Une bonne semaine de patience et voici le nouveau chapitre.
Chapitre 22
Affrontements et révélations
Deux miracles se produisirent simultanément.
L'un, évident aux yeux de tous, était l'apparition de l'Avatar dans toute sa gloire au milieu de l'Atrium.
L'autre, plus discret, qui ne fut pas immédiatement reconnu comme tel, était le geste d'Azula.
Elle avait tendu, de son plein gré, la main à quelqu'un- sans intention de le doubler et de le détruire. Et ce mouvement, le premier acte de pure générosité de sa vie, l'avait abattue.
Ta-Mei regardait le corps inanimé de sa tante, l'air intrigué et... en pleine forme. Elle avait attiré à elle les forces prodigieuses d'Azula. Mais la petite princesse craignait d'avoir tué la grande sans le vouloir.
Zuko, qui avait suivi toute la scène des yeux, indifférent à l'intervention de l'Avatar (il en avait vu d'autres), supposa que ce sacrifice avait été involontaire, de part et d'autre. Il ne pouvait concevoir qu'Azula et cédé ses forces et sa vie autrement que par inadvertance, par accident.
Il ignorait, bien sûr, que la dernière pensée de celle que le monde entier surnommait la Démente depuis la fin de la guerre avait été à peu près celle-ci : « Ah, j'ai encore vaincu ! J'ai réussi là où cette foutue paysanne a échoué : j'ai mis la princesse du Feu hors de danger. Moi ! Et ça va surement pourrir la vie de Zuzu pendant quelques semaines ! »
Ta-Mei jeta un regard surpris et inquiet vers son père, mais ils n'avaient pas le temps de discuter et se rassurer.
Et pour cause, le premier miracle sus-mentionné avait déchainé bien des passions parmi les Exilés.
Sana, au comble du désespoir et de la colère, avait trouvé en elle la force d' ouvrir ce fameux chakra, et de libérer la toute puissance de l'Avatar. Elle avait soulagé Eizon de la pierre qui le torturait, avait frappé leurs agresseurs, et, bon gré mal gré, avait épargné Ata.
Puis, frappant le sol, elle créa une onde de choc qui emporta les murs de l'Arche, les réduisant en poussière et copeaux.
Les maitres qui se battaient dans l'Atrium, et les membres de la confrérie, se figèrent en voyant s'élever au dessus d'eux le maitre des quatre éléments, le gardien de la paix, le passage entre le monde physique et le monde spirituel.
La plupart des Exilés étaient nés dans le Repère. Ils n'avaient vécu la fin de la guerre que comme une rumeur, le retour de l'Avatar que comme une légende suburbaine, et n'avaient surement jamais eu vent de l'existence et la mort de Aang. L'apparition de Sana, irradiante de cette maitrise universelle, était donc légitimement un choc pour eux.
Et le doute s'insinua enfin dans leurs convictions carrées et figées, grattant le vernis du joli dogme que Fenkin et ses sbires avaient entretenu depuis des années.
Parce qu'au delà de toute idée savamment et patiemment implantée, ils gardaient la conscience commune de ce fait simple mais qui allait changer l'issue du combat : l'Avatar avait toujours représenté le bien. La paix. L'unité.
Qui plus qu'un Demi-sang pouvait souhaiter la paix et la tolérance entre les peuples ? À quel point avaient-ils pu perdre contact avec la réalité du monde s'ils en venaient à attaquer les alliés de l'Avatar ?
À la seconde où Sana s'était révélée à tous, Fenkin sut qu'il aurait du mal à reprendre le dessus. Plusieurs soldats avaient baissé les poings et de nombreux civils s'étaient faufilés pour s'approcher d'elle, très intimidés.
Même ses amis eurent besoin de quelques instants pour se remettre de l'émotion de la voir ainsi pour la première fois. Mais dès qu'ils reprirent leurs esprits, ils reformèrent leur ligne défensive. Zuko et Eizon entouraient Ta-Mei. Le corps d'Azula avait été confié aux bons soins de Kaya. Sokka et ses fils affichaient des mines déterminées. Leurs rangs grossirent rapidement quand les Exilés, combattants ou non, se joignirent à eux. Et, conformément aux promesses du Seigneur du Feu, ils furent accueillis à bras ouverts. Maarho l'en remercia intérieurement.
Et Sana, sous son masque d'Avatar, sourit.
Un grand courant d'air balaya la salle, marquant l'entrée dans l'Atrium de trois maitres de l'air, deux adultes et un enfant. Ils ne portaient pas de grade, leur maitrise n'ayant sans doute pas été reconnue par leurs pairs. Ils vinrent se placer devant Tekka et Shen :
- Nous pensions être les seuls- les derniers, chuchota la femme en adressant un grand sourire aux enfants de Aang.
