'un Exilé.
- Moi j'aime bien son nez, tenta Ata.
- Plutôt le nez cassé que l'oreille bouffée, surenchérit Maarho.
- S'il y en a encore un de vous qui juge utile de souligner que « maintenant, au moins, j'ai l'air d'un homme », je vous jure que je le grille sur place ! menaça le prince en se libérant de l'emprise de Katara.
- 'Zon, ne profère pas de menaces à tes amis ! gronda Zuko.
- Écoutez qui parle ! éclata Toph.
Katara rit de bon cœur puis, discrètement, chercha un siège où s'asseoir.
- Tu vois, c'est ce qui arrive quand on n'use pas de chantage et de menace avec parcimonie : plus personne n'a peur de toi, poursuivit le Seigneur du Feu à l'attention de son fils, imperturbé par le rire de ses deux amies.
Sana s'était rapprochée du jeune maitre du feu, en participant au rire général.
- Dis-moi, un gaillard avec un vrai nez d'homme comme le tiens ne refuserait pas une revanche pour le combat d'hier, souffla-t-elle désinvolte.
Il prit son air le plus intimidant, qui n'eut pas grand effet sur la maitre de l'eau en la circonstance, et répondit :
- Évitons tout incident diplomatique ; quand on sera dehors, tu vas trop regretter !
Sana prit ses jambes à son cou sans demander son reste, Eizon quelques mètres derrière elle, une distance qu'il couvrirait en quelques foulées. Il s'arrêta sur le pas de la porte et s'inclina pour saluer ses ainés.
- Ah, là, c'est sur, elle est morte de peur, ricana Toph qui sentait les deux jeunes maitres courir dans la prairie.
- Deux sachets de fireflakes sur mon élève, fit Katara.
- Tenu !
À l'extérieur, le combat faisait rage et pourtant les rires résonnaient.
- Quand tu mets tes menaces à exécution, ce n'est pas à toi à avoir peur ! taquina Sana en l'entrainant vers la plage.
- Feu et eau, comme avant ! spécifiait le prince en lançant une attaque aisément esquivée par son amie.
- T'en fais pas, je ne compte pas laisser l'Avatar s'en mêler.
- Dommage, claqua une voix glaciale derrière eux.
Ils se tournèrent à temps pour voir Dej descendre d'une barque et poser le pied sur les galets. A ce moment là, ils auraient pu s'enfuir. Il n'y avait pas plus de trois passagers à bord du bateau de Dej, ils auraient pu les semer aisément.
Mais la surprise de voir l'Exilé débarquer sur l'île de Silice laissa les deux maitres sans voix, stupéfaits.
- Attrapez-les, aboya le maitre de la terre à ses hommes.
Là encore, Sana eût pu réagir et repousser les autres embarcations qui accostaient dans un roulement de galet dramatique. Mais son esprit restait embourbé dans cette seule pensée « Comment nous ont-ils retrouvé ? »
Puis elle comprit, d'un coup, comme une avalanche s'abat sur un tipi, Sana comprit ce qui se passait autour d'elle et l'urgence de la situation.
- Ata… grogna-t-elle en se mettant en position défensive : les Exilés ne passeraient pas.
Eizon se tourna insensiblement vers elle, lui aussi en garde, et lui jeta ce regard confu de ceux qui refusent de comprendre.
- Non ! Pourquoi aurait-elle- ?
- Chargez ! vociféra le grand maitre de la terre qui suivait Salade comme un petit mouton-caniche.
Pas une seconde, les deux amis n'envisagèrent de courir jusqu'à la grotte appeler les renforts, car ils n'eurent pas une seconde pour peser la situation avant l'attaque des Exilés, à présent au nombre de quinze.
La première ligne se jeta sur les deux adolescents avec férocité. Sana envoya rapidement au tapis un maitre de l'eau très moyen qui courait sur elle en faisant tournoyer autour de sa tête un fouet d'eau. La jeune fille n'eut qu'à se baisser pour éviter l'assaut et faire trébucher l'assaillant. Celui-là ne resterait pas immobile si elle le gelait au sol, aussi l'encaissa-t-elle entre deux bloc de terre sortie d'en dessous des galets. Voilà en quoi la maitrise de plusieurs éléments pouvait être utile ! Même tarif pour le maitre du feu qu'Eizon lui envoya en le passant littéralement au dessus de sa tête. La routine fut adoptée : il déjouait les attaques pitoyables, déséquilibrait l'ennemi et elle l'immobilisait.
