Salut tout le monde !

Eeeeet voici le Chapitre 9 ! :D

Bonne lecture !


Chapitre 9

- Ouvre les yeux maintenant.

Je m'exécute, le cœur battant à l'idée de ce que je vais découvrir. Voilà près de deux heures que je les ai gardés fermés, sous l'ordre de Loki, mon styliste. Il a décrété que je ne verrais ma tenue qu'au dernier instant, que c'était une surprise. J'étais agacée au début, mais pendant toute la préparation il m'a parlé, de choses et d'autres, calmement et agréablement, comme il l'aurait fait avec un ami, et ça m'a étrangement calmée. Je crois que je me suis trompé à son propos. Peut-être n'est-il pas si idiot que ça, en fin de compte. Peut-être est-il obligé par le gouvernement d'habiller les tributs du 7 en arbres, chaque année. Oui, ce n'est sûrement pas de sa faute. Je n'arrive pas à croire qu'une personne aussi gentille que lui puisse vouloir ridiculiser des enfants voués à la mort. Je suis certaine que c'est la faute de Snow, ou bien d'un autre. Mais pas la sienne.

Mes paupières s'ouvrent, et je croise mon regard dans le miroir, face à moi. J'en ai le souffle coupé. Je me suis définitivement trompée à propos de Loki. C'est un véritable artiste. La fille qui me regarde dans le miroir est époustouflante. J'ai du mal à croire que c'est moi, mais les signes ne trompent pas. Mes cheveux blonds que je maintiens d'ordinaire attachés se déploient sur mes épaules, lisses et épais. Mon regard est souligné d'un léger trait d'eye-liner, mettant en valeur mes yeux clairs. Mon visage est peu maquillé, un léger fond de teint rosé sur les joues, un rouge à lèvre qui passe presque inaperçu. Tout ça me donne l'air d'une jolie petite fille heureuse, en bonne santé. Une petite fille aimée et aimante. Parfait pour aller avec mon approche de ce soir, pour les interviews. Mes ongles sont vernis, des petites fleurs – des lilas bleus – sont dessinés sur mes pouces. Quant à ma robe, ma robe ! Je reste bouche bée devant elle. D'un bleu clair qui rappelle celui de mes yeux, elle tombe en drapée sur mes fines hanches, s'arrêtant à hauteur de mes genoux. Elle ressemble un peu à celle que j'avais pendant la Moisson, celle qui a appartenu à ma mère autrefois. Je me demande si Loki a fait exprès, ou non. Je pense que oui, et j'en suis ravie. Quant aux chaussures, elles sont immenses, me rajoutant dix bons centimètres qui font que j'atteins enfin la taille normale d'un enfant de douze ans. Étant donné que j'ai montré des facilités à marcher sur des talons hauts avec Romia, Loki semble avoir pensé que me grandir n'était pas une mauvaise idée. Et il a raison, bien sûr. Je ferais sûrement moins pitié aux yeux des gens si je mesure un mètre quarante-cinq au lieu d'un mètre trente-cinq.

Car je ne veux pas de leur pitié. Ce que je veux – ce que Qié et moi voulons, en fin de compte – c'est qu'ils m'aiment. Nous avons élaboré ça hier après-midi, en compagnie de Pelan, et je trouve que c'est une très bonne idée. En leur montrant que je les aime, eux m'aimeront en retour. Même Romia a été enchantée par cette idée. Tous ont déclaré que je n'aurais aucun mal à le faire. J'étais un peu sceptique au départ, mais ils m'ont rappelé, enfin surtout Pelan, que je n'avais eu aucun mal à rassembler les tributs pendant l'entraînement, chose qui, d'après Qié, est vraiment très rare. Selon lui, la seule alliance qui se forme à chaque fois, c'est celle des tributs de carrières, et il m'a avoué que jamais encore il n'avait vu se produire ce genre de choses. Pelan insiste pour dire que c'est seulement grâce à moi. Je dois bien avouer que je ne comprends pas vraiment pourquoi, mais il en a l'air si persuadé que je n'ai pas pu me résoudre à le contredire.

Hébétée, je me tourne vers Loki et le vois qui m'observe, le regard brillant. Lui est immense. Même du haut de mes talons, je ne lui arrive qu'un peu au-dessus du nombril. Ses cheveux noirs plaqués comme un casque sur sa tête, ses yeux verts étincelants, son sourire éclatant, tout ce qui en lui m'avait aux premiers abords parut effrayants à souhait me donne à présent envie de rire. Sans réfléchir, je me jette dans ses bras et m'écrie :

- Oh Loki ! C'est fantastique !

