Bonjour bonjour ! Et voilà le Chapitre 8 !
Bonne lecture ! :D
Chapitre 8
Je suis hébétée. Jamais je n'aurais songé à une note pareille. Un six ou sept, peut-être. Un huit à la rigueur. Mais un neuf ? Ça paraît impossible. C'est la note qu'ont obtenu Etrladan et la fille du 2. C'est même plus que ce qu'a eu Cilal. Alors qu'il est bien meilleur que moi, alors qu'il est tout simplement prodigieux au lancer de couteau. Et il n'a eu que sept. Non, vraiment, ce n'est pas possible. La suspicion prend rapidement la place de la surprise dans mon esprit et je m'interroge. Pourquoi m'ont-ils mis une note si élevée ? Je ne le mérite pas, c'est certain. Ce que j'ai fait devant les Juges n'était pas si extraordinaire que ça. Pas au point de me donner neuf. Alors pourquoi ? Serait-ce pour me punir, pour forcer les Carrières à me considérer comme une cible véritable, malgré mon âge ? Oui, c'est sûrement ça... Mais pourquoi ? Ils veulent que je meurs, voilà la réponse. Pourquoi ? Aurais-je défié le Capitole, malgré moi ? Ou bien Papa l'a-t-il fait ? J'ai beau chercher, je ne vois pas ce que nous aurions pu faire pour leur déplaire. Le soulagement que j'ai ressenti à l'annonce de ma note n'a duré qu'une seconde. De nouveau, je tremble de peur. Avec une note pareille, les Carrières vont sûrement se jeter sur moi dès le bain de sang, et je n'aurais aucune chance de survivre !
Mais tu t'étais résolue à mourir, souffle une petite voix dans ma tête. Je frissonne. Oui, je m'étais résolue à mourir. Seulement, sans m'en rendre compte, l'espoir s'est de nouveau faufilé dans mon cœur, pendant ces trois jours d'entraînement. Une lueur dorée dans cet avenir si sombre qu'est le mien – le nôtre, celui de tous les tributs. Un soupçon de répit, qui m'a fait oublié que ma mort était si proche. Et maintenant, je ne peux plus me résoudre à mourir. Je ne veux pas mourir. Je crois qu'aucun de nous ne le veut, de toute façon. Je ne veux pas mourir, mais je ne veux pas tuer non plus. Hors les deux ne vont pas ensemble. Pas dans ce genre de Jeux. C'est tout bonnement impossible. Les visages souriants de Rorry et des autres défilent dans ma tête. J'ai envie de pleurer. À présent que j'ai eu mon neuf, me considèrent-ils comme une ennemie ? Sûrement, oui. Où peut-être sont-ils contents pour moi, et décidés à s'allier avec moi ? Pensent-ils que je leur serrai utile ? Je ne sais pas. Je ne sais pas moi-même si je peux être utile ou non. D'un côté j'ai envie de l'espérer, d'espérer que je pourrais conclure une alliance avec Rorry, et qui sait peut-être avec Sigo, Helen et Cilal. Et Pelan, aussi. Peut-être... Mais de l'autre, une petite voix sournoise me rétorque au creux de l'oreille que, de toute façon, nous allons tous mourir. Et mon estomac est noué par la peur, car je ne veux voir mourir aucun d'entre eux.
Il me faut quelques temps pour reprendre mes esprits. Romia me serre contre elle, Pelan sourit largement, Qié rit à gorge déployée. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Je croise son regard brillant d'espoir et j'ai aussitôt envie de pleurer. Que pense-t-il, à cet instant ? Est-il simplement heureux qu'on ait réussi à nous promettre nombre de sponsors ? Ou bien pense-t-il déjà à lequel d'entre nous va-t-il parvenir à sauver ? Dans son regard d'ordinaire si sombre, je lis une détermination de fer, une confiance si forte qu'elle réduit à néant la tristesse et la colère qui s'y trouvent en temps normal. Croit-il pouvoir me sauver ? Je n'en ai pas la moindre idée. Romia me félicite à grands cris, et je ne peux m'empêcher de lui sourire. Elle a l'air si heureuse... Oui, Qié aussi est heureux. Heureux pour nous. Ces deux notes extraordinaires leur permettent – nous permettent – un nouvel espoir. Je songe une seconde à la vie qu'ils doivent mener, tous les deux. À cette vie que mènent tous les vainqueurs des précédents Hunger Games. Voir, une fois par an, le tirage au sort de deux gamins, les guider au Capitole et pendant l'entraînement, apprendre à les connaître, espérer même ! Puis les voir mourir dans l'arène, tués par d'autres enfants. Je frissonne rien que de penser à l'horreur de leur situation.
