Navrée pour le délai.

Chapitre 13

Un peu de chaleur

Elle avait son sac à l'épaule, et avançait déterminée vers le quai. Là, elle grimperait à bord du premier bateau en partance pour la Nation du Feu. L'inaction lui pesait, l'ennui la guettait, l'inquiétude la tenaillait. Sa décision était irrévocable : elle irait retrouver sa mère et son frère.

Quand elle approcha de la longue passerelle de glace, une silhouette droite et fière lui barra le passage.

Hakoda se dressai en travers de sa route, et elle n'échapperait pas à son grand-père, vif et fort malgré ses cheveux grisonnant.

Elle hésita à lever la tête, craignant son regard sévère et désapprobateur. Elle osa pourtant, tentant de concentrer dans ses yeux toutes les plaintes et les suppliques qu'il ne lui laisserait certainement pas le temps de prononcer.

Hakoda riait.

Il écrasa sa main tannée sur le sommet du crane de sa petite-fille en souriant avant de lui souffler

- Tu croyais que j'allais te retenir ?

Elle opina du chef.

- Ta mère était plus jeune que tu ne l'es quand elle est partie pour la Nation du feu, et à l'époque, tu sais si ce pays était accueillant !

Il s'écarta pour lui laisser libre accès à la passerelle. Elle avança, surprise et satisfaite à la fois.

Son grand-père glissa tout de même quelques vœux de prudence.

- Le grand monde reste un lieu hostile pour une toute petite fille…

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- Maman ?!

L'instant d'hésitation qui avait suivit l'apparition de la tignasse échevelée et des grands yeux fatigués de Kaya était passé depuis longtemps. Le câlin échangé entre la mère et la fille de l'eau avait duré, puis les questions avaient fusés de part et d'autres, et avec elles, les regards distants. Les mots s'étaient précipités dans la pièce et la remplissaient gaiement. Une gaité à laquelle Sana restait, malgré elle, presque hermétique.

Ce genre de scènes lui rappelait à quel point elle demeurait différente de sa famille d'adoption. C'étaient des détails dans la manière de parler, de regarder, de toucher. Sana ne touchait pas les gens, ou si peu. Tout l'amour du monde ne lui permettrait pas de sauter cet espace béant qui les séparait d'elle et que la génétique avait creusé.

Et la jeune Avatar se savait physiquement incapable de parler à une telle vitesse.

- Shen a écrit, elle va bientôt rentrer ! Elle dit qu'elle a fait de belles rencontres.

- Oh, c'est merveilleux !

- Et oncle Sokka est rentré au Pôle avec Suki et Meda. Keheko est resté, disons, accroché à Kyoshi- ou plutôt, à l'une ou l'autre de ses guerrières.

- Le sang de Sokka ne ment pas, s'exclama Katara dans un gloussement.

Non, le sang ne mentait pas, acquiesça Sana, en retrait.

Savoir la famille réunie, à un membre près, était un grand bonheur pour son maitre, et elle le comprenait, le partageait jusqu'à un certain point.

Mais si Katara parvenait à mettre ses pensées noires de côté, à ne pas se tracasser pour son propre état de santé ou son fils juste un instant, Sana, elle, sentait comme un poids en permanence sur ses épaules, comme un étau autour de sa poitrine. Parce qu'il ne s'agissait pas que de Tekka.

L'orpheline s'éclipsa quand Kaya entama un compte rendu détaillé de tous les évènements qui avaient bousculé la tribu.

Ses pas la menaient machinalement à travers les dédales de couloirs qu'elle avait parcouru tant de fois quelques mois plus tôt. Ici, elle avait appris à connaitre et à apprécier une autre famille qui, non plus, ne serait jamais la sienne. Mais ces cœurs que le monde entier avait cru inexistant, aussi faible fût-il, contenaient assez de passion et d'amour pour en partager un peu avec un simple Avatar paysanne de l'eau.

Elle arriva sans s'en rendre compte devant la porte rouge dont elle n'avait passé le seuil qu'une fois, après sa visite malheureuse à l'Académie des Fils de Vulcain. Un frisson la parcourut en repensant à cette journée, si lointaine maintenant. Mais ses souvenirs l'assaillaient avec de plus en plus d'insistance, si bien qu'elle baissa la poignée et poussa le panneau.

Pénétrer dans cette chambre sans la présence ou l'accord de son propriétaire aurait dû la mettre mal à l'aise, lui rappeler l'embarras qu'elle avait vécu la dernière fois qu'elle avait laissé la curiosité l'emporter.

Mais ce n'était pas par curiosité qu'elle était entrée, elle ne pensait ni n'espérait rien trouver dans cette pièce plongée dans la pénombre. Elle en avait eu besoin, besoin d'une chaleur familière pour affronter les sursauts angoissants de sa mémoire.

Mais la chambre était vide, rangée, nette. Comme une pièce trop longtemps inhabitée. On en avait effacé la présence de son ami, sa chaleur n'y était plus.

Elle avança encore de quelques pas, jusqu'au baies vitrées. Elles donnaient sur un balcon large et Sana eut une soudaine envie de respirer l'air du dehors. Mais elle constata vite que les fenêtres étaient fermées à clé. Elle balada ses yeux à tous les endroits de la chambre où une clé pouvait se trouver.

- Si j'étais une clé, où je me cacherais ?

Puis, elle remarqua un objet brillant sur la table de nuit. Peut-être… ?

Elle vint s'asseoir sur le bord du lit et pris délicatement le morceau de métal entre ses doigts. Il ne s'agissait aucunement d'une clé. En le retournant, Sana comprit qu'il s'agissait d'un médaillon fait d'une très vielle pièce d'or à l'effigie de l'Avatar Roku coté face. Côté pile était gravée une phrase « Espoir, Passion et Honneur : Trois flammes que nous brûlons d'atteindre. ».

Sana sourit.

Là, elle retrouvait un peu de lui.

Elle se laissa retomber sur le lit, serrant la médaille dans son poing.

Elle se demanda si le fait de reconnaitre avec certitude l'odeur d'un ami, de repérer parmi d'autre un objet auquel il tient particulièrement, de pénétrer dans l'intimité de sa chambre sans son accord seulement pour retrouver sa présence… n'en faisait pas un peu plus qu'un ami ?

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Elle se réveilla en sursaut en entendant le bruit de lutte dans le couloir. Elle ne prit pas la peine de s'interroger sur sa présence dans un lit qui n'était pas le sien et se précipita dans le couloir.

Les gardes encerclaient deux maitres du feu apparemment féroces et rapides. Ils formèrent chacun un arc de feu qu'ils propulsèrent sur les militaires qui se défendirent, mais furent bousculés par la puissance du choc. Le plus massif trébucha et s'écroula, soulevant l'indignation de ses collègues et les rires des intrus.

Approchant encore, Sana reconnut le visage de l'un d'eux. Son sang ne fit qu'un tour. Elle n'avait pas besoin de détails sur la cause de sa présence ici, ni sur les modalités de son incursion nocturne dans le palais.

La jeune Avatar frappa les deux pieds à terre, et les indésirables hoquetèrent quand ils se retrouvèrent étreint pas deux bloc de pierre comme dans un pince géante.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? tonna Zuko en approchant derrière Sana.

- Miss l'Avatar est arrivée à temps pour arrêter ces intrus, Votre Majesté, expliqua le plus gradé des gardes encore debout.

Il sembla ne pas comprendre tout de suite comment la jeune femme pouvait être arrivée avant lui sur les lieux, puis jeta par-dessus l'épaule des prisonniers un œil à la porte rouge entrouverte. Il fronça le sourcil et sourit à la fois.

Sana, elle, ne prêtait pas attention au Seigneur du feu et à ses constations. Elle fixait du regard le maitre du feu responsable de ce grabuge, tentant de le pétrifier, de le changer en sel, comme les gorgones des légendes.

- Qu'est-ce que tu fous là, Rad ? grogna-t-elle, menaçante.

- Qu'est-ce qu'un sale paysanne de l'eau fiche dans l'aile royale de la Nation du Feu ? rétorqua-t-il

En entendant le prénom du jeune maitre du feu qui venait d'attaquer son palais, Zuko eut un mauvais pressentiment, et une bouffée de colère fumante.

- Cette demoiselle vient de te poser une question, fils du feu, et si tu tiens à la vie tu es invité à lui répondre avec un peu plus de respect.

Rad lança un regard dédaigneux à Sana.

- Votre compréhension de ce mot ne saute pas aux yeux, Fire lord.

Le Seigneur du Feu fut tenté de lever la main sur ce gamin pour le punir de l'insulte qu'il lui lançait, mais l'autre intrus beuglait déjà sur le premier avec une telle hystérie qu'il ne capta pas un mot. Il sut seulement qu'il s'agissait d'une femme.

Rad soupira, puis hocha la tête en direction de sa partenaire.

- Nous sommes les Jeunesses Suprématistes, les présenta-t-elle.

- Nous somme ici avec un message pour vous de la part d'Azula.


AN: Merci à Maya moon pour ses encouragements et compliments.

Le prochain chapitre devrait être plus long et - je l'espère- devrait mettre moins d'un mois à naitre.