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Que dire. Je suis heureux, couillon et heureux. Je ne comptais pas descendre, mais quand j'ai entendu sa voix, mon corps est devenu électrique. Quand je l'ai vu, je bandais déjà. Quand ma mère nous a dévisagé, j'ai tout de suite compris qu'elle avait deviné ce qui se passer entre nous. Quand elle est partie, il ne m'avait fallu qu'un seul mot de ma belle, pour la prendre. Mais j'avais aimé qu'elle soit celle qui domine, j'avais aimé sa brusquerie, son déhanché rapide, parfois un peu violent. Il était en accord avec mon besoin primaire de me fondre en elle, de ressentir ses doigts sur mon torse. Mon envie de lui mordre les seins était intense, mais je n'avais pu résister à ses coups de reins. Une intense jouissance. Voilà ce que fut notre rapport. Et le summum est venu quand elle m'a dit qu'elle m'aimait.
Il m'a fallu quelques secondes pour comprendre et je me suis lâché, et je lui ai dit. C'était évident. Trop rapide et elle me le disait elle-même, c'est flagrant, nous sommes fait l'un pour l'autre.
Mais je ne me leurre pas. Il y avait énormément de zone d'ombre entre nous. Je ne veux pas, je ne peux pas continuer dans cette relation, dans notre relation, sans lui dire tous les secrets que contient ma vie.
Nous sommes chez elle, nous avons commandé des pizzas et contre toute attente, elle a mangé la sienne et un bout de la mienne. Une vraie gloutonne, elle pourrait faire de l'ombre à mon frère.
Mais maintenant, allongé près d'elle, dans son lit, je ne sais pas par où commencer. Elle a sa tête, sur mon torse, elle dort profondément. Elle ne sait pas qui je suis. Il lui reste deux jours à bosser, je souhaite vraiment tout lui dire sur moi, mais je ne veux pas lui faire peur, donc le mieux, c'est de lui proposer une balade, une sortie à deux ce week-end.
Je sens qu'elle bouge. Elle ramène sa main sous son menton, puis elle commence à parler, rien de bien précis, mais de l'entendre prononcer mon prénom, mon cœur s'emballe.
- Edward, oui . . ., Edward.
Je la trouve tellement mignonne de penser à moi, de rêver de moi.
- Du veau, du bœuf et . . . ne pas oublier le persil . . .
Le romantisme de la situation s'envole au loin, elle est en train de faire sa liste de course.
- je t'aime, il m'aime . . . va vite. Peur. Mais . . . hum, mmmh.
- ah je préfère.
Je l'écoute divaguer, et l'entendre avouer qu'elle m'aime me rend fou de joie et sous l'impulsion, je lui embrasse le haut du crâne.
- mmmh.
- je t'aime Bella Swan.
- moi auchi.
- je t'ai réveillé. Excuse-moi mon amour.
- pas grave, il est quelle heure.
- pas loin de 7h.
- pas envie de te laisser, soupire-ma belle.
- je sais mon ange, mais le devoir n'attend pas.
- tu me mets dehors, tu es dans mon lit je te signale.
- non amour, je dois bosser moi aussi, il faut que tu y mettes du tien, sinon je pourrais avoir envie de te cloitrer à la maison.
- au secours, dit-elle en se levant du lit. Prem's pour la douche.
Je la vois disparaitre par la porte qui mène à la salle de bain. Je souris, passant mes bras derrière ma tête. Je l'entends rentrer dans la douche en chantonnant. Je me lève à mon tour, et je me positionne dans l'encadrement. Je vois son corps apparaitre dans la vitre remplie de buée de la cabine de douche.
- Bella ?
- ouiii.
- tu fais quoi ce week-end.
- je ne sais pas, je devais aller chez mon père le week-end dernier, je ne sais pas si j'y vais ou pas, pourquoi ?
- oh, pour rien, dis-je lâchement.
Elle passe la tête hors de la douche, les cheveux remplis de shampoing.
- crache le morceau Masen.
- je voulais te proposer qu'on le passe ensemble.
