Dicslaimer : Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas mais bien à la CW
Notes: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6, après on s'en éloigne clairement.
Merci à Sator et Amélia (n'hésitez pas à me laisser votre mail pour que je puisse vous répondre plus personnellement !)
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"Fly on The Wall"
Chapitre 3
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I was trapped, like a fly on the wall
I was caged, like a zoo animal
No escape, from the fate that you make
You're a snake, I've had all I can take
Watch out, there's a fly on the wall
Fly on The Wall – AC\DC
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« Ici l'assistance angélique, laissez un message. »
La première fois qu'il avait entendu le message du répondeur, énoncé sur un ton neutre, il n'avait pu s'empêcher de pouffer : « Mec, je déteins totalement sur toi ! Bon, rappelle-moi quand t'auras ce message. »
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La onzième fois, ça ne le faisait plus rire du tout.
« Dean ?
— Quoi ? cracha-t- il en se retournant d'un coup.
— Wow, ne tue pas le messager ! se défendit son frère en levant les mains. Bobby m'envoie te dire qu'il descend en ville, au cas où il te faut quelque chose…
— Nan, j'ai besoin de rien merci, fit Dean sur un ton un peu radouci.
— C'est Lisa, hein ? Elle ne décroche toujours pas ?
— Hein ? Non ! Pourquoi tu me parles de Lisa ? s'étonna l'ainé.
— Euh… » Sam haussa les sourcils. « À tout hasard parce que vous ne vous êtes plus reparlé depuis l'incident avec Ben. Et vous avez quand même passé près d'un an ensemble…
— Pourquoi je l'appellerais, Sam ? Pour lui dire quoi ? Hey, salut ! Au fait, merci d'avoir pris soin de moi pendant un an mais maintenant que mon petit frère est de retour, je mets les voiles ? Et puis en passant, désolé d'avoir failli te bouffer et tuer ton gamin, j'étais momentanément un vampire, ça peut se comprendre, non ? »
Sam fit la grimace tout en lui jetant un regard désolé.
« Ne me fais pas tes yeux de chiot battu. C'est mieux comme ça, crois-moi. On savait tous les deux pour quoi on signait.
— Pas de regrets ?
— Si, un paquet. Mais hey, je l'ai eue ma vie de beauf banlieusard et finalement c'est juste… pas pour moi. »
Il haussa à son tour les épaules, cherchant ses mots devant le regard interrogateur de son frère.
« Tu te rappelles quand t'as dit à Papa que la fac, c'était plus pour toi ? Que oui, c'était ce que t'avais toujours voulu mais que c'était trop tard. Qu'après ce qui était arrivé à Jess, qu'après avoir trainé sur les routes à le chercher avec moi, t'étais simplement plus le même mec ? Et ben moi c'est un peu le même genre. Je l'ai fait, j'ai vu. C'est plus moi.
— Je vois. Ça a quelque chose de frustrant, non ?
— Complètement ! Mais c'est la vie.
— Et puis il te reste toujours nous !
— C'est à ça que ça sert, la famille, hein ?
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Le soleil avait presque atteint son zénith alors que Dean pestait sous le moteur d'une Chevrolet Camaro des années 80 depuis déjà quelques heures. Cette merveille était restée bien trop longtemps à l'abandon dans le cimetière à bagnoles de Bobby une vraie beauté, même si elle était loin de tenir la comparaison avec son bébé.
Rien de tel qu'une petite séance de mécanique pour faire passer son stress. Se retrouver aux prises avec des bougies usées et un moteur récalcitrant avait toujours eu des vertus curatives, aux yeux du chasseur. La preuve : il venait de passer près de trois heures sans être tenté d'approcher son téléphone.
Ce fut finalement Sam qui vint l'arracher à ses occupations, un verre de soda à la main. Il s'essuya le front en désignant le verre d'un air revêche.
« Quoi ? Pas de bière ? »
Sam leva les yeux au ciel.
« Il est onze heure du matin, Dean. Pas d'alcool avant midi ! décréta-t-il. Sinon tu peux être sûr qu'une bonne cirrhose du foie aura ta peau avant les démons ! »
Dean haussa les épaules, lui offrant un vague sourire en guise de remerciement. Il referma le capot de la Camaro avant de s'asseoir dessus et leva son verre en direction de son frère : « Santé ! »
Le cadet vint s'asseoir à ses côtés et s'éclaircit la gorge, comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à poser une question qui n'allait pas lui plaire.
