Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoiler: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6. Après on dérive clairement ^^
Rating: PG-13 pour l'instant (quelques mots vulgaires mais rien de traumatisant)
Notes : Bonne lecture. Le chapitre suivant est déjà corrigé, il sera moins long à arriver !
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"Evil Walks"
Chapitre 6
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"black shadow hangin' over your shoulder
black mark up against your name
your green eyes couldn't get any colder
there's bad poison runnin' thru your veins
evil walks behind you"
Evil walks – AC\DC
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Il avait conscience que c'était complètement cliché.
Le fait de connaître le sens de l'expression « cliché » l'émerveilla un instant puis Castiel reporta son attention sur l'horizon. Cela avait beau être un concept éculé pour bon nombre d'humains trop cyniques, la beauté d'un lever de soleil le fascinait pourtant toujours. Elle relevait définitivement du divin, cette manière qu'avait ce rideau de lumière d'ouvrir une nouvelle fenêtre sur le monde, comme si la lueur de l'aube était porteuse de vie.
Observant le paysage alentours changer à mesure que les rayons s'étiraient, il repensa à la conversation qu'il avait eue la veille avec Dean. Il lui avait assuré qu'il ne tomberait pas, du moins pas par sa faute, tout en ayant la désagréable sensation de mentir.
Il secoua mentalement la tête en tentant de se convaincre de sa bonne foi. Jamais il ne déciderait de manière libre et volontaire de choir. Pas même pour vivre une vie humaine. Pas même pour ressentir librement chacune de leurs émotions ni pour effleurer l'éventail de leurs joies ou de leurs aspirations. Et certainement pas pour leurs désirs. Il n'était en rien comparable à Anna, même si tout comme elle il s'était trouvé soudain capable de ressentir. Il ne poserait jamais le même choix qu'elle dans un but aussi égoïste que celui de posséder ou de profiter.
Et pourtant, il s'était plus d'une fois trouvé sur le fil en tentant de protéger le chasseur. D'abord parce qu'il avait été désigné comme étant sa charge, l'âme qu'on l'avait envoyé cherché au fond des enfers. Et puis ensuite parce qu'il était simplement devenu « Dean », et que ça n'avait rien changé à son besoin de le protéger. Et ça lui faisait parfois l'effet d'un miroir sans teint au delà du quel il ne parvenait pas vraiment à voir, et pourtant empli d'une myriade de possibilités.
Voulant repousser ses divagations au loin ,il inspira profondément l'air frais du matin, résolu à se concentrer sur sa priorité : le rosaire. S'il mettait rapidement la main sur cette relique, ses questionnements n'auraient plus aucun fondement. Il referma distraitement la fenêtre et se dirigea vers la cuisine.
A force de rester éveillé lorsque tous les autres dormaient, il connaissait l'emplacement exact de chaque ustensile, le contenu de chaque tiroir et l'état des réserves dans le frigidaire.
Cela faisait des jours que Balthazar les gratifiait de sa compagnie et ce dernier ne se décidait pas à livrer ce qu'il attendait réellement en échange du rosaire – hormis leur protection, bien sûr. L'ange se demanda combien de temps allait durer ce petit jeu et surtout, combien de temps était-il en droit de s'accorder compte tenu de la situation là-haut ? Était-il seulement en mesure de se permettre une minute de plus ? Il s'en voulait de s'être laissé enfermer de la sorte, tout en se disant que cela lui avait semblé la meilleure solution sur le moment.
Balthazar pouvait invoquer tant qu'il voulait un besoin de protection, Cas était bien conscient qu'il leur cachait quelque chose. Sinon pourquoi tant tergiverser au sujet du rosaire ? Pourquoi ne pas simplement leur indiquer l'emplacement de la relique, puisque l'ange avait déjà accepté de conclure ce pacte avec lui, accepté de servir de leurre afin qu'aucun mal ne lui soit fait. La seule explication rationnelle prenait doucement forme dans l'esprit de Castiel.
Levant les yeux au ciel, il se dit qu'il passait trop de temps à ne rien faire. Selon Dean, l'inactivité conduisait inexorablement à l'excès de pensées. Or « trop de raisonnement tuait le raisonnement », tout le monde savait ça. Le chasseur n'avait peut-être pas tort.