- ah oui !
- je ne sais pas, on pourrait faire une promenade, dans le parc d'Olympique, il y a de quoi faire.
- je ne sais pas, dit-elle en retournant sous la douche.
- bon, tant pis.
- je n'ai pas dit non, mais il y a beaucoup de chose à faire, comme . . .
- oui ?
- tu pourrais parler de toi.
- tu veux savoir quoi ?
- tu as des frères et sœurs.
- un frère, enfin, un demi-frère.
Elle sort de la douche, une serviette dans les cheveux, une autre autour du corps. Elle m'embrasse sur la joue et me tape sur la fesse.
- c'est ton tour. Je t'ai mis des serviettes sur le côté.
- merci, ma chère.
- de rien.
Je retire mon boxer, le laissant au sol, et me coule sous le jais d'eau chaude que je viens d'allumer. Je cherche son gel douche, l'ouvre et le porte à mon nez. Une odeur fruitée, mais pas désagréable. Après mettre frotter le corps et l'avoir rincer, j'attrape son shampoing. Alors que je me frictionne énergiquement le cuir chevelu, je sens sa présence dans la pièce.
- tu veux faire quoi, pendant notre sortie.
- je voudrais apprendre à te connaitre, que tu me parle de toi.
- ma vie n'a rien à voir avec un roman de gare, dit-elle.
- oui, peut-être, mais c'est ta vie et j'ai envie de tout connaitre de toi.
- ah, ben, si tu veux, je te présente mon père.
Je me cogne la tête contre la vitre de surprise et pousse un juron. Je me rince les cheveux et m'entoure dans la serviette qui est près de moi.
- tu veux quoi ?
- Charlie est mon père, il vit dans l'état de Washington pas loin d'ici, ma mère vie à Phœnix, dans l'Arizona.
- oh.
- oui.
- ok.
- j'ai un meilleur ami, qui vit à la Push, dans la réserve indienne.
- mmmh.
- pour une première sortie, ensemble, tu . . . serais ok.
Je m'approche d'elle, elle se mord la lèvre inférieure et c'est un spectacle émouvant, je sais à cet instant qu'elle m'ouvre un pan de sa vie, qu'elle n'a pas dû ouvrir souvent, ou, en tout cas à peu de personne. Je la serre contre mon cœur.
- oui, avec le plus grand des plaisirs.
- bien. Je vais appeler le chérif pour l'avertir.
- le chérif ?
- oui, mon père est chérif.
- ah.
Sur ce constat alarmant, je rigole bien sûr, je la vois sortir de la chambre. Elle est déjà prête. Je sors à sa suite, ramassant au passage mon sous vêtement et la suis. Elle se sert un café, me fait signe avec la cafetière, puis me sert une tasse.
- tu t'en vas déjà.
- oui monsieur, je ne voudrais pas être en retard.
Elle s'approche et m'embrasse tendrement sur les lèvres. Je la serre dans mes bras, profitant de la chaleur qu'elle dégage.
- tu débauche à quelle heure ?
- comme hier soir.
- mmmh.
- et toi ?
- je ne sais pas.
- tu ne m'as pas dit dans quoi tu travailles.
- j'ai ouvert une clinique qui se spécialisera dans l'esthétique.
- tu refais des seins et des liftings.
Je ris, elle a l'air surprise, comme si elle s'attendait à ce que je fasse un autre métier, et que le mien ne correspondait pas à ce en quoi elle s'attendait.
- non, je me suis spécialisé dans la reconstruction. Pour les grands brûler, les malformations . . .
- ah, tant mieux, enfin, c'est bien, j'ai cru que tu étais un McNamara en herbe.
- vilaine.
- et tu as déjà ouvert ?
- non, et c'est pour ça que je vais te laisser pour m'habiller et faire le tour de mes équipements, pour pouvoir être d'attaque lors de l'ouverture.
- tu ouvres quand ?
- la semaine prochaine. Je fais une soirée d'ouverture, tu viendras ?
- je ne sais pas.