- Tu es fantastique, rétorque-t-il. Tu vas tous les éblouir ma belle, ils n'auront que ton nom sur les lèvres en sortant des interviews !

Je n'en suis pas aussi sûre que lui mais ne réplique rien, trop occupée à m'admirer de nouveau dans le miroir. Car je suis belle, à cet instant. Sans mes chemises et pantalons toujours trop larges, sans mes cheveux constamment attachés, sans ma mine renfrognée et mes ongles rongés, je suis jolie. C'est assez étrange de se rendre compte d'une telle chose, alors que demain, je serais dans l'arène. Au-moins serais-je belle pendant une soirée, c'est déjà pas mal. Loki me redresse le menton, m'ordonne de sourire et me fait marcher le long de la pièce pour vérifier le tombé de ma robe. Je sens monter l'appréhension et l'excitation au fur et à mesure que l'heure tourne. Étrangement, je n'ai pas peur. Parler en compagnie de Caesar Flickerman est loin d'être effrayant, en fin de compte. En fait, j'ai plutôt hâte, même si au fond de moi je sais que ce ne sera qu'une étape – la dernière – avant notre entrée dans l'arène.

Un frisson me parcourt en y songeant, mais je n'ai pas le temps de m'y attarder que Romia frappe à la porte et pénètre dans la pièce. Loki et moi nous tournons vers elle en l'entendant et je lui adresse un large sourire, écartant les bras pour lui faire admirer ma tenue. À ma grande surprise, elle éclate alors en sanglots et se précipite vers moi pour me serrer contre elle. Je me laisse faire, abasourdie, et échange un regard perplexe avec Loki. Celui-ci hausse les épaules, l'air de dire qu'il n'y comprend rien de plus que moi et je pince les lèvres. Qu'a-t-elle, tout d'un coup ? Je lui tapote le dos, comme le faisait mon père lorsque je pleurais étant petite, histoire de la rassurer, et elle s'écarte finalement de moi en reniflant.

- Oh ma Lily, tu es magnifique, me chuchote-t-elle d'une voix rauque.

- Vous vous sentez bien ? je m'inquiète, sourcils froncés.

- Oui oui, ne t'en fais donc pas pour moi, répond-t-elle en hochant vigoureusement la tête. Il est grand temps d'y aller, les interviews commencent dans une demi-heure ! Loki, tout est fin prêt ?

- Oui, acquiesce celui-ci. Un simple sourire sur ce visage d'ange et le tour sera joué !

Je m'exécute, et les deux adultes m'applaudissent. Je ne comprends pas leur enthousiasme. Je suis jolie, d'accord, mais pas tant que ça ! Pas assez pour faire pleurer les gens, pas assez pour qu'un simple sourire leur fasse perdre la tête. Je secoue la mienne, incrédule. Puis une pensée me vient. Si je leur fais cet effet, c'est plutôt bon signe. Ça veut dire que je vais facilement me mettre le Capitole et les sponsors dans la poche. Ce qui est loin d'être inutile. Mon sourire s'agrandit et je suis docilement Romia et Loki, vers le plateau où ont lieu les interviews. Nous retrouvons Qié, Pelan et la styliste de celui-ci devant l'ascenseur. Pelan porte un costume d'un bleu identique au mien, ses cheveux blonds sont ébouriffés, il me sourit, les mains dans les poches. Il se prépare déjà à se montrer tranquille et confiant, comme Qié en a décidé pour son approche. Je lui rends son sourire, ravie. Mon cœur bat à toute vitesse contre mes côtes, je suis excitée comme une puce.

Les portes de l'ascenseur s'ouvre, dévoilant le plateau où se passe les interviews. On nous place dans la file de tributs, Pelan et moi, tandis que les autres rejoignent les places au premier rang. Seuls quelques autres tributs sont déjà arrivés, dont Cilal, Rorry et Helen, qui m'adressent tous les trois un large sourire. Je m'installe sur le mien et observe le petit bout de plateau que je vois par l'ouverture où nous entrerons dans quelques minutes. Comme tous les ans, les tributs sont placés en demi-cercle, dans l'ordre de nos numéros de district, d'abord la fille, puis le garçon. Je serais donc la treizième à passer entre les mains de Caesar Flickerman, l'éternel présentateur des Hunger Games. Du plus loin que je me souviens, il a toujours été là. Je me demande ce que ça doit être, d'interviewer tous les ans des gamins sur le chemin de la mort.

