Epilogue
Nouveau Cap
Sans attendre d'avoir été annoncée, Sana pénétra en trombe dans la salle du conseil. Une dizaine de membres siégeaient ce jour-là et ils commentèrent son irruption avec véhémence. Elle les ignora, le regard fixé sur la silhouette qui venait de se lever du trône. Eizon présidait la séance.
- Avatar Sana, que puis-je pour vous ? demanda-t-il avec fermeté mais visiblement nerveux.
À ces mots, les remarques acerbes cessèrent autour de la table. Sana savait que ces messieurs très sinistres et très sérieux rongeaient leur frein, digérant mal l'interruption d'une femme, issue des Tribus de surcroit, Avatar ou non.
- Votre Majesté pourra-t-elle m'expliquer ce qui se trame à Ophten ?
Les voix s'élevèrent à nouveau tout autour d'elle. Elle s'emporta :
- Depuis quand la Nation du Feu a-t-elle repris la construction de dirigeables ? Il y en a des centaines, bien plus qu'il n'en aurait fallu à Ozai pour réduire en cendre le Royaume de la Terre ! C'est une armada !
- C'est un projet que nous avons mis au point avec... tenta d'expliquer son principal interlocuteur avant d'être interrompu.
- Comment croyez-vous que le roi de la terre va interpréter ça ? Ses généraux pointent déjà la Nation d'un doigt accusateur. Ils pourraient très légitimement attaquer le chantier !
- Kuei est un lâche, il ne fera rien, assura Eizon. Et ses généraux ne nous attaqueront pas sans raison...
Elle enrageait. Elle avait vu le chantier, les engins ovoïdes prêts à décoller. Elle doutait qu'une telle flotte serve le maintien de la paix. Elle coupa à nouveau la parole au jeune homme qui s'efforcait de s'imposer face à ses propres conseillers. Mais elle avait les mots qui le feraient taire :
- Je ne sais même pas pourquoi je discute de ça avec toi. Je devrais en parler avec ton père.
Il accusa le coup, serra les poings, et d'un ton mielleux
- Avatar, est-ce que je peux vous parler un instant en privé ?
Elle sentit la température augmenter, aussi accepta-elle, la voix nappée de sucre sur lit de menace.
Elle suivit le Prince du Feu dans une sorte de salle d'attente adjacente à la chambre du conseil puis dans l'office attenante. La pièce était encombrée de roulleaux de parchemins, de lourds catalogues, et d'une étagère croullant sous les dossiers d'archive. Ce n'était vraiment pas le décors idéal vu l'ambiance de la discussion qui les attendait. Eizon semblait déjà irradier de colère contenue.
- Est-ce que tu te rends bien compte de ce que tu viens de faire ? demanda-t-il en posant ses mains sur le bureau de bois précieux, le dos tourné à la jeune femme.
- J'ai fait mon boulot d'Avatar en rappelant à un petit prince qu'il ne peut pas se mettre à fabriquer des engins de guerre quand le monde entier marche sur du verre pour que la paix soit maintenue.
Elle arriva un peu essouflée à la fin de sa phrase et s'étonna qu'il l'ait laissée finir. Il se tourna vivement vers elle, agité, et il accompagna sa réplique de mouvements larges, désignant à travers les murs la salle du trône et le Royaume éloigné dont ils discutaient.
- Non, tu as platement sapé le peu d'autorité que je pouvais avoir sur ces vieux emm- sur le concile ! Mon père a passé trente ans de sa vie à stabiliser ce pays, à s'assurer la fidélité des nobles et à gagner leur confiance. Et pour une fois que je pouvais marcher dans ses pas, tu débarques pour m'humilier en pleine conférence !
Sana ne savait que répondre. Mais elle refusait de céder.
- Tu croyais que j'allais te féliciter pour avoir lancé la production massive de ballons de guerre ?
Question rhétorique.
- Ce ne sont pas des engins de guerre, ce sont des dirigeables, corrigea-t-il.
- Que Sokka a conçus pour le combat !
- Et dont Keheko a modifié les plans pour qu'ils soient plus maniables et adaptés au...
- Tu as entrainé Keheko dans ton plan tordu ?
- Mais qui parle de plan tordu ? Ils serviront à transporter des personnes !
- Des soldats ?
- Non ! Jamais ! Aucun fils de l'eau n'aurait accepté de m'aider si j'avais eu un projet non-pacifique !
Au contraire, ils auraient été les premiers à débarquer au palais pour lui réarranger le portrait à coups de masse. Ils auraient probablement visé le nez en plaisantant « cassé pour cassé » ou « la double fracture, c'est encore plus viril ». Sana savait tout ça. Pourtant, elle n'avait pas analysé les tenants et aboutissants. Quand on l'avait appelée à Bah-Sing-Se, elle n'imaginait pas que ce serait pour lui poser un ultimatum- une nouvelle guerre si la Nation du Feu n'interrompait pas ce qui couvait à Ophten.
Mais aucun Avatar avant elle n'avait été dans une position si délicate, et si ouvertement accusé de prendre parti par un roi naïf et ses généraux amers. Elle était en colère. Parce que Aang, pourtant moine de l'Air, avait pu, lui, marquer une très nette et très évidente préférence pour un peuple- ou du moins, un individu issu de ce peuple. Aang n'avait pas renoncé à toute attache terrestre, il n'avait pas été puni pour son siècle d'hibernation, il n'avait pas eu à tuer un seul homme – même l'un des pires que les esprits aient vu naitre depuis l'aube des jours. Il avait été et un Avatar, et un homme. Alors pourquoi ne pouvait-elle s'attacher, alors qu'elle avait accepté son rôle d'Avatar sans rechigner, alors qu'elle avait traversé autant d'épreuves que le Dernier maitre de l'Air ?
Sana grogna intérieurement : Merci, monsieur « J'ai-été-plus-heureux-qu'aucun-Avatar-avant-moi », tu nous a pourri notre karma.
Ou l'avait-elle bousillé elle-même en se jetant dans les vagues, il y avait pourtant plusieurs années de ça ?
Le prince du Feu scrutait le visage de la jeune femme.
- Enfin, Sana, réfléchis cinq minutes, plaida-t-il. Je n'ai jamais été ton ennemi.
La jeune Avatar tentait de dénouer le macramé qui s'était formé dans son estomac. Ou était-ce son coeur qui se contractait ? Où était Shen quand il lui fallait un réassort rayon chakra ?
Elle expira, lentement.
- Jamais ? répéta-t-elle, un sourcil levé et un discret sourire en coin.
Eizon soupira, et toute colère s'évapora.
- Ah, là, je te reconnais...
Cinq ans plus tôt, équinoxe d'automne.
La nuit était tombée sur le palais. Bientôt, tous seraient rassemblés dans la grande salle de bal pour célébrer l'entrée d'Eizon dans l'âge adulte et l'ascension de Sana au rang de Maitre. Bon nombre de leurs amis auraient fait le déplacement pour les encourager ou les féliciter. Même Ursa avait obtenu une dérogation pour venir assister à la fête, la présence de l'Avatar étant un gage de paix suffisant aux yeux du Royaume de la Terre.
Dans quelques minutes, ils se retrouveraient à nouveau face à face au milieu de dizaines de personnes, sous les regards appuyés de leurs familles. Et les mots indispensables mourraient à nouveau avant d'avoir quitté leur bouche, assassinés dans l'oeuf par le chahut ambiant, avorté par l'omniprésence des conversations.
Sana n'était pas prête à l'affronter.
Elle ajustait la bretelle de sa robe sur son épaule soignée à la va-vite, fixant son reflet dans le miroir en pied. Elle ne se reconnaissait pas.
Cette fille qui avait fui ses propres sentiments et laissé tant de non-dits s'accumuler entre elle et une personne qui lui était chère n'était pas Sana. Cette fille qui refusait d'avouer ce qu'elle ressentait par peur d'être rejetée, ou pire, par peur de se montrer fragile n'était pas Sana. Cette fille qui s'était déjà jetée dans les vagues une fois et qui ressentait encore leur appel en elle n'était pas Sana.
Non.
Sana était l'élève – presque la fille spirituelle – de Katara, la courageause maitre de l'eau de l'Avatar, qui refusait le silence comme le plus grand mal qui soit. Elle lui avait appris à ne pas se taire, à ne pas se murer dans sa coquille, à ne pas laisser s'incruster partout le givre mortel des regrets.
Sana était robuste et déterminée, et ne craignait plus la solitude. Elle savait ce dont elle était capable, et ses amis la respectaient pour sa force. Mais s'ils l'aimaient, c'était pour son humour, son honnêteté, et sa douceur bien cachée.
Et surtout, Sana avait lutté et vaincu cette part d'elle qui était attirée par le chant des vagues. Elle l'entendait parfois, le son mélodieux de la chute. Oh, comme il avait été facile se s'y laisser couler. Il n'y avait rien à espérer au fond de l'abysse. C'était précisément la facilité que de fermer les yeux à jamais sur ses propres douleurs. Et Sana se sentait capable de les affronter tête haute.
Mais rien de ce qui faisait de Sana Sana ne transparaissait dans son regard à cet instant-là, et elle n'était pas elle-même sur le podium lors de l'Agni Kai.
Sana, la vraie Sana, n'aurait pas baissé les yeux devant Eizon, et n'aurait pas refusé tout contact avec lui. Serait-elle elle-même à leur prochaine interaction ?
Elle sut qu'il était devant sa porte avant même qu'il ne cogne. Elle ouvrit. Il resta longtemps sur le seuil, magnifique et hésitant.
- Entre, invita enfin la jeune femme
Eizon s'avança, une expression torturée peinte sur ses traits fins. Elle le laissa scruter son visage et ses yeux, chercher les réponses. Mais il fixait un point situé plus bas, sur la gorge vêtue de bleu.
- Je peux la voir ?
Elle acquiesça et sortit la médaille de son décolleté. Elle la laissa retomber sur sa poitrine. Le Prince suivit le geste, puis le balancement de la lourde pièce d'or. Il releva rapidement les yeux, comme s'il se les était brulés.
- Voilà, fit Sana pour meubler.
Il y avait tant de choses à dire, mais elle n'était pas prête.
- Je... Je peux ? demanda-t-il encore en pointant la médaille.
Comme elle ne le repoussait pas, il y vit une réponse affirmative et approcha pour venir cueillir le bijou. Le poids était familier dans sa main. Il avait lui-même foré le petit trou pour suspendre l'écu ancien à la longue chaine. Et tandis qu'il caressait du pouce la face endommagée, semblant se rappeler certains détails et élucider certains mystères, il en restait un qui restait sans solution :
- Pourquoi tu l'as prise ?
- Je ne l'ai pas volée ! se défendit Sana
Il était si proche d'elle à présent, à moins d'une longueur de bras, relié par les maillons fragiles.
- Ce n'est pas ma question. Pourquoi tu l'as prise ?
- Je ne sais plus, mentit la maitre de l'eau qui se sentait minuscule sous le regard d'ambre.
Il ne portait aucune accusation, mais attendait les explications qui lui étaient dues.
- Pourquoi ? insista-t-il, irrité par la résistance de la fille dont les yeux bleus le suppliaient de ne pas poser encore la question. Pourquoi ! On ne se balade pas avec un bijou volé autour du cou pendant huit mois sans savoir pourquoi !
- Je ne l'ai pas volé !
- Réponds-moi !
Elle voulait céder, lui expliquer combien il lui avait manqué. Mais il savait déjà. Il savait que cette chose qu'il voulait ramener à la vie n'était, en fait, jamais morte. Elle n'avait pas la force de balbutier des excuses ridicules qu'il ne pourrait accueillir que par des « je sais ». Qu'aurait-elle pu dire qu'il ne sache déjà ? Qu'elle n'avait cessé de pensé à lui, tout ce temps. Qu'elle avait cru qu'on lui arrachait un membre quand il avait été enlevé, parce qu'ils étaient séparés pour la première fois depuis leur rencontre. Que, bien sûr, elle essaya de se convaincre qu'elle s'était juste habituée à sa présence. Mais c'était plus que ça, depuis quelques temps, depuis le début.
Et il lui avait manqué. Fort. Incroyablement fort. Terriblement.
Alors, oui, elle était entrée dans sa chambre pour retrouver un peu de lui derrière la porte de cerisier. Elle n'avait pas voulu voler la médaille. Mais tout s'était précipité quand les Néo-Suprématistes avaient débarqué et elle n'avait plus pensé à la remettre à sa place. Puis elle n'avait plus voulu s'en défaire.
Ensuite, elle s'était précipitée pour le retrouver, et il était impossible de décrire l'excitation et l'impatience qui la parcouraient alors qu'elle faisait sauter la porte de son cachot hors de ses gonds.
Et il était avec elle.
Et elle eut mal, tellement mal alors qu'au fond elle savait que ce n'était rien. Qu'il ne s'intéressait pas à Ata. Mais d'avoir eu si mal pour rien, c'était encore pire que si ça avait été pour quelque chose...
- Tu sais pourquoi je l'ai prise, affirma-t-elle sans lever les yeux.
Il n'avait pas lâché le lien, et elle sentait sur ses joues humides son souffle chaud.
- Oui, je sais, avoua-t-il. C'est pour ça que je n'ai pas compris ta réaction. J'essaie. Mais je ne peux pas comprendre que tu m'aies rejeté alors que, pendant tout ce temps, tu portais ma médaille entre tes...
Il rougit et n'acheva pas sa phrase, Sana suppléa :
- Sur mon cœur.
Elle lui offrit un sourire timide, comme une offrande de paix. Elle lut les nouvelles interrogations se former sur les lèvres pâles du prince, et cette fois répondit avant qu'il ne les articule.
- C'était moins douloureux de renoncer à toi que d'affronter l'idée de te perdre.
Il sembla stupéfait. Puis fâché.
- Moins douloureux ?
- Oui. On ne peut pas perdre ce qu'on n'a jamais eu.
- Alors tu as juste abandonné ?
Sana se redressa. Il y avait une note de déception dans la voix d'Eizon, ce ton presque paternel qui dit « j'attendais mieux de toi ».
- Ce n'était pas un abandon ! Je suis l'Avatar, ça fait partie des trucs que je dois faire.
- Oh ne me sors pas l'excuse de l'Avatar !
- Tu n'as jamais renoncé à quelque chose que tu ne pouvais pas garder ?
Il explosa :
- Jamais sans me battre ! Tu crois qu'il suffit de s'éloigner de ce qu'on désire pour que le manque disparaisse ? Pour oublier ? On sera forcément amenés à se revoir, alors dis-moi, ce sera indolore de se croiser deux ou trois fois par ans ? Tu ne souffriras pas un instant de me voir épouser une autre femme que je finirai surement par aimer un peu ? Tu ne passeras pas des nuits entières à te demander « et si… ? »
Il poussa un profond soupir.
- Moi, je ne pourrai pas. Je ne supporterai pas que tu m'évites à chaque occasion, que tu en choisisses un autre par dépit, que tu deviennes énorme en portant ses enfants,… Ou pire, que tu finisses ta vie seule et amère.
Comme l'Avatar Kyoshi. Comme tant d'autres avant et après elle.
Sana resta un instant, la bouche entrouverte, muette comme une carpe-panda. Elle ne parvenait pas à croire qu'Eizon ait envisagé l'avenir à si longue échéance alors qu'ils étaient encore si jeunes. Mais ce qui la laissait sans voix, c'était ce qu'elle lisait entre les lignes.
S'il voulait d'elle, ce ne serait pas une idylle éphémère entre adolescents. Ce ne serait pas une aventure fragile et ponctuelle qui les ravagerait tous les deux.
Si elle calmait ses craintes infantiles et cessait d'être si bêtement entêtée, s'il y avait un « Eizon et Sana », ce serait une histoire vraie et solide, une histoire d'…
Une histoire d'amour.
Sana résolut de ne plus se satisfaire du conditionnel. Déterminée, elle enfonça enfin les yeux dans ceux d'Eizon. Comme ceux de Lady Mai, ses yeux souriaient tendrement. Il avait vu le changement en elle, il avait observé les rouages tourner dans sa tête.
- Je passe déjà des nuits entières à me demander « et si… ? »
Toute l'attitude du jeune prince se radoucit, le sourire gagna chacun de ses traits, la lumière redoubla dans l'or de ses yeux.
- Et si on trouvait ensemble un remède contre l'insomnie ? offrit-il en jouant encore avec la chaine du médaillon.
Sana rit puis lui retira délicatement le bijou des mains. Elle porta à ses lèvres les phalanges d'Eizon.
- Tu m'as manqué. Nous m'avons manqué. Je suis désolée si j'ai encore réagi comme une sale gamine irresponsable coupeuse de parole.
Eizon hocha la tête. Il se souvenait bien de ces mots repris par Sana. Ils avaient partagé ce « quelque chose » qui était bien réel. Ils ne repartiraient jamais de zéro, tous les deux.
- Tu m'as manqué aussi. Par instant, j'avais vraiment l'impression que tu étais là, avec moi, et qu'on flottait tous les deux.
Il sourit pour ne pas passer pour un fou. Elle posa une main fraiche sur la joue lisse, aimant sous ses doigts la douceur du duvet à l'angle de la mâchoire.
- J'étais là. Je suis là. Je n'ai plus mal.
Elle s'invita dans ses bras, il la serra contre lui. Il posa un baiser sur la tempe de la jeune femme puis, comme elle tendait tout son corps vers le sien, il embrassa les lèvres brunes.
Oubliées toutes les tentatives manquées, toutes ces fois où ils auraient pu échanger ce premier baiser et tous les doutes qu'ils n'auraient pas eu à traverser s'ils l'avaient fait. Il fallait que ce soit cet instant-là, et que Sana tremble légèrement d'impatience ou de retenue, et qu'Eizon goûte le fruit de son attente comme une promesse tenue.
Ils restèrent un instant la respiration saccadée, tentant de cacher leur sourire béat en enfouissant leur visage contre l'épaule ou dans les cheveux de l'autre. Ils enregistraient et chérissaient mille petits détails qui encreraient cet instant unique dans leur mémoire.
Soudain, Eizon se remit à chipoter l'écu d'or, et chaque frôlement de ses doigts faisait frissonner Sana.
- Tu sais, elle te va bien, cette médaille, dit-il avec un sourire en coin. Je ne veux plus que tu l'enlèves.
- Je n'ai pas attendu ta permission pour ça, lui rappela la jeune femme.
Quelques minutes plus tard, ils entrèrent dans la grande salle de bal main dans la main, leurs doigts entremêlés. Ils furent applaudis par les notables présents pour le combat qu'ils avaient livré dans l'après-midi. Leur famille les acclama pour l'autre lutte qu'ils avaient menée et résolue dans l'intimité. Eizon salua la foule avec grâce et toute la noblesse de son sang, Sana l'imita maladroitement, intimidée.
Comme prévu, presque tous leurs proches avaient fait le voyage depuis le Pôle Sud, depuis Par-Tung-Gaan, depuis Réunion ou la Communauté de l'Air des Îles Kemeru.
Le Seigneur du Feu Zuko prononça un discours concis mais efficace. Ceux qui le connaissaient bien entendirent le tremblement dans sa voix lorsqu'il rendit un bref hommage à Katara. Il leur annonça qu'ils avaient tous les deux passé l'examen avec brio.
- Vous nous avez prouvé à tous votre valeur Vous vous êtes véritablement battu l'un avec l'autre et l'un pour l'autre.
La soirée qui suivit fut mémorable. Tobekka et Galeen annoncèrent leur intention de se marier Toph leur présenta son compagnon Dei Noo Meda fit tant danser la petite princesse du Feu qu'elle en eut les joues écarlates et eut droit à un long sermon intimidant d'un Zuko qui ne parvenait étonnamment pas à cesser de sourire Sana trouva Ata presque sympathique Shen et Maarho disparurent quelques minutes et revinrent échevelés (enfin, surtout Maarho puisque les cheveux noirs de Shen n'avaient pas encore assez repoussé). Tous s'amusèrent, et tous se promirent de remettre ça le plus tôt possible.
Sana entrouvrit les yeux lorsqu'elle sentit une caresse couler le long de sa peau nue. Elle se tourna face au Prince du Feu et contempla ce visage adoré.
- J'aime quand tu reviens de voyage, chuchota-t-il.
- Je sais. D'ailleurs, si je pars si souvent, c'est uniquement pour l'accueil très plaisant que tu me réserves quand je rentre. Rien à voir avec le fait d'être l'Avatar.
Il rit et elle sentit sa respiration lui chatouiller le nez. Il laissait courir ses doigts de marbre sur l'épaule sombre, suivant le contour du muscle, glissant sur l'arête des clavicules. Ses yeux tombèrent machinalement sur le médaillon. Il pinça les lèvres en songeant que sans ce petit indice, il aurait toujours douté des sentiments de Sana, se serait enfermé dans la colère d'avoir été rejeté malgré tous les sages conseils de son père et n'aurait jamais osé la confronter comme il l'avait fait. C'était cinq ans plus tôt.
- Tu regardes chaque fois cette médaille comme si tu la découvrais, plaisanta Sana.
- J'adore te voir la porter, admit-il en triturant le fermoir d'or. J'adore la voir, là, sur toi, entre tes… sur ton très joli cœur.
Elle rougit, remarqua la fierté dans le regard d'Eizon, et rougit de plus belle.
- D'ailleurs, c'est dommage de la cacher, tu devrais la porter plus haut, sur le cou, tu sais, comme ces colliers que vous portez dans les Tribus.
Le prince expliquait son idée en enroulant la chaine sur elle-même jusqu'à ce que la médaille vienne reposer à la base de la gorge de la maitre de l'eau.
- Ce sont des colliers de fiançailles, précisa Sana, troublée.
Mais il resserrait déjà les mailles, et sembla apprécier l'image, les reflets dorés sur la peau sombre, l'équilibre délicat entre les jointures fines, les mailles fragiles et l'écu massif. Mais par dessus tout, il retrouvait dans les yeux bleu nuit l'éclat de la vraie Sana. Et elle était certaine d'être elle-même parce que le doux regard d'ambre ne pouvait la tromper ou lui mentir.
- Et bien, soit.
AN: Ici se termine "Le Cap".
Je suis très contente d'être parvenue à la fin de cette fic. Je ne reviendrai pas ici sur le "hiatus" de 3 ans en cours d'écriture. J'ai passé de bons moments à écrire cette histoire et j'espère que vous vous êtes amusés en la lisant.
Manipuler des OC n'est vraiment pas plus facile que de jouer avec les personnage pré-existants. Avec les personnages de ATLA, qui sont tous hauts en couleurs et dont les caractères sont bien tracés, on prend le risque de sortir du personnage ou de montrer une facette de lui que les lecteurs n'ont peut-être pas perçue de la même manière. C'est la liberté que nous accord . Mais la création d'un nouveau personnage n'élimine pas ce risque, il le renforce même puisque les gardes-fous du "canon" n'existent pas.
Et Sana, n'était vraiment pas évidente à écrire. La face anxieuse de Sana n'est apparue qu'en cours de projet et a pris une grande part au fur et à mesure. Et comme c'est à travers ses yeux qu'on suit les évènements, quand je ne parvenait pas à gérer Sana, c'est toute la fic qui était à l'arrêt.
Malgré cette difficulté, Le Cap atteint les 153 pages Word pour quelques 88.000 mots.
Merci à Ywena, Serwolex, KeArrow, Larm, Schismatik, speedlings, jennytheboss, Ellenmenel, plume-noire6 et à tous ceux qui ont laissé une review, à tous ceux qui ont cru à cette fic que ce soit dans les premières phases de son écriture ou dans son achèvement.
