Pouh pouh pouh le Chapitre 4 que voici, le Chapitre 4 que voilà !

Hm, je me tais.

Bonne lecture chers amis ! :D


Chapitre 4

Je me tourne vers Pelan, le cœur battant, sans être certaine d'avoir bien saisi. Est-il en train de dire que j'ai peut-être une chance de ne pas mourir ? Qié et Romia ont l'air aussi abasourdis que moi, et le jeune homme, après s'être humecté les lèvres, finit par ajouter :

- Tu es intelligente, Lily. Ce n'est pas une qualité moindre dans ce genre de Jeux.

Il fixe ses yeux bleus dans les miens et ne semble pas vouloir me lâcher. Mes sourcils se froncent d'eux-mêmes tandis que je réfléchie à ses paroles. Que veut-il dire par là ? Se moque-t-il de moi ? Je sens les yeux de Romia et Qié fixés sur nous. Pelan m'observe toujours, et son visage est extrêmement sérieux. Je vois qu'il ne ment pas, je le sens au plus profond de moi, comme une certitude inébranlable. Je résiste difficilement à l'envie de lui demander ironiquement comment il peut dire une chose pareille sans même me connaître et réplique à la place :

- L'intelligence, c'est pratique, mais sans la force, je ne suis rien dans l'arène.

- C'est faux, rétorque aussitôt Pelan. Voit-on souvent des idiots gagner les Hunger Games ?

- Sûrement aussi souvent que des gamines de 12 ans, je fais remarquer avec amertume.

Un silence insupportable suit mes paroles. Pelan baisse les yeux, j'entends Romia s'agiter sur le canapé, et j'imagine son visage mal à l'aise. Je soupire, et une peur sourde m'envahit soudain. Je lui résiste du mieux que je peux, mais elle gagne rapidement du terrain. Je me traite intérieurement d'idiote, mais rien n'y fait. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je viens de leur faire comprendre à tous que je n'ai aucune chance, chose à laquelle je m'étais résolue depuis le début, et voilà que je m'abandonne à la peur, sans aucune raison apparente ? Mes mains tremblent, je ne parviens même pas à les tenir immobiles. Des larmes brouillent ma vue, et j'entends bientôt la voix de Qié, qui paraît loin, loin au-dessus de moi :

- Laissons tomber pour ce soir. Allez dormir maintenant. Une longue journée nous attend demain.

- Ah ça oui, renchérit Romia en se levant d'un bond. Venez, Pelan, Lily, je vais... vous reconduire !

Je saisis la main secourable qu'elle me tend et me lève en chancelant. Je me dégoûte moi-même. Il n'en aura pas fallu longtemps pour que je renonce. Cet étrange dose de courage, ou plutôt de résignation, que j'avais senti monter en moi toute l'après-midi, a soudainement disparu. Je ne suis plus la courageuse Lily, résolue à mourir avec honneur et dignité. Non, je ne suis plus cette Lily. À l'instant, tandis que Romia, me tenant par la main, me montre la direction de ma chambre, je ne suis rien d'autre qu'une petite fille de douze ans, perdue dans tous ces événements qui l'ont frappé si soudainement. Une petite fille qui n'a même pas pu dire adieu à son père et qui a perdu sa mère. Une petite fille qui va être jetée dans une arène au milieu de vingt-trois autres tributs qui chercheront à la tuer. Une simple petite fille, comme il y en a partout dans Panem. Une simple petite fille qui n'a pas envie de mourir.

Romia lâche soudain ma main et je relève la tête. Nous sommes arrivés devant la porte de ma chambre. Pelan a disparu, et Romia m'observe, le visage imperturbable. Mes joues dégoulinent de larmes à présent. Comme je dois paraître faible à ses yeux ! Au moment même où cette pensée m'effleure l'esprit, la femme me serre soudain contre elle, presque à m'en étouffer. Je reste immobile, ébahie. Les larmes coulent toujours sur mes joues. Puis Romia me lâche et se recule d'un pas. Elle me sourit, mais ses yeux à elle, ses yeux couleurs caramel, bordés de cils immensément longs, paraissent humides. Je m'essuie le nez avec ma manche, incapable de respirer normalement. Romia fronce légèrement les sourcils mais ne fait aucune remarque, bien que je sache qu'elle ne trouve pas ça très ragoûtant – en fait, elle doit même trouver ça carrément dégoûtant.

- Au lit jeune fille, s'exclame-t-elle en essayant d'adopter son entrain habituel.

Sa voix se brise cependant sur le dernier mot, tandis qu'elle m'ouvre grand la porte. Je m'engouffre dans ma chambre sans rien dire, et Romia referme la porte. Je suis seule. Hébétée, j'enlève ma robe et enfile une chemise de nuit trouvée dans l'un des nombreux placards. Puis je me passe un peu d'eau sur le visage pour en effacer les dernières traces de larmes. Peine perdue, je me mets de nouveau à sangloter lorsque je m'aperçois dans le miroir. Mes yeux sont rouges, ma peau aussi pâle que si je venais de voir un fantôme. Des larmes abondantes coulent sur le visage cadavérique de cette fille qui m'observe dans la glace. Est-ce moi ? Que dirait Papa s'il me voyait ? Je secoue la tête et sors de la salle de bain. Je n'en sais rien, et je n'ai pas envie de savoir. Je me glisse dans les draps et me rends compte trop tard que j'ai oublié d'éteindre la lumière. Tant pis, je suis trop épuisée pour me relever. Cette crise de larmes aura au-moins eut l'avantage de me faire tomber de sommeil dès l'instant où mes yeux se sont fermés.

Lorsque je m'éveille, je mets un certain temps à comprendre pourquoi je suis si malheureuse. Ma gorge est aussi sèche que du papier et mes yeux me brûlent d'avoir trop pleurer dans mon sommeil. Je reste un temps allongée sur le dos, à regarder le plafond en quête de réponses, à écouter le ronronnement du train, à penser à Maman. Je ne sais même pas pourquoi je pense à elle maintenant, mais mon esprit y revient sans cesse chaque fois que j'essaye de l'en écarter. Je revois ses longs cheveux blonds crépus, ses grands yeux verts d'eau, la douceur de sa peau et la clarté de voix. Elle était si jolie... Je la vois se pencher vers moi alors que je suis dans mon petit lit de bébé, je l'entends me chanter une berceuse pour m'endormir. Je la vois cuisiner, chantonner à voix basse tout en épluchant les légumes pour la soupe. Je la vois me sourire ce matin-là, lorsqu'elle est partie pour ne plus jamais revenir.

Au bout d'un moment, je décide de me lever pour échapper à ce flux de souvenirs qui m'assaillent. Il est encore tôt, le soleil est à peine levé, je le vois à l'horizon, par la vitre de ma chambre, qui colore le ciel de tons chauds et orangers. C'est si beau que je ne peux m'empêcher de sourire, malgré la tristesse constante qui serre mon cœur. Puis je secoue la tête et me force à m'habiller. Je fouille dans les placards et déniche une tenue toute simple, chemise blanche et pantalon beige, et j'enfile le tout. Je laisse mes pieds nus et ouvre discrètement la porte de ma chambre, dans l'idée d'aller explorer un peu. Pendant près d'une heure, je parcours le train jusqu'à arriver à la fin du convoi, le tout dernier wagon, qui se révèle être le wagon bar. Il n'y a personne, ni barman, ni serveurs, ce qui, après réflexion, paraît normal vu l'heure matinale. Je reste quelque temps dans le wagon, à essayer tous les fauteuils, à regarder le paysage défiler par la fenêtre, puis mon estomac me rappelle à l'ordre et je décide de repartir vers l'avant du train pour trouver le wagon petit-déjeuner.

Le train est silencieux, je ne croise personne sur le chemin du retour – tout comme je n'avais croisé personne à l'aller, d'ailleurs. Mais en m'approchant de la dernière porte, celle qui mène à la salle à manger où, j'imagine, sera servi le petit-déjeuner, j'entends soudain des voix s'élever dans la pièce. Curieuse, je colle mon oreille contre la serrure et reconnais aussitôt les voix de Qié et Pelan. Intriguée, j'entends mon coéquipier tribut qui grommelle quelque chose que je ne comprends pas, et Qié lance d'une voix presque furieuse :

- On ne guérit pas quelqu'un qui a renoncé à se battre.

- Elle ne mérite pas de mourir, rétorque Pelan, d'une voix tout aussi mécontente.

- Aucun de vous ne le mérite.

Je choisis ce moment pour faire mon entrer, à moitié en colère qu'ils parlent de moi dans mon dos. Car je sais que j'étais le sujet de leur conversation, même si je ne comprends pas pourquoi Pelan souhaite autant s'impliquer dans ma protection. Il a sûrement quelque chose derrière la tête. Ça ne fait aucun doute. Mais quoi ? Je dois bien m'avouer que je n'en ai aucune idée. Je les découvre installés tous les deux devant un immense petit déjeuner. Ils lèvent le regard vers moi et je m'efforce de leur sourire, sans trop savoir pourquoi au juste. Je pourrais les détester, mais je n'en fais rien. J'éprouve juste une certaine méfiance à leur égard. Je les ai encore une fois surpris, je le vois dans leurs regards. Pelan a des miettes tout autour de la bouche, Qié hausse les sourcils. Je les ignore et m'empresse de m'installer à table. L'eau me monte à la bouche lorsque je détaille toutes les bonnes choses qui la recouvrent et je commence à peine à me servir lorsque Qié sort de sa surprise :

- Bien dormi ?

- Oui, merci, je réponds sans parvenir à cacher mon étonnement.

- Parfait.

Au même instant, Romia pénètre dans la pièce, dans un tourbillon de couleurs éblouissantes. Je dissimule à peine une grimace en l'observant s'asseoir en face de moi, elle et son sourire ultra-brillant. Je me demande une seconde quel dentifrice elle peut bien utiliser, mais le petit-déjeuner m'intéresse trop pour que je m'attarde sur la question. Je l'écoute d'une oreille peu attentive dépeindre le programme de la journée tout en enfournant quantité de croissants et de jus d'orange. Je savoure celui-ci plus que tout autre chose, car il me rappelle Maman. Elle avait toujours l'habitude de passer par l'épicerie le samedi soir en rentrant du travail pour y acheter une voir même parfois deux oranges pour le petit-déjeuner du lendemain, où nous savourions, Papa, elle et moi, le fabuleux jus qu'elle en tirait. Jusqu'à ce qu'elle ne soit plus là...

Je secoue la tête et fronce les sourcils. Pourquoi suis-je si nostalgique aujourd'hui ? Est-ce parce que je sens ma mort approcher à grands-pas ? Est-ce parce que je veux parvenir à me souvenir de tout avant que la vie ne me soit arrachée ? Je n'ai pas le temps de me poser longtemps ces questions que je sens soudain le train ralentir. Je relève la tête et Pelan se redresse à demi de sa chaise, le visage livide. Romia frappe dans ses mains et s'exclame avec son enthousiasme habituel :

- Ah, nous arrivons !

Je lâche mon bout de croissant et me précipite à la fenêtre, le cœur battant. Je le vois s'étendre de l'autre côté d'une étendue d'eau calme et brillante sous le soleil de début de matinée. Le Capitole. Puis le train pénètre dans un tunnel et la vision s'efface, comme dans un rêve. Je me tourne vers les autres et croise le regard de Qié. Il m'observe les yeux plissés, comme s'il essayait de lire en moi. Je frissonne sous ce regard étrange, presque accusateur, mais bientôt le train émerge de nouveau, directement dans ce qui doit être la gare. Celle-ci n'a rien à voir avec celle du District 7. Elle est immense, avec son toit en verre et son sol brillant. J'ai la surprise de découvrir une large foule rassemblée sur le quai, tant d'habitants du Capitole que de cameramans. Leurs costumes – je n'arrive même pas à appeler ça des vêtements – m'éblouissent presque, tant ils regorgent de mélanges de couleurs et de formes improbables. Les couleurs pastelles n'ont pas leur place au Capitole. Ces gens-là n'aiment que les couleurs vives, on dirait.