Cas ouvrit le frigo et se dit que Bobby allait faire une crise d'apoplexie s'il se mettait à préparer le déjeuner.
Désœuvré, il sortit sur le perron et avisa la boite aux lettres dont dépassaient divers journaux. Le vieux chasseur était abonné à toutes sortes de quotidiens ou hebdomadaires dans lesquels il avait pris l'habitude de chercher les faits divers suspects, histoire de vérifier que rien de surnaturel n'était à l'œuvre. Depuis que l'apocalypse était venue et repartie, ceci dit, il avait tendance à un peu délaisser cette activité. Pratiquement tous les articles auraient pu donner lieu à une enquête plus approfondie. « Trop de gibier et trop peu de chasseurs, ces derniers temps ! » C'était sa manière de ne pas culpabiliser de ne plus arriver à suivre.
Les journaux en mains, Cas s'installa à la petite table de la cuisine et entreprit de les passer au crible.
.o.
Dean ouvrit un œil encore englué de sommeil et tendit machinalement l'oreille, scrutant les bruits de la maison. Ou plutôt l'absence de bruit, dans le cas présent. Mis à part Castiel, il était probablement le premier réveillé. Il percevait en bruit de fond les ronflements paisibles de Sam dans la chambre d'à-côté, et ceux plus sonores de Bobby juste au dessous de lui au rez-de-chaussée. Balthazar, quant à lui, était probablement endormi vautré dans le canapé comme à son habitude. Pour un ange qui n'était pas supposé devoir dormir, Balthazar passait un temps étonnamment conséquent dans les bras de Morphée. Ceci dit, Dean n'était jamais absolument certain qu'il fut réellement endormi.
Le chasseur enfila rapidement un training en guise de bas de pyjama et lissa le t-shirt qu'il avait gardé pour dormir. Descendant l'escalier, il trouva Castiel attablé dans la kitchenette de Bobby, penché sur le journal. Ce dernier lui adressa un sourire matinal.
« Ah tu es réveillé.
— Yup, émit Dean en étouffant un bâillement.
— J'ai hésité à préparer le café mais je me suis dit que ça ne plairait sans doute pas à Bobby.
— Cas, ne fais pas attention au vieux grincheux, ok ? Fais ce que tu veux dans cette bicoque !
Grinçant des dents, le chasseur jeta un regard dédaigneux en direction du salon où dormait probablement paisiblement leur tortionnaire.
Ils étaient tous sur le point de péter une durite, à force d'être piégés de la sorte par Balthazar. Se la jouer « petite maison dans la prairie » quelques jours tant que Sam avait besoin de repos, pourquoi pas, mais là ils commençaient à tourner en rond comme des lions en cage. Seul Bobby conservait un semblant de calme et de pragmatisme. Le plus déconcertant était sans doute Cas, qui affichait un calme apparent sans pour autant pouvoir masquer son inquiétude face au temps perdu.
« Y a un truc que je ne pige pas... » marmonna le chasseur.
Castiel haussa un sourcil interrogateur.
« On est bien d'accord sur le fait que les anges qui possèdent un vaisseau n'ont pas besoin de dormir, n'est-ce pas ? questionna Dean.
— En effet.
— Vous n'avez pas à vous laver, ni à manger, ni à dormir, mais vous devez respirer. Vrai ?
— Vrai. Où veux-tu en venir, Dean ?
— ça n'a pas de sens ! Pourquoi devoir respirer ?
— Je ne me suis jamais posé la question. C'est un état de fait, peut-être une manière de maintenir une forme d'équilibre. Nulle créature ne peux marcher sur terre toute puissante, sans limitation d'aucune sorte.
— Admettons. Mais rien ne vous l'interdit? Je veux dire de dormir, manger, et tous ces trucs que vous n'êtes pas forcés de faire ?
— Non. Il fut un temps il nous était interdit de frayer avec les hommes, de fouler leur terre comme si nous étions des leurs, mais pas de dormir ou de manger, non.
