6. Classiques : Happy Endings

a) Polyeucte de Pierre Corneille

Pairing: Polyeucte/Pauline/Sévère

Rating: PG-13 pour sous-entendus

Acte V, scène 6 : Pauline, Félix, Sévère, Polyeucte

Polyeucte

Tout beau, ami Félix, ce zèle vous honore

Mais c'est me recenser un peu tôt chez les morts.

Pauline

O Dieu qui m'entendez, quelle est cette chimère ?

Polyeucte vivant apostrophe mon père !

Polyeucte

Ne nommez point chimère un miracle avéré

Qui vous rend votre époux après l'avoir sauvé.

Félix

Vous marchiez à la mort...

Polyeucte

Je ne l'ai point subie

Et mon sauveur n'est autre que votre Décie.

Sévère

L'Empereur qui toujours fut contraire aux chrétiens

Fait grâce à un impie et desserre ses liens ?

Polyeucte

Un décret de sa main interrompt les supplices

Et soustrait les chrétiens à d'incessants sévices.

Que Dieu l'ait éclairé sur son erreur passée

Ou que votre Rome, de tant de sang lassée,

Invoque notre grâce et force l'accalmie,

Les persécutions cessent en Arménie.

(à Pauline)

Je retrouve vos bras et votre foi m'est chère,

Comme m'est cher l'appui que je dois à Sévère.

(à Sévère)

D'aujourd'hui mon foyer doit devenir le vôtre

Selon la charité que nous prescrit l'apôtre.

Sévère

Polyeucte aurait donc le cœur assez royal

Pour accueillir céans qui était son rival ?

Polyeucte

L'amour de mon prochain toujours me fut prescrit

Et pour un noble cœur il va sans contredit.

Sévère

Le mien vous est acquis, à vous comme à Pauline,

Tant il a bataillé pour contrer votre ruine.

Mais songez avant de m'ouvrir votre maison

Que je suis un païen...

Pauline

Nous vous convertirons !

Et la nuit, et le jour, sans ménager l'effort

Ferons tout ce qu'il faut pour changer votre sort.

Mon Polyeucte et moi brûlons d'un si beau feu

Que nous nous jugerions par trop peu généreux

De garder pour nous seuls un transport si ardent.

Cédez, cédez, Sévère, à notre empressement.

Polyeucte

Vous nous faites injure en hésitant encore.

Sévère

Je n'hésite donc plus : me voici âme et corps.

Félix

Que vos épanchements me donnent de plaisir !

Oui, je vois en ce jour combler tous mes désirs.

Je puis sans chagriner ni l'Empereur ni Dieu

Vivre un pied dans le monde et l'autre dans les cieux,

Ménager mes appuis ici-bas et là-haut

Et faire mon salut non sans sauver ma peau.

(à Polyeucte)

Mais si jamais l'envie devait vous ressaisir

De jouer le trouble-fête et quérir le martyr,

Songez qu'ils seront deux à craindre pour vos jours

Et vouez votre zèle à veiller vos amours.

b) Hamlet de William Shakespeare

Pairing: Hamlet/Horatio (amitié ou plus, c'est vous qui décidez)

Rating: PG

Acte V, scène 2 : Hamlet, Horatio, Laërte, Claudius, Gertrude.

Hamlet et Laërte s'affrontent pour la troisième fois.

Laërte (à part, maniant l'épée empoisonnée que lui a remise Claudius)

Cette arme est lourde

Comme de porter chaque coup double.

Vrai, c'est moi-même que je combats avec lui.

Hamlet

Preste, preste, Laërte ! Ou vous me ferez songer

Que le fer que vous teniez tantôt si bien en main

Vous l'avez désormais au pied. Nous croyez-vous encore à l'école

Que vous me montrez vos coups au ralenti ?

Gertrude (à Claudius)

Notre fils a l'esprit aussi prompt que le bras.

Emporté par son élan, Hamlet trébuche et pose un genou à terre. Laërte et Horatio accourent près de lui.

Horatio

Mon cher seigneur, êtes-vous blessé ?

Hamlet

Point, Horatio, mais trahi par ma pointe

Qui envie sans doute à ma langue son tranchant.

Cette arme est légère comme une parole de femme

Et comme elle inconstante.

Laërte, en vertu de cette fraternelle amitié

Qui fut la prémice de notre rencontre,

Faites-moi la grâce de me prêter votre épée.

La mienne est vôtre, avec cette main tendue.

(Il lui tend son épée. Laërte hésite à la prendre.)

Claudius

Mon cousin, ce n'est pas ainsi que le veut la coutume.

Et il est en cette Cour une tradition chenue

Qui veut qu'une lame à qui son maître se montre infidèle

Le trahisse à son tour selon l'antique loi du talion

En le frappant au cœur à la première occasion.

Hamlet

Mais vous et moi, Sire, sommes trop graves personnages

Pour donner l'oreille à ces contes de nourrice.

Laërte, voyez-y un geste de courtoisie.

(Laërte, après une hésitation, donne l'épée empoisonnée à Hamlet et prend la sienne.)