Un deuxième salve d'Exilés venait d'atteindre la plage, et arrivaient sur le couple. Les uns étaient déterminés à abattre quiconque se dresserait sur leur passage, les seconds n'avaient que leur entêtement et leur courage pour tenir leur position et empêcher les mercenaires d'avancer. Ils n'atteindraient jamais leur famille !
Eizon, en une cascade enflammée directement inspirée de son père au cour de laquelle ses pieds et poings ardents avaient rencontrés plus d'un estomac et plus d'une mâchoire, venait de se débarrasser des quelques maitres assez stupides pour entrer dans son périmètre d'action. Sana, quant à elle, semblait tenir une galerie d'art : cette semaine au programme, sculptures sur glace et compressions en tout genre !
- Ils sont plutôt mous… constata-t-elle.
- Ou ils ont ordre de ne pas te tuer, suggéra Eizon, rendant inconscient un maitre de la terre particulièrement collant d'un coup bien placé derrière la nuque. Que veux-tu qu'ils fassent d'un Avatar mort ?
La jeune fille acquiesça et projeta vers le large un Exilé qui avait cru pouvoir s'en tirer avec une approche « furtive » digne de celles de Sokka. Revenant à Eizon qui échangeait des coups de feu avec une jeune femme qui, si Sana reconnaissait le logo sur sa tunique, devait être une initiée, elle remarqua les deux autres mercenaires en approche, épée au poing, dans le dos du Prince.
Formant trois longs pieux de glace, Sana arma son tir et lança les javelots. L'initiée tomba au pied d'Eizon, et les deux autres s'écroulèrent juste derrière lui.
- Merci, souffla-t-il, se rapprochant de son amie qui venait sans doute de lui sauver la vie.
- Je crois que c'est ça qu'ils voulaient, dit Sana tandis qu'Eizon et elle combattaient dos à dos les Exilés qui semblaient toujours plus nombreux.
Le maitre du feu la défendait quand elle attaquait, et elle en faisait autant pour lui. Le feu et l'eau combinés en une arme puissante alliant adaptabilité et vélocité, ravage et précision, démontraient une fois de plus leur compatibilité sous-estimée. Quand elle le pouvait, Sana utilisait aussi sa maitrise de la terre, mais les galets instables étaient un allié peu fiable, pour elle mais aussi pour ses ennemis, si bien que les maitres de la terre étaient peu efficaces dans ce paysage.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Eizon en formant un écran de flamme pour retenir un jet de cailloux.
- Tu sais, comme la mère manchot-oie.
Bats-toi pour protéger.
À cet instant, la sécurité d'Ezion, et des habitants de la grotte, valait plus pour elle que la technique ou la victoire, leurs vies valaient plus que sa vie. Et comme l'important n'était plus de montrer à ces sales teignes de Demi-sang ce qu'elle savait faire, mais bien de les repousser le plus loin possible, elle maitrisait indifféremment la terre et l'eau, ne cherchant qu'à défendre sa nichée, et le petit qui était le plus proche, à qui ces brutes avaient déjà cassé le nez.
Il sembla saisir, et sourit. Par ce geste, il lui témoignait toute la confiance qu'il avait en elle, et Sana se sentit revigorée.
Cela ne suffit pas, pourtant, car bientôt une nouvelle vague approchait, et tous arboraient l'idéogramme des Aguerris, celui-là même que Maarho avait soigneusement décousu de sa propre tunique en arrivant sur l'île.
- C'est seulement maintenant qu'ils nous envoient ceux qui ont eu un semblant d'entrainement ! pesta Eizon. C'est ce genre de stratégies barbares qui cause des morts inutiles !
- Envoyer des novices en première lignes ! Bande de chacal-tiques !
Les deux amis commençaient à fatiguer, et la colère ajoutée ne rendait pas leur tache plus aisée, au contraire. Ils commençaient à perdre du terrain quand…
La plage entière trembla, et les galets se murent comme une lame de fond, déséquilibrant un grand nombre d'Exilés.
- Vous auriez pu nous dire qu'il y avait une fête sur la plage ! lança Toph qui venait de faire partiellement le ménage.