Je m'efforce de sourire de toute mes dents, puis reporte mon attention sur la télé. J'ai raté l'annonce des notes des Districts 8 et 9. C'est le visage de Rorry qui apparaît à l'instant à l'écran. Je n'ai que le temps de pincer les lèvres que Caesar donne déjà la note du garçon. Je sursaute, abasourdie. Neuf ! La même note que moi ! Je jette un coup d'œil discret aux autres. Romia serre ma main droite entre les siennes et paraît ailleurs. Espère-t-elle ? Peut-être. Qié fixe le coin de la table basse devant nous d'un regard comme désabusé, comme s'il s'ennuyait. Je n'arrive pas trop à comprendre pourquoi. Lui qui semblait si joyeux une minute plus tôt... Quant à Pelan, il m'observe. À l'instant où nos regards se croisent, il détourne le sien aussitôt, mais j'ai le temps de voir que quelque chose ne va pas. Et je sens mon cœur tomber dans ma poitrine. Il m'évite, comme ce jour-là, dans le train. M'en veut-il ? Me considère-t-il enfin comme une ennemie ? Je pose mon regard sur mes genoux, malheureuse comme les pierres. Je ne veux pas que Pelan me déteste. C'est étrange à admettre, mais il a beau être distant et taciturne, j'en suis venue à bien l'aimer. Je le vois comme un grand-frère que je n'ai jamais eu, un garçon simple et triste cherchant à s'en sortir dans un monde qui le dépasse sans rien en laisser paraître. Je suis si stupide... Il n'est pas un grand-frère pour moi, et il ne le sera jamais, car nous sommes ennemis, depuis la seconde où nos noms ont été tirés au sort.
Le visage de la fille du District 11 apparaît à l'écran. J'ai raté la note d'Helen, et pendant une seconde je m'en veux. La fille, une certaine Lou, hérite d'un six. Une note pas si mal que ça, en fin de compte. Je n'ai toujours pas imprimé le fait que j'ai eu neuf. Vient ensuite le tour de Sigo. Je détaille son visage au teint olivâtre, ses yeux couleur orage. Je n'avais jamais remarqué à quel point il est si maigre. Il m'a raconté, une fois où nous attendions notre tour à l'atelier javelot, qu'il vivait dans l'un des quartiers les plus pauvres de son District. Je me creuse la mémoire pour me souvenir de son nom. La Veine, voilà. Son père, tout comme bon nombre d'habitants du 12, est mineur, d'après ce qu'il m'a dit, et c'est parfois difficile de se nourrir avec son pauvre salaire, vu qu'ils sont quatre enfants à la maison. Caesar annonce la note du garçon de sa voix douce et agréable. Sept, comme Cilal. Je suis soulagée. Lui aussi aura des sponsors. La fille du 12, Violette je crois, se voit décerner un quatre, et c'est terminé. Caesar nous donne rendez-vous après-demain à la même heure pour les interviews, et Qié éteint la télé.
Je me dégage gentiment de l'étreinte des mains de Romia et me laisse glisser du canapé, m'asseyant à même le sol. Celui-ci est froid et lisse, il me ramène peu à peu à la réalité. Derrière moi, j'entends Romia se redresser en une position plus « droite » j'imagine, et Qié qui soupire longuement. Pelan est immobile, les yeux encore fixés sur la télé, je le vois dans le reflet de la fenêtre. Un silence s'attarde sur nous quatre. Il est étrangement détendu, ce qui a pour effet de sacrément me surprendre. Puis je me souviens. Dix pour Pelan, neuf pour moi. Ça tient du miracle. Je fais une petite liste dans ma tête. De mes « alliés », c'est Pelan qui a obtenu le meilleur score. Viennent ensuite Rorry et moi, puis Cilal et Sigo avec leur sept, et enfin Camwenn, avec son cinq. Je souris en songeant que nous nous sommes vraiment bien débrouillés, pour la plupart. Je n'ai pas envie de penser à eux en tant qu'ennemis. Pas pour l'instant, en tout cas. Ce sont mes alliés. Qu'ils aient obtenus un bon score nous promet de bon sponsors pendant les Jeux. Je songerais plus tard au moment où il nous faudra tous nous entre-tuer. Pour l'instant, j'ai envie d'espérer.
- Eh bien, finit par s'exclamer Romia. Je crois ne pas mentir en disant qu'on n'aurait pas pu escompter mieux ! Je vous félicite mes enfants, c'est tout simplement incroyable !
