On se rapproche, on se rapproche! Il faudra bien qu'ils y arrivent un jour, à cette maudite cave! Toujours pas d'Hana, vu qu'il est un peu en difficulté, là... Il se prépare pour son retour en force... Bonne lecture!

Disclaimer: Comme d'hab, Shaman King appartient à Hiroyuki Takei, tous les personnages de cette histoire sont de lui, exceptées Xia et Suzuka.


Chapitre 8 : Fil d'Ariane

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- Enfin ! s'écria la voix paniquée de Xia. C'est pas trop tôt ! J'ai cru que je ne vous retrouverai jamais !

- Alors c'était vraiment toi… murmura Suzuka consternée.

- Bien sûr que c'était moi. Pourquoi n'as-tu pas écouté Nii-san ? Il te l'a dit, pourtant.

Je suis impardonnable, pensa la fillette aux cheveux bleus.

Elle réalisa soudain ce que sa surprise l'avait empêchée de remarquer.

- Que… C'est quoi, cet endroit ?

Roulant des yeux, Suzuka pivota lentement sur elle-même sans lâcher le fil d'araignée. Il ne subsistait plus rien de la pièce trop vivement éclairée aux néons jaunes où elle se trouvait. La salle semblait avoir perdu toute couleur. Les murs gris et sales où s'affichaient divers graffitis et papiers jaunis étaient sombres et seule une antique veilleuse de sécurité éclairait faiblement l'endroit. Suzuka poussa machinalement du pied une canette de coca vide. D'autres objets jonchaient le sol au linoléum poussiéreux et déchiré.

Revenue de sa première surprise (elle commençait à s'habituer à ce genre de phénomènes), l'Aïnou réalisa que les lieux s'étaient transformés à la minute où elle avait refermé ses doigts sur l'Over Soul de Xia. Au moment où elle s'était trouvée sous l'influence de son amie, donc.

- Qu'est-ce qui t'arrive, Suzuka ?

- Tout va bien… mais je crois que je suis… je suis retournée dans le bowling !

- Tu le vois ? Tu le vois vraiment ?

- Oui. Toi aussi ? C'est sans doute pour ça alors.

C'était donc bel et bien une illusion. Un monde de couleurs fantaisistes étalé sous leurs yeux pour les perdre et mieux les faire tourner en rond. Ils n'avaient jamais quitté le bowling de Fumbari.

- C'est Hana qui m'a permis de m'en sortir, ajouta Xia.

- Et… il va bien ? Il est avec toi ?

- Non. On a été séparés et il est probablement en danger. C'est pour ça que je devais vous retrouver à tout prix.

- Quoi ? Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

- Il est descendu dans une cave. Je voulais l'empêcher mais il a insisté pour y aller. Il faut qu'on aille le chercher tous ensemble.

Suzuka serra les poings. A chaque minute, elle se sentait de plus en plus en colère contre elle-même.

- Où es-tu, toi ?

- Près d'un escalier. Ne t'en fais pas.

- Fais bien attention quand même, Xia. Cette chose a bel et bien le pouvoir de nous influencer. Et ce n'est pas seulement en repeignant les murs et en changeant les couloirs de place.

- Que veux-tu dire ?

- Qu'il est possible que ça ait cherché à s'emparer de Men et à nous séparer. Peut-être pour nous empêcher de te rejoindre.

Suzuka chassa de son esprit l'image effrayante du regard brûlant de haine de son ami. Un regard qui n'était pas le sien, mais probablement celui de la créature qui l'influençait.

- Je devrais pouvoir le retrouver, assura Xia. Ne lâche pas ce fil, surtout.

- Je te suis, grinça l'Aïnou, les dents serrées.

S'il arrivait quelque chose à l'un des deux garçons par sa faute, jamais elle ne pourrait se le pardonner.

- Au fait, comment tu fais ça ?

- Quoi donc ?

- Pour… parler à travers ton Over Soul ?

- Je transmets ma volonté par ce fil. L'araignée fait tout ce que je dis, y compris parler. Dépêche, c'est fatigant.

Le sang de Suzuka ne fit qu'un tour. Tout ça à cause de ses bêtises…

Empoignant le fil à pleines mains, la petite fille se remit en route, guidée par son amie.

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En fait, elles n'eurent pas de difficulté à retrouver Men.

Il n'avait pas beaucoup bougé.

Agenouillé au centre de ce qui avait dû être un salon privé, en retrait du complexe de loisirs, le garçon avait la main serrée sur la poignée de son arme. Sa respiration rapide et forte était celle d'un animal traqué, aculé par un chasseur. Lorsqu'il releva la tête, Suzuka remarqua ses mâchoires crispées et l'éclat brutal de son regard sanguinolent aux pupilles dilatées. Preuve qu'il était encore sous le coup de l'illusion que leur mystérieux ennemi leur faisait subir.

- Men… chuchota-t-elle.

Elle comprit aussitôt qu'il ne la voyait pas. Il poussa un cri aigu en la voyant arriver et recula à quatre pattes, horrifié. Si agaçante qu'elle fût parfois, Suzuka ne lui avait jamais fait cet effet-là. En d'autres circonstances, elle se serait réjouie de lui faire peur et de voir tomber son masque de suffisance, mais à cet instant, la fillette n'éprouvait pas la moindre envie de rire de son ami.

- Attention, lança-t-elle à l'intention de Xia. La chose le tient. Il a les mêmes yeux que tout à l'heure. Je pense que son âme est assez forte pour résister à la possession, c'est pour ça qu'il reste à peu près lui-même. Si on arrive à le tirer de son influence, il redeviendra peut-être normal.

- Qu'est-ce que je peux faire ? demanda la petite chinoise.

- Rien. Si tu l'approches, il se défendra et détruira ton Over Soul. Ça te coûterait beaucoup de Furyuku. Reste en retrait, je vais le forcer à toucher ta toile pour voir si l'illusion se dissipe ou pas.

- Fais attention, hein…

Suzuka serra les dents. Elle allait réparer ses erreurs. Cette fois, elle ne reculerait pas, quoiqu'il arrive. Cependant, Xia avait raison, c'était fini, la rigolade et les tours de passe-passe. Elle devait prendre en compte le fait que, et d'une, son adversaire avait perdu conscience de la réalité et la voyait probablement sous les traits d'un ennemi, et de deux, qu'il avait une épée et pas elle, et de trois, qu'il savait s'en servir.

La fillette de campa sur ses pieds et espéra que son agilité parviendrait à faire la différence.

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Ainsi, la chose était donc revenue. C'en était fait de lui…

Elle se tenait là, courbée sur elle-même, avec le même visage grimaçant que la première fois. