Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoiler: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6. Après on dérive clairement ^^
Rating: PG-13 pour l'instant (quelques mots vulgaires mais rien de traumatisant)
Notes : Bonne lecture. Pardon pour le retard ma Luna, j'ai modifié une scène qui me plaisait pas.
Merci à Souly pour ton petit mot super gentil!
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"Thunderstruck"
Chapitre 7
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"I was shakin' at the knees
Could I come again please?
Yeah the ladies were too kind
You've been … thunderstruck"
Thunderstruck – AC\DC
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« Pardon ? soupira Bobby.
— l'épidermolyse bulleuse, répéta Dean, et Aesma.
— Est-ce qu'on peut tout me répéter depuis le début, en utilisant des phrases courtes et précises, et surtout en respectant la chronologie des évènements et en n'omettant aucune information, je vous prie. Si je dois me taper la route jusqu'à Minneapolis et partir sur l'heure, j'aimerais autant comprendre pourquoi. »
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Dean s'humidifia les lèvres et recommença depuis le début, sous le regard médusé du vieux chasseur et de son frère.
« Ok, pour commencer : le rosaire » Il jeta un regard assassin à Castiel, assis dans le salon à ses côtés.
« Puisque personne n'a pris la peine de réellement nous expliquer ce qu'il impliquait, une petite mise à jour est nécessaire. Afin de limiter l'utilisation d'une arme aussi puissante, chaque souhait exaucé demande une contrepartie. Un ange qui utilise un souhait y laisse « juste » sa vie. Ça, c'est quand tout va bien. On pensait qu'aucun homme ou démon ne pouvait utiliser le rosaire mais c'est un rien plus subtil que ça. C'est du domaine du possible, mais ce n'est non pas une vie qui serait sacrifiée lors de la répercussion du souhait, mais des centaines, voire des milliers. Jusque là vous me suivez ? »
Sam et Bobby hochèrent la tête de concert. Dean reprit :
« Et il se trouve qu'on a deux perles dans la nature. L'une d'entre elle a très probablement déjà été utilisée. Ça, on le sait parce que Cas a eu une révélation.
— Oulà, doucement. Donc une catastrophe planétaire va être déclenchée incessamment sous peu, c'est bien ça ?
— Il faut sept jours pour que la contrepartie atteigne sa pleine puissance. Durant ce laps de temps, un ange est lentement dépossédé de sa grâce, puis de son existence, expliqua Castiel. Mais je ne sais pas vraiment de quelle manière cela se passe si le souhait est émis par un humain...
— Et tu comptais utiliser ce truc, Cas ? interrogea Sam, coulant un regard vers son frère. T'étais au courant de ça toi ?
— A ton avis ? grinça Dean.
— Mais comment deux perles ont pu se retrouver dans la nature ? » demanda Bobby.
C'est le moment que choisit Balthazar, resté exceptionnellement silencieux jusque là, pour lever la main.
« Lorsque j'ai été pourchassé par Raphaël – pour t'avoir sauvé les miches, petit frère, je tiens à te le rappeler- j'ai pris soin de cacher la plupart des armes du ciel, emportant seulement le rosaire avec moi. Mais il faut croire que les anges se mettent à tuyauter les démons parce c'est à une attaque groupée, que j'ai eu à faire face. Et Aesma, cette petite allumeuse a réussi à me coincer. Elle était particulièrement motivée pour me faire disparaitre de ce bas monde, mais elle est un rien fétichiste sur les bords. J'ai pu acheter ma fuite à l'aide d'une perle.
— Quoi ? hurla Sam. Tu as donné une perle du rosaire à un démon ? Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi, bordel ?
— Mais tout va bien, mon cher Sam. Premièrement, faudrait peut-être recadrer le fait que la seule personne dont la sauvegarde m'intéresse, c'est moi. Ok ? Et ensuite, Aesma est assez intelligente que pour savoir qu'elle n'a aucune chance de survivre à l'utilisation de cette perle. Il lui faudrait des milliers d'âme en contrepartie !
