Voilà-voilou le Chapitre 5 !
Bonne Lecture ! :D
Chapitre 5
- Oh Lily, comme tu es jolie ! On dirait une vraie petite fée des bois !
Je manque de grimacer en entendant Romia, mais réussis in extremis à camoufler ma grimace en un sourire timide. Romia paraît ravie, même si je ne comprends pas pourquoi, au juste. Je me demande une seconde comment elle peut dire que je ressemble à une fée des bois. Pour ma part, je me fais plus l'impression d'une idiote emmêlée au milieu d'un tas de feuilles et de branches en papier et cartons, qui m'empêchent d'esquisser le moindre geste. La seule chose que je peux faire, c'est observer, et marcher à la rigueur, mais même pour ça je suis limitée. Près de moi, Pelan fait une tête de six-pieds de long, déguisé lui aussi en arbre. Tous les ans, les tributs du District 7 sont habillés de cette façon, et nous n'y avons pas échappé, cette année. Pour la énième fois depuis que j'y mis les pieds au Centre de Transformation, je me demande comment un styliste a pu avoir cette idée stupide d'habiller ceux du 7 en arbre. D'accord, nos costumes doivent représenter l'âme de notre District pendant la Parade, mais quand même ! Quel idiot irait sponsorisé deux tributs couverts de feuilles ? Car tout le monde sait que la Parade sert seulement à se faire remarquer par les sponsors. Après tout, ils pourront ensuite nous sauver la vie avec un peu d'eau, de la nourriture, ou même de simples allumettes, lorsque nous serons tous jetés dans l'arène.
Qié apparaît à droite de Romia, qui m'agonise toujours de faux compliments. Je croise son regard, vois qu'il n'essaye même pas de cacher son sourire amusé. Pelan bougonne dans sa barbe, et moi je supporte Romia et ses mensonges. Ah oui, dernière chose, nous sommes tous deux camouflés en arbres. Je n'arrive même pas à imaginer à quel point nous devons avoir l'air ridicule. À quelques pas de nous, nos deux stylistes – mais je ne suis même pas sûre qu'ils méritent ce nom-là – discutent à propos des derniers préparatifs. Ils caracolent comme des poules autour du chariot qui nous fera faire le tour du Capitole, dans moins d'une demi-heure maintenant. Mon estomac se noue à cette idée et je m'efforce de penser à autre chose en baladant mon regard alentour. J'observe les autres tributs, m'efforçant de ne pas m'attarder sur celui du 2, Etrladan, avec son cou de taureau et ses yeux pétillants de haine. Je remarque, non loin de nous, les tributs du 12, tous deux habillés en mineurs recouverts de suie. La fille tremble de tous ses membres. Je change mon regard de direction pour ne pas m'y mettre moi aussi. Les Jumeaux du 4, avec leurs cheveux blonds comme les blés, abhorrent des costumes resplendissants, représentant, je crois, une sirène et un triton. Je dois bien m'avouer qu'ils sont magnifiques. Je croise soudain les yeux du garçon, des yeux bleu clair saisissants, et je crois le voir me sourire, avant qu'il ne détourne la tête. Sa jumelle et lui se tiennent par la main. Dans une situation différente, je me serais avancée vers eux pour faire leur connaissance. Ils ont l'air si gentils... Sauf que je ne parviens pas à m'ôter de l'esprit le fait que, peut-être, l'un d'eux me tuera. Rien que cette pensée me fait frissonner des pieds à la tête.
Qié me tire soudain de mes pensées en me donnant un coup de coude. Je me tourne vers lui, surprise, et le vois m'indiquer le chariot où Pelan est déjà grimpé. Je m'installe près de lui, le cœur battant, et lance un coup d'œil à Romia qui me sourit largement en m'incitant d'un signe de tête à sourire, moi aussi. Je m'exécute tant bien que mal, l'estomac noué par la peur. Car j'ai peur. Je connais l'importance de ce moment. Cet instant où les sponsors nous voit pour la première fois. Ils commencent aussitôt à parier sur vous, à décider qui des tributs aura leurs faveurs. Faites bonne impression à la Parade d'Ouverture et vous serez certains, une fois les Jeux commencés, que nombres de sponsors seront derrière vous. Seulement, comment se faire remarquer quand on est habillé en arbre, alors que d'autres tributs sont tout simplement magnifiques dans leurs costumes éclatants ? Je me console vaguement en me disant que nous ne sommes pas vraiment les pires. Comparés à ceux du 12, couverts de suie, ou ceux du 11, vêtus de simples salopettes bleues, nous ne sommes pas les plus à plaindre. En fait, à côté d'eux, nous avons presque l'air attirants, avec nos branches et nos feuilles.
