Hello tout le monde !
Et voilà le chapitre 6 !
Merci pour vos reviews, ça m'fait vraiment plaisir !
Bonne lecture ! :D
Chapitre 6
Lorsque j'ouvre les yeux le lendemain matin, j'ai l'horrible impression qu'ils sont tout gonflés par la fatigue et la tension accumulées ces derniers jours. Je reste un temps allongée sur le dos à regarder le plafond blanc, l'esprit vide, puis je me décide à me lever pour prendre un petit-déjeuner. Il est encore tôt, je vois par la baie-vitrée le soleil s'élever dans le ciel clair du Capitole. Personne n'a l'air d'être encore levé, la salle où nous avons dîner hier soir est vide. Des Muets sont alignés le long du mur, immobiles et silencieux, et sans avoir pu m'en empêcher, je leur adresse un sourire désolé. J'ai mal à la langue rien qu'en imaginant ce qu'ils ont dû endurer. Je ne me demande même pas une seule seconde ce qu'ils ont bien pu faire pour mériter ça. En fait, je suis certaine, au fond de mon cœur, qu'ils n'ont rien fait de si terrible que ça, et que le Capitole voulait simplement marquer le coup. En coupant leurs langues et en les mettant au service de gamins sur le point de mourir.
Pour échapper à toutes ces sombres pensées, je me concocte un fantastique petit-déjeuner, à partir du buffet installé le long d'un mur. Salade de fruits, croissants moelleux, bol de lait chaud et tartines de confitures. À peine cinq minutes après que j'ai commencé à engloutir tout ça, Pelan me rejoint, avec la tête de quelqu'un qui a très mal dormi. Je connais cette tête, l'ayant déjà vu sur mon père, certains matins d'hiver. Le garçon me sourit cependant et s'installe près de moi après s'être servi au buffet. Nous mangeons en silence, jusqu'à ce que Qié et Romia arrivent. Cette dernière est toute fringante dans ses vêtements couleur jaune pétillant et, comme toujours, j'en ai mal aux yeux rien que de la regarder. Je ne montre cependant rien et me contente de lui sourire. Elle me questionne sur ma nuit et je mens en disant qu'elle s'est très bien passée. Elle se tourne alors vers Pelan et lui pose la même question – quelle imagination ! –, n'obtenant pour seule réponse qu'un grognement d'ours. J'ai déjà vu des ours, dans la forêt lorsque Papa coupait du bois, et je peux vous dire que le bruit qui est sorti de sa bouche ressemblait vraiment à celui d'un ours en train de bailler.
Romia s'entête un peu pour le faire parler mais abandonne bien vite, et le silence retombe sur notre table. Je me demande quelle heure il peut bien être. Sûrement dans les huit heures, huit heures et demi. D'ici moins de deux heures, je serais sur le terrain d'entraînement. J'ai l'estomac noué rien que d'y penser, et mon esprit carbure à toutes vitesses tandis que j'essaye d'imaginer ce qui peut bien nous attendre là-bas. Comprenez, les entraînements des Hunger Games ne sont jamais filmés, je n'ai donc aucune idée de ce à quoi ça ressemble. Je crois que c'est pour garder la surprise sur les talents de tel ou tel tribut qu'ils font ça. Pour surprendre les spectateurs. Enfin je pense. Quoi qu'il en soit, la seule chose que les gens savent – et par conséquent la seule chose que je sache –, à propos de l'entraînement, c'est qu'il dure trois jours et qu'au terme des ces trois jours, une note allant de 1 à 12 est attribuée à chaque tribut, en fonction de ses qualités et talents. De ce qu'a dit Qié hier, différents ateliers nous sont proposés, comme tir à l'arc et combat à l'épée, maniement des pièges et reconnaissance biologique.
Me sortant soudain de mes pensées, Pelan se racle la gorge et demande, à l'intention de Qié :
- Devons-nous nous faire des alliés ?
