Yop, voici le Chapitre 3 ! Je publie rapidement vu que j'ai déjà posté une partie de cette fic sur un autre site, qui a quelques problèmes en ce moment, du coup je voudrais rattraper mon retard ici, pour enfin publier le dernier chapitre que j'ai écris, à savoir le Chapitre 8 !
Enfin voilà, j'espère qu'il va vous plaire, bonne lecture ! :D
Chapitre 3
- Assieds-toi Élisabeth, me lance Qié, indiquant du pouce la chaise en face de lui.
- Lily, je rectifie à mi-voix en m'exécutant.
Je commence aussitôt à remplir mon assiette avec tout ce qui passe à portée de main. Après tout, j'ai dis à Romia que je mourrais de faim, alors autant le montrer. Puis je me rends soudain compte du silence qui nous entoure. Je relève la tête et croise les yeux étranges de Qié. Ses sourcils sont haussés, comme s'il était surpris. Je me demande bien pourquoi. Nous nous dévisageons quelques secondes, puis l'homme baisse les yeux vers son assiette et se met à grignoter sans rien dire. Je jette un coup d'œil à Pelan, constate que lui aussi m'observe. Ses sourcils à lui sont aussi froncés que lorsque nous sommes montés dans le train, et je me demande une seconde si ce n'est pas comme ça qu'ils sont tout le temps. Les yeux de Pelan sont aussi bleu que le ciel. Je n'ai le temps de les voir qu'une demi-seconde. Nos regards se croisent et le jeune homme baisse aussitôt le sien. Je soupire et m'attaque à la nourriture comme si c'était mon dernier repas. Ce qui, en réfléchissant, est en quelque sorte véridique.
J'ai eu le temps de terminer une première assiette et d'entamer une seconde lorsque Romia se décide à enfin ouvrir la bouche – après l'avoir soigneusement finie, bien entendu – et je tourne donc la tête vers elle pour l'observer. Elle a grignoté quelques fruits on dirait, mais n'a pas touché au fantastique rôti de bœuf à la sauce crème, ce que je ne peux m'empêcher de trouver idiot, songeant qu'elle passe vraiment à côté de quelque chose. Mais après mûres réflexions, je me dis que c'est peut-être mieux, parce que Pelan n'en aurait pas eu assez, sinon. Il dévore son assiette à toute vitesse, comme s'il avait peur qu'on la lui retire avant qu'il n'ait terminé. Amusée, je ne peux m'empêcher de sourire en le voyant, puis me concentre sur les paroles de Romia :
- Bien, nous serons au Capitole demain matin, fantastique n'est-ce pas ? déclare-t-elle avec son entrain habituel. Mais pour l'instant...
Elle jette un coup d'œil à Pelan qui s'empiffre toujours, puis à moi, qui fait mine de l'écouter attentivement. Elle m'adresse un sourire appréciateur, comme si le fait que je ne mange pas pendant qu'elle parle lui plaît. Je songe avec consternation que cette femme est vraiment étrange – et stupide, aussi –, mais je ne dis rien et me contente de sourire. Je sens le regard de Qié posé sur moi, comme s'il m'évaluait. Je me demande bien ce qu'il peut voir en moi. Une petite fille qui n'a aucune chance ? J'imagine que c'est ça, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? J'ai déjà enfoui tout au fond de moi l'espoir, alors autant ne pas le tenter de revenir. Ce serait trop difficile, sinon.
Insensible à tout ce qui l'entoure, Romia continue sur sa lancée avec bonne humeur :
- Mais pour l'instant, donc, il est bientôt l'heure de revoir la retransmission de la Moisson ! Allons-y, si vous le voulez bien.
