Disclaimer : Persos pas à moi, mais à la CW
Spoilers: Fidèle à la série jusqu'à l'épisode 11 de la saison 6 (Sam récupère son âme). Après on dérive clairement.
Persos : Dean/Cas, Sam, Balthazar, Bobby
Rating: PG-16
Résumé : Cas fait un pacte avec Balthazar, Sam retrouve son âme, Bobby cuisine et Dean réfléchit trop. Mais les armes du ciel ne vont pas se retrouver toutes seules !
NdA : Hum, j'imagine que vous me détestez toutes pour ma lenteur, c'est mérité, désolée.
ᴥ ᴥ ᴥ
"Soul Stripper"
Chapitre 12 (Part 2/2)
ᴥ ᴥ ᴥ
« Oh I thought I got to be dreaming
I didn't know I fell in her trap
Then she made me say things I didn't want to say
then she made me play games I didn't want to play
she was a soul stripper
she took my heart
was a soul stripper
tore me apart »
Soul Stripper – AC\DC
ᴥ ᴥ ᴥ
Il sentait le regard du docteur vissé sur sa nuque, le scrutant avec défiance. Nul doute qu'il fut sceptique : Castiel prétendait souffrir de la maladie sans en présenter les effets.
On le conduisit dans une salle d'examen à l'autre bout de l'hôpital, où on lui prit plusieurs petits tubes de sang.
Un médecin différent l'interrogea sur la localisation des prétendues lésions, examinant la peau de son cou et de son torse avec une attention particulière.
« Votre peau ne porte aucun signe de guérison récente. Présenter des blessures telles que vous décrivez et n'en garder aucune trace quelques heures plus tard relève de l'impossible, jeune homme. »
Castiel haussa les épaules sans répondre.
« Bon... Dans tous les cas nous serons bientôt fixés, dès que les tests reviendront du labo. »
L'ange hocha la tête, suivant docilement le médecin qui l'amena dans une petite pièce attenante où trônaient une table basse et quelques chaises disposées contre les murs.
« Je viens vous chercher dès que j'ai les résultats, annonça le docteur. Voulez-vous de la lecture pour patienter ?
— C'est très aimable à vous mais non merci, ça ira » répondit Cas, surpris par la sollicitude de son vis-à-vis.
Le docteur partit s'enfermer dans la salle d'examen et l'ange espéra qu'il ne vérifierait pas son identité. Il avait dû prétendre avoir oublié ses papiers juste avant de donner l'un des noms d'emprunt que Dean avait listés pour lui.
Il scruta la pièce autour de lui et la trouva particulièrement sinistre, les seuls objets décoratifs étant des affiches insistant sur les dangers du tabagisme, la prévention du cancer du sein ou encore le dépistage du diabète...
Un rire tonitruant explosa dans son esprit.
« La brebis égarée s'est jetée dans la gueule du loup, chantonna une voix féminine.
— Que veux-tu dire par là, Asmodée ? demanda l'ange, se morigénant aussitôt sur son incapacité à ignorer le démon dans son esprit.
— Je veux dire que tu n'es pas malade, mon ange. Tu t'es laissé enfermer sans raison. »
Castiel fronça les sourcils.
« Si je ne suis pas malade, comment expliques-tu les... »
Il s'interrompit, réalisant l'étendue de sa naïveté.
« Toi ? articula-t-il malgré sa mâchoire serrée. Mais comment ? »
Seul un éclat de rire à la fois cristallin et assourdissant fit écho à sa question et l'ange déglutit, prenant conscience que le poison d'Asmodée dans son organisme avait des conséquences insoupçonnées. Sans compter qu'il ignorait tout des intentions du démon. Qu'il ait pu croire une seconde qu'elle eût un intérêt autre que purement stratégique à son encontre relevait à la fois d'une innocence enfantine et d'un orgueil démesuré. Il leva les yeux au ciel.
