Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoiler: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6. Après on dérive clairement.
Persos : Dean/Cas, Sam, Balthazar, Bobby
Rating: PG-16
Résumé : Cas fait un pacte avec Balthazar, Sam retrouve son âme, Bobby cuisine et Dean réfléchit trop. Mais les armes du ciel ne vont pas se retrouver toutes seules !
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"Brain Damage (2/2)"
Chapitre 9
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«And if the cloud bursts, thunder in your ear
You shout and no one seems to hear.
And if the band you're in starts playing different tunes
I'll see you on the dark side of the moon. »
Brain Damage – Pink Floyd
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Dean cligna des paupières et chercha à bouger la tête, l'arrière de son crâne l'élançant douloureusement. Des flashs de lumières lui explosèrent sous les yeux et le plafond miteux du salon de Bobby apparut par intermittence au dessus de lui.
Il inspira l'air familier du Dakota du Sud et reprit pleinement conscience, apercevant le visage inquiet de Balthazar. Le chasseur se redressa à moitié et se traîna hors du cercle d'invocation sans provoquer la moindre réaction surnaturelle.
La sensation de nausée et d'oppression disparut presque aussitôt, de même que le tracé noir qui suivait le parcours de ses veines, signe que le poison ne faisait plus guère effet. Il inspira et expira presque goulument quelques bouffées d'oxygène et se pencha au-dessus de Castiel, encore inconscient.
« Tout va bien ? demanda Balthazar du bout des lèvres.
— Ouais, je crois, répondit-il d'un ton incertain.
— Alors ramène-moi mon frère. Maintenant !
— Hein ? grogna Dean en examinant la blessure de Castiel, à la jointure de l'épaule et du cou. Et qu'est-ce que je suis censé faire ?
— Aucune idée ! J'ai utilisé toute ma 'poussière de fée' pour te ramener toi plutôt que Cas, vois-tu, parce que je ne pouvais pas l'atteindre. Alors tu te débrouilles pour le reste!
— Ah parce que le changement de décor, c'était ton idée ? grinça Dean. Personnellement je préférais la grotte !
— Je n'en doute pas, mais seul le futur de Zach offrait la configuration nécessaire pour pouvoir te ramener. Il fallait un monde dont tu rappelles parfaitement et...
— Et TV-land n'aurait pas pu faire l'affaire ? grogna le chasseur.
— Il devait subsister en toi une trace de ton passage. Ça devait t'avoir marqué suffisamment pour...
— Ah oui ça on peut le dire, que ce putain de futur m'a marqué !
— Arrête de me poser des questions si c'est pour en interrompre les réponses ! s'emporta Balthazar. Et je te signale que je te surveillais, je suis intervenu à chaque fois que tu t'es trouvé en danger !
— Quoi tu veux dire que tu voyais tout ? demanda Dean, soudainement mal à l'aise.
— Oh oui, j'ai tout vu ! sourit l'ange qui n'avait plus rien d'angélique.
— Garde tes fantasmes pour toi la prochaine fois, Balthazar. On ne joue pas tous pour la même équipe, si tu vois ce que je veux dire !
— Premièrement ce qu'il s'est passé n'est pas de mon fait. Je n'ai rien « implanté » dans cet univers. Alors soit ce que tu as vu était déjà là, soit tu te consoles en te disant qu'une partie du pouvoir d'Asmodée a continué de faire effet dans ce futur. Dans les deux cas, je n'y peux rien. Et deuxièmement, t'avais pas l'air de t'emmerder !
— Va te faire foutre ! grogna Dean.
— Tu veux qu'on demande à ton futur toi ce qu'il en pense ? » sourit l'ange.
Dean releva le regard, jaugeant son vis-à-vis. Il ne répliqua pas, admettant sa défaite.
Faire entendre raison à Balthazar était peine perdue. Et puis là n'était pas le plus urgent.
Pourtant il se promit d'y penser, à ces événements insensés de ces dernières heures. Il se dit qu'étrangement, cette fois, il ne pourrait pas se permettre de ranger tout ça dans un coin de son esprit, ni de trop retarder le moment où il devrait y faire face.
« Je ne sais pas quoi faire, murmura-t-il en reportant son attention sur l'ange inconscient.
— De toute évidence, tu peux franchir le cercle d'invocation sans problèmes, c'est un début.
— Si je comprends bien, son esprit est toujours dans la grotte ? Là où on a atterri au départ ?