De nouveau, elle lance un regard presque foudroyant à Pelan, comme si c'était de sa faute si nous étions toujours à table. Je tourne les yeux vers Qié et remarque que lui aussi a encore la bouche pleine, mais je joue encore une fois la carte du silence. De toute façon, je pense que c'est la meilleur chose à faire. Me faire oublier. Si ça se trouve, si je peux me montrer la plus discrète possible à l'entraînement et dans l'arène, peut-être qu'aucun des autres tributs ne me considérera comme un ennemi et ils en oublieront même de me tuer une fois les Jeux commencés... Je me crispe soudain à cette pensée et m'efforce aussitôt de la refouler au plus profond de moi. Je n'ai aucune chance. Non, vraiment aucune. Il n'y a pas de place à l'espoir dans mon cœur. Pas maintenant que je suis tribut.
Romia se lève, et Pelan, Qié et moi faisons de même. Elle nous dirige vers une autre pièce, où nous suivons comme prévu la retransmission de la Moisson, District par District. Tandis que les visages des autres tributs apparaissent à l'écran, je fais une liste dans ma tête. Les deux tributs du District 1 sont volontaires. Jusque là, tout est normal. Etrladan, le garçon du District 2, l'est aussi, bien qu'il n'ait que 15 ans. Une peur sourde m'envahit lorsque je détaille son visage. Il a beau être jeune, il a déjà la carrure d'un garçon de 18-20 ans et paraît aussi féroce qu'un taureau. Un commentateur explique avec enthousiasme que le père de ce garçon a été vainqueur des 53ème Hunger Games. Le District 3 se voit attribuer une fille de 18 ans et un garçon de 13 qui n'en paraît que 10. Les deux tributs suivant, du District 4, sont jumeaux. Mon cœur se serre de tristesse lorsque le garçon après que sa sœur ait été tirée au sort, se porte volontaire. Ils ont tous deux 12 ans, comme moi. La fille du District 5, Camwenn, a 13 ans. Le garçon du District 6 est minuscule et a l'air malade. Vient ensuite notre tour, à Pelan et à moi. Je me vois marcher comme un zombie vers la scène, sans me reconnaître vraiment. Le tribut mâle du District 8, Asann, est si gros que je me demande presque avec inquiétude comment il va pouvoir courir pendant les Jeux. En voilà un qui ne durera pas longtemps, c'est quasiment certain. Le garçon du 9 est, à l'inverse, aussi maigre qu'un clou. Le garçon du District 10, Rorry, s'est porté volontaire lorsque son petit frère a été tiré au sort. Les deux du 11, Lou et Amesh, ont la peau aussi noire que de l'ébène et paraissent presque aussi féroces que le tribut du 2. Quant aux deux derniers, du District 12, ils ont l'air si pauvres et si perdus en montant sur l'estrade lorsque leurs noms est appelé que je sens mon cœur défaillir de tristesse.
Et c'est la fin de la Moisson. Nous regardons Caesar Flickerman s'exclamer avec enthousiasme que cette année sera particulièrement intéressante, au vu du nombres de tributs âgés de plus de 16 ans, à savoir près de la moitié. Puis le célèbre présentateur – qui, cette année, s'est teint les cheveux en vert vif – nous donne rendez-vous demain à 18h pour la Cérémonie d'Ouverture des 67ème Hunger Games, où les tributs seront présenté au grand jour aux sponsors. Enfin, Qié éteint la télé, et je me rends seulement compte d'à quel point je suis crispée sur mon siège. Tous ces enfants que je viens de voir... L'un d'eux va me tuer. Je me demande lequel ce sera. Tout au fond de moi, je croise les doigts pour que ce ne soit pas ce garçon du 2, Etrladan. Je crois que c'est lui qui m'a fait le plus peur, de tous ceux qui sont passés. Cette haine dans son regard... Je frissonne rien qu'à cette pensée et, au même instant, Romia me donne un coup de coude :
- Pardon ? je fais, surprise. Vous avez dit quelque chose ?
- Je disais, Lily, répète Qié, sourcils froncés, en insistant bien sur mon surnom, qu'il allait nous falloir mettre au point une tactique. Veux-tu être conseillée seule ou avec Pelan ?