« J'ai été stupide d'imaginer que nous pourrions rester sur un statu quo, réfléchit-il à voix haute. Mais tu as prétendu ne pas vouloir utiliser la perle, alors que peux-tu bien y gagner ?
— Te séparer de ton humain, voilà ce que j'y gagne ! »
Sa « voix » lui vrilla les tempes, comme un son suraigu sur le point de faire éclater une vitre.
« Tu n'aurais jamais dû m'invoquer, Castiel. Ta venue a ravivé des souvenirs que je pensais enfouis. J'ai fait une erreur, moi aussi » avoua le démon, ce qui eut le don de complètement perdre l'ange.
Il regarda fixement le vide face à lui et murmura :
« Me séparer de mon humain ? Mais tu as passé ton temps à me convaincre que...
— Que quoi, Castiel ? Tu as entendu ce que tu voulais entendre ! Ne t'ai-je point dit et répété que tu empruntais une pente glissante ? Tu te trouves au bord d'un précipice et tu choisis de te pencher plutôt que de t'en éloigner à toutes jambes ?
— Je croyais que le choix était mien ! s'emporta l'ange.
— Quel choix, Castiel ? Que sais-tu des conséquences ? Tu crois qu'il n'y a plus personne pour te punir mais en es-tu réellement certain ?
Elle se fit vaporeuse, prenant l'aspect d'une fumée presque transparente oscillant sous ses yeux. Elle se transforma devant son regard en une minuscule jeune femme en robe verte. Elle n'excédait pas la taille d'un pouce et virevoltait à hauteur de son visage.
Castiel se demanda s'il s'agissait d'une hallucination ou d'une manifestation réelle mais étant seul dans la pièce, il décida que cela avait finalement peu d'importance.
Il loucha en tentant de suivre la chétive créature des yeux. Elle ouvrit les bras, faisant mine de vouloir le consoler.
« Crois-moi, j'essaye juste de t'éviter d'infliger des souffrances inutiles... »
L'ange fronça à nouveau les sourcils, n'en menant pas large quant à la logique d'Asmodée.
« Je ne comprends pas. Je n'arrive pas à cerner tes motivations... »
La fée secoua la tête de droite à gauche, le lèvres tremblantes. Elle semblait réellement peinée, ce qui contrastait avec le comportement cruel du démon. Elle posa des mains minuscules contre sa poitrine et des larmes inondèrent son visage.
« Tu n'y comprends rien, dit-elle avec la voix d'une petite fille , c'est toi qui a tout déclenché !
— Pardon ? » s'étrangla l'ange qui ne suivait décidément rien à son train de pensées.
Il dévisagea la créature et secoua la tête.
« Mais pourquoi finalement me faire part des tes plans ? Pourquoi maintenant ? Si l'objectif est de me maintenir éloigné de Dean, pourquoi en parler ouvertement ? Ça manque de logique... »
La fée prit de l'ampleur en même temps que le vert s'effaçait pour faire place à une noirceur envahissante. Le démon ouvrit la bouche avant d'être bloquée net, les mots coincés dans la gorge. Elle secoua vigoureusement la tête juste avant de disparaitre dans un « pop » sonore, à l'instant où un bruit de clé se fit entendre.
La porte donnant sur le couloir fut déverrouillée sans délicatesse et un petit bout de femme déboula dans la pièce, munie d'un sceau et d'une serpillière. Elle fit un bond en voyant Cas assis là et en lâcha son torchon.
« Oh! Disculpa me señor. No sabía que estaba... » baragouina-t-elle à grand renfort de gestes. Elle s'interrompit et fit mine de se reprendre.
« Mais qu'est-ce que vous faites ici ? Questionna-t-elle avec un fort accent hispanique.
— J'attends les résultats du labo » répondit Cas, à la fois surpris par l'incursion de la jeune femme et par la disparition d'Asmodée. Il la scruta du regard.
