Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoiler: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6. Après on dérive clairement ^^
Rating: PG-16 (quelques mots vulgaires et l'ambiance qui se réchauffe un peu)
Notes : Bonne lecture.

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"Dazed and Confused"
Chapitre 8
.o.

"Been dazed and confused for so long, it's not true.
Wanted a woman, never bargained for you.
Take it easy baby, let them say what they will.
Will your tongue wag so much when I send you the bill?"

Dazed and Confused – Led zeppelin

oOo

« Alors ? demanda Balthazar.
— Alors je ne sais pas. Tout ça le perturbera très certainement, mais il a plus ou moins accepté de me servir de lien.
— Tu lui as dit quoi exactement ?
— Rien de précis, je ne sais même pas moi-même à quoi m'attendre.
— Tu lui as quand-même dit à quoi il risquait d'assister ?
— La conversation a... dérivé, admit Castiel du bout des lèvres. Mais il aura compris, il n'est pas complètement stupide non plus.
— Euh, ça c'est toi qui le dit, p'tit frère, émit Balthazar, dubitatif.
— Putain ! les interrompit Dean en ouvrant la porte à toute volée. Cas ! Ça ne se fait pas de disparaître comme ça, bordel! » cracha-t-il, visiblement contrarié.

L'ange baissa le regard et haussa les épaules. « Tout avait été dit » commenta-t-il.

Dean ouvrit la bouche pour répliquer, mais Balthazar le fit taire d'un regard averti. Il était 23h53 et ils avaient autre chose sur le feu. Les chamailleries d'adolescents pouvaient attendre.

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Castiel se plaça au centre du cercle d'invocation et prononça des mots qui n'évoquèrent aucun langage connu au chasseur. Balthazar recula au maximum afin de se dissimuler dans l'ombre du coin de la pièce. Dean, quant à lui, avança jusqu'à ce que ses pieds touchent la limite du cercle dans lequel Cas se trouvait.

Lorsqu'il vit apparaître une créature sulfureuse, l'ange recula prudemment. La jeune femme n'avait pas totalement l'apparence d'une humaine. Sa peau bleutée luisait d'une lueur étrange et des cornes dépassaient de sa chevelure, mais elle n'en n'était pas moins magnifique pour autant. Le peu de vêtements vaporeux qu'elle portait laissaient deviner une poitrine généreuse mais ferme, aux courbes parfaites. Elle sourit en couvant l'ange du regard.

« Rares sont ceux qui de nos jours restent purs assez longtemps pour avoir le talent d'invoquer Asmodée. » dit-elle à l'attention de Castiel, d'une voix à la fois douce et grave.

Elle sourit. Une esquisse de sourire tendre et aimant, comme le serait celui d'une mère. S'approchant de Cas, qui n'était pas tout à fait sorti du cercle, elle éleva la main à hauteur de sa cicatrice presque totalement guérie. Elle en suivit les contours et se désola qu'un si beau visage fut abîmé. Elle plongea des yeux mauves dans le regard de l'ange et prit une inspiration surprise.

« Même tes pensées sont bridées, ô combien surprenant, concéda-t-elle. Tu es vraiment une créature étrange. »

Dean resta immobile, bouche bée. La vénus qu'il avait sous les yeux aurait été un fantasme devenu réalité, en temps normal. Soyons sérieux deux minutes : ses courbes étaient parfaites, son visage doux et bien dessiné, avec une bouche juste assez pulpeuse pour être sexy sans être vulgaire. Et la couleur bleu pâle de sa peau ne la rendait que plus mystérieuse, énigmatique, attirante...

« Je suis un ange du seigneur » entendit-il dire Cas pour la deuxième fois de la soirée.

Et pourtant non. Il ne voulait rien avoir à faire avec elle. L'idée qu'elle se répande de la sorte, tout autour de son ange, lui donna des crampes au ventre. L'idée qu'elle puisse le toucher de ses longs doigts graciles et lui injecter son venin dans les yeux sans qu'il ne voit rien, le con, avait tendance à l'énerver.