Les autres tributs arrivent, et bientôt on nous ordonne de grimper sur le plateau. Je marche jusqu'à mon siège avec légèreté, mon excitation est à son comble. Nous nous asseyons tous, sous les applaudissements de la foule. Le Grand Cirque est bondé. Face à moi, je vois Loki et les autres installés au premier rang. À ma droite, un balcon est réservé aux Juges. Je songe à tous les habitants de Panem scotchés – de grès ou de force – devant leur télévision, et mon cœur bat plus fort encore. L'image de Papa me vient à l'esprit et je m'efforce de sourire aussi largement que possible pour lui montrer que tout va bien pour moi. J'espère qu'il va bien, je l'espère tellement... Pelan presse ma main une seconde et je tourne les yeux vers lui, surprise. Il m'adresse un signe de tête, l'air de dire « Quand faut y aller... », et je pouffe de rire. Il me fait un clin d'œil, puis nous nous concentrons sur Caesar Flickerman qui vient de faire irruption sur le plateau.

Comme d'habitude, il porte son sempiternel costume bleu nuit constellé de ce qui me faisaient penser à des étoiles, quand j'étais petite. La chirurgie le rend un peu effrayant, mais son sourire est si avenant et sympathique que je n'y fais pas attention. Son rire m'est familier, sa voix et ses manières aussi. J'ai l'impression d'avoir affaire à un ami, ce qui semble parfait pour ce que je dois faire. L'homme détend l'atmosphère, comme chaque année, en lançant une ou deux blagues, puis le show commence. Les interviews de chaque tributs ne durent que trois minutes chacun, le temps défile à toute vitesse. L'appréhension me gagne au fur et à mesure, si bien que je ne retiens rien de ce que disent les autres, pas même Cilal et Camwenn. Je n'ai même pas le temps de m'en vouloir qu'on appelle déjà mon nom. Comme dans un rêve, je me lève et m'avance jusqu'à Caesar et son sourire éclatant. Nous nous serrons la main, je remarque avec étonnement qu'il est bien plus grand que ce que je pensais. Ou bien alors c'est moi qui suis minuscule.

- Élisabeth ! Bonsoir, ravi de te rencontrer, jolie demoiselle, me dit-il avec un clin d'œil.

Je pense à Qié, à Pelan, à Papa, et je réponds dans un large sourire :

- Tout le plaisir est pour moi, Caesar !

J'entends des rires et mon cœur loupe un battement. Je m'efforce de me concentrer sur le visage souriant du présentateur, qui rit aux éclats, les yeux brillants. Je l'ai surpris, comme j'ai l'air d'avoir surpris tout le monde. Je déglutis, ma bouche est trop sèche, mes mains se couvrent de sueur. J'ai peur, mais je n'en montre rien, me contentant de sourire en attendant qu'il reprenne. Et c'est ce qu'il fait finalement, avec son entrain habituel :

- Eh bien, en voilà une surprise ! Bien, tout d'abord permets-moi de te féliciter, on peut dire que tu nous as drôlement impressionné, ce neuf que tu as obtenu à l'entraînement ! Voilà un excellent score pour une fillette aussi jeune que toi ! Je ne pense pas mentir en disant que personne ne s'y attendait !

La foule approuve d'un « oui » général et je baisse les yeux, timidement.

- Mais dis-moi, continue l'homme, qu'est-ce qu'une petite fille comme toi a su montrer aux Juges pour obtenir une note comme celle-ci, hm ?

- En fait... j'hésite une seconde. Je ne sais pas vraiment, pour tout vous dire ! C'est... très étrange, j'en suis la première surprise !

- Tu te sous-estime ma jolie, me réprimande-t-il avec gentillesse, sous les rires du Capitole. Qu'en pensez-vous, mes amis ? Ah ah ! (Il se tait une seconde, et le silence se fait de nouveau, chaleureux et tranquille.) Alors, dis-moi, Élisabeth...

- Je vous en prie, appelez-moi Lily.

- Très bien Lily, sourit-il. Dis-moi, donc... As-tu des frères et des sœurs, à la maison ?

