Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoilers: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6 (Sam récupère son âme). Après on dérive clairement.

Persos : Dean/Cas, Sam, Balthazar, Bobby

Rating: PG-16
Résumé : Cas fait un pacte avec Balthazar, Sam retrouve son âme, Bobby cuisine et Dean réfléchit trop. Mais les armes du ciel ne vont pas se retrouver toutes seules !

NdA : Merci de suivre cette histoire !

ᴥ ᴥ ᴥ

"Shoot to Thrill"

Chapitre 11

ᴥ ᴥ ᴥ

«I'm like evil, I get under your skin
Just like a bomb that's ready to blow
'Cause I'm illegal, I got everything
That all you women might need to know
I'm gonna take you down

So don't you fool around »

Shoot to Thrill – AC\DC

ᴥ ᴥ ᴥ

Balthazar observa avec circonspection le vieux chasseur lever les yeux au ciel en poussant un juron. Ce dernier jeta d'un geste négligeant le dossier sur le bureau improvisé. Il haussa les sourcils aussi haut qu'il le put et éleva une voix affligée :

« Quoi encore? Qu'est-ce qui te fait jurer comme un marin mal élevé ?

— Il n'est pas signé ! Comment veux-tu retrouver le journaliste sans son nom ?

— Il n'y a rien du tout ? interrogea Balthazar.

— Juste les initiales...

— Duh, gros malin ! C'est souvent le cas dans les canards locaux. Les petits journaleux débutants signent rarement leurs articles. Sois heureux qu'on ait les initiales.

— Heureux est un bien grand mot ! » soupira Bobby.

L'ange se dirigea vers le laptop de Sam, resté sur le lit de ce dernier. Il scruta l'écran du regard en vociférant d'un air condescendant :

« Je suppose que Bobby Singer n'est pas au fait des nouvelles technologies. Aussi vais-je m'acquitter des recherches à sa place. On y sera encore demain, sinon.

— Duh princesse ! L'ancêtre Bobby Singer peut au moins te dire que, aussi doué sois-tu, sans réseau tu auras beaucoup de mal à accéder au net... »

Balthazar referma prestement le portable et émit un « tsk » agacé.

« Effectivement il n'y a pas de réseau.

— Et tes pouvoirs angéliques ?

— Ne sont pas en promo au supermarché du coin ! Je ne vais pas gaspiller inutilement mon énergie afin de rétablir un réseau qui serait à peine stable. Le plus simple serait de se rendre sur place. Regarde à côté du téléphone, ce bon vieux bottin ! Un peu comme toi : une valeur sûre. » émit l'ange en parachevant d'un sourire.

Le chasseur soupira ostensiblement et se mit à feuilleter les minces pages de l'ouvrage généreusement tendu par l'ange.

ᴥ ᴥ ᴥ

Ce n'est qu'en atteignant le toit du bâtiment que Sam se permit d'expirer, prenant alors conscience qu'il avait retenu sa respiration. Sans la moindre idée de combien de temps exactement. Il inspira jusqu'à emplir complètement ses poumons puis exhala de la vapeur dans l'air froid. Et se sentit pris de vertige.

Le jeune Winchester se pencha en avant et s'appuya sur ses genoux. Il ferma les yeux un moment. Juste un instant. Le temps de reprendre ses esprits.

Le groupe de blouses blanches qu'il avait aperçu en sortant de l'ascenseur étaient du CPCM, il en était persuadé. Et parmi eux, certainement, un supérieur capable de le démasquer. Et de l'arrêter, peut-être.

De le mettre en prison, sûrement.

De l'enfermer.

Ses abdominaux se contractèrent à cette idée et une sensation de déchirement se logea dans son ventre, là où la terreur était tapie à son insu. Elle explosa soudain, comme une lionne rugit avant de lancer la chasse. Un grondement sourd lui transperça le cerveau.

Le jeune chasseur tenta de se raisonner. Cette peur sournoise n'avait pas d'objet. Ou peut-être que si mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.

Il eut la sensation étrange qu'il valait mieux ne pas chercher et expira bruyamment. Inspirant de grandes goulées d'air, il se rappela qu'il devait rejoindre Dean au troisième étage. Le souvenir de son frère l'apaisa, et il s'autorisa à se redresser alors qu'il reprenait doucement ses esprits.

Dean. Bonne idée. Se concentrer sur Dean semblait aider. Pour la première fois depuis longtemps, il sentait une confiance nouvelle naitre entre eux, dénuée de préjugés ou d'accusations fumeuses. Mais d'un autre côté il avait la dérangeante impression de ne plus réellement connaître son frère. Il se sentait écartelé entre la réaction primaire du petit frère trop gâté qui bouderait d'avoir été mis de côté, et l'impression de n'avoir aucun droit de se plaindre ni même de souffrir.

Dean était resté.

Sam avait beau avoir déclenché l'apocalypse et trahi sa confiance à maintes reprises, Dean était encore là, malgré tout. En bon grand frère protecteur qui porte son abnégation comme on porterait une armure étincelante. Mais une petite voix qu'il aimerait pouvoir ignorer lui fit insidieusement remarquer que ce chevalier-là l'avait remplacé.

Et par un ange, rien de moins.

La réalisation de sa jalousie infantile lui fit serrer les dents.

Et force était de constater que ça le titillait. Il appréciait beaucoup Castiel, sans compter qu'il lui était immensément redevable. Tout comme Dean.

Les raisons d'éprouver de l'affection ou de la reconnaissance vis-à-vis de l'ange étaient aussi nombreuses qu'indéniables, mais il n'avait jamais vu son frère faire entrer de la sorte qui que ce soit dans sa sphère privée. Au delà de la famille, bien sûr, et des rares amourettes assez sérieuses pour durer plus d'un mois. Mais Cas n'était ni un membre de la famille, ni une amourette. Leur histoire était particulière. Sam fronça les sourcils et songea aux soupçons de Bobby. Peut-être n'était-il pas si éloigné de la réalité, finalement. Il y avait définitivement de l'amour entre ces deux-là. Peu importe le sens qu'on voudra donner au fameux mot.

Il avait essayé quelques fois, déjà, de sonder Dean à ce sujet, mais son aîné n'avait pas semblé vouloir se livrer aux confidences.

Peut-être fallait-il simplement prendre le temps de refaire connaissance.

Sam sourit intérieurement, curieux de découvrir qui était devenu son frère.

Il prit une dernière respiration contrôlée, constatant qu'il se sentait mieux. Oubliant son angoisse, il se mit en route vers le point de rendez-vous.

ᴥ ᴥ ᴥ

Dean arriva dans la réserve avec une dizaine de minutes d'avance. La pièce était exiguë mais pas étouffante. Il espérait que Sam apporterait de bonnes nouvelles car de son côté, la situation n'avait pas bougé d'un iota.

Il avait pansé et suturé toute la matinée, pris à son propre piège dans son rôle d'infirmier. Il fut tant sollicité qu'il dût prétexter une envie pressante afin de rejoindre son frère.

Les dix minutes d'avance, ça, c'était du bonus qu'il s'octroyait bien gracieusement. Il en avait besoin.

Le chasseur referma la porte derrière lui sans allumer la lumière. Il se laissa glisser sur le sol, appuyant son dos contre la large tranche d'une étagère en fer. Fouillant d'un regard aveugle l'obscurité à sa droite, puis à sa gauche, il prit une inspiration étranglée. Il se demanda s'il pouvait enfin imploser. Ou bien alors exploser.

Juste dix minutes ?

Les muscles de sa mâchoire roulèrent sous sa peau lorsqu'il leva les yeux au ciel, reposant son crâne contre le métal froid. Il se serait bien cogné la tête de dépit mais n'en n'avait pas la force dans l'immédiat. Il n'avait jamais été l'intello de la famille, et ses neurones commençaient à sérieusement s'entrechoquer à force de danser la lambada spatio-temporelle.

Établir une chronologie exacte relevait de l'impossible, mais quelques éléments marquants sortaient tout de même du lot.

Le fait que Cas possède un bout de son âme, par exemple.

Et qu'apparemment ça lui donnait le pouvoir de la confier ou de la vendre à quelqu'un d'autre. Sauf qu'à aucun moment Cas n'avait semblé le considérer. Il avait envisagé de se départir de sa grâce, mais pas de l'âme de Dean. Sûr que ça avait quelque chose d'effrayant, qu'un autre ait la main mise sur son âme. Sauf que Dean n'avait pas même été dubitatif ou inquiet, et que finalement, c'était ça qui était super flippant !

Tout comme le fait que dans l'univers d'Asmodée, son esprit ne lui imposait de toute évidence pas les même restrictions. Ses inhibitions avaient semblé tellement superflues sur le moment. Il n'y voyait plus d'inconvénient, soudain, à tenir le corps chaud et aussi vivant que possible de l'ange entre ses bras.

Il avait soudain semblé naturel que tout se mélange : le désespoir, la dépendance, le besoin, le pouvoir, l'attirance. Ses émotions et sensations paraissaient en adéquation pour une fois. Tant d'émotions pouvaient donner naissance à autant de formes d'amour. C'était humain. C'était cruellement humain… D'aimer. Quelles que soient les raisons ou les définitions. Alors pourquoi pas, après tout ? Quelque part entre le creux de ses lèvres et la courbe de ses reins, pourquoi ne pas y trouver satisfaction ?

Et tout à ses considérations, ça lui avait semblé tellement logique de se pencher sur sa bouche de Cas. Deuxième fait marquant : sa langue dans la bouche d'un autre homme. Yuk.

C'était à se taper la tête contre les murs. La simple idée de fréquenter un autre homme le révulsait. Pas parce qu'il était perclus de soi-disant bons principes, non. Juste parce que ça n'était pas lui. Mais Cas était Cas. Il n'était pas simplement 'un autre homme'.

Bordel, même à ses yeux il passait pour un barbare hétéronormatif. Cas semblait ne faire la différence entre homme et femme que pour agréer Dean. Et pourtant l'ange l'avait dit, que le choix de « Jimmy » plutôt que « Jeannette » avait été délibéré, le soir où il avait posé le fameux « et si... »

« Si tu avais été une femme je t'aurais embrassé depuis longtemps... »

Avant même le labyrinthe. Avant Asmodée. Qu'est-ce qu'il lui avait pris, de sortir un truc pareil sans réfléchir ? L'intensité du moment, sans doute. Par ailleurs c'était très probablement vrai. Quand Anna lui avait sorti le discours du dernier soir sur terre, il n'avait pas résisté une seconde. Pourquoi les choses auraient été différentes si Cas avait été une femme? Aussi sûrement que deux et deux font quatre, Dean ne restait pas bien longtemps dans l'entourage d'une femme qui lui plaisait et à qui il plaisait sans sauter le pas.

Or, Castiel lui plaisait. Enfin, il aimait sa naïveté douce-amère, la couleur de ses yeux, sa manière de pencher la tête sur le côté quand il s'interrogeait. Le genre de truc qu'il avait tendance à remarquer chez une gonzesse...

Selon l'ange, les désirs de Dean à cet instant ne lui appartenaient pas vraiment, il avait juste été contaminé par l'univers d'Asmodée.

Il se rappelait pourtant parfaitement de son cheminement mental, de sa réalisation toute conne et de son sourire contre les lèvres de l'ange. Tout était simple et évident.

Dean arriva à la conclusion que pour se faire une idée précise de la chose, il fallait l'observer de manière empirique et donc réitérer. Très bonne idée. Sauf qu'en réalité, ça aurait bien plus de conséquences que dans un rêve de démon, et que concrètement, il aurait beaucoup de mal à amener cela en tant qu'expérience. Bref.

Ses pensées le conduisirent doucement mais sûrement vers le troisième fait marquant : Asmodée avait très clairement insinué que Cas «craquait» pour lui. Wow. C'était logique après tout, Cas étant Cas. Quoi que ça puisse vouloir dire.

Il se pinça l'arrête du nez, se faisant l'impression d'avoir douze ans. Même dans sa propre tête il se sentait obligé d'utiliser des expressions à la con.

À côté de toutes ces constatations pseudo-métaphysiques, il y avait aussi le fait que ses fantasmes n'étaient plus si excitants que ça. Mais bon, c'était accessoire.

.o.

Il fit un bond gigantesque lorsque Sam ouvrit prestement la porte et actionna l'interrupteur. Ce dernier eut à son tour un mouvement de recul, ne s'attendant pas à trouver son frère assis dans le noir.

« Putain Dean ! Qu'est-ce que tu fous ici ?

— Euh... On avait rendez-vous je te signale, hasarda l'aîné.

— Ouais, c'est pas ce que je voulais dire. Tu m'as surpris, qu'est-ce que tu fiches dans le noir ?