« Ouais c'est son truc, ces derniers temps, lança-t-il soudain d'un ton léger. Il aime se présenter avec grandiloquence ! »

Elle l'ignora superbement mais Cas tiqua. Il s'éclaircit la gorge et secoua brièvement la tête avant de faire un pas en arrière. S'il reculait encore d'un pas, il serait sorti du cercle, hors de danger donc, et pourrait mener le débat à sa convenance. Dean avala sa salive et chercha son regard mais en vain, l'ange ne faisait aucunement mine de tourner la tête dans sa direction. Il n'avait d'yeux que pour la schtroumpfette en face de lui.

Loin d'être troublée par la révélation de Castiel, cette dernière s'approcha et lui caressa la joue avant de remonter le long de son visage. Doucement, elle lui passa la main dans les cheveux. L'ange ne bougea pas. Il ne chercha ni à se dégager ni à réagir, la laissant maîtresse de leur proximité.

« Et qu'est-ce qu'un ange pourrait lui vouloir, à Asmodée ? » demanda-t-elle d'une voix sirupeuse.

Et ça rendait Dean malade, d'avoir les yeux fixés sur ce dos d'imper à la con, sans avoir la moindre idée de ce qui pouvait se passer dans la tête plumeuse de son propriétaire ! Si seulement il avait pu simplement voir ses yeux, fouiller le bleu de son regard ou l'incurvation de ses lèvres, alors il aurait su. En général, un coup d'œil suffisait.

« Oh ! cria-t-il sans réfléchir. Tu te prends pour qui à parler de toi à la troisième personne ? Sérieux, ça le fait plus depuis des années !
— Dean ! grinça Castiel entre ses lèvres, sans se retourner pour autant.
— Quoi ? Elle peut se la jouer tant qu'elle veut, une pute reste une pute ! »

La créature daigna enfin lui accorder une seconde d'attention, juste le temps d'un coup d'œil. Et son regard lui fit l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Elle esquissa un sourire qui tenait fort du rictus et attira Castiel à elle. Se lovant dans ses bras, elle murmura quelque chose qu'eux seuls pouvaient entendre. Un rien plus petite que l'ange, elle l'entoura tout de même de ses bras, pressant son opulente poitrine juste sous son torse. Se rehaussant sur la pointe des pieds, elle déposa un baiser à la jointure de son cou et de son épaule.

Castiel remonta lentement une main le long de son dos, prenant soin de ne pas la toucher plus que nécessaire. Il lui agrippa les cheveux à la base de la nuque et Dean serra les dents, faisant fi de la plus élémentaire des précautions.

Au moment où le chasseur entra dans le cercle, elle sourit contre la peau de l'ange. « Tu es très fort, Castiel, mais tu as mal choisi ton sacrifice » susurra-t-elle avant d'ouvrir la bouche en grand, sa mâchoire disloquée laissant apparaître une rangée de dents qui n'avait rien à envier aux vampires, et de le mordre violemment. L'ange tira sur les cheveux qu'il tenait encore entre ses doigts mais ne put déloger la créature. S'éloignant finalement d'elle-même, elle le libéra de ses crocs et sourit.

« Tu n'as que quelques heures avant que mon venin ne te paralyse complètement. Dépêche-toi de trouver Asmodée, elle seule a le pouvoir de lever cette malédiction. »

C'est à ce moment précis que le chasseur sentit le sol s'ouvrir sous ses pieds.

Balthazar, resté totalement immobile jusque là, sortit de l'ombre juste à temps pour voir les corps de Dean et Castiel s'écrouler dans le cercle d'invocation. Hésitant, il avança une main dans le but de toucher son frère d'arme, mais à peine eut-il franchit la bordure du cercle qu'une brûlure atroce le força à la retirer.

« Cet humain est d'une débilité sans nom ! grogna-t-il pour lui même. Qu'est-ce qu'il y a de si difficile à comprendre dans "n'entre surtout pas dans le cercle", nom d'un chien ? »

.o.