- Vous ne l'êtes plus, répondit Tekka avec un clin d'oeil.
Ata ne s'était pas trompée, elle n'avait pas menti : il y avait bien des maitres de l'air parmi les Exilés.
C'est cet instant que choisit Dej pour hurler :
- Bande de traitres ! Vous osez abandonner vos frères ! Vous désertez ! Vous paierez pour cet affront !
Une jeune fille, non gradée, qui s'était glissée timidement parmi les guerriers des Tribus, répondit à ses menaces :
- On ne déserte pas ! La Confrérie devait être une famille, pas une armée !
Elle fut acclamée par ceux qui avaient passé la ligne invisible qui séparait maintenant les deux camps et d'autres, encouragés, franchirent le pas alors qu'ils hésitaient encore une seconde plus tôt.
Mais Dej avait encore beaucoup d'emprise sur ses hommes, et Fenkin se relevait. En le voyant, blessé, au milieu des débris de l'Arche, « Salade » (et ce surnom que lui avait attribué Tekka lui convenait mieux que jamais maintenant qu'il se décomposait sous leurs yeux, le teint verdâtre et la joue flasque) trouva son angle :
- Regardez comme ces lâches sans honneur s'en prennent à l'un de nos frères les plus respecté.
Il ordonna ensuite qu'on aide Fenkin et qu'on le soigne, mais l'auto-proclamé Grand Sage rebondissait déjà :
- J'ai survécu à l'attaque indigne de l'Avatar. Ne vous laissez pas influencer par leurs belles paroles ! Quelles offenses les Plain-Sang ne nous ont-ils encore fait subir ?
Ces mots attirèrent à nouveau sur lui le regard blanc de l'Avatar
Pardonne l'ignorance. Pardonne même la bêtise. Jamais la persistance dans l'une ou l'autre.
Sana fit un mouvement vague, comme on chasse une mouchstique, et la terre trembla autour de Fenkin
- Silence ! gronda-t-elle de ses milliers de voix.
Il essaya de toute ses force de ne pas paraitre terrifié.
- Vous n'avez pas d'ordre à me donner, Avatar. Vous qui êtes chargé de maintenir la paix mais qui venez semer le trouble et la discorde dans une communauté paisible.
Faisant tourner sa main droite comme si elle jouait avec une marionnette, Sana commanda les quatre sièges qui sortirent du sol et pivotèrent, afin que chacun puisse reconnaitre les corps à jamais scellés dans la pierre.
De toutes parts jaillirent des hoquets de stupeur, des « Aah ! », des « Ooh ! », ... et un « Bah dégueu ! » étouffé mais qui émanait distinctement de Keheko.
Quand les Exilés comprirent qu'ils avaient été manipulés, Eizon eut un instant l'espoir que l'affrontement sanglant ne fasse pas davantage de victimes.
Malheureusement, Dej n'était jamais à court de mots.
Il accusa Sana de la mort des Sages, et certains le crurent malgré les évidences, refusant sans doute de remettre leurs petites certitudes en question.
Alors, comme un seul homme, répondant sans doute à un ordre muet, la centaine d'Exilés encore hostiles attaqua.
Comme toujours, les moins gradés furent poussés vers l'avant. Ils fonçaient tête baissée sur la ligne des « Plain-Sang », attaquant indifféremment leurs anciens confrères comme ils attaquaient l'ennemi. Il n'était plus question de communauté et de Demi-Sang. Il n'était que question de Dogme et d'obéissance aveugle à un ordre donné. Fenkin et Dej galvanisaient leurs troupes de leurs hurlements fanatiques.
Le commando s'organisait pour intégrer ses nouvelles forces et protéger les civils qui s'étaient ralliés à eux.
Plusieurs Novices se jetèrent sur la famille Royale du Feu, les supposant épuisés par les combats précédents. Ils furent accueillis par trois boulets incandescents envoyés à tout vitesse vers trois bas-ventres. Toute la troupe recula d'un pas. La main encore fumante, Eizon eut un sourire en coin. À ses côtés, son père et sa soeur, affichant le même faciès satisfait et déterminé. D'autres attaques suivirent, qui faisaient chaque fois plus de dégâts parmi les rangs adverses. Mais les Exilés manquaient soit de cervelle, soit d'instinct de survie.
- Quels imbéciles, ils ne réussiront qu'à se faire tuer ! grogna Maarho en enfonçant trois soldats dans le sol jusqu'aux épaules.
- Ils envoient encore les plus faibles d'abord ! s'offusqua Suki qui bondissait d'adversaire en adversaire sans même toucher le sol.
- Sans doute pour nous fatiguer ou pour créer une diversion, supposa Tobekka en assommant un adversaire qui l'attaquait par derrière d'un coup de coude.
