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Merci encore de vos encouragements. Comme vous l'avez vu, le chapitre précédent été plus court. Je voulais y inclure 2 choses :

La direction de l'intrigue et 2 personnages dont je n'ai pas parlé (ou fait parlé serrait plus juste) jusque-là.

Je tiens à remercier celles qui me suivent et me soutiennent avec des reviews dithyrambiques qui me motivent chaque fois que j'ai le syndrome de la page blanche. Merci à Galswinthe, Mamanlily, natacha77, Kaylena, mlca66 et Annetoutsimplement. Mais aussi à celles qui passent et suivent « rencontre », lyra phoenix snape riddle, Jackie et son très gentil message, Edward'Bella Cullen62 et virginie17

Donc j'espère que la suite sera à la hauteur de vos attentes. A bientôt et bonne lecture.

NB : j'ai changé ma présentation, car je ne la trouvais pas assez claire. Dites-moi si c'est mieux pour vous. Et on m'a fait remarquer que j'avais encore fait des fautes et des coquilles, désolée, quand on écrit à mon rythme, on est emporté par l'inspiration et la relecture apporte le doute qui enlève le charme de l'instant.

(Bella)

Je marchais le long de la plage. Cela faisait une semaine que je m'étais éloignée de lui. Autant de jours et d'heures, de minutes, pendant lesquelles, j'avais l'impression de devoir lutter pour respirer. Ne pas le voir, ne pas le sentir près de moi, au-delà du manque physique, son absence me détruisait petit à petit.

Je marche presque chaque jour, sur la longue plage de galets de la Push. Je m'obstine à avancer toujours plus loin. Je suis dans l'attente d'une bonne nouvelle. Je ne souhaite qu'une chose, c'est qu'il est pris la décision de contacter un professionnel, je ne souhaite qu'une chose, c'est qu'il est enfin demander de l'aide.

Je repense à notre dernière conversation, notre première dispute. Les larmes me viennent automatiquement aux yeux, quand mon esprit aborde ce souvenir. Je ne supporte pas l'idée, que j'ai tout fait capoter entre nous. Mais je ne savais pas comment réagir. J'avais peur quand lui montrant ma peine, il ne l'interprète comme de la pitié, du dégoût ou un sentiment plus sombre. Mais je n'avais jamais pris une telle gifle de ma vie, même si elle est psychologique et non physique. Quand je l'ai vu s'assoir, se tassant au fond de son fauteuil, quand j'ai vu ses larmes, que j'ai senti les miennes. Je n'ai pas su . . . je n'ai pas su quoi dire.

Je savais qu'il existe des enfants qui subissent des atrocités, c'est malheureux, mais ce n'est malheureusement pas une fiction. J'avais déjà entendu ces cas de viols sur des hommes. Mais de savoir que cela existe et avoir face à nous l'une des victimes est une tout autre chose. Je frissonne. Mon cœur s'emballe. Je n'ai pas pu me retenir. Les souvenirs de ce jour d'enfer que m'a fait vivre James me revient en tête, et j'aurais voulu ne jamais me le remémorer. Ce n'est pas temps ce que j'ai vécu, mais son regard, ses mots et son comportement. Il avançait vers moi, et je savais qu'une chose, c'est qu'il voulait me détruire.

Je regarde au loin, la courbe de l'océan Pacifique, regardant l'horizon, y cherchant des réponses ou simplement assez de recul, pour que je prenne les bonnes résolutions.

Il y a du vent ce matin, et une pluie fine me recouvre lentement le visage et les cheveux. Je suis assise sur une vieille souche, qui a échouée ici, il y a des années, je ne me souviens pas, ne pas l'avoir vu ici. Je m'y assois depuis ma plus tendre enfance. Je détourne les yeux du grand large et regarde la trame du bois sur lequel je suis assise. J'y dépose ma main et caresse mollement la matière. Elle est douce et ferme. Une texture agréable et reposante.

