La suiiiiiiiiite!


Dédale

partie 2

Et Eizon était là.

Mais il n'était pas seul.

- Ata ?

Oui, Ata, sereine et souriante, et toujours jolie malgré ses yeux rouges.

Alors c'était ça l'effet d'une morsure de lion polaire ?

Sana n'écouta pas, repartit dans le couloir, le plus vite et le plus loin possible.

Eizon avait contourné l'Héritière, passé la porte et bousculé une partie de leurs amis pour s'élancer dans le couloir. Il appela :

- Sana ! Sana, att-Aah !

Face à lui se tenait Azula, qui le jaugea de haut en bas avec une froide indifférence. Il se mit en garde, poings levés.

- 'Zon, calme-toi, elle est là pour nous aider, le rassura Ta-Mei.

Il regarda sa soeur avec des yeux ronds, et remarqua seulement la présence de son père. Tous trois restèrent muets un instant. Puis ils s'embrassèrent, indifférents à la présence des autres.

- Oh, beurk, pitié ne faites pas ça en public ! râla Azula avec un soubresaut proche du réflexe vomitif..

Dégagé de l'étreinte, Eizon voulut rejoindre Sana. Mais celle-ci avait déjà pris une longue avance sur le groupe.

Elle marqua une pause seulement quand maitre Toph agrippa son bras et la ramena sans un mot vers les autres. Sokka et ses fils avaient déjà adopté des positions stratégiques aux extrémités du couloir et près des portes d'accès. Ils se tenaient sur leurs gardes, prêts à donner l'alerte.

Désignant Ata comme s'il s'agissait d'un sac de prunes-d'eau mais se tournant vers Eizon, Toph interrogea :

- Qu'est-ce qu'elle fiche là ?

La silhouette de la jeune Héritière tentait de se dissimuler derrière la forme plus fine encore du prince du Feu. Il ouvrit la bouche mais c'est la réponse d'Ata que les autres entendirent.

- Je voulais aider à les libérer, je voulais réparer ce que j'ai fait.

Et tandis qu'elle répondait à sa place, les yeux d'Eizon cherchaient ceux de Sana, qui refusaient de les rencontrer.

- Pourquoi ne pas avoir libéré Tekka en premier ? intervint Kaya, obéissant à la demande muette de son frère.

- Je l'ai cherché, mais je ne l'ai pas trouvé.

- Comment as-tu trouvé Eizon, s'ils étaient si bien cachés ? poursuivit la Fripouille aveugle en mode « méchant flic ». Je te conseille de ne pas me mentir.

- Vous n'en sauriez rien si je décidais de vous dissimuler la vérité, déclara Ata sans un battement de cil.

- Prouve-le ! demanda Toph

- Je suis un chien-aligator bicéphale à pois roses, déclara l'accusée avec un dégagement si naturel qu'en fermant les yeux, on aurait pu la croire.

- Cette petite est moins fadasse qu'elle en a l'air, ricana Azula avec un sifflement appréciateur.

Ata n'avait probablement pas reconnu la princesse démente, mais à la réaction des autres elle comprit vite que remporter l'approbation de cette femme ne l'aiderait pas à regagner la confiance des autres. Et elle en avait besoin.

- Comment pensez-vous que j'aie survécu jusqu'ici avec Dej toujours sur mon dos à me suivre et m'épier sans cesse, ajouta-t-elle à titre d'explication.

Sana ne parvenait pas à détacher les yeux d'Ata, et de son corps frêle et féminin caché derrière celui, élancé et athlétique, d'Eizon. Le Seigneur du Feu tapa du pied, impatient d'obtenir une réponse à la question posée par Toph.

- Ah, oui. C'est... en fait j'ai convaincu mon père de le rencontrer, pour qu'il puisse expliquer que l'Avatar ne m'avait pas enlevée...

- Et trouver un terrain d'entente, j'imagine, conclut Zuko.

Maarho intervint dans l'interrogatoire en apportant ses suppositions quant aux intérêts des Exilés dans une quelconque forme d'alliance avec la Nation du Feu. Des avantages à sens unique, bien entendu. La Nation s'était bien relevée de la guerre et n'avait aucun avantage qu'ils soit politique, économique ou autre à tirer d'un tel pacte.

- Bah, et puis quoi encore, s'associer avec des bourreaux d'enfants ! cracha Sokka depuis le bout du couloir. Plutôt manger des bouses de rhino au petit-déjeuner !

- Il n'y a pas d'alliance possible, affirma froidement Sana.