— Je suppose, répondit Balthazar. Mais je n'arrive à l'atteindre d'aucune manière.
— En quoi consistait exactement le sort qui aurait dû nous lier ?
— Tout ce que je sais c'est qu'il aurait dû boire un peu de ton sang, mais pas plus de quelques minutes avant que le poison de la gardienne ne soit inoculé, et ensuite murmurer une incantation.
— Pourquoi si peu de temps avant ?
— Parce que ses pouvoirs auraient eu tôt fait de débarrasser son corps de ta substance, tandis que mélangé au poison, ton sang aurait subsisté dans son organisme aussi longtemps que le poison lui-même.
— Ok » acquiesça Dean en enregistrant les informations.
Il se releva pour se saisir d'un couteau aiguisé et revint s'agenouiller auprès de Castiel. Il fit glisser la lame le long de sa paume et grimaça lorsque ses chairs s'ouvrirent. Observant la réaction de Balthazar qui haussait les sourcils, il serra le poing afin d'en faire couler un maximum de sang. « Puisque ça ne peut pas être pire, autant tenter quelque chose » expliqua-t-il en amenant son poing au dessus des lèvres qu'il maintenait entrouvertes.
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Il se demanda combien de mètres encore il aurait à parcourir avant d'enfin atteindre le démon. Ses barrières mentales semblaient tenir bon, puisqu'aucun assaut d'aucune sorte ne venait troubler ou retarder sa progression. Seul le poison le vidait peu à peu de ses forces.
Il songea à Dean et se demanda où il avait pu disparaître, l'inquiétude lui grignotant doucement les entrailles.
Seul le silence répondait à ses interrogations et lorsqu'il releva la tête pour ne rien voir autour de lui que l'obscurité, il se sentit sombrer dans le néant.
Il réalisa l'espace d'une effrayante seconde qu'il était coupé de tout : du chant constant des anges avant la guerre, de Dieu, de ses frères d'armes, des Winchester. Entre savoir quelque chose et le réaliser pleinement, il y a un pas parfois douloureux à franchir. Et là il prenait vraiment conscience d'à quel point il était seul, à présent. Seul à devoir agir et décider, à devoir gérer ce concept qui n'avait de liberté que le nom.
Comprenant pourquoi tant d'humains éprouvaient le besoin de vénérer de fausses idoles, il se trouva désespérément avide de croire en quelqu'un, en quelque chose. En quelque chose qui lui montrerait quelle voie emprunter. Il s'en retrouvait les mains trop pleines, de ce faux libre-arbitre assorti de principes et de responsabilités. Sans qu'il n'ait plus la moindre idée de ce qui était réellement « juste » ou « bien ». Il aurait donné beaucoup, pour se rappeler de ce que ça faisait de simplement suivre les ordres, sans questionnement.
Il eut la sensation incongrue de blasphémer et reporta son attention sur le chemin escarpé face à lui. Au bout d'une longue langue de roche bordée de précipices, il aperçut une lueur bleuté éclairant ce qui ressemblait à un autel, à la fois sombre et élégant.
Rassemblant ce qui lui restait d'énergie, il marcha jusqu'au fond de la grotte, droit comme un « i », faisant fi de son épuisement. Lorsqu'il approcha du petit autel entouré de lueurs bleues, il sentit l'air se charger d'une énergie étrange, accompagnant chacun de ses pas.
« Tu aimerais qu'on te donne des ordres à nouveau, n'est-ce pas Castiel ? »
La voix était à la fois métallique, grave et cristalline. Elle résonna de toute son inhumanité autour de lui, dans un grand éclat de rire.
« Tu n'en as que faire, de ce sacro-saint libre-arbitre dont tout le monde peut se targuer à présent. »
Un être étrange fait de clair et d'obscur prit une forme vaporeuse à quelque pas de lui, tout en ombres et volutes.
« Tu cherches si désespérément ton Dieu parce que tu ne sais que faire sans ordre, petit soldat. »
La voix n'était ni féminine, ni masculine mais éthérée et profonde. Elle le transperçait.
« Tu es pétri de bonté et de beaux principes. Tu es puissant, mais tu n'as jamais été taillé pour être un leader. »
Les paroles avaient un accent cruel de vérité. Elles lui firent serrer les mâchoires, mais il savait qu'il était inutile de répondre.