Alors que je suis perdue dans mes pensées, je n'entends pas, que quelqu'un approche. Je sens des mains se poser sur mes yeux. Je ne sursaute même pas, ici, je n'ai que des amis, je sais que j'y suis en sécurité.

- hello, belli bell's.

- salut Embry, tu viens me tenir compagnie ou ton meilleur pote t'a demandé de veiller sur cette fêlée de Bella.

- umh, laisse-moi réfléchir, les deux, non ?

Il s'assoit près de moi et je lui envoie mon poing dans l'épaule. Autant mettre un coup de poing dans l'eau, ça n'a pas fait une vague.

- comment te sens-tu, ma belle ?

- ça va.

- oh, oh, Bella, ici la terre, tu sais à qui tu parles.

- ça va Emb', ça va.

- c'est marrant, quand je suis arrivé ce n'est pas du tout ce que je pensais. Allé, fais toi plaisir et racontes-moi ce qui ne va pas.

- je n'en ai pas envie, pas maintenant et puis . . .

- je ne te propose pas de me parler pour aller le chanter sur les toits, je te propose de l'aide.

- je sais, mais je n'y arrive pas.

- explique.

Je souffle bruyamment, je sens la prise de tête pointer à l'horizon. Je détourne mes yeux de mon ami et les reportent sur l'océan. Pendant de longues minutes, je ne dis rien. Ce que j'apprécie chez Embry, c'est qu'il sait quand il faut qu'il garde le silence. Il y a des personnes, hommes et femmes confondus, qui ne savent pas rester là, à regarder la beauté de ce qui les entourent sans se sentir obligés de la ramener. C'est sans doute grâce à ce trait de caractère, que je décide de faire tomber mes barrières, et d'enfin oser révéler à quelqu'un mes sentiments actuels. Pour la première fois depuis des années, j'accepte de tomber le masque.

- j'ai une vie de merde !

- et ?

- je suis en passe d'être validée en tant que légiste. Je dois présenter mon exam' final et mon oral la semaine prochaine, mais je n'ai rien foutu dessus. J'ai complètement laissé de côté ma vie professionnelle, depuis que ma vie perso à tout foutue en l'air.

Je me tais, j'en ai beaucoup dit, en peu de temps et de mots. Je ne sais pas si j'ai envie de développer, ou si j'en ai simplement la force. Je sais que je vais encore me mettre à pleurer et je ne supporte pas de me donner en spectacle. Le bras de mon ami se pose sur mes épaules. Il m'attire contre lui et dépose un baiser sur mon front.

- dis-moi Bella, ça ne te dirait pas que l'on se mette à l'abri.

- si, tu me propose quoi ?

- une glace, chez Barny's.

- le temps ne me donne pas envie d'une glace.

- et une bonne tarte aux pommes ?

- c'est déjà mieux.

- avec une boule à la vanille.

- ok, t'as gagné.

Nous voilà partis, remontant la longue trainée de cailloux, qui mène jusqu'au parking.

(Edward)

Je suis assis dans le hall d'entrée. Ma secrétaire est partie. L'infirmière que j'ai embauchée reste cette nuit avec ma patiente. Je lui ai enlevé une série de grain de beauté qu'elle avait sur les jambes et qu'elle ne supportait plus. Elle ne s'était pas mise en short ou en jupe depuis son adolescence. Elle m'avait fait rire quand je lui avais dit qu'elle pourrait rentrer chez elle le lendemain. « Je vais pouvoir me mettre en maillot de bain ».

Je n'ai eu que des interventions en ambulatoire cette fin de semaine. J'essaye si possible de ne pas garder mes patients le week-end.

Je me suis installé en bas. Je ne veux pas que quelqu'un sache ce que je m'apprête à faire. Personne n'a besoin de le savoir. Je suis plongé dans mes pensées quand je vois un homme s'arrêtait devant la porte d'entrée. Il regarde autour de lui. Je profite de cet instant pour le détailler. Il est grand, de ma taille, blond, mince en apparence mais ses épaules sont larges et lui donne une carrure sportive, élancée. Il se tourne vers l'entrée et par la même occasion vers moi. Il m'aperçoit et me fait signe. Je me lève et me dirige vers lui.

- monsieur Masen ?

- oui, vous êtes monsieur Withlock ?

- oui, vous pouvez m'appeler Jasper, si vous le souhaitez.

- alors n'hésitez pas à m'appeler Edward.

On se sert la main et il me sourit. Je sens une vague de calme m'envahir. Cet homme a l'air d'être bon, bien faisant. Je lui propose de me suivre, ouvrant la marche pour entrer dans mon bureau. Une fois devant la porte de celui-ci, je la lui ouvre et lui propose de passer en premier. Il entre dans la pièce, jetant un coup d'œil sur la décoration et les photos que j'y ai entreposé.

- je ne sais pas comment ça se passe habituellement, dois-je faire quelque chose en particulier ?

- non, juste vous installer dans le fauteuil le plus confortable pour vous.

- bien, lui dis-je en m'installant. Faites de même.

- merci, dit-il, en se plaçant devant moi.

- voulez-vous boire quelque chose.

- non, merci Edward. Je vous sens tendu.

- oui.

- souhaitez-vous que nous arrêtons là notre entretient ?

- je serais tenté de vous dire oui, mais cela n'arrangerait en rien mes affaires. Par où voulez-vous que je commence.

- je pourrais vous dire, simplement par le début, mais peut-être pourriez-vous commencer par ce qui vous a poussé à me contacter.

Je le regarde sans un mot. Au moins il est direct, et ne tourne pas autour du pot. Je ne craignais qu'une chose, qu'il commence avec des discours sur l'importance du « moi », etc . . . mais non.

- Edward, je voudrais savoir si vous avez déjà suivi une thérapie ?

- oui.

- pouvez-vous m'en parler.

Je détourne les yeux, je croise les jambes et commence à parler, employant un ton professionnel pour brider mes émotions.

- j'ai suivi une cure de désintox quand j'avais 17 ans, jusqu'à mes 18. Les règles étaient simples et l'une d'elle nous imposait de venir à des réunions de groupe. C'est la seule expérience que j'ai en matière de suivi psy.

- d'accord, et quel souvenir en avez-vous ?

- c'est flou, à cet époque, je n'étais pas bien dans ma peau et je n'arrivais pas à passer un cap important.

- lequel ?

- la mort de ma mère et de son mari.

Il me regarde, mais ne dit rien. Pas d'excuse, pas de condoléance. Il est pro, jusqu'au bout. Son attitude est juste ce dont j'avais besoin.

- voulez-vous en parler ?

- je ne sais pas. J'ai raconté mon histoire à de trop nombreuses reprises d'après moi. Mais pour faire simple, ils ont eu un accident en venant me récupérer au conservatoire. Un chauffard ivre leur est rentré dedans. Aaron, mon beau-père est mort sur le coup. Ma mère a été mise dans le coma pour lui éviter des souffrances supplémentaires. Elle est morte près de 8 jours après son mari.

- que vous est-il arrivé après ça.

- le grand cirque habituel pour le gosse de riche que j'étais. Je ne supportais plus les personnes qui gravitaient autour de moi, j'ai fini dans la rue, à moitié nu, sans papier, sans argent.

- pouvez-vous développer Edward.

Je ne le souhaite pas vraiment, mais il est agréable de parler à quelqu'un qui n'est pas là pour juger, mais pour écouter.

- je n'arrivais pas à faire mon deuil et je ne voulais de l'aide de personne. Je n'ai même pas informé mon père de la mort de ma mère. Il l'a su, quand il a appris, dans quelle misère émotionnelle j'étais tombé.

- comment l'a-t-il su.

- vous me posez une colle. Je ne sais pas.

- vous ne lui avez jamais demandé.

- non.

Je gardais le silence. Comment se fait-il que je ne me sois jamais poser la question. Je ne sais pas qui l'en a informé.

- Edward, pouvez-vous me dire, ce que vous entendez par « grand cirque ».