— Des milliers d'âmes, hein ? Et Aesma ne travaille-t-elle pas pour le roi des enfers, Balthazar ? Et quelle a été l'occupation principale de Crowley ces derniers mois, juste avant que Cas ne lui fasse retrouver son Irlande natale ? HEIN?
— Ah bon il venait d'Irlande ? demanda Castiel.
— On s'en fout, chuchota Dean, plissant des yeux pour suivre le cheminement mental de son frère.
— Le purgatoire ? tenta Batlhzar, un rien interloqué par l'attitude de Sam.
— Des millions et des millions d'âmes en attente...murmura Castiel en écarquillant les yeux. De tout temps et de toute époque, que ce soit du côté des démons ou celui des anges, ça a toujours été le prix à payer...
— Autant dire que celui qui mettra la main sur l'entrée menant au purgatoire fera péter le plafond des actions. Faudra faire gaffe à l'inflation, ceci dit » commenta Balthazar.
Le fauteur de trouble ancra son regard dans les yeux verts de Dean et esquissa un sourire sardonique.
« Tout a toujours été une question d'âme. Depuis le début. Et vous, Winchesters, vous faites une belle brochette de parieurs fous. Votre mère a donné son âme pour sauver John. Ensuite John a donné la sienne pour te sauver, Dean. Et puis ensuite toi, pour sauver ton frère, et enfin Sammy, doit-on compter les fois où tu l'as perdue, ton âme ? Même Bobby ! A croire qu'il faut vendre son âme au diable et trahir les siens pour vraiment faire partie de la famille ! »
L'ange rebelle se leva et les toisa du regard, un sourire en coin s'étirant toujours sur ses lèvres.
« Je les vois parfaitement, vos failles, contrairement à mon frère.»
Un silence pesant tomba sur la pièce, et pas même un raclement de gorge ne vint le troubler. Les regards s'évitèrent et dévièrent trouvant le sol bien plus passionnant que quoi que ce soit d'autre. Nul ne pouvait l'ignorer, la vérité énoncée par Balthazar qui résonnait dans leurs esprits.
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Sam était occupé à empaqueter leurs affaires dans son grand sac de voyage lorsque Castiel apparut dans l'embrasure de la porte.
« N'empêche, faut quand-même être con pour égarer une perle en en donnant une autre à Aesma. 'Elle a glissé', non mais je rêve ! Heureusement qu'il nous reste une chance de défaire ce fiasco en la brisant.
— Si toutefois nous arrivons à la briser avant le délai des sept jours, commenta l'ange. L'article date d'aujourd'hui et le miracle d'hier. On ferait bien de se dépêcher.
— Oui je fais au plus vite. Et c'est quoi déjà le truc dont le petit a guéri ?
— L'épidermolyse bulleuse. Il en existe plusieurs type mais celui-là était mortel. Il s'agit d'une maladie génétique qui dégrade fortement l'épiderme. Elle se manifeste par l'apparition de bulles sur la peau, emplies de sang. La peau finit par se décoller et le patient meurt généralement des suites d'une infection. »
Sam fit la grimace et rassembla son nécessaire de toilette.
« Et tu dis qu'il s'agit d'une maladie orpheline incurable ?
— Oui, sa probabilité d'apparition est tellement faible qu'il n'est pas rentable de rechercher un remède.
— Merde, pauvre gosse quoi.
— L'enfant est sauvé, Sam. Je m'inquiète plutôt des conséquences.
— En parlant de conséquence, tu n'irais pas empêcher Dean de ronger son frein dans le jardin ?
— Dean ne rongerait jamais quoi que ce soit de l'Impala ! » protesta Castiel.