- C'est toujours Sana qui peut frapper les imbéciles en premier, râla Tekka. D'abord Sa Majesté des Castagnettes, et maintenant les potes de Salade !
- Hey ! grogna le noble en question.
Avec cinq maitres en plus, l'issue du combat ne faisait plus de doute dans l'esprit de Sana. Même Maarho restait fidèle au serment qu'il s'était fait en quittant les Exilés, et les affrontait à leur côté.
Ata par contre…
La jolie Héritière traversa le champ de bataille qu'était devenue la plage sans une égratignure, sans même déranger d'un cheveu son chignon épais. Elle se dirigeait droit vers Salade qui l'accueillit avec un sourire qu'il devait croire séduisant. Quand elle fut assez près, Ata leva l'une de ses mains délicate et l'abattit violemment et dans un claquement sec sur la joue du maitre de la terre.
L'Avatar et ses compagnons, qui avaient retenu leur souffle, pouffèrent en voyant l'air stupidement surpris de l'Exilé. Maarho et Tekka s'étaient avancé vers l'eau, pour essayer d'entendre, et Ezion en voulant les retenir s'était lui aussi distancé du groupe.
Mais Salade n'avait pas craché tout son venin, et il ordonna qu'on maintienne Ata tranquille car, manifestement, ses hormones la rendaient nerveuse. Le combat semblait être en suspens, tous attendant le verdict de l'altercation entre Ata et son prétendant. Il lui dit quelques mots, auxquelles la jolie jeune femme répondit en levant à nouveau le bras pour une seconde gifle bien méritée. Mais elle n'eut pas l'opportunité de la faire atterrir : un homme grand aux cheveux sombres avait agrippé son poignet.
Tekka voulut se précipiter sur le goujat, mais Maarho le tint immobile et chuchota à l'oreille du maitre de l'air.
Mais même sans les présentations de Maarho, Sana sut qui était le grand homme à l'instant où il se tourna vers elle. Le grand ténébreux avait les petites rides de la quarantaine au coin de ses yeux d'un vert limpide ; il était le père d'Ata.
- Avatar, vous ne nous avez épargné aucune offense ! aboya-t-il d'un ton impérieux. Après nous avoir ignoré pendant cent ans, voici que vous enlevez une jeune fille innocente pour assouvir je ne sais quelle abjecte vengeance !
- C'est absurde ! se défendit Sana.
- Nous aurions pu croire à son départ volontaire, à cette lettre d'adieu que vous l'avez forcée à écrire, mais nous ne sommes pas si naïfs ! lança Dej pour appuyer les propos du père d'Ata avec un ton mielleux et hypocrite.
Tekka, Maarho et Eizon restèrent stupéfaits : Ata avait-elle écrit aux Exilés ? Les avait-elle trahis ?
- Ata, dis-moi que c'est une blague, supplia le maitre de l'air, trop bas cependant pour que l'Héritière l'entende.
- Non, ce n'est pas ça ! protesta Ata.
- C'est fini maintenant, mon ange-de-jade, souffla le quadragénaire à sa fille.
Et d'un signe de la main, il remit le feu aux poudres.
Les Exilés, revigorés par cette petite pause, et manifestement excités et re-motivés par l'exposé tragique du martyr d'Ata, attaquèrent de plus belle, avec un regain de force.
En quelques minutes et trois phrases d'un grand vieux-beau aux yeux verts, l'armée des Demi-sang avait trouvé les forces de prendre le dessus.
Maarho tentait de revenir vers Sana, tandis que Tekka essayait d'avancer vers Ata, entravé dans cet objectif par Eizon qui parlait au maitre de l'air avec la voix de la raison.
Pour l'homme en colère, la raison est une voix qu'on n'entend pas et une voie qu'on n'emprunte pas.
- Katara ! cria soudain Toph.
La Fripouille était séparée de la maitre de l'eau d'une dizaine de mètres, et pourtant elle l'avait sentie s'effondrer. Le Seigneur du Feu se déplaça à une vitesse surhumaine et parvint à rattraper cette femme qu'il aimait tant avant que sa tête ne heurte le sol.
Ils venaient de perdre le peu d'avantage qu'ils avaient. Tekka et Eizon étaient trop loin en avant pour nourrir leur ligne défensive. Maarho parvint enfin à rejoindre l'Avatar.
