Notes: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6, après on s'en éloigne clairement.
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"Back in Black"
Chapitre 1
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"Yes I'm, let loose
From the noose
That's kept me hanging about
I keep looking at the sky
'Cause it's I' me high
Forget the herse 'cause I'll never die
I got nine lives – Cat's eyes
Usin' every one of them and running wild
'Cause I'm back
Yes, I'm back in black"
Back in Black- AC\DC
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Pour la première fois depuis longtemps, il n'y avait plus rien à faire. Juste attendre.
Les dés étaient jetés.
La Mort avait personnellement fait le déplacement pour rendre son âme à Sam et du coup, Dean commençait presque à apprécier le vieillard. Quel étrange costume avait choisi la grande faucheuse, celui de ce vieux bonhomme décharné qui inspirait à la fois crainte et respect. Indiscutablement le plus attachant des quatre cavaliers, ceci dit.
Bref, l'important, c'était le résultat : il l'avait fait. Il avait ramené son âme à son petit frère.
Enfin, techniquement il n'avait pas vraiment accompli sa part du marché, mais c'était couru d'avance.
Après tout, face à la Mort elle-même, à combien pouvait-on évaluer ses chances de remporter le pari ? Il en avait parfaitement conscience, qu'il sautait à pieds joints dans un merdier sans nom.
Mais voilà, il avait toujours eu cette fâcheuse tendance à considérer son existence comme secondaire. Peut-être que le vieux avait raison, finalement. Peut-être que dans un coin reculé de son esprit, sa notion de la vie et de la mort était juste… complètement bousillée. Quand on avait ramené son petit frère d'entre les morts après s'être fait soi-même arraché des griffes d'une faucheuse, et cela au prix de la vie de son père, on avait tendance à relativiser certaines choses.
La vie, par exemple.
Suivant des yeux le parcours hasardeux d'une goutte de condensation, Dean sourit à sa bouteille de bière. Quelle ironie, de se dire que ce soir, la Mort avait été indulgente.
« Tu es sur le point de déterrer quelque chose, Dean. Creuse encore un peu. Tu as presque mis le doigt dessus », avait susurré le vieillard.
Il le sentait dans ses tripes, à quel point c'était vrai. Il la sentait toute proche, cette vérité à découvrir. Comme une réponse qu'on attend depuis longtemps. Comme une certitude à venir. Comme lorsque l'on a un mot sur le bout de la langue.
Un coin de sa bouche remonta dans une hésitation de sourire.
Cas parlerait de révélation.
« C'est au sujet des âmes »
Cette phrase avait achevé de jeter le trouble dans son esprit, le forçant à considérer cette chose d'une valeur inestimable, à vraiment la considérer.
C'était quoi, finalement, une âme ? Il avait beau être incapable d'imaginer Sammy sans son âme, il n'en trouvait pas pour autant de définition satisfaisante. Ne pas avoir d'âme, c'était juste…mal.
La tension au creux de son ventre lui confirmait à quel point cet état de fait était inscrit en lui, à quel point les mots de la Mort restaient gravés dans son esprit. Il le sentait au fond de lui, qu'il n'avait pas intérêt à les oublier. Appelez ça une intuition.
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L'horloge murale lui indiqua que l'aube ne tarderait pas à se lever.
Sam était plongé dans le sommeil depuis qu'il avait récupéré son âme et vraisemblablement, cela allait durer un certain temps. « Plusieurs jours, avait dit le vieillard. Enfin, s'il survit ! »
Les premières heures s'étant écoulées dans un calme absolu, rythmées uniquement par la respiration paisible de Sam, ses épaules avaient commencé à doucement se décrisper.
Bobby, lui, n'avait pas tenu quarante minutes avant de s'écrouler. Il s'était proposé de prendre le premier tour de garde pour finalement s'endormir comme un crevard sur le lit de Sam. Bravo pour la surveillance…
Faut dire que ça faisait beaucoup d'émotions en peu de temps pour le vieux chasseur. Dire qu'il imaginait Dean enfin sorti du « milieu » une bonne fois pour toutes, persuadé que c'était ce qu'il y avait de mieux pour lui.
Ressassant ses pensées, Dean hésita un instant à attraper la télécommande puis se dit que non, finalement il n'avait pas envie d'allumer la télé. Ni de lire. Ni de faire des recherches. Ni même de dormir. Appeler Lisa, peut-être ? Non, surtout pas.
Il se sentait étrangement vidé, là, tout d'un coup, comme dépossédé de lui-même. Il savait que ça ne durerait que quelques heures, un genre de vague-à-l 'âme sans doute. Il s'était souvent senti comme ça, épuisé et creux, ces derniers mois, cette dernière année en fait. Comme l'impression d'être une pièce ajustée de force dans le mauvais puzzle.
C'était très déconcertant, d'ailleurs, d'obtenir exactement ce dont on rêvait. Une vie aussi chaleureuse, douce et sucrée qu'une tarte aux pommes, un gosse à qui servir de modèle et une femme aux courbes gracieuses, tendre et aimante, qui lui ouvrait ses draps tous les soirs malgré tout, malgré lui.
C'était très déconcertant, d'obtenir exactement ce dont on rêvait et de se dire que finalement, ce n'était pas ce qui nous rendait heureux. De se retrouver englué dans un mensonge parce que… sérieusement ? Comment aurait-il pu s'y prendre autrement ?
Bien sûr, il éprouvait une gratitude sans borne à l'égard de Lisa, une affection toute particulière. Et puis Ben ! Ce gosse était juste démentiel ! Il aurait voulu qu'il soit le sien tout en étant soulagé que ce ne soit pas le cas.
Cette vie lui avait permis de survivre à l'absence de son frère, en tout cas. Mais aujourd'hui il avait du mal à s'empêcher de se demander ce qu'il se serait passé s'il l'avait su tout de suite, que Sam était en vie.
Merde, qu'est-ce qui leur avait pris, à Sam et Bobby, de décider que mener une vie normale sans son frère pouvait être mieux pour lui ? Comment pouvaient-ils à ce point mal le connaître ? La seule chose dont Dean aurait toujours besoin, c'était précisément de son frère. Il commençait à tout doucement en avoir marre qu'on décide pour lui.
A quand remontait la dernière décision qu'il avait prise uniquement par et pour lui-même ? Pas afin de prévenir une apocalypse sur le feu ? Pas pour tenir une promesse arrachée en guise d'adieu ? Pas parce qu'il se sentait horriblement coupable de tous les malheurs du monde ? A quand remontait son dernier choix, déjà ?
« Putain ! » grogna-t-il avant d'avaler une longe gorgée de liquide amer. Vu l'heure, il était peut-être temps de songer à passer de la bière au café.
Merde, il était à peine entamé.
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Dean n'avait jamais été un grand fan de l'introspection. Trop de questions tuaient le questionnement.
Pourtant, la Mort avait abattu une carte intéressante. De celles qui le faisaient se poser quelques heures juste pour intégrer ce qu'il se détestait d'avoir mis tant de temps à réaliser, de ces évidences tellement grosses qu'on ne les voyait pas.
Lors de son petit séjour en tant que maître des faucheurs, il avait choisi d'autoriser un miracle, comme ceux qu'on voyait dans les films à Noël. Parce qu'il y avait déjà tellement de merde dans ce monde qu'il n'avait pas envie d'en rajouter. C'était trop moche de faire ça, d'emmener la gamine et de l'enlever à ce pauvre type alors qu'elle était le centre de son univers.
Plus tard, la Mort avait demandé à Dean s'il aurait agi différemment, et oui, force était de le constater. Enlever une petite fille malade à son père et le laisser seul au monde, c'était dégueulasse. Mais c'était un peu moins dégueulasse que si l'infirmière, qui pour une fois était censée rentrer tôt à la maison, mourrait aussi. Pragmatiquement parlant, c'était de la plus simple logique.
La vie allait et venait comme un flux constant. Des énergies disparaissaient comme la flamme d'une bougie qui s'éteint et d'autres apparaissaient, pures et neuves, à la surface du monde. La Mort lui avait permis de jeter un œil à l'envers du décor et de constater que déranger l'ordre naturel des choses n'était pas aussi innocent qu'il n'y paraissait. L'effet papillon, ça disait quelque chose à quelqu'un ?
Selon le vieillard, Sam et Dean étaient un affront à l'équilibre de l'univers. Même s'ils ne l'avaient pas vraiment cherché, on ne pouvait nier que chacun d'entre eux avait eu une influence non négligeable sur les évènements de ces derniers mois. A grande échelle, les évènements. Ce n'était pas leur but, à la base. Mais l'enfer était pavé de bonnes intentions, Dean était particulièrement bien placé pour le savoir.
Il aurait mieux fait d'y rester, d'ailleurs, en enfer. Puisqu'à la seconde où il était sorti de sa tombe, il l'avait su, que rien ne serait plus jamais comme avant. Il avait laissé quelque chose là-bas, au fond du trou, un bout de lui-même.
De toute évidence, mourir avait tendance à laisser des traces.
À peine la pensée eut-elle traversé son esprit qu'il porta instinctivement la main à son épaule, sentant à travers le tissu les bourrelets de sa cicatrice, la seule qu'il lui restait au sortir de l'enfer. Enfin, physiquement parlant.
Aujourd'hui, la marque de Castiel avait quelque chose de rassurant.
« Qu'est-ce qu'il fout, bordel ? » marmonna Dean pour lui-même. Il avait appelé l'ange dès qu'il avait été rassuré sur l'état de Sam. Des heures plus tard, il l'attendait toujours. Contrairement à ce que l'on pouvait penser, Cas avait une fâcheuse tendance à se faire attendre.
La dernière fois, ça avait duré un an.
Finalement quelque heures, c'était quoi ? Sauf que maintenant, une angoisse sourde rampait dans son ventre en y songeant. Qui avait parlé de complexe de l'abandon ?
« Tu crains en matière d'au-revoir » avait-il murmuré la dernière fois qu'il avait vu l'ange avant leur longue séparation. Il n'imaginait pas alors qu'il ne le reverrait plus pendant près d'un an.
Quelques semaines auparavant, il lui avait demandé d'un ton mordant où il était passé tout ce temps, un million de reproches flottant entre eux. Il s'en rappelait parfaitement, de cette conversation houleuse dans le parking d'un motel pourri.
« J'avais à faire face à une rébellion là-haut, Dean ! Si le paradis venait à tomber… En imagines-tu les conséquences ? » avait murmuré l'ange d'une voix trop neutre. Il avait hésité un instant et esquissé un geste résigné. « Et puis tu semblais avoir envie de construire…autre chose, loin de ton passé. Je n'avais pas à m'imposer dans ta vie comme éternel souvenir de ce que…
— Conneries ! C'est des conneries, Cas ! T'as pas daigné tourner ton regard vers le bas pendant toute une putain d'année. T'en avais rien à foutre !
— Et qu'est-ce que j'étais censé faire, Dean ? »
L'inflexion dans la voix de l'ange lui avait glacé le sang. Castiel s'était approché et lui avait planté le bleu de ses yeux quelque part entre la gorge et le cœur.
« Tu ne m'as jamais appelé, avait-il dit d'une voix blanche.
— Mon cul ! Avait craché Dean. Un million de fois j'ai… Sa voix déjà rauque s'était éteinte dans un souffle. Tu aurais dû savoir !
— Tu aurais dû savoir, Dean qu'à moins de stationner sur terre l'oreille tendue au cas où un beau jour tu aurais la bonne idée de souhaiter ma présence, je ne pouvais pas t'entendre penser ! Et puis, j'avais une tâche importante à mener à bien.
— Mais bien sûr ! A la seconde où t'as récupéré tous tes pouvoirs angéliques, t'as ramené ton petit cul plumeux exactement là où ton cher papa voulait que tu sois !
—Je suis un ange, Dean. »
Il avait ouvert la bouche pour répliquer mais aucun son n'était sorti.
C'était vrai. Quelques minutes à peine après que Sammy eut plongé dans la cage, Castiel était revenu, à nouveau envoyé du seigneur disposant de ses pleins pouvoirs. Il avait retrouvé ce regard envoûtant, empli d'une compassion sans réserve et d'une foi inaltérable.
Il n'était pas question que Cas devienne humain. Jamais. Son séjour dans le futur avait fait réaliser à Dean ce que « devenir humain » pouvait signifier pour Castiel. Il était hors de question qu'il devienne un gourou de bas étage obligé de s'altérer l'esprit dans une myriade de dérives stupéfiantes afin d'oublier qu'un jour, il avait été un puissant guerrier de Dieu.
Et c'était précisément ce qu'il était redevenu, à présent. Sans pour autant oublier qu'il avait frôlé l'humanité d'un peu trop près. Il semblait parfois flotter dans un entre-deux duquel il essayait de démêler les fils.
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Un bruit caractéristique ramena soudain Dean au présent. Un son entre celui d'un drap qu'on secoue et celui d'un déplacement d'air, à peine audible, qui faisait invariablement courir un frisson le long de sa nuque.
« Bonjour Dean ». La voix grave résonna dans le salon de Bobby. « Comment va Sam ? »
L'instant d'avant, il avait fermé les yeux pour mieux se perdre dans ses souvenirs. Il ne prit pas la peine de les rouvrir avant d'élever la voix.
« Tu aurais pu t'en soucier quelques heures plus tôt, ne put-il s'empêcher de reprocher, amer.
— Dean… »
Seul Cas arrivait à prononcer son prénom de cette manière, dans un mélange de compassion, d'agacement et de résignation.
« Castiel » susurra Dean d'une voix ironique. Il se redressa et se passa la main sur le visage avant de lever les yeux vers l'ange, et les mots lui restèrent coincés dans la gorge.
« Merde, Cas ! » souffla-t-il avant de se lever précipitamment, franchissant les quelques mètres qui les séparaient. Une cicatrice rouge et boursoufflée barrait le visage de l'ange, depuis la naissance de ses cheveux en passant par son nez – qui visiblement avait été cassé – pour venir se perdre de l'autre côté, juste au-dessus de ses lèvres.
Le chasseur amena impulsivement le bout de ses doigts à hauteur du visage abimé mais laissa mollement retomber sa main sans avoir effleuré la cicatrice. Il leva les yeux dans une question muette.
« Comme je te l'ai dit, souffla Castiel, il y a d'autres batailles, d'autre fronts.
— Tu ne peux pas te soigner ? Demanda Dean, inquiet d'imaginer les pouvoirs de l'ange faiblir à nouveau.
— Cette marque partira bien assez tôt, cela prendra simplement plus de temps.
— Une lame d'ange, hein ? Soupira le chasseur. Raphaël ? »
Castiel acquiesça sans pouvoir réprimer un haussement de sourcil.
Qui avait un jour émit l'idée idiote qu'il était inexpressif ?
« Ne sois pas surpris, j'ai fait mes devoirs » commenta Dean en haussant les épaules.
L'ange détourna le regard et se dirigea vers la fenêtre de la cuisine afin d'observer l'aube qui commençait à poindre.
« Je vais rester un peu, le temps que Sam se réveille. Il est toujours endormi, n'est-ce pas ? »
Dean acquiesça, étrangement soulagé.
« Il est à l'étage.
— Bien, je vais le voir » dit Castiel en se dirigeant vers les escaliers.
Le chasseur se rassit dans le fauteuil avec la ferme intention d'achever sa bière avant de passer au café.
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L'ange s'approcha sans bruit du lit duquel dépassaient les grandes jambes de Sam. Le rythme régulier de sa respiration était bon signe. Aucune angoisse ne semblait venir troubler son sommeil. Mais plus que tout, c'était l'énergie nouvelle qu'il sentait irradier du jeune homme qui le rassura. Nul besoin d'inspection torturante pour constater que l'âme de Sam avait retrouvé le chemin de son réceptacle.
Il sourit brièvement en songeant que tout comme celle de Dean, cette âme-ci était puissante, presque aveuglante pour qui y regardait de trop près, elle ne devait en aucun cas être mésestimée. Il perçut un instant les entrelacs des fils qui se renouaient peu à peu, se connectant comme autant de souvenirs qui définissaient qui était Sam Winchester et sentit sa poitrine se gonfler d'une joie trop humaine.