Elle avait une trentaine d'année tout au plus, mais le poids du temps voûtait déjà un peu son dos. Un visage rond et poupin, et le reste tout en courbes généreuses, qui ne l'empêchaient de toute évidence pas de gigoter énergiquement sans réel but.
« Et vous ? s'interrogea-t-il à son tour. Qui êtes-vous ?
— Rosa. Je nettoie le service du docteur Ultzinger, expliqua-t-elle en désignant la porte derrière laquelle s'était enfermé le médecin. Vu qu'on ne peut plus sortir, je suis venue m'occuper. Sinon je tourne en rond.
— Ok » ponctua Castiel en plissant des yeux.
Il ne pouvait s'empêcher de la scruter, fronçant les sourcils. Il émanait d'elle une sorte d'aura purement et absolument bénéfique. Un sentiment de paix de chaleur envahissait instantanément qui prenait la peine de la dévisager. Cas se demanda un instant s'il ne s'agissait pas là du vaisseau d'un autre ange mais non, ce n'était pas vraiment ça non plus.
Rien ne trahissait quoi que ce fut de surnaturel. Juste cette simplicité étrangement réjouissante.
« Vous allez bien, señor ? Vous semblez tout pâle ! »
Il n'enregistra pas la question, trop occupé à chercher ce qui le taraudait.
« Un si beau garçon ! J'espère que vous n'êtes pas malade » dit-elle en s'approchant.
Réalisant ses paroles, elle s'empourpra.
« Oh excusez-moi je suis du genre spontanée mais n'allez rien imaginer ! » gloussa-t-elle avant de soupirer contre elle-même. « Je viens d'avoir un bébé vous savez ! »
Le visage de l'ange s'illumina.
« Ah ! »
C'était ça. Il avait mis le doigt dessus.
« Un bébé, c'est merveilleux. L'œuvre du Seigneur. »
Il observa les yeux noirs de Rosa s'écarquiller au moment où les mots quittèrent ses lèvres. Une seconde durant laquelle il vit. Durant laquelle il tenta de saisir le fil, l'intuition. Comme une histoire qu'on aurait lu dans un passé trop lointain mais dont on aurait gardé la sensation. Comme une odeur peut parfois réveiller un souvenir plus sûrement qu'un long récit.
Il avait plongé dans son âme et pouvait presque compter son histoire, à quelques détails près. Il pouvait la voir, une nuit de plus penchée au dessus du petit lit d'hôpital, impersonnel, conjurant le sort dans un mélange de toutes les langues de sa connaissance. Épuisée, à bout de nerfs et coupable.
Coupable, parce qu'une maman est toujours responsable, d'une manière ou d'une autre, de ce qui arrive à sa progéniture. Prier, jurer, se révolter, puis enfin s'offrir entièrement au sort. « Ma vie... sanglotait-elle, ma vie pour celle de mon bébé. »
Les tenants et aboutissants s'imbriquèrent à toutes vitesses dans son esprit. Et si ce à quoi il pensait s'avérait exact, alors le bébé...
Il s'expulsa soudainement de sa chaise et se plaça face à Rosa, qui en était toujours à son monologue.
« Vous n'imaginez pas. C'est un petit miracle. Elle est merveilleuse, ma Luz. !
— Oh si j'imagine. C'est vous, murmura Castiel d'un ton peiné, c'est vous qui avez utilisé la perle.
— Quelle perle ? Mais de quoi parlez-vous ? »
Il saisit la jeune femme par les épaules et ancra son regard bleu dans les iris sombres de Rosa. Il tenta à tout prix de faire passer son message, rassemblant le peu de pouvoir qu'il lui restait.
Ce fut au tour de la jeune femme de 'voir'. En un flot d'émotion et de pensées, elle comprit qui était Castiel et pourquoi il était là, ainsi que les conclusions auxquelles il arrivait. Elle fit « non » de la tête alors qu'elle avait l'impression de perdre pied. « Pitié, non. »
ᴥ ᴥ ᴥ
Encadré par les deux même soldats que précédemment, Dean appris que ses tests s'étaient avérés négatifs et qu'il serait libre de rentrer chez lui dès que la situation le permettrait. À condition bien sûr qu'il puisse prouver son identité d'ici là.
