Pardon pour mes trois ans d'absence.


Chapitre 16

Nomade

Oui, sans aucun doute, Shen était bien devenue un maitre de l'air. Ce n'étaient pas seulement ses tout récents tatouages qui en témoignaient. Il y avait indéniablement quelque-chose de changé dans son allure, dans sa manière de poser les pieds si légèrement sur le sol, dans sa façon de respirer plus posée, plus mesurée.

Mille questions traversèrent l'esprit de Sana à l'instant où son amie – sa soeur- apparut, mais les explications devraient attendre.

Elles devaient attendre que Sokka et Zuko, qui n'étaient plus ennemis depuis bien longtemps, se soient empoignés, presque battus. Elles devaient attendre que la colère du guerrier s'apaise un peu, et qu'il s'effondre, les yeux brulants de larmes contenues, front contre front dans les bras de son meilleur ennemi.

Elles devaient attendre que chacun prononce quelques paroles sur le grand drap de coton bleu sous lequel gisait le corps éteint de Katara. Elles devaient attendre que Celui qui avait été son adversaire, son opposé, son alter ego boute le feu aux fagots pour que l'âme de la Grande Maitre de l'Eau puisse s'élever avec la fumée. Elles devaient attendre que ses cendres encore tièdes soient jetées dans le fleuve dont les flots étaient grossis par les larmes de ceux qui l'avaient aimée.

Elles avaient attendu. Et à présent que les joues redevaient sèches, et que tous se trouvaient réunis autour d'un feu, les questions semblaient incapables de remonter le long des gorges trop nouées.

Sokka avait à ses côtés ses trois fils et sa femme, Zuko était entouré de sa mère et sa fille, Kaya et Shen désormais complètement orphelines, étaient côte à côte. Mais pour Sana, il n'y avait là qu'une seule grande famille. Sa famille ? Même Maarho ne semblait pas totalement à l'écart dans cette assemblée.

Elle remarquait le geste tendre par lequel Kaya et Tam-Tam suivaient du bout des doigts les méandres des tatouages encore à vif sur la peau de l'aînée des enfants de Katara. Les adultes, reportant leurs nombreux soucis au lendemain, discutaient chaleureusement. Sana ignorait quel sujet pouvait bien occuper la conversation des garçons, mais ils s'animaient et, parfois, un rire jaillissait, léger, timide comme les premiers perce-neiges.

C'est là que Shen prit la parole.

~oOo~

Je ne ferai pas maintenant le récit de deux ans de recherches vaines. Si j'avais à écrire une chronique, ou si cette histoire devait être archivée, transmise aux générations futures, je commencerais bien sur par le début. Je commencerais par l'eau, la terre, le feu et l'air, et l'Avatar chargé de maintenir l'équilibre qui, un jour, a disparu. Le dernier maitre de l'Air. Mon père.

Mais vous n'ignorez rien de cette partie de l'hsitoire.

Vous le savez pour l'avoir appris, et pour l'avoir vécu. Du point de vue de la Nation du Feu, des Tribus de l'Eau, du Royaume de la Terre et du seul Nomade de l'Air, Aang. Quatre continents, quatre peuples, quatre éléments, quatre versions de l'histoire.

C'est là que nous nous trompons depuis cent-cinquante ans. Depuis que nous cloisonnons tout par deux, par quatre. Ying-Yang, Tui et La, le jour et la nuit, Nord-Sud-Est-Ouest, quatre saisons, quatre membres ...

Ce sont des règles établies par les hommes, pas par les Esprits. Limiter les réalités, c'est les rendre accessibles à notre entendement humain, ce n'est pas les comprendre vraiment.

Les nomades de l'Air l'avaient appris.

Avez-vous déjà observé une Rose des Vents ? C'est une ancienne manière de représenter les courants, les directions que le vent prend. Elle est formée de quatre branches, une pour chaque point Cardinal. Une pour chaque nation. Du moins, c'est ainsi que je l'interprétais avant d'en voir d'immenses dessinées dans les temples de l'Air.

J'avais déjà visité chacun des temples deux ou trois fois, ainsi que d'autres l'ont fait avant moi en espérant retrouver les Maitres de l'Air. J'avais regardé ces grandes croix de mosaïques, une dans chaque temple,toujours dans l'une des plus hautes salles, sans saisir. Peut-être étaient-elles trop endommagées pour attirer vraiment mon attention ? Je ne sais pas ce qui m'a interpellée cette fois-là. Un éclat lumineux reflété par les émaux, donnant un relief particulier à ces dessins ? J'ai senti que la réponse était toute proche.