« Dean, est-ce que tout va bien ? T'as l'air un peu à cran depuis quelques jours.
— Ouais, tout roule » répondit ce dernier du bout des lèvres, ce qui lui valut un regard dubitatif.
« Sérieusement, Sammy, c'est cool. Maintenant que t'es redevenu toi-même on va pouvoir reprendre la route et un peu se dégourdir. Je tourne en rond et je pense trop, à force de rester inactif. Et mon cerveau commence à se liquéfier!
— Pourquoi ça ne m'étonne pas ? se moqua gentiment Sam. Mais ceci dit, il va falloir prendre ton mal en patience. On a intérêt à attendre que je sois capable de rester éveillé quelques heures d'affilées sans devoir en dormir douze pour récupérer.
— T'inquiète, c'est normal que ça prenne un peu de temps. L'air de rien, ton âme doit se réajuster à ton petit crâne de nerd ! »
Un coup de coude taquin paracheva sa phrase avant qu'il ne se replonge dans la contemplation d'un point imaginaire à l'horizon. Au bout d'un moment, il se mit à gigoter pour extirper son téléphone de sa poche. Il soupira bruyamment en constatant qu'il n'avait aucun message ni appel manqué. Avisant le haussement de sourcil interrogateur de son frère, il chercha à s'expliquer :
« Ça fait deux jours que le tas de plume a disparu sans rien dire et cet enfoiré ne répond pas au téléphone !
— Euh, Dean… il est probablement en dehors de ta zone de couverture réseau.
— Ouais, ça commence à devenir bidon comme excuse.
— Mec, t'es incroyable ! s'esclaffa Sam. Castiel est le nouveau boss, là-haut, si j'ai bien compris. C'est le genre de boulot qui te bouffe un peu ton temps, si tu vois ce que je veux dire.
— Ou pas ! Il n'a qu'à apprendre à déléguer. Ou au moins à répondre à ses messages. Ou même mieux, tiens ! Il n'a qu'à démissionner. »
Sam lui jeta un regard partagé entre exaspération et amusement.
« Dean, c'est un ange !
— Oui, je sais, merci. Pourquoi tout le monde se sent obligé de me le rappeler ?
— Probablement parce que t'agis comme un gosse gâté qu'on a privé de son jouet. Il a peut-être des soucis plus importants que de venir…
— Prononce la phrase « se percher sur ton épaule » et je t'assure que je te rejette dans le trou ! »
Haussant les épaules d'un air innocent, Sam décida de changer de tactique.
« Tu sais, j'avais beau ne pas être tout à fait complet, j'avais quand même un cerveau ces derniers mois. Et si je me rappelle bien, Cas a dit qu'il préférait être ici la plupart du temps. Donc s'il n'est pas là et injoignable, ce n'est probablement pas par choix.
— Super ! s'exclama Dean. Et c'est censé me rassurer ? »
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Dean passa la majeure partie de l'après-midi à l'arrière de chez Bobby, les mains dans le cambouis et la tête emplie des évènements des derniers jours.
Sam avait récupéré son âme et semblait bien le supporter. Pourtant, le chasseur se sentait partagé entre l'immense soulagement d'avoir enfin récupéré son petit frère et l'angoisse que les souvenirs de ce dernier ne remontent à la surface. Lui-même était revenu encore un peu plus cinglé, après l'enfer. Alors il n'osait pas imaginer ce que des mois de tortures infligées par Michael et Lucifer avaient pu faire comme dégâts. « Ne gratte pas le mur » avait conseillé la Mort à Sam, et il priait chaque seconde pour que ça ne commence pas à le démanger.
Il s'essuya les mains avant d'attraper une bouteille de bière dans la glacière qui trainait à ses pieds. Il avala une gorgée en se disant qu'une douche lui ferait du bien et puis vérifia une fois de plus ses messages. Il leva les yeux au ciel et secoua la tête, se faisant l'effet d'une gonzesse. Le nez en l'air, il murmura malgré tout :
« Euh… Cas ? Possibilité d'arme angélique perdue, ici, sur terre. Ça te dérangerait de venir jeter un œil ? »
Il regarda autour de lui et haussa les épaules par dépit, juste avant d'entendre ce petit bruit caractéristique.
« Où est-elle ? demanda Castiel avec précipitation.
— Merde, j'y crois pas ! Alors c'est ça le nouveau mot passe, hein ? On prononce « arme angélique » et là tu traines ton cul jusqu'ici ! »
Il prit néanmoins le temps d'enregistrer le fait que la cicatrice barrant le visage de l'ange avait un peu dégonflé. Cela ne le rassura pas pour autant.
— Dean, gronda Castiel d'une voix basse, tu réalises que je suis au milieu d'une guerre civile et que les choses ne se présentent pas bien, là-haut ? »
Il avança de quelques pas et planta un regard acéré dans celui du chasseur. Dean crut rêver le grondement d'orage qu'il entendit au loin. Castiel reprit d'une voix plus basse encore :
« Tu réalises que si Raphaël gagne cette guerre, il relancera l'apocalypse ? »
Dean déglutit sans répondre et Cas agrippa les revers de sa chemise, serrant la mâchoire. Dire qu'il semblait en colère relevait de l'euphémisme. Un éclair zébra le ciel au-dessus d'eux.
« Quoi, tu vas me faire griller parce que j'ai menti? articula le chasseur.
— Je ne sais pas, Dean, ça solutionnerait sans doute certaines choses. Qu'est-ce que tu veux de moi, cette fois-ci ? Lequel de tes problèmes doit passer avant l'apocalypse ?
— Va te faire foutre, Cas ! Tu passes trois jours ici et puis tu peux même plus nous consacrer deux minutes !
— As-tu la moindre idée de ce que m'ont coûté ces trois jours ? siffla l'ange.
— Je t'ai rien demandé !
— Si, Dean. Tu n'as fait que ça. Demander » cracha-t-il.
Dean le repoussa, ignorant le bruit de la foudre tombée à quelques centaines de mètres. Et ce fut à son tour d'entrer dans l'espace personnel de Cas, à son tour, d'agripper les revers de son trench-coat démodé.
« C'est quoi ton problème ?
— Toi. Depuis la première seconde où l'on m'a donné la tâche de te sortir de l'enfer, c'est toi mon problème. »
Ça faisait plus mal qu'il ne voulait se l'avouer, alors il prit le parti d'en rire.
« Wow, regarde-toi ! Ange rebelle un jour, rébellion toujours, hein ?
— Figure-toi qu'il semblerait que ce soit moi, effectivement, qui ai montré la voie à mes frères.
— Quelle voie ?
— Le libre arbitre. Les choix.
— Arrêtes tes conneries Cas, d'où tu sors ça ?
— Balthazar… »
Dean fronça les sourcils dans une réalisation soudaine. Il lâcha la veste de Cas, ouvrit la bouche et la referma, sentant l'air se charger de ces particules étranges lorsqu'un orage est sur le point d'éclater tout près.
« Alors c'est ça ! Tu te sens coupable ?
— Je suis coupable. J'étais supposé servir Dieu et les cieux, certainement pas les humains.
— Ouais, le libre arbitre est une plaie, hein ? Qu'est-ce qu'il se passe, Cas, t'es retourné faire un stage au camp biblique ?
— Je ne comprends pas cette référence, mais non, je ne crois pas. J'apprends simplement de nos erreurs. »
Dean s'humidifia les lèvres et chercha son regard. L'ange s'obstina à fixer le sol tout en élevant une voix qui n'était presque plus neutre.
« Tu ne vois pas les similitudes, Dean ? Tout comme Sam et toi l'avez fait, j'ai déchiré le script.
— Wow, d'où tu sors cette expression ?
— Balthazar… Encore.
— Hum, faudra que je lui dise deux mots, à ce connard qui se croit autorisé à piquer les armes du ciel et qui ose donner des leçons. Balthazar… mon cul ouais !
Castiel releva soudain la tête et lui adressa un regard oscillant entre terreur et empressement. L'instant d'après il avait disparu.
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« Yo ! fit Dean en posant à l'entrée la boîte à outils empruntée à Bobby.
— Lave-toi les mains avant de les mettre partout, le salua ce dernier. Et va prendre une douche tant que tu y es, je te sens jusqu'ici !
— Des nouvelles de Cas ? demanda Sam depuis la cuisine.
— Ouais, il est passé juste le temps de me faire savoir que je pouvais aller me faire voir et il est reparti comme il est venu. »
Les rejoignant dans la cuisine, il avisa l'onguent trônant sur le plan de travail et haussa les épaules.