Il fut reconduit dans un vaste hall, où de nombreuses personnes déclarées « saines » patientaient. Il avait apparemment été jugé inoffensif, puisque les soldats le laissèrent à son sort et s'en retournèrent à d'autres occupations.
La tension était palpable, chacun se scrutant du regard. Un silence pesant s'étirait dans la pièce, comme si personne n'osait parler à voix haute. Ceux qui se connaissaient chuchotaient entre eux en lançant de brefs coups d'œil alentours.
Quelques heures à peine s'étaient écoulées depuis leur arrivée et les gens semblaient devenus complètement paranoïaques. Le chasseur fronça les sourcils.
Un énorme pavé fit éclater la vitre, attirant les gardes postés dans la salle. Dean tourna immédiatement le regard vers les deux portes battantes faisant office d'entrée principale. Le blocage électronique avait été activé, mais sans soldats, c'était clairement insuffisant en cas de...
Comme pour confirmer ses pensées, les portes furent ouvertes violemment, déversant une marée humaine hurlante et en colère.
Dean n'en crut pas ses yeux. Comment une telle foule avait pu pénétrer dans l'hôpital ? Il recula de manière à être dos à un mur – autant éviter les surprises- et reporta son attention sur les soldats. Ces derniers élevèrent leurs armes et effectuèrent des tirs de semonce, ce qui ramena un calme tout relatif dans la pièce. L'un d'entre eux porta son index à son oreille et rapporta juste après :
« On a affaire à une émeute. L'unité ouest a été débordée. Ils n'ont pas osé tirer sur des civils. »
Dean déglutit en même temps que les autres gars en tenue militaire. Ils tenaient plus des gardes de sécurité que du soldat entraîné.
« Mais qu'est-ce qu'ils veulent ? demanda l'un d'eux.
— On veut récupérer nos femmes et nos enfants ! répondit un homme d'âge mûr, rouge de colère.
— Les sortir de ce foutu hôpital et pouvoir les emmener loin d'ici !
— Ouais ! acquiesça un jeune homme qui patientaient calmement avec les autres deux minutes auparavant. On a été déclarés sains alors qu'on nous laisse nous barrer d'ici ! »
Dean écarquilla les yeux avant de secouer la tête. Il glissa silencieusement le long du mur, tâchant de ne pas se faire remarquer. Tout à leurs revendications, les assaillants ne remarquèrent pas qu'il se faufilait parmi eux. Les soldats, quant à eux, étaient trop occupés à tenter de contenir une émeute de civils, non-armés mais pas inoffensifs pour autant.
Le chasseur fit quelques pas hors de la pièce, n'en croyant pas sa chance. Il n'eut pas le loisir d'y songer d'avantage car un bruit assourdissant se fit entendre. Apparemment la populace tentait de prendre d'assaut l'hôpital. Les gens cédaient à la panique et devenaient totalement barge. Ça s'accélère, songea-t-il avant de se dire qu'il valait mieux ne pas être pris entre deux feu.
Il risqua un coup d'œil par la fenêtre du couloir et s'aperçut qu'il était à l'arrière de l'hôpital, assez éloigné de l'entrée principale. C'était sans doute la raison pour laquelle les quelques soldats postés là avaient été débordés, le gros des contingents disponibles étant réquisitionné à l'avant.
Dean n'avait aucune idée de ce qu'il se passait dans le reste de la ville, mais la situation à l'hôpital était surréaliste. Mieux valait s'en trouver le plus éloigné possible. Mais avant de tenter toute sortie, il fallait d'abord récupérer Sam. Rejoindre l'aile de chirurgie digestive et puis monter jusqu'au troisième. Ensuite voir dans quel pétrin s'était fourré Castiel .