— Alors pourquoi tu ne dors jamais ? Balthazar passe bien toutes ses nuits à ronfler comme un bien heureux. Ça te changerait peut-être les idées ? »
A peine la question eut-elle franchi les lèvres du chasseur qu'ils entendirent tous deux un éclat de rire provenant du salon. Balthazar s'étira avant de se lever pour les rejoindre dans la cuisine.
« En voilà une bonne question ! Dis-nous, petit frère, pourquoi tu ne dors jamais ?
— Balthazar..., prévint Castiel à voix basse.
— Bon, je vais répondre à sa place, fit le nouvel arrivant en s'adressant à Dean. Lorsque nous dormons, surtout si nous n'en avons pas l'habitude, notre esprit est totalement vulnérable. Tout comme le tien d'ailleurs, petit humain. Et il est aisé pour un ange de pénétrer un esprit endormi. Cas ici présent a investi tes rêves assez souvent pour que tu le saches.
— Ok, mais je ne vois pas le rapport, dit Dean en haussant les épaules.
— En gros : Mea Culpa ! sourit Balthazar, pas l'air coupable pour un sous. Lors de notre première nuit ici tous ensembles, j'ai convaincu Cas de dormir, ne fut-ce que pour l'intérêt de l'entrainement.»
Il se tourna vers son frère d'arme et lui adressa un sourire équivoque :
« Je t'assure, Cas, à force tu arriveras à ériger des barrières mentales contre mes petites tentatives, mais pour ça il faudrait que tu passes plus de temps dans un état de veille ! » Il reporta son attention sur Dean :
« En bref, il se peut que j'ai un peu exagéré lors de mon invasion des rêves de notre petit angelot. Mais Cas ! dit-il en dévisageant l'ange, il fallait que tu réalises tout ce que tu as manqué !
— Je n'ai pas la sensation d'avoir manqué quoi que ce soit, répondit ce dernier.
— Anaël ne serait pas de ton avis, plaisanta Balthazar.
— Je ne suis pas Anaël.
— Anaël ? Anna tu veux dire? Je croyais qu'elle était tombée pour... » Dean s'interrompit soudainement et planta un regard acéré dans le regard de Balthazar.
« Anaël a dû renoncer à sa grâce pour pouvoir saisir l'opportunité de ressentir et d'expérimenter ce qu'elle avait observé chez les hommes durant des siècles. Mais c'est justement là qu'elle a fait erreur. Il n'y a nul besoin de choir pour ça, et j'en suis l'exemple incarné – enfin, si on veut–
— Je te rappelle qu'elle n'a eu d'autre choix que d'arracher sa propre grâce, et même après Uriel n'a jamais cessé de chercher sa trace afin de la châtier. Toi même tu as choisi de feindre ta mort, Balthazar, il n'y a pas si longtemps que ça.
— Pour échapper à Raphaël, en effet. Mais grâce à toi nous sommes désormais dotés de libre-arbitre. Qui pourrait bien venir me punir de l'utiliser à ma guise ? Ce serait dommage que tu n'en profites pas !
— Anaël a choisi la voie qui lui convenait, il n'y a pas eu d'erreur. Elle a fait ce qu'elle avait à faire, siffla Castiel entre ses dents. C'est toi qui te comporte comme une abomination, Balthazar.
— Wow, wow, on se calme, intervint Dean. On peut mettre pause et rembobiner, là ? Parce que je ne capte plus rien !
— Non, on ne peut pas ! Il n'y a pas de retour en arrière. Et c'est bien ce qui te fait peur, n'est-ce pas Castiel ? »
Il n'y eut pas de réponse et Balthazar jeta les deux bras en l'air dans un geste de dépit théâtral. Il se dirigea vers l'escalier et fit claquer la porte de la salle de bain.
.o.
Le chasseur se dirigea vers la machine à café et sortit un filtre de l'armoire. Entreprenant de le positionner correctement dans la machine, il éleva une voix qui se voulait dégagée.
« Bon, Cas. On peut en parler ? »
L'ange soupira ostensiblement et leva les yeux au ciel. Dean mit la cafetière en route et vint s'installer à table en croisant les bras. Il ne put empêcher un sourire de lui grimper sur les lèvres alors qu'il toisait du regard l'ange mal à l'aise.