- allé, fais pas ta timide, tu sais ce que je te propose, c'est de venir avec des amis à toi, comme ça tu ne seras pas seule.
- tu y tiens.
- oui, beaucoup.
- d'accord, après tout, je te dois bien ça, toi tu vas voir mon père.
- parfait alors à ce soir mon ange.
Je l'embrasse, lui adressant le plus beau de mes sourires et me dirige vers mon chez moi, deux étages plus bas.
Je suis estomaquée. Moi, Bella Swan, je vais présenter un garçon à mon père. Je ne le connais que depuis 6 jours. Charlie ne va pas s'en remettre. Je me mets devant mon ordi, et lui envoie un message pour le prévenir.
« Coucou Charlie, je viens te voir ce week-end avec un ami, bise, ta fille Bella »
Et voilà, ça de fait. Je mets mon blouson, mes gants et hop, c'est l'heure d'aller au boulot.
Quand j'arrive devant mon casier, je ne comprends pas tout de suite ce qui est devant moi. La porte a été ouverte, et il y a des dizaines de roses noires à l'intérieur. Je touche l'une d'elle, et attrape la carte en bristol qui s'y trouve.
« S'il ne peut être à moi, il ne sera à personne. »
Ça, c'est encore une sale blague de l'un de mes collègues. Je sors les fleurs de mon casier, me piquant à plusieurs reprises avec les épines.
- zut, zut, zut.
- alors Swan, tu as un admirateur secret.
- Quil, c'est ton œuvre je paris.
- perdu, ma grande, moi j'arrive juste.
- qui était là cette nuit.
- Steve et . . . le nouveau je crois.
- ok.
- ça va.
- oui, merci.
Je me change en silence, mon collègue fait de même. Ce sont des vestiaires mixtes, alors on ne fait plus trop attention à ce qui se passe autour de nous. Je me débarrasse des fleurs dans la poubelle et je prends mon poste.
Le reste de ma journée se déroule sans heurts, j'en oublie même le présent morbide qui occupait mon casier. Quand arrive le moment de retourner voir mon tendre et cher, la relève de l'après-midi est là. J'aperçois James. Je décide de prendre le taureau par les cornes.
- bonjour.
- si tu le dis.
- c'est quoi ton problème.
Il était assis sur le banc qui fait face à nos casiers, et maintenant il est debout, le regard plein de haine et je remercie le meuble en bois d'être entre nous. Nous sommes seuls dans le vestiaire, et je me demande si j'ai bien fait de l'accosté après le départ de Quil.
- mon problème Swan, mon problème c'est toi.
- je ne t'ai rien fait.
- la blague, ta pseudo noyade pour attirer dans tes filets le riche Edward Cullen et tu me demande ce que j'ai contre toi. Je paris que tu es une de ces filles faciles qui se fait sauter pour du pognon ?
- Cullen ?
- et oui ma grande.
Je sens les larmes me monter aux yeux. C'est quoi cette connerie, le seul fils Cullen que je connaisse, c'est mon ex.
- oh, la pauvre chérie, elle ne le savait pas.
- ferme là connard, Bella ça va.
Quil est revenu, je ne sais pas si on criait, ou s'il avait besoin de quelques choses, ce que je sais, c'est que j'accepte pour la première fois depuis que je suis ici, que l'on me raccompagne chez moi.
- je te ramène ma belle.
- oui, merci. Merci Quil.
- quand à toi, si tu la touches je t'explose.
- y'a pas de quoi s'emballer. Il faut assumer ses choix ma grande, et ne pas finir petite joueuse.
- ta gueule.
James nous lance un regard plein de haine. Il quitte la pièce après avoir enfilé sa tenue, en nous ignorant. Je réunis mes affaires, mes mains tremblent, je n'arrive pas à les contrôler. Je sursaute quand Quil pose les siennes sur les miennes. Il sert légèrement ses doigts sur les miens, me laissant profiter de la chaleur qu'il dégage.
- ça va aller.
- oui.
- tu es sûre, tu devrais peut être le dire à Carlisle.
