Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoiler: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6. Après on dérive clairement.
Persos : Dean/Cas, Sam, Balthazar, Bobby
Rating: PG-16
Résumé : Cas fait un pacte avec Balthazar, Sam retrouve son âme, Bobby cuisine et Dean réfléchit trop. Mais les armes du ciel ne vont pas se retrouver toutes seules !
NdA : Suis rentrée de vacances, la vitesse de parution devrait un peu s'accélérer du coup. Merci de suivre cette histoire !

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"Man In The Wilderness"
Chapitre 10

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«I spend my life and sell my soul on the road
And I'm still in the dark
'Cause I can't seem to find the light alone
Sometimes I feel like a man in the wilderness
I'm a lonely sailor lost at see
Drifting with the tide, never quite knowing why
Sometimes it makes no sense at all »

Man In The Wilderness – Styx

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Dean tenta d'arracher son regard au tube d'aspirine, le simple fait de le fixer lui donnait mal au crâne. Aussi le reposa-t-il sur la surface plane la plus proche : l'accoudoir du divan.

Les voyages spacio-angélico-temporels n'étaient définitivement pas faits pour lui.

Il essaya de se remémorer les évènements dans un ordre chronologique et la nausée lui monta aux lèvres.

À son réveil, le chasseur avait suffoqué, incapable de suivre une pensée cohérente. Avant qu'une poigne solide ne le redresse et ne le guide jusqu'au canapé. Relevant le visage, il avait croisé le regard bleu de Castiel et s'était senti ôté d'un poids.

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La suite s'était passée dans un bourdonnement sourd et lointain. Il avait laissé à Cas le soin de répondre aux questions de Balthazar, non sans avoir enregistré le fait que son frère et Bobby étaient arrivés à Minneapolis, à priori sains et saufs.

Dean secoua la tête et se redressa, tentant de chasser la nausée. La sensation que chacun de ses organes avait été secoué, retourné et finalement ré-enfourné grossièrement dans sa carcasse le tenailla un moment, avant qu'il n'expire bruyamment pour se forcer au calme. L'immobilité aidait, se disait-il distraitement, il fallait laisser le temps à son corps de réapprendre à supporter sa conscience.

Le chasseur évalua le degré d'inconfort engendré par un trajet jusqu'à la cuisine et rassembla son courage. Il n'eut cependant pas à fournir plus d'efforts, puisqu'un verre d'eau fut placé sur la table basse en face de lui.

Il sentit le coussin à sa gauche s'enfoncer et ferma brièvement les yeux, intimant à son corps de pivoter afin de faire face à Castiel. Il chercha quelque chose à dire mais la voix neutre de l'ange déchira brusquement le silence.

« Bois ! »

Le chasseur s'exécuta et vida le verre d'une traite avant de le reposer. Ayant parfaitement conscience que le temps jouait contre eux, qu'ils devraient se mettre en route d'une minute à l'autre, il se morigéna sans pour autant parvenir à sortir de sa torpeur.

« Il faut qu'on y aille, énonça Castiel.
— Je sais, répondit le chasseur en fixant un point invisible en face de lui.
— Balthazar a trouvé et brisé la plupart des sigles que nous avions placés, nos pouvoirs ne sont plus si limités à présent...
— Ok, émit Dean sans trouver la force de hausser les épaules. Et ? »

L'ange amena une serviette humide et fraîche à hauteur de la tempe du chasseur. Ce dernier serra la mâchoire afin d'ignorer la sensation de froid.

« Tu as été pas mal secoué, cette nuit. Tu as besoin de temps pour... te remettre l'esprit en place.
— Ouais, genre, littéralement me remettre l'esprit en place ! » acquiesça le chasseur.

Castiel lui pressa la serviette contre la nuque et le força à la maintenir lui-même, guidant sa main. Mais à peine eut-il reculé que Dean laissa mollement retomber son bras.

« Je peux te soigner, émit l'ange.
— Et c'est maintenant que tu penses à en faire part ? grinça Dean, ahuri.
— Il fallait d'abord évaluer si il était nécessaire de te faire oublier » répondit Cas en élevant la main pour lui effleurer l'épaule.

Dean interrompit son geste, emprisonnant son poignet. La colère lui assombrit soudain les traits.

« Ne t'avise pas de me faire oublier quoi que ce soit ! éructa-t-il.
— Dans certains cas, il est préférable de...
— Ne te donne pas ce genre de pouvoir sur ma vie ! »

L'ange écarquilla les yeux, cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps, de se sentir à ce point perdu face aux réactions du chasseur.

Il se laissa tordre le poignet. C'eut probablement été douloureux s'il avait été humain.

« Dean » prononça-t-il, à la fois en guise de question et d'avertissement.

Le chasseur fronça les sourcils et le relâcha subitement, surpris d'être celui qui retenait l'autre. Cas le dévisagea un instant et réprima l'envie de pencher la tête de côté pour l'étudier d'avantage.

« Ne décide pas de ce que je dois ou ne dois pas savoir ! Toi et moi, Cas, on aura une sérieuse discussion un de ces quatre. Et d'ici là, on ferait bien de fixer nos priorités !
— Très bien » acquiesça l'ange.

Il effleura l'épaule de Dean en se levant, plongea ses yeux dans le regard vert et éleva une voix sereine :

« Prêt à partir ? »

L'air à la fois ahuri et extatique de Dean fut une réponse en soi.

« Mec, j'ai l'impression de sortir d'une semaine de Thalasso ! Faut utiliser ce 'pouvoir de guérison' plus souvent.
— Mieux vaut éviter. Allons-y. »

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« Wow, wow, stop ! avertit Dean en louchant sur l'index de Balthazar à hauteur de son nez. Je ne vais pas laisser mon bébé ici ! Bobby est expressément parti avec son truck, alors je ne peux décemment pas...
— Très bien » le coupa Balthazar en se pinçant l'arrête du nez.

L'ange soupira ostensiblement avant de froncer les sourcils.

« C'est pas plus mal en fait. Charge l'Impala et assieds-toi derrière volant. »

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Alors que Cas s'installait à ses côtés, Dean observa Balthazar dans le rétroviseur. Il s'apprêta à lui demander « et maintenant ? » mais ce dernier le surprit par un clin d'œil.

Le décor changea instantanément et il se trouvèrent garés au bas d'un petit motel à l'entrée de Minneapolis, accueillis par une aube grise et chaotique. Ils observèrent le monde continuer de s'affairer sans noter leur apparition.

« C'est encore mieux que dans Harry Potter ! » souffla Dean, réapprivoisant doucement son sens de l'humour.

Cela lui valut un reniflement railleur de la part de Balthazar et un froncement de sourcil de Castiel.

« Peu importe » murmura-t-il pour lui-même.

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Dean se présenta à la réception de l'hôtel pour n'y trouver personne. Suivant les instructions téléphoniques de Bobby, il grimpa à l'étage et fit rapidement face à la chambre 103. Il toqua mais ne prit pas la peine d'attendre la réponse.

« Yo, Bobby, c'est moi » annonça-t-il en ouvrant la porte. Il scanna la pièce du regard.

Castiel était penché à la fenêtre tandis que Balthazar zappait frénétiquement, le nez rivé sur le poste de télévision.

« Bienvenue à tout le monde... grinça le vieux chasseur.
— Où est Sam ? demanda Dean.
— Il n'a pas pu sortir de l'hôpital, la nuit dernière. Ils ont été forcés de mettre les scellés et de déclarer l'établissement compromis.
— Quoi ? s'étrangla l'ainé des Winchester.
— Ne t'en fais pas. D'après ton frère, c'est aussi bien pour garder les gens à l'intérieur que pour les maintenir à l'extérieur. L'hôpital est en plein centre d'une zone infectée et s'est rapidement retrouvé submergé à cause du mouvement de panique. Surtout qu'aucune méthode de transmission n'a été identifiée.
— Comment êtes-vous au courant de tout ça ? intervint Balthazar. À la télé, ils resservent le même blabla réchauffé que la nuit dernière...
— Sam a cru bon d'y aller 'sous couverture'. Il se fait passer pour le Docteur Syd Barret, du centre de prévention et de contrôle des maladies, idéal pour amasser des infos mais pas forcément prudent ! » expliqua Bobby d'une voix empreinte d'inquiétude.