« T'es incroyable! Tu me reproches de ne jamais te poser de questions et quand, pour une fois, j'énonce les interrogations qui me passent par la tête, y a plus personne !
— C'est un sujet compliqué, Dean, et je n'ai pas forcément de réponses.
— Tu pourrais au moins essayer ! Pourquoi Balthazar dit qu'il a exagéré ? Et puis c'est quoi le rapport avec Anna ? Et pourquoi tu la méprises tant si c'est pour lui donner raison l'instant d'après ?
— J'ai éprouvé une certaine forme de mépris pour Anna parce qu'elle s'est détournée de son devoir et de Dieu. Parce qu'elle a choisi délibérément d'arracher sa propre grâce pour devenir humaine. Elle a fait preuve d'un égoïsme sans borne.
— Jusque là je suis le raisonnement, commenta Dean.
— Mais ce qu'a fait Balthazar est pire. Il a transgressé un nombre incalculable d'interdits tout en conservant ses pouvoirs. « Il faut profiter des faiblesses du système », comme il dit. Depuis l'apocalypse et les dissensions entre les anges, il n'y a plus vraiment d'ordre établi, ni d'interdits. Il est libre d'utiliser ses pouvoirs comme il le souhaite...
— Quoi tu veux dire que tu peux faire tout ce que tu veux, et que ça ne t'empêchera pas d'être un ange ?
— La seule chose qui me coûterait mes pouvoirs c'est de me départir de ma grâce, ou la mort évidemment. »
Un frisson glacé parcourut l'échine du chasseur.
« Mais je trouverais préférable de m'arracher moi-même ma grâce plutôt que de m'adonner aux activités proposées par Balthazar. Il utilise ses pouvoirs à des fins totalement égoïstes, en dépossédant les humains qu'il prend dans sa toile de leur libre arbitre, sans la moindre conséquence.
— Euh... On pense bien à la même chose ? Tu parles de sexe, là ?
— Entre autres oui. Il est capable de séduire n'importe quel humain et de l'amener à se plier à sa volonté. »
Dean écarquilla les yeux, ne parvenant pas à ignorer cette boule au creux de son estomac qui le poussait à vouloir savoir. Il planta un regard acéré dans les yeux de l'ange et articula d'une voix trop neutre.
« Ah alors c'est ça , et toi tu as séduit qui ?
— Pardon ? » Castiel fronça les sourcils.
« Avec qui tu as couché ? »
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Sam s'arrêta juste à temps, au bas des escaliers. Les éclats de voix l'avaient réveillé et il était descendu voir ce qu'il pouvait bien se passer. Le ton de son frère ne présageait rien de bon, ce dernier semblait brûler d'une colère contenue. Il reconnut la voix de Castiel et se figea sur place quand Dean demanda entre ses dents avec qui l'ange avait couché.
« C'est quoi ce bordel ? » chuchota Bobby, arrivé juste à côté de lui sans qu'il ne le remarque.
Sam attrapa le bras du vieux chasseur et le retint juste avant qu'il n'entre dans le champ de vision de Dean et Castiel. Il le tira vers la chambre de laquelle il venait d'émerger et ferma doucement la porte derrière eux.
« Bobby, on ne veut pas savoir, crois-moi. Je propose qu'on leur laisse encore quelques minutes et puis on sortira très bruyamment d'ici. »
Le vieux chasseur haussa les épaules et se passa la main sur un visage dépité. Sam éprouva le besoin de s'asseoir et investit le bord du lit de Bobby.
« Merde alors... »
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« Balthazar avait choisi Meg, répondit Castiel.
— Meg, comme dans « Meg le démon qui a tué Helen et Jo » ? interrogea le chasseur en se levant pour se servir une tasse de café.
— Oui. Je pense que c'est parce que je l'ai embrassée. Balthazar a dû se dire qu'elle me plaisait.
— En général on n'embrasse pas quelqu'un qui ne nous attire pas, Cas, grinça Dean entre ses lèvres.
L'ange observa les muscles de la mâchoire du chasseur rouler sous sa peau. Il serrait les dents.
« Je n'éprouve aucune attirance pour Meg, se sentit-il obligé de préciser. Et je me suis réveillé bien avant de... passer à l'acte.
