Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoiler: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6. Après on dérive clairement ^^
Rating: PG-13 pour l'instant (quelques mots vulgaires mais rien de traumatisant)
Notes : Merci à Kaiser (n'hésite pas à me laisser ton mail pour que je puisse te répondre plus personnellement. Kikoololmdr : Tu es incorrigible :p !
A celles qui ont rajouté mon histoire dans leurs alertes : n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, puisque de toute évidence vous lisez ^^
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"Renegade"
Chapitre 5
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"The jig is up, the news is out
They finally found me
The renegade who had it made
Retrieved for a bounty
Never more to go astray
The judge will have revenge today
On the wanted man"
Renegade - Styx
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« Hey, Cas, attends! » grogna Dean en levant les yeux au ciel.
Il n'avait pas la moindre idée de ce qui l'avait poussé à sortir à la suite de l'ange. Sans doute la détresse dans son regard, et puis aussi l'énervement magistral que Balthazar avait le don de générer autour de lui. Ce type était incroyable ! Qu'est-ce que ça pouvait bien lui apporter de provoquer l'ange de la sorte ? Et puis qu'est-ce qu'il cherchait à prouver ? Que Cas était attaché à eux ? Sans blague, fallait pas s'appeler Pamela et être extra-lucide pour le capter. A quoi cela pouvait-il bien lui servir de le torturer avec ça ?
Castiel stoppa net au son de sa voix, sans pour autant prendre la peine de se retourner. Le chasseur arriva à sa hauteur et se gratta nerveusement l'arrière du crâne.
« Euh… fit Dean en s'humidifiant les lèvres. Quand Balthazar nous a zappé/ramené ici, il n'a pas franchement pensé à mon bébé. Et je n'ai pas eu le temps de ramener les provisions pour Bobby alors…
— Alors tu veux que je te ramène là-bas pour récupérer ta voiture et faire les courses, émit l'ange d'un ton neutre.
— Ouais, c'est un peu ça l'idée.
— Je croyais que tu avais des troubles…intestinaux quand j'utilise mon pouvoir pour te transporter quelque part.
— Bin faut croire qu'on s'habitue à tout ! » soupira Dean en levant les yeux au ciel pour la deuxième fois en cinq minutes. L'ange n'avait décidément aucun sens de l'humour.
Il n'eut pas le temps de pousser sa réflexion plus avant qu'il se retrouva dans le parking du centre commercial, juste à côté de son Impala. Cas lui adressa un regard étrange et Dean lui attrapa le bras pour l'empêcher de disparaître sous son nez.
« Hey, n'ose pas disparaître sans un mot, hein ! Tu ne viendrais pas avec moi ? Ça peut être extrêmement instructif de se balader dans un supermarché ! »
Castiel sembla considérer la proposition un instant avant de secouer doucement la tête.
« A vrai dire je pensais en profiter pour rapidement retourner là-haut. Tant que je ne suis pas sous la surveillance de Balthazar, c'est l'occasion de faire le point sur la situation. J'ai des ordres à donner.
— Là-haut. Ok. » Dean se fit violence pour ne rien laisser percer dans sa voix. « Vas-y, pas de stress. On se retrouve ici dans une heure ? Ça sera suffisant ?
— Amplement » sourit Castiel. Il lui jeta un regard à la fois surpris et soulagé, mêlé d'un brin de reconnaissance aussi, avant de disparaître.
Dean sourit tout seul comme un con et se tapa le front du plat de la main.
Il réalisa seulement là, à ce moment précis, à quel point cette guerre devait être épuisante pour l'ange. Et à quel point il avait pu faire preuve d'égoïsme. Il était temps, sans aucun doute ! Certes, tout le monde le lui avait dit, tout le monde avait essayé de le lui faire comprendre. Oui mais voilà, Dean pouvait être lent parfois. Souvent, en fait. Il lui fallait se rendre compte des choses par lui-même. Et étrangement ce n'étaient ni les remontrances de Sam ni l'exaspération de l'ange qui l'avaient fait percuter. C'était ce sourire empreint de reconnaissance qui avait quelque chose de doux. S'il était incapable d'aller aider Cas là-haut, il pouvait au moins lui ôter le poids des reproches ici-bas.
Songeur, il se dirigea vers l'entrée du supermarché en se maudissant d'être aussi stupide. Effectivement, il n'avait fait que demander, exiger, revendiquer. Sans vraiment proposer grand-chose en retour. Il avait été tellement obnubilé par Sam qu'il en avait oublié tout le reste. Son frère serait toujours tout en haut de la liste de ses priorités, mais ce n'était pas pour autant qu'il pouvait se permettre de traiter de la sorte celui qui avait sans doute été son plus fidèle ami ces dernières années.
Et en même temps il s'était senti tellement abandonné, sans importance et sans valeur. Son frère disparu, il avait espéré que Cas resterait. Que quelqu'un soit là pour se rappeler. Pour faire en sorte que toutes leurs actions ne soient pas qu'un vague souvenir qu'il aurait pu se créer pour finir dans un asile de timbrés. Quelqu'un de tangible et de réel à qui il n'aurait pas besoin de tout expliquer. Quelqu'un qui avait vécu tout ça avec eux. Avec lui. Et pas n'importe qui. Celui qui l'avait sorti des enfers, de la torture et du sang. Instinctivement, il porta la main à son épaule droite et serra brièvement l'endroit où l'empreinte de la main de Cas était gravée dans sa chair.
Et puis là, entre le rayon des conserves et celui des soupes lyophilisées, il s'arrêta net, frappé par cet état de fait. Par cette dépendance qu'il avait développée vis-à-vis de l'ange. Et surtout par le fait que jamais Cas n'avait ignoré l'un de ses appels, même s'il mettait parfois du temps à répondre. Jamais l'ange ne lui avait réellement fait faux bond. Dès l'instant où Castiel avait été à même de poser un choix, ça avait toujours été Dean. Ça avait toujours été lui, son choix.
« Monsieur ? Tout va bien ? Vous êtes tout pâle. » La voix d'une jeune femme lui fit l'effet d'un électrochoc.
« Hein ? Oui, oui, tout baigne » répondit-il avant de littéralement prendre la fuite.
Il se passa la main sur le visage et entreprit de se concentrer sur ses courses. Trop réfléchir avait tendance à occuper la totalité de ses neurones et il n'était pas connu pour être le mieux doté en la matière, dans la famille. Un frisson lui parcourut néanmoins l'échine, et il se dit qu'il ne pourrait pas repousser éternellement ses réflexions.
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« M'enfin où est-ce qu'ils ont bien pu passer ? » se demanda Sam à voix haute au bout d'une bonne heure.
Il avait fait le tour de la propriété de Bobby, était passé entre chaque carcasse et chaque voiture à réparer, sans oublier le semblant de jardin à l'arrière, mais aucune trace de l'ange ou de son frère.
« Dean est probablement parti récupérer sa voiture, réfléchit le vieux chasseur.
— Tu plaisantes ? Le centre commercial le plus proche est à quinze kilomètres !
— D'où la présence de Castiel avec lui, argua Balthazar. Jeez, je pensais que t'avais un cerveau.
— Ce type est une vraie plaie ! renifla Sam en s'adressant à Bobby.
— Sammy tu me brises le cœur, tant de hargne à mon encontre. Quel dommage que ta verve ne soit pas employée à des fins plus utiles.
— J'arriverais peut-être à me rendre utile si tu ne nous gardais pas cloitré à l'intérieur de cette baraque ! grogna Sam.
— Quelle injustice ! J'ai beau réfléchir, je ne me rappelle pas avoir empêché Dean ou Castiel de partir récupérer la voiture, bien que personne ne m'ait demandé mon avis. De plus je suis absolument certain que mon petit frère adoré en profitera pour aller voir au Paradis ce qu'il s'y passe. Personnellement je me trouve un peu laxiste. Je devrais peut-être réfléchir à une punition appropriée pour ton frère… »
Il n'eut pas l'opportunité de compléter son propos que Sam l'attrapa par le col de son élégante chemise noire, le soulevant du canapé où il était lascivement installé.
« Écoute, tu as conclu un accord avec Cas, très bien. C'est pas pour autant que je vais rester assis à t'écouter menacer mon frère toutes les trois minutes. Alors ta langue de pute, tu te la fous où je pense !
— Sammy, Sammy, Sammy, quel vocabulaire ! Moi qui pensais que c'était ton frère qui avait la palme de la vulgarité. Et puis tu devrais te réserver un peu, tu risquerais de tomber endormi. Sans oublier que… »
Il enroula ses doigts autour des poignets du cadet, les enserrant dans une poigne de fer avant de forcer le jeune chasseur à le lâcher d'une puissante pression. Même sans utiliser ses pouvoirs angéliques, Balthazar était loin d'être un gringalet.
« Je suis un ange, Sam. Tu n'as pas ce qu'il faut pour te mesurer à moi. Alors je te prierais de garder tes commentaires pour toi. »
Sans un mot, le chasseur serra les poings et fit mine de s'éloigner mais fit soudainement volte-face, enserrant la gorge de l'ange avant de le plaquer contre le mur et d'appuyer de toute ses forces sur sa pomme d'Adam.
« Tu veux demander à Lucifer, si je n'ai pas ce qu'il faut pour me mesurer à un ange ? » grinça-t-il en arborant un rictus de colère. Dean est hors limite, Balthy, ironisa-t-il. Tâche de t'en rappeler.
Balthazar fit un bruit étouffé suivi d'un geste de la main, visant sans aucun doute à envoyer valser le jeune homme à l'autre bout de la pièce. Mais rien ne se produisit. Sam esquissa un sourire satisfait alors que Bobby toussota. Haussant un sourcil, le vieux chasseur commenta d'une voix dégagée :
« Ah, Castiel a dû oublier de te prévenir » Il rabattit le battant d'une des portes du salon, découvrant un symbole énochien vraisemblablement tracé à l'aide de sang humain.
« Par sécurité, on a fait un peu de peinture… dans chaque recoin de cette maison. Il te sera très difficile de les trouver tous. Et au cas où tu aurais perdu la mémoire depuis ton petit exode, sache qu'ils ont le pouvoir de drainer complètement un ange de ses pouvoirs. Faut pas nous prendre pour les derniers des imbéciles, Balthazar. On n'est pas là pour se ramasser une raclée à chaque fois qu'un commentaire ne te plait pas. »
Balthazar écarquilla les yeux mais Sam ne desserra pas son emprise. Il plongea un regard noir dans les orbites injectées de sang de son vis-à-vis et accentua la pression.
« C'est la dernière fois que tu utilises Dean comme appât pour piéger Cas. On n'est pas là pour jouer dans ta petite scène de tordu ! Ceci dit rassure-toi, si tu veux aller bouder dans ton coin, tu as toujours la capacité de t'envoler aussi loin que tu le voudras. Nous y avons veillé. »
« Hmmmpf, tenta Balthazar en secouant la tête tant bien que mal.
— Pardon ? Je ne suis pas sûr d'avoir compris, ironisa Sam.
— Cas ! parvint à articuler l'ange. »
Ce fut au tour du jeune chasseur d'écarquiller les yeux en libérant immédiatement l'ange. Il fit quelques pas en arrière et murmura un « merde » étouffé.
Le poing de l'ange arriva dans son champ de vision une seconde trop tard pour qu'il ne puisse l'esquiver. Il vacilla sous l'impact et perdit l'équilibre. Balthazar le domina de toute sa hauteur, sans faire mine de vouloir pousser plus loin le combat.
« Ça c'est pour le mien, de frère. Ducon ! » conclut-il.