Hamlet (se relevant d'un bond)

En garde !

Laërte

En garde ! Il faut en finir !

Ils se battent. Hamlet blesse Laërte.

Laërte

Hamlet, je meurs ! Ma dernière heure

Prend insolemment le pas sur ses aînées, et me précède

Là où le temps n'est plus l'étoffe des actes.

J'ai trop mal agi pour te cacher à cette heure

Que cette épée qui tue au premier sang était empoisonnée

Et qu'elle était, par volonté du roi, à toi destinée.

Claudius

Des mots, des mots, des mots !

Horatio

Le noble Laërte est mort !

Hamlet (lance à Claudius l'épée de Laërte qui était la sienne)

Passe des mots aux actes, roi de meurtre et de comédie,

Ou le chant du coq conclura ton péan funèbre.

Claudius

Je suis moins un antique Romain qu'un Danois

Et jamais mes actes ne prendront la suite de tes mots.

(Il lève la coupe empoisonnée)

Gertrude, le roi boit à votre fortune.

(Les canons d'Elseneur tonnent, comme chaque fois que le roi boit. Claudius meurt.)

Gertrude

Puissances du ciel, protégez-nous !

Hamlet

Si vous priez pour lui, Madame, priez bas

Car le voici vingt pieds sous terre avant que d'être enseveli,

Où l'on fait assaut de flambées pour réchauffer un Nordois.

(à Horatio)

Ami de mon cœur, c'est maintenant qu'il faut m'aider.

Prends soin que Laërte repose près d'Ophélie.

Hier encore j'aurais voulu que ce long sommeil

L'emporte sur mes veilles de vivant,

Mais hier rejoint les morts et mon père est vengé.

L'ordre reprend ses droits, je deviens qui il fut :

Hamlet le Danois et Hamlet le roi.

Horatio

Et le reste est silence.

c) Roméo et Juliette de William Shakespeare

Pairing: Romeo/Juliette

Rating: PG

Acte V, scène 3 : Roméo et Juliette, puis Frère Laurent.

Roméo (hume le poison qu'il tient à la main)

Liqueur amère comme le vin herbé des noces,

Moins amère toutefois que mes larmes, qui, si je vis,

Seront le poison rongeant mon âme et mes jours.

Il faut en finir. A toi, ma bien-aimée !

(Il lève la fiole. Juliette a un mouvement.)

Ce poison agirait-il sur mes sens

Avant qu'il se soit confondu à mon souffle ?

Rêve contre-nature ! Ce sera le vent sur les cierges...

Non, d'où se lèverait le vent dans une crypte ?

(Juliette ouvre les yeux.)

Elle me voit !

Juliette

Roméo !

Roméo

Sa voix, chaque fibre de sa voix !

Ma chère moitié, suis-je à moitié départi avec toi

Que je t'entends me héler depuis ta mort ?

Juliette

Non, Roméo, tu n'as point quitté la rive éclairée des vivants.

Le bon frère m'a donné un breuvage qui m'a fait passer

Pour la soeur de mes pères reposant en ce lieu,

Et il doit venir cueillir l'oisillon au nid de mort.

Entre Frère Laurent, une lanterne à la main.

Frère Laurent

Au lieu d'une colombe, je trouve deux tourtereaux.

Juliette

Dieu a permis que je retrouve mon époux devant vous

Avant que lui-même ne marche au-devant de moi

Au moyen d'un noir laissez-passer.

Frère Laurent (voyant le poison)

Roméo, que faisais-tu ? Crois-tu que le suicide

T'aurait rapproché d'elle, quand elle ne serait plus ?

Ton âme aurait tourné sans fin dans le vent de sa colère

Sans rejoindre son double pacifié, Juliette,

Eloigné de toi par l'empan de tout un Ciel.

Mais puisque Dieu a voulu que ce qui pouvait être

Ne soit, venez, jeunes époux, que je vous retire

De la tombe pour une retraite plus amène à votre âge.

Un cheval sûr ramènera Roméo à Mantoue,

Mais Juliette l'accompagne. Charge à moi

De parler à vos pères sans leur découvrir votre asile

Tant que les cendres chaudes de leur désaccord

Ne seront tempérées par leurs larmes. Venez

Avant que la nuit n'ait blanchi sous le harnais des heures

Et qu'un passant de hasard puisse vous reconnaître.

Venez. La matinée apporte avec elle une paix heureuse

Et le chant de la mouette, qui succède au rossignol, (1)

Promet que dans Vérone on redira longtemps

Que jamais aventure ne fut si pleine de merveilles

Que celle de Juliette et de son Roméo.

(Tous les trois sortent de la crypte.)

(1) Les exégètes ont longuement débattu sur le sens caché de ce vers, Vérone étant située dans les terres. L'hypothèse du professeur Katzenpfeiffer-Schmidt de Heidelberg selon laquelle il convient de lire « le chant de l'alouette » ne fait toujours pas l'unanimité, même si elle s'appuie sur le Quarto de 1599.