Enfin plongés au cœur de l'action!


Chapitre 19

L'Arche

Dej fit s'écrouler les murs de la cache, les révélant au grand jour en plein milieu de l'atrium. D'un second mouvement que d'autres maitres de la terre copièrent, les murs furent repoussés avec violence.

Sana songea amèrement au petit laïus moralisateur d'Ata quand ils avaient parlé d'attaquer l'Arche de front. Voilà que c'était l'Arche qui les attaquait, sans se soucier des conséquences pour les habitants de l'Atrium.

Un instant plus tard, ils étaient entourés d'une cinquantaine d'Exilés de tous grades, dont une partie de ceux qu'ils avaient gentiment assommés lors de leur traversée du dédale qu'était leur Repère.

- On aurait dû les déshabiller, grogna Meda.

- Ou les tuer ! aboya Azula avec une lueur folle dans le regard.

- Non, Zula, on ne tue personne, tempéra Ta-Mei un peu sonnée par ce réveil brutal.

- Pas pour l'instant, ajouta Zuko, la voix lourde de menace.

Malgré les efforts de Meda, Maarho et Toph pour l'en empêcher, le sol bougea encore sous leurs pieds, et ils se retrouvèrent trois mètres plus bas, encerclés et cernés par l'ennemi.

- C'était un piège ! s'exclama Keheko

- Sans blague ? cracha Tobekka en lui frappant l'épaule.

Dej les dominait depuis le bord de la cuvette que lui et ses acolytes avaient creusée. Les habitants de l'Atrium s'approchaient pour regarder, effrayés mais curieux. Aucun ne semblait comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux.

- Voilà ce qu'il en coûte d'attenter à la sécurité de la Confrérie des Exilés de Demi-Sang ! tonna Dej, avant d'écarter les bras pour accueillir les quelques acclamations de ses soldats.

Le Commando attendait. Les Exilés ne tarderaient pas à passer à l'offensive et c'est à cet instant seulement qu'ils pourraient montrer les crocs. Ils n'étaient pas agresseur, depuis le début. Mais les membres de la Confrérie l'ignoraient et il devraient leur prouver.

Le silence dura, seulement brouillé par les chuchotements des habitants qui se rassuraient les uns les autres ou tentaient d'identifier les forces en présence.

- Tiens, c'est pas le Seigneur du Feu ?

- Et eux, ils viennent surement des Tribus de l'eau, regarde comment ils sont habillés.

- Oh, maman, t'as vu la dame, elle a le visage tout peint !

- Tient, le jeune homme, là, avec ses flèches, ce serait pas...

Soudain, le premier coup partit : un poing de terre compact, lancé droit vers le visage du Seigneur du Feu. Alerte, il l'esquiva d'une torsion sur le côté. Il répondit, le sourire en coin, à l'attaque, et l'Exilé qui l'avait visé ne put éviter le poing de feu qui vint le frapper à l'estomac. Son corps fut projeté plusieurs mètres en arrière par la puissance du coup.

- Je suis le Seigneur du Feu Zuko, déclara-t-il, l'intonation assurée d'un homme habitué à parler aux foules. S'il y a des maitres du feu parmi vous, rejoignez la Nation du Feu, rejoignez les colonies. Vous y serez accueillis. Vous y serez chez vous !

L'hésitation se lut sur bon nombre de visages.

- Joli discours. Très clément de ta part, souffla Sokka.

- Diviser pour mieux régner, Fire Lord ? chantonna Dej. Mais vous mentez comme vous respirez.

La capacité du maitre de la terre était connue dans les rangs des Exilés, et, contrairement à Zuko, il avait leur confiance, il avait un grade qu'ils reconnaissaient. Toph jura, sentant bien qu'ils pouvait obtenir bien plus en quelques mots que Zuko en plusieurs heures de négociation.

- Les Exilés ne se plieront pas aux Lois de Nations ! gronda Dej. Jamais !

Ces mots mirent le feu aux poudres. Les poings de terre et de feu déferlèrent sur le commando, qui para les coups avec agilité. Les guerriers réceptionnaient les masses de pierres à grand coups d'épée, ce qui produisit rapidement un nuage de poussière.

Sana avait levé un grand bouclier de glace à travers lequel Kaya envoyait ses lames.

Mais aplomb des Exilés leur donnait l'avantage, et Toph ne parvenait toujours pas à faire remonter la plateforme.

- Impossible de remonter, râla Meda qui avait les mains écorchées et récolté plusieurs bleus en tentant d'escalader la paroi.

- Il semblerait que la diplomatie ait atteint ses limites, soupira Shen, déçue.