Bientôt, l'hymne de Panem se fait entendre et les premiers chars se mettent en place, prêts à partir. L'ordre de la parade suit bien évidemment celui des Districts. Viennent d'abord les fabuleux District 1 et 2 – le premier pour les objets de luxe, comme les diamants et autre gemmes par exemple, et le second pour ce qui est de la maçonnerie. Puis viennent les autres, dans l'ordre des numéros de Districts, du plus riche au plus pauvre, du plus chanceux au plus défavorisé. Je ne dis pas que les tributs du 10, 11, 12 ne gagnent jamais. Mais autant dire qu'ils gagnent encore moins que nous, qui gagnons déjà peu. En fait, tous les ans c'est la même chose. C'est un tribut de carrière, un garçon ou une fille issu des Districts les plus favorisés, le 1, le 2 ou le 4, là où c'est un honneur que de participer aux Jeux, là où les enfants s'entraînent corps et âme à se battre avant de se porter volontaire, qui gagne à tous les coups. Les victoires des autres Districts se comptent facilement sur les doigts d'une main. Je sais que dans le District 12 par exemple, seuls deux vainqueurs y ont été célébrés. Alors autant dire que nous, au District 7, avec nos 6 gagnants – et même si la plupart d'entre eux sont morts ou bien devenus totalement cinglés avec les années –, nous avons presque de la chance.
Les chevaux qui tirent notre char se mettent soudain à avancer, me tirant de mes sombres pensées. Je pince les lèvres et jette un regard en coin à Pelan. La tête haute, il pourrait paraître presque noble, s'il n'avait été enveloppé de cinquante couches de feuilles dans toutes les nuances de vert existantes dans Panem. J'inspire lentement. Devant nous, au loin, j'aperçois les larges portes ouvertes menant dans les rues du Capitole où la Parade a lieu. Les premiers chars sont déjà sortis. À quelques pas de Pelan et moi, le chariot du District 6 se prépare déjà à démarrer. Je songe avec horreur que je ne suis pas prête. Je ne veux pas, non, je ne veux vraiment pas parader devant tous ces gens qui n'attendent que ma mort. C'est trop horrible, trop malsain, trop sadique. Je me mets à trembler comme une feuille, et vu mon déguisement, l'expression correspond parfaitement à la réalité. Je ferme les yeux une seconde, essayant de me calmer, mes les hurlements, les applaudissements de la foule ne font qu'empirer la chose. J'ai envie de vomir, de disparaître sous terre, de m'allonger pour ne plus jamais me relever. Mais rien de tout cela m'est permis. La seule chose que je sois autorisée à faire, c'est attendre patiemment que tout ce cirque finisse pour mourir dignement dans l'arène. C'est la dernière chose à faire, ma dernière tâche en ce monde incohérent et cruel.
Des doigts effleurent soudain ma joue et mes paupières s'ouvrent aussitôt. Pelan me sourit, le char se met en marche au même instant. J'inspire une large goulée d'air, l'estomac retourné. Mon coéquipier glisse ses doigts à la commissure de mes lèvres et me chuchote, si bas que je suis la seule à l'entendre dans le brouhaha de la foule qui ne fait qu'augmenter au fur et à mesure que les tributs se déversent sous leurs yeux :
- Souris.
Je m'exécute – et ce malgré le fait que la seule chose dont j'ai envie c'est de fondre en larmes – et sa main retombe, à l'instant où nous nous dévoilons sous les yeux du Capitole en délire. La Parade dure longtemps, beaucoup trop longtemps à mon goût, mais je m'efforce de sourire et de saluer tout du long. Nous ne faisons pas grande impression, et ce n'est pas une surprise, mais je croise cependant, à un certain moment, le regard pétillant d'une petite fille d'à peine cinq ans, qui m'observe bouche bée en nous pointant du doigt. À partir de cet instant, j'ai moins de mal à sourire, même si je ne sais trop pourquoi. Nous traversons toute la ville, sous les applaudissements, les hurlements de la foule disparate et étrange que forme les habitants du Capitole. Ils sont si bizarres ! Des gens nous lancent des fleurs, d'autres scandent les prénoms de certains tributs – la plupart ceux des tributs du 1, 2 ou 4 –, tout cela par-dessus la musique résonnante de l'hymne dispersée par d'immenses hauts-parleurs aux coins des rues.
Au bout d'un long moment, nous arrivons enfin en vue du Grand Cirque. Les gens se pressent à chaque fenêtre de chaque bâtiment pour apercevoir la Parade, la musique est de plus en plus forte. J'ai le tournis, l'impression que je vais m'effondrer d'un instant à l'autre, sous la chaleur des projecteurs, mais je tiens bon. Ce serait vraiment le pire moment pour m'évanouir, j'en ai conscience. Qui voudrait sponsoriser une gamine qui défaillit devant tout le monde, le premier jour de son arrivée ? La réponse est personne, bien sûr. Je serre les dents et m'efforce de ne pas trop trembler. Nous faisons deux fois le tour du Cirque, et les applaudissements de la foule en délire ne se tarissent pas. Puis les douze chariots s'arrêtent, devant la demeure du Président Snow. Bientôt la musique s'achève, et le Président apparaît au balcon.
Je l'ai déjà vu à la télé. Son visage m'a toujours paru sympathique, avec sa barbe et ses cheveux blancs, mais ses yeux sont si froids que j'en frissonne rien que de les imaginer. Un immense écran retransmet son discours et son visage pour que tout le monde puisse bien le voir. Sa voix est amplifiée par des micros, son ton est assuré et calme. En d'autres circonstances – et sans ses yeux de serpent – je le trouverais en même temps impressionnant et agréable. Mais la seule chose que j'éprouve en l'écoutant faire son discours, c'est une peur sourde, qui envahie tous mes membres et me tient immobile là où je voudrais fuir à toute jambe.
- Tributs, tributs ! Bienvenu ! Je vous souhaite la bienvenue ! Nous honorons votre sacrifice !
Sacrifices... Oui, voilà ce que nous sommes. À partir de cet instant, je ferme mon esprit à tous les mots qui sortent de la bouche du Président Snow. J'ai trop peur, sinon, de ne plus pouvoir me contenir, ce que je ne veux pas, non, pas du tout. Cela signifierait ma mort, très certainement, mais cela pénaliserait aussi Pelan, ce qui serait vraiment égoïste de ma part. Bientôt, l'hymne retentit de nouveau. Nous faisons un dernier tour d'honneur, puis nous disparaissons dans le centre d'Entraînement. Les portes se referment sur nous en silence, nous coupant des hurlements de la foule et de la fin de l'hymne – qui commence d'ailleurs vraiment à me taper sur le système. Je fais rouler mes épaules, que j'avais maintenues crispées tout le long de la Parade, et croise le regard de Qié qui s'avance vers nous, en compagnie de Romia et de nos stylistes. Je me laisse glisser du char en ôtant les feuilles et les branches qui m'encombrent la tête, et Pelan fait de même, avec moins de retenue que moi cependant. Je le vois balancer son « couvre-chef » – si on peut appeler ça comme ça – par terre, sous les yeux choqués de nos deux stylistes. Je ne peux m'empêcher de rire devant leurs airs si outrés et Qié me lance un clin d'œil complice. Puis Romia commence à nous agoniser – pour changer – de compliments sur la Parade et sur l'effet que nous avons fait sur les sponsors, mais je ne l'écoute que d'une oreille, épuisée comme je suis.
Les autres tributs s'en vont déjà rejoindre leurs appartements, et au bout d'un moment, Qié propose que nous faisions de même. Romia acquiesce et nos deux stylistes, toujours aussi choqués semble-t-il, déclarent qu'ils ne nous accompagnent pas. Je croise le regard amusé de Pelan et lui rend son sourire, puis Romia m'attrape par la main et me mène jusqu'aux ascenseurs. Je n'ai jamais pris l'ascenseur de ma vie, et l'expérience me laisse toute chose. J'ai l'estomac tout retourné, mais je crois que je ne me suis jamais autant amusée de ma vie. Chaque district possède un étage pour lui tout seul et nous sommes donc au septième. La montée est trop rapide à mon goût, mais je me console en me disant que nous aurons à redescendre demain matin, lorsqu'il sera temps de s'entraîner avec les autres tributs. Puis l'horreur m'agrippe le cœur à cette pensée et je la refoule tout au fond de mon esprit, furieuse contre moi-même.