Je hausse les sourcils, complètement abasourdie. Pourquoi me pose-t-il la question à moi ? Je jette un coup d'œil à Pelan qui semble encore une fois éviter mon regard. Il garde le sien rivé sur ses mains posées sur ses genoux, paumes vers le ciel. Je me demande à quoi il peut bien penser. Je tourne mon regard vers Qié, debout dos à la télé, qui m'observe de ses yeux bizarres. Je dois bien avouer qu'ils me font presque peur, mais je fais comme si de rien n'était. C'est en quelque sorte un rôle que je me suis donné. Je ne sais même pas pourquoi, d'ailleurs. Secouant vaguement la tête, je réfléchis à la question de Qié. Être conseillé est important, pour un tribut. Son mentor – dans mon cas, il s'agit bien évidemment de Qié – doit être présent dans chacun des moments qui séparent la Moisson de l'entrée dans l'arène, pour établir une stratégie sur la façon d'agir ou de réagir du tribut. Parfois, un mentor conseille ses deux tributs en même temps. Cela donne souvent lieu à des alliances pendant les Jeux, et la plupart du temps, le public adore. Quoi de mieux que deux tributs fiers de leur District, et qui se soutiennent l'un l'autre dans leur malheur ?
Mais il y a d'autre fois où ce genre de choses dérape. Les deux tributs se lient trop d'amitié et, le moment venu, aucun des deux n'est capables de tuer l'autre. Dans ces moments-là, il y a toujours un autre tribut pour les tuer tous les deux, ou bien les Juges décident de les confronter à une horde de mutations génétiques et le moins endurant, le moins chanceux, meurt, laissant l'autre, devenir un enfant détruit, qui s'en voudra à vie d'avoir survécu. Je lance un regard à Qié. Je sais que ça a été son cas, l'année où il a gagné les Hunger Games. Papa me l'a raconté, la fois où je lui ai demandé pourquoi il avait les yeux aussi troublés et hagards. Il m'a raconté comment il s'était amouraché de sa partenaire, comment ils étaient parvenus à tuer tous les autres, comment, pendant une seconde, ils avaient été presque heureux. Puis une horde de crocodiles génétiquement modifiés les avaient pris en chasse, et la fille était morte. Dans sa fuite, Qié avait perdu son bras. Voilà comment on détruit deux vies, avait dit Papa, comme conclusion à ce massacre. J'avais pleuré une partie de la nuit en songeant à ce que devait voir Qié dès qu'il fermait les yeux. La fille qu'il aime, mourir dans d'horribles souffrances, et lui qui l'observe, sans pouvoir rien faire.
J'inspire doucement par le nez et finis par dire, d'un ton qui me paraît moi-même calme et posé, alors que je tremble de toutes mes forces, intérieurement :
- Autant être conseillés en même temps. De toute façon, ça ne changera rien.
Du coin de l'œil, je vois Pelan lever la tête vers moi, mais je garde mon regard fixé sur Qié. De nouveau, je l'ai surpris. Je me demande s'il va se dire que je suis une battante, malgré mon jeune âge, et qu'il peut peut-être faire quelque chose de moi. Je me demande, moi-même, si je suis une battante. Après une demi-seconde de réflexion, je décide que non. Je ne suis pas une battante. Je suis juste une petite fille dont on vient de signer l'arrêt de mort. Percevant un mouvement sur ma droite, je tourne la tête vers Pelan. Il s'est redressé et me fixe avec intensité. Sur son visage je lis de la détermination. Dans ses yeux, je lis une peur sourde qu'il cherche sûrement à cacher au plus profond de lui, tout comme moi je le fais. Nous sommes dans le même bateau, tous les deux. Nous ne sommes plus des humains, plus vraiment. Nous sommes des tributs, c'est tout.
Qié se racle la gorge et nous tournons la tête vers lui. Il plisse les yeux et se met à faire les cents-pas devant nous, comme s'il réfléchissait. Romia est immobile à côté de moi, comme si elle sentait que ce n'est vraiment pas le moment de se manifester. Je lui en suis reconnaissante. Je ne crois pas pouvoir être capable de faire semblant de l'écouter plus longtemps aujourd'hui. Enfin, Qié s'arrête et pointe son doigt vers Pelan :
- Bon, que sais-tu faire ?