Shen sembla déçue, car elle était toujours portée vers la solution pacifique. Mais Sana lui avait fait le descriptif des méthodes des Exilés lorsqu'elles travaillaient ensemble sur son troisième Chakra. Et la maitre de l'Air devinait plus qu'elle ne savait que c'est avant tout contre Ata que son amie avait du ressentiment.

La discussion s'anima pour déterminer la meilleure marche à suivre. Toph était toujours partisane du plan Rentrons-leur-dans-le-lard, et Suki approuvait ce plan malgré son manque de finesse. Mais Sokka, Zuko et Shen débattaient activement. Sana écoutait d'une oreille distraite. Fallait-il profiter de l'aubaine de cette entrevue programmée entre Eizon et Fenken, le père d'Ata ? Ou l'ignorer et directement s'adresser aux quatre sages ? Cette rencontre ne ferait-elle pas une excellente diversion ?

- J'irai, décida Eizon. Si ça peut vous faciliter l'accès, je rencontrerai le père d'Ata. En plus, s'il ne nous voit pas arriver, il fera sonner l'alerte.

- C'est la meilleure solution, encouragea Ata en lui agrippant le bras.

À cet instant, le regard de Sana remonta machinalement vers les yeux d'Eizon, implorants, suppliant. De le pardonner?

Non, elle ne pardonnerait pas. Et si elle avait pu garder une certaine contenance pendant l'échange, elle n'y tenait plus. Se détachant de la poigne de Toph, elle repartit vers le bout du couloir.

Elle entendit qu'on l'appelait, mais refusa de se retourner. Il lui faudrait encore quelques minutes pour se calmer, pour mettre sa déception de côté. Elle se sentait trahie, et idiote. Et seule, tellement plus seule qu'elle ne l'avait été depuis des mois.

Dans sa tête, il n'y avait plus que le fracas assourdissant des vagues, leur sel qui brûle les yeux des nageurs imprudents, et les rouleaux qui entrainent au loin les épaves.

Elle avait tout d'une épave.

Elle prit appui contre la paroi de terre, cherchant un ancrage. Elle avait le tournis. L'océan terrible et glacial la rappelait à lui, mais elle était si loin de l'eau, au milieu d'un souterrain perdu aux confins du Royaume de la Terre.

Dans le bleu terrible et suave qui l'aveuglait défilaient des éclats d'argents, les images des semaines précédentes fusaient comme un banc de poissons pourchassés par un prédateur. Et ce dernier tableau de l'instant où elle avait défoncé la porte de la cellule : elle, souriante et essoufflée et impatiente, Eizon juste là et Ata si jolie qui ne devait pas jouer cette scène. Ata qui tenait la main d'Eizon dans la sienne.

Et ces deux mains nouées avaient frappé Sana à l'estomac, lui coupant le souffle, lui coupant l'envie de respirer.

Elle trébucha, se rattrapa au mur, tomba. Ce n'est qu'une fois debout qu'elle comprit qu'elle ne s'était pas relevée toute seule. Mais elle reconnut trop bien la forme et la chaleur des mains qui la tenaient aux épaules.

- Dégage, laisse-moi ! aboya-t-elle sans même lever les yeux vers son visage.

Il tenta de protester mais dut se résoudre à la lâcher. Toujours incapable de regarder les autres en face, Sana demanda quelle direction il fallait prendre. La réponse se fit attendre, la gène était manifeste sur les visages de ses compagnons.

- On doit se diriger vers le centre du Repère. Il y a un immense atrium, en pleine zone résidentielle, au milieu duquel est construit l'arche dans laquelle vivent les sages.

Sana essaya de se concentrer sur sa maitrise de la terre pour se repérer. Une partie du labyrinthe avait déjà été modifiée, mais les parties vrombissantes de vie n'avaient pas bougé, ainsi que l'avait expliqué Maarho.

- Ok, lança-t-elle pour se redonner une contenance, on y va. On prend d'assaut leur « arche » et on les confronte à leur propre bêtise.

- Mais vous êtes fous ! Vous ne pouvez pas attaquer en zone résidentielle, il y a des familles qui vivent là ! protesta Ata.

Le bleu qui tentait de la submerger céda la place à la rage blanche qu'elle ne connaissait que trop bien. Elle eut envie d'attraper à la gorge la jolie brunette, de la secouer, de lui arracher les cheveux, de la mordre, de la transforme en statue de glace et de la briser en un million de petits morceaux. Sana serrait les poings, tremblante d'une colère indomptable. Mais elle devait la contrôler.

Chakras, Chakras, Chakras... Par Tui et La faites-la taire!

Elle inspira profondément.

