Ho ho ho... qu'il est bon d'avoir des chapitres d'avance! :) En fait je ne résiste pas à l'envie de publier tout de suite. J'ai peur d'oublier que j'ai déjà uploadé la suite, voyez-vous (outch, le sublime emprunt à l'anglais, qui fait encore plus moche quand on l'écrit que quand on le dit...) Voici la suite! En espérant qu'elle vous plaise!
Disclaimer : Shaman King est la propriété d'Hiroyuki Takei. Les OC de cette fiction, à savoir, Xia, Suzuka, et le flic du début, sont à moi. (Mais pas le mystérieux agresseur psychopathe, comme l'a astucieusement fait remarquer Rea... )
Chapitre 6 : Dans la gueule du loup
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A chaque marche qu'il descendait, Hana sentait son courage s'effilocher comme un vieux chiffon moisi.
Qu'est-ce qui lui avait pris ? Il ne se comprenait plus lui-même. Pourquoi se jetait-il dans la gueule du loup aussi bêtement ? Et ce n'était même pas pour faire son malin devant Xia ! Quelque chose clochait chez lui. Et le pire, c'est qu'il continuait vaille que vaille à descendre cet escalier infernal !
Le jeune garçon avait l'impression que son rythme cardiaque résonnait avec violence entre les murs de bétons et que le bruit de son souffle pouvait être audible à des kilomètres à la ronde. Mais plus il tentait de retenir sa respiration, plus celle-ci lui paraissait forte. Leur ennemi invisible devait forcément l'avoir repéré, à présent.
Non, il ne devait pas penser ainsi. La chose, quelle qu'elle soit, n'était pas encore un ennemi. Tout au plus, c'était un problème à régler. Un esprit malheureux, une personne à aider.
Les mantras de son enfance résonnaient dans sa tête mais ne parvenaient pas à étouffer ses craintes. Il avait beau être le fils de l'homme le plus puissant du monde, de la plus célèbre itako du Japon, et le neveu du plus grand shaman qui ait jamais existé, bon sang, ce qu'il pouvait flipper !
Le jeune garçon sentit soudain que son pied se posait sur une surface plus dure, sous ses baskets. Le sol en mortier de la cave.
Il était arrivé en bas.
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L'air du sous-sol était froid et humide. Hana frissonna, glacé jusqu'à l'âme par les ténèbres du lieu. Il tenta de se concentrer, mais il ne parvenait pas à ressentir la moindre présence, vivante ou spirituelle. Le vide qu'il percevait autour de lui ne le réconfortait pas pour autant : pour la première fois, le petit garçon, qui avait vécu au centre d'un flux de vie ininterrompu entre le monde des vivants et celui des esprits, eut une idée réelle de ce que pouvait être la mort définitive et le néant.
Qu'est-ce que je fais ici ? se répéta Hana. Je suis dingue.
Pris d'une angoisse soudaine, il se retourna, prêt à remonter les marches de fer quatre à quatre. Soudain, un vague crissement résonna au loin et figea son geste.
Il y avait bel et bien quelque chose là-bas.
Le jeune garçon se retourna de nouveau et fit trois pas timides vers l'origine du bruit. Il éprouvait une sensation bizarre, dans le ventre et entre ses deux épaules. Comme si quelque chose l'attendait au fond et l'observait en même temps. En lui se disputaient à la fois l'envie de courir en hurlant vers la lumière et le désir de savoir ce qui se cachait au fond de cette cave noire.
Finalement, Hana serra les poings et se lança vers l'inconnu avec autant de bravoure que d'inconscience.
- Qui est là ? lança-t-il. Qu'est-ce que vous voulez ?
Mais seul le silence lui répondit et le jeune shaman se sentit très bête. Il aurait l'air fin, si ce n'était qu'un bruit de tuyauterie ou quelque chose du genre !
Il fit un pas de plus. Puis un autre, et encore un autre. En s'efforçant de canaliser sa respiration, il s'avança à lentes foulées précautionneuses et sursauta violemment lorsque son épaule effleura le mur râpeux dont il s'était peu à peu rapproché. Il finit par s'y coller, de peur d'être surpris par… en fait, il ne savait pas par quoi, mais il était quasiment sûr que quelque chose se cachait dans cette cave, à présent. Il le sentait du bout des ongles jusqu'à la moelle de ses os.
Une senteur nouvelle commençait à surpasser celle de l'humidité et à chatouiller ses narines. Une odeur qu'il ne reconnut pas mais qui lui parut hautement désagréable. Un parfum sur lequel il ne parvenait pas à mettre de nom, et pour cause : c'était la première fois qu'Hana avait affaire à des corps putréfiés.