— Je suis arrivé avec un peu d'avance, expliqua Dean, et je ne voulais pas attirer l'attention.

— Du nouveau ?

— Rien. Je n'ai même pas eu deux minutes pour discuter avec Cas. Aucune idée de son avancée ni même s'il a repéré quoique ce soit de suspect...

— Hm, réfléchit Sam à voix haute. De mon côté pas beaucoup de succès non plus . Chaque sortie est gardée par des militaires, en dehors du toit. Et j'ai aperçu un groupe de blouses blanches qui n'étaient pas là auparavant. Y a fort à parier que ce soient les chercheurs du CPCM.

— Dans ce cas mieux vaut éviter de te montrer. Tu penses pouvoir te planquer ici quelques temps ? »

Sam regarda autour de lui d'un air dubitatif.

« Quelques heures, sans doute, mais il y a encore des patients dans ce service. Tôt ou tard le personnel soignant viendra chercher quelque chose dans cette réserve... »

Dean se mordilla nerveusement la lèvre inférieure. Son frère chercha à le rassurer :

« écoute, Dean. Au pire, je trouverai un moyen de me planquer ailleurs.

— ça ne me rassure pas vraiment, Sammy. »

Alors qu'il l'insupportait étant plus jeune, le surnom fit sourire le cadet, lui mettant un peu de baume au cœur.

« Si tu reviens ici et que je n'y suis plus, dis-toi que je trouverai un moyen de te contacter dès que je peux, ok ?

— Ok. Ok » acquiesça le chasseur d'une voix dépitée. Il se tritura les mains et eut l'air soudainement si perdu que Sam lui agrippa l'épaule, exerçant une pression qui se voulait rassurante.

« Hey, Dean ? Tout va bien ?

— Ouais, souffla l'aîné. Longue nuit. Longue journée.

— Il s' est passé quoi exactement, pendant le rituel ?

— J'ai foiré comme le dernier des abrutis ! La seule chose que j'avais à faire était de ne pas rentrer dans ce putain de cercle d'invocation et pouf ! » Il fit un geste théâtral en tapant son poing droit dans la paume de sa main gauche. Sam fronça les sourcils, déjà tout prêt à lui trouver des excuses ou à lui pardonner.

« Ok, t'es rentré dans le cercle mais pourquoi ?

— Mec, franchement j'en sais rien ! Sérieusement, dès que cette espèce de diablesse est apparue, la gardienne ou je ne sais quoi, j'ai comme perdu pied. En deux secondes elle était tout autour de Cas et j'ai juste pété un fusible.

— Huh ? émit Sam en haussant les sourcils.

— écoute, je sais de quoi ça a l'air, mais ce n'était pas juste bêtement de la jalousie ou de la possessivité, sérieux ! Mon corps a bougé sans mon consentement et j'avais franchi le cercle avant de pouvoir me dire 'merde' !

— Je vois, ponctua Sam, l'encourageant à continuer.

— à partir de là, tout le reste a foiré. Je me suis retrouvé dans le labyrinthe avec Cas au lieu de lui servir de lien.

— Le labyrinthe ? interrogea le jeune chasseur.

— Ouais, un genre de monde imaginaire dans lequel elle a essayé de perdre nos esprits. Elle avait empoisonné Cas, donc le but était de le retarder afin qu'il soit trop tard pour lui administrer un antidote. Bref, on en est finalement sortis, mais sans la perle. Elle a promis de ne pas l'utiliser, mais je ne sais pas ce que ça vaut.

— Huh. Ok, et dans tout ça, qu'est-ce qui te travaille autant ? »

L'aîné lui jeta un regard ahuri, l'air de ne pas comprendre. Sam ne céda pas et laissa s'étirer deux longues minutes silencieuses entre eux. Il avait presque renoncé lorsque Dean se gratta nerveusement l'arrière de la tête et se racla la gorge.

« Cas en pince pour moi, je crois.

— Quoi ? s'exclama Sam, pas certain d'avoir suivi.

— C'est ce que le démon a insinué, Asmodée est le démon de la luxure, je te rappelle. Elle peut deviner nos désirs et en jouer à loisir.

— Ok. Et... ?

— Et quoi ? questionna Dean.

— Et ! C'est ça qui te perturbe ?