— Alors pourquoi tu l'as embrassée ? Et puis surtout pourquoi ce rêve de tordu t'a terrorisé au point de ne plus jamais vouloir essayer de dormir ? »
Ce fut au tour de l'ange de sentir l'exaspération le submerger. De quel droit son humain se permettait-il d'investir à ce point son intimité ? De quel droit attendait-il des réponses à de telles questions ?
« Je n'ai aucun compte à te rendre, murmura-t-il d'une voix dangereusement calme.
— Alors là c'est le pompon ! Va te faire foutre ! » hurla Dean avant de balancer sa tasse de café brûlant en travers de la pièce, non sans s'en renverser la moitié sur la main dans l'élan. La brûlure lui piqua la peau mais il était trop orgueilleux pour se passer la main sous l'eau.
« Assieds-toi, Dean. »
Le chasseur prit à nouveau place face à l'ange, fulminant de colère sans qu'il ne sache vraiment pourquoi et surtout contre qui. Cas n'avait rien demandé, et il n'avait clairement pas apprécié cette intrusion dans son esprit. Ou peut-être que si, justement. Peut-être qu'il avait tellement aimé l'idée de s'envoyer Meg qu'il redoutait de croiser à nouveau son chemin. C'était peut-être ce genre de conséquence que Cas aurait voulu éviter...
« Dean » murmura l'ange pour attirer son attention.
Ce dernier releva un regard vert un peu perdu et poussa un long soupir. Il se sentait trahi.
« Pourquoi tu m'as rien dit ?
— Parce qu'il n'y avait rien à en dire. Et si je préfère éviter ce genre d'expérimentation, c'est parce qu'il a des souvenirs dont on ne peut se défaire, même s'ils n'ont été que rêvés. »
Cela rappela douloureusement à Dean son bref passage dans le futur montré par Zachariah, et il ne put qu'acquiescer.
Cas entreprit de leur servir une tasse de café, élevant à nouveau une voix maitrisée.
« Et si j'ai embrassé Meg auparavant, c'est parce j'étais perturbé. Étrangement l'acte sexuel en lui-même m'intrigue bien moins que le baiser. Je me suis souvent demandé quelle sensation cela procurait de poser ses lèvres sur celles d'une autre personne. Je ne suis ni innocent ni complètement naïf, Dean. J'ai observé des... accouplements pendant très longtemps avant de marcher sur terre et d'avoir un corps. Je connais en théorie ce qui fait que deux personnes éprouvent le besoin d'être ensemble de cette manière là. Il y a une explication physique, le corps est doté de récepteurs qui font que...
— Oui merci, Cas, je n'ai pas besoin d'un cours d'éducation sexuelle, l'interrompit Dean mal à l'aise.
— En effet, consentit l'ange. Mais le fait de partager un baiser était quelque chose de beaucoup plus nébuleux. De moins théorique, si on peut dire. Pourquoi les gens éprouvent l'envie de joindre leurs lèvres, et souvent même leur langues et...
— Ok, ok c'est bon je vois ce que tu veux dire. Et ça a répondu à tes interrogations ?
— Non, j'ai simplement reproduit ce que j'avais observé mais je n'ai rien ressenti de particulier, mis à part une certaine forme de viscosité...Et la réalisation que l'endroit n'était pas forcément bien choisi. »
Dean éclata de rire avant de se prendre la tête entre les mains.
« Mais pourquoi c'est avec Meg que tu as mené ta petite expérience ? Si elle ne te plait pas particulièrement, je veux dire...
— Parce que Meg est la seule personne à m'avoir embrassé une première fois avant que je lui rende son baiser. Donc je me suis dit qu'elle serait consentante.
— T'aurais pu te trouver n'importe quelle autre gonzesse, Cas !
— Dean, ce n'est pas comme si la question m'obsédait jour et nuit. J'ai autre chose à faire que de me demander ce qu'embrasser quelqu'un peut provoquer comme sensation ! À ce moment-là les évènements se sont enchainés de manière à ce que l'occasion se présente, je l'ai saisie, voilà tout. »
Castiel s'interrompit en entendant une porte s'ouvrir et se refermer dans un grand fracas. Sam toussota ostensiblement tout en se dirigeant vers la cuisine. Il avait l'air un rien perturbé.