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« Il a l'air paisible, sachant ce que son âme a vécue, dit l'ange en descendant les escaliers.
— La Mort a parlé de garder tout ça derrière un mur qui l'empêcherait de se souvenir, expliqua Dean en se redressant. Reste plus qu'à espérer que le mur tienne… »
Castiel hocha gravement la tête et ôta son manteau avant de venir s'asseoir en face du chasseur.
« Tu devrais dormir quelques heures.
— Ouais, mais je voulais être sûr que…
— Sam va bien pour l'instant. Rassure-toi. »
Castiel se pencha et amena deux doigts à hauteur du front du chasseur. Ce dernier ne chercha pas à protester.
« Dors bien » murmura l'ange.
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Comme souvent lorsque c'était Castiel qui le plongeait dans le sommeil, l'infime conscience qu'il était endormi flottait à la limite de ses rêves, lui permettant de se réveiller quand il le souhaitait. Le plus souvent dès que ses angoissent pénétraient la toile de ses songes et que l'atmosphère de paix créée par l'ange se déchirait pour laisser place aux cris et au sang.
Depuis peu, il ne flottait plus à la surface paisible d'un lac, savourant simplement la quiétude et le bonheur de l'instant.
Depuis peu, ses rêves étaient devenus plus élaborés. Pas vraiment des rêves en fait, c'était plutôt comme s'il revivait ses souvenirs, en voyant le film avec les yeux d'aujourd'hui.
Il regarda la terre remuée de frais et se revit gratter le sol meuble de ses doigts engourdis. C'était là que tout avait commencé à merder. Un mec qui était condamné à l'enfer ne devrait pas en être arraché, bordel !
Il fallait reconnaître qu'il avait connu plus agréable, comme réveil. Il frissonna inconsciemment, au souvenir de l'air se frayant un passage difficile jusqu'à ses poumons, au souvenir de sa voix brisée alors qu'il essayait de crier. Ça foutait une trouille bleue, de se rendre compte qu'on était vivant, mais six pieds sous terre quand même. De s'écorcher les ongles sur les planches de son propre cercueil, cherchant désespérément un air qui se raréfiait.
Il était remonté à la surface avec une facilité déconcertante finalement, comme si la terre avait été remuée peu de temps auparavant. Lorsqu'il avisa le terrain complètement ravagé autour de ce qu'il supposait être sa tombe, il comprit : on avait tenté d'atomiser l'Illinois, mais pas de bol, c'était tombé sur lui. Même mort, il attirait la chance !
Force était de constater qu'il était vivant, en chair et en os, et même endolori à des muscles dont il ne soupçonnait pas l'existence. Et le surnaturel faisait toujours bel et bien partie de sa vie. Au cas où il l'aurait oublié, les vitres explosées et le son assourdissant de la station essence achevèrent de le lui rappeler. Ah, oui, il avait fait un sacré bond dans le temps aussi. Ils étaient passés où, ces quatre mois ?
Mais de l'instant où un filet d'air avait pénétré dans ses poumons, une seule pensée lui avait été insufflée en même temps que la vie : « Sam »
Évidemment, qu'il anticipait les retrouvailles ! Il s'attendait à beaucoup de choses. Mais pas à avoir aussi mal, lorsque Sam s'était figé en le voyant, à la fois surpris et blessé. Pas à ce qu'il sorte une lame de nulle part et se jette sur lui. Bobby était déjà passé par là. L'eau bénite, le sel et les lames en argent, il en avait soupé ! C'était Sammy, c'était son frère, merde. Il aurait dû savoir.
Mais aux yeux du jeune chasseur, le type planté devant lui ne pouvait pas être Dean. Parce qu'il le savait pertinemment bien, que c'était impossible ! Il avait tout essayé, d'ailleurs : les portes de l'enfer, le démon de la croisée des chemins, et bien d'autres rituels plus sombres encore. Il avait été un parieur fou pendant des mois. Il avait tout offert : sa vie, son âme. Il n'avait rien demandé, pas même une minute de sursis il voulait l'enfer, tout de suite. Échanger la place de Dean. Mais aucun démon n'avait voulu conclure de pacte.