Nous arrivons rapidement à notre étage, et Pelan et moi découvrons avec effarement la richesse de celui-ci. Romia nous montre nos appartements – qui sont plus grands que la maison où je vivais avec mon père, soit dit en passant – puis, après que l'on se soit douchés et débarrassés de nos déguisements, on nous annonce qu'il est grand temps de dîner. Je me rends seulement compte à quel point je meurs de faim et me resserre trois fois du ragoût de mouton à la sauce épicée et aux haricots blancs. Nous mangeons en silence, Qié, Pelan, Romia et moi, les yeux fixés sur la retransmission de la Parade. Des hommes et des femmes vêtus de blancs et silencieux nous servent. Ce sont des Muets, des criminels punis par le Capitole. Je le sais très bien, en ayant déjà vu dans le District 7, à je ne sais plus quelle occasion. On leur coupe la langue pour des crimes qu'ils ont commis, par exemple pour rébellion contre l'état ou des trucs du genre. Les voir me rend si triste que j'ai envie de les consoler, mais je n'ai pas le droit. On ne parle pas à un Muet. C'est interdit.
La soirée passe aussi vite qu'un battement de cil. Bientôt, Qié éteint la télé et on nous propose du café. Je décline l'offre mais demande à la place un bol de lait chaud, qu'on m'apporte aussi vite que l'éclair. Puis j'écoute d'une oreille distraite Qié et Romia parler encore et encore de la Parade. Ni moi, ni Pelan ne nous mêlons à la conversation entre ces deux-là. Je ne sais pas pour Pelan, mais moi je suis épuisée. L'heure tourne, et je songe à aller me coucher lorsque les mots Centre d'Entraînement sortent de la bouche de Qié et je me redresse sur ma chaise, tous sens en alerte. Je vois, du coin de l'œil, Pelan faire la même chose, et un vague sourire s'attarde sur mes lèvres, avant que je reprenne mon sérieux et me concentre sur les paroles de notre mentor :
- Bien, notre stratégie pour l'Entraînement est très simple. Ne montrez pas ce de quoi vous êtes capables. Vous réserverez ça pour les Juges et la séance d'évaluation dans trois jours.
- Qu'est-ce qu'on doit faire alors ? je demande, sans parvenir à cacher mon étonnement devant ses directives.
- Apprenez des trucs utiles, répond Qié. Comme faire un piège, reconnaître les espèces de baies à éviter, allumer un feu, des choses dans ce genre. Lily, tu peux t'essayer au tir à l'arc, ou bien au combat à l'épée, mais ne montre pas ta vitesse ou ton agilité. Pelan, évite autant que possible les ateliers de lutte et de combat rapproché. Entraîne-toi à la lance ou au tir, toi aussi, ça peut toujours servir. Ne t'approche pas d'une hache, ni d'une épée, c'est compris ?
- Pourquoi cacher ses talents, c'est bizarre non ? je m'étonne, avant avoir pu m'en empêcher. Les autres tributs vont nous croire faibles et idiots...
- Tout le monde fait ça, rétorque Qié. C'est une tactique depuis toujours employée dans les Hunger Games. Réfléchis Lily, si tu dissimule tes talents, les autres vont en effet te croire faible mais arrivée dans l'arène, tu leur montreras de quoi tu es capable.
Je hoche la tête, sans répliquer que je ne suis capable de rien. Qié et Pelan rebondiraient immédiatement là-dessus et essayeraient de me convaincre que c'est faux, et je n'ai pas la force de soutenir un débat sur ma mort imminente maintenant. La discussion continue quelques temps, puis Romia nous ordonne d'aller au lit. Nous devons nous lever tôt demain, la séance d'Entraînement étant projetée à 10h. J'explore rapidement ma chambre, puis, épuisée, je m'écroule sur mon lit et me blottis dans mes draps, attendant le sommeil comme le messie. Celui-ci ne vient pas avant longtemps, cependant, et, l'estomac noué par la peur, j'ai le temps de songer au lendemain beaucoup trop à mon goût. Demain marque un jour très important. C'est la première véritable rencontre avec les autres tributs, c'est notre premier jour d'entraînement en commun. Les Hunger Games ont véritablement commencés, et je m'en rends seulement compte maintenant.
Alors, qu'en pensez-vous ?
Merci pour vos reviews, Leorette et Doll-Chan, ça m'fait vraiment super plaisir ! :D
(je sais pas si vous recevez mes réponses à vos reviews vu que je suis encore totalement novice sur ce site, du coup je vous remercie là aussi, au cas où ! :D Merci merci !)
