7. Tintin

a) Panique au palais

Personnage : Manolo, divers colonels de l'armée san-théodorienne. Mention de la Castafiore, de Sponz et d'Haddock.

Rating: PG

- Ayayay!

- Ma qué pasa, Manolo?

- Ma qué yé ne sais pas, mon Coronel! Qué l'autre Senor Coronel, il m'a dit qué y'en ferai houit parce que le café était trop noir!

- Trop noir? Ma comment lé café il peut être trop noir? Lé café, c'est dans sa natoure ontologique d'êtré noir!

- Senor Coronel, moi yé n'ai pas fait d'étoudes avant d'entrer dans l'armée soud-américaine. Peut-être que vous devriez aller voir l'autre Senor Coronel vous-même, qu'il vous expliquerait pourquoi il s'est lévé dou pied gauche cé matin.


- Senor Coronel, ma qu'est-ce qué vous faites à briquer la couisinière ? La couisine, c'est oune affaire de mourère ou, dans l'état d'ourgence, dé caporal.

- Ah, Senor Coronel, c'est qué le Coronel Esponja est oune poco fâché contre moi cé matin.

- Esponja?

- Il n'est pas dans son état normal. Yé souis allé prendré les ordres pour les importaciones de Loch Lomond, et il m'a dit : "pouisqué vous aimez la grandé mousique, Coronel, allez donc mé faire les couivres du palais. Tous les couivres sans exception."

- Ma qué mousique?

- Yé né sais pas, Coronel. Yé sifflotais cet air, vous savez... qué la radio, elle passe tout lé temps pour donner dé la gaieté au peuple... "Yé ris de mé voir si beau en cé mouroir..."

- Ces Bordoures, ils se croient tout permis, ma parole. Yé vais loui chanter deux mots, moi, au métèque, vous allez voir ça.


- Coronel, vous devriez peut-être aller à l'Infirmerie, qué cé cocard, il né fait très joli-joli.

- Ah, né mé parlez pas de cocard!

- Hé?

- Yé savais qué c'était oune mauvaise idée de le fiancer à cetté diva. Yé l'avais dit au Coronel Fernandez quand il a pris lé contrôle dé réseaux radiophoniques. Mais non, on né m'écoute jamais! "C'est bon pour lé morale", qu'on mé dit! "Il a bésoin d'oune petit boost à son image poublique après que Madame Esponja, elle a un peu trop soigné son mal dou pays à l'aguardiente!" Psha! Résoultat : il est cocou et yé souis cocard!

- Cocou?

- La diva, elle épouse oune Coronel de la marine française. C'est tout dans la presse estrangère.

- Oh. Evidemment, la presse estrangère...

- Si. Elle pourrait quand même faire oune effort pour mentir à bon propos, la presse estrangère, yé vous youre.

- On n'a qu'à lui trouver oune autre boost?

- C'est oune idée, ça. Ressortez-moi lé formoulaire d'entrée en guerre avec lé Nuevo Rico et allez me chercher oune steak bien saignant, con su permiso, ça nous mettra dans l'ambiance."

b) Le Barbu qui en savait trop

Personnages: Nestor, Haddock, mention de Tournesol et de Tintin.

Pairing: Tintin/Haddock

Rating: PG-13 pour freudisme latent

- Nestor ! Nestooooooor !

Dix ans de service auprès des frères Loiseau avaient légué à Nestor quelques maximes salutaires, dont une : Le Pire N'est Jamais Sûr, Il est Fatal. C'est pourquoi le fidèle domestique fit son apparition dans la chambre Louis XIII moins d'une minute après le second cri, un plateau à la main et une expression bénigne sur le visage.

- Que Monsieur se rassure, ce n'était qu'un rêve.

Le monticule de draps qui juchait le matelas tremblait convulsivement. Mais au lieu d'accoucher d'une souris, il révéla un faciès plus agité qu'une traversée des Bermudes par gros grain.

- Vous... vous croyez ?

- Absolument. Et si je puis me permettre une observation, Monsieur gagnerait sans doute à dormir la barbe sur la couverture. Comme Monsieur Tournesol le lui faisait remarquer hier encore, le cauchemar a souvent pour cause une hausse significative de la température corporelle.