Elle bondit alors, provoquant un souffle qui fit s'envoler la poussière, et se propulsa plusieurs mètres au dessus des Exilés. Elle frappa l'air d'un grand mouvement circulaire, faisant perdre l'équilibre à leurs ennemis. Même Dej ne put se défendre d'une attaque à laquelle il ne s'attendait pas, et il s'écroula dans un mouvement ridicule.

Libérée de son emprise, la terre obéit enfin aux commandements de Toph, qui remit le sol de niveau. Le vrai combat put alors commencer. Tekka s'était précipité vers sa soeur ainée et apprenait sur le tas les mouvements qu'il ignorait, surprenant les soldats de cette maitrise supposée disparue, ou presque. Tam-tam et Kaya avaient repris leur balais, rendant atmosphère vibrante d'énergie. Zuko et Azula, dans le même camp cette fois, étaient implacables et d'une précision mortelle. Maarho et Meda se lançaient en riant des défis de maitrise, à celui qui mettrait le plus d'ennemis à terre.

Dej s'était relevé, et hurlait ses ordres aux Exilés.

Sana était sur le point de bondir elle aussi dans la mélée, quand Toph la retint.

- Tu sais toujours où est Flammèche Junior ?

La question l'interloqua mais elle répondit, affirmative :

- Oui, je n'ai pas perdu sa vibration

- Tant mieux ! Je pense qu'il va avoir besoin de toi. À tout à l'heure, Deuze !

Sur ces mots, la maitre de la terre fit quelques mouvements complexes et l'atrium disparut autour de Sana. La jeune Avatar se trouvait dans une galerie étroite, sous le sol. Se fiant à ses sens, elle creusa plus loin sur sa droite, puis remonta lentement. La vibration d'Eizon était toute proche, à présent. Celle d'Ata n'était qu'à quelques pas, et moins identifiable, le pouls calme de Fenkin. Plus loin, à l'extérieur, gardant la porte, deux hommes. Pas d'autre vibration.

Étrange.

Sana voulait attendre dans sa cachette pour essayer d'en apprendre plus. Mais elle sentit le sol autour d'elle la cracher vers le haut. Elle se retrouva sur les fesses au milieu d'une vaste salle lumineuse.

- Que- ? bégaya-t-elle, un peu sonnée.

- Ata ne vous a-t-elle pas informé de ma grande maitrise de la terre ? demanda sur le ton le plus badin le grand quadragénaire aux yeux d'algues.

- Si qui que ce soit pouvait se fier à ce qu'Ata raconte, ça se saurait ! grogna Sana en réponse.

Elle se releva le plus dignement possible. La pièce était nue, seulement meublée de quatre sièges vides, chacun gravé de nombreux Nouveaux Idéogrammes que Sana ne parvenait pas à lire. Elle supposa qu'il s'agissait de lois ou des noms des anciens Sages, comme cela se faisait dans les tribus de l'eau. Fenken se tenait debout, bien au centre, l'allure fière et hautaine. Ata était à mi-chemin entre son père et Eizon, les lèvres tremblantes. Oh non, ne me dites pas qu'elle va encore se mettre à pleurer.

Une bouffée de rage brûla dans la poitrine de la maitre de l'eau lorsqu'elle posa les yeux sur l'Héritière. Avant de la retrouver dans le labyrinthe, elle s'en méfiait, la sachant responsable de l'enlèvement de ses deux meilleurs amis. Maintenant, tout ce qu'était Ata l'irritait, de ses beaux cheveux à ses longues jambes, de ses grands yeux stupides à sa peau impeccable. Toutes ces belles choses ne servaient qu'à manipuler et trahir ceux qu'elle approchait.

Eizon, sa dernière victime, semblait figé un peu plus loin. Sana ne comprenait pas son attitude. Il ne semblait ni prêt à se battre ni las de débattre. Il restait prostré, tendu. Elle chercha son regard mais il restait fixé sur Fenken.

- Vous arrivez juste à temps, chère Avatar. J'allais définir avec ce bon Prince du Feu les termes de notre accord. Un témoin impartial et neutre comme vous fera parfaitement l'affaire.

De quel droit agissait-il comme si le monde entier devait se plier à sa volonté ?

- Ce n'est pas avec vous que nous voulons débattre mais avec les quatre Sages, répondit Sana du ton le plus avataresque qu'elle put. Vous pourrez assister à ces négociations mais n'aurez pas à intervenir.

Le plan qui consistait à contourner Fenken était complètement tombé à l'eau, alors autant le prendre de front. Il ne pouvait décemment pas les empêcher de rencontrer ses maitres.