Bobby soupira devant l'échange et se dirigea vers la cuisine en quête de glace. Le séjour de l'ange n'allait définitivement pas être de tout repos…
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Dean revint sur le parking quelques minutes plus tôt que prévu. Cas était déjà là, négligemment appuyé contre sa voiture. Le chasseur grimaça vaguement avant de hausser les épaules. C'était Cas, il pouvait bien s'appuyer contre son bébé. Il déposa les provisions dans le coffre, entre une boite en métal pleine à craquer de faux passeports et un shotgun coincé là en cas d'urgence, le reste étant bien à l'abri sous le faux fond du coffre.
Il fit un clin d'œil à l'ange avant de secouer mentalement la tête et éleva une voix enrouée :
« Alors ? Comment se passent les affaires angéliques ?
— Elles se passent, répondit prudemment l'ange.
— Mais encore ? insista Dean en revenant se placer face à lui.
— C'est moi qui suis considéré comme pécheur. Je suis l'ange rebelle et Raphaël est perçu comme le purificateur. Sans compter qu'il a des méthodes de recrutement bien moins…orthodoxes, si je puis dire, que moi. Le nombre de ses partisans ne cesse de s'accroître alors que de notre côté de lourdes pertes se font sentir. »
Il leva un regard trop bleu vers Dean et sa voix se fit mal assurée.
« Je crois que je suis en train de perdre, Dean. »
Le chasseur en eut le souffle coupé. Cas lui rappela soudainement son petit frère en mal de réassurance, et en même temps voir l'un des plus puissants guerriers de Dieu avouer ses faiblesses du bout des lèvres avait quelque chose de … troublant. Il réfléchit un moment à une parole rassurante, à éventuellement le prendre dans ses bras, avant de repousser au loin cette idée. Ça avait quelque chose d'inapproprié. Il n'avait jamais pris Castiel dans ses bras, ni même eu un contact physique un tant soit peu élaboré avec l'ange, et ce même si ce-dernier avait une fâcheuse tendance à zapper la notion d'espace personnel. Le faire maintenant n'était simplement pas le bon moment. Il lui plaça néanmoins une main sur l'épaule en cherchant ses mots.
« Écoute, Cas… On aura bientôt le rosaire. Ça devrait déjà t'… »
Les mots lui restèrent coincés dans la gorge lorsque l'ange tomba à genoux, se tenant la gorge à deux mains. Dean s'agenouilla immédiatement à ses côtés sans comprendre ce qu'il se passait.
« Cas ? Cas, bordel ! »
L'ange le dévisagea, le regard ahuri, et toussa bruyamment, semblant chercher un filet d'air qui n'arrivait pas à ses poumons. Les mains toujours enserrées sur sa propre gorge sans pouvoir ôter celles, invisibles, qui l'étranglaient, il articula faiblement : « On m'étrangle. J'étouffe ! »
« Merde, merde, merde, paniqua Dean. Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que je dois faire ? »
Il regarda frénétiquement autour de lui sans savoir ce qu'il cherchait et secoua la tête. Quelques instants qui lui firent l'impression d'une éternité passèrent avant qu'il n'entende Cas reprendre bruyamment sa respiration à grandes goulées. Dean tomba assis sur son séant et soupira, soulagé.
« Merde, je ne savais même pas que tu pouvais étouffer…
— J'ai un vaisseau, Dean. Il y a certaines règles humaines auxquelles je ne peux pas couper. »
Le chasseur éclata d'un rire sonore, la pression fuyant son corps aussi vite qu'elle s'y était installée. Il se leva et tendit la main à son ange.
« Allez, viens, Bruce, je te ramène à la maison. »
Son estomac protesta étrangement à ces mots, et pourtant ça n'était pas désagréable. Il fronça les sourcils et fit la moue. Cas prit sa main et s'aida de cet appui pour se relever. Cela mit Dean mal à l'aise, et il le lâcha dès qu'il le put. L'ange esquissa un sourire résigné et prit place à ses côtés dans l'Impala.
« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? interrogea Dean en manœuvrant pour sortir du parking
— Je ne sais pas vraiment. Ça doit être lié à Balthazar.