- oui, dis-je en riant, la totale. Drogue, alcool, prostituées et partouze en tout genre.

- que pensez-vous de cette époque.

- je n'en pense rien.

- en êtes-vous sur ?

Je le dévisage, il veut me faire dire quelque chose et j'avoue que je ne sais pas trop où il veut en venir.

- que souhaitez-vous que je vous dise Jasper.

- comment en êtes-vous venu à ce genre de pratique.

- alors là, je dois avouer que je ne sais pas. C'est comme si vous me demandiez pourquoi je buvais, pourquoi je fumais et pourquoi je couchais avec tous les jupons qui passaient à porter de main.

- justement ?

- je ne sais pas, savez-vous toujours pourquoi vous faites une chose ou une autre.

- non Edward, vous avez parfaitement raison. Mais la question est de savoir si vous savez pourquoi vous, vous aviez ce genre de pratique ?

Je le regarde, encore une fois, sa franchise est satisfaisante et me donne envie de continuer. Mais pour une première fois, je crois que je me suis assez ouvert à lui.

- Edward, souhaitez-vous que nous nous revoyons, de manière ponctuelle.

- oui, je pense que ce serait positif pour moi.

- souhaitez-vous que nous nous arrêtions là, pour aujourd'hui.

Je me lève, je crois que je pourrais dormir tranquille en sachant que je me suis ouvert à quelqu'un. Je regarde l'heure, il est bientôt 19h.

- je ne sais pas s'il est judicieux pour vous, de vous proposer de rester un peu plus longtemps, j'ai pu voir que votre épouse est une personne explosive, si je peux me permettre.

Il éclate de rire. Tout son visage rayonne. Je ne peux m'empêcher de le trouver intriguant. Il est totalement différent quand on lui parle de sa femme.

- pas de problème Edward. Alice est une grande fille et surtout elle ne rentre jamais avant 20h à la maison.

- bien, alors par où commencer.

Je lui raconte mon histoire, ne lui cachant rien de ce que j'ai vécu. En premier lieu, l'alcool. Pui la drogue. Je ne me satisfaisais plus de mon addiction aux liqueurs en tout genre et la drogue me permettait de partir plus loin dans mes délires.

- puis il y a eu le sexe. J'ai commencé par des salopes qui aimaient se faire sauter par n'importe qui.

- votre langage n'est-il pas un peu dur.

- oh non, à cette époque je suis tombé dans un cercle vicieux, j'ai même cru que j'allais mourir mais je pense que je n'attendais que ça. Pour être honnête, je n'attendais plus rien de ma vie, elle était morte et moi aussi.

- vous parlez de votre mère.

- oui, c'était ma meilleure amie, la seule à cette époque.

- et aujourd'hui ?

- je n'ai plus d'amis, je suis seul.

- et Bella ?

- elle est tout ce que j'attendais.

Je me tourne vers lui, plongeant mes yeux dans les siens.

- je sais que je n'aurai pas dû vous appeler.

- je sais que je n'aurai pas dû vous répondre Edward. Mais je sais également qu'il vous a fallu du courage, que beaucoup des barrages que vous aviez mis en place autour de vous sont tombés, pour que vous fassiez le choix de m'appeler. Auriez-vous préférer que je vous dise non ? Avez-vous peur de nos futures relations familiales ?

- un peu oui.

- je comprends et si vous le souhaitez on peut arrêter là.

- je ne crois pas que ça changerait grand-chose d'aller voir un de vos confrères. Et j'apprécie votre manière d'être.

- merci.

- mais je ne veux en aucun cas que ma famille soit informée de nos rencontre, j'y inclue la famille de Bella.

- c'est évident.

- alors je pense que pour une première fois, nous avons bien commencé, non ?

- oui Edward, quand souhaitez-vous que nous nous revoyons.

- quand êtes-vous libre ?

- chaque soir, à la même heure qu'aujourd'hui. Je finis tôt habituellement.

- je suis navré, plus tôt met impossible, quand pouvez-vous me recevoir.