Et Sam s'était retrouvé surpris, impuissant et brisé face à son frère, s'excusant de ne pas être le coupable. Il aurait tout donné, pourtant, tout, pour être celui que Dean l'accusait d'être. Celui qui l'avait sorti de l'enfer, quel qu'en ait été le prix.
Mais ce n'était pas Sam qui l'avait sorti de l'enfer, c'était cette entité super puissante qui avait brûlé les yeux de Pamela.
« Tire d'abord, parle ensuite » Exactement comme l'aurait voulu John Winchester, Dean avait criblé de plomb ce connard à la seconde où il avait fait son apparition.
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Alors qu'il étendait une couverture sur Dean qui frissonnait dans son sommeil, Castiel plongea un instant dans l'esprit de ce dernier. Il sourit. Lors de leur première rencontre sur Terre, Dean n'avait pas été des plus réceptifs.
À l'époque, il ne savait pas réellement s'il était censé guider l'humain ou non. Ses ordres n'avaient rien de précis. Il savait juste que quelque part entre l'enfer et la seconde où il avait regardé au plus profond de cette âme, Dean Winchester était devenu sa charge, sa responsabilité. Son humain.
Cela ne faisait en rien de lui un ange gardien.
Il avait essayé, pourtant, d'un peu le rassurer, si tant était qu'on puisse rassurer quelqu'un qui sortait tout juste de sa tombe. Littéralement.
Sa première tentative n'avait pas été une grande réussite on ne pouvait pas l'en blâmer. Pour la première fois depuis des millénaires, les anges marchaient à nouveau sur Terre, mais personne n'avait eu la bonne idée de leur fournir un mode d'emploi. Et sans vaisseau, descendre sur terre était bien plus hasardeux qu'il ne le pensait.
De plus, considérant l'importance de Dean aux yeux de ses supérieurs, il avait présumé que son humain était de ceux qui entendaient « la voix des anges » naturellement. Il s'était trompé. Ce fut loin d'être sa seule erreur.
Il n'avait pas non plus voulu brûler les yeux de la medium. Elle était puissante et l'avait forcé à se montrer sans qu'il ne soit prêt à le faire, sous sa forme la plus pure. Aucun humain n'aurait pu supporter ça.
Lorsqu'enfin, il avait pris possession de son vaisseau, le processus lui avait donné l'impression d'être mis en pièce. Il avait senti son pouvoir s'amenuiser considérablement pour s'ajuster au corps devant le contenir.
Juste après, il avait pris conscience des expressions que son nouveau visage était capable de créer. Autant de moyens de communiquer à exploiter.
Il avait désormais la possibilité d'échange avec un humain.
Avec Dean.
Et pourquoi un ange irait le sortir de l'enfer ? Sur l'ordre de Dieu ? Maisouibiensûr !
Fallait pas le prendre pour le dernier des abrutis non plus. Sortir quelqu'un de l'enfer impliquait forcément une bonne dose de magie noire !
« C'est bien là le problème, Dean. Tu n'as pas la foi. »
Quand il avait sombré dans le sommeil ce soir-là, Dean avait tenté en vain de chasser de son esprit les yeux étranges qui semblaient voir à travers lui, ces yeux qui avalaient le monde sans savoir où se poser et qui s'étaient soudain enfoncés en lui comme des lames glacées.
« Tu ne penses pas que tu mérites d'être sauvé ? »
Probablement pas. Parce qu'au bord de sa conscience, à la limite de ses perceptions, il s'en rappelait déjà, de ces actes innommables qu'il avait commis, il les savait par cœur, ces routines de torture et d'absolution par le sang. Il les sentait comme un nœud coulant autour de sa gorge.
Il était revenu presque entier, mais un peu teinté. Plus tout à fait comme avant.
Juste un peu plus noir.
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A suivre.
Positif ou négatif, laissez-moi votre avis, c'est mon seul salaire :p