- non, non, ça va, il m'a surprise, puis ce qu'il a dit . . . ma, pfiou, je suis, mais alors, je, je . . . je n'ai pas envie de rentrer chez moi.
- je rentre à la Push, tu veux que je te dépose chez ton père.
Je le regarde. Sa proposition me tente au plus haut point, mais je sais que c'est reculer pour mieux sauter.
- non il faut que je rentre, c'est important.
- tu es sûre de toi ?
- oui, si tu veux bien, je crois que je vais rentrer à vélo.
- je ne veux pas te laisser.
- je suis désolée de t'avoir fait attendre pour rien, mais je . . . enfin, j'ai besoin de me vider la tête. Ne m'en veux pas.
- sûre ?
- oui Quil, merci d'avoir été là, t'es un ami parfait.
- hey, je ne pouvais pas faire autrement, Jake ne me l'aurait jamais pardonné.
- je suis sûre qu'il s'en moque comme de sa première moto.
- tu te trompes ma grande. Il demande régulièrement de tes nouvelles. La preuve ce week-end il était chez ton père.
- ah . . . , si tu le dis.
- bon, tu es certaine de pouvoir rentrer seule ?
- oui papa !
- allé viens, je te raccompagne jusqu'à ta monture.
Je lui tire la langue, et lui me renvoie un grand sourire. Le même que celui de son ami. Il emplie la pièce de soleil. Je le remercie et sors dans la rue, poussant mon vélo à côté de moi. Je n'ai pas envie, mais alors pas du tout, de rentrer chez moi. Même si je sais que j'y suis contrainte, je préfère, pour une fois, faire le chemin le plus lentement possible jusqu'à mon domicile.
Le trajet qui habituellement me prend 20 minutes, dura plus d'1 heure. Quand je pousse la porte d'entrée de l'immeuble, je ne suis même pas surprise de voir Edward assis au bas des escaliers. Il se lève à mon entrée. Je lui fais signe de rester où il était, je ne supporterais pas qu'il me touche.
En le voyant, toutes les émotions se bousculent en moi. La colère, la peine, le désir, mais surtout la honte. Je sors avec le frère de mon ex, j'ai couché avec lui, je me suis donnée à lui, sans aucune retenue. Mes craintes de gamines me reviennent en plein visage, façon tsunami, et je me retrouve à appréhender ma prochaine embauche. Quil et s'en doute toutes les personnes qui sont passées dans le couloir ont pu profiter des bonnes paroles prononcées par James. Et s'ils croient que je me sers d'Edward. Je ne savais rien de lui, et surtout pas de quelle famille il était issu. Jamais je ne l'aurais envisagé si j'avais su qui il était. Non, où alors de manière plus conventionnelle, je ne me serais pas laissée séduire, je n'aurais pas couché avec lui aussi vite. Je suis dans un tel état de stress que je sens mon moral descendre en flèche.
- Bella, souffle-t-il.
Il a l'air épuisé. Je me sens fautive de le voir dans cet état, mais je me remémore les mots que James a prononcé. Même si sa fatigue doit être liée à l'ouverture prochaine de sa clinique, je n'ai pas envie de passer à autre chose, j'ai besoin d'être seule, un point c'est tout.
- tu es un menteur, CULLEN.
- Bella, mais de quoi parles-tu ? Je t'attendais, je m'inquiétais.
- tu n'as qu'à remercier ton super copain James. Tu t'es foutu de moi et en plus ce connard croit que j'ai couché avec toi pour ton argent. Ne m'approche plus.
Je dépose mon vélo contre le mur et passe près de lui. Je monte aux pas de charge les marches, jusqu'à ma porte. Je l'ouvre avec difficulté, mes mains tremblent tellement, et je sens des larmes de dépits poindre.
- Bella.
- merde, fous-moi-la-paix.
- laisse-moi la possibilité de m'expliquer.
- casses-toi.
- Bella, je ne sais pas ce qui t'arrives, mais tu as raison, dès le début on est allé trop vite, on ne sait pas . . . parler de nous.
- pars.
Il pousse la porte que je viens de déverrouiller. Je rentre lentement, je ne suis pas plus motivée par une confrontation ou une simple conversation. Je suis lessivée.
- je ne souhaite qu'une seule chose, que tu me laisse.
- Bella, pourquoi me parles-tu de James ?
- vas-t-en, s'il te plait.
- Non, plus vite on percera l'abcès, plus vite on pourra avancer.
Je le regarde, on est dans l'entrée. Il est près de 19h, je suis fatiguée. Sans un mot, je me dirige vers mon canapé. Je prends un coussin et le pose sur mes genoux, m'asseyant à une des extrémités, lui laissant la possibilité de s'assoir.
Il me regarde faire, sans bouger. Le voyant droit comme un i, je lui fais signe de prendre place. Il obtempère. Il me regarde et pendant quelques minutes, nous sommes comme deux statues de pierre. Je ne compte pas débuter, alors je garde le silence. J'en profite pour le détailler. Je découvre un homme différent, il a le regard sombre, le front plissé, et les lèvres tirées en un rictus de peine évidente.
- je m'appelle Edward Cullen Masen, je suis né à Genève en Suisse, il y a 29 ans. Ma mère Elisabeth a connu Carlisle à l'époque du lycée et ils ont eu une relation d'un soir, lors de leur bal de fin d'année. Je sais, un cliché, mais c'est la vérité.
Il sourit, nostalgique d'une époque passé, mais vite il reprend son masque de dureté.
- La famille de ma mère n'a pas tolérée la disgrâce possible qu'une grossesse porterait sur eux et leur réputation. Ma mère est parti pour la Suisse, sous le couvert d'intégrer une école de communication. En fait, elle a accouché de moi, dans une petite clinique privée, où des filles de bonnes familles venaient cacher leurs petites erreurs.
Il regarde dans le vague, il est encore une fois perdu dans ses souvenirs, contemplant de l'extérieur, sa vie d'enfant.
- Elle ne m'a pas abandonné, refusant ce que sa famille lui imposait. Pour cela, sa mère força mon grand-père à lui couper les vivres. Je te la fais courte. Nous sommes partis vivre à Paris, elle est devenue mannequin de salons . . .
Je l'observe, il a le regard fixe. Il énonce l'histoire de sa vie avec un tel détachement, que j'en suis choquée. Le ton de sa voix n'a rien à voir avec celle de mon amant de la veille.
- . . . puis elle a rencontré Aaron, et nous avons vécu heureux tous les trois. Puis le père de maman est mort, nous sommes venus aux Etats unis, elle a accepté l'un de mes souhaits les plus chers, rencontrer mon géniteur. Je voulais savoir ce que j'avais en commun avec lui. Elle m'a fait rencontrer Carlisle, il avait refait sa vie.
Encore un regard dans le vide, je me dis que chaque pause est liée à une douleur d'enfant, j'en suis certaine.
- Puis la vie a continué, j'ai revu mon père, sa famille et mon petit frère. Je passais mes vacances avec eux, au début avec réticence, puis avec plaisir. Bien des années plus tard, l'année de mes 17 ans, ils ont eu un accident de voiture. Aaron y perdit la vie, léguant sa fortune à son épouse, ma mère. Elle mourut quelques semaines plus tard, me laissant comme seul héritier.
- je ne savais pas, Edward, arrêtes, tu n'es pas obligé.
- si je dois en passer par là pour que tu aies confiance en moi et en mes intentions, j'irais jusqu'au bout de mon récit.
- non, non, j'ai . . . je suis désolée, Edward, je ne savais pas, mais . . . j'ai été bête, j'aurais dû te parler . . . je suis désolée, tellement désolée.
Comme la fille fragile que je suis, je ne peux retenir plus longtemps mes larmes, je me rends compte que je l'ai jugé, sans lui laisser la chance de se défendre. Il était important que je lui parle aussi, qu'il sache que c'est un chagrin d'amour qui m'a fait réagir de cette manière, la honte qu'Emmett rie de moi et parle de nous à sa famille. L'orgueil. Voilà, j'ai laissé mon orgueil prendre le dessus et mettre en péril notre relation.