Leur conversation ponctuée de coups portés et de cris arrachés à l'ennemi fut suivie d'un grognement enragé que Zuko ne put retenir. Les puissants ne cesseraient-ils donc jamais de se servir des plus faibles comme chair à canon ?
Shen et Tekka avaient fait plus ample connaissance avec le couple de maitres de l'air, Unuan et Soleng. L'enfant était le leur, une petit fille du nom d'Anesh qu'ils avaient confiée à Keheko et Kaya.
À quatre, ils déchainaient de puissantes bourrasques contre lesquels le Exilés devaient lutter pour les attaquer, mais qui les plaçait à portée des tirs de Meda et Toph.
L'Avatar suivait à distance ces combats. Son regard blanc ne s'était pas détaché de Fenkin.
Quelques Exilés attaquèrent l'arrière-garde constituée de Keheko et Kaya. La jeune maitre de l'eau forma un long lasso d'eau à l'aide duquel elle fit trébucher plusieurs ennemis qui firent ensuite connaissance avec la crosse de l'épée de son cousin.
Un maitre du feu Initié entra dans le combat. Kaya avait travaillé avec Ta-Mei et Zuko, elle savait comment affronter cette maitrise opposée à la sienne. Mais ses maigres fouets d'eau ne parvinrent pas à impressionner l'homme qui forma un large bouclier de flamme. La rencontre des deux éléments dans un sifflement créa un nuage de vapeur qui retomba vite dans la poussière ambiante.
- Je vais manquer d'eau ! hurla Kaya à l'attention de son partenaire.
Keheko se rapprocha pour protéger sa cousine.
- Tu ne sais pas prendre l'eau dans l'air ? s'étonna Sokka, en levant un sourcil si haut qu'il disparaissait dans les plis de son front tandis que l'autre était froncé comme une chenille frileuse.
- Bien sur que si, mais là y a PAS d'eau dans l'air, répliqua l'adolescente.
- Il y a un réseau de canalisations qui parcourt tout le sous-sol, indiqua Maarho qui avait créé un grand mur protecteur pour ralentir les attaques. Ça fait le tour de l'Atrium.
Toph enchaina alors quelques mouvements secs et carrés, et le sol craqua aux quatre coins de l'Atrium. D'immenses jets d'eau en jaillirent.
- Livraison à domicile, Pomme d'Amour ! lança la Fripouille.
Le liquide s'étala et se répandit dans tout l'Atrium. Le champ de bataille se transforma rapidement en vaste bourbier où tous les maitres peinaient à circuler.
Quand la seconde salve d'Exilés entra en scène, les coups durcirent et l'affrontement devint plus violent encore. Les Initiés étaient aussi bêtes que leur prédécesseurs, mais plus entrainés.
Les attaques se firent plus rapides et plus précises, redoublant de puissance.
- S'ils persistent à se montrer vicieux, on n'évitera pas la boucherie ! prévint Eizon qui avait évité de justesse une lame de glace dont sa gorge était la cible. Si on commence à répondre coup pour coup, il y aura des morts !
Il avait face à lui quatre maitres. Terre, terre, feu, eau. Mieux organisés, ils tentaient des attaques groupées qui se révélaient malheureusement plus efficaces.
- Mais pourquoi Sana n'intervient pas ? plaida Ta-Mei.
- Ouais, Aang aurait déjà... commença Sokka
- Aang serait intervenu de tout son super-pouvoir et aurait imposé son point de vue par la force... commença Zuko tout en faisant signe à sa fille d'aller rejoindre Kaya à l'arrière.
- Sana espère encore une prise de conscience, acheva Eizon.
Oui. Tant d'Exilés s'étaient déjà réveillés d'eux-mêmes, en la voyant apparaitre ou à la révélation des cadavres des Sages. Pourquoi réduire les autres au silence par la force alors qu'ils étaient aussi manipulés, seulement un peu plus têtus ou naïfs ?
Justement, alors que le combat faisait rage et que les blessures se faisaient plus profondes de part et d'autre, une voix se décida à se faire entendre.
- Arrêtez de vous battre ! S'il-vous-plait, ne vous battez pas !
Mais perdue dans les cris enragés ou les plaintes, entre les craquements de la terre ou des mâchoires et les déflagrations de feu et d'air, entre le tintement des épées et le claquement des fouets d'eau, cette petite voix était bien faible.
- Sana, fais-les cesser ! Arrête-les ! suppliait-elle.
L'Avatar sembla l'ignorer.