— ça et peut-être le fait que je l'ai embrassé et que je m'en rappelle dans les moindres détails. Sans compter que pour me faire sortir de là, Balthazar m'a d'abord téléporté dans le futur infesté de Croats et que mon alter-ego de cette époque a fait bien plus que « juste » rouler une pelle à Cas, murmura l'ainé dans un souffle, mimant les guillemets.

— Quoi tu lui as carrément roulé une pelle ?

— Là n'est pas la question, grogna Dean en levant les yeux au ciel.

— Wow ! souffla Sam en haussant les sourcils.

— Ouais... comme tu dis.

— Et vous en avez parlé ?

— Pas depuis Asmodée, non. Et avant ça on n'a jamais clairement abordé le sujet. Clair que les insinuations douteuses qu'on subit à longueur de temps m'ont un peu mis sur la voie mais y avait pas grand chose à en dire finalement. Il y a toujours eu plus urgent, et je ne pense pas que ce genre de questionnement soit sa priorité.

— Huh ! émit Sam en expirant par le nez, souriant malgré lui. Ce genre de questionnement peut-être pas, mais il a toujours été plutôt évident que toi, tu fais partie de ses priorités ! »

Dean serra la mâchoire et Sam lui posa une main rassurante sur l'épaule.

« Dean... » commença le cadet, mais il fut interrompu par la voix faussement enjoué de son frère qui le repoussa :

« Ok, ok, assez pour le moment fillette. Je vais pas m'épancher toute la journée sur ton épaule. Ce n'est ni le lieu ni le...

— Mais ce n'est jamais le lieu ni l'endroit, Dean ! On a toujours plus urgent sur le feu, et alors ? Ce qui ne sort pas, tu vas l'enfouir comme tout le reste jusqu'au jour où ça te bouffera les entrailles. Comme ton putain de whisky !

— Wow, Sammy... »

Ce dernier l'interrompit en levant un index, se montrant peu désireux de laisser son frère prendre la fuite une fois de plus. Il laissa retomber mollement sa main et soupira, fixant un point imaginaire sur le sol.

« écoute, j'ai juste... J'aimerais juste que tu puisses me faire assez confiance pour te confier à moi.

— Mec, t'as sorti ça de quelle série B ? Tu m'as déjà vu me confier? »

Il aurait voulu lui en tenir rigueur ou le blâmer, mais le bête sourire en coin de son frère força le sien. Sam haussa les épaules et fit la moue, conscient qu'il avait gâché toutes ses cartouches pour cette fois.

« N'empêche, je vois bien que ça te perturbe.

— Mec, si t'étais dans mes baskets, toi aussi tu serais perturbé. Ça a quelque chose de terrifiant.

— Quoi ça ? Le fait que tu aies embrassé un ange, que cet ange soit un homme ou bien que ça t'ait plu ? »

Ah, il lui restait peut-être des munitions finalement.

Il esquissa un sourire malicieux devant la mine déconfite de son frère.

ᴥ ᴥ ᴥ

Castiel avait passé le plus clair de son temps à lutter contre la présence intempestive du démon dans son esprit. Asmodée avait jubilé plusieurs heures, louant son ingénieuse curiosité.

« Je suis maîtresse des poisons, Castiel. Tu aurais dû te douter que tu ne ressortirais pas de mon antre sans un peu de moi en toi à tout jamais.

— Je n'avais pas imaginé à quel point ! grinça mentalement Cas. »

Ce qui fit partir Asmodée dans un éclat de rire qui devenait presque caractéristique.

« Tu es réellement une créature fascinante, Castiel. Au delà de ton statut angélique. Enorgueillis-toi ! Ce que tu ressens pour ton humain captive un démon plus ancien que toi !

— Il y a plus urgent que de s'épancher sur ce genre de chose, Asmodée.

— Oh, sûrement pas pour moi, mon ange.

— Je ne vois pas ce qui... » Cas s'interrompit, voulant éviter de se faire entraîner dans une énième conversation intérieure. Mais cela n'empêcha pas le démon de lui répondre.