« Tu maintiens l'ordre au Paradis par devoir ou par principe, tu ne sais plus vraiment. Pour empêcher Raphaël d'éventrer la terre des hommes, sans doute. Mais tout, Castiel, tout ne revient qu'à lui. »
L'ange sentit son estomac se serrer, les mots résonnant en lui alors que l'être de vapeur et de fumée au parfum doucereux l'enveloppait.
« Dean Winchester »
Un éclat de rire, encore. Qui tenait plus de la raillerie que de l'hilarité. Sur un fond de douceur, dans la note qui l'acheva. Elle fredonnait, à présent, d'une voix nettement plus féminine.
« Dean. Dean. Dean. »
Castiel ne s'en émut pas d'avantage, sachant pertinemment qu'elle pouvait le mettre à nu aussi sûrement que Dean hantait ses pensées. Il était inutile de chercher à échapper à ses constatations, et étrangement il en fut presque soulagé. Il sourit.
Il sentit une perturbation dans l'énergie s'enroulant autour de lui, comme un frisson.
« Ne te demandes-tu pas où il est, ton précieux humain ? »
La question lui glaça le sang. Elle n'ignorait visiblement pas qu'il était entré dans son monde en compagnie de Dean, ni que ce dernier eût disparu. Un instant de doute vint lui tordre l'intérieur et il prit une inspiration angoissée, ignorant s'il devait céder du terrain ou bien demeurer silencieux.
Connaissant l'attirance de Dean pour les plaisirs charnels, nul doute qu'Asmodée eût pu tisser une toile de rêves dans laquelle le chasseur se fut volontiers laissé emprisonner.
« Quel peu de considération pour lui ! » reprit la voix sans cesser de donner l'impression de se mouvoir autour de lui.
Il fronça les sourcils, se demandant un instant s'il avait pensé à voix haute. Que savait-elle ? Dean était-il en danger ?
« Tu doutes à présent, n'est-ce pas ? Quelle horrible fléau, que le doute... »
C'est à ce moment exact qu'il le sentit, sur le bout de sa langue. Ce goût âcre et métallique qui pourtant l 'emplissait de chaleur. Un soupir de soulagement, pour cette goutte de sang dans sa bouche. Le sang de Dean.
Cas n'aurait pu rêver meilleur timing. Il éleva une voix soulagée, pour la première fois depuis sa rencontre avec le démon.
« Je sais où il est. Je sais qu'il va bien. »
Les brumes alentours lui donnèrent l'impression de se dissiper pour se rassembler un peu plus loin. Il sourit avant de grimacer de douleur, se rappelant ses priorités.
« Je me tiens devant toi, Asmodée. Tu es dans l'obligation de m'administrer ton antidote » siffla-t-il entre ses dents.
Les volutes de fumées laissèrent place à une blonde plantureuse, étrangement moins impressionnante. Vêtue d'une robe blanche virginale, elle dénotait dans le décor.
« Ne me regarde pas comme ça, sourit-elle, ce n'est pas moi qui ait choisi la caverne. Le côté sombre, très peu pour moi. Mais toute cette noirceur, cette obscurité que vous trainez entre vous, ça devait bien transparaître quelque part.
— Pardon ? interrogea l'ange, pris au dépourvu.
— J'ai beau avoir un total contrôle sur la mise en scène, je ne choisis pas toujours le décor. Et je vous laisse volontiers tout le crédit de la caverne sombre et glauque.
— Asmodée...s'impatienta l'ange.
— Oui, oui, je sais, l'antidote ! » répéta-t-elle en s'approchant.
Les traits de Castiel se figèrent lorsqu'elle posa ses lèvres sur les siennes et glissa sa langue dans sa bouche. L'ange nota le goût persistant de métal et une odeur de souffre avant de se relaxer sous le baiser, sentant le poison refluer. Quand la sensation d'oppression disparut, il choisit de se soustraire aux lèvres du démon et sourit poliment.
« Merci, murmura-t-il.
— Rien de plus normal, pour qui arrive jusqu'à moi. »
Comme tout démon majeur, Asmodée avait une relation particulière aux anciennes règles et aux pactes conclus dans le sang.
« Je suis ici pour la perle, expliqua Castiel en allant droit au but.
— Plait-il ?
— La perle du rosaire ! »
Asmodée remua le cou, agitant ses boucles blondes dans un air de désapprobation aiguë. Elle fit claquer sa langue contre son palais.