- Edward, je viendrais vous voir à la même heure, c'est sur ma route et puis je souhaite réellement vous aidez.

Nous nous serrons la main. Il me salut et sors de mon bureau. Je m'assoie de nouveau dans mon siège. Première séance intéressante.

(Bella)

Je mange une délicieuse tarte aux pommes et à la cannelle. Elle est succulente. Embry a pris un banana split énorme, le format familial et il le dévore.

- comment tu fais pour ne pas être écœuré ?

- ch'est trop bon, mais ch'est froid.

- manges moins vite.

- je ne peux pas, ch'est trop délicieux.

Je finis mon assiette, et le laisse finir la sienne. Je regarde par la fenêtre. La pluie fine s'est transformée en un vilain crachin. Le ciel est noir.

- on va avoir un orage.

- Bella, ne me tente pas.

- hein ?

- je t'ai emmené ici pour discuter.

- alors je t'écoute Embry Call, que veux-tu me dire.

- tu m'agace ma vieille. Tu fais quoi ici ? Dans ce bled paumé ? Tu as quittée Forks pour faire ta vie, alors te voir revenir, ça me gêne.

- si tu ne veux pas me voir pourquoi tu es venu me voir ?

- mais tu es mon amie ?

- alors comportes toi comme tel.

Il garde sa cuillère en suspens dans l'air et me dévisage. Il est bouche bée. Je lui tire la langue et bois une gorgée de mon milk-shake.

- je suis ton ami Bella.

- tu n'as pas toujours été là pour me le montrer.

- Jake est mon meilleur ami d'enfance.

- je sais, mais je ne te demandais pas de faire un choix entre nous deux, j'aurais aimé que tu restes le même.

- tu es partie du jour au lendemain, Jake et Leah étaient ensemble. Je devais faire quoi ? Tout ça pour un mec ?

- oui, mais je l'aimais, et Jake est mon meilleur ami, à moi aussi. On a toujours tout fait ensemble nous trois.

- Bella, je ne savais pas comment réagir. Je t'avoue que je n'ai déjà pas compris pourquoi vous vous êtes mis ensemble.

Je le regarde et j'éclate de rire.

- je dois avouer que moi non plus.

- tu as l'air triste Bella, qu'est ce qui t'arrives ?

- pfiou, pas envie de prise de tête, fais-moi ce cadeau !

- comme tu veux, je ne te l'ai pas dit mais j'ai vu Jake.

- oui et alors !

- c'est lui qui m'a dit que tu étais de retour.

- et alors.

- ne sois pas agressive, il est inquiet, Quil lui a dit ce qui s'est passé pour toi.

- merde, mais il vous est impossible de vous occuper d'autre chose que de vos affaires, bordel.

La serveuse derrière son comptoir lève la tête et nous regarde. La méchante Bella n'a qu'une envie, lever son doigt et lui faire un fuck. Mais je ne le ferais pas, je ne suis plus cette fille-là.

- je t'aime comme une sœur, tu le sais, et tous les gars à la Push pensent comme moi. Si ce mec n'avait pas été sous les verrous, on lui aurait fait la peau.

- je-ne-veux-pas-parler-de-ça ! Ok !

- tu aurais pu mourir et tu me demandes de faire comme si rien ne c'était passé. Tu ne peux pas me demander de fermer les yeux sur cette affaire, je suis quoi pour toi, un inconnu, un emmerdeur, ou simplement un empêcheur de tourner en rond !

- un peu de ça !

- sa-lo-pe !

Je l'observe, il est en colère et triste mais je sais que seul un véritable ami parle de cette manière, ou un psychopathe.

- depuis cette histoire, je préfère « connasse ».

Il éclate de rire et prend ma main dans la sienne, la portant à ses lèvres.

- comment vas-tu ?

- pas bien.

- enfin un mot proche de la vérité.

- si tu deviens lourd ne t'attends pas à ce que je continue.

- ok, j'assume, je suis un couillon maladroit, mais je sais écouter mes amis quand ils en ont besoin, et tu es une petite veinarde, t'es mon amie.