« Tu aimes comme un enfant. Tous ces millénaires d'observations qui ne donnent au final qu'une bien piètre expérience. Voir et vivre sont tellement semblables et opposés à la fois. Tu entres dans un monde où 'savoir' et 'ressentir' s'entrechoquent dans une lutte permanente, que ce soit au nom du bien ou du mal, de bons principes ou de vices mal cachés. Mais crois-en mon expérience, Castiel, à la seconde où tu ressens, aussi grand soit ton savoir, il ne pèsera pas plus lourd que l'une de tes plumes.

— La passion est ton apanage, Asmodée. Ce discours dans ta bouche n'est rien d'autre qu'un pléonasme. »

Pas le moins du monde écorchée dans ses propos, elle reprit en lui faisant deviner un sourire dans le ton de sa 'voix'.

« Sais-tu qu'en grandissant, un enfant acquiert la notion de conscience de soi, d'image, et avec elle la peur du ridicule. Tu t'es présenté en homme fait devant moi, portant des millénaires de connaissances, et pourtant tu aimes comme un gosse. Tu te contentes de peu et ce que tu te retiens d'exprimer, les sujets que tu évites d'aborder, tu les caches simplement pour éviter de gêner les autres.

Mais Dean est un homme, un vrai, mon ange. Et quand il aime, il le fait de manière passionnelle, pleinement et avidement. De tous les êtres humains de ce monde, Castiel, tu n'aurais pu choisir plus mal assorti.

— Assez ! S'emporta l'ange. Je n'ai rien choisi du tout ! Et je n'ai aucunement l'intention de...

— De quoi ? susurra le démon. »

La question resta suspendue dans le silence s'étirant entre eux. Asmodée le brisa avec délectation.

« Je vais te donner un conseil qu'il te serait bien avisé d'écouter avec la plus grande attention : tu joues l'équilibriste sur un fil extrêmement fin. Chacun de tes choix sera lourd de conséquences. Tu n'as dépassé qu'à moitié le point de non retour, ou à moitié celui de l'apaisant oubli . Choisis la formule qui te convient. »

Castiel vacilla. Il fronça les sourcils en se demandant si la douleur venait des paroles ou d'ailleurs.

« Tu n'as encore rien vécu. Ou peut être à peine la première foulée avant la course. L'inspiration qu'on prend avant le premier baiser ou encore la peur de se brûler avant de toucher les flammes. Est-ce comme cela que tu te sens, Castiel ? Au bord du précipice, suppliant Dieu ou un homme de t'accorder sa grâce ? »

Il n'exprima rien et ce fut une réponse peut-être plus claire que toutes celles qu'il aurait pu formuler.

« As-tu déjà retenu ta respiration une seconde de trop, souhaitant plus ? As-tu déjà présenté ton visage au soleil malgré la peur de la brûlure ? Ressens-tu l'éclair avant l'orage ? »

Un frisson et une sensation de vide. Elle était partie.

Un picotement lui fit porter la main à sa nuque et il sentit les contours d'une blessure sanguinolente qu'il ne se rappelait pas s'être faite. Il se mordilla la lèvre inférieure et chercha Dean du regard. Ne repérant le chasseur nulle part, l'ange testa ses pouvoirs afin de soigner son égratignure. La peau de son cou redevint lisse et il soupira.

ᴥ ᴥ ᴥ

Comme l'avait escompté Balthazar, le bottin leur renseigna non seulement le numéro de téléphone, fort peu utile sans lignes de communication, mais surtout l'adresse du journal.

« En route, papa ours, allons voir à quoi ressemble ce journaliste et s'il y a quoique ce soit à en tirer. »

Le vieux chasseur acquiesça, vissant sa casquette aux bords élimés sus sa tête. Il chercha sa veste du regard mais l'ange s'approcha de lui, un sourire railleur accroché aux lèvres.

« Tu peux laisser tes moon boots à la maison, chéri, on ne fait littéralement qu'un saut là-bas. » dit-il en amenant deux doigts à hauteur du front du vieux chasseur.

.o.

« Je n'aime définitivement pas cette façon de voyager » grogna Bobby en regardant autour de lui.

Ils étaient dans ce qui ressemblait à une petite salle de rédaction, remplie de paperasse éparpillée en tas relativement organisés sur les bureaux. Les ordinateurs étaient allumés et il pouvait sentir l'odeur du café tiède provenant de la kitchenette attenante. Balthazar coupa ses observations intérieures d'une voix enjouée :

« ça ne te plait peut-être pas mais les arguments sont tout simplement inattaquables : le voyage angélique, c'est plus rapide, plus économique, et moins polluant. Ça ferait un super slogan ! »

Bobby le dévisagea par en dessous et soupira ostensiblement. C'est le moment que choisit l'ange pour se tourner et se retourner dans tous les sens.