Je vois un homme dont les cheveux se dressent en pics si hauts que je me demande comment il fait pour passer une porte. Quelle drôle de vie ça doit être que de passer son temps à se baisser dès qu'on entre quelque part... Une femme porte ce qui ressemblent à des ailes dans le dos. Je plains aussitôt ses voisins. Une autre a la peau rouge écarlate. Un autre – enfin, je crois que c'est un homme – est si gros et si rond qu'il ressemble presque à ces vieux ballons avec lesquels on joue, dans la cour de l'école. Hormis le fait, bien sûr, qu'il est vêtu des pieds à la tête d'un ensemble de vêtements tous plus horribles les uns que les autres. Chemise verte caca-d'oie, pantalon orange fluo, le tout agrémenté d'un fantastique manteau rouge à poids violets. Un délice pour les yeux, croyez-moi. Une autre femme porte sur la tête un chapeau qui doit être en fait une énorme bouse de vache verte vif. Nous avons quelques vaches, dans le District 7, et je sais très bien à quoi ressemblent leurs excréments. Hormis la couleur, tout y est. Je me demande vaguement si l'odeur y est aussi, mais je n'ai malheureusement pas le loisir de répondre à cette question si intelligente que la femme a déjà disparu de mon champs de vision.

Le train ralentit, mais nous avançons toujours. Pour aller où, je n'en sais rien. Les gens sur le quai applaudissent, me montrent du doigt avec enthousiasme lorsqu'ils m'aperçoivent à la fenêtre. Je pince les lèvres pour réprimer un éclat de rire. Ils sont si ridicules ! Je ne peux m'empêcher de sourire devant leurs têtes irréalistes. Qui irait s'habiller, se comporter comme eux dans le District 7 ? En fait, dans tous les Districts en général ? J'imagine que nombres de tributs avant moi se sont posés cette question. Soudain, me faisant vivement sursauter, une main se pose sur mon épaule. Je me tourne et me retrouve nez à nez – ou plutôt nez à nombril – avec Pelan. Il m'adresse un sourire étrange puis porte son attention à son tour sur la foule par la fenêtre. Il va même jusqu'à leur adresser quelques signes de mains, ce qui ne manque pas de déclencher des cris de joie et des applaudissements nourris. Il sourit, agite la main, comme s'il se trouvait devant une foule d'amis et non pas une foule de crétins en costumes bariolés qui n'attendent qu'une chose : nous voir mourir.

Qu'est-ce que tout ça veut dire ? Je n'en sais rien. La main de Pelan pèse une tonne sur mon épaule. Je me sens bizarrement prisonnière, mais je ne m'en défais pas pour autant, sans trop savoir pourquoi. Je repense à la conversation que j'ai surpris, peu de temps plus tôt, entre lui et Qié. Elle ne mérite pas de mourir... Voilà ce qu'il a dit. En y réfléchissant bien, je suis largement d'accord avec ce que Qié lui a rétorqué. Aucun de nous ne mérite de mourir. Mais que puis-je y faire ? Que pouvons-nous y faire ? Rien, à part jouer le jeu et mourir au moment opportun, après avoir donner à tous ces gens du bon spectacle. Je jette un coup d'œil Pelan. Est-il en train de jouer le jeu ? Sa main sur mon épaule, ce sourire inhabituel et presque étrange, ces signes de main en direction de la foule... Tout porte à croire que oui.


Et voilà ! J'espère que ça vous a plu ! :D

PS : Leorette, merci merci pour tes conseils et tes reviews, ça fait super plaisir ! :D

C'est d'ailleurs en parti pour te remercier que je mets le Chapitre 4 en ligne ahah ! ;)