— Quoi ? cria Dean en faisant un écart avant de rapidement redresser. S'il est arrivé un truc à Balthazar alors Sam et Bobby…
— Du calme, Dean, le rassura l'ange. Je vais bien, donc Balthazar va bien. Et s'il ne lui est rien arrivé Sam et Bobby sont en sécurité.
— Comment tu peux en être certain ? » demanda le chasseur dès qu'il n'eut plus à consacrer toute son attention à la route. Les nationales du Dakota du Sud avaient l'avantage de s'étirer en longues lignes droites.
« Je m'en suis assuré. Cela fait partie de notre pacte.
— Pardon ?
— Vous garder tous les trois sains et saufs quoi qu'il en coûte fait partie de notre pacte. Balthazar ne les laisserait pas être mis danger sans rien faire. Il ne lui en coutera rien, étant donné que je suis celui qui souffrira de ses blessures éventuelles.
— 'Tain Cas ! Je croyais que t'aimais pas jouer l'ange gardien.
— Tu ne m'as pas vraiment laissé le choix jusqu'ici, argua ce dernier. »
Un silence relatif s'étira entre eux, et Dean se laissa bercer un instant par le bruit du moteur et des pneus avalant la route. Castiel n'avait pas à se mettre dans pareille position. Et en même temps il était toujours le premier à lui reprocher de ne pas le faire. Dans le genre paradoxal…
« Pourquoi Bruce ? demanda soudainement Castiel.
— Hein ? Ah oui! Parce que pour le coup tu tiens plus de Batman que de Superman.
— Je ne comprends pas cette référence, émit l'ange.
— Laisse tomber, sourit Dean en faisant ronronner le moteur de son bébé.
— Non, répondit l'ange.
— Non quoi ?
— Si tu ne m'expliques rien, je ne serai jamais à même de comprendre tes blagues. Et tu me reproches continuellement de n'avoir aucun sens de l'humour.
— Wow, je n'imaginais pas que ça avait la moindre importance, nota Dean.
— ça en a. Sam m'a dit que j'étais innocent, ce matin. Il s'interrogeait sur mon mode de fonctionnement.
— Et pourquoi t'en viens à parler de ce genre de trucs avec mon frère plutôt qu'avec moi ? demanda Dean, ignorant la pointe de jalousie venue s'installer au creux de son ventre.
— Ton frère me pose des questions. Pas toi. »
Dean ne répondit pas tout de suite. Détachant un moment ses yeux de la route, il étudia le profil serein de l'ange, cherchant s'il devait déceler dans sa remarque une critique ou une simple constatation.
« J'ai pas franchement eu l'occasion de taper discut' avec toi ces derniers temps, cette dernière année on peut dire.
— Dean… murmura Castiel sur un ton précautionneux. » Il n'avait pas envie de relancer l'éternel débat de son absence.
Le chasseur se morigéna intérieurement afin de garder son calme. Qu'est-ce qui lui prenait bordel ? Il était quand même capable d'avoir une conversation sans systématiquement montrer les dents, nom d'un chien !
« Non en fait t'as raison. J'ai tendance à préférer m'installer dans un silence confortable avec toi. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
— Rien. Je n'ai fait que répondre à tes interrogations.
— Tu sais quoi, Cas ? grogna Dean avant d'inspirer un grand coup.
— Quoi ? fit l'ange légèrement excédé.
— Ok, souffla Dean. Voilà, l'explication : Bruce Wayne est la personnalité 'normale' de Batman, qui est un super héros sans réels superpouvoirs. Tandis que Superman, lui, il a des superpouvoirs. Et toi qui a besoin de respirer, ça ne fait pas trop 'Superman'
— Ce n'est pas drôle » émit l'ange. Et Dean éclata de rire.
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« Home Sweet Home » ironisa Dean en apercevant Balthazar affalé dans le canapé du salon. Il se dirigea vers la cuisine pour y déposer les provisions et y trouva Sam assis à la petite table d'appoint, un sac de glace pressé du côté gauche de son visage. Il eut un regard de chien battu en levant les yeux vers son grand frère.
« Dean, je suis désolé, dit-il d'une voix contrite
— De quoi ? De t'être mangé une porte ? plaisanta le chasseur en déballant les courses.
— Non, j'ai tenté d'étrangler Balthazar.
— Pardon ?
— Je voulais être sûr qu'il comprenne bien mon propos.
— Ah et tout ce que tu trouves à faire c'est l'étrangler ? Mais t'es con ou t'es con ? s'énerva Dean. Je te rappelle que c'est Cas qui morfle s'il lui arrive quelque chose !
— Oui, je sais. Je m'en suis rappelé un peu tard, expliqua Sam en baissant les yeux.
— Tu feras bien de ne plus l'oublier ! Imagine qu'il ait été en plein combat là-haut !
— Je suis désolé, répéta Sam alors que Castiel apparut dans l'embrasure de la porte.
— Ne te fais pas trop de souci pour ça. Il n'y a pas eu de conséquence, répondit l'ange.
— Fais-voir, exigea Dean en prenant le menton de son frère entre ses mains. Outch, il ne t'a pas raté le salaud.
— étrangement il avait l'air extrêmement contrarié que j'aie pu blesser par procuration son petit frère.
— ça peut se comprendre » argua Dean en fronçant les sourcils.
Castiel esquissa un sourire éclair avant de se rendre au salon pour y retrouver son frère d'arme.
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Balthazar releva les yeux de son magasine et se redressa, enlevant pour ce faire ses pieds de la table basse. Castiel esquissa un vague sourire et se retint de secouer la tête.
« Je sens une vague de désapprobation, dit Balthazar en haussant les épaules.
— Pas vraiment, répondit Cas, je note simplement à quel point tu peux être à l'aise avec certains comportements humains.
— Je vois que tu as survécu à la petite séance d'étranglement de notre cher Sammy, nota l'ange en ignorant les propos de son frère.
— Tu y as veillé, sourit Cas.
— Mmh, on peut le voir comme ça. Je ne fais que protéger mes intérêts. »
Castiel se dit que Balthazar avait cela de commun avec Dean ils refusaient tous deux de montrer leur attachement. Et pourtant il le savait pertinemment, que son frère ne le mettrait pas volontairement en danger, même si Balthazar ferait toujours passer sa personne et sa survie avant le reste. Il ne répondit pas et s'assit en face de lui, s'installant dans un silence expectatif. Il ne fallut en effet que quelques minutes à Balthazar pour le briser :
« Alors, comment ça se passe au Paradis ? »
Castiel haussa un sourcil sans répondre.
« Ne me prends pas pour un imbécile, Cas, je sais très bien que tu en as profité pour rentrer vite fait au bercail. Et vu ta tête, le temps ne doit pas y être au beau fixe.
— Non en effet, les choses ne se présentent pas au mieux.
— Tu devrais garder espoir, tu es sur le point d'obtenir le rosaire, frérot. Même si tu connais les risques…
— Non ce n'est pas ça. Je serais ravi d'utiliser le rosaire, quel qu'en soit le prix. Mais là-haut, je suis perçu comme le rebelle, dans cette guerre. Et il est bien plus aisé pour Raphaël de recruter dans ces conditions. Ses actions s'en retrouvent légitimées alors que les miennes… Je ne sais plus. Tu as peut-être raison. Peut-être que cette guerre ne s'arrêtera jamais.
— Wow, wow, wow, regardez qui se met à douter ! »
Balthazar se redressa, plantant un regard féroce dans les yeux de son vis-à-vis et esquissa un rictus.
« Je ne te donnerai pas le rosaire si tu doutes, Castiel. Si je t'ai fait cette proposition c'est parce que tu étais le seul qui n'avait jamais fléchi jusqu'ici. Ne commence pas maintenant, peu importe mes propres convictions. Tu as cette capacité à garder la foi. Que ce soit en notre père ou en ton humain. Place-la où tu veux, Cas, mais garde cette foi sans borne, et ton pouvoir dépassera largement celui de Raphaël ou de n'importe quel archange.