ᴥ ᴥ ᴥ
Sam leva les yeux au ciel, n'en pouvant plus des simagrées de l'ange à ses côtés.
« Oh ça va, Balthazar. Tu ne vas pas en mourir ! N'importe qui vomit.
— Pas les anges ! » répliqua celui-ci d'un ton boudeur.
Il alla se poster à la fenêtre et regarda le désordre qui s'était répandu dans la rue amplifier. Les uns et les autres courant partout comme des poulets sans tête. Sans but, juste pris de panique. Certains entassaient inutilement leurs biens et leurs familles dans leur monospace trop petit pour tout contenir. Et, de toutes façons, ils ne passeraient pas le premier barrage. D'autres calfeutraient fenêtres et dessous de porte dans l'espoir idiot que de boucher les interstices visibles empêcheraient la maladie d'entrer.
L'ange se mordit l'intérieur des joues. Tout cela se produisait par sa faute, à cause de son imprudence. Quel imbécile irait invoquer un ancien démon afin de supplier pour sa protection sans même suivre le rituel à la lettre ? Il était devenu ce qu'il avait un jour méprisé sans réellement savoir. Quand on acquérait la conscience de soi, l'égoïsme suivait généralement pas loin derrière. Ce n'était pas pour rien que les anges étaient dotés de grand pouvoirs sans le moindre libre arbitre. Les deux allaient généralement très mal ensemble. Il en était la preuve vivante.
Cherchant à échapper à l'embuscade des démons et de Raphaël, il avait acheté sa fuite à Aesma à l'aide d'une perle, mais dans le chaos et l'empressement, une deuxième perle avait été égarée.
« Comment est-ce possible d'égarer l'une des plus puissantes arme du ciel ! répéta Sam pour la millième fois ces derniers jours, comme s'il avait lu dans l'esprit de l'ange.
— En plaçant sa propre existence avant toutes les autres » sourit Balthazar d'une manière un peu triste.
Sam se surprit à hausser les sourcils, interpelé par le ton de l'ange.
« On dirait presque que tu éprouves de la culpabilité... pour changer.
— De la culpabilité ? Moi ? Vous vous trompez de personne, jeune homme ! » couina-t-il de manière théâtrale.
Pour une fois, Sam ne se laissa pas abuser.
« Il n'empêche que tu es apparu avec ta proposition juste avant que Cas ait cette 'révélation', comme un heureux hasard. Tu nous a proposé le chapelet sachant qu'il manquait deux perles, et sachant pertinemment qu'on tâcherait de les récupérer.
— Le tout n'est pas de détenir les pièces maitresses, mais de savoir placer ses pions au bon moment.
— Ou bien peut-être que cette histoire de protection n'est que du vent et que tu cherches à réparer tes conneries !
— Tu auras beau gratter, tu ne trouveras pas le moindre regret, jeune padawan. J'ai effectivement troqué une perle contre ma vie. Et j'ai fait ce que j'ai pu pour protéger la deuxième.
— Pardon ? questionna Sam en se redressant dans le canapé.
— Un sort de protection. Sachant que je n'aurais pas le temps de la récupérer sans craindre pour ma vie, je l'ai expédiée chez la personne la plus pieuse alentours, de manière à ce qu'elle en prenne le plus grand soin.
— Et tu n'aurais pas pu le mentionner plus tôt ?
— Je n'ai aucune idée de son identité, je ne vois pas ce que ça aurait changé.
— Effectivement, mais c'est rassurant de savoir qu'au moins tu as essayé...
— Tu n'imagines pas à quel point grimper dans ton estime change ma vie, Sammy ! »
Le silence sortit de son coin, prêt à se réinstaller confortablement entre eux lorsque Sammy le chassa en se levant subitement.
« Attends un peu... Tu veux dire que la perle a été expédiée chez la personne la plus pieuse aux environs de Minneapolis, c'est bien ça ?
— Techniquement, oui.
— Et tu crois que la perle aurait pu être 'modifiée' par le sort ? Genre changer de forme ou quelque chose comme ça ?