- Les quatre Sages ? rit-il. Mais ils sont là. Ils n'ont pas bougé de leur fauteuil depuis douze ans. Je m'en suis assuré personnellement.

Les quatre sièges pivotèrent, révélant dans leur dossier les formes macabres de quatre corps se débattant, comme des chiens pris dans la lave d'un volcan et qui restent à jamais figés les pattes tendues et la gueule ouverte.

- Vous avez éliminé les Sages ! couina Sana, se reprochant à elle-même cette réaction outrée.

- Avec tout le respect que je leur dois, ils n'ont jamais eu les idées très larges. C'est eux qui ont décidé de faire des Exilés une communauté fermée et secrète, ce qui a eu du bon pendant la guerre. Mais depuis, il fallait quelqu'un de plus ambitieux, qui voit les choses en grand pour les Exilés.

- Et vous vous êtes auto-proclamé Chef de la Confrérie, conclut Sana à sa place, songeant à ce que Maarho avait expliqué juste avant de pénétrer dans le Repère. Pratique, puisque les Sages n'apparaissaient déjà plus en public depuis longtemps.

Ce qui étonnait Sana, c'était qu'aucun maitre de la terre parmi les Exilés ne s'en soit rendu compte, ne se soit aperçu, ainsi qu'elle l'avait fait, des vibrations manquantes.

- Depuis combien de temps Dej camoufle tes magouilles ? demanda Ata comme si elle avait suivi le même cheminement de pensée.

Oui, s'il avait pu perturber la « vision » de maitre Toph, il pouvait être l'associé idéal pour Fenkin. Le père ne répondit pas à sa fille, l'ignorant comme une quantité négligeable.

- C'est pour ça qu'il me faisait des avances sans que tu réagisses ! Et maman est au courant de tout ça ? interrogea-t-elle encore.

Fenkin eut un rire dédaigneux qui semblait mettre en doute les capacités mentales de son épouse. Ata eut un hoquet aigu, dégouté.

- Je suis le seul Grand Sage, poursuivit Fenken. Et j'ai de grands projets pour nous, pour les Exilés...

- Et surtout pour vous-même, grogna Eizon avant de tousser douloureusement.

Fenken se tourna vers lui avec l'air abattu, en faisant des mouvements maniérés de sa main gauche tandis qu'il gardait la droite le long du corps, plate et doigts écartés.

- Moi qui espérait votre entière collaboration, cher Prince. Avouez que ma proposition a du bon.

Eizon serrait les poings mais ne répondit pas. Il semblait ne pas arriver à déglutir.

- Quelle proposition ? interrogea Sana, sachant d'avance qu'elle n'apprécierait pas ce qu'elle allait entendre.

- La possibilité d'une alliance durable et solide entre les Exilés et la Nation du Feu.

Et Sana lut entre les lignes.

- Ma fille offre une dot de trois-cents âmes travailleuses et fidèles à sa cause. En échange, le Fire Lord nous accordera quelques terres, des titres et grades qui assureront notre autorité sur la Nation du Feu.

Sana eut un instant devant les yeux un flash de leurs deux mains nouées, mais rejeta la colère. Reste lucide, Sana.

- Pourquoi vouloir à tout prix régner sur la Nation du Feu ?

Fenken sourit, comme si la question était d'une naïveté enfantine.

- Son armée, ses richesses, sa hiérarchie pyramidale, son peuple docile et malléable... énuméra-t-il comme on dresse une liste de commissions.

- Et vous croyez vraiment que nous allons accepter ça ? gronda Sana

- Mais, c'est là toute la beauté de la chose, Avatar. Vous n'avez pas le choix. Je tiens la vie de votre cher Prince entre mes mains. Il accepte, ou il meurt. Sa soeur est faible, son père est veuf. Il ne restera que sa tante, cette merveilleuse Azula la Démente pour reprendre le trône, ce qui précipitera sa Nation dans le chaos le plus total.

Enfin, Sana capta le regard d'Eizon et y lut la panique qui le tenaillait. Les vibrations émanant de lui étaient erratiques, perturbées. Et répercutée à hauteur de sa glotte. Sa respiration était obstruée. Et l'explication vint frapper Sana du fond de sa part de maitre de la terre. Fenken maintenait des pierres dans la gorge du jeune homme, et pouvait le tuer en quelques secondes.

Arrêtez ça !