— Et c'est toi qui dis ça ? soupira Castiel.
— Les choses seraient moins amusantes si tu te mettais à partager mon opinion. Et si tu te mets à douter de toi, nos frères le sentiront. Alors ne t'étonne pas d'être de moins en moins suivi. Ne me dis pas que ce sont mes paroles qui t'ont fait fléchir, je n'y crois pas une seule seconde. Alors c'est quoi ? » demanda Balthazar en se réinstallant au fond de son fauteuil. Il savait pertinemment que Cas n'avait pas encore la réponse à cette question. Il observa son frère plonger dans ses réflexions intérieures.
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Les nuits s'étaient radoucies, depuis quelques jours. Et comme à son habitude, Dean passait le début de soirée sous le porche de la maison. Sam était une fois de plus allé se coucher tôt et Bobby se disputait avec Balthazar dans le salon au sujet d'une amulette qu'il cherchait à identifier depuis des années. L'ange qui n'avait rien d'angélique l'avait fait marcher toute l'après-midi en prétendant en connaître l'origine, mais rien n'était moins sûr. Castiel, quant à lui, avait finalement cédé devant l'insistance de son frère d'arme pour qu'il essaye de prendre une douche. L'option « nettoyage automatique » n'avait rien d'agréable, selon lui, et une bonne douche de temps en temps permettait au corps humain de se détendre. Cas avait probablement cédé plus par dépit que par réelle envie de se doucher, mais une fois son but atteint, Balthazar avait fait montre d'une humeur des plus agréables. Allez comprendre.
Le bruit de la porte d'entrée s'ouvrant et se refermant fit sursauter Dean. Il se tourna afin d'apercevoir l'importun et écarquilla les yeux, coulant son regard en direction de Castiel. Ce dernier était muni d'une bouteille de Whisky bon marché sortie tout droit du bar de Bobby et d'un verre vide.
« C'est dingue, on dirait que ce n'est pas toi, commenta Dean en désignant la tenue vestimentaire de l'ange.
— Balthazar a insisté lourdement » expliqua Cas en s'asseyant à ses côtés.
L'ange réfléchit un instant et se releva pour prendre place sur un autre siège, afin d'éviter d'envahir l'espace personnel du chasseur. Dean l'observa se servir un verre d'alcool en le détaillant de la tête aux pieds.
Il portait ce fameux pull aussi bleu que ses yeux, bien que plus sombre dans la pénombre, que Balthazar avait réussi Dieu sait comment à ramener du centre commercial. Un jeans un peu trop large lui ceignait les hanches et formait des plis au niveau de ses tibias. Dean suivi des yeux les replis du jeans et s'étonna de ne pas retrouver ce confort naturel qui allait de pair avec le trench-coat et la cravate. Merde, on aurait vraiment dit qu'il avait un parfait inconnu en face de lui !
« Comme quoi l'habit fait le moine, grinça-t-il entre ses dents »
Castiel ne prit pas la peine de répondre et haussa un sourcil interrogateur en désignant son verre vide.
« Yup. Tu peux me resservir encore un verre. Je ne vais pas laisser mon ange boire tout seul. »
Cas tiqua et ouvrit la bouche de surprise. Dean ne sembla se rendre compte de rien et leva son verre dans sa direction.
Les minutes s'égrenèrent sans qu'aucun d'eux ne prenne la parole et Dean se perdit dans ses pensées. Au bout du deuxième verre resservi silencieusement par Castiel, le moment lui sembla adéquat.
« Cas ?
— Mmh ? » répondit distraitement l'ange en observant pensivement le liquide ambré tournoyer dans son verre.