Je pince les lèvres et porte mon regard sur notre mentor, dans l'attente d'une réponse. C'est une très bonne question, question que je me suis moi-même posée cette nuit. Les alliés d'autres Districts sont parfois très utiles. La plupart du temps, dès le début des Jeux, une alliance se créée entre les tributs dit de carrière, c'est-à-dire ceux du 1, du 2 et du 4. Ils forment une équipe pendant quelques temps, juste celui de tuer les autres tributs en fait, puis l'alliance cesse et ils se retournent les uns contre les autres. C'est pour ça qu'il est rare qu'un tribut issu d'un District autre que le 1, le 2 ou le 4 gagne, puisque ceux censés être les plus doués, ceux qui ont appris à se battre bien avant que les Jeux ne commencent, se liguent dans le but de tous nous exterminer. Je frissonne à cette pensée. Est-ce que les Jumeaux du 4 feront partis de cette alliance ? Feront-ils équipe avec le taureau du 2, Etrladan ? J'espère de tout mon cœur que non. Qié fronce les sourcils et prend bien soin de terminer sa tasse de café avant de répondre :
- Faites comme vous le sentez. Observez les autres, ça peut toujours être utile pour déterminer leurs forces et leurs faiblesses. Et si l'un d'eux vous inspire confiance, tentez le coup. Mais ne vous attachez pas trop, ce serait stupide, et vous hésiterez le moment venu. L'hésitation est la pire des traîtresses, dans ce genre de Jeux.
J'ai l'impression qu'il parle pour moi en disant ça, mais je fais comme si de rien était et me concentre sur mon demi-croissant. Les paroles de l'homme résonnent pourtant à mes oreilles, je ne peux m'empêcher de me demander comment il arrive à me cerner aussi facilement. Car ce serait tout à fait mon genre, de m'allier avec quelqu'un et d'être incapable, le moment venu comme Qié dit si bien, de le ou la tuer. En fait, je sais pertinemment que je suis incapable de tuer quelqu'un. Ce qui peut s'avérer très embêtant, dans ce genre de Jeux. J'ai la chair de poule, et mon estomac me fait clairement comprendre qu'il n'est pas question que j'avale quoi que ce soit d'autre. De nouveau, la peur m'envahit, à l'idée que, dans quelques jours, je serais dans l'arène. À quoi ressemblera-t-elle ? L'idéal, ce serait une forêt. Il y a toujours du bois, depuis cette année-là où la moitié des candidats étaient morts de froid. Ce n'est jamais non plus des étendus trop désertes, depuis cette autre fois où quasiment tous les tributs étaient morts à la suite d'une piqûre de scorpion. L'idéal, ce serait une forêt comme celle du District 7. D'immenses arbres où l'on peut facilement grimper, avec des branches solides, et des bosquets de baies qui poussent à leur pieds. Je serais dans mon élément, je n'aurais pas besoin de m'inquiéter pour ce qui est de la nourriture, et je saurais facilement me cacher en attendant mon heure. La seule chose menaçante, ce serait les tributs... Je frissonne et me reprends avec courage. Ce serait déjà deux soucis en moins, la nourriture et un endroit où dormir en sûreté, c'est pas trop mal. Sinon...
Je secoue la tête. Penser à ça ne m'avance à rien. Je me torture l'esprit pour une chose qui, de toute façon, est déjà décidée. D'abord, il me faut me concentrer sur l'entraînement, ensuite je pourrais réfléchir en vain à ce que les Juges pourront nous avoir concocté comme arène. Pour l'instant, le principal, c'est l'entraînement. Faire comme Qié l'a dit. Apprendre des trucs utiles. Observer les autres, pour déterminer leurs forces et leurs faiblesses. Aborder, peut-être, la question des alliés. Être courageuse, montrer de la bonne volonté. Impressionner les Juges, tout en cachant mon agilité et ma vitesse. Comment les impressionner ? En me surpassant dans les nouveaux domaines qui me seront proposés. Ce ne devrait pas être si dur que ça. J'apprends plutôt vite, pour une gamine de 12 ans, Papa l'a toujours dit. Mais surtout, surtout, le plus important, il faut que j'arrête de réfléchir à des choses hors d'atteinte. Ça ne sert à rien, à rien du tout. Ce qu'il faut, c'est se cantonner au plan de Qié, et ensuite, nous verrons bien.