Je me suis assise, bien au centre, à l'axe des grandes flèches. Une bleue, une verte, une rouge, une jaune. Quatre, toujours quatre. Comme si le vent suivait des couloirs aussi carrés et stables !

C'est alors que je me suis aperçues qu'à l'intervalle de chaque flèche, une branche plus courte pointait, amenant le nombre à huit. Nord-est, Nord-ouest, Sud-est, Sud-Ouest. Et de plus longues et claires marquaient le milieu de l'intervalle suivant. Seize. Nord-Nord-Est, Est-Sud-Est, ... Et j'aurais pu compter encore à l'infini les mesures intermédiaires. Trente-deux. Soixante-quatre. Mille-vingt-huit...

Plus un.

Moi, j'étais à l'axe, au point zéro, là où le vent ne souffle pas, et ne suit donc aucune des milles directions possibles. La cinquième force, la force neutre, l'Avatar.

J'étais là où le vent ne soufflait pas. Exactement. Le vent ne soufflait pas là où je me trouvais. Et seul un maitre de l'Air aurait pu s'en rendre compte.

Suivant mon intuition, j'ai voulu vérifier dans chacun des temples. Ce pauvre Appa nous aura vraiment portés aux quatre coins du monde ! Et à chaque fois, en me plaçant au centre de la Rose des Vents, je l'ai senti. Ce non-courant, cet appel. Un vide dans le chaos.

Grâce à Tobekka et ses nombreuses cartes, nous avons pu tracer les contours de ce vent neutre, et suivre la trace laissée par les Nomades.

Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi ce peuple, essentiellement constitué de moines vivant dans des monastère, se faisait appeler « Nomades » ?

Nous avons suivi l'appel, le code adressé par les Moines des temples de l'Air Méridional, Septentrional, Oriental et Occidental et nous l'avons trouvé, nous les avons trouvés.

Ils vivaient en mouvement, se déplaçant sans cesse, répartis en une quinzaine de petites communautés, voyageant avec les nuages, ne se posant qu'au sommet des hautes montagnes des îles Kemeru. Cet archipel a toujours été déserté par les autres nations en raison de son climat défavorable et des tempêtes qui balaient ses côtes, causant le naufrage de la plupart des bateaux.

Plus aucun ancien vivant n'a connu l'époque d'avant la guerre, mais ils respectaient les commandements de leurs pères et transmettaient l'appel, sans trop d'espoir. Mais quand nous sommes arrivés, ils nous attendaient.

Au cours des huit derniers mois, ils m'ont enseigné la maitrise de mon élément, l'élément dont j'ai hérité de Aang. Et je peux l'enseigner à mon tour.

Les Maitres de l'Air n'ont pas disparu. Ils ont toujours été là, attendant d'être retrouvés par l'un des leurs.

oOo

Shen acheva son récit avec un sourire ouvert et un regard déterminé. Personne n'avait osé l'interrompre, pas même son cousin qui l'avait accompagnée. Les réaction étaient diverses, de l'admiration de Kaya à l'étonnement incrédule de Zuko, en passant par l'air de « je-le-savais » de Sokka. Sana eut une pensée pour Tekka, sachant combien il serait heureux d'apprendre à maitriser son élément.

Le silence dura quelques instants, puis Tobekka n'y tint plus et commenta chaque étape du voyage, insistant bien sur son succès auprès des demoiselles nomades de l'air, une en particulier, répondant au joli nom de Galeen, et pour qui il s'était fait tatouer une jolie Rose des Vents sur l'épaule.

Dans le bruit des conversations, Sana perçut le regard appuyé de Shen, et les mots chuchotés qui étaient à la fois avertissement et promesse :

- Et demain, au boulot !


Deux questions que vous devez vous poser:

Pourquoi ne pas avoir achevé Le Cap il y a trois ans?

Parce que la vraie vie m'a imposé d'autres priorités et que je n'ai pas trouvé le temps d'écrire. Puis trois mois ont passé, puis six, puis douze, ...

Pourquoi reprendre maintenant?

Parce que j'en ai envie, que je n'aime pas laisser quelque-chose d'inachevé (et qu'il n'y a rien de plus énervant qu'une histoire sans fin) et surtout parce qu'il y a encore régulièrement des personnes adorables qui me laissent des reviews ou ajoutent mes histoires à leurs favoris.

à très bientôt, j'espère.