Bonjour à vous toutes et tous.
Je tiens à vous dire merci car j'ai reçu de très sympathiques reviews. Merci à Kaylena, Galswinthe, Annetoutsimplement, mlca66, Mamanlily et Shaelyce.
Des remerciement également pour celles qui suivent ma fic': Julytwilight, SoMalicia, maxine92, Alexa27 et Summer Daughter.
Bonne lecture.
10
Je n'y tenais plus, il y avait maintenant 10 jours que je ne l'avais pas vu. Il avait fallu que je reste alité car il était apparu sur mon dernier scanner une déchirure au niveau de l'un de mes poumons.
Mais aujourd'hui, je pouvais sortir. Il était hors de question que je rentre chez moi, les travaux avaient débutés et je n'étais vraiment pas en état de faire du camping, ou de dormir à même le sol. Je comptais sur le bon cœur de ma tendre et chère pour qu'elle accepte de me loger. Quant à l'ouverture de la clinique, j'avais dû me résoudre à la repousser. Ma mère avait pris en charge de prévenir mes invités que la soirée d'ouverture était reportée au mois suivant, le traiteur avait accepté lui aussi, dans tous les cas mon assurance aurait pris à en charge les frais de résiliation, si il y en avait eu.
Tout est géré. Il ne me reste plus qu'à me remettre de mes émotions, avancer, et pourquoi pas, faire évoluer ma vie et ma relation avec Bella.
Tout est fait, j'ai les papiers en main pour ma sortie. Je tiens mon sac à bout de bras, je sors dans le couloir, enthousiaste. Il n'y a qu'un pas à faire pour se reprendre. Je me motive pour retrouver une vie normale. Qui ne ferait pas la même chose après avoir vécu 10 ans au côté d'un . . . je ne sais même pas quel nom lui donner. Voilà une faiblesse et une vérité que je peux aisément avouer, je ne sais pas qui est l'homme qui habitait avec moi. Avec lequel j'ai vécu, qui m'a soutenu quand j'avais envie de boire. Pendant les heures les plus noires de ma vie, je pensais et encore aujourd'hui, qu'il était le seul à comprendre mes souffrances, mes manques.
Peu de personne comprendront ce qui me fait gamberger, mais imaginez-vous, vous en être remis corps et âme à une personne, à un moment de votre vie où vous avez eu, une si petite estime de vous-même que vous préfèreriez mourir, plus tôt que de faire face à vos démons ou à votre famille. James était cette personne et je sais que moi aussi, je lui ai apporté mon aide, malheureusement, son esprit a fait un glissement en me prenant pour une toute autre personne que celle que je m'étais promis d'être pour lui. J'ai toujours voulu être son ami, rien de plus.
Essayant d'éloigner mes sombres pensées pour revenir à des cieux plus cléments, je me dirige vers la chambre de ma belle. Je veux lui montrer comme je suis désolé de ce qui vient de lui arriver. Elle ne pourra pas sortir avant quelques jours et je souhaite la consoler à ma manière.
Une fois devant sa porte, j'entends des voix qui proviennent de sa chambre et je stoppe ma main qui était prête à toquer gaiement.
- Bella, il est temps que tu te bouges. Tu ne peux pas continuer à te terrer dans cette . . .
- morgue, Alice, une morgue. J'y suis bien. C'est mon travail, que tu le veuilles ou non.
- mais, tu travailles pour des clopinettes et tu n'es pas à l'abri de tomber sur un autre fou.
- si cela doit se passer, ça arrivera et tu le sais.
- j'ai peur pour toi, tu sais que ton métier ne m'a jamais rassuré, c'est une évidence, mais tu pourrais travailler à un tout autre niveau que pour un coroner.
- tu ne sais pas de quoi tu parles, le docteur Cullen est le meilleur, il travaille avec la marine, avec le bureau fédéral et je t'en passe. Ne viens pas dégrigner mon travail alors que tu ne sais pas en quoi il consiste.
- mais je le sais au contraire, comme papa, vous aimez vous mettre en danger, toi en trouvant les preuves contre un coupable et papa en les attrapant.
- au moins, je sais que tu connais mon travaille ma chérie, mais je pense les filles qu'il serait temps de laisser notre pauvre monsieur Masen entré.
Elles se retournent toutes les deux vers la porte. Bella incline la tête vers moi, je lui fais signe à travers le carreau opaque. Je suis sûre que l'on ne peut me reconnaitre mais le chérif est un être censé et un maitre dans son domaine, je ne savais pas qu'il était là, jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche.
Je pousse la porte de la chambre de mon amour et pénètre à l'intérieur. Trois paires d'yeux me détaillent. La première paire, avec un peu de colère, c'est le petit lutin qui n'aime pas être interrompu. La seconde est douce et pleine d'amour pour moi, ma chérie est heureuse de me voir. Quant à la troisième paire, c'est un mélange de gêne et de suspicion, voire de réticence, ce n'est pas gagner avec mon futur beau-père. Je sais, je mets la charrue avant les bœufs, mais il est évident que nous allons vivre une grande histoire tous les deux. Bella et moi aussi.
Ma chérie arbore un large sourire et je sais que j'ai le même. Nous sommes seuls au monde, plus rien existe.
- salut vous, dis-je rêveur.
- salut toi.
- comment te sens-tu ?
- comme un charme, tu es là.
Je me penche vers elle et glisse mes lèvres vers les siennes. Mais je suis stoppé par une douleur dans la poitrine.
- outche.
- mon pauvre chéri, on fait une belle bande d'écloper à nous d'eux.
Je ris de la comparaison, je tente une nouvelle fois de l'embrasser, mais ma chérie vient à mon secours en se rapprochant de moi. Je sens enfin le goût de ses lèvres sur les miennes.
- mmmh.
- on ne vous dérange pas trop au moins ?
- la ferme Alice.
- au moi, pour ce que j'en dis. Mais je crois que papa n'attendra pas que ton homme se rétablisse pour lui casser un bras si vous continuez comme ça.
- Alice, il est temps que nous rentrions ma chérie.
- mais papa.
- Al', une fois dans ta vie, une seule fois, ne pose pas de « mais » et fais ce que l'on te demande.
- tu rêves Charlie, elle est irrécupérable, ajoute ma belle.
- bon, Edward, je suis content de t'avoir revu et de te savoir en meilleure forme.
- merci monsieur Swan.
Il pose sa main sur mon épaule avec un peu de rudesse. Mon corps ne l'en remercie pas, quand la douleur irradie de ma clavicule, jusque dans le creux de mes reins.
- allé beau-frère, repose toi bien.
C'est au tour de sa fille de me martyriser. Elle me saute au cou, je ne peux retenir un cri de douleur et Bella de gronder sa sœur. Je vois le père et la fille sortir de la pièce, je suis certain d'apercevoir un sourire aux creux de leurs lèvres. Des sadiques.
- alors mon amour, tu sors aujourd'hui.
- oui, dis-je en revenant sur terre.
- eh bien, tu n'as pas l'air enchanté.
- je me sens coupable de te laisser là.
- tu n'y es pour rien, c'est lui qui nous a mis dans cet état.
- je sais, mais . . .
- viens t'assoir près de moi.
Je ne me fais pas prier, je me coule près d'elle, me collant à son flanc, évitant de toucher son bras cassée.
- tu as mal, dis-je.
- la jambe, ça va. Mais mon poignet me démange de temps en temps.
- mon pauvre amour, si je pouvais lui faire sa fête.
- Em' c'est déjà proposer.
- tu as vu mon frère ?
- ouep.
- quand ?
- le jour où je suis sortie du coma, presque trois jours déjà, en fin d'après-midi. Il y a 10 jours que nous sommes là.
- je voulais te voir, tu étais en réa, ils n'ont pas voulu qu'Em' m'emmène dans ta chambre.
- il ne m'a rien dit.
- il voulait me trouver un fauteuil et m'emmener près de toi, mais on lui a refusé l'accès à ta chambre.
- oui, il n'accepte que la famille dans le service de réa.
- tu sais, il ne s'est pas démonté, il a dit qu'il était ton frère.
Elle me regarde, attentive à la suite des évènements. Je lui caresse la joue. Il est temps que je sache ce qu'il y a dans sa petite tête.
- tu l'aime toujours.
- oui, je crois.
- ah.
- mais pas comme tu peux le croire.
- et comment crois-tu . . .
- nous avons mis les choses à plat et dans d'autres circonstances, tu aurais été mon beau-frère, mais le temps est passé, nous avons pansés nos plaies et maintenant, j'ai gagné un frère et un ami.
- je suis lequel des deux.
- aucun, idiot, toi tu es mon amour.
Je la serre dans mes bras, posant mes lèvres sur son front.
- je t'aime.
- idem.
- tu as cru que je te laisserai partir en revoyant ton frère ?
- un peu.
- tu as une mauvaise image de toi ou je ne t'intéresse pas tant que ça ?
- il m'a parlé de vous et des sentiments qu'il avait pour toi, je pense que l'on aime toute sa vie son premier amour.
- peut être as-tu raison, mais ce que je ressens pour toi, est un million de fois supérieur à tous ce que j'ai ressenti dans ma vie.
Je l'embrasse tendrement sur la bouche. Je sens, la chaleur de son corps inondait le mien, de frissons de plaisir.
- il est temps que j'y aille.
- Edward, tu viens d'arriver.
- oui, je sais mon amour, mais je bande dès que je suis en contact avec ta peau et là je ne suis pas loin d'être dur.
- et alors.
- Bella ne joue pas, je ne veux pas te blesser et quelqu'un pourrait rentrer.
Elle glisse sa main valide sur ma virilité. Et merde, je bande à m'en exploser la braguette.
- tu es une vilaine fille.
- mmmh, mmmh.
- Bella, dis-je en me collant à elle pour qu'elle sente mon membre contre sa cuisse. J'ai envie de toi.
- même comme ça, dit-elle en me montrant ses bandages et son plâtre.
- oui, tu es belle, quelle que soit ta tenue.
- tu sais je ne porte que cette affreuse chemise d'hôpital.
Elle est aguicheuse. Elle se mord la lèvre et me regarde avec un air coquin.
- c'est un attentat à la pudeur mademoiselle Swan.
- je n'oserai pas monsieur Masen, imaginez-vous que mon père est dans les forces de l'ordre, il serait très mal venu que je . . .
Je glisse une de mes mains sous son drap et lui caresse son intimité. Elle se tait immédiatement et plonge son regard dans le mien. J'applique un de mes doigts sur son clitoris, tournant lentement autour pour le durcir. Quand je sens qu'elle est sur le point de grogner d'impatience, je glisse mon majeur dans sa petite fente, offerte à mes bons soins. Elle se mord la lèvre avec un peu plus de fièvre. Je sens son bassin bouger d'avant en arrière. Je l'embrasse, glissant ma langue dans sa bouche et insérant un doigt supplémentaire dans son petit jardin. Un râle de plaisir s'échappe de ses lèvres et je souris de savoir que c'est moi qui lui fais ressentir ses émotions.
- prends-moi Edward.
- je ne veux pas te faire mal.
- tu me fais tout, sauf mal.
- je n'ai pas de préservatif.
- je prends la pilule, viens, s'il te plait.
Je retire mes doigts avec lenteur. Puis je retire le drap qui la recouvre. Je défais mon pantalon et glisse ma main dans mon boxer, libérant mon engin. Elle me sourit. Je n'attends pas de parole de sa part. Grisé par le désir et par le temps, je m'enfonce en elle. Je fais abstraction de mes douleurs, attentif aux siennes, mais elle me sourit toujours alors je commence à lui asséner par vagues, des coups de butoir. Je me laisse aller, ressentant sa présence, mais maladroit car j'ai peur de lui faire mal.
Elle appuie sa main sur mes fesses, accentuant la pression de mon bassin sur le sien et me pousse dans un rythme plus pressant. Je ne veux pas la faire souffrir alors je m'appuie d'une main sur le mur, cambrant le dos, et retenant le poids de mon corps, seuls nos bassins sont en contact. Je sens son orgasme proche, comme le mien, l'acte a été rapide, presque bâclé mais il répond à nos attentes. Quand je l'entends souffler mon nom, je la regarde, essoufflés mais heureux.
- merci mon ange.
- non, merci à toi.
- je ne t'ai pas fait mal au moins ?
- non monsieur, sauf si pour toi, donner du plaisir à une pauvre malade est interdit.
- je t'aime.
- je t'aime.
Je me pose sur le côté. Je ne lui dis pas que j'ai mal. Je ne veux pas qu'elle s'inquiète, elle pourrait faire vœux d'abstinence jusqu'à ce qu'elle soit sûr de mon bon rétablissement. Moi, je ne pourrais pas me retenir sur un si long terme.
- tu veux que je t'emmène un gant de toilette.
Elle rougit et acquiesce. Je me lève lentement, et vais dans la petite salle d'eau attenante et lui ramène un gant humide, pour qu'elle se fasse une toilette rapide.
- tu as des lingettes dans ma trousse, sur la tablette devant le miroir.
- merci.
Nous passons quelques minutes loin l'un de l'autre, cherchant à retrouver aspect humain et une intégrité au niveau de nos intimités. Je retourne dans sa chambre, la débarrasse de son gant et la recouvre de son drap.
- tu as besoin d'autre chose.
- non, sauf si tu es près à remettre ça.
Je ris, elle est incroyable. Je l'embrasse sur le front.
- tu es insatiable.
- j'ai eu une longue période d'abstinence et je compte bien me rattraper monsieur, alors attention à tes fesses.
J'éclate de rire.
- mais je suis ton homme.
- et moi ta femme.
Un bruit derrière moi me fait me retourner. Une femme grande et mince se tient dans l'entrebâillement de la porte. Elle est brune, jolie et surprise de ce qu'elle voit et peut être de ce qu'elle vient d'entendre. Mais Bella coupe court à toutes mes réflexions et à celles de la jeune femme.
- Angie, oh mais il ne fallait pas te déplacer.
- tu rigoles j'espère, ma meilleure amie est à l'hôpital, je l'apprends par hasard et en plus elle me reproche d'être venu.
Elle se tourne vers moi, me dévisage et me lance.
- Bonjour monsieur.
- Angela, je te présente Edward Masen, mon propriétaire.
- Bonjour monsieur Masen.
- appelez-moi Edward. Enchanté de faire votre connaissance Angéla.
Je fais bonne figure mais le fait que Bella me présente comme son propriétaire m'a profondément blessé. Surtout après ce que nous venons de partager.
- bon je vais y aller. Au revoir Bella.
- attends Edward.
Je me tourne vers elle. Elle a les larmes aux yeux. Je ne sais pas comment réagir. Alors je reste simplement là, à attendre qu'elle dise quelque chose. Le silence devient pesant.
- je prendrai de vos . . . de tes nouvelles par le biais de mon frère.
- pourquoi Em'.
Je la regarde, j'avais envie d'être méchant, pourquoi cacher notre relation à son amie. Angela a l'air de rien comprendre à ce qui se passe et moi non plus.
- Em', comme Emmett Cullen ?
- oui, Angie.
- Emmett a un frère, je ne savais pas.
- c'est mon demi-frère.
- le monde est petit quand on sait que ses deux-là été ensemble et maintenant vous êtes son « propriétaire », c'est drôle.
- Angéla !
- oui, voyez-vous monsieur Masen, Bella est superstitieuse, elle croit que si elle me dit que vous êtes en couple, je vais lui porter la poisse.
- Angéla Weber.
- quoi ? C'est la vérité !
- Angéla, merde.
- reste polie jeune fille. Edward tu vois, tu me permets de te tutoyer ?
- euh oui, dis-je perplexe.
- voilà, notre cher Bella croit qu'elle a la poisse en amour. Mais non, elle fait seulement les mauvais choix. Mais quand je te vois, dit-elle en se tournant vers moi, et sachant ce que j'ai entendu en arrivant, je sais qu'elle est « in love » de toi, mais qu'elle ne veut pas que je le sache pour ne pas m'en mêler. Mais tu vois ma grande, ajoute-t-elle en se tournant vers son amie, si je m'en suis mêlée les autres fois, c'est parce que je savais que tu faisais une erreur.
- eh bien, euh je vois.
- tu ne vois rien, tu n'as même pas vu que tu le blessais.
- je vais vous laisser entre filles.
- restes Edward, me demande Bella.
Je reviens vers elle, franchissant d'un pas la distance que j'avais mise entre nous.
- mes parents doivent m'attendre en bas, je t'appelle et je reviendrais te voir, quoi qu'il arrive.
- je t'aime.
- moi aussi mon ange, je t'aime. Mais il faut vraiment qu'on arrête de se jeter l'un sur l'autre comme ça.
Je sors de sa chambre en l'entendant rire aux larmes et je me dirige vers la sortie. Je prends l'ascenseur, incapable de descendre les escaliers. Je me rends compte que j'ai oublié de demander à Bella de me prêter son lit le temps de mes travaux. Je sais que ma mère ne m'aurais dans tous les cas pas permis de rentrer cette nuit. Je verrais demain, ou dans quelques jours.
Je suis devant la porte d'entrée de l'hôpital. Je vois la voiture de mes parents se garait. Je ne lève pas le bras pour leur montrer où je suis, je pourrais me blesser rien que par ce petit geste. Mon « ami » ne m'a vraiment pas loupé.
Je fais un pas en direction de ma famille, « il faut que tu te reprenne Masen ». Je greffe sur mon visage un sourire de circonstance et tends un bras en avant pour enlacer ma mère.
- je suis contente de te voir ainsi mon chéri.
- merci maman.
- j'aime encore plus quand tu m'appelles comme ça.
- Esmé, la taquine mon père, tu me laisse un peu de place.
- oui, oui mon amour.
Je la vois reculer et je suis sure de voir des larmes aux coins de ses yeux. Je prends son comportement pour une réaction logique d'une mère qui a eu des inquiétudes à cause de son enfant. Mais, il y a un point noir dans le tableau. Je suis resté trop peu de temps hospitalisé pour qu'elle soit dans cet état.
Je regarde mon père droit dans les yeux. Il ne détourne pas la tête, je suis certain que quelque chose ne va pas. Avant que je ne lui pose la question, il me prend dans ses bras et me serre contre lui. Ce geste est des plus anodins, mais voilà, on ne le fait jamais entre nous. Je sais avec certitude qu'il y a un problème. Je le repousse et replonge mes yeux dans les siens.
- papa ? Qui y a-t-il ?
- Edward.
Il est mal à l'aise. Il prend ma mère contre lui et elle se met immédiatement à pleurer. Carlisle prend mon sac, et emmène sa femme vers la voiture, la serrant contre son torse, pour atténuer ses sanglots. Ils me tournent le dos, me laissant là, ne sachant rien. Je n'arrive même pas à être en colère de leur silence. Ils n'ont pas pour habitudes de faire étalage de leurs émotions et ça, ça ne présage rien de bon.
Une fois devant leur voiture, ma mère est déjà installée à l'arrière, et je la remercie d'un sourire de m'éviter de me contorsionner pour rentrer dans le coupé sport trois portes de mon père.
Je ne pose aucunes questions et entre dans l'habitacle. Je remercie mon père qui m'aide à attacher ma ceinture de sécurité. Je ne dis toujours rien quand on sort du parking et tiens ma langue jusqu'à ce que la voiture arrive devant le portail de la propriété de mes parents.
Je sors tant bien que mal de la voiture et tends la main à ma mère pour qu'elle sorte à son tour. Mon père fait le tour de la voiture et prend mon sac qu'il avait mis dans le coffre.
- il est temps que vous me parliez.
- oui, fils, rentrons.
- viens, me dit-Esmé en prenant mon bras et en suivant mon père à l'intérieur.
Leur villa est une magnifique maison. Elle est faite de pierre de taille d'une blancheur éblouissante. En façade, une bâtisse de trois niveaux. Sa porte d'entrée, de type coloniale avec son porche et ses colonnes ornementales, porte une petite terrasse qui donne sur la chambre de mes parents.
Quand on rentre à l'intérieur, l'immense escalier qui mène à l'étage nous distrait du reste du vestibule, puis lentement, on est soufflé par la décoration. On s'attend à trouver de vieux meubles types Louis XV, ou en accord avec une maison sudiste comme son aspect extérieur laisse croire, rencontrer un serviteur en livré si on pousse la ressemblance vers une page de notre histoire encore encré dans nos esprits, mais non, au lieu de ça, on est dans un loft et l'escalier est hors du temps, au milieu des parois vitrés et des sols en parquets de chêne. Sa longue rampe en marbre et ses marches du même matériau pourraient jurer mais contre toute attente, l'ensemble se marie avec douceur et goût.
- Edward.
La voix de ma mère d'adoption est lasse. Elle est fatiguée et je m'en veux d'en être la cause. Je la suis dans la grande cuisine. Il est presque midi et mon ventre cri famine.
- tu veux manger quelque chose ?
- si tu me permets d'investir votre frigo, je pourrais me rendre utile pendant que vous me racontez ce qui ne va pas.
- je te laisse lui expliquer Carlisle, je ne me sens pas la force de lui apprendre le fin mot de cette histoire.
J'ouvre le réfrigérateur et en sors ce qui me tombe sous la main. Reste de poulet rôti, pomme de terre vapeur et tomates cerises. Je désosse le poulet et le coupe en dé. Je mélange la viande et les pommes de terre. J'attrape l'huile d'olive et le vinaigre de Xérès. Je mélange un peu de chaque dans un bol, ajoutant sel, poivre et des câpres. Quand j'estime que le tout est prêt, je pose le tout sur l'ilot central de la cuisine. Esmé a déjà mis en place les assiettes et les couverts. J'attrape la carafe qui est au frais et 3 verres dans le vaisselier.
- bon, il est temps que je sois informé. Je t'écoute papa.
- tu devrais manger d'abord, je ne suis pas sûre que tu le veuilles après ?
Je le dévisage, une réplique de sa part que je ne connais pas, et pour cause, depuis l'enfance, il nous répète l'importance de bien mangé et de ne pas sauter de repas. C'est une réflexion immature, mais je les revois, 12 ans plus tôt, m'annonçant que je ne viendrais pas vivre chez eux, tant que je ne me serais pas soigné. Je me souviens d'Esmé, de son regard, de ses mains qui tremblaient. Je me souviens de mon père qui ne pouvait s'empêcher de me regarder fixement.
A cet instant, ils ont la même attitude, mais je ne veux pas avoir la faiblesse de reculer, il me faut des réponses. Et je les veux immédiatement.
- laisse-moi seul juge, dis-je passablement énervé de devoir attendre encore une fois ses explications.
- comme tu veux.
Il s'assoit face à moi, me proposant d'un signe de la main de faire de même. Je m'exécute. Commence alors le descriptif des crimes de James. Je n'entends plus rien, seulement le son de sa voix. Le ronron familier des équipements ménagers deviennent un bruit sourd, face aux vérités qui me sont révélés. Je pose la fourchette que j'ai en main, ma mère avait raison, je ne suis pas près de manger.
Pendant ce qu'il me semble être une éternité, mon père m'informe des horreurs qui ont été commises. En lisant un roman, en regardant un film sur le sujet, on se dit cela n'existe pas dans la vie, c'est impossible. Comment admettre que cela fait partis de notre propre vie. Je n'ai pas le choix, c'est la mienne. Et je n'en veux pas.