— C'est possible...
— L'article, Balthazar !
— Merde... » souffla l'ange. Il écarquilla les yeux avant de disparaître.
« Putain ! » hurla Sam, frustré d'être laissé là sans pouvoir protester. Il commençait à comprendre son frère.
ᴥ ᴥ ᴥ
Lorsqu'il poussa la porte de la réserve, Dean vit la dernière personne qu'il s'attendait à trouver là.
« Bobby ? Mais qu'est-ce que tu fous là ? Où est Sam ?
— Sa couverture a sauté. Il est au motel avec Balthazar.
— Ok. Et toi tu es là parce que... ?
— J'ai profité du grabuge pour entrer. Apparemment ce qu'il se passe ici draine Cas de ses pouvoirs. Selon Balthazar, il n'est pas prêt de récupérer en restant là, au contraire.
— Fais chier ! souffla Dean. J'ai aucune idée d'où il est. »
« Le service de pédiatrie! » annonça Balthazar qui venait d'apparaître.
Dean et Bobby sursautèrent et dévisagèrent le nouvel arrivant. Le vieux chasseur lui décocha un regard lourd de reproches. Il avait bien insisté pour que Balthazar préserve ses forces.
« Suivez-moi, je vais vous expliquer en chemin. »
ᴥ ᴥ ᴥ
Rosa était étrangement calme, lorsqu'elle précéda Castiel dans la pièce. Les infirmières la laissèrent entrer sans poser de question. Les soldats n'avaient apparemment pas encore été déployés dans les étages.
Plusieurs petits lits étaient alignés contre le mur, tous blancs, parés de draps blancs. On avait bien tenté de personnaliser l'un ou l'autre à l'aide d'une couverture de couleur ou bien quelques peluches, pour ceux à qui elles étaient autorisées.
« Luz n'avait pas droit aux peluches, avant. »
Castiel sentit une émotion étrange l'envahir et sa gorge se noua. Il ne pouvait écarter ses pensées une seule seconde. Pas même pour songer au charabia d'Asmodée, qu'il faudrait pourtant bientôt comprendre.
« Elle est arrivée dans ce monde avec une maladie atroce, murmura Rosa. La moindre friction la blessait. La première chose qu'à connu Luz est probablement la douleur. »
la jeune femme s'avança jusqu'au fond de la pièce, où se trouvaient les berceaux, qui tenaient plus de bocaux carrés en plastique que de réels berceaux. Certains étaient reliées à des instruments de mesures, d'autres maintenus dans un environnement stérile. Tous ces petits bouts de vie qu'on tentait de laisser éclore, et au milieu d'eux se trouvait Luz.
Les yeux de Rosa se posèrent sur sa fille. L'image que le nourrisson lui renvoyait vacilla à mesure que ses yeux s'emplirent de larmes.
« Pour la première fois , il y a quelque heures à peine, j'ai pu la prendre dans mes bras en étant certaine de ne pas la blesser d'avantage... »
Castiel voulut répondre mais un hurlement au dehors l'en empêcha. Il tourna la tête vers l'entrée de la pièce pour découvrir Balthazar, flanqué de Bobby et Dean.
« Pas d'inquiétude, l'infirmière restera juste inconsciente quelques heures... »
Rosa se positionna devant le berceau et Castiel fronça les sourcils.
« Tu as découvert l'identité de notre miraculé, à ce que je constate, avança Balthazar.
— Rosa n'a pas volontairement utilisé la perle, expliqua Cas, comme si ça changeait quelque chose.
— Cas, tu vois aussi bien que moi la perle briller dans ce petit corps. Le sort que j'ai jeté les a rendu indissociables. »
« Non, non, non » supplia la jeune femme, sous les yeux ahuris de Dean. Ses mains s'entortillèrent dans une supplique muettes.