Dean enregistra certains détails avant même d'ouvrir les yeux. Comme par exemple le sol dur sur lequel il était allongé, une odeur de renfermé, aussi, et un courant d'air froid. Il entendit une sorte de gémissement non loin de lui et ses yeux s'ouvrirent d'eux-même. Il tenta de se relever et eut l'impression que des milliers d'aiguilles lui transperçait le corps. Il relégua donc cette idée à plus tard.

Tournant néanmoins la tête en direction du bruit, il avisa une main sur laquelle des cloques rougeâtres s'étaient formées. Il grimaça, songeant à la douleur qu'une telle brûlure pouvait causer. Relevant le regard sans pour autant pouvoir bouger, il reconnut la manche de l'imper de Cas. Un bruit de respiration rauque et sifflante lui parvint aux oreilles. Il voulut jurer mais aucun son ne franchit ses lèvres. Épuisé, il tourna le regard vers le plafond qu'il devina sombre et rocheux, juste avant de perdre connaissance.

.o.

Au bout de quelques minutes, il reprit ses esprits et se sentit capable de se redresser. La tête lui tournait et sa gorge lui donnait l'impression d'être parcheminée, mais il ne souffrait plus à chaque tentative de mouvement. Tiraillé par une soif lancinante, il tenta d'avaler le peu de salive qui lui restait et chercha l'ange du regard. Ce dernier était appuyé contre une paroi rocheuse, à quelques mètres de lui. Il respirait avec difficulté et du sang lui coulait de la bouche.

Dean voulut se précipiter à ses côtés mais il n'avança que de quelques pas avant de s'écrouler à nouveau. Il avait l'impression de peser une tonne, et se relever lui coûta quasiment toute son énergie. Il regarda autour de lui et détermina qu'ils se trouvaient dans une sorte de cavité rocheuse, peut-être même une caverne aménagée, mais il ne voyait pas plus loin qu'à quelques mètres devant lui, là d'où provenait une lueur vacillante.

Il reporta son attention sur son ange et avança très lentement dans sa direction, chaque pas l'épuisant un peu plus. Lorsqu'il atteignit enfin Cas, il se laissa lourdement tomber sur les genoux. L'ange le fixa d'un air complètement perdu et fronça les sourcils. Du sang imbibait abondamment sa chemise et son imper, à l'endroit où la « femme » l'avait mordu.

« Dean... articula-t-il. Tu n'es pas censé être ici...
— Oui bin j'y suis, répondit le chasseur en glissant un bras entre le dos de l'ange et la paroi rocheuse. Et j'aimerais bien savoir où on est d'ailleurs.
— Dans un monde d'illusions, expliqua Cas. Celui dont tu étais censé pouvoir me sortir !
— Ah. Pourquoi je suis là aussi, alors ? demanda-t-il en attirant Castiel à lui afin de pouvoir faire glisser son imper dans son dos.
— Parce que tu es entré dans le cercle, Dean !
— Désolé, murmura ce dernier en s'attaquant aux boutons de la chemise de l'ange.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je regarde l'état de ta blessure, répondit le chasseur. Pourquoi tu ne te soignes pas ?
— Parce que je ne peux pas. »

Il releva les yeux pour interroger l'ange du regard mais toute pensée cohérente déserta son esprit à la seconde où il écarta les pans de sa chemise et où l'odeur du sang lui parvint, pure et métallique, enivrante. Il détailla la peau déchirée de son épaule et suivit des yeux le sang qui coulait le long de son bras et venait maculer de rouge le tissu de sa chemise.

Wow, quelque chose clochait, définitvement. Il s'humidifia les lèvres et cette soif étrange revint lui tirailler les entrailles.

« Y a un truc bizarre » souffla-t-il, alors que son champ de vision devint monochrome. Rouge. Sang.

L'odeur métallique lui emplit les narines, réveillant des souvenirs qu'il aurait préféré enfouis à jamais. Suivant des yeux les marbrures noires qui partaient de la blessure de l'ange vers son bras et son torse, Dean leva la main pour la déposer au creux de son cou, écartant le tissu imbibé du liquide vital.

Cas leva les yeux au ciel et émit un « tss » agacé qui attira l'attention de Dean sur sa bouche. Sur ses lèvres, desquelles s'échappaient un filet de sang. Le regard du chasseur oscilla entre son épaule et ses lèvres. Castiel demeurait immobile.