« Mais où sont-ils tous passés ? » s'interrogea-t-il en plissant des narines, comme si l'odeur épaisse de café et d'autre chose qui planait dans l'air aurait pu le renseigner.

Bobby, de son côté, fit quelques pas en directions du couloir, risquant un « y a quelqu'un ? » auquel ne fit écho que le reniflement railleur de l'ange.

Lorsqu'il atteignit le couloir, l'odeur était si forte qu'il eut un haut-le-cœur. L'arôme amer du café mêlé à la senteur âcre et épaisse de l'infection et du sang. Au sol, appuyé contre la porte de ce qui semblait être une salle de réunion, le cadavre d'une femme dont on distinguait à peine les traits. Son visage semblait avoir été dissous pour ne devenir qu'une large plaie sanguinolente.

Bobby sentit son estomac se tordre et ferma les yeux. Il nota une présence dans son dos et ne fut pas surpris d'entendre la voix de Balthazar :

« Ah, bah voilà où ils étaient tous passés ! La bonne vieille réunion matinale s'est terminée un peu précipitamment, ceci dit. Je vais t'épargner ça et allez vérifier moi-même. »

Bobby ne desserra pas la mâchoire mais hocha la tête, fort peu désireux de jouer au dur. Il se concentra sur le cadavre malgré la nausée et avança vers la femme. Jeune, à en juger par ses mains. De toutes évidences les plaies les plus sérieuses étaient apparues au niveau du crâne et du visage. Les yeux n'étaient plus que deux grosses masses visqueuses emplies de pus. Au regard de la quantité de sang sur place et de la gravité des blessures, ça avait dû se passer en clin d'œil, trop rapidement sans doute que pour appeler les secours.

Balthazar ressortit de la salle de réunion un air dégouté plaqué sur le visage.

« Ils sont tous à peu près dans cet état-là, dit-il en désignant la jeune femme du menton, une quinzaine de personnes. Crevés sur place. La plupart encore sur leur chaise. »

Il dévisagea le chasseur et nota la pâleur de ce dernier. L'entrainant dans la salle de rédaction, hors de la vue des cadavres, il réfléchit à voix haute :

« C'est moi où les choses ont été bien plus...radicales ici qu'ailleurs ?

— C'est aussi ce que j'en conclus, déclara Bobby. On dirait que tout s'est passé en deux minutes chrono.

— Tu crois qu'on a affaire au patient zéro ? interrogea l'ange.

— Le patient zéro ou quelqu'un qui permettrait de remonter jusqu'à lui. AK. S, huh ? » énonça Bobby en désignant l'une des plaques nominatives. Elle portait l'inscription « Alex Keith Simpson ».

Il la saisit entre ses doigts et soupira.

« Quelles que soient les forces à l'œuvre ici, cela démontre définitivement que ce journaliste avait mis le doigt sur quelque chose, avec ce fameux Miracle à Minneapolis. »

Balthazar était sur le point d'acquiescer mais il se figea soudain, changeant d'expression. Bobby le dévisagea, l'interrogeant du regard, mais l'ange balaya son inquiétude en levant les yeux au ciel.

« J'aimerais vraiment que cette famille de primates sans poils cesse de me confondre avec mon frère... »

Bobby ne comprit pas à quoi l'ange faisait allusion. Il n'eut pas le temps de s'interroger que Balthazar lui posa une main sur l'épaule et qu'il se retrouva debout, pantelant, au milieu de sa chambre d'hôtel. Aucun ange à l'horizon.

ᴥ ᴥ ᴥ

Dean n'avait pas quitté la réserve depuis cinq minutes que déjà Sam se sentit étouffer.

Le fait d'être enfermé entre ces quatre murs si proches les uns des autres faisait naître une sensation étrange en lui. Une sorte de terreur. Une peur irrationnelle et irrésistible, viscérale.

Très vite ses inspirations se firent frénétiques. Le trop-plein d'air dans ses poumons lui fit tourner la tête et il s'expulsa de la pièce en même temps que l'oxygène qui lui entravait la poitrine. Pris de vertige, il tituba jusqu'à l'issue donnant accès aux escaliers de secours. Il s'engouffra dans le couloir et descendit les volées d'escaliers aussi vite que ses jambes le permettait.