Il s'aperçut alors qu'il venait de changer de pièce. Celle où il venait d'entrer était plus large que le couloir qu'il avait traversé et ses pas y résonnaient deux fois plus. Lorsqu'il parvint au centre, le jeune garçon s'efforça de distinguer les lieux qui l'entouraient. Il pouvait entrevoir tout un bric-à-brac environnant qui remontait jusqu'au mur et que l'on avait entassé des années durant dans cette cave, mais pas le moindre signe de vie.
Soudain, quelque chose se déplaça. Ce fut infime, léger, mais il eut bien la sensation d'une ombre se glissant dans le noir sous ses yeux. Un frisson de terreur absolue parcourut son échine. C'était comme de s'apercevoir tout d'un coup que dans les herbes hautes et mouvantes où vous alliez mettre le pied se cache un serpent camouflé par sa peau couleur de feuilles mortes, et dont les anneaux se tordent silencieusement à quelques centimètres de votre chaussure.
Cette fois, il devait fuir. Remonter l'escalier. Prendre Xia et foutre le camp, peu importait où. Mais Hana réalisa avec horreur que ses muscles refusaient de bouger. A l'instar de ces personnages de films d'angoisse figés sur place alors qu'un T-Rex, un méchant extra-terrestre ou un anaconda féroce s'apprête à les dévorer, le jeune shaman était complètement paralysé par la peur. Il ne parvint qu'à répéter faiblement :
- Qu'est-ce que c'est… ? Qu'est-ce que vous voulez… ?
Alors, l'un des pires cauchemars de son enfance prit corps devant lui.
Deux yeux jaunes et effilés s'allumèrent dans le noir qu'il fixait. Braqués sur lui.
…
Demeurée seule, Xia entama ses provisions de bonbons pour se réconforter. Elle avait fini par s'habituer à la douleur sourde dans son bras, qui lui paraissait à présent lourd et sans vie. Mais c'était probablement à cause de la perte de sang.
Elle se sentait faible et patraque à cause du choc de sa blessure. Depuis tout à l'heure, elle suivait Hana dans un état second, presque dépassée par les évènements. Un peu de glucose lui fit le plus grand bien.
Après avoir avalé quelques citrouilles piquantes et une dizaine de carambars, Xia se sentit un peu mieux.
Hana ne revenait toujours pas.
Au bout de dix minutes sans le voir revenir, la petite chinoise se blottit dans un coin de la pièce, dos au mur, parce qu'elle avait quand même un tout petit peu peur, et se mit à réfléchir.
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Si Men était, à en croire sa tante Jun, le portrait vivant de son père au même âge, Xia, elle, tenait assez peu de lui sur le plan caractériel. Elle avait hérité du sang-froid à toute épreuve de sa mère et perdait rarement de vue la logique basique qu'elle employait à chaque instant de sa vie. C'était sans doute pour cette raison qu'on lui attribuait à tort un caractère froid, orgueilleux et hautain. Car si elle était froide, cela tenait bien plus à son éducation à la fois stricte et laxiste, à sa précocité surprenante et à la timidité qui en découlait, qu'à un véritable mépris des autres.
La petite chinoise avait parfois envié inconsciemment à Suzuka son entrain, sa fougue, sa force de caractère et la simplicité avec laquelle son amie liait contact et exposait ses avis (ce dont la petite Aïnou était bien loin de se douter). Mais à cet instant, elle se réjouissait de ne pas lui ressembler, à cette fonceuse qui aurait très certainement paniqué si elle avait été à sa place.
Xia ne s'était jamais retrouvée dans une situation aussi désespérée de toute son existence surprotégée, mais elle s'aperçut avec la plus grande satisfaction que, malgré sa triste position, elle demeurait capable de penser de façon rationnelle. Et c'était un avantage qu'elle était fière de posséder.
Reprenons, pensa-t-elle. De toute évidence, il était arrivé quelque chose à Hana. La fillette était extrêmement intuitive et sentait ce genre de choses. Elle ne pouvait pas descendre à sa rescousse, cela n'aurait servi à rien. Si son ami s'était fait avoir, quel que fût son ennemi, elle ne serait pas plus de taille que lui à le combattre. Une seule solution : retrouver les autres. Car c'est ensemble qu'on est plus fort. Seul, on peut toujours faire erreur et personne n'est là pour nous aider à en prendre conscience. Une phrase que son père et son fantôme, qui était aussi leur précepteur en arts martiaux, ne cessaient de répéter. A présent, elle comprenait pourquoi.