« C'est quoi ce bordel ? Je suis redevenu un vampire ? » murmura Dean, paniqué.

L'ange ne répondit pas. Pour être honnête, il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait. C'était lui, qui était censé boire un peu du sang de Dean afin qu'il lui serve de repère, et non l'inverse. Asmodée maniait la magie du sang depuis la nuit des temps, et ses propres connaissances en la matière étaient très limitées. Il chercha à nouveau ses pouvoirs mais ne put que constater à quel point il était impuissant.

Le trouble dans le regard de Dean avait quelque chose de contagieux. L'ange avisa ses yeux assombris par le désir de se nourrir et pencha la tête sur le côté.

Le chasseur regarda ses doigts glisser depuis le cou de l'ange le long des marbrures qui descendaient vers son bras. Le liquide visqueux qui se répandit sur sa main était hypnotique, et il ne parvint pas à en détacher les yeux. Se frottant le pouce contre le majeur et l'index, Dean s'interrogea sur l'étrange sensation que lui procurait ce sang.

« Le sang d'un ange » murmura-t-il avant de porter les doigts à sa bouche.

Cas le dévisagea, les yeux écarquillés, alors que les orbites du chasseur devenaient complètement noires. Lentement, Dean se pencha sur la jointure de son cou et de son épaule. Il y déposa d'abord les lèvres entrouvertes avant de caresser la blessure de sa langue et d'aspirer. L'ange voulut protester mais quelque chose au creux de son ventre l'en empêcha. Il luttait pour respirer avec régularité, et l'attitude du chasseur ne l'aidait pas. Il prit une inspiration soudaine et grimaça.

« Tu as mal ? demanda Dean contre sa peau.
— Les vampires se soucient rarement du sort de leur victime, nota Castiel. Mais si tu pouvais éviter de vider mon corps du sang qui lui reste je t'en serais reconnaissant. »

Dean se redressa violemment, comme sous l'effet d'une gifle.

« Bordel ! Putain ! Merde ! C'était quoi ce délire ? »

La réalisation lui cloua les tripes au sol, et le goût métallique dans sa bouche en devint écœurant, alors qu'il sentait encore couler le sang de Cas dans sa gorge. Il s'essuya les lèvres du revers de sa manche et fixa l'ange, interloqué avant de baisser les yeux au sol.

Il ouvrit la bouche et se pencha, persuadé d'être sur le point de vider ses tripes. Mais seul un son étouffé en sortit. Entre un cri et gémissement, le contenu de son estomac refusant obstinément de sortir.

Il rampa jusqu'à pouvoir s'adosser à côté de l'ange et ferma les yeux. Peut-être que toute cette scène se révèlerait être un simple cauchemar un peu tordu. Peut-être qu'il était sur le point de se réveiller.

.o.

Une main froide se posa sur son front, une main froide qui lui donna envie de sourire. Qui était réconfortante, bien que définitivement masculine, nota Dean en la prenant entre les siennes. Il ouvrit des yeux embués et cligna plusieurs fois des paupières afin de s'ajuster à la luminosité ambiante.

Les aspérités de la roche étaient luisantes d'humidité, reflétant la faible lueur de ce qui semblait être une torche. Il avait de toute évidence été déplacé dans une vaste salle où l'air était nettement moins vicié. Son vis-à-vis se redressa et s'éloigna de quelque pas, se massant l'épaule.

« Oh putain, se dit-il alors que les souvenirs affluaient à son esprit. Cas, dis-moi que c'était un cauchemar.
— Pas vraiment non » répondit l'ange d'une voix neutre.

Dean le détailla du regard. Sa chemise à nouveau boutonnée était maculée de sang, mais il semblait en nettement meilleure forme qu'auparavant.