Mais quand l'un de ses alliés, fatigué de ce combat qui durait déjà depuis de longue minutes, fatigué d'affronter des maitres alors que lui n'en était pas un, fatigué de mesurer ses coups alors que l'ennemi frappait fort et dur avec la très évidente intention de blesser, quand sa mère pourtant guerrière endurcie hurla son nom, le nom de l'ainé de ses fils, l'Avatar ne put plus se murer dans une apparente indifférence. La voie pacifique avait échoué ?
Il était temps de leur montrer que l'Avatar n'est pas craint depuis des millénaires pour rien.
Elle bondit de la plate forme de fondation de l'Arche dans un grand souffle, et atterrit accroupie au centre du champ de bataille. La boue qui couvrait le sol éclaboussa en plusieurs vagues sous le choc.
- Assez ! gronda l'Avatar de ses mille voix.
Ce mot fut accompagné d'un mouvement des mains, comme pour arrêter un rhino qui charge ou calmer des enfants qui se chamaillent. Seulement Sana était maitre des quatre éléments, et ce geste provoqua un raz-de-marée de boue qui couvrit une bonne partie des Exilés jusqu'aux genoux.
Légitimement impressionnés, nombre d'entre eux crièrent ou gémirent.
Mais l'Avatar levait déjà ses mains, lentement, droit devant elle, de plus en plus haut.
Et de la même manière la glace et la terre remontaient le long des jambes des Exilés.
Tout étaient coincés jusqu'à la taille, prisonniers des éléments dont ils n'étaient pas maitres. Les maitres du Feu et de l'eau ne pouvaient empêcher la roche de former peu à peu un sarcophage autour de leur corps les maitres de la terre grelottaient, impuissants contre la lente ascension du givre.
Le silence s'imposa avec l'immobilité contrainte.
- Ne vous laissez pas intimider ! hurla encore Fenkin à ses troupes alors que lui même se débattait contre la glace.
Il fut interrompu par le claquement assourdissant de la gifle qu'Ata abattit sur sa joue. Il y eut un cri de protestation et la jolie héritière ne scruta pas la foule à la recherche du regard de sa mère. Non, elle n'espérait pas être approuvée.
Trop sonné, le « Grand Sage » ne parvint pas à articuler de réplique ou d'insulte immédiatement. Ce qui permit à sa fille de prendre la parole, s'adressant à ses Confrères.
- Vous me connaissez tous. Je suis Ata. Je suis la fille de Fenkin, Intendant et porte-parole des grands sages- du moins de leur vivant- et de Nora, Aguerrie et Architecte. Je recevrai leurs titres, leurs grades sans avoir à passer l'Initiation. Mais je ne suis pas un maitre. Je ne suis même pas une bonne ouvrière. Et c'est pour ça que tant d'entre vous connaissent si bien mon visage : on m'a baladée d'atelier en atelier, de service en service, sans en trouver un pour lequel j'aie le moindre talent. J'étais Ata l'Héritière, Ata la jolie, Ata l'Inutile. Et j'étais heureuse puisque c'était ce que j'avais toujours connu. La Confrérie, la Famille.
Puis j'ai été affectée aux cuisines et, étonnamment, je n'étais pas complètement incapable.
C'est là que j'ai découvert que nous avions une part d'ombre. Sinon, pourquoi détenir prisonnier des adolescents, des gens de mon âge. Pourquoi enfermer et torturer une jeune fille en la soupçonnant d'être l'Avatar ?
Je les ai aidés. J'ai commencé à les aimer.
Tekka sourit.
- Mais je restais aveugle, poursuivit-elle. Et sans le vouloir, j'ai mené nos troupes jusqu'à eux. Je les ai trahis. Eux qui m'avaient offert leur amitié sans arrière-pensée, sans convoiter mes grades.
Il est temps pour vous tous de recouvrer la vue !
Toph ricana.
- Il est temps pour vous de voir les mensonges dont Fenkin vous a abreuvé depuis des années. Depuis plus de dix ans, mon père est rongé par son ambition et son orgueil, il veut dominer les nations, posséder des richesses, imposer sa loi. Et vous le suivez, vous qui lui faites confiance. Oh, comme la vérité est fragile.
Mais il est temps pour les Exilés de relever la tête hors de ces cavernes, et de rejoindre un monde qui est prêt à nous accueillir, un monde métissé qui abat ses clivages uns à uns, un monde peuplé de demi-sangs, un monde qui a enterré la guerre.
Nous ne voulons pas partager sa tombe !
Et ce discours fut entendu et acclamé par les Exilés de part et d'autre du champ de bataille. Certains répétèrent même sa dernière phrase, devenue pour eux le cri de la conscience retrouvée, le cri de la liberté attendue.
L'Avatar sourit.
Et lorsqu'elle se redressa, elle posa sur cette foule apaisée son regard bleu comme les nuits sans lune.
AN: J'espère ce chapitre vous a plu!
Comme toujours, je vous invite à me laisser un commentaire.