Sortir de sa « cachette » était exclu. D'abord parce que manifestement quelque chose contrôlait l'espace et jouait à les perdre, et qu'elle risquait de tourner en rond pour l'éternité si elle bougeait. Ensuite parce qu'il lui était impossible de laisser Hana derrière. Elle devait donc retrouver Suzuka et Men depuis son coin. Mission Impossible… Sauf si elle utilisait un esprit.
Xia regarda tout autour d'elle, mais elle était seule. Complètement seule. Aucun fantôme humain en vue. Avec un petit soupir étranglé, elle releva la tête, en quête d'un secours… et ce qu'elle vit lui tira un sourire ravi.
Lovée juste au coin du mur, une petite araignée avait tissé sa jolie toile argentée.
…
Le silence qui hantait le couloir où ils avaient atterri ne présageait rien de bon. Suzuka était glacée de peur et Men ne faisait pas le fier non plus, même s'il avait déjà vu pire qu'un couloir changeant de papier peint tout seul. Il fit un pas hors du débarras, mais Suzuka le retint immédiatement par sa veste.
- N'y vas pas ! s'écria-t-elle.
- Il va bien falloir, protesta Men. On ne peut pas rester ici !
- Si on va dans ce couloir, je suis sûre que la porte va se refermer et qu'on retrouvera jamais l'endroit d'où on est venus !
Men tiqua.
- T'es sûre que ce n'est pas par-là que tu es passée… ?
- J'en suis sûre, j'te dis !
- Très bien, soupira-t-il, on va faire un test. On va refermer la porte et la rouvrir, on verra bien si ton couloir revient ou pas.
- Te moque pas de moi, protesta Suzuka, les joues en feu. C'est pas des blagues !
Sans l'écouter, Men referma la lourde porte. Il dut s'y prendre à plusieurs reprises, ce qui le vexa un peu, mais l'heure n'était plus aux gamineries désormais. Lorsque les deux enfants rouvrirent la porte, après quelques minutes, rien n'avait bougé.
- Tu vois qu'il n'a rien, ton couloir maléfique, ricana Men.
Au lieu de s'énerver Suzuka s'approcha alors de lui et souffla :
- Tu peux me prendre pour une débile, si ça peut t'aider à te rassurer, mais n'empêche que je sais ce que je dis.
Cette fois, le jeune garçon cessa de rigoler et se détourna pour jeter un regard plus approfondi sur le fameux couloir. Il demeurait tout de même sceptique.
- Mais… ça n'existe pas les couloirs qui changent de place.
- Les monstres verts et baveux qui se changent en poussière, non plus. D'habitude.
Le chinois soupira. Elle n'avait pas tort.
- Bon, on fait quoi, alors ? On reste là à attendre que ce truc vienne nous chercher ?
Suzuka prit une expression butée et alla s'assoir contre le mur.
- Je te croyais plus courageuse, comme fille, lança son ami pour la secouer.
Mais la fillette secoua la tête en pressant son costume orange contre elle.
- Non, j'suis pas courageuse. Et j'ai la frousse, tu vois ? J'ai même plus honte de le dire !
L'Aïnou cacha son visage dans les replis de son déguisement. Cette fois, il alla s'assoir près d'elle, presque penaud.
Suzuka qui craquait ? Une première, et qui le laissait totalement déconcerté !
- Euh… marmonna-t-il sans savoir ce qu'il allait dire.
Les mèches bleues et le tissu gaufré lui cachait le visage de son amie. Il n'arrivait pas à savoir si elle pleurait ou non.
- Tu sais, je te crois… t'inquiète pas…
- C'est pas ça l'important, répondit Suzuka en relevant la tête, les yeux parfaitement secs. C'est de pas savoir ce qu'on va faire, qui me fait peur. Et puis de pas comprendre ce qui se passe.
- Ce qui est sûr c'est qu'on le découvrira pas si on reste ici… constata son ami avec philosophie.
Suzuka renifla bruyamment pour refouler la boule qui montait dans sa gorge, annonciatrice de larmes qu'elle était trop fière pour laisser couler. Devant Tao Men en plus, pas question. Plutôt mourir dévorée par la bestiole !
- Comment c'est possible à ton avis ? demanda-t-elle.
- Tu as dit que les couloirs étaient trop grands, tout ça… alors soit ce truc peut modifier le bowling, l'espace, tu vois… soit c'est une illusion !
- Une illusion… souffla la fillette.
Ils restèrent silencieux une minute, puis, Men se leva et tendit sa main à Suzuka.
- Allez, viens. On peut pas rester là.