« J'ai eu le loisir d'y réfléchir, lorsque tu étais inconscient, et je pense que c'était un fantasme.
— Un quoi ? s'étrangla Dean.
— Un fantasme, répéta l'ange. Il est de notoriété publique, du moins dans le monde occulte, qu'avant de pouvoir atteindre Asmodée, il faut passer par son dédale d'illusions. La jeune femme que tu as vu plus tôt parlait d'Asmodée à la troisième personne parce que ce n'était pas elle, tout simplement.
— Ah merde, quel con ! s'invectiva Dean.
— Je ne peux qu'acquiescer. »

Le chasseur se leva et s'approcha de l'ange. Se mordillant la lèvre inférieure, il posa une main hésitante sur l'épaule de ce dernier. Cas le dévisagea comme s'il venait de lui énoncer la théorie de la relativité, puis leva les yeux au ciel.

« Je ne t'en veux pas, Dean.
— Je suis désolé d'avoir essayé de te vider de ton sang, murmura le chasseur.
— Qu'est-ce qui t'a fait t'arrêter ? interrogea Castiel, cherchant à appliquer un schéma logique aux évènements.
— L'idée que tu puisses être vidé de ton sang, précisément. Et sans vouloir te vexer, ça ne fait absolument pas partie de mes fantasmes !
— Je ne vois pas d'autre explication. Tu as été brièvement un vampire au cours de ton existence et en tant que tel, tu as été tiraillé par la soif. L'idée de te nourrir devait être obsédante, lancinante et quelque part en toi, elle s'est transformée en fantasme. »

Le chasseur haussa les épaules et réfléchit à l'hypothèse.

« ça n'explique pas pourquoi dans ce cas je n'ai pas été jusqu'au bout.
— Parce que tu tiens plus à ma vie qu'à l'assouvissement de ce désir-là » sourit Castiel.

Dean leva les yeux au ciel mais ne le contredit pas.

« Et ta blessure ?
— La plaie s'est refermée, mais le poison est toujours à l'intérieur de mon corps. Dès que j'ai rouvert les yeux dans cette pièce, j'ai remarqué que je disposais à nouveau de mes pouvoirs. J'ai pu guérir la morsure et la brûlure à ma main, mais les marbrures noires ne disparaissent pas.
— Montre ! ordonna le chasseur.
— Tu n'as pas l'intention de me mordre ? le tourmenta l'ange.
— Ha, ha, ha, très drôle. Depuis quand t'as le sens de l'humour toi ? grinça Dean en amenant ses doigts à hauteur des boutons du col de la chemise de l'ange.
— Et depuis quand tu n'es plus dérangé par ce genre de... proximité ?
—Sans doute les effets de ce petit monde d'illusions. Ceci dit, ils auraient pu nous envoyer cent vierges, quitte à réaliser certains fantasme... »

L'ange ne répondit pas et s'interrogea vaguement, mais il n'eut vraiment pas le loisir de se concentrer.

Les doigts du chasseur glissèrent sur sa chemise le plus naturellement du monde, défaisant les boutons jusqu'au niveau de son ventre. Puis il plaça une paume tiède sous le tissu, le faisant glisser sur son épaule. Cas frissonna et Dean fronça les sourcils en avisant la cicatrice de la morsure. La plaie était bel et bien fermée, mais des lignes noires couraient sur la peau de l'ange, remplaçant le réseau de ses veines par quelque chose qu'il identifiait comme venimeux sans pouvoir se l'expliquer.

« En tout cas faut qu'on se grouille de trouver Atchoum, commenta-t-il.
— Asmodée, le corrigea distraitement Castiel, les yeux fixés sur ses lèvres.
— Si tu veux, répondit Dean avant de s'humidifier les lèvres. Et de plonger dans les orbes bleues de l'ange.
— Tu sais, pour un humain, tu passes un temps incommensurable à t'humidifier les lèvres. C'est très perturbant.
— C'est perturbant uniquement pour qui passe son temps le regard rivé sur ma bouche, argua Dean avant d'ouvrir des yeux ronds. C'est étrange, c'est pas ce que je voulais dire, expliqua-t-il.
— Je n'avais pas non plus l'intention de faire cette remarque » dit Castiel.