Sam se tapa le front du plat de la main et leva les yeux au ciel. Pendant un instant il ne dit rien, puis Castiel observa ses épaules tressaillir furieusement. Mort de rire, Sam dût s'asseoir sur le rebord du lit.
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« Tu ronges ton frein ? tenta Castiel.
— D'où tu tiens cette expression ? grogna Dean.
— Ton frère m'a dit de venir t'empêcher de ronger ton frein. Je lui ai répondu que tu ne ferais jamais ça à ta voiture mais de toute évidence il faisait référence à autre chose. »
Le chasseur dévisagea Castiel sans pouvoir retenir un ricanement empli de douceur. Le regard de l'ange fut attiré par un liquide rouge qui coulait le long de la main de Dean. Il avait très probablement les métacarpes brisés, vu la couleur violacée que prenait doucement le dessus du membre.
« Tu m'en veux ? demanda l'ange, fronçant les sourcils.
— Je suis fatigué, Cas. Tu passes ton temps à cacher des trucs. J'aurais su quand, hein, que t'allais y laisser tes plumes ?
— Il était inutile d'annoncer une mauvaise nouvelle à l'avance. C'est de toute façon inévitable.
— Et t'allais juste crever tout seul sans rien dire ? Évidemment que je suis furax ! Tu ne peux pas juste décider de ce genre de truc tout seul ! hurla le chasseur.
— Donc tu proposes que je reste en vie et qu'on laisse Raphaël déclencher l'apocalypse ? Il y a plus important que ma vie, ici, Dean.
— Ohé les amoureux, cria Balthazar depuis le porche, Sam et Bobby sont sur le départ. Vous venez au lieu de vous bécoter ? »
Le chasseur leva les yeux au ciel avant de passer devant Cas pour rejoindre les autres devant la bicoque de Bobby. Au moment où il le dépassait, l'ange le retint par la manche, prenant soin de ne pas prendre sa main entre les siennes. Dean plongea ses yeux verts dans ceux de Cas et haussa un sourcil, sans pour autant chercher à se dégager. Soupirant, Castiel effleura du pouce le dos de sa main droite. « Tu devrais apprendre à ne pas te blesser inutilement. »
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Ils auraient dû se douter qu'ils n'étaient pas encore prêts à partir. Balthazar prenait juste un malin plaisir à les emmerder, comme d'habitude. Dean laissa l'ange en compagnie de son frère d'arme et en profita pour rejoindre Sam à la cuisine. Bobby n'étant nulle part en vue et se faisant attendre, il s'installa à la petite table de la kitchenette en face de son frère.
« Alors ? souffla Sam, visiblement dans l'expectative.
— Alors quoi ? demanda l'ainé en fronçant les sourcils.
— Quoi de neuf ?
— Quoi de neuf ? Sam, on vient de passer près de dix jours les uns sur les autres. Tout ce qu'il y a de neuf, crois-moi, tu es au courant ! répondit Dean.
— Non. Enfin, je veux dire... Comment tu te sens, ces jours-ci ?
— Qu'est-ce qui te prends ?
— Mais rien ! souffla le cadet, exaspéré. Je me demandais juste... écoute, Dean, je peux te poser une question ?
— Oulà, je sens le moment « gonzesse » arriver. Vas-y, fillette, pose ! sourit-il.
— Il se passe quoi avec Cas ? »
Dean arriva à froncer les sourcils tout en les haussant. Il déglutit péniblement, se demandant pourquoi Sam prenait tant de pincettes.
« Faudrait préciser ta question, Sammy, le sujet est plutôt vaste... » ironisa-t-il.
Sam leva les yeux au ciel et décida qu'il ne se laisserait pas décourager si facilement.
« Quelle est la nature de ta relation avec lui ? »
Dean se sentit blêmir. Il n'avait aucune envie d'entamer ce genre de discussion. A dire vrai, il avait soigneusement évité de trop s'introspecter sur le sujet ces deniers jours.