« Nous avons eu de la chance pour l'instant, ils l'ont accueilli comme le Messie. L'hôpital est débordé et personne n'a vraiment cherché à vérifier qui il était exactement, hormis une aide extérieure venue leur prêter main forte dans cette situation de crise...
— Pourquoi je perçois un brin d'ironie, là, Bobby ? demanda Dean.
— Parce qu'on s'est tiré une balle dans le pied, voilà pourquoi ! On a une épidémie sur les bras et Sam se fait passer pour le genre de gars dont on aurait réellement besoin en ce moment !
— Bon, et qu'en est-il de la guérison miraculeuse d'il y a quelque jours ? demanda Dean.
— Sam n'a pu interroger personne à ce sujet. Il a été trop occupé à tenter de comprendre la situation ici...
— Et quelle est-elle exactement ? » s'enquit Castiel, quittant son point d'observation pour se mêler à la conversation.

Le visage de Bobby s'asssombrit et il haussa les épaules.

« On dirait que la ville fait face à une épidémie d'épidermolyse bulleuse. Ce qui n'a absolument aucun sens, étant donné que c'est censé être une maladie génétique... Les cas les plus graves sont rarissimes, et pourtant c'est exactement ce qui est en train de se passer. Ça a commencé il y a trois jours, le lendemain du 'miracle' dont personne ne semble être au courant ici. On compte déjà des dizaines et des dizaines de morts. Apparemment le gouvernement examine la possibilité d'une menace bactériologique.
— On a intérêt à sortir Sam de là avant qu'ils n'envoient réellement quelqu'un du CPCM, déclara l'ainé des Winchester. Vous êtes restés en contact tout le temps ?
— à peu près, répondit Bobby, mais je n'ai plus de réseau depuis un peu plus d'une heure. Moi qui prenait le gosse pour un parano, ils ont peut être bien fini par couper les réseaux principaux...
— Ok. Mais maintenant qu'on a deux anges dans notre équipe, entrer et sortir de l'hôpital devrait être un jeu d'enfant. D'abord on récupère Sam et ensuite on avise. Huh ? proposa Dean en se tournant vers Castiel.
—Toutes les pistes semblent mener vers cet hôpital de toutes façons... »

Bobby acquiesça et reporta le regard sur Balthazar qui les écoutait distraitement, toujours scotché devant l'écran de télévision.

« Ok, je suppose que je babysitte celui-là, souffla le vieux chasseur.
— Hey, je signale à toutes fins utiles que je vous ai sorti du pétrin avec Asmodée. Si je n'avais pas extirpé Dean de là, on y serait toujours !
— Soit » concéda Bobby en faisant signe à Dean de ne pas faire attention à l'ange facétieux.

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Dean jura intérieurement suite aux propos de Balthazar. Il se demanda un instant si'l parviendrait à croiser le regard de Cas et déglutit lorsque l'ange se plaça face à lui. Il évita ses yeux avant de lui planter le vert de ses iris quelque part au milieu de la gorge.

Une légère oppression vint se loger entre les côtes de l'ange, et il eut la sensation étrange d'être en chute libre, juste une seconde ou deux, juste le temps de sentir les battements du cœur qu'il occupe s'accélérer. Et ses poumons rétrécir un peu.

« Donc.. » esquissa-t-il d'une voix qui n'avait de neutre que l'intention.

Il éleva la main à hauteur de l'épaule de Dean et la laissa en suspension entre eux. Il observa le chasseur s'humecter la lèvre inférieure et chassa le fantôme du mimétisme. Relevant les yeux, il chercha l'une ou l'autre indication sur le visage face au sien mais n'y vit que plus de questionnements.

« L'hôpital ? » proposa-t-il sans attendre de réponse.

Il posa la main sur l'épaule de Dean et ce dernier eut juste le temps de prendre une inspiration.

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La frénésie s'était calmée peu avant l'aube, au sein de l'hôpital. Les patients les plus grièvement atteints avaient été placés tant bien que mal en soins intensifs, les plaies bénignes désinfectées et bandées, et les esprits échauffés furent temporaitement rassérénés.

Le jeune Winchester traversa silencieusement le dortoir improvisé, où de nombreux patients étaient encore endormis, pour atteindre la machine à café. Elle clignotait de cette manière lugubre qu'on retrouvait dans les décors de jeux vidéos d'épouvante. Il secoua la tête pour chasser le sommeil qui lui grignotait le cerveau et songea à son frère.