- Merci, dis-je, en même temps que Pelan.
- Oh, n'est-ce pas merveilleux Qié ! continue Romia en se levant avec grâce pour se planter devant nous. Avec ces notes, ils peuvent être sûrs d'obtenir de bons sponsors, une fois dans l'arène !
- Ne nous reposons pas sur nos lauriers, rétorque l'homme et je me tourne vers lui, surprise de l'entendre de si mauvaise humeur alors qu'une minute plus tôt il rayonnait de soulagement. Il nous reste encore à travailler les interviews, et croyez-moi, c'est pas gagné.
Les interviews. Je ne vois pas vraiment pourquoi il s'inquiète pour ça. Papa dit toujours que Caesar Flickerman a le chic pour détendre et mettre en valeur les tributs qu'il questionne, et je suis certaine, pour l'avoir moi-même vu et entendu, que c'est la vérité. Alors pourquoi Qié a-t-il l'air si mécontent ? Non, décidément, je ne le comprends pas. Romia lui rappelle avec bonne humeur que nous avons encore tout la journée de demain et d'après-demain pour nous préoccuper de ça, puis s'extasie encore un peu sur nos « fabuleuses notes, oh mes chéris ! ». Au bout d'un moment, je ne peux m'empêcher de bailler et elle m'ordonne aussitôt d'aller me coucher, ordre que j'accueille avec joie et soulagement. Je leur souhaite une bonne nuit et file dans ma chambre sans demander mon reste. Je prends une longue douche chaude, l'esprit vide, puis me couche et m'endort avant même d'avoir pu songer à quoi que ce soit.
Je fais un rêve étrange. Je suis adossée contre un mur, dans un salle sans fenêtre ni porte, et j'attends. Je ne ressens rien du tout, ni peur ni soulagement, juste une certaine impatience quant à savoir ce qui va se passer. Et puis Qié apparaît devant moi. Il me parle, mais je ne l'entends pas. Ses lèvres bougent mais aucun son ne sort de sa bouche. À moins que je sois devenue sourde. Je lui crie de parler plus fort, mais il se contente de secouer la tête et disparaît. Il est remplacé presqu'aussitôt par Pelan, qui me détaille des pieds à la tête en pinçant les lèvres. Je lui demande ce qu'il veut et, comme il ne me répond pas, je me lève et agite ma main devant ses yeux pour le faire réagir. Alors je me rends compte que c'est une statut. Ça ne me fait pas peur, au contraire j'éclate de rire à cette découverte. Rorry apparaît alors à mes côtés et nous rions tous les deux. Puis l'endroit change. La statut de Pelan disparaît, et Rorry aussi. Je suis à l'orée d'une clairière immense, cachée par des arbres hauts et clairs. Au centre de cette clairière, il y a quelque chose. J'entends Rorry qui me hurle de courir, mais je préfère, curieuse, m'avancer vers cette chose. La voix de Rorry se fait plus pressante à mesure que mes pas me rapprochent de la chose, mais je l'ignore, sans véritablement savoir pourquoi. Seulement, j'ai beau avancer, je ne parviens pas à atteindre cette chose qui m'intrigue tant. Mais je m'acharne, j'avance encore et encore, en vain.
Je m'éveille tard, le lendemain matin. En fait, c'est même Romia qui vient me secouer par le bras pour que je me lève. Je mets un certain temps à me rappeler d'où je suis. Puis la réalité me frappe et je grimace. J'ai mal à la tête et l'impression de ne pas avoir dormi du tout. L'agacement que m'a procuré mon rêve est toujours là, encré dans ma tête. Je me traîne jusqu'à la salle de bain et m'asperge le visage d'eau froide. L'effet est prodigieux, et je finis même par me décider à prendre une douche bien fraîche. Puis je m'habille, d'un short et d'une chemise ample, et sors de ma chambre, le ventre gargouillant à tue-tête. Je trouve dans la salle Qié et Pelan qui discutent tranquillement devant leur relief de petit-déjeuner. Je les salue d'un sourire puis vais me servir un bon bol de lait, des tartines de confiture et quelques croissants. Je m'assoie ensuite près de Pelan et commence à engloutir le tout avec délectation. S'il y a bien une seule chose que j'aime au Capitole, ce sont leur petit-déjeuner. À la maison, je n'ai jamais le temps de me poser pour en savourer un, Papa et moi mangeons toujours sur le pouce. Quand Maman était encore en vie...
- Alors, comment tu te sens aujourd'hui ? me questionne Qié, me coupant dans ma réflexion.