- Je suis doué avec une hache, répond immédiatement Pelan, comme s'il attendait cette question depuis trop longtemps. Je sais aussi me servir d'une épée.
- Bien, déclare Qié en hochant du chef. J'imagine que tu peux aussi soulever des charges imposantes, n'est-ce pas ? Et tu ne dois pas non plus être mauvais au corps à corps.
- Oui, acquiesce aussitôt Pelan.
Au même instant, je me rends compte que c'est la première fois que j'entends sa voix. Elle est étrangement douce et claire. Je ne sais pas véritablement à quoi je m'étais attendue, mais sûrement pas à ça. Je n'ai cependant pas plus le temps de m'en étonner que déjà Qié se tourne vers moi et, sur un ton presque agressif, me pose la même question qu'à Pelan. Je réfléchie une seconde. La première réponse qui me vient, bien sûr, c'est rien. Puis quelques idées me viennent en tête et je réponds, en essayant d'être aussi explicite que Pelan l'a été :
- Je grimpe aux arbres et je me débrouille pas trop mal niveau vitesse.
- Des qualités parfaites pour fuir, en somme, fait remarquer Qié d'un ton presque méchant.
La réflexion me frappe en pleine poitrine, me coupant presque le souffle. Je manque de fondre en larmes, non pas de tristesse mais de colère cette fois. Pour qui se prend-t-il de me juger, de me rabaisser ainsi ? Je n'ai que 12 ans, après tout ! Qu'attend-t-il de moi, que je sois une de ces tributs de carrière qui a voué sa vie au combat ? Que je sache manier épée, lance, arc, du haut de même douze printemps ? Je serre les poings si forts que mes jointures en deviennent blanches. Comme Pelan, lorsque son nom a été appelé, pendant la Moisson. Je fusille Qié du regard. Soit cet homme est stupide, soit il a une idée derrière la tête. Aussitôt que cette pensée m'effleure l'esprit, je me calme tout d'un coup. Je sais ce qu'il veut. Me pousser dans mes retranchements, me mettre en colère pour voir l'étendue de ma réaction. Voir si je suis une battante ou non, si je représente un quelconque espoir ou pas. Je peux presque l'entendre penser. Est-ce une gamine qui fond en larmes à la moindre réflexion ? Ou bien une idiote qui fonce tête baissée dès que quelque chose ne lui plaît pas ? Je ne veux être ni l'une, ni l'autre de ces filles. Je ne suis ni l'une ni l'autre de ces filles. Qié n'a pas encore compris que mon arrêt de mort a déjà été signée.
Je décrispe mes poings et, plissant les yeux, je rétorque d'une voix forte :
- Une tactique comme une autre. Après tout, la fuite est certainement ma seule chance.
Qié pince les lèvres et hoche du chef. Et maintenant, que voit-il en moi ? Une fille pas trop stupide, qui s'est déjà résignée à mourir ? C'est déjà plus proche de ce que je pense être. Je me demande comment il va réagir. Va-t-il me répliquer que non, j'ai encore une chance, et me faire tout un baratin sur l'utilité que grimper aux arbres et courir vite représentent ? Je ne pense pas. Je l'ai déjà assez cerné pour savoir qu'il se contentera de jouer la carte du silence plutôt que de mentir. En fait, on se ressemble peut-être, tous les deux. Agir sur un coup de tête ne sert strictement à rien. C'est une leçon que j'ai déjà appris, par le biais d'une erreur que je ne me pardonnerai jamais. Mais ce n'est pas le moment de penser à ce genre de chose. Je me concentre sur Qié, attendant qu'il parle, sans pouvoir m'empêcher de me demander sans arrêt ce qu'il va bien pouvoir trouver à répliquer.
Je suis donc totalement abasourdie lorsque j'entends Pelan, près de moi, dire de sa voix douce :
- Je n'en suis pas si sûr.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ça peut toujours servir pour la suite ! :D
Merci d'avoir lu, j'espère que vous avez aimé, et puis à bientôt pour le Chapitre 4 ! :)