Dean haussa les épaules et l'ange se dit qu'en temps normal, le chasseur aurait été complètement perturbé par ce genre d'évènement. Pourtant il semblait simplement de bonne humeur, à lui sourire bêtement comme s'il était fier de lui.

Cas essaya de mettre les évènements en corrélation mais il fut à nouveau interrompu par Dean. Ce dernier eut une idée absolument brillante, selon ses dires.

« Cas, ne bouge pas ! souffla-t-il alors qu'il reboutonnait sagement la chemise de l'ange.
— Je ne bougeais pas, argua ce dernier.
— Ok, dit le chasseur avant de s'humidifier les lèvres, ce qui poussa l'ange à lever les yeux au ciel une fois de plus. Ferme les yeux !
— Pour quoi faire ? demanda-t-il.
— Sinon tu vas me perturber, admit le chasseur. Quitte à réaliser ses fantasmes – non sexuels, je précise – Y a un truc que j'ai envie de faire depuis longtemps, sans jamais trouver comment, alors... »

Cas haussa un sourcil mais ferma les yeux sous le regard impérieux de Dean. Puis il sentit une chaleur inhabituelle contre son corps, avant de réaliser. Le chasseur le prenait dans ses bras, tout simplement.

Serrant son ange contre lui, Dean nota qu'il était un rien plus petit que lui et que leurs corps s'accordaient parfaitement. Ça avait le don de le rendre étrangement heureux.

« Je le savais ! murmura-t-il. Tu rentres tout juste. »

Castiel leva les bras et agrippa le tissu du t-shirt du chasseur au niveau de son dos, enfouissant son visage dans son cou. Il inspira pour s'imprégner de l'odeur de Dean et se demanda un instant à qui appartenait ce désir. D'être au chaud dans des bras aimants, entouré d'une protection dérisoire mais tellement puissante à la fois.

Il ouvrit les yeux lorsque Dean amena sa main au niveau de sa nuque et caressa la base de ses cheveux. Cherchant parmi les diverses observations qu'il avait pu faire de l'espèce humaine, il conclut que ce geste n'avait rien de platonique. Aussi écarta-t-il son humain de lui avec un rien de précipitation.

« Dean ! commença-t-il, mais il ne sut pas quoi ajouter.
– Cas ! répondit le chasseur, un sourire lui planant sur les lèvres. Ne me dis pas que tu n'y as jamais pensé. Tu m'as dit toi-même que tu ne faisais pas les même distinctions que les humains. Alors si tu devais partager ça avec quelqu'un...
– évidemment que ce serait toi. Que ça aurait été toi. Mais ce désir ne t'appartient pas, tu es... »

Il s'interrompit et les mots restèrent coincés quelque part en lui. Dean le dévisageait de ses yeux trop verts pour son bien et arborait un sourire en coin, fier et sûr de lui.

« Merde, je fais craquer un ange » murmura ce dernier en se penchant, avant de sourire contre ses lèvres.

Ça ne ressemblait en rien à ce qu'il avait partagé avec Meg. C'était léger et doux, comme un bisou d'enfant. Une bouche contre une autre, et un sourire qui se transmet. C'était si simple et pourtant il sentait son cœur battre à tout rompre. C'était son premier baiser. Son premier vrai baiser.

Cas ferma brièvement les yeux, mémorisant cet instant pour toujours. Puis il trouva le courage de reculer, s'empêchant de se perdre dans ces étranges sensations.

Mais Dean n'était pas du genre à se laisser éconduire si facilement. Sûr de lui, il glissa le bout de sa langue sur la peau charnue de la bouche de l'ange avant de mordre doucement, presque tendrement, et d'attraper sa lèvre inférieure entre ses dents pour l'attirer à lui. Ses lèvres n'étaient ni douces ni tendres cette fois, mais demandeuses, impérieuses.

L'ange s'était souvent demandé pourquoi. Pourquoi deux langues qui s'emmêlent avaient de telles vertus. Et lorsque ses lèvres s'entrouvrirent instinctivement, comme il avait pu l'observer chez des millions d'autres humains, il comprit.