- On doit filer, dit-il.
- Tu es blessé ? s'enquit Sana, voyant son ami et maitre boiter.
- Heu, ouais.
Elle évalua rapidement la situation.
- Reculez avec Katara, protégez-la, ordonna-t-elle sans ciller. Toph et moi, on va essayer de récupérer Tête-d'air-joli-cœur et sa conscience.
- Okay.
Le maitre de la terre partit proposer son aide à Zuko qui jeta un regard paniqué au champ de bataille, avant de hocher la tête et de battre en retraite, la grand maitre de l'eau évanouie dans ses bras, et le jeune Aguerri comme seul écran.
Sana rejoignit rapidement Toph, et eut du mal à ne pas s'arrêter, muette d'admiration devant l'extraordinaire maitrise de l'aveugle.
- Les autographes attendront, Deuze, on a un Prince et un idiot à récupérer !
Tekka s'était encore éloigné d'eux, et semblait sur le point d'attaquer les Exilés qui entouraient Ata. Eizon, fumant de colère, se démenait pour rattraper le maitre de l'air sans trop de dégâts.
- Comment on y va ? demanda Sana en repoussant d'un grand lass'eau deux assaillants trop entreprenants à son goût.
La Fripouille s'accroupit, silencieuse et concentrée.
- Okay, je les ai. Accroche-toi à moi, fillette, et retiens ta respiration.
Sana obéit ; elle noua ses bras autour du cou de la maitre de la terre, inspira et pria pour sa vie.
Aang, t'as pas intérêt à me lâcher maintenant !
Toph effectue un mouvement large des bras, frappa du pied et, en une seconde, Sana et elle furent engloutie par le sol. La jeune Avatar était effrayée et fascinée tandis qu'elles tournoyaient à une vitesse surprenante pour se forer un chemin à travers la plage, formant un tunnel de galet autour d'elles.
Aussi vite qu'elles y avaient pénétré, elles ressortirent du sol. Toph ne parut pas déroutée, et passa immédiatement à l'offensive.
- Va chercher tes deux héros ! lança la maitre de la terre à Sana qui chassait le tournis.
Profitant de la protection assurée par Toph, Sana se fit rapidement un chemin jusqu'à Eizon.
- Sana ! Mais qu'est-ce que tu fais ici !? siffla-t-il en la voyant.
La maitre de l'eau forma autour d'eux un mur de glace qui devrait retenir les ennemis une petite minute. Elle devait garder les bras en position pour que le rempart ne lâche pas.
- Je viens te récupérer, répondit la jeune femme sur le ton de l'évidence.
- Et Tekka ?
- Il vient aussi.
Le Prince avait pu analyser la situation de sa position en avant vers la côte. Il regardait vers le large en secouant la tête.
- Ils sont trop nombreux, dit-il comme pour lui-même. Et ceux que nous avons affrontés jusqu'à présent sont loin d'être les meilleurs.
Sana fut parcourue par un frisson plus glacé qu'un blizzard d'hiver. Elle savait où Eizon allait en venir, et elle refusait l'idée avant même qu'il l'énonce.
- Je ne ferai pas demi-tour sans vous ! protesta-t-elle.
Autour d'eux, le mur craquait. La maitre de l'eau serrait les poings. Le jeune homme se tourna enfin complètement vers elle, plongea ses yeux d'ambre dans les siens.
- Tu dois partir avec mon père. Avec Toph, on peut couvrir votre fuite.
- Et Tekka ?
- J'ai encore la faiblesse de croire qu'Ata ne les laissera pas lui faire de mal. Pas trop.
Comme elle, le Prince se sentait trahi par la jolie Héritière aux si grands yeux verts. Qui pouvait garder le moindre secret avec des yeux si clairs ?
La raison de Sana lui disait d'accepter, de se tirer de là au plus vite. Mais cette part d'elle qui restait excessivement féminine battait à tout rompre et se brisait à l'idée d'abandonner ses amis, même s'ils restaient sous la protection de Toph.
- Je ne peux pas ! gémit-elle, tremblante de rage et de panique, laissant sa pression sur le mur tomber encore un peu.