Son ton agressif ne me surprend même pas, et je veille à bien prendre mon temps pour finir ma bouchée de tartine avant de lui répondre. C'est vrai quoi, il m'énerve à la fin. À croire que c'est lui qui va mourir, et non moi ! Cette pensée me choque autant qu'elle m'amuse. Je ne peux m'empêcher de sourire, même si je n'ai aucune idée de pourquoi. Je commence à devenir folle, c'est définitif. D'abord le rêve, ensuite ça. Que diront les sponsors d'une tribut folle à lier ? Aucune idée. Je réfléchis à la question de Qié, tout en finissant ma tartine. Comment suis-je, aujourd'hui ? Dois-je lui répondre folle ? Dois-je lui hurler à la figure toute les choses que j'aimerais lui reprocher mais que je garde au fond de moi depuis le jour de la Moisson ? Pas sûr, non. Au lieu de quoi, je préfère lui sourire, et répondre d'un ton mielleux que je ne me connaissais pas :
- En pleine forme, merci de vous en inquiéter avec autant de gentillesse.
Pelan pouffe dans le croissant qu'il vient de piquer dans mon assiette. Je lui jette un regard faussement foudroyant et il rit de plus belle. Qié ne dit rien, mais je sens ses yeux posés sur moi. Je l'ignore – c'est vrai quoi, il m'énerve à la fin, je me répète mais quand même – et termine mon petit-déjeuner consciencieusement. Pelan finit par demander à quoi nous allons passé la journée, et Qié, après un long silence, nous explique le programme d'une voix morne :
- Eh bien, étant donné que la matinée est déjà bien avancée, nous ne ferons rien d'important ce matin, à cause d'une certaine lève-tard dont je ne citerais pas le nom. (Je tique mais ne rétorque rien, songeant que je l'ai bien mérité.) Quant à cette après-midi, nous allons travailler votre approche pour les interviews de demain soir.
- Nos approches ? questionne Pelan.
- Eh bien oui, vos approches, répète Qié d'un ton si geignard que je manque de peu d'éclater de rire, tant il me rappelle mon père quand il trouve que je pose trop de questions. C'est très important, l'accroche. Elle vous donne droit à autant, voir plus de sponsors qu'une bonne note à l'entraînement. Et les sponsors ne sont pas à négliger, loin de là.
- Quelle genre d'approche peut-on trouver ? j'interroge, ignorant la grimace de notre mentor.
- Toute sorte de choses. La petite fille sage. Le garçon décidé. La grosse brute, le sadique, et j'en passe. Mais nous verrons ça après déjeuner, pour l'instant laissez-moi le temps de me réveiller.
- Mais, vous êtes debout depuis plus de deux heures, rétorque Pelan d'un ton surpris.
- Physiquement oui. Tu apprendras bientôt que le mental, c'est une autre question.
Sur ces paroles étonnantes, il se lève en grinçant des dents et disparaît dans sa chambre, nous laissant seuls, Pelan et moi. Je lance un regard perplexe à mon voisin qui hausse les épaules, aussi étonné que moi. Quel étrange personnage que ce Qié. Moi qui croyais l'avoir à peu près cerné, en fait non, pas du tout. Je crois qu'il est trop bizarre pour que j'y parvienne un jour. Peut-être est-il fou, en fin de compte. Je ne saurais dire. Physiquement, il paraît normal, hormis, bien sûr, ce bras manquant, chose à laquelle j'ai même fini par m'habituer. Mais mentalement ? Comme il l'a dit, c'est une autre question. À certains moments, il semble normal, tout à fait équilibré, capable de rire et de tenir une conversation agréable avec d'autres gens, capable, même, de croire à notre survie, ou tout du moins de la vouloir. Mais à d'autres moments... il peut se montrer agressif et soudainement incohérent, persuadé de notre mort imminente et furieux contre nous, comme si tout ça était notre faute. C'est comme si, en fait d'un seul Qié, il y en avait deux. Où s'est faite la rupture ? Je n'ai aucun doute là-dessus. Qié n'a pas toujours été comme ça. En fait, s'il semble se partager entre ces deux personnalités, je sais que c'est à cause d'une seule chose : les Jeux de la Faim. Ces Jeux, qui m'ont séparé de mon père et qui ont voué depuis 67 années des centaines d'enfants à la mort, et qui de le faire continueront bien longtemps encore.
Alors, qu'est-ce que vous en pensez ?
J'espère que ça vous a plu !
En tout cas, merci énormément pour vos reviews, ça me fait super plaisir, je me répète mais c'est vrai alors ! :D
A bientôt pour le Chapitre 9 !