« Salut les gars ! Bien dormi ? » Il évita le regard de Castiel et se servit une tasse de café. Il fut suivi de près par Bobby qui ne prit pas la peine de les saluer avant de plonger vers la cafetière à son tour.
Dean et Cas échangèrent un regard perplexe et le chasseur fronça les sourcils, la conversation inachevée laissée en suspens entre eux.
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Au début de la deuxième semaine passée dans cet état de latence, Castiel réalisa qu'ils s'étaient installés dans une routine qui lui semblait plutôt réconfortante. Il passait chaque matinée à éplucher les journaux disponibles, assemblant et recoupant divers évènements qui lui semblaient sortir de l'ordinaire. Enfin, sortir d'un ordinaire post-apocalyptique empli de démons.
Il appréciait également certaines choses typiquement humaines comme une douche chaude, une part de pizza ou encore l'odeur de ces petites fleurs mauves qui poussaient dans le « jardin » de Bobby.
Ce matin là, alors qu'il était penché comme à son habitude sur les quotidiens, un petit encart portant le titre « Miracle à Minneapolis » attira son attention. Il lut attentivement l'article et chercha dans d'autres journaux s'il était fait mention de l'évènement, mais rien ne figurait ailleurs que dans ce petit canard local. Il ne comprit pas exactement ce qui retenait son attention jusqu'au moment où ses mains se mirent à trembler.
Ses tempes bourdonnèrent étrangement et il sentit les battements de son cœur s'accélérer. Il voulut se lever mais se découvrit scotché à sa chaise alors que la pièce autour de lui se mettait à tourner. Il tenta à tout hasard d'élever la voix mais comme il s'y attendait, aucun son ne franchit ses lèvres. Il se demanda un instant si son vaisseau était capable d'affronter la chose sans imploser, mais il ne pouvait pas retourner au Ciel sans risquer de mettre les autres en danger. Il prit donc son mal en patience, attendant qu'elle arrive. Au bout de quelques minutes il s'écroula au sol, vidé de son énergie.
Il venait d'avoir une révélation.
.o.
Dean fut réveillé par le bruit de la douche dans la salle de bain attenante à sa chambre... pour la troisième fois en quatre jours. Il rejeta la couverture avec violence et ne prit pas la peine d'enfiler un dessus de pyjama avant d'ouvrir en grand et hurler face à la vitre embuée :
« Putain Balthazar tu fais chier ! Tu peux pas attendre une heure raisonnable avant de prendre une douche ?
— Dean ? lui parvint la voix mal assurée de Castiel.
— Ah... Cas. Mais qu'est-ce que tu fous sous la douche ?
— à ton avis ? J'ai eu une révélation !
— Logique, quand tu nous tiens, murmura le chasseur pour lui-même.
— C'est logique ! » dit l'ange en écartant le rideau de douche. Il prit la serviette que Dean lui tendit en détournant le regard. « Nous sommes censés retourner là-haut pour recevoir une révélation. Sur terre cela a drainé énormément de mon énergie. Quand je me suis réveillé sur le sol de la cuisine, j'étais trempé de sueur. J'ai profité de la douche pour m'éclaircir les idées. Désolé de t'avoir réveillé.
— Wow, répondit Dean en fixant avec attention le carrelage des murs de la salle de bain. Non, c'est pas grave. Attends, t'as eu une révélation ?
— Oui. Ça ne va pas vous plaire.
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L'ange enfila un pull avant de rejoindre Balthazar dans le salon. Il s'assit en face de lui, un air inquisiteur plaqué sur le visage. Le fauteur de trouble haussa un sourcil interrogateur.
« Minneapolis, Minnesota. Si je ne me trompe pas c'est bien là que tu t'es caché après avoir détruit le vaisseau de Raphaël ?
— En effet » répondit Balthazar. Il changea de position et s'éclaircit la gorge, visiblement mal à l'aise.
« J'ai été attaqué par une horde d'ange, et puis par une horde de démon. J'ai été forcé de fuir, d'où ma présence ici, comme expliqué précédemment.