La glace se brisa, et les deux amis se retrouvèrent sans défense au milieu d'un champ de bataille. A ce moment, perdue au milieu de l'affrontement, Sana sentit bouillir en elle cette force surhumaine, cette puissance indicible qui pouvait anéantir toute menace. Elle sentit s'élever en elle cette rage incontrôlable qui dévasterait ses ennemis en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Bah-Sing-Se, ce souffle léthal, cette maitrise terrible héritée de milles vies. Mais l'avatar avait encore sous les ongles de la terre trop noire pour être de la terre, das les yeux de sa conscience ceux d'or d'un prince qu'elle aurait brisé, et dans la bouche le goût métallique du sang de Puono. Sana tremblait toujours, sentait lui échapper ses forces et le maigre espoir de reprendre le dessus sur la situation. Mais elle refoula l'Avatar, le chassa au fond d'elle même, refusant de le laisser prendre le contrôle. Elle ne pouvait pas lâcher prise sur cette tornade mortelle qui bouillait en elle.
Elle chercha un appui pour son esprit dans le visage fin d'Eizon, qui semblait avoir reconnut l'éclair qui venait de la traverser.
Mais si elle n'était qu'humaine, elle ne leur était d'aucune aide.
- Allez, Deuze, fais ce qu'il te dit et tire-toi ! aboya Toph. Je m'occupe d'eux, vas, Qu'ils m'emmènent dans leur sous-sol, cette bande de termites, je leur montrerai de quel charbon je me chauffe !
Sa décision était déjà prise, parce que dans de telles circonstances il valait toujours mieux laisser la raison décider.
Mais le cœur a ses raisons que la raison prétend ignorer, et les yeux bleus de Sana suppliaient le maitre du feu de trouver une autre solution, n'importe laquelle, pourvu qu'elle n'ait pas à abandonner trois amis. Et ses yeux à lui semblaient regretter autant qu'elle qu'il n'y en eût pas.
Elle finit par acquiescer, et l'expression inquiète du Prince se figea en un masque de détermination. Sana leva les bras, inspira, et se prépara à imiter le mouvement qu'elle avait vu faire par maitre Toph seulement cinq minutes plus tôt.
- Je reviendrai te chercher, promit-elle dans un murmure.
Et pour toute réponse, le jeune homme eut ce geste étrange qui devrait intriguer la maitre de l'eau longtemps après son départ : il posa tendrement sa main sur la joue moite de la jeune femme – Avait-elle pleuré ?- et sourit.
- Je sais.
Le temps jouait contre eux, et Toph avait face à elle quatre ou cinq maitres de la terre Aguerri et d'autres Exilés se rapprochaient.
Sana pivota, et disparut sous les galets.
Elle sortit du sol loin de la plage, se connaissant assez pour savoir que si elle se retournait, elle voudrait repartir à leur secours.
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Elle avait retrouvé les autres à l'entrée de la maison-grotte. Ils avaient compris, en la voyant revenir seule, la décision qu'elle avait eu à prendre.
Suivant le Seigneur du feu, ils parvinrent à une crique abritée par des falaises où se trouvait une grange. Dans la grange, un dirigeable. Leur billet de sortie.
Ils grimpèrent à son bord et s'envolèrent. Très bas, sous leurs yeux, les Exilés dans leurs uniformes ternes se répandaient sur l'île comme un virus. Trois points de couleur disparurent dans le corps d'un navire, trois amis qui s'étaient interposés entre le danger et eux. Trois amis qu'ils ne laisseraient pas tomber.
- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? souffla Sana qui tenait contre elle le corps endormi de Katara.
Le Seigneur du Feu soupira.
- Je- Je ne sais pas encore, avoua-t-il en envoyant une boule de feu tremblante dans le foyer du ballon.
Mieux vaut un désert blanc qu'un carrefour sans indication.
Et une fois de plus, Sana pesta contre Aang qui était de manière inexplicable mais évidente responsable de ce foutoir qu'était devenue sa vie. Mais l'image de son prédécesseur apporta un semblant de réponse à la jeune femme.
- Il voudrait qu'on sauve Katara.
AN: Voilà un long chapitre plein d'action!
Merci à Maya-moon pour sa review. J'aime les reviews, même courtes! ça me ferait très plaisir de savoir qui me lit et ce que vous pensez de ma fic.
Elle m'a demandé d'écrire une fic sur Zuko, Jet et Katara. J'y pense.