Le dormeur se redressa docilement, s'adossant à ses oreillers, et prit de ses mains tremblantes le lait-de-poule que lui tendait son fidèle domestique.

- Monsieur aimerait-il en parler, cette fois ?

- Je... non, non, Nestor, c'est inutile, je...

- Monsieur peut être certain que rien de ce qu'il dira ne sortira de cette pièce.

« Monsieur » passa une main toujours tremblante dans le capharnaüm pileux de son menton.

- Elle... elle doit chanter l'Air des Bijoux... à Bayreuth... salle comble... elle est en costume de Walkyrie... avec un casque à cornes... et elle n'a pas ses bijoux sur scène... alors elle appelle... vous savez... ce cri... ce cri atroce... « Irmaaaaaaa ! »

- Chuut... Monsieur va réveiller Monsieur Tintin...

- Et Irma accourt sur scène... avec sa petite robe de serge noire et ses talons plats... et elle sait qu'elle va se faire gronder très très fort parce que les bijoux, c'est elle qui les a... et... et...

- Que Monsieur me dise tout.

- Irma... c'est moi.

Nestor soupira imperceptiblement avant de se pencher pour tapoter la main tremblante. Depuis qu'il lisait en cachette la Traumdeutung de Freud dans l'office, il avait appris à gérer les crises nocturnes de son maître.

- Que Monsieur se rassérène. Le contenu de son rêve fait état d'une angoisse manifeste, mais qui cache en réalité un désir latent: celui de voir Madame Castafiore prendre à son compte une virilité dont lui-même n'a que faire depuis que Monsieur Tintin est entré dans sa vie.

- Vous croyez ?

- Le manuel est formel. Monsieur se sent un imposteur de conserver ses bijoux de famille.

- Mais, mille sabords, je ne peux tout de même pas les envoyer six pieds sous fond !

- Non, non. Mais il est un acte symbolique, qui serait de nature à satisfaire l'Inconscient de Monsieur tout en envoyant un signal fort à Monsieur Tintin. Une sorte de castration déplacée, comme qui dirait.

Dans le silence qui s'ensuivit, on aurait pu entendre un hibou marcher au grenier. Puis un long soupir s'éleva du lit en désordre.

- ... la barbe ?

- La barbe.

- C'est ce qu'a fait l'auteur du manuel ?

- Hum. Pas précisément, Monsieur. Mais tout porte à croire qu'il ne souffrait pas des mêmes complexes que Monsieur. Et qu'il dormait sans remonter ses couvertures jusqu'au nez.

- Nestor, je ne sais pas si ma vieille mère approuverait...

- Monsieur sait bien qu'il a passé vingt ans à conquérir la Place du Père pour rétribuer sa maman, abandonnée par un capitaine au long cours après une escale aussi brève que plaisante. Il est temps pour lui d'imposer silence à son Surmoi et d'écouter son véritable désir, qui est d'occuper un pôle libidineux passif.

- Et vous croyez que Tintin... ?

- J'en suis certain, monsieur. Monsieur Tintin est un actif-né, tout le monde sait cela. Il fait une fixation prépubère sur la blancheur, que son animal domestique a suffi jusqu'ici à canaliser, mais qui pourrait aisément évoluer à la vue d'un menton glabre.

Sur ces mots, le fidèle domestique reprit le verre vide et disposa d'une main aimante mais ferme les plis des draps de façon à laisser la barbe à découvert.

- Hum. Eh bien, la nuit porte conseil, j'aviserai demain. Et, Nestor...

Nestor, déjà à la porte avec son plateau, se retourna.

- ... juste pour que les choses soient claire... avec Monsieur Tintin... vous ne voudriez pas la laisser pousser un peu, vous ?

Nestor ouvrit, puis referma la bouche. Mais vingt ans de service l'avaient habitué à des demandes autrement plus douteuses sur le plan éthique, et il se contenta d'adresser un sourire indulgent à son maître.

- J'y songerai, Monsieur. J'y songerai.

FIN