Je panique une seconde, puis les paroles de Qié - « Dis-lui la vérité ! Ils n'en seront que plus ravis. » – me reviennent à l'esprit et je réponds d'une petite voix :

- Non... Je vis seule avec mon père. Ma mère est... elle est morte, quand j'avais trois ans.

Des « oooooooh » tristes fusent de toutes parts et je baisse de nouveau les yeux, songeant que c'est le moment où jamais. Caesar me tapote la main, tout comme l'a fait Pelan, quelques temps plus tôt et j'inspire doucement avant de croiser de nouveau son regard. Il me sourit gentiment et déclare :

- Eh bien Lily, sache que nous sommes tous très peinés de l'apprendre.

- Mais il y a mon père, dis-je avec plus d'assurance. Lui est toujours là.

- Et crois-tu qu'il est fier de toi, en cet instant ?

- Oh oui, j'en suis certaine, je réponds aussitôt, songeant qu'il n'y a pas pire mensonge que celui-là et qu'il doit plutôt être plus furieux que jamais contre le Capitole de m'avoir arracher à lui. Il compte sur moi pour que je revienne le plus vite possible au District, et c'est ce que je compte bien faire.

- J'adore ! s'exclame Caesar en se jetant en arrière sur son fauteuil tandis que la foule rit. Tu es très courageuse Lily, et décidée à t'en sortir, je me trompe ? (Je hoche la tête avec un petit sourire malicieux, déclenchant des applaudissements de toutes parts.) C'est fantastique ! Vraiment Lily, tu m'impressionnes, et je pense que les autres sont d'accord avec moi.

- Merci, je souris.

Le silence se fait entendre de nouveau, et je sais qu'il ne reste plus beaucoup de temps avant de passer à Pelan, puis aux autres. J'ai peur, soudain, de ne pas être parvenue à me faire aimer du public. Je dois avoir l'air si stupide ! Je n'aurais pas dû parler de mon père, c'était idiot. Maintenant, ils vont avoir pitié de moi, la petite gamine du 7 qui n'a plus de mère et qui jure ses grands dieux qu'elle gagnera. Ça paraît tellement impossible, les autres doivent bien rire de moi, dans mon dos. Et que vont penser Cilal, Rorry et les autres ? Ils vont me détester, c'est certain ! Je suis furieuse contre moi-même, mais je n'y peux plus rien, maintenant. Caesar semble se rendre compte lui aussi que le temps file car il reprend son calme et me tapote de nouveau la main, comme s'il était grand temps de passer aux choses sérieuses :

- Alors dis-moi, pourquoi ne pas lui adresser un message, à ton père ? Il doit se sentir bien seul sans toi ! Qu'aimerais-tu lui dire, Lily ? Il est sûrement en train de te regarder à l'instant.

Je pince les lèvres, troublée. Papa... Bien sûr qu'il est en train de me regarder. Parce qu'il y est obligé, tout comme il sera obligé de me regarder mourir demain. La peur me noue la gorge, mais je reprends vite le contrôle et réponds doucement :

- Oui, j'imagine... Eh bien, j'aimerais... j'aimerais lui dire que je l'aime, de tout mon cœur, et lui dire de ne surtout pas s'inquiéter pour moi. Je ne vais pas me laisser faire, c'est certain, et je serais bientôt de retour à la maison. Je te le promets.

La foule s'égosille, et le buzzer retentit. Je sers la main de Caesar et salue la foule, qui m'applaudit avec joie, puis je retourne à ma place sans parvenir à cacher mes tremblements. C'est fini. Ça y est. Plus rien ne me sépare de l'arène, maintenant. C'est loin d'être une bonne chose, pourtant je ne peux m'empêcher de me sentir plus légère, à présent. Près de moi, Pelan me sourit largement, et je sais qu'à ses yeux, j'ai réussi à m'attirer la sympathie du Capitole. Rorry, un peu plus loin, me sourit lui aussi. Je croise son regard marron chocolat, et il hoche imperceptiblement la tête, comme pour me féliciter. Il est loin d'être furieux. En fait, il paraît même ravi. Et j'en suis soulagée. Terriblement soulagée.


Alors, qu'en pensez-vous ? Est-ce que Caesar vous paraît fidèle à la réalité ?

En tout cas, dernier chapitre au Capitole, on enchaîne sur l'arène dans le prochaine, le chapitre 10 !

(Kangle tu vas être content(e) ! ^^)

Merci encore et toujours pour vos reviews, ça me fait super plaisir ! :D

Bises, à plus tard !