« J'ai gagné cette perle. Elle était l'objet d'un pacte et j'ai mené ma part du contrat à bien. Balthazar a pu s'échapper sain et sauf...
— Rien ne te donne le droit de clamer le moindre dû, l'interrompit la voix de Castiel, claquante et emplie de jugement. Il s'agit d'une arme puissante, comme tu le sais certainement. Une arme appartenant aux Cieux !
— Qu'un représentant des Cieux lui-même est venu troquer ! » s'emporta-t-elle.
L'ange serra la mâchoire, se forçant au calme.
« J'ai traversé ton dédale d'épreuves sans m'attarder, Asmodée.
— Je l'admets bien volontiers, cela ne me force en rien à accéder à ta demande gratuitement. Ton parcours fut d'ailleurs d'un ennui mortel. Les barrières de ton esprit sont époustouflantes, Castiel, du moins tant que ton humain n'est pas dans les parages.
— Alors pourquoi l'avoir renvoyé ? demanda Cas, misant sur la promptitude du démon à délier sa langue.
— Ah mais je ne l'ai pas fait ! »
Elle s'interrompit et sourit, consciente d'avoir été piégée. Elle esquissa une moue ennuyée mais reprit néanmoins :
« Je comptais vous balader un peu chacun de votre côté avant le grand final !
— Le grand final ?
— Ne fais pas insulte à ta propre intelligence, Castiel ! Mais peu importe, puisqu'il m'a échappé avant d'en arriver là... »
L'ange était perplexe mais n'eut pas la sensation qu'on lui mentait.
« Peu importe en effet. Et qu'en est-il de ma demande ? Ton prix sera le mien, grinça-t-il.
— Mais quelle célérité à promettre l'impossible ! s'esclaffa Asmodée. Alors même que je peux voir au plus noir de ton âme, penses-tu que je te demanderai un quelconque artefact ? Une garantie de protection, peut-être ?
— Et que me demanderas-tu alors? articula prudemment l'ange.
— Mais Dean, voyons ! Dean ! » repartit-elle d'un rire dissonant.
Le souffle de Cas se coupa un instant, juste le temps de se rassurer. Il ne prétendait pas échanger Dean contre une perle, aussi précieuse fut-elle.
« Les anges observent les démons marchander, quémander, parier et arnaquer depuis la nuit des temps, Asmodée. Et nous savons tous deux ce qu'il en est des règles auxquelles on ne peut déroger. »
Elle leva les yeux au ciel sans l'émouvoir une seconde.
« Je te demande cette perle et je paierai le prix juste que tu fixeras. Je ne te demande pas d'ôter une vie ni de bouleverser l'équilibre, mais de restituer cette relique aux Cieux, là où est sa place.
— Bon, puisque tu sembles vouloir titiller ma créativité, très bien ! » vociféra le démon d'une voix aiguë.
Elle fit résonner ses talons sur le sol rocheux et suivit le tracé imaginaire d'un cercle autour de l'ange, à la manière d'un prédateur. S'approchant à quelques centimètres de lui, elle murmura, aguicheuse :
« Je pourrais te prendre ta grâce. Serait-ce un prix juste ?
— Cela se pourrait, répondit l'ange d'un ton neutre.
— Ceci dit, de nos jours, la grâce d'un ange n'est plus ce qu'elle était. »
Il crut entendre Balthazar dans ces paroles et ne fut pas surpris qu'Asmodée le mentionnât.
« Ah ça, Balthazar est un spécimen unique en son genre ! Et la preuve vivante de mon propos. Que reste-t-il encore d'angélique en lui ? En quoi ses pouvoirs sont-ils utilisés différemment que ceux d'un démon ? Mais trêve de philosophies de bas étage ! Je vois en toi, par contre, quelques éclats de pureté dont je pourrais te délester. »
L'ange haussa les sourcils lorsqu'elle se mussa au creux de son cou.
« Ta virginité, par exemple. A ton âge, tu n'en as plus besoin ! » Et de rire d'un éclat féroce.
« Cela pourrait convenir également, déclara Castiel, immobile et peu réceptif à l'approche du démon.
— Très peu pour moi. Tu n'es pas assez...exotique. »
Elle fit mine de réfléchir.
« Mmmh. Je pourrais simplement exiger que tu la donnes au premier venu, qu'en dis -tu ? Oh non, mieux ! Je veux que ce soit Dean ! »
C'était tellement attendu et incongru à la fois qu'il recula de quelques pas pour la jauger du regard.