Sam nota vaguement qu'il était en plein délire et qu'il allait bientôt falloir songer à se reprendre. En mémorisant le fait que de toute évidence, il était devenu totalement claustrophobe. Cela pouvait être une information utile.

En mode automatique, il déboula dans l'entrée principale et scruta les environs. Il eut à peine le temps d'enregistrer la présence des blouses blanches qu'il essayait précisément d'éviter que l'une des infirmières qu'il avait côtoyé la veille accrocha son regard. Sa voix résonna dans tout le hall, statufiant Sam sur place.

« Ah ! Le voilà, justement, votre collègue ! Docteur Barrett, on vous cherchait ! »

Sam inspira un grand coup et éleva la main pour les saluer de loin. Sa résolution s'écroula lorsqu'il vit les traits de ses soi-disant collègues se froncer. Il aperçut l'un d'entre eux échanger un regard entendu avec le chef de la sécurité, posté quelques mètres à sa gauche.

C'était suffisant pour décider de faire marche arrière. Il feignit un pas en avant mais se rua vers l'issue de secours juste derrière lui. Remontant quatre à quatre les paliers qu'il venait de descendre, il sentit son cœur cogner dans sa poitrine et l'afflux sanguin résonner dans ses tempes. Il entendait du monde derrière lui, des ordres criés à tout-va, mais n'arrivait à rien enregistrer. Il réfléchit au fait que son frère était toujours coincé dans cet hôpital. Et Castiel aussi, momentanément privé de pouvoir.

Il passa le dernier étage et prit l'escalier de service menant au toit. Ouverte d'une brusque poussée, la porte vacilla sur ses gonds dans un grincement assourdissant.

Sam avança jusqu'au milieu du toit, les poumons en feu et la gorge sèche. Il hurla le nom de l'ange d'une voix parcheminée.

Balthazar apparut, théâtral à souhait. Il se fendit d'une moquerie que Sam n'entendit pas, les battements sourds dans sa poitrine occupaient toute son attention.

ᴥ ᴥ ᴥ

En fin d'après-midi, la majorité de la foule avait été déplacée vers le hall principal. Les blessés légers étaient sur le point d'être autorisés à sortir pour faire place à de nouveaux arrivants. Une organisation nouvelle se mettait en place grâce à l'arrivée du CPCM et d'autres entités gouvernementales que Dean n'identifia pas. L'affluence devant l'hôpital avait nettement diminué, grâce aux efforts logistiques mis en place afin d'acheminer ceux qui le nécessitait vers d'autres centres de soins.

Il se frotta les yeux lorsque sa vision se troubla. Près de quarante-huit heures qu'il n'avait pas dormi. Il fit signe qu'il prenait une pause et ôta sa blouse d'infirmier, se sentant excessivement las.

Le chasseur scruta la foule du regard mais ne trouva pas son ange. Ce dernier était probablement resté au niveau des urgences en compagnie des plus gravement atteints. Le service des soins intensifs, quant à lui, était complètement débordé, accueillant le double de patients que sa capacité était censée le permettre. Tout le monde était soulagé que le gouvernement semble enfin prendre la situation en main et déployer des moyens plus conséquents. D'un autre côté, songea Dean, l'horloge tournait. Et tous les gouvernements du monde ne pourraient empêcher le cataclysme d'atteindre son paroxysme au bout du septième jour. Pas sans que la perle ne soit détruite et le vœu défait.

Il sentit un soubresaut lui chatouiller l'estomac puis expira nerveusement, les coins de sa bouche remontant étrangement. Mieux valait en rire.

Quelle merde !

L'ainé des Winchester se demanda un moment comment allait son frère, mais se trouva rassuré au souvenir des paroles confiantes de ce dernier.

Il se dirigea vers les toilettes les plus éloignées possible de l'entrée, espérant qu'elles ne furent pas trop fréquentées. Poussant un soupir de soulagement en constatant qu'il n'y avait personne, il se dirigea vers les éviers.

Il se passait la tête sous l'eau lorsqu'il entendit la porte se refermer. Il nota le bruissement caractéristique des bords d'un imper et sourit sous cape.

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à suivre

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