Sam crut halluciner lorsqu'il vit Dean et Castiel apparaître dans le coin le plus sombre de la pièce à quelques mètres du distributeur automatique. Il retint une exclamation et expira bruyamment par le nez, levant les yeux au ciel.

Leur faisant signe de rester silencieux, il les guida jusqu'à une pièce attenante qui ressemblait à un grand débarras. Des étagères contenant oreillers et literies trônaient contre les murs des deux côtés de la pièce.

Il referma prudemment la porte derrière eux et souffla.

« Bordel, vous m'avez fichu une de ces trouilles ! sourit-il en se dirigeant vers son frère pour lui donner l'accolade. Alors, comment s'est passé le rituel ? demanda-t-il en s'adressant à l'ange.
— Ce ne fut pas un franc succès. Nous sommes restés sur un statu quo. »

Sam haussa les sourcils, incrédule.

« On t'expliquera plus tard, intervint Dean. On est surtout venu pour te sortir de là avant que ta couverture ne soit bousillée. Tôt ou tard, de vrais chercheurs vont arriver et ce ne sont pas tes maigres connaissances en biologie qui te sauveront ! »

Le jeune Winchester hocha la tête et Dean adressa un regard entendu à Castiel. Ce dernier éleva les bras de manière à toucher à la fois Sam et Dean.

Le moment resta suspendu entre eux sans qu'aucun ne bouge.

Au bout d'une minute d'incrédulité, Dean toussota, ennuyé.

« Euh, Cas, on est toujours là... »

L'ange leva les yeux au ciel, inspira profondément et fit mine de se concentrer. Personne n'osa le contredire et les deux frères se dévisagèrent, déconcertés.

« Bon, de toute évidence, je n'y arrive pas.
— T'en fais pas Cas, ça arrive à tout le monde ! ne put s'empêcher de contrer Dean, réprimant un éclat de rire malgré la situation.
— Hein ? Tu n'arrives pas à nous faire sortir de l'hôpital ? demanda Sam, ignorant l'humour lamentable de son frère.
— Une force trop puissante est à l'oeuvre ici. Et après le fiasco avec Asmodée et avoir soigné Dean, je n'ai pas assez d'énergie pour contrer le sort...
— Ok, donc maintenant on est coincés tous les trois à l'intérieur de l'hôpital.
— C'est à peu près ça, acquiesca l'ange. Cela nous laissera le temps d'investiger, cet endroit est de toute évidence le point névralgique, c'est ici qu'à eu lieu le miracle.

Dean esquissa un geste excédé mais Sam interrompit son mouvement d'humeur :

« Bon, je propose que Dean joue le rôle d'un infirmier à qui j'aurais demandé de l'assistance. Cas, tu pourrais te faufiler parmis les patients et tenter de glaner des infos par ce biais-là. Tant qu'on est coincé ici, autant mettre la situation à profit. »

L'ange hocha la tête et fit quelques pas en direction de la porte. Il leur adressa un signe de tête avant de sortir, refermant doucement derrière lui.

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Castiel observa avec curiosité les visages assoupis autour de lui, se disant qu'il ne s'était pas trouvé entouré d'autant d'humains depuis longtemps.

Longtemps…

Pour un être dont l'existence même remonte aux confins des âges, ce mot n'a aucun sens.

Et pourtant.

Il a une signification à présent, pour Castiel.

« Longtemps » est devenu une notion presque quantifiable. Dire que pendant des lustres, le temps a passé sans qu'il n'en ait réellement conscience. Les âges se sont succédés dans le chaos de l'évolution, avec ses réussites et ses ratés. Il put assister à certains évènements mais d'autres parfois plus déterminants lui passèrent – figurativement bien sûr - au dessus de la tête. Le tout dans un miasme duquel n'émergeait qu'une seule voix, pure et claire, à qui il devait fidélité et obéissance. À voix unique, foi unique.

Jusqu'au jour où…

Il détourna le regard de la foule qui l'entourait et reporta son attention sur Dean qui suivait docilement Sam en tenue d'infirmier.

L'ange fronça les sourcils.

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Très vite, Dean fut happé par la foule de patients nécéssitant des soins légers. Il s'agissait principalement de désinfecter les plaies et de changer bandages et pansements, incluant ça et là des sutures peu esthétiques mais efficaces. Il constata avec amertume qu'autant de blessures résultaient des mouvements de foules que de la maladie en elle-même. Aperçevant Sam se diriger vers lui, il renvoya son dernier 'patient' et fit signe qu'il prenait une pause.