« Si le prix te semble juste. » acquiesça-t-il comme à chaque fois.
Elle le toisa et sa bouche se réduisit à un fin pli.
« Assez jouer, Castiel. Je pourrais te demander d'enfourcher sa Lisa et de la faire hurler comme une truie ! »
Les yeux de l'ange s'écarquillèrent d'horreur, tant à l'idée en elle-même qu'à l'ouïe des mots crus. Il comprit alors qu'il était loin d'être en mesure de négocier. Un seul tout petit point faible connu de l'adversaire suffisait à flanquer l'échiquier par terre, et il se morigéna d'avoir même essayé. Mais à temps désespérés, mesures désespérées...
Elle ne lui laissa pas le temps de digérer ses paroles qu'elle reprit d'une voix plus sirupeuse encore :
« Mais surtout, surtout, je pourrais te demander son âme.
— Je n'ai pas...
— Tais-toi ! » l'interrompit-elle.
En joignant le geste à la parole, elle lui posa l'ongle verni de son index sur les lèvres.
« Tout pacte né d'un mensonge est nul avant même d'exister, Castiel. Tu as troqué une partie de ta grâce contre une partie de son âme, au sortir des enfers. Sait-il seulement qu'il porte sur l'épaule la grâce d'un ange ? »
Le regard de Castiel fut une réponse suffisante. Le démon sourit.
« Tu possèdes un bout de lui, ce qui te donne les pleins pouvoirs sur son âme. N'ose pas prétendre le contraire. »
Son sourire s'élargit jusqu'à en devenir carnassier.
« C'est là ma monnaie d'échange. »
Consciente de son effet, elle laissa le silence s'étirer, ses derniers mots suspendus entre eux.
« Je n'ai aucun désir de t'affronter, Asmodée, murmura l'ange.
— Alors retourne d'où tu viens et ne prétends pas à ce qui m'appartiens. Tu me plais assez pour que je te laisse partir sans trop d'égratignures.
— Tu sembles bien sûre de toi.
— Je sais que tu ne fais pas le poids. Je suis un ancien démon, Castiel. Je suis celle qui fait naître le désir au creux des reins, qui l'instille en chaque homme depuis la nuit des temps. Celle qui attise les flammes féminines pour qu'elles prennent entre leurs chairs le fruit de leurs pulsions. Et te voilà, un ange à demi déchu qui n'a goûté à la chair qu'en pensées, qui te languis d'une âme que tu as vu de trop près. Comment espères-tu te mesurer à mon pouvoir ? Ne t'avait-on jamais dit, qu'à trop plonger le regard dans une âme puissante, on finissait par s'y brûler les yeux ?
— Celle-là valait bien qu'on s'y brûle » sourit l'ange, à la surprise d'Asmodée.
Il jaugeait prudemment la situation, parfaitement conscient qu'il n'avait aucune chance en cas d'affrontement direct. Tant qu'Asmodée lui laissait le pouvoir de prolonger la négociation, il se devait de tenter sa chance. Il était facile d'être loquace quand on n'avait plus rien à cacher. Et étrangement, cela l'ôtait d'un poids qu'il n'avait pas conscience de vouloir partager.
« Il a bien fallu la regarder de trop près, son âme, pour le sortir des enfers, répondit-il sur le ton de la confidence. Il a bien fallu que je m'y brûle les ailes ou les yeux.
— Et tu finiras par t'y brûler le corps, mon ange », paracheva Asmodée.
Elle lui caressa la joue d'un geste léger et aérien, instillant en lui son venin si particulier. Puisque la faiblesse de l'ange était cet humain, il allait devenir sa pire torture.
Castiel recula d'un pas sous l'afflux d'une sensation qui tenait encore un peu de l'inconnu, effleurée du bout des doigts mais à peine explorée. Entre les murs d'Asmodée, elle était pourtant inéluctable. En quelques instants, Dean prit toute la place. D'abord sous la forme d'une pensée unique, lancinante, qui prit l'accent douloureux d'une obsession, pour enfin faire miroiter le reflet d'un désir.
« J'admets volontiers les faiblesses du corps que j'ai choisi. Et peu importent les désirs ou les envies que tu y instilles, Asmodée.»
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étrangement connecté aux sensations de l'ange, Dean écarquilla les yeux et tenta de maîtriser sa respiration. Assister à la scène sans pour autant être là était à là fois frustrant et salvateur. Il déglutit sous le regard halluciné de Balthazar et tenta de reprendre ses esprits :
« Cas va bien, on dirait...