- j'étais seul, mon père génétique loin. Je buvais jusqu'au coma, prenant toutes les drogues que l'on me proposait et dilapidant mon héritage avec des filles faciles et des prostituées de luxe. J'ai vécu ainsi près de 6 mois.
Il fait un court arrêt dans son histoire, tournant les yeux vers moi.
- Je dois la vie à ma famille. A mon père qui a dû se battre pour faire valoir sa paternité, je la dois à Esmé de m'avoir aimée comme son propre fils. J'ai mis près d'une année pour m'en sortir. James et moi nous sommes connus là-bas, en centre de désintox. Il y a bientôt 12 ans que je n'ai pas touché à un verre et que je n'ai pas fumé ou ingéré de la drogue, quelle que soit la substance. J'ai repris ma vie en main, je suis rentré en médecine, James a repris celles qu'il avait mises en parenthèses, lors de son séjour en cure. Et depuis 1 an j'ai fini ma spécialisation, j'ai attendu ma fin de contrat, et je ne suis plus lié au CHU de Seattle. Je suis à mon compte depuis 1 mois et ma clinique ouvre lundi. Voilà, je n'ai plus de secrets.
- merci Edward, mais je me sens mal, et si . . .
- Bella, je t'aime et je sais que tu m'aimes, mais on va trop vite, on aurait dû sortir au ciné, au resto avant même de se voir nus.
- je sais.
J'ai la tête basse. Tout est fini entre nous, voilà, j'aurai vécu la passion au moins un court instant. Je ne peux m'empêcher de pleurer et je suis en colère de ne pas savoir cacher mes sentiments.
- ferme la porte en sortant Edward.
- quoi ?
- ferme derrière toi, s'il te plait.
- je te raconte la plus intime partie de ma vie et tu me demandes de partir. Tu me dis que tu es désolée, mais de quoi. Ne me rejette pas, je ne supporterais pas de te perdre, pas à cause de mes erreurs passées, tu ne peux pas me juger sur des erreurs de jeunesse, ce n'est pas juste, pas correct.
- Edward, je ne te rejette pas, mais avec ce qui s'est passé avec Em', je pense que toi, tu ne voudras plus de moi.
- Em' ? Tu connais mon frère.
- mmmh.
- et alors, tu connais mon père, tu travailles avec lui, et tu as rencontré ma mère. Je ne vois pas où est le problème. Je ne sais même pas qui est ta sœur.
- Alice travaille dans un journal de la ville. Notre mère vit à Phœnix, Arizona, avec Phil, son mari. Mon père est le chérif de la ville de Forks, à 1h30 d'ici.
- tu as une sœur intéressante, c'est . . . merveilleux.
On est mal à l'aise, l'un comme l'autre, et c'est l'heure des phrases idiotes et des silences gênés.
- tu as été honnête avec moi, je me dois de l'être aussi.
- tu n'es pas obligé. Avec ce que j'ai vécu, ma belle, je sais que nous avons tous notre lot de secrets et de malheurs.
- bien, donc commençons par le début. Veux-tu boire quelque chose, un thé, un jus de fruits ?
- tu veux que je te fasse chauffer de l'eau me propose t'il.
- non. Merci et toi.
- ca va aller Bella, je t'écoute mon amour.
- bien, j'ai 26 ans, depuis mes 4 ans, mes parents sont divorcés. Alice et moi sommes allées vivres avec notre mère. Quand Renée a rencontré son nouveau mari, j'avais 7 ans et Alice 5, je ne supportais pas d'être avec eux. Trop immatures, oubliant de venir nous chercher à l'école, ou de payer la cantine. J'ai demandé à vivre avec Charlie, notre père, Alice m'a suivi, elle ne voulait pas vivre seule avec eux et surtout sans moi. Nous avons grandi dans la petite ville de Forks. Pluie et verdure, comme dans une grande partie du Comté d'Olympique, il est vrai.
Je repris mon souffle, essayant de gérer mes émotions. Il me regarde avec une infini tendresse, si loin de son humeur précédente. Il s'approche de moi, et pose sa main sur mon bras.
- je t'écoute mon ange.
- j'y ai vécu mon premier amour et ma première déception. Grandissant comme une enfant normale, gérant la maison et le mauvais caractère de ma chère petite sœur.
Je ris en me souvenant de tous les mauvais coups qu'elle avait pu me faire. Je me souviens de la gifle qu'elle avait mise à Mike Newton, le jour où elle avait su qu'il m'avait quitté.
- j'ai eu une bourse, je suis venue étudier la médecine, j'ai choisi la médecine légale et depuis vendredi dernier, j'ai passé mon ultime épreuve avec ton père.
- et ?
- je dois présenter mon mémoire, dans 15 jours et je serais officiellement médecin légiste, voilà.
- tu n'oublies rien ? Em' ?
- c'est du passé !
- aucuns secrets Bella, sinon, notre couple ne pourra pas avancer.
- ok, mais c'est de mon intimité dont on va parler.
- nous avons eu des vies, avant de nous rencontrer, rien de surprenant. Je ne te jugerais pas, je veux te connaitre.
- si tu le dis.
Je tente de lui sourire de manière détendue, mais je suis à un niveau de stress si élever que je sens mon cœur faire des embardées.
- Bon, à l'université, je n'ai jamais trop été populaire. Je n'avais qu'Angela et Ben, mes deux meilleurs amis. Ma sœur venait me voir. Mais en gros, je vivais entre mes cours, la bibliothèque et ma chambre. Un jour que je faisais mon footing, je suis tombée, Emmett est venu à ma rescousse. Il m'a emmené à l'infirmerie, me portant pendant plusieurs centaines de mètres jusqu'au dispensaire. Après ça, il m'a fait une cour assidue, mangeant avec moi, sortant au ciné. Puis de fil en aiguille, nous sommes sortis ensemble. Près de 5 mois. Rien, me-dirais-tu, pour la durée d'une vie mais l'une de mes plus longues relations à l'époque.
Je me tais une nouvelle fois. Je sais, que ce que je m'apprête à lui dire, n'est qu'une blessure d'enfant, d'ados, mais longtemps, cette douleur a régis ma vie affective.
- je ne sais pas si je l'aimais, mais j'étais bien avec lui. Pour la première fois, je me retrouvais entourer des bonnes personnes, tout le monde me parler, les garçons m'adressaient la parole. Une nouveauté pour moi, j'ai toujours pensé que j'étais le vilain petit canard, plutôt drôle quand on sait le nom que je porte. Mais voilà, ton frère est rentré dans ma vie, comme un ovni. Il était drôle, loufoque même parfois un peu idiot, mais il me sortait de la routine dans laquelle je m'étais plongée. Nous étions en couple depuis peu, enfin, c'est comme ça que je qualifiais notre relation, mais il était évident qu'il souhaitait que l'on passe un nouveau cap. Je ne voulais pas perdre ce que j'avais, de nouveaux amis, les sorties, je me suis laissée griser. Alors j'ai accepté. Un soir, pendant une fête, nous sommes montés dans sa chambre. Etant le capitaine de l'équipe de foot, il avait droit à une chambre individuelle . . .
Nouveau silence. Je suis rouge pivoine, complètement cramoisi. Je ne peux même pas lever les yeux vers lui. Mais je sens qu'il y a de la tension dans l'air, surtout quand il profite d'une de mes nombreuses pauses pour prendre la parole.
- il t'a forcé !
La colère sourdait dans sa voix. Je me risquais à le regarder. Il fixait un point droit devant lui, sa mâchoire était crispée, ses poings serrés.
- oh, non, non, enfin je n'ai rien fait que je n'ai pas souhaité faire, enfin, il ne m'a pas, enfin non. Non !
- tant mieux, je ne me voyais pas expliquer à Rose que mon frère ne pourrait pas avoir d'enfants.