Bientôt, Romia se lève en disant qu'il serait peut-être temps d'aller nous habiller. Je m'exécute et trouve, plié soigneusement sur mon lit, un ensemble noir parfaitement à ma taille. Dans mon dos, un large 7 bordeaux est imprimé. Des bottes à lacets complètent le tout. Je m'habille puis m'observe un temps dans le miroir de la salle de bain. La Lily que j'y vois est différente de celle qui a quitté son père sans pouvoir lui dire au revoir, dans le District 7. Ses yeux sont méfiants, son visage est tiré par la fatigue, il semble presque trop mature pour une petite fille de 12 ans. J'attache mes cheveux en deux nattes que je laisse pendre sur mes épaules. Je ne me reconnais pas, dans ce miroir, et j'ai presque l'impression qu'il me ment en me montrant une image de moi qui ne m'évoque rien. Je détourne mes yeux de cette fille qui m'observe avec ses yeux sombres et sort de ma chambre, les mains tremblantes. J'y retrouve Romia, Qié et Pelan qui m'attendent. Ce dernier est habillé exactement comme moi. Je puise dans son regard bleu un certain courage et déclare que je suis fin prête. Romia nous dirige donc vers l'ascenseur, mais cette fois je ne prends aucun plaisir à le prendre. J'ai comme l'impression qu'on me conduit à l'abattoir, mais j'essaye de ne pas le montrer. Nous descendons jusqu'au sous-sol et la porte de l'ascenseur s'ouvre sur un immense gymnase rempli d'armes et de parcours d'obstacles. Qié et Romia nous souhaite bonne chance, et nous dise à ce soir, puis nous sortons et eux remontent.
Seuls quelques tributs sont déjà là. Les deux du 9 et les deux du 12. Devant eux, une femme en uniforme noire, grande et athlétique, attend, les bras croisés. À l'emplacement de son cœur, sur sa veste, je vois le sceau du Capitole. C'est certainement elle qui va nous entraîner. Elle a l'air jeune, à peine plus vieille que Pelan. Avec un sourire, elle nous fait signe d'approcher. J'évite le regard des autres tributs et me place face à elle en me mordillant la joue avec appréhension. Bientôt, les autres arrivent – Etrladan et la fille de son District en derniers – et la femme se racle la gorge pour attirer notre attention. Elle s'exprime avec fermeté et force, m'amenant à penser qu'elle est peut-être une guerrière. Tous les tributs se tiennent silencieux à l'écouter, et je me demande une seconde s'ils sont aussi anxieux que moi. La voix de la femme, qui s'est présentée comme étant Atala, m'inspire cependant confiance et j'écoute avec attention. Elle nous explique qu'il y a quatre ateliers obligatoires, et que nous sommes libres de choisir les autres. Puis elle nous donne quelques conseils et nous rappelle les règles :
- Il est strictement interdit de se battre entre tributs, vous aurez assez de temps pour ça dans l'arène. Un conseil : n'ignorez pas les ateliers de survie. Trente-trois d'entre vous vont mourir. Un seul survivra. Qui, cela dépend de votre habilité à anticiper. Tout le monde peut brandir une épée, mais beaucoup d'entre vous mourront de causes naturels. Dix pour-cent d'infection. Vingt pour-cent de déshydratation. La nature tue aussi aisément qu'un couteau.
Un frisson désagréable me parcourt la colonne vertébrale. Elle a raison, et la certitude que j'avais de pouvoir survivre s'en retrouve soudainement ébranlée. Suis-je véritablement capable de ne pas mourir de faim ou de froid ? Je n'en suis plus si sûre, maintenant. Atala a terminé son discours et nous libère, annonçant que nous serons appelé aux ateliers obligatoires dans la journée mais que, pour l'instant, nous sommes libres de nous entraîner à ce que nous voulons. Du coin de l'œil, je vois Etrladan et les autres tributs du 1 et du 2 se précipiter vers les armes les plus terrifiantes du gymnase. Je grimace et croise le regard de Pelan. Il m'adresse un petit sourire d'encouragements et se dirige vers l'atelier de tir à l'arc. Après une demi-seconde d'hésitation, je décide de le suivre. Nous passons quelques temps à tirer, au début sur des cibles immobiles, puis sur des cibles mouvantes. Je ne suis pas si mauvaise que ça, et Pelan est carrément doué, bien qu'il jure n'avoir jamais touché à un arc de sa vie avant aujourd'hui. L'entraîneur, un homme rondouillard et chauve, nous félicite avec entrain et nous montre quelques tours qui pourront s'avérer utiles une fois dans l'arène, même si je suis certaine que je n'aurais pas l'occasion d'avoir un arc une fois les Jeux commencés.