— Alors pourquoi t'as l'air d'être passé sous un train ? demanda Balthazar en haussant les sourcils.
— C'est cette garce ! cracha le chasseur. Elle... »
Il s'octroya un moment de réflexion et ferma les yeux.
Balthazar, qui s'estimait d'une patience véritablement angélique, soupira presque discrètement, attendant que le chasseur se remette les idées en place. L'observant du coin de l'œil, il le vit s'affaisser sur lui-même et alors qu'il s'apprêtait à le houspiller, il comprit que Dean avait à nouveau perdu connaissance.
« MERDE ! » pensa très fort Balthazar. Se tenant l'arrête du nez entre le pouce et l'index, il se força au calme, envisageant très sérieusement de rappeler sa jolie prof de yoga. Et pour des raisons bien moins scabreuses que la première fois !
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« Tiens ? Le voilà revenu parmi nous ! » susurra Asmodée, esquissant un geste accueillant. Elle planta un regard glacial dans les yeux bleus de l'ange qui se détournèrent aussitôt pour fouiller la pièce du regard.
Il aperçut la silhouette de Dean se découper sur le fond de la caverne, toute proche de l'autel. Ce dernier lui adressa un coup d'œil entendu qu'il ne comprit pas vraiment et reporta son attention sur le démon.
La plantureuse blonde fit quelques pas en direction du chasseur. Arrivée à sa hauteur, elle se haussa sur la pointe des pieds pour lui susurrer à l'oreille :
« Tu fais un bien piètre lien, Dean Winchester. Tu es censé le ramener à toi, non l'inverse.
— Ouais, soupira le chasseur. Faut savoir improviser, parfois.
— Dean, qu'est-ce que tu fais ? demanda l'ange, incrédule.
— Quelle question ! Je suis venu te sauver ! »
Castiel et Asmodée le dévisagèrent d'un air incertain et il haussa les sourcils.
« Et franchement, j'en ai ma claque des univers parallèles ! Alors si on pouvait discuter comme des êtres civilisés dans nos enveloppes corporelles respectives...
— Tu finirais les yeux brûlés et l'âme écorchée » sourit Asmodée.
L'ange acquiesça sans mots dire et Dean leva les yeux au ciel.
« Je dois cependant admettre, murmura le démon, que vous êtes distrayants. Je pourrais envisager de vous laisser repartir.
— Pas sans la perle, grinça Castiel.
— Tu connais mon prix, dit-elle en désignant Dean du menton. Et tu n'es pas prêt à le payer.
— Je suis parvenu jusqu'à toi, nota Cas. Tu me dois au moins une faveur.
— Certes, concéda Asmodée.
— Dans ce cas contentons-nous d'un statu quo. Garde la perle en ta possession mais donne moi ta parole que tu ne l'utiliseras pas.
— Cette perle est un très bel ajout dans ma collection, argua le démon. Je n'ai aucune intention de l'utiliser. »
Elle ponctua ses mots d'un geste langoureux de la main. Afin de sceller leur accord, elle se pencha sur la bouche de l'ange. Dean écarquilla les yeux avant de voir la blonde sourire une dernière fois. Elle éleva une voix cristalline : « La prochaine fois que tu veux négocier, Castiel, envoie-moi Balthazar ! ».
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« Un statu quo ? demanda Balthazar, incrédule.
— Elle a dit qu'elle n'avait aucune intention d'utiliser la perle pour le moment.
— Oh et bien sûr tu l'as cru sur parole, puisque c'est un démon !
— Un ancien démon, insista Castiel, et sa parole vaut probablement autant que celle de certains anges. De plus, elle a scellé le pacte.
— Alors, décanta Balthazar, tout ça pour ça ? Tout ça pour rien ? »
Castiel hocha la tête, tout aussi dépité. Mais le temps jouait contre eux et Asmodée semblait déterminée à faire durer la partie. Alors pour l'heure, il se contenterait d'espérer qu'elle tienne parole.
Compte tenu des messages laissés par ces derniers, le plus urgent était de rejoindre Sam et Bobby et d'arrêter le cataclysme en cours à Minneapolis.
« Parer au plus pressé » se dit-il, et les premiers rayons du soleil se déversèrent mornement par la fenêtre, éclairant la pièce d'une lueur blafarde.
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A suivre