Étrangement elle n'avait rien de visqueux, cette langue qui glissait contre la sienne. Sa peau s'électrisa lorsque Dean lui agrippa la nuque pour approfondir encore leur baiser. Son autre main posée sur sa hanche l'attira tout contre lui. C'était dense. Palpable. C'était juste ... parfait.
Et vrai. C'était exactement ce qu'il voulait.

Et au moment où l'ange se fit cette réflexion, c'était fini.

Repoussant Dean de toutes ses forces, il manqua de le faire trébucher. Le chasseur le dévisagea, interloqué.

« Ce n'est pas ce que tu veux, expliqua l'ange.
– Tu veux demander à mon corps, si c'est pas ce qu'il veut ? argua le chasseur.
– Tu n'es pas en pleine possession de ton libre arbitre, Dean. Tout comme je t'ai laissé me mordre, toi tu m'embrasses. Et crois-moi tu le regretteras une fois sorti d'ici. Autant en rester là. »

Dean réfléchit un instant et se trouva effectivement incapable de se projeter plus loin que dans les cinq minutes à venir. Peut-être que Cas avait raison. Peut-être qu'ils étaient tous les deux piégés dans cet univers où leurs corps échappaient à leur contrôle. Et il n'avait aucune envie d'avoir ce genre de regrets.

« Ok, admit-il. Qu'est-ce qu'on fait, alors ?
– On avance, commença l'ange, et on... »

Il n'eut pas le loisir de continuer car la pièce se mit à tourner autour d'eux. Il se dévisagèrent, surpris, et Dean tendit la main. Elle se referma sur du vide. Sur du vent, juste là où s'était trouvé son ange une seconde auparavant.

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Balthazar eut envie de se taper la tête contre l'horloge murale, à force de fixer les minutes qui s'égrainaient inexorablement. Déjà deux heures que son frère et l'asticot étaient inconscients au beau milieu de ce cercle inviolable. Et il pouvait voir les marbrures noires doucement prendre d'assaut le cou de Castiel, ce qui n'avait absolument rien de rassurant. Il songea vaguement à avertir Sam et Bobby mais ces derniers ne lui auraient été d'aucune utilité.

Le portable de Dean se mit à sonner mais il ne pouvait évidemment pas l'atteindre. Tout ça parce que cet imbécile de primate sans poils était trop con que pour se maîtriser le temps d'une simple invocation ! Enfin, à sa décharge, la journée avait été riche en émotion pour Dean. Mais tout de même, c'était à se demander comment il avait pu survivre aussi longtemps ! Avoir un ange amoureux auto-assigné à sa protection avait dû aider, ceci dit.

Secouant la tête face à ses propres réflexions, Balthazar écouta le portable sonner plusieurs fois. Vu l'heure, ce devait probablement être Sam et Bobby qui étaient arrivés à Minneapolis.

Il décida d'allumer le poste de télévision de Bobby afin de se changer les idées. Celui-ci était cassé depuis des lustres, mais ce n'était pas un tube cathodique usé qui se mettrait en travers du chemin d'un ange, foi de Balthazar.

Il aurait mieux fait de s'abstenir, se dit-il, en entendant la fin des informations. La présentatrice avait beau avoir une superbe poitrine, la fin de sa phrase ne plut absolument pas à Balthazar.

« ...c'est pourquoi les autorités locales, en accord avec le centre de prévention de crise, ont décidé de fermer les frontières de l'état du Minnesota. La libre circulation des personnes est désormais temporairement levée et tout individu tentant de sortir de l'état se verra refoulé aux frontières. Nous demandons aux familles de rester calmes et nous vous rappelons qu'un centre d'appel a été mis en place. N'hésitez pas à former le ... »

L'ange rebelle fit grincer le canapé en se laissant tomber dessus. Super ! D'un côté il se retrouvait coincé avec Cas et Dean au pays des merveilles version X, et de l'autre, Sam et Bobby étaient très probablement en quarantaine avec le reste de la population de Minneapolis. Il poussa un très très long soupir.

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A suivre !

à tout les lurkers qui passent par là (et je pense aux asticots qui m'ajoutent dans leurs « Story Alert » sans rien me dire), laissez-moi votre avis ^^