Dédale
partie 1
- C'est là, dans la vallée, annonça Maarho.
Sana reconnaissait bien le décors qu'ils avaient traversé quelques semaines plus tôt. Dans la précipitation, elle n'avait pas prêté attention à l'apparence paisible de cette vaste plaine entre deux montagnes. Un endroit parfait. Si seulement ne grouillait pas sous la terre une gigantesque fourmilière.
Suivant le plan établi par maitre Sokka, Appa les avait déposés dans les hauteurs, à quelques kilomètres de l'entrée du repère des Exilés. Tous étaient prêts au combat, les maitres et les guerriers. Sana, qui portait l'uniforme emprunté aux Exilés lors de son évasion, ajusta ses gourdes à sa hanche et sur ses épaules, Shen pliait soigneusement son sari pour ne plus porter que la combinaison masculine des moines de l'air, Tam-Tam et Kaya, parées elles aussi des uniformes que leur frère respectif avait revêtus, se chuchotaient des mots d'encouragement. Les fils de Sokka affutaient leurs épées, imitant les gestes de leurs parents. Le visage de Suki était insondable sous son grimage. Zuko ne détachait pas ses yeux de l'invitée surprise : Azula.
- Rappelle-moi pourquoi tu as jugé bon de l'emmener ? grinça-t-il à l'attention de Sana.
Il avait posé la question toutes les dix minutes depuis leur décollage de Par-Tung-Gaan cette nuit-là.
- Elle protègera Tam-Tam, assura encore Sana. Et les Exilés la craignent.
Les informations que Maarho avait pu leur fournir s' avéraient exactes. Par où entrait l'eau, par où entrait l'air. Combien d'hommes gardaient l'entrée principale, combien patrouillaient dans les collines. Le jeune homme leur avait expliqué comment les souterrains formaient un réseau en toile d'araignée. Au centre, protégée par les enceintes successives, se trouvait la salle du conseil, l'Arche, où les quatre Sages se réunissaient.
- Sortir nos enfants de là ne suffira pas, avait argumenté Zuko. Il nous faudra trouver leurs chefs, les forcer à admettre que leurs intentions son néfastes.
- Si nous entrons et sortons comme des voleurs, avait appuyé Sokka, ils retourneront une fois de plus la situation contre nous.
Comme pour l'attaque de l'île de Silice. Le père d'Ata, apparemment puissant membre de la confrérie, avait manipulé ses troupes et déformé la réalité à son avantage : d'agresseurs, ils devenaient victimes. Il avait sur les Exilés une influence que même Long-Feng n'avait pas sur le Dai-Li.
Maarho savait que Fenkin, puisque c'était ainsi qu'il se nommait, avait été chargé, une dizaine d'années plus tôt, de l'intendance des Sages. Depuis, il était rapidement monté en grade et était devenu leur porte-parole. Les quatre Chefs de la Confrérie étaient âgés et n'apparaissaient que très rarement en public. Il fallait donc contourner Fenkin et convaincre les Sages de leur bonne foi.
Malheureusement, tous doutaient que les Exilés retiennent les prisonniers au même endroit que la dernière fois.
- Ce serait carrément débile, avait commenté Tobekka.
- Stratégiquement parlant... avait tenté de tempérer Shen.
Selon Maarho, une partie du souterrain était modifiable à volonté. Tout ce qui était lié de près ou de loin à l'effort de guerre de la Confrérie pouvait, grâce aux nombreux maitres de la terre, être entièrement réaménagé, déplacé, transformé. Les branches de la toile habitée par les Exilés, tout ce qui touchait à la vie communautaire demeurait, immuable. En éliminant ces zones résidentielles du champ de leurs recherches, ils pouvaient se limiter à deux endroits. Ils gagneraient beaucoup de temps en commençant par là.
L'idée avait été émise de se séparer en deux groupes, mais le Seigneur du Feu avait usé de son droit de véto.
Sana s'avança, surplombant la vallée. Puis, se tournant vers ses amis, sa famille, elle demanda :
- Prêts ?
oOo
Les trois maitres de la terre exécutèrent un kata synchronisé, plongeant la plate-forme sur laquelle toute l'équipe se tenait une dizaine de mètres sous le sol.
- Nous sommes à la même profondeur que le repère, mais nous devons encore creuser vers l'Est, indiqua Maarho.
Sana, Meda et lui se relayèrent pour former la galerie qui leur permettrait d'atteindre le tunnel extérieur . Ils devaient être aussi silencieux que possible, pour ne pas alerter toute la Confrérie lorsqu'ils déboucheraient dans son enceinte.
Cet instant arriva plus vite que Sana ne l'aurait cru. La main appuyée contre la parois, elle tentait de sentir les mouvements humains de l'autre côté. Elle avait trop peu pratiqué cet aspect de la maitrise de la terre pour être catégorique, aussi ce fut Meda qui, d'un coup de coude, fit s'effondrer le dernier rempart.
- Ok, par où maintenant ?
Ils remontèrent le couloir courbe jusqu'à une intersection. La zone semblait déserte, ce qui n'avait rien de rassurant.
Keheko avait pris la tête et jeta un coup d'œil furtif dans le tunnel qu'ils avaient à prendre ensuite.
- Aah, on dirait que la fête commence, ricana-t-il.
En effet, trois Exilés avançaient droit vers eux, inconscient de leur présence et des bleus qu'ils étaient sur le point de récolter.
Les fils de Sokka jouaient à pierre-papier-ciseaux pour déterminer qui aurait le droit de cogner le premier. Le poing de Tobekka ratatina les doigts de ses frères et il lança, victorieux :
- Ils sont pour moi !
- Oh, désolée les garçons, fit Sana avec une moue boudeuse, achevant de geler les trois Exilés contre le plafond. Comme vous ne sembliez pas vous décider, je m'en suis chargée.
Les affrontements se firent rares encore quelques minutes, puis ils commencèrent à abonder. À chaque tournant, Sana et ses amis devaient affronter quelques ennemis, dont le nombre et le grade allaient croissants. Ils veillaient à ne pas blesser leurs assaillants, se contentant de les immobiliser ou de les assommer.
La jeune Avatar usait de tout ce qu'elle avait appris jusque-là pour neutraliser ses adversaires. Mais la plupart des exilés étaient des maitres de la terre, ce qui faisait de sa maitrise parfaite de l'eau, son élément, leur meilleur atout.
Les autres n'étaient pas en reste : le clan de maitre Sokka se montrait implacable en combat rapproché, envoyant les Exilés au tapis d'un coup bien planté dans la tempe ou dans la nuque. Ils ne craignaient pas les maitrises de leurs ennemis : ils savaient se placer en deçà de leur périmètre d'action, et se rendre intouchables.
Zuko était vif et précis dans chacun de ses tirs. Rien ne semblait pouvoir le surprendre et il traversait la bataille sans ciller, imperturbable et invulnérable.
Kaya et Ta-Mei, en retrait, montraient pourtant l'étendue de leurs capacités et de leurs progrès. Shen les devançait de peu, propulsant à bonne distance les attaquants sans mettre leur vie en danger.
Azula, elle, ne montrait pas tant de scrupules quand un Exilé malchanceux choisissait de se jeter sur elle. Elle l'abattait d'un poing de feu.
Maarho fermait la marche, s'assurant que les corps éparpillés étaient bien hors d'état de nuire, et peaufinant le travail lorsque c'était nécessaire. Mais toujours avec un mot sympathique pour les Exilés qu'il reconnaissait.
- Salut, Gosh, désolé. Héé, Rul, pardon vieux. Ah, Kaona, c'était toi. Vraiment désolé, hein.
Soudain, Meda fit un geste qui arrêta tout le groupe. Il indiquait un couloir sur la droite et chuchota précipitamment:
- Il y a un maitre de la terre très puissant qui arrive par là !
Tous se mirent sur leur garde, prêt à affronter un adversaire terrible.
- « Très puissant », je veux, oouais ! Et encore, c'est un euphémisme, Mudbender ! lança une voix familière.
- Toph ! s'exclamèrent ses amis en chœur.
La Fripouille Aveugle arrivait d'un pas nonchalant que démentait les trois Exilés évanouis qu'elle laissait derrière elle.
- Comment t'es-tu délivrée ? demanda Suki.
- Hé, ces nuls m'ont attachée dans un sous-sol avec des chaines en métal. Au début j'ai cru à un gag. Je me demande même s'ils n'ont pas éteint la lumière, tiens !
- Mais pourquoi ne pas t'être libérée plus tôt ? grogna Zuko
Toph se gratta le haut du dos avant de répondre :
- Bah, je vous attendais. À quoi bon s'amuser à sortir ton gamin d'ici si c'est pour que ces tarés continuent à manigancer dans leur cave ?
- Mouais, bien vu, commenta Sokka avant de bredouiller : Enfin, bien senti, tu me comprends...
Toph l'interrompit sans ménagement :
- Les jeunes sont de l'autre côté, un niveau plus bas.
- C'est ce qu'on avait supposé, approuva Maarho
Ils s'élancèrent dans la direction indiquée par les maitres de la terre, longeant longtemps le même couloir qui, d'après l'ex-Exilé, contournait le réfectoire, l'infirmerie et une partie des dortoirs. Seuls les plus hauts gradés bénéficiaient de quartiers privés.
- Bonjour l'intimité ! siffla Meda. Moi aussi je déraillerais si je devais vivre comme ça...
- Déjà que partager une chambre avec toi relève de la torture, ajouta Keheko
- Les moines de l'air aussi vivaient en communauté en partageant tout, commenta Shen. Mais ils se sont jamais détournés de la Voie de la Paix.
- Les Exilés ont perdu leur voie depuis longtemps, grogna Maarho, quelques pas plus loin. Il ne connaissent plus que le Dogme et l'isolement.
La maitre de l'air posa sur son épaule une main compatissante.
Après quelques minutes à arpenter des couloirs vides, ils débouchèrent sur une aile lourdement gardée. Une dizaine d'Initiés et d'Aguerris longeaient un mur percé de portes grillagées et scellées.
- Air-Boy est dans la quatrième cellule à gauche, affirma Toph.
- Et Eizon ? interrogea Ta-Mei
- Pas là.
Il leur faudrait sortir Tekka de là sans que les gardes alertent toute la Confrérie. Maarho leur indiqua quel élément maitrisaient les Exilés qu'il pouvait reconnaitre. Quatre maitres de la terre, deux maitres de l'eau et quatre maitres du feu.
Sana, déguisée, traversa le couloir nonchalamment, en servant des « Saluuuut » aux gardes. Kaya et Ta-Mei suivirent, s'attirant des regards intrigués.
- Mesdemoiselles, vous devriez être en classe à cette heure-ci, leur signala un Aguerri.
- On m'a demandé d'apporter de l'eau.
- Mais-
- Ouaip, approuva Kaya, c'est ça.
Lorsque Sana fut parvenue au bout de l'allée, elle s'assura que les couloirs adjacents étaient déserts. Puis elle se retourna :
- Vous en vouliez, peut-être ?
Et sur ces mots elle ouvrit ses gourdes et en propulsa le contenu sur les gardes les plus proches. L'un d'eux ne se releva pas, l'autre s'avéra être l'un des maitres de l'eau et bondit, prêt à renvoyer l'attaque. Il ne se méfia pas de la chétive Novice qui s'était approchée de lui, jusqu'à poser sa main dans son cou. À l'instant où elle l'effleura, il tomba à genoux, épuisé. Sana et Kaya maitrisèrent encore deux maitres de la terre, le temps que le reste de leur équipe pénètre dans le couloir et s'occupe des gardes restants.
C'est Shen qui ouvrit la porte qui gardait Tekka prisonnier. Il attendait derrière le panneau, n'ayant rien perdu de la bagarre.
- Waouh ! applaudit-il. Puis, se tournant vers sa sœur ainée, il remarqua les lignes bleues qui lui parcouraient les membres et sourit : Tu les as trouvés.
- Bien vivants et impatients de t'enseigner tout ce que tu dois savoir, répondit la maitre de l'air avec un clin d' œil.
Tekka fit glisser ses yeux sur les membres du « commando-d'élite » selon l'appellation de Keheko, approuvé par Sokka. Il sembla heureux de retrouver ses cousins et ses sœurs, étonné de voir Ta-Mei se joindre à une telle expédition, ne reconnut pas Azula, puis...
- Où est ma mère ?
Toph, ayant senti le drame, n'avait pas posé la question en les rejoignant. Mais lui ne pouvait pas rester sans certitude. Le silence qui suivit fut une réponse suffisante. Il serra fort dans les siennes les mains que ses sœurs lui tendaient.
Ils reprirent leur parcours en suivant les nouvelles indications de Maarho dans ce dédale souterrain. Sana songea que les choses se passaient plutôt bien, jusque-là.
Alors, ça y est, Aang, tu es enfin dans de bonnes dispositions ? Tu as fini de me porter la poisse ?
Quelques croisements plus loin, Toph repéra le battement d'Eizon et put déterminer sa position. Le commando ne fit plus trop de rencontres, ce qui commençait à intriguer l'ex-Exilé et les maitres stratèges qu'étaient Sokka et Zuko.
- Ils doivent être sur le pied de guerre quelque-part pour déserter le Repère, supposa Maarho.
Sana courait, impatiente de délivrer son ami, impatiente de quitter à jamais ce terrier. Rien ne pouvait les arrêter si près du but.
Avant de vendre la peau d'un lion polaire, assure-toi qu'il ne mord plus.
La jeune Avatar ne savait si elle devait remercier intérieurement la voix de sa mère qui lui prodiguait ce conseil rabat-joie.
Sana se précipita dans le dernier couloir, n'attendant plus personne. Les Aguerris qui barraient l'entrée n'eurent pas le temps de lever leur garde qu'elle faisait déjà fondre sur eux toute sa puissance, les balayant sans qu'ils puissent pousser un cri.
Elle courut se poster devant la cellule. Il était juste là, de l'autre côté du lourd panneau de bois et de métal. Elle ne prêta pas attention à ses amis qui arrivaient derrière elle. Imitant un geste qu'elle avait vu faire par maitre Toph, elle frappa le sol d'un coup de talon, faisant bondir la porte hors de ses gonds.
Et Eizon était là.
Mais il n'était pas seul.
Voilà, comme annoncé, l'inspiration est revenue et j'espère qu'elle ne va pas se tirer comme une voleuse avant que j'aie achevé cette histoire.
C'est pour ceux qui ont laissé des reviews (certains il y a loooogtemps, je sais) que j'ai recommencé à écrire Le Cap. J'espère que ceux-là ne sont pas déçus.
Positive ou négative, votre opinion m'importe donc n'hésitez pas à m'en faire part.