« Wow, Sammy, je ne suis même pas sûr de vouloir savoir ce qui te mènes à ce genre de questionnement !
— J'ai surpris une conversation, consentit à expliquer Sam. Apparemment Cas aurait couché avec quelqu'un – ce qui m'a sidéré, en passant- et t'avais l'air complètement furax.
— Ok...articula Dean. Je vois. J'étais effectivement énervé parce que Balthazar avait encore monté un de ses coups tordus ! Il a essayé de pousser Cas à faire la chose, et en entrant dans son esprit en plus ! »
Sam explosa de rire et secoua la tête,ce qui déconcerta totalement son aîné.
« Quoi ? grogna ce dernier.
— Dean, je te signale que tu as fait exactement la même chose. Tu l'as trainé dans un bordel c'est pas mieux !
— ça n'a rien à voir ! C'était censé être sa dernière nuit sur terre, tu vois le trip ? Et j'ai pas essayé de le foutre avec Meg ! s'emporta le chasseur.
— Bah... il a embrassé Meg. Ça parait logique.
— C'était uniquement parce qu'elle était consentante ! s'emporta Dean.
— Pourquoi ça t'énerve ? demanda le cadet en le scrutant du regard.
— Mais ça ne m'énerve pas bon sang ! râla Dean en tapant sa main nouvellement guérie sur la table.
— C'est ça ! railla Sam, un sourire en coin accroché aux lèvres.
— Attends tu crois que je me tape une crise de jalousie ou un truc du genre ? T'es malade !
— Bon Dieu ce que tu peux être borné, c'est incroyable !
— Fillette !
— Trouduc !
— N'empêche... » reprit Sam, et Dean eut envie de se taper très fort la tête contre la table en formica. « Faut reconnaître que t'es quand même vachement possessif avec ton ange, sourit-il.
Dean ne prit pas la peine de répondre, mais présenta néanmoins son majeur à son frère. Il observa du coin de l'oeil Sam lui tirer la langue et reporter son attention sur les préparatifs.
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Il fut convenu que Sam et Bobby partiraient en avant afin de mener l'enquête sur le miracle annoncé dans le journal. Dean et Cas, quant à eux, tenteraient d'invoquer Aesma afin d'investiguer sur l'éventuelle utilisation qu'elle aurait pu faire de la perle. Le rituel devait être mené à minuit pile, et sitôt cela fait, ils pourraient se mettre en route afin de rejoindre Sam et Bobby.
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En début de soirée, l'ange observait Dean se resservir son troisième verre de whisky d'un œil inquiet. Ce dernier se trouvait comme à son habitude assis sous le porche de Bobby.
Castiel se ressaisit et continua de tracer à même le sol un pentagramme empêchant tout démon de franchir la clôture devant l'entrée. Le premier d'une longue série.
Balthazar, lui, observait son frère observer le chasseur. Il ne put s'empêcher de sourire sous cape la soirée promettait d'être intéressante. Il soupira et le rejoignit afin de lui prêter main forte. Après tout, c'était lui qui avait donné la perle à Aesma. Castiel suivait distraitement des yeux les allées et venues du verre entre la table et la bouche du chasseur. Pour une fois, Batlhazar ne fit montre ni d'extravagance ni de grandiloquence.
« Je commence à comprendre pourquoi tu ne veux pas de Meg. »
Cas détourna le regard, étrangement conscient de tout ce qui ne se produirait jamais entre lui et Dean. Jusqu'à présent cela n'avait pas été un obstacle, juste un simple fait. Une constatation. Cela avait même été étudié. Pourtant Castiel ne pouvait s'empêcher de noter certaines choses.
« Cas, Dean est un homme, dit Balthazar en fronçant les sourcils.
— Merci pour le scoop, siffla Castiel entre ses dents.
— Jeez petit frère, tu jettes ton dévolu sur le gars qui se définit par son hétérosexualité ! T'imagines à quel point ça risque de le perturber ?