- couillon ?

- Lola, terminale B.

- je savais que je connaissais cette réplique.

- vilaine. Raconte-moi, chérie.

- je lui ai dit des choses horribles, je lui ai fait du chantage et je ne m'en remets pas.

- c'n'est pas cool.

- je sais, mais il y a du nouveau dans ma vie et je ne veux pas . . . je ne peux pas mal débuter les choses.

- je suis perdu Bella.

- je suis enceinte.

- oh ben merde alors.

- comme tu dis.

- je vais être tonton !

- si tu le vois comme ça.

- oh, la, loose.

Je suis son regard, derrière moi, Jacob nous observe. Vu la tête qu'il fait, il a tout entendu. Il se détourne et sort dans la rue, passant devant notre table, sans un regard.

- tu le savais ?

- quoi ? Qu'il était là ? Mais non, j'étais en train de bouffer et tu me sors ça ! Je lève les yeux et bam, Jacob.

- j'ai vraiment la poisse.

- tu l'as dit chérie.

- oh, la ferme Emb'.

- ok, ok !

Mais pourquoi faut-il toujours que je l'ouvre au mauvais moment. Merde, s'il y a bien quelqu'un à qui je devais le dire en premier c'est lui. Je vais devoir rattraper le coup avec mon meilleur ami. Je prends mon portable et me lève de table. Je pose un billet de dollars sur la table et laisse en plan mon benêt d'ami pour rejoindre celui qui vient de partir. Je compose son numéro, je tombe direct sur sa messagerie.

- Jacob, c'est Bella, rejoints moi à la falaise. Je ne te laisse pas le choix, si tu ne viens pas je vais te chercher cher ton père et s'il faut je rameuterais toute l'équipe. Je t'attends.

Je raccroche, monte sur ma moto. Je glisse les écouteurs de mon portable à mes oreilles et lance la lecture de ma Play liste. Je mets mon casque quand débute le titre de The Verve, Lucky man. Je laisse la musique m'emporter.

(Edward)

Une journée de plus qui passe, me laissant seul et loin de Bella. Il a maintenant huit jours qu'elle est partie loin de moi. On est samedi, et je suis pour la première fois depuis longtemps . . . reposé ! J'ai pu dormir une nuit complète pour la première fois depuis très longtemps. Que de première fois . . . depuis longtemps, mais le repos était attendu.

Et je sais que je le dois à mon entretien de la veille avec Jasper. Il m'avait posé des questions, j'y avais répondu quand mes émotions me le permettaient ou simplement je les éludais, me lançant dans une autre direction.

La journée touchait à sa fin et j'attendais mon invité, au même endroit que la veille. Mais à la différence d'hier, aujourd'hui, j'attendais sa venue. Je dois avouer que je ne penser pas le voir avant la semaine prochaine, et pour cause, on est samedi, et en se premier jour de week-end, je pensais qu'il préférerait être avec sa femme et son fils. Pourtant en fin de matinée, j'avais reçu un appel de sa part, dans lequel il me proposait de nous rencontrer. Je n'avais pas fait ma fine bouche, j'attendais que ça. Il m'offrait un exutoire à mes peines.

Contre toute attente, je n'avais pas appelé Bella. Je ne voulais pas lui dire que j'avais répondu à sa demande. Bien entendu, je le lui dirais, à un moment ou à un autre. Mais j'avais besoin de garder le secret, le temps que je comprenne ce qui ne tourne pas rond chez moi.

L'heure approchait, et plus l'heure approchait, plus je sentais l'impatience grandir en moi. Pendant toute ma vie, une grosse partie en tout cas, j'avais refusé de me confier à quelqu'un, quel que soit le sujet. Chagrin d'amour, dispute, tristesse, solitude ou malaise. Toute ma vie, aussi courte soit-elle, j'avais fait preuve de réticence ou de réserve, en ce qui concerne mes émotions. Mais j'avais découvert une chose surprenante à mon sujet, j'ai besoin de parler de moi, j'ai besoin de me confier.