« J'ai même pas eu le temps de lui donner ta pommade miracle, Bobby. Mais je me demande si ça aura une utilité. Sa cicatrice avait déjà l'air bien moins boursouflée, même si toujours bien rouge.
— Bah il finira bien par revenir, argua le vieux chasseur, philosophe.
— Ouais, on verra. Bon je vais me doucher. »
Sam et Bobby s'entreregardèrent et le vieux chasseur fronça les sourcils. Dès que Dean fut sorti de la cuisine, il murmura sur le ton de la conspiration :
« Il est quand même bizarre avec cet ange, tu ne trouves pas ?
— Je crois surtout qu'il s'en fait plus pour lui qu'il ne veut bien le dire. Étrangement ça le rassure, je crois, d'avoir un ange à portée de main.
— Il ne nous aurait pas viré sa cuti par hasard ? osa le vieux chasseur.
— Quoi ? Dean homo ? Sérieusement ? demanda Sam d'un ton surpris.
— Non t'as raison, c'est ridicule, admit Bobby. Mais quand même…
— Remarque ça me ferait bien rire ! T'imagines ? On pourrait le chambrer jusqu'à la fin des temps avec ça. Mais sérieusement, y a pas plus hétéro que mon frère ! Tu l'as déjà vu regarder un mec bizarrement toi ?
— Non effectivement. A part ce maudit tas de plumes, précisément.
— Nan, nan, c'est juste parce que c'est un ange, Bobby. Et pas n'importe lequel. C'est quand même le gars qui l'a arraché de l'enfer… »
Le vieux chasseur fit la moue avant de retourner à sa soupe, touillant prudemment afin d'éviter que ça n'attache. Il la goûta du bout des lèvres et hocha la tête d'un air ravi.
Sam entreprit de dresser la table, se disant qu'il vivait là un semblant de vie normale. Jamais depuis l'enfance il n'était resté si longtemps à un endroit où il se sentait chez lui, savourant un semblant de vie de famille. Il sourit affectueusement au vieux grincheux au-dessus de sa soupe et reprit son activité.
Il repensa à l'ange en se demandant ce que son frère éprouvait exactement pour lui. On ne pouvait pas dire que Dean était des plus loquaces à ce sujet. A dire vrai, ils n'avaient jamais pris le temps d'en parler, tous les deux. Il y avait tellement de choses qu'ils n'avaient pas abordées depuis l'enfer, depuis Ruby. Peut-être auraient-ils enfin l'occasion de rattraper un peu le temps perdu.
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Sam et Bobby étaient déjà installés à la grande table du salon, entre la cuisine et la cheminée, lorsque Dean descendit, douché et rasé de près. Une marmite de soupe trônait au centre et n'attendait qu'à être servie. L'ainé des Winchester semblait toujours un peu grognon mais son visage s'éclaira à la vue de ce charmant tableau.
« Les gars, y a pas à dire, tout ça fait très 'petite maison dans la prairie' », sourit-il avant de s'installer à son tour.
Sam pouffa de rire et entreprit de leur servir de la soupe, alors que Bobby s'échinait à couper un pain frais en tranche.
« Merde Bobby, ne me dis pas que tu as aussi fait le pain ! le chambra Dean. Moi qui me demandais quoi t'offrir à Noël, c'est tout trouvé maintenant. Entre 'contes et légendes d'outre-tombe' et une machine à pain, y a plus à hésiter !
— Mon garçon, sache que ta bave de crapaud ne m'atteint pas le moins du monde. J'ai toujours aimé cuisiner, à mes heures perdues. Et puisqu'il semblerait que vous ayez élu domicile ici, autant que mes talents cachés servent à… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que la table se mit à trembler dangereusement, éclaboussant de soupe les alentours de la marmite. Les lumières vacillèrent et un grondement sourd se fit entendre. Ils se levèrent tout trois comme un seul homme et se resserrèrent en un cercle compact, dos à dos, jetant des regards frénétiques aux alentours.
« C'est quoi ça ? murmura le vieux chasseur, alors que le sol semblait faire vibrer la maison tout entière.
— Un démon ? avança Sam, en continuant à scruter chaque recoin de la pièce.
— Ne sois pas ridicule, argua Bobby, cet endroit est criblé de sigles anti-démons.
— Quoi alors ? » demanda Dean les doigts crispés sur son shotgun qu'il ne gardait jamais bien loin.