— Qu'est-ce qui risque de le perturber ?
— De changer de bord.
— Il n'est pas question de le faire changer de bord, Balthazar.
— Quoi, tu envisages de prendre un vaisseau féminin ?
— Non. Je pense que ce serait encore plus perturbant. Si j'ai choisi de ne pas être une femme, ce n'est pas pour rien. Et ce n'est certainement pas pour changer d'avis maintenant.
— Cas, tu réalises ce qu'il risque de se passer, ce soir ? Aesma ne va pas se gêner pour révéler ce que toi-même tu cherches à tout prix à ignorer...» demanda Balthazar d'une voix étrangement douce.
L'ange hocha la tête et se mordilla la lèvre inférieure avant de prendre conscience que ce geste ne lui appartenait pas. C'était du mimétisme pur et simple. Dean se mordillait souvent la lèvre lorsqu'il se trouvait dans une situation angoissante.
« Ne peux-tu pas y faire quelque chose ? demanda Castiel.
— Sans vouloir en rajouter, je me suis déjà essayé à toutes les prouesses sexuelles possibles – animaux exclus, tout de même. Cas, il n'y a que toi qui puisse l'invoquer, tu le sais bien.
— Alors je suppose que je ferais mieux de le préparer. J'avais espéré qu'il soit plus sobre. »
Il secoua la tête et fixa un point imaginaire à l'horizon une brise fraiche se levait et il frissonna, pourtant étranger à la morsure du froid.
« J'avais espéré ne jamais avoir à aborder le sujet. » murmura-t-il plus pour lui-même que pour l'autre ange à ses côtés.
Il termina le sigle anti-démon et Balthazar promit de se charger de l'intérieur de la maison. Ce dernier s'éclipsa afin de laisser l'ange seul avec son humain. Cas avait vraiment le don de se compliquer l'existence...
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Dean reproduisit le geste maintes fois répétées de remplir son verre. Il fit tournoyer le liquide ambré alors que l'ange s'installait face à lui. Ce dernier s'éclaircit la gorge.
« Dean, tu devrais boire un peu moins, surtout ce soir.
— Pourquoi ? demanda-t-il en haussant un sourcil. Je me donne un peu de courage liquide afin d'invoquer ce fameux démon !
— Tu ne sais pas qui est Aesma, n'est-ce pas ?
— Euh. Pas vraiment non. Y a quelque chose en particulier à savoir ?
— Aesma se fait aussi appeler Chashmodai ou Asmodée. Il représente l'esprit impur qui préside à tous les actes de luxure, digne symbole de ce péché. De nos jours, ce démon a choisi de se faire appeler Aesma et de revêtir une forme féminine, et seul un être pur peut le pousser à se manifester.
— Et par 'pur' tu veux dire...
— Vierge, oui, acquiesça l'ange.
— Ah bin en effet ça me vire de l'équation, du coup, dit Dean en avalant d'une traite le contenu de son verre avant de se resservir.
— De même que Balthazar, énonça Castiel.
— Donc c'est toi qui va l'invoquer ?
— Oui. Il te faudra pourtant rester lucide face à elle. Tu seras mon lien, et je devrai pouvoir m'unir à toi si nécessaire. »
Dean, qui venait de boire une gorgée, en recracha le contenu et s'étrangla. Cas sourit. Il avait choisi ses mots avec soin afin d'atténuer un peu la chose. Et malgré tout le chasseur se noyait dans son propre malaise.
« Tu entends quoi exactement par là ? bafouilla-t-il.
— Il ne s'agit de rien de physique, le rassura l'ange. Enfin ce n'est pas ce que tu crois. J'aurais besoin de boire ton sang afin que tu sois mon ancre. Asmodée aime créer des mondes, des rêves si tu préfères, où il est facile de s'égarer. J'ai besoin que tu puisses me rappeler si je me perds. Et pour cela tu dois d'abord comprendre quelque chose.