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Ils avaient fini par s'aventurer dans le mystérieux couloir, sans pouvoir s'empêcher de penser qu'ils commettaient sans doute une grave erreur et qu'ils se dirigeaient probablement vers un piège. La moquette feutrée étouffait le bruit de leurs pas, tout comme le papier peint, celui de leurs souffles. Pas un bruit ne résonnait dans ce corridor à la lumière rouge angoissante, à part le grésillement perpétuel des néons au-dessus de leurs têtes.
Der rangées de portes s'alignaient autour d'eux, comme les chambres d'un hôtel. Mais cette fois, Suzuka n'osait pas en ouvrir une seule.
Sans même en avoir conscience, les deux enfants s'étaient rapprochés pour se rassurer. Men commençait toutefois à trouver le costume rondouillard de son amie un peu encombrant. Ils marchaient à pas lents, comme s'ils s'attendaient à devoir se mettre à couvert à tout instant. Ce qui était stupide étant donné qu'il n'y avait pas même un guéridon pour se cacher.
Le couloir semblait ne pas avoir de fin. Il s'étirait sous leurs yeux, tout en longueur avec ses lumières rouges et les rayures de son papier mural. Suzuka finit par frotter ses paupières à force de fixer les motifs hypnotiques. Elle avait l'impression qu'ils se mettaient à danser sous ses yeux, tout d'un coup.
Elle s'arrêta et grimaça.
- Men, ça fait combien de temps qu'on marche ?
- Aucune idée, avoua-t-il.
- On retrouvera pas par où on est entrés, hein ?
- J'crois pas, non.
- Si on regardait dans une de ces salles ? J'ai l'impression qu'on pourrait marcher pendant des heures sans voir le bout de ce couloir…
Men n'était pas là lorsqu'ils avaient découvert le premier couloir interminable. Il était donc beaucoup plus troublé que Suzuka par l'alarmante distorsion de l'espace et acquiesça brièvement, préoccupé.
Lorsqu'ils pénétrèrent dans la première pièce que la fillette choisit, ils crurent être revenus dans la salle remplies d'arcades qu'ils avaient quittée précédemment. Suivant une même organisation, les jeux s'alignaient, mais les couleurs des dômes en plastiques n'étaient pas les mêmes, allant d'un dégradé de vert au brun sombre. Les lumières qui éclairaient la pièce étaient fournies par des néons bleus qui donnaient à l'ensemble une atmosphère étrange mais moins oppressante que celle du couloir.
Avisant une porte au fond de la pièce, Suzuka empoigna la main de Men pour l'entraîner, tant le garçon paraissait hébété, dépassé par la situation.
- Viens ! s'écria-t-elle en se précipitant.
Cette fois-ci, ils entrèrent dans une pièce toute jaune. Avec une nouvelle porte, au fond. Ils se ruèrent dessus : La salle suivante était rose, celle d'après, orange, et celle encore après, bleue, de nouveau… Mais toutes gardaient la même disposition des machines et des lampes. C'était un peu comme de faire un trip psychédélique, même si cette image n'était pas celle que les enfants auraient employée.
En tout cas, il y avait de quoi de venir cinglé.
- Je ne sais pas qui s'éclate à nous faire tourner en bourrique, siffla Suzuka, mais il manque sacrément d'imagination !
Elle s'assit contre le mur de la pièce strictement identique à celle qu'elle avait quitté quelques minutes plus tôt, l'air boudeur. Men, lui, jetait un œil à travers le chambranle de la porte.
- On ne voir déjà plus le couloir, annonça-t-il avec effroi. Tu sais ce que ça veut dire ?
- Oui, chuchota Suzuka d'une voix blanche. On est complètement perdus…
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Ils étaient tellement atterrés qu'ils en oublièrent de se disputer et de s'accuser mutuellement, comme toutes les fois où ils avaient fait des bêtises ensemble dans leur enfance, et qu'ils avaient dû l'annoncer à leurs parents.
Assis près de son amie, Men serrait désespérément la poignée de son arme, réalisant qu'en ces lieux elle était parfaitement inutile. Une expérience traumatisante, qu'il ne pensait pas avoir un jour à vivre. Suzuka, elle, s'était accroupie et se mordait les lèvres pour les empêcher de trembler, repoussant de toutes ses forces les sanglots qui montaient dans sa gorge. Pourquoi fallait-il qu'elle pleurniche aussi facilement ?
- Dis, chuchota-t-elle, tu crois qu'ils font quoi, en ce moment, nos parents ?
- Peut-être qu'ils nous cherchent… murmura Men, plein d'espoir.
- Et si jamais ils arrivaient pas à nous retrouver ? poursuivit la fillette. On resterait coincés ici pour toujours, tu crois ?
- Dis pas n'importe quoi, répliqua son ami, plus effrayé qu'il ne voulait le paraître.
- C'est pas n'importe quoi, déjà, ils ne savent pas qu'on est venus ici. Et puis, le temps qu'ils arrivent, la chose nous aura sûrement attaqués !
- Arrête ! T'es pas marrante…
- Et même s'ils découvrent qu'on est allés au bowling de Fumbari, ils nous y trouveront pas, puisqu'on y est plus !
- Qu'est-ce que tu racontes ! s'énerva Men, qui ne pouvait s'empêcher de frissonner.
- C'est évident, souffla Suzuka avec un rire amer. Le bowling n'est pas aussi grand. Et il ne peut pas ressembler à ça. Donc, on est tombés dans un autre endroit… Et on va mourir ici et personne le saura jamais… !
- Bon, ça suffit ! explosa-t-il.
Le petit garçon bondit sur ses pieds et se campa devant son amie.
- T'es devenue cinglée, ou quoi ? Tu vas t'assoir ici et attendre que ce truc vienne nous chercher ? On ne va pas mourir, OK ? On va s'en sortir, mais va falloir que t'arrêtes de chouiner !
Elle le regardait, bouche bée. Men soupira.
- Ecoute, Suzuka… d'habitude t'es pas comme ça… tu m'agaces, des fois, à faire ta dure à cuire, mais là, il faut que tu redeviennes comme avant, la fille qui a jamais peur de rien, parce que tout seul, je vais pas y arriver…
Son ton était devenu suppliant. La fillette renifla sèchement et baissa la tête, butée. Que pouvaient-ils faire, de toute façon ? Courir encore, le long de dizaines de salles identiques ? Ça pouvait durer longtemps…
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C'est à cet instant, alors qu'ils se trouvaient au trente-sixième dessous, au fin fond de la désespérance, qu'un miracle se produisit. Alors que Suzuka relevait la tête pour répliquer vertement et que la dispute tant attendue allait commencer, un détail dans le dos de son ami, lui fit oublier sa colère.
A travers la porte d'en face, et quoique celle-ci demeurât fermée, un mince fil argenté s'était introduit dans la pièce tandis qu'ils discutaient, et se ramifiait délicatement sous ses yeux, formant peu à peu de fines arabesques.
Suzuka ouvrit la bouche, incapable d'articuler le moindre mot, et son air hébété alerta Men.
- Quoi ? grogna-t-il. Qu'est-ce que…
Il se retourna pour voir ce qui enchaînait ainsi le regard de son amie, et ses paroles se bloquèrent dans sa gorge.
Les volutes dessinées par le fil brillant envahissaient l'espace et s'accrochaient aux coins du mur, comme une toile d'araignée géante. Un dessin prenait forme devant eux, sans qu'ils puissent définir son origine.
- C'est quoi encore, ce truc… ? bredouilla Suzuka en se recroquevillant sur elle-même.
La fillette ne savait pas quel nom mettre sur ce qu'elle voyait. La seule chose dont elle était sûre, ce qu'elle ressentait dans toutes ses fibres de shaman, c'est que le « truc » était d'origine spirituelle.
- Men… marmonna-t-elle, vaguement inquiète. A ton avis, c'est quoi ?
Mais le petit chinois ne l'écoutait pas. Comme hypnotisé par la toile fine, il fit quelques pas, jusqu'à presque la toucher.
- Qu'est-ce que tu fais ? glapit Suzuka. Touche pas à ça, t'es malade !
Bondissant sur ses pieds, elle l'empoigna par le col de sa veste et le força à reculer.
- Lâche-moi, s'énerva l'autre. T'inquiète, c'est pas dangereux !
- Comment ça, c'est pas dangereux ! Qu'est-ce que t'en sais ?
- C'est un Over Soul ! Regarde !
- Justement ! Tu ne sais pas à qui il est !
- Bien sûr que si !
Un sourire ravi éclaira le visage de l'albinos. Il se tourna vers son amie avec un air narquois.
- C'est l'Over Soul de Xia, s'écria-t-il. Elle nous a retrouvés !
...
Anecdote du inutile jour: Les yeux maléfiques brillant dans le noir faisaient vraiment partie de mes pires terreurs enfantines. J'ai pas pu revoir l'Histoire sans Fin avant mes 14 ans, à cause de ça. (Parce qu'il y a l'espèce de loup, Gmork, qui apparaît pour la première fois de cette manière... et qui me terrorisait. XD Que de souvenirs ^^)
(En plus y a le cheval qui meurt dans des sables mouvants et boueux, alors ça, je pouvais pas ^^ )