« Oh putain c'est dégueulasse ! » dit-il en réalisant. Il échangea un regard désolé avec Bobby, surpris de trouver de la détermination dans le regard du vieux chasseur.
« Sérieux, on ne peut pas faire ça ! » insista-t-il.
Une explosion retentit au dehors. La situation semblait se dégrader de manière exponentielle, à mesure que les minutes s'écoulaient.
Castiel et Balthazar se faisaient face avec défiance, sans qu'aucun d'eux ne réagisse à l'agitation ambiante. L'attitude de Cas, consciente ou non, se voulait clairement protectrice. Il était posté entre Balthazar et Rosa, et le regard de cette dernière oscillait entre sa fille et l'affrontement muet.
Bobby se mit en mouvement alors que la voix de Balthazar s'élevait :
« Rosa, regarde-moi. »
la jeune femme s'exécuta, happée par le ton de l'ange.
« Tout s'écroule autour de nous. La maladie n'était qu'un premier symptôme, la panique et la folie prennent peu à peu possession des habitants de cette ville. Combien temps crois-tu que ta fille survivrait dans ce monde ? »
La jeune femme fit tout de même non de la tête. Dean s'humidifia les lèvres, ne comprenant pas tout de suite le manège de Balthazar. Comme si ce genre d'argument pouvait convaincre une mère de sacrifier son enfant !
« Sans la perle, Luz n'aurait pas survécu longtemps, tu le sais, n'est-ce pas ? Je suis tellement désolé que tes prières aient mené à cela par ma faute. »
Rosa sursauta sous l'effet d'une force invisible. Elle se tourna soudainement et dévisagea Bobby penché au dessus du berceau. Un hurlement brisé surpassa le bruit ambiant et leur glaça le sang, juste avant qu'une lueur aveuglante envahit la pièce.
Un instant plus tard, tout avait disparu : le bruit, la lueur, ainsi que le petit corps sans vie du nourrisson. Seule restait Rosa, gisant au sol comme un pantin brisé. Castiel se surprit à espérer que l'étincelle de vie qui l'animait était partie en même temps que Luz, mais elle respirait encore.
ᴥ ᴥ ᴥ
Castiel observa son frère d'arme déguisé en prêtre sortir de la petite demeure et une jeune femme lui faire signe.
« Merci pour tout, mon père, je vous verrai dimanche à l'église ! »
Rosa semblait à nouveau emplie de cette énergie qui la caractérisait. Et le sourire qu'elle affichait n'était pas celui d'une mère en deuil.
Sachant qu'elle ne se rappellerait probablement pas de ce moment, Castiel ne prit pas la peine de se cacher et vint à la rencontre de Balthazar.
« Elle a tout oublié, statua Cas plus qu'il ne questionna.
— En effet.
— Et ça soulage ta conscience ?
— Non, mais ça soulagera la sienne ! »
ᴥ ᴥ ᴥ
Retrouver le crépuscule sous le porche de Bobby était habituellement synonyme de confort et de bien-être. Pas de cet entre-deux empli d'amertume dans lequel ils semblaient avoir sombré depuis leur retour.
Une perle avait certes été détruite, mais à quel prix ? Sans compter que tout restait à faire, ou presque. Il fallait découvrir quelles étaient les motivations réelles d'Asmodée et arriver à gérer Balthazar pour mettre la main sur le rosaire. Après ça, restait finalement une guerre des cieux à mettre en veilleuse.
Et malgré un emploi du temps aussi chargé, il ne parvenait pas à s'ôter l'ange de l'esprit. Cas avait reçu l'autorisation expresse de monter là-haut voir comment les choses se déroulaient en son absence. Après les récents évènements, il avait mis Balthazar au pied du mur et invoqué la nécessité absolue de « rentrer » (le choix du verbe avait fait grincer Dean) quelques jours afin de prêter main forte à ses frère d'armes. Ça serait dommage de perdre la guerre juste avant d'entrer en possession du rosaire.