— Je sens que ça ne va pas me plaire, dit-il en descendant son cinquième verre d'une traite.
— Dean...Je ne suis pas sûr que l'alcool aide.
— Oh si, crois-moi, ça aide ! » argua le chasseur.
Il n'avait aucune envie d'entendre parler de luxure ou de désir. Il n'avait aucune envie que Cas se lance dans ce genre de discours. Il en avait assez entendu pour la journée avec Sam et Balthazar et n'avait aucune envie de se poser encore plus de question. Il le savait, pourtant, qu'il ne pourrait pas les ignorer éternellement, les insinuations ou les quolibets. Bordel, même Bobby le gratifiait parfois d'un froncement de sourcil interloqué. Il le savait, qu'il fallait à tout prix qu'il se penche sur la question, sur cette tension dont il sentait l'air se charger quand Cas était dans la pièce.
D'où il venait, déjà, ce malaise ? Depuis quand ? Et depuis quand ce genre de commentaires l'influençait assez pour qu'il impose des règles à l'ange ?
Il dévisagea d'un regard embrumé Castiel qui cherchait visiblement ses mots.
En dehors des membres de sa famille, aucun homme n'était jamais entré dans son espace personnel comme avait tendance à le faire l'ange. Pas de manière aussi notable, en tout cas. Et qu'aurait-il pu lui dire ? « écoute, je suis 100% hétéro certifié, me colle pas ! » à un ange ? Non, pas vraiment, non. Pour quoi il serait passé ? Et puis ça avait quelque chose d'attendrissant au début, cet ange porteur de tant de lacunes qu'il était impossible d'interpréter ses actes.
« Dean, je suis un ange du Seigneur, se lança Castiel.
— Incroyable ! s'esclaffa le chasseur. Pour m'annoncer ça, je comprends que tu aies cherché tes mots si longtemps ! »
Il avait beau savoir que la moquerie était la manière la plus évidente dont Dean Winchester montrait son affection, il n'en n'était pas moins exaspéré. L'ange émit un « Tss » agacé avant de se lever et de se diriger vers le jardin à l'arrière de chez Bobby.
Dean attrapa la bouteille de whisky ur la table avant de le suivre d'un pas mal assuré.
« Caaas » gronda-t-il d'une voix à la fois amusée et agacée.
C'était ça, exactement ça. Quelque part au milieu de toute cette histoire, il était devenu « Cas », l'ange qui l'avait sorti des enfers avant de tomber en se ralliant à sa cause. Et de finir haché menu par Raphaël. Et ensuite il avait été ramené, humain ou presque. Il avait fait un bout de chemin avec lui pour finir explosé par Lucifer et être ramené, encore.
Ça crée des liens.
« Cas, arrête de marcher, tu vois bien que j'ai du mal à te suivre » râla-t-il en le poursuivant.
Ça crée des liens qui font que parfois, on a envie de sentir un peu de chaleur ou de douceur, voire même de prendre l'autre dans ses bras. Comme avec Sam ou Bobby. Des liens qui font qu'on apprend la proximité et qu'on s'en accommode, qu'on la recherche, même. Alors pourquoi pas avec Cas, finalement ? Pourquoi même aux yeux des autres ça semblait se transformer en autre chose ?
Merde, en y réfléchissant, il se dit qu'il n'était pour ainsi dire même jamais entré en contact avec la peau de l'ange. Cette pensée eut le don de lui faire oublier toutes les autres et il se demanda pourquoi.
Lorsqu'il tourna au coin de la ferme, il aperçut Cas appuyé contre son Impala garée à l'arrière. Décidément, l'ange semblait avoir développé un penchant pour sa voiture.
« Tu sais qu'en dehors de Sam, tu dois probablement être la seule personne au monde que je n'ai pas envie d'étriper pour ça » dit-il en désignant sa position.
Cas le scruta du regard mais ne prit pas la peine de répondre. Ce dernier se redressa alors que Dean approchait. Le chasseur s'arrêta à une distance qu'il jugeait respectable. Le regard bleu suivit le mouvement de sa pomme d'Adam alors qu'il déglutit, puis Cas avança.
« Cas, distance, dit-il d'une voix contrite.
— Pourquoi est-ce si difficile de supporter cette proximité, Dean ? Tu n'es pas aussi ennuyé avec d'autres.
— Précisément ! répondit Dean en faisant la grimace. C'est quoi mon problème ? »
Il but une longue gorgée à même la bouteille, pesant l'intérêt de la sobriété face à la lâcheté dont il était sur le point de faire preuve. Sans alcool, il aurait sans doute lancé une vanne avant de s'enfuir comme un dératé, mais là il avait bu, justement. Et ça rendait certaines choses tellement plus simples. Même si plus compliquées à la fois.
« Peut-être que tu te sens mal à l'aise, tenta l'ange.
— Sans blague Kojak ! » ironisa Dean en détournant le regard.
Cas ouvrit la bouche mais Dean leva son index afin de le faire taire.
« Je ne comprends pas cette référence, c'est ça ? » imita le chasseur d'un ton ironique.
L'ange réprima un sourire avant de hocher la tête.
« Toujours est-il que... » reprit l'ange, mais il fut à nouveau interrompu par l'index de Dean, posé sur ses lèvres, cette fois. Ce dernier fixait son doigt, les yeux écarquillés. C'était pas si difficile, finalement, d'entrer en contact avec sa peau.
« Ok, c'est pas si compliqué que ça, souffla-t-il.
— Dean ? »
Cas avait cette étrange faculté de transformer son prénom en question. A lui de tirer son plan pour savoir de quoi il s'agissait et de quelle manière il fallait y répondre. Il déglutit, et les mots franchirent ses lèvres avant même qu'il n'ait pu y réfléchir.
« Cas. Est-ce que tu m'aimes ? » croassa-t-il
C'était sorti juste...horriblement. Il se serait bien giflé pour la forme. Mais si c'était là la source de son malaise, autant être fixé tout de suite.
« Oui. Mais pourquoi cette question ? » demanda l'ange posément, d'une voix neutre.
C'était logique après tout, si Cas éprouvait une sorte d'attirance pour lui, c'était à lui de placer les barrières qui s'imposaient.
Le « oui » résonna en lui et il se sentit défaillir, mais pas dans le bon sens du terme. Ça lui foutait une trouille incommensurable, et les battements effrénés qui résonnèrent dans sa cage thoracique lui confirmèrent cet état de fait.
« Oui ? S'étrangla-t-il.
— Oui.
— Non mais... Oui ? répéta-t-il en se grattant l'arrière du crâne.
— Oui, Dean, s'impatienta Cas. Et c'est pas nouveau. Où veux-tu en venir ?
— Non mais tu me dis oui comme tu le dirais à Sam ou Bobby ou bien... » Dean laissa sa phrase en suspend et se mordilla la lèvre inférieure.
— Dean je n'ai jamais soutenu la thèse que tu étais le plus lent de la famille mais là... Oui, j'aime Sam, j'aime Bobby. Je suis un ange, j'aime beaucoup de monde ! »
Ok, il était en train de complètement se ridiculiser. Il sentit une chaleur inhabituelle monter à ses joues et leva les yeux au ciel.
« Bordel! Cas ne te fais pas plus con que tu n'es hein ! Avec les sous-entendus qu'on se ramasse à longueur de journée, ne me dis pas que tu ne vois pas où je veux en venir ! Est-ce que ce que tu éprouves est de nature, disons... romantique ? » demanda le chasseur.
L'ange tenta de garde un visage neutre mais haussa néanmoins les sourcils.
« Pourquoi tu me poses cette question ? demanda-t-il.
— Sans doute parce que tu n'as jamais eu la moindre notion de distance respectable avec moi, murmura-t-il d'une voix éraillée par l'alcool.
— Je ne suis pas humain, Dean, je ne fais pas les même distinctions que toi. Je ne suis même pas censé éprouver la moindre attirance pour qui que ce soit.
— Balthazar est ange et il a très largement démontré le contraire, mais ça ne répond pas à ma question.
— Tu ne devrais pas poser de question dont tu préfères ignorer les réponses » chuchota l'ange en détournant le regard.
Ce fut au tour de l'ange de se mordiller la lèvre inférieure et de se maudire. Dire qu'il cherchait à éviter le sujet alors qu'il l'avait lui même mis sur le tapis. Alors qu'il le devait. Il sentit une peur particulière gronder en lui, mais peut-être qu'il était temps...
« Cas, sérieusement. Faut que je sache » murmura Dean.
Castiel soupira et releva le regard et plongea dans les yeux les plus verts du monde. Selon lui, en tout cas. Et il en avait vu, des yeux !
« Pourquoi ? Si j'avais voulu te séduire, Dean, j'aurai choisi un vaisseau plus arrangeant. Sois rassuré.
— Et bien justement ça ne me rassure pas. J'ai aucune envie que tu changes de... physique. »
Merde il allait où là ? N'oublions pas les barrières.
« Mais juste..., je suis hétéro, Cas, t'en as conscience, hein ? »
L'ange hocha la tête et sourit, avant de se pencher pour le fixer de ses yeux que le chasseur voyait encore bleus malgré l'obscurité. Comme souvent quand Cas entrait dans son espace personnel, Dean se trouva cloué sur place, incapable d'esquisser le moindre geste. Il avala sa salive et fut tenté de baisser le regard.
« Tu devras pourtant supporter ma proximité si tu veux m'aider pour ce rituel » dit l'ange en penchant la tête sur le côté.
Dean serra les dents et les muscles de sa mâchoire roulèrent sous sa peau.
« Et je devrai supporter quoi exactement ? » demanda le chasseur. Avant de sentir le souffle de Cas contre son cou, étrangement tiède. Avant d'être frôlé par un peu de cette chaleur que produisent deux corps qui se rapprochent. Et de sentir son estomac se crisper. Il ne bougea pas d'un pouce.
« Il faudra que j'accède à ton cou. » Des lèvres se posèrent à la base de son cou, et un fantôme de baiser fut déposé. Dean voulut protester mais sa gorge était trop serrée, alors il ferma les yeux.
« Vois ça comme si tu te faisais mordre par un vampire. » Les lèvres s'incurvèrent dans un sourire contre sa peau. Et l'idée de sa peau contre la sienne avait un goût d'apocalypse. De ciel embrasé et de terre éventrée. D'un monde qu'on fait exploser.
« Ok » croassa-t-il. Et cela suffit à chasser les lèvres sur sa peau. Mais pas sa voix. Les yeux toujours fermés, Dean arriva presque à ignorer la main qui se posa à la base de son cou.
« C'est peut-être toi qui es un peu trop porté sur les… apparences » chuchota Cas, dont il percut le souffle à quelques centimètres de son visage. Il le sentit s'approcher encore, et l'ange chuchota presque contre ses lèvres.
« Peut-être que si j'avais eu le corps d'une femme …
— Si tu avais eu le corps d'une femme je t'aurais embrassé depuis longtemps » souffla Dean en ouvrant des yeux paniqués. Il conserva prudemment le millimètre qu'il restait entre leurs bouches.
— Je vois » sourit Castiel juste avant de disparaître.
Une brise fraîche se leva et le vent vint bourdonner aux oreilles de Dean. Celui-ci ne bougea pas plus que lorsque l'ange était parti. Il tremblait de tous ses membres.
oOo
A suivre