« Hey, le salua son frère en arrivant à sa hauteur. Ils attendent les chercheurs du CPCM en début d'après-midi. D'ici là l'hôpital gardera ses portes closes. Je ferais bien de disparaître sitôt les chercheurs arrivés...
— Mmm, acquiesca Dean. Si tu trouves un moyen de te barrer d'ici, rentre au motel et fais le point avec Bobby.
— Et toi ?
— Je reste ici. Tant que ma couverture n'est pas menacée, du moins.
— Dean, ce n'est pas forcément judicieux de rester dans les parages » argua le jeune Winchester.

Dean retint tout commentaire, mais un sourcil désapprobateur signalait muettement son refus. Sam émit un « tss » agacé et reprit son argumentation de plus belle :

« Tu l'as dit toi-même : on est pressés par le temps, et je n'ai rien trouvé jusqu'ici. Mieux vaut saisir maintenant l'occasion de s'éclipser plutôt que de se retrouver piégés plus tard. Réfléchis ! »

Dean trahit son inquiétude en tournant le regard vers Cas, assis aux côtés d'une vieille dame. Elle se tenait la poitrine et secouait la tête. L'ange sembla hésiter à lui toucher le bras pour la réconforter, mais ce fut finalement cette dernière qui lui aggripa la main, enfermant sa paume entre ses vieux doigts noueux. Elle lui offrit un sourire ridé avant de murmurer quelque chose qu'il n'entendit pas. Castiel hocha la tête et releva le regard, croisant celui de Dean.

« C'est tout réfléchi, Sammy. Tu n'as pas d'autre choix que de faire profil bas, ok. Mais moi je peux tout à fait passer pour un infirmier quelques temps encore. Laisse-nous prendre la relève et essayer de trouver d'où tout ça provient. Selon Cas, la source est très clairement dans cet hôpital. »

Il fronça les sourcils et hocha la tête comme pour se convaincre lui-même, mais lorsqu'il releva le visage, il offrit à son frère un regard empli de détermination. Sam n'eut d'autre choix que d'acquiescer et mofidia ses plans :

« Bon, très bien. Dans ce cas retrouvons-nous dans la réserve de l'aile de la chirurgie digestive, c'est la moins fréquentée. Au troisième étage, d'ici une heure. J'aurai trouvé ou non un moyen de sortir. On avisera ensuite. Essaye de voir si Cas a du nouveau. »

L'ainé hocha la tête et Sam inspira un grand coup avant de se mettre en route, arpentant les couloirs d'un pas assuré.

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Force était de constater qu'il n'avait aucune idée de quelle voie emprunter ensuite. L'accès aux sous-sols était gardé par des militaires en uniforme, sans doute postés là afin de coordonner l'arrivée d'autorités plus compétentes. Indésireux de tenter sa bonne fortune, Sam rebroussa chemin avant d'entrer dans leur champ de vision et opta pour les escaliers de secours.

Arrivé au rez-de-chaussée, il risqua un coup d'oeil vers l'entrée principale, en profitant pour reprendre sa respiration.

Plusieurs escouades de policiers étaient dispersés devant les gigantesques portes vitrées. Armés de gaz lacryomgènes et d'armes de dispersion, ils servaient très probablement de deuxième ligne à leurs collègues postés au dehors.

À l'extérieur, la situation semblait plus cahotique encore. Les personnes placées tout devant se faisaient littéralement écraser contre les barricades installées par l'armée. Sam se demanda un instant comment il était possible que les autorités furent si lentes à mettre en place un dispositif visant à sauver des vies plutôt qu'à les cloisonner et secoua la tête.

Il détourna le regard lorsque l'un des soldats lança un bâton fumigène au sein de la foule, ce qui eut pour effet de la disperser un peu, mais également de brûler grièvement au bras un jeune homme se trouvant dans la mauvaise trajectoire au mauvais moment.

Sam sentit de la bile lui remonter dans la gorge et jura sous cape, changeant à nouveau de trajectoire. Avisant les aiguilles de sa montre poursuivre inexorablement leur course, il se maudit de sa lenteur et se décida à examiner une dernière possibilité avant de rejoindre son frère au point de rendez-vous.