Il envisagea de se diriger vers la pièce sécurisée au sous-sol mais à peine cette pensée eut-elle traversé son esprit qu'ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer.
Les yeux rivés dans cette direction, ils furent presque soulagés d'entendre un « tadaaaaaam » à la fois théâtral et enthousiaste.
« C'est quoi ce délire ? murmura Dean juste avant de découvrir le sourire narquois de Balthazar.
— Ce délire, mon cher petit primate sans poils, c'est toi qui l'as provoqué ! argua l'ange. Ne m'as-tu pas appelé ?
— Qu'est-ce qu'il nous chante, là ? demanda Sam
— Je rêve ! vociféra Bobby, tu comptes nous ramener un nouvel ange toutes les semaines ?
— Non mais attends je l'ai jamais appelé, le comique ! » se défendit Dean.
Balthazar haussa un sourcil plus haut que lui et, la bouche en cœur, prit un malin plaisir à imiter le chasseur :
« Faudra que je lui dise deux mots, à ce connard qui se croit autorisé à piquer les armes du ciel et qui ose donner des leçons. Balthazar… mon cul ouais ! »
Dean écarquilla les yeux et soupira.
« Ouais, j'avais oublié que les anges n'ont aucune notion de vie privée !
— Dans tous les cas tu as prononcé mon nom tout en ayant la volonté de me parler, Dean Winchester. Me voilà tout ouïe.
— De quoi il parle, là ? interrogea Sam alors que Bobby restait muet d'étonnement.
— Bon, on ne va pas la gâcher, cette soupe, intervint l'ange en faisant signe à tout le monde de prendre place autour de la table.
— Cas se sent coupable à cause de cette putain de figure de foi et de vertu que tu vois là, voilà ce qu'il se passe, expliqua Dean en prenant place à table.
— Hein ? Coupable de quoi ? fit Sam qui décidément avait du mal à suivre.
— Oooh, ponctua l'ange, ma petite bombe a donc fait son effet ? »
Dean se releva aussi sec, lui crachant presque au visage :
« C'est quoi ton problème, ducon ? Les partouzes te suffisent plus ? Faut que tu bouffes l'oxygène du seul type qui en a encore quelque chose à caler, de cette putain de planète ? »
Il se retrouva presque aussitôt assis de force, incapable d'esquisser le moindre mouvement. Les muscles de sa mâchoire se crispèrent et il adressa un regard furieux au nouvel arrivant.
« Surveille le ton que tu emploies avec moi, petit humain. Tous les anges ne partagent pas la… compassion de Castiel à ton égard. » Il se tourna vers Bobby et lui adressa un sourire enjôleur en lui tendant la main. « Bobby Singer, la légende, nous n'avons pas encore été présentés…
— Commence par lâcher mon garçon, grogna le vieux chasseur d'un ton dédaigneux. Les présentations peuvent attendre. »
Dean put se mouvoir à nouveau et l'ange s'installa à son tour à table, humant ostensiblement la bonne odeur de soupe qui s'échappait de la marmite.
« Vous êtes sans aucun doute les humains les plus ennuyeux que j'ai pu rencontrer, susurra-t-il. Allons, mangeons avant que cela ne refroidisse.
— Parce que ça mange, les anges, maintenant ? » intervint Sam sans pouvoir réprimer un bâillement.
Il servit une assiette de soupe à l'ange après avoir rempli celle de Bobby et Dean. Ce dernier lui jeta un regard interloqué et il ne put que hausser les épaules.
« Je suis sur le point de m'endormir, dit-il à son frère et tu sais bien que ce n'est pas encore quelque chose que je maîtrise. Autant comprendre rapidement ce qu'il se passe…
— Ah, oui, ponctua l'ange. Pas évident, hein, de récupérer son âme ? Attends un peu de récupérer l'intégralité de tes souvenirs…Mais pour répondre à ta question, mon cher Sam, oui les anges peuvent manger. Ils peuvent dormir, aussi, et même s'envoyer en l'air ! Ce n'est pas parce que mon petit frère a un bâton enfoncé dans le cul qu'on est tous pareil ! »
Dean le dévisagea sans mots dire, se demandant vaguement dans quel réalité alternative il avait été transporté.