Ne réfléchissant plus, Sana s'élança pour attaquer l'homme aux yeux verts. Cependant, ayant anticipé son mouvement, Fenken claqua des doigts. Les sièges macabres disparurent à l'instant même où les grand garde massif qui les avait malmenés quelques semaines plus tôt passait la porte. Sana reconnut le symbole des Initiés : il devait donc être plutôt faible en maitrise.

Il frappa le sol de son pied de pachyderme, et plusieurs pics sortirent de terre en direction de Sana. Mais elle était, elle aussi, entêtée comme le roc et brisa la pierre d'un geste du bras. Elle lui envoya un lasso d'eau qu'il intercepta de son immense main. Il s'approcha alors de la jeune maitre de l'eau. Toutes les attaques qu'elle lança atteignirent le géant, mais il demeura imperturbable, comme insensible à la douleur. Il fut bientôt couvert d'ecchymoses, le visages et le buste entaillés et lacérés. Mais il restait impassible, et avança son bras long comme un tronc d'arbre et enserra la gorge de Sana de ses gros doigts boudinés. La jeune femme se débattit, l'attaquant tant et plus avec le peu de mobilité qu'il lui laissait. Elle sentait la rage monter en elle chaque fois qu'Eizon entrait dans son champ de vision, chaque fois qu'elle entendait, à travers le bruit du combat, les efforts qu'il devait faire pour respirer.

- J'attends votre réponse, votre Majesté, soupira Fenkin en relâchant un peu la pression sur la pierre qui obstruait la gorge du prince.

- Plu- argh-tôt crever !

- À votre guise.

Fenkin tenait devant lui sa main droite, tendue et resserrait ses doigts avec une lenteur de marche funèbre. Il rit de son propre sadisme. Eizon toussa encore, mais ne quittait pas son bourreau des yeux, lui lançant un défi muet.

- Non ! hurla Sana.

- Gerik, fais-la taire ! aboya Fenkin à l'attention du géant.

L'Initié obtempéra, et resserra son étreinte sur le corps de Sana.

- Arrêtez, vous allez les tuer ! larmoya Ata. Papa, pitié !

Sana se mordait la joue pour ne pas hurler, cherchait au fond d'elle des forces supplémentaires mais rien ne vint. Elle se démenait, battait les flancs et les jambes de son agreseur de dizaines de coups de genou ou de talon, mais sa poigne ne faiblissait pas. Pendant ce temps, le souffle d'Eizon faiblissait, sans qu'elle puisse réagir. Elle ne put retenir le cri qui lui échappa quand elle sentit l'une de ses côtes rompre.

- D'accord, éructa le jeune maitre du feu, laissez-la !

Le sourire satisfait de Fenkin arracha un nouveau cri à Sana

- Non, 'Zon !

Et la poigne qui lui enserrait la poitrine se renforça encore, maltraitant douloureusement sa côte cassée. Elle ne pouvait plus faire aucun geste sans gémir, ses poumons la torturaient. Plus elle se débattait, plus le massif Gerik appuyait, plus les râles d'Eizon résonnaient dans la vaste salle.

Elle ne pouvait rien faire qui ne risquât de les mener tous les deux dans le monde des Esprits. Chaque geste, chaque cri durcissait leur calvaire. Lutter était bien inutile. S'ils persévéraient, ils mourraient.

Bats-toi pour protéger.

C'est ce qu'attendait Katara. C'est ce qu'elle se démenait à faire en vain. Protéger Eizon d'une menace sourde et perverse, sur laquelle sa maitrise n'avait aucune prise.

Non, c'est elle-même qu'elle cherchait à protéger. Sa sensibilité, ses sentiments, ses rêves. En attaquant bêtement Fenkin, c'est la rage qui avait parlé, l'envie de blesser le chef des Exilés, de le faire taire. Il était illusoire de croire que ce type d'attaque aurait pu sauver Eizon.

Elle devait renoncer à se battre, renoncer à intervenir. Retirer ses émotions de la balance.

Faire preuve d'abnégation. L'oubli de Soi.

Admettre- dans sa conscience- qu'Eizon puisse céder au chantage de Fenkin et épouser Ata, ou qu'il meure en y résistant. Prendre le recul nécessaire. Dans les flux et reflux de la rage, faire taire les cris de son coeur, de sa blessure, ne plus écouter que la voix de l'Equilibre.

Fermer les yeux sur ce monde, pour voir les évènements avec un regard dégagé, distancié, renforcé.

- SANAAAAAAAAAAArgh !


AN: Merci à Serwolex pour son commentaire.

J'espère vraiment ne décevoir aucun de ceux qui ont attendu la suite de cette histoire et parvenir à surprendre ceux qui la découvrent.

J'attends vos reviews!