— En laissant toutes les armes du ciel à la portée du premier venu ? » demanda Dean qui venait de pénétrer dans la pièce à son tour. Il prit place à côté de Castiel, en face de Balthazar. Ce dernier l'ignora mais répondit tout de même à sa question.
— Non, bien sûr que non. Tu le sais très bien, Cas, on en a déjà parlé. Les sceaux que j'ai placé sur la cache d'arme sont inviolables. Sauf s'il venait à m'arriver quelque chose. C'est entre autre pour ça que tu n'as pas fait trop de difficultés pour me servir de leurre. »
Il reporta son attention sur Dean qui fronçait les sourcils.
« Et non l'asticot, ce n'est pas juste pour tes beaux yeux !
— Donc si cet handicapé venait à clamser, les armes du ciel seraient disponibles, sans protection, pour qui viendrait à tomber dessus ? demanda-t-il à Cas.
— En effet, répondit ce dernier. Et il est vrai que cela a joué dans ma décision. Le ciel pourra toujours se trouver un nouveau général si je venais à disparaitre. Mais si les armes tombaient entre les mains de Raphaël, tout espoir serait perdu.
— T'as vraiment pensé à tout pour assurer tes arrières, hein ? cracha Dean à l'intention de Balthazar.
— Combien de perles as-tu égarées, Balthazar ?
— Pardon ? demanda ce dernier un peu trop vivement.
— Ce qui est à l'œuvre à Minneapolis en ce moment n'a rien à voir avec les démons. C'est l'œuvre de Dieu. Tristement biaisée, mais c'est l'œuvre de Dieu. Ce qui m'amène à croire qu'un souhait a été utilisé. Je ne sais pas lequel, ni pourquoi, mais de toute évidence...
— Deux. Il ne manque que deux perles. Toutes les autres sont en ma possession.
— Mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter, intervint Dean. Tu l'as dit toi-même, Cas, que seul un ange pouvait arriver à ses fins avec cette arme, et que le souhait formulé devait avoir un lien avec la foi ! Alors tant qu'il a au moins une perle...
— Raphaël, qui veut purger cette planète en déclenchant à nouveau l'apocalypse, pose un acte de foi en quelque sorte, répondit l'ange. C'est guidé par une forme de foi qu'il agit. De plus, il est écrit dans l'ouvrage détenu par Bobby que ni homme ni démon ne peuvent utiliser le pouvoir du rosaire, en effet. Mais comme de nombreux textes, celui là laisse place à l'interprétation.
— En gros, coupa Balthazar, un homme ou un démon pourrait émettre un souhait, mais les conséquences seraient monstrueuses. L'équilibre doit être maintenu, et l'utilisation de ce genre d'arme n'est pas à prendre à la légère. Chaque vœu exaucé demande une contrepartie, et seule la grâce d'un ange peut contenir et absorber cette contrepartie. Un démon ou un humain utilisant le rosaire n'y laisserait pas seulement la vie, il en faudrait des millions, pour l'arrêter...
— Attends une minute, s'étrangla Dean, tu veux dire qu'un ange émettant un souhait avec une perle du rosaire y laisse sa grâce ?
— Pas vraiment, non, il y laisse plutôt jusqu'à la plus petite particule de son être » objecta Balthazar.
Dean écarquilla les yeux, et à nouveau, le serpent de la trahison vint lui mordre les tripes.
« Et tu comptais me l'annoncer quand ? explosa-t-il en s'adressant à Castiel.
— Au moment venu, répondit ce dernier.
— Mais je rêve ! s'emporta le chasseur.
— Dean. » murmura Cas avec cette inflexion si particulière dans la voix.
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« Pardon ? soupira Bobby.
— l'épidermolyse bulleuse, répéta Dean, et Aesma.
— Est-ce qu'on peut tout me répéter depuis le début, en utilisant des phrases courtes et précises, et surtout en respectant la chronologie des évènements et en n'omettant aucune information, je vous prie. Si je dois me taper la route jusqu'à Minneapolis et partir sur l'heure, j'aimerais autant comprendre pourquoi. »
oOo
A suivre ^^