« Balthazar, intervint Sam, j'ai beaucoup de mal à croire que tu sois venu jusqu'ici uniquement pour répondre à la demande de mon frère. Si tu nous disais exactement pourquoi tu es là ?
— Ah ! Le petit Sammy a décidément toujours été le cerveau de la famille, n'est-ce pas ? susurra ce dernier. Pour tout vous dire, je me régale – délicieuse, cette soupe, Bobby – de voir que mes mots ont porté leurs fruits. J'ai de la peine pour Castiel. Voyez-vous, je me suis battu à ses côtés durant des millénaires, sans fléchir, sans discontinuer, sans la moindre conscience de moi. Et un beau jour on l'a envoyé te chercher, Dean Winchester. »
Il planta un regard acéré dans les yeux du chasseur et reprit d'une voix légère, comme s'il racontait une histoire drôle.
« Et mon cher petit frère a plongé corps et âmes en enfer, menant les armées du ciel à sa suite. Sais-tu combien en sont revenus, Dean ? Sais-tu combien de ses frères il a dû laisser se faire mettre en pièce, pour aller toujours de l'avant, pour ne pas perdre une seconde, pour toi ? Pour toi qui étais déjà tombé dix ans avant qu'enfin, il ne t'atteigne. N'est-ce pas ironique ? »
Dean déglutit, les mains moites, mais n'interrompit pas l'ange.
« Mais mieux encore, tu l'as fait douter, tu l'as fait trahir ses pairs et pour cela je me dois de te remercier, Dean Winchester. Par le biais de Castiel, tu nous as offert ce que notre père nous as toujours refusé. La liberté, l'ultime, la cruelle, l'inaltérable liberté : le libre-arbitre. Alors oui, je me suis fait passer pour mort, histoire d'un peu en profiter, et j'ai volé les armes du ciel simplement parce que je le pouvais. Tout cela grâce à Castiel. Pourquoi voudrais-tu que je retire ce qui n'est que la stricte vérité ? »
Sam tendit le bras pour poser sa main sur l'épaule de son frère, la serrant brièvement. Il était bien placé pour le savoir, qu'à aucun moment Dean n'avait voulu engendrer de telles conséquences.
« Si Dieu ne vous a pas donné de libre arbitre, argua Sam, c'est sans doute parce qu'il vous a accordé de grands pouvoirs. Et…
— Et blablabla, un grand pouvoir engendre de grandes responsabilités, l'interrompit l'ange, oui, je sais merci, j'ai eu le temps de voir Spiderman depuis ma petite escapade hors du Paradis !
— Ok, ça suffit l'angelot, s'énerva Bobby. Si t'as quelque chose à dire, crache le morceau. On n'est pas là pour t'entendre débiter des conneries !
— Oh, Bobby, tu me fais de la peine, là. Moi qui étais persuadé qu'on allait bien s'entendre…
— Quand bien même tu aurais raison, murmura Dean, quand bien même Cas vous aurait permis d'accéder au libre-arbitre, c'est là tout ce que tu choisis d'en faire ? Raphaël veut purger cette terre une bonne fois pour toute, Castiel essaye de la sauver. Toi, c'est quoi ton excuse ?
— Oh, évite les jugements, sois gentil. Et puis sache que je pourrais être un allié de choix, mon jeune primate.
— Ah oui, ton affection pour l'humanité est édifiante, en effet, ironisa Dean.
— Détrompe-toi, petit asticot. Vous, les humains, avez un sens de la fête assez exceptionnel ! sourit-il. Mais plus sérieusement, ce n'est pas vous que je suis venu voir. Étrangement, Castiel est difficile à atteindre, ces derniers temps. »
Même en tenant presque exclusivement le crachoir, il avait tout de même réussi à finir sa soupe. Les trois autres n'y avaient pas touché.
L'ange se leva et lissa les pans de son veston noir. Il fit un petit geste de la main et la chaise de Dean bascula. Ce dernier n'eut pas le temps de prendre une inspiration qu'il se trouva épinglé au mur, l'ange le tenant par la gorge. Sam s'était levé précipitamment mais Balthazar le cloua sur place sans même un regard.
« Castiel, appela-t-il d'une voix dangereusement basse. Si tu tiens à ton humain, je te conseille de rappliquer rapidement. J'ai une proposition à te faire. Une proposition que tu ne pourras pas refuser. »
oOo
A suivre.
Positif ou négatif, laissez-moi votre avis, c'est mon seul salaire :p