Dean prit une inspiration paniquée, alors qu'il réalisa que pour la première fois depuis longtemps, il pouvait s'accorder un moment de calme.
L'enchainement d'évènements depuis que Sam avait récupéré son âme lui semblait surréaliste. Il n'était plus sûr de ne pas avoir tout rêvé. Enfin, techniquement il avait bel et bien halluciné une partie du temps, mais cela n'empêchait pas les choses de s'être réellement produites, si ?
« J'en reviens pas ! articula Sam, le rejoignant à l'extérieur, muni de deux bouteilles de bière décapsulées. Bobby fait la vaisselle...
— Il accuse le coup. Ça fait deux jours qu'on le laisse ruminer. Peut-être qu'il est temps d'aller lui parler ?
— Pour lui dire quoi ? Merci d'avoir brisé la nuque d'un nourrisson à la place de l'un d'entre nous ?
— Probablement pas comme ça, non » argua Dean.
ᴥ ᴥ ᴥ
Penché au dessus de l'évier de la cuisine, Bobby fixait avec attention les bulles se former à mesure que le liquide vaisselle moussait. Perdu dans ses pensées, il ne sursauta pas lorsque la voix de Balthazar résonna derrière lui :
« Bobby Singer, la légende. Il était écrit que tu sauverais le monde, mais je ne savais ni quand, ni de quelle manière. C'est ironique, n'est-ce pas ? Que l'atrocité de l'acte empêche de pouvoir se vanter d'avoir sauvé le monde d'un cataclysme ?
— C'est précisément le boulot d'un chasseur, Sherlock ! cracha Bobby.
— Mais quand j'y pense... ces deux petites filles, ta propre femme, et maintenant ça... »
L'ange laissa volontairement sa phrase en suspens afin d'observer les réactions du chasseur. La colère fit rapidement place à l'amertume, dans les yeux usés de Bobby. Son vieux cœur était sans doute aussi élimé que les bords de sa casquette.
« C'est un poids que tu n'as pas à porter. Je suis à l'origine de la situation. Pas toi. Tu as juste vu assez de guerre pour savoir qu'on ne peut s'arrêter à un dommage collatéral.
— Rien de ce que tu pourras me dire ne m'ôtera ce poids, Balthazar. Et j'ai bien assez tenté de me convaincre moi-même que j'avais fait le bon choix, alors tu peux te garder tes arguments !
— J'ai été la voir... Rosa. »
Bobby releva la tête et se décolla de l'évier pour faire face à l'ange.
« Elle a tout oublié. J'ai effacé Luz de sa mémoire. Je pourrais faire la même chose pour toi, proposa-t-il, incertain.
— Et qui resterait-il alors pour se souvenir de Luz ? Lui as-tu seulement laissé le choix ?
— Non, mais c'était ce qu'il y avait de mieux pour elle !
— L'oubli est souvent ce qu'il y a de plus simple. De mieux, je ne suis pas sûr. »
C'est à ce moment qu'entrèrent Sam et Dean, bien décidés à tenter de réconforter le vieux chasseur. Balthazar ne se laissa pas interrompre.
« C'est une question intéressante, murmura-t-il. Quel est le pire tourment ? Ne jamais connaitre le bonheur, ou bien avoir eu la chance de le connaître ne serait-ce qu'un instant et devoir y renoncer à jamais ? »
Les paroles flottèrent entre eux alors que les trois chasseurs s'entre-regardèrent. Chacun avait eu son lot de pertes et de souffrances, son lot de bonheurs et de désillusions. Chacun vit dans les paroles de l'ange des possibilités et des regrets.
« Ne dit-on pas souvent qu'il vaut mieux ne pas savoir ? Ce qu'on ignore ne provoque pas de blessure...
— Ne pas savoir fait de nous des êtres à moitié vides, intervint Dean.
— Et savoir fait de vous des êtres brisés. De mon point de vue, le choix est vite fait ! »
ᴥ ᴥ ᴥ
A suivre. Votre avis est le bienvenu.
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