Il appela l'ascenseur et réajusta sa blouse de médecin, invoquant tout le calme dont il pouvait faire preuve afin de faire cesser les tremblements paniqués de ses membres. Il n'avait pas réalisé à quel point la situation s'était dégradée en à peine quelques heures.

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« Ce n'est absolument pas normal ! vociféra le vieux chasseur dans sa barbe. Ils devraient être rentrés depuis des heures.
— Relax, papa ours, s'il s'était produit quelque chose de grave, je l'aurais senti, susurra Balthazar.
— Peut-être que tu surestimes tes talents !
— S'il était arrivé quoique ce soit d'infortuné à mon angélique petit frère, le pacte qui nous lie aurait été brisé et ça, crois-moi, je l'aurais senti. Et puis nous savons tous deux pertinnement qu'il ne laisserait rien arriver aux asticots. Ils ont simplement dû être retardés, voilà tout.
— Je te trouve bien détendu, alors que tout arrive par ta faute ! » grommela Bobby en arpentant la pièce de long en large.

Balthazar consentit enfin à détacher ses yeux de l'écran luminescent et dirigea son regard acéré vers le vieux chasseur avant de partir d'un grand éclat de rire.

« Tout est de ma faute ? Alors là c'est la meilleure ! M'enfin, c'est une manière de voir les choses. Je ne peux pas t'en vouloir, tu n'es qu'un humain. »

Bobby ne répondit pas et fit mine de regarder par la fenêtre, tournant le dos à l'ange, ce qui n'empêcha pas se dernier de reprendre :

« Et honnêtement, je me demande pourquoi vous tous persistez à éveiller en moi le moindre sentiment de culpabilité. Il me semble avoir été clair pourtant, mais peut-être devrais-je abaisser mon niveau de langage ? Je m'en cogne le trognon, ok ? La seule personne qui m'intéresse ici, c'est moi !
— Tu peux laisser tes grands airs au placard avec moi, princesse » contra le vieux chasseur, se tournant pour le dévisager d'un air entendu.

Pour la première fois depuis des lustres, Balthazar se retrouva le bec cloué. Bobby Singer n'était pas une légende pour rien. Il n'osa répliquer mais soupira bruyamment pour faire bonne mesure.

« J'en ai marre de rester à tourner en rond dans cette pièce !
— On pourrait suivre une autre piste de notre côté, proposa Balthazar d'un air trop innocent pour être honnête.
— Tu peux développer ? grogna le chasseur.
— Vous vous êtes tous concentré sur ce sacro-saint hôpital... » dis l'ange en marquant une pause exagérée, haussant les sourcils et relevant le menton pour regarder l'humain de plus haut.
« Mais quel est le point de départ, finalement ?
— Euh... la révélation de ton concitoyen plumeux ? tenta Bobby.
— Mais encore ?
— Quoi ? L'article ?
— Bingo, papa ours ! Il a bien dû être écrit par quelqu'un cet article, un journalistre, par exemple ? »

Bobby s'empressa de farfouiller dans le dossier étalé sur la table d'appoint et en extirpa la coupure de journal.

« Merde... »

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Castiel dévisagea la jeune femme assise face à lui, tentant de pousser ses pouvoirs pour sonder son esprit. Il n'arriva qu'à un résultat partiel et secoua la tête pour s'éclairicir l'esprit.

Une peur sourde s'insinua en lui, à l'idée de perdre à nouveau ses pouvoirs, d'être une fois de plus dépouillé de tout. Il sentit son ventre se contracter et inspira une grande goulée d'air.

Très vite, il chassa l'angoisse, le fantôme du « et si... ».

Il y avait plus urgent. Il y avait toujours plus urgent.

Il sourit amicalement à un enfant passant devant lui et reporta son attention sur les personnes qu'il n'avait pas encore sondées.

« Tu ne devrais pas abuser du pouvoir que tu n'as pas encore récupéré » susurra une voix grave mais résolument féminie, un brin métallique, qui chargeait l'air de ce courant étrange et enivrant.

« Asmodée », souffla l'ange entre ses lèvres serrées.

Il releva le visage pour scanner les alentours.

« Inutile de chercher. Je suis dans ta tête, mon ange. »

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A suivre