C'est pourquoi, j'attendais Jasper, pour bénéficier d'une oreille attentive. Je baissais les yeux sur ma montre et regardais l'heure. Presque 18h, il ne devrait pas tarder. Je relève les yeux vers l'entrée et l'aperçoit devant ma porte. Je me dirige vers lui, pour l'accueillir comme il se doit.

- bonjour monsieur Withlock.

- Jasper suffira, comment allez-vous Edward ?

- bien, merci. Vous buvez quelques choses ?

- un verre d'eau si vous avez !

- oui, suivez-moi.

Je rentre dans la tisanerie, j'attrape une bouteille d'eau minérale, un verre et les lui tends.

- merci.

- on reprend où nous en étions ? me demande-t-il.

- oui, vous préférez mon bureau.

- c'est vous qui voyez.

- je n'ai aucun patient, je vous avoue que je ne pensais pas vous voir aujourd'hui. On est samedi.

- ma femme et mon fils sont en visite chez une amie à elle et je sais que si elle ne rentre pas tard, elle ne rentrera pas du tout.

- oh.

- soirée entre fille.

-ok.

Je m'installe dans une chaise avec accoudoirs et je le laisse prendre place où il le souhaite. Il décide de s'assoir à côté de moi, en bout de table. Il tourne son corps vers moi, et croise ses jambes.

- voulez-vous que l'on fasse le point sur ce que vous m'avez dit hier.

- pas vraiment, j'ai envie de m'épancher, au fil de la conversation.

- bien, c'est quand vous voulez.

Je lui souris, puis je repense à ce que je lui ai déjà raconté, ma mère, son départ, notre vie de bohème, Aaron, leurs morts . . . je revenais un instant sur la cure. Mais il me restait quelque chose d'intime, de secret et de terrible, que je n'avais dit à personne, mais qui me pesait sur la conscience, comme une chape de plomb.

- j'ai pu vous dire que j'étais tombé bien bas !

- vous m'avez parlé de vos pratiques du moment.

- oui, alcool, drogue, les filles et les partouzes.

- exact.

- lors de mon passage au centre . . . j'ai eu une . . . enfin, j'ai subi . . .

- prenez votre temps Edward.

- j'ai rencontré, ce que je croyais être un ami.

Il m'écoute. Il est attentif. J'ai peur de lâcher les mots comme une bombe. Je me dis aussi qu'il a dû en entendre des paroles difficiles. Mais je ne sais pas comment aborder le problème. De front, me semble le plus logique. C'est facile à dire, ou à penser, beaucoup moins à avouer.

- lors de ma convalescence, alors que j'étais en manque j'ai dû prendre des calmants, pour éviter à mon corps de subir un trop gros choc, en lui faisant subir un sevrage trop rapide. Un soir où j'étais dans le flou le plus complet, j'ai rêvé que l'on me faisait . . . une fellation . . .

- et vous vous êtes aperçu, que vous ne rêviez pas.

- oui, un jeune homme avec qui j'avais sympathisé était en train de . . .

- je comprends Edward.

- il avait raconté lors de l'une des réunions de groupe qu'il avait subi des maltraitances d'ordre sexuel. Quand . . . quand, j'ai réalisé que je grognais, oui c'est le terme, quand je me suis rendu compte que je prenais du plaisir, j'ai ouvert les yeux et je l'ai vu . . .

Je me tais, le plus dur reste à dire, mais je ne sais pas comment faire.

- qu'avez-vous fait quand vous avez compris qui, il était et ce qu'il faisait.

- je croyais que je revivais d'une de mes nombreuses parties de jambes en l'air. Mais quand j'ai vu ses yeux, j'ai voulu . . . enfin, je ne sais pas ce qui s'est passé après, je sais simplement que je me suis senti coupable, je repensais aux sévices qu'il avait avoué avoir vécu, et je me sentais sale . . . et coupable . . . et pendant longtemps je l'ai occulté.

- et maintenant, quels sont vos sentiments à ce souvenir.

- tout à changer, la culpabilité c'est changé en haine.