- Merci pour ce conseil précieux, répondit enfin Sana avec un sourire d'une hypocrisie qui fit échapper un second sifflement admiratif à Azula.

Et elle repartit d'un bon pas dans la direction indiquée.

oOo

Ils avaient presque atteint l'atrium décrit pas Maarho, mais durent renoncer à y pénétrer en journée : le lieu était en effet bien trop peuplé. Des gens, tous en uniforme quel que soit leur âge ou leur sexe, traversaient le vaste espace. Des puits étaient aménagés au sommet, laissant pénétrer la lumière du soleil, bien plus agréable que les torches ou les pierres incandescentes utilisées partout ailleurs dans le souterrain. Seuls quatre membres du commando pourraient se fondre dans la masse grâce aux uniformes volés. Maarho avait tenté d'en trouver d'autres mais on avait dû les cacher. Et il n'avait pas eu le coeur de déshabiller les Exilés qu'ils avaient mis K.O. Voyant circuler des vieillards et des enfants, Sana accepta le plan B : laisser Eizon accompagner Ata dans l'arche pour distraire Fenken, et apprendre ce qu'il projetait. Ils feraient du repérage et attendraient son signal à l'extérieur.

Maarho n'ayant jamais été autorisé à pénétrer dans l'Arche, il ignorait tout de son architecture interne, ce qui rendait une attaque souterraine trop dangereuse.

Toph, Maarho et Meda creusèrent une nouvelle salle, adjacente à l'atrium, d'où ils pourraient percevoir les vibrations des habitants de la Confrérie et celles d'Eizon. Ils pénétrèrent le plus discrètement possible dans l'espace exigu. Le temps semblerait long, coincés là à douze. Ils pourraient se prêter les uniformes volés, pour pouvoir sortir prendre l'air et effectuer des tours de garde autour de l'atrium.

Dans leur petite cave, serrés les uns contre les autres, dans le noir presque complet, les membres du « commando » étaient obligés de chuchoter pour ne pas alerter les Exilés.

Ils avaient fait le récit à Tekka de ce qui était arrivé à sa mère. Shen et Kaya étaient blotties près de lui. Il s'était tu longtemps, et Sana savait qu'il avait profité de la couverture de l'obscurité pour pleurer. Aucun de ses cousins n'aurait même songé à en rire dans de telles circonstances, mais il restait un fier guerrier des Tribus. Ta-Mei, toujours proche de sa soeur de lait, semblait s'être assoupie sur l'épaule de son père. Azula pestait dans son coin, marmonnant entre ses dents parfaites des insultes à l'intention de chacun. Seule Toph osa lui conseiller d'arrêter sous peine d'être enterrée vivante.

Conformément à l'enseignement de Maarho et de Toph, Sana concentrait toute son attention sur les vibrations d'Eizon, qui circulait dans l'Atrium, puis dans l'Arche. Elle commençait à se faire une idée de la disposition du lieu, les quatre salles concentriques, dans la plus reculée desquelles devaient se trouver les sages. Sana avait d'abord pratiqué cet exercice pour rester focalisée sur la réalité, et rester maitre de ses émotions. Pour se sortir les images que son imagination faisait naitre en sachant Eizon seul avec Ata, encore. Ensuite, elle avait découvert que, plongée dans l'obscurité totale, elle parvenait à suivre les mouvement du prince du feu avec étonnamment de facilité. Enfin, elle n'avait pu s'en détacher car, décidément, quelque-chose clochait.

- Maitre Toph, appela-t-elle doucement.

Le son sembla vibrer plus longtemps dans l'atmosphère sombre et lourde de la cache.

- Ouaip, Deuze ?

- Vous ne sentez pas quelque-chose d'étrange ?

- Oups, pardon, fit Keheko, ce qui arracha un rire à ses frères.

Sana n'y prêta pas attention, tant elle était préoccupée par ce qui se passait à l'extérieur.

- Quelque-chose qui manque, expliqua-t-elle.

- Maintenant que tu le dis, souffla l'aveugle. Comment j'ai pu ne pas m'en rendre compte plus tôt ?

- Parce que vous avez trouvé plus fort que vous, proposa une voix qui n'avait rien d'amical et que Sana aurait reconnue entre mille tant elle hantait ses cauchemars.

La lumière les frappa, aveuglante, après l'obscurité à laquelle ils s'étaient accoutumés. Et la silhouette chétive se dessina à contre-jour.


Vous êtes une dizaine à avoir lu les chapitres précédents. J'espère ne pas vous décevoir avec ce nouveau chapitre.

Surtout, n'hésitez pas à me laisser un commentaire!

à très vite!