Il rit. Il tentait de me rassurer, de détendre l'atmosphère. Je tentais de lui sourire, mais mon visage était figé par la peine de cette malheureuse histoire d'ados. Il gardait une bonne attitude, faisant bonne figure, mais il avait de la colère envers son frère, de la jalousie aussi, peut-être. Alors, pour mettre fin à notre calvaire, je repris.
- une fois dans sa chambre, nous avons flirté. Je n'étais pas une nympho, comme toutes ses précédentes conquêtes. Alors j'ai voulu lui faire plaisir, il voulait que je lui fasse une « gâterie », je n'ai pas pu. Je suis partie en courant, honteuse. Dès le lendemain, ma réputation était fête, fille facile, salope et autre colifichet, d'où le surnom de miss pipe.
- je suis désolé Bella.
- tu n'y aies pour rien. J'ai vécu l'enfer pendant un semestre, enfermé chez moi, mon père avait peur pour ma santé mentale. Quant à Emmett, lui, ne m'adressait plus la parole, alors j'ai repris ma routine. Les pestes habituelles se moquaient de moi. C'était il y a près de cinq ans, mais mon orgueil ne s'en est jamais vraiment remis. C'est idiot n'est-ce pas. Mais chaque jour, je trouvais des mots dans mon casier, des filles me bousculaient et m'insultaient. Je n'avais rien fait et pourtant une bonne partie du Campus avait eu vent de notre histoire.
Je baisse les yeux vers mes pieds. Regardant au-delà, vers le tapis.
- Etre mauvais est une seconde nature pour certaine personne, ajoutai-je. Je suis bête de voir les choses sous cet angle-là, hein.
- non, humaine.
- j'ai commencé à faire des bêtises et l'une d'elle est d'être sortie avec mon meilleur ami. Il était attentionné, j'avais besoin de chaleur humaine, j'ai pris la lumière de son sourire pour une voie de sortie. Continuant dans les bêtises, j'ai couché pour la première fois avec mon meilleur ami, j'ai eu beaucoup de première fois avec lui. Et je les quittais. Enfin, j'ai tout fait pour qu'il me haïsse. Il était le bras sur lequel je me reposais, mais je savais que je ne pouvais pas rester avec lui. Ce n'était bon, ni pour lui, ni pour moi. J'ai tout fait pour qu'il s'éloigne, notre relation à durée réellement qu'un mois, je l'ai poussé dans les bras d'une autre. Je voulais rompre, je lui ai laissé ce privilège.
- tant mieux, mais je suis jaloux de ce mec.
- idiot.
- il y a toujours moyen de trouver nos premières fois.
- oui et bien, pas ce soir.
- tu n'as jamais reparlé à mon frère ?
- jamais eu envie, je suis en colère contre lui, je crois.
- ma mère est souvent en colère contre lui, mon père, aussi et même Rosalie. Et maintenant moi. C'est sa nature.
- si tu le dis.
- je sais que notre soirée n'a pas été tout à fait comme je l'imaginais en t'attendant, mais je suis heureux que tu saches tout de ma vie.
- oui, même si on a dû sérieusement simplifiée nos histoires.
- Bella, que t'a dit James.
- rien de bien méchant, mais il était en colère. Je ne sais pas pourquoi, il était furieux. Si Quil n'avait pas été là, je ne sais pas ce qu'il aurait pu faire, mais il m'a vraiment . . . effrayé.
- je ne sais pas ce qui lui arrive. J'ai d'autres amies qui m'ont déjà dit qu'il était parfois collant mais il n'a jamais rien fait.
- peut-être s'est-il imaginé des choses entre nous ?
- ce n'est pas une raison. Je lui parlerais.
Nous nous regardâmes longtemps, sans parler, simplement en appréciant d'être l'un avec l'autre. Nous contentant de nos doigts enlacés. Je ne sais pas à quel instant on s'est levé, pour se coucher.
La journée du lendemain est passée à une vitesse grand V, mais tant mieux. Ce week-end, mon père allait rencontrer mon chéri.
Une première pour moi, et pour Charlie.