- pourquoi ?

- c'est lui qui m'a mis en pièces et a tenté de tuer Bella.

Il encaisse la nouvelle en palissant légèrement. Mon amour ne lui a pas dit, ni sa femme.

- il m'a avoué qu'il y avait pris du plaisir . . . que je lui appartenais . . . que toutes les femmes qui ont été proches de moi, il les avait écartés . . . et moi, pendant ce temps je me sentais fautif de quelque chose que je n'avais pas fait.

- Edward, comprenez-vous que la victime n'a jamais été cet homme, mais vous ?

- non, justement, je n'arrive pas à l'accepter et vous voulez savoir pourquoi ?

- je vous écoute.

- car pendant ma descente aux enfers, pendant ma chute vertigineuse vers une mort imminente, je n'ai pas eu que des rapports avec des femmes, mais aussi avec des hommes.

Voilà, c'est dit. Pendant toutes ses années, je n'ai jamais voulu le dire, j'avais honte.

- je n'avais aucune estime de moi et parfois j'étais tellement défoncé que je ne me rendais compte de rien, c'est une fois que je me réveillais, le lendemain, que les douleurs de mon corps se révélaient et se réveillaient elles aussi.

- et comment abordez-vous cette période de votre vie.

- vous êtes le premier à qui j'en parle, même Sam, mon parrain des AA, ne le sait pas et il ne le sera jamais.

- et Bella.

- personne ne doit jamais savoir.

- les pratiques sexuelles de cet ordre-là, sont soit consenti, soit imposé. Pour vous, d'après votre expérience, elles étaient de quelle nature.

- je ne comprends pas le sens de votre question.

- Edward étiez-vous un agent actif, ou passif.

- vous me demandez si je jouais le rôle de la femme ou de l'homme ?

- est-ce comme ça que vous voyez les choses ?

- si nous sommes là, à parler de ça c'est justement parce que je ne sais pas comment envisager la chose. Même en vous voyant arrivé tout à l'heure, je ne savais pas que je vous parlerais de ça. Je vous l'ai dit, pendant très longtemps j'ai occulté une bonne partie de mes souvenirs, ceux qui ne me permettaient pas d'avancer dans la vie.

- pourquoi avoir fait le choix de m'en parler aujourd'hui ?

- hier, je vous ai demandé par où commencer mon récit, vous m'avez dit par le début.

- oui, je me souviens.

- mais vous avez ajouté, que je pouvais commencer par ce qui m'avait décidé à vous appeler ?

- oui, c'est vrai.

- ben, je vous ai appelé pour ça. Depuis mon agression, avant devrai-je dire . . . je me suis rendu compte que je me sentais coupable de lui avoir infligé . . .

Je souffle, je retiens mes larmes avec difficulté, je ne peux plus le regarder.

- de lui avoir infligé la même chose que j'avais moi-même vécu. Voilà. Pendant plus de 10 longues années, je me suis détesté, j'ai voulu expié mes fautes, refusant d'être heureux, d'être aimé et maintenant . . . enfin ce jour-là, quand je me suis jeté sur lui, que je lui ai demandé de se taire, c'est parce que je ressentais encore une fois cette haine de moi-même. Je me sentais encore une fois impuissant.

- pourquoi ?

- car je ne suis qu'une victime, je ne suis pas un homme. Il a fait de moi son martyre, son objet, et je n'arrive pas à m'en remettre.

Je ne me suis pas rendu compte que je me suis levé. Je ne le comprends seulement, que quand je sens le contact froid du verre de la fenêtre contre mon front.

- vous devriez en parler avec Bella, cela pourrait vous aider.

Je ne parlerai plus ce soir. Je le sais. A personne. Cet aveu m'a épuisé. Après de longues minutes de silence, je l'entends se lever. Il vient poser sa main sur mon épaule et me dit qu'il attend de mes nouvelles. Il me souhaite une bonne soirée, et se retire, me laissant seul. Depuis douze longues années, c'est la première fois que je sens ma soif aussi forte.