Il releva les yeux vers lui et les mots se coincèrent en même temps que l'air quelque part entre sa poitrine et sa gorge. Merde, il avait été sûr de ce qu'il allait lui dire, l'instant d'avant. Et puis là tout semblait altéré. Sans doute la quantité d'alcool ingérée ne l'aidait pas, mais il y avait cette autre chose en plus. Cette compréhension qu'il pensait saisir un instant avant qu'elle ne lui file entre les doigts, même à jeun. Cette soirée ne faisait pas exception.
Les souvenirs qu'ils partageaient n'expliquaient pas tout. Bien souvent les souvenirs ne veulent pas dire grand-chose. Une histoire commune n'empêche pas de rapidement oublier les gens, quand ils n'étaient plus là. Il pensa brièvement à Ellen et Jo et sa gorge se serra. Il expira dans le but d'évacuer tout l'air de ses poumons. Il voulait faire partir cette oppression étrange qu'il ressentait à cet instant.
L'ange le dévisageait, attendant patiemment qu'il continue. Mais comment lui dire ? Qu'avait-il à lui dire, déjà ? Qu'il était désolé d'avoir tant exigé. Qu'à cause de tous ce qu'ils avaient vécu ensemble, il avait appris à trop compter sur lui ?
Il ne voulait pas être celui que Cas choisirait au-delà de toute bataille. Sa relation avec son frère était bien suffisante, comme relation absolument tordue, malsaine et irrationnelle. Il n'avait pas besoin d'en construire une de plus avec l'ange. Tout était trop confus. Trop évident et trop subtil en-même temps. Il y avait tant de non-dits entre eux que vouloir les briser maintenant lui paraissait futile. Et pourtant il voulait la briser, cette routine qu'il pensait de plus en plus étrange. Cette valse entre eux, ces accords tacite, cette compréhension muette. Les mots sortirent sans qu'il ne le veuille vraiment, mais il ne les retint pas.
« Je n'ai pas à être celui que tu choisis. Je n'ai pas à passer avant tes batailles. Je ne suis plus ta charge. »
L'ange ne sembla même pas surpris, comme s'il s'attendait à ce que cette clarification arrive un jour ou l'autre. Il haussa un sourcil et Dean en saisit le sens même si aucune parole n'avait été prononcée. « Et pourtant tu m'appelles à chaque fois. »
« Es-tu réellement prêt à l'accepter, Dean ? murmura Castiel en plongeant un regard inquisiteur dans le sien.
— Quoi ça ? demanda-t-il en se repositionnant sur son siège, tentant de chasser ce malaise qu'il l'envahissait à chaque fois que l'ange semblait le foutre à poil et regarder au plus profond de son âme.
— Ne plus être ma charge…, répondit Cas.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Comment est-ce que tu définirais notre relation, si tu n'étais plus ma charge ? »
Le chasseur ne répondit pas.
C'était sans doute là tout le problème. Comment définirait-il cette chose entre eux ? Comme une relation de confiance, d'amitié, aussi. Peut-être. Si la notion de dépendance entrait dans le concept de l'amitié. C'était peut-être ça, la différence. Dean avait besoin de l'ange, un besoin viscéral, irrationnel, construit aussi, au travers de chaque instant passé ensemble. Le besoin de savoir que s'il était un jour allongé au milieu du champ de bataille en train de vomir son propre sang, Cas serait là. Prêt à lui tendre la main. Pas forcément pour le sauver. Juste pour être avec lui, pour ne pas crever seul comme un chien. Ça avait le goût de la rédemption, de la reconnaissance. Comme quelqu'un qui aurait cru en lui, jusqu'au bout. A tel point qu'il s'était mis à lui retourner la pareille.
« Je ne sais pas. Je n'ai pas de définition, murmura-t-il dans un souffle. Mais je ne veux pas être celui qui te fera tomber.
— Je sais, dit l'ange à voix basse. Je ne tomberai pas. » promit-il, découvrant en une pensée douce-amère pourquoi les humains usaient si souvent du mensonge.
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A suivre.
Merci d'avoir lu ! Dites–moi ce que vous en pensez s'il vous plait ^^