Au bout d'un temps, mes doigts me brûlent et j'ai le dos en compote. Je décide donc d'aller voir ailleurs, après avoir remercié d'un sourire l'homme rondouillard. Pelan s'arrête aussi et me lance un regard interrogateur. Devons-nous continuer de nous entraîner ensemble ? Je n'en ai aucune idée. Je ne me rappelle pas avoir entendu Qié dire quoi que ce soit là-dessus. Je regarde autour de moi, histoire de voir si d'autres s'entraînent avec leurs partenaires de Districts. Je ne vois que les Jumeaux du 4, qui s'échinent à allumer un feu, dans le coin opposé du gymnase à celui où Pelan et moi nous trouvons. Même les carrières s'entraînent seuls. Pelan finit par hausser les épaules et se dirige vers l'atelier des nœuds et pièges en tout genre. Je ne sais quoi faire. Dois-je le suivre, dois-je me concentrer sur mon propre entraînement, en réfléchissant à ce qui me serait le plus utile une fois dans l'arène ? Je n'arrive pas à réfléchir correctement. J'ai envie de rester avec Pelan, mais en même temps je sens qu'il souhaite garder un peu ses distances. Je le comprends, car après tout, nous allons peut-être devoir nous affronter dans l'arène, à un moment ou à un autre...
Je dois avoir l'air idiote à rester immobile au milieu du gymnase, aussi je me force à décider quelque chose. Il faut que je m'entraîne. Sinon, je mourrais aussi certainement que l'automne succède à l'été. J'inspire courageusement et me dirige à grands-pas vers l'atelier de javelot. Deux garçons s'y trouvent déjà. Le premier, un garçon aux cheveux dorés comme des rayons de soleil, me sourit largement et me tend un javelot plus grand que moi. Il fait au-moins deux têtes de plus que moi, ses épaules sont larges et musclées. Il n'a pourtant pas l'air d'avoir plus de quinze ans. Son sourire n'est pas intimidant, mais simplement gentil, ce qui me surprend au plus haut point. J'attrape le javelot qu'il me tend et le remercie d'un signe de tête. Son sourire semble s'agrandir et il se place derrière moi, tandis que nous attendons que l'autre garçon – plus petit que moi, et étonnamment gros, il vient du District 8 je crois – vise et lance le sien en direction de la cible. Me faisant soudain sursauter, j'entends le blond, derrière moi, qui me dit :
- Élisabeth c'est ça ? District 7 ?
Je me tourne vers lui, abasourdie, et serre la main qu'il me tend. Son sourire est éclatant et je me demande une seconde comment il peut sourire comme ça alors que nous sommes sur le chemin de notre mort. Mais surtout, je me demande comment il peut avoir retenu mon nom. Je me concentre mais ne parviens pas à retrouver le sien. J'ai un peu honte, et je ne sais pas pourquoi. Je m'efforce de lui rendre son sourire, mais c'est difficile. C'est trop étrange, de se lier avec quelqu'un qui vous tuera peut-être. Soudain, je me souviens de la question des alliés. Qié a bien dit que nous avions le droit de nous en faire, si nous voulions. Renforcée par cette idée, je réponds d'une voix timide :
- Euh, oui, c'est ça. Mais tu peux m'appeler Lily, si tu veux. Et toi, tu es ?
- Oh, moi c'est Rorry, du 10, répond-t-il avec un entrain étonnant. Lily donc ! Ravi de te rencontrer.
Le gros garçon du 8 a enfin lancé son javelot – et a loupé la cible d'un bon mètre d'ailleurs – et c'est à mon tour de faire de même, m'évitant ainsi de répondre à Rorry. Je songe que je ne comprends vraiment pas ce qu'il peut trouver de ravissant à notre rencontre, puis je me concentre sur la cible, à dix pas de moi. Un cercle rouge matérialise le cœur et je m'efforce de viser correctement et de lancer. À ma grande surprise, je manque le cercle de seulement quelques pouces, atteignant la cible à l'épaule gauche. L'instructeur me félicite, les sourcils haussés par l'étonnement, et Rorry me lance son sourire éclatant avant de se mettre en place à son tour. Il atteint la cible à la jambe droite, ce qui ne manque pas de me faire pouffer, pour une quelconque raison idiote. Le garçon se tourne vers moi, l'air un peu vexé, et pour le détendre, je lui tire la langue, comme le ferait une gamine de cinq ans. Rorry me rend la pareil, et pendant une seconde, je suis presque heureuse. Puis une cloche sonne, comme celle qui annonce la fin de l'école, dans le District 7, et on nous annonce qu'il est temps d'aller déjeuner. Rorry m'entraîne alors à la suite des autres tributs, jusqu'à une grande salle près du gymnase, où un somptueux buffet nous attend. Je suis le garçon docilement, songeant déjà à m'en faire un allié. Après tout, Qié a dit que nous pouvions, alors pourquoi pas ? Je me promets de lui en parler ce soir et, en attendant, je me sers une pleine assiette de pommes de terres frites et d'une tranche de steak bien cuit, me rendant seulement compte que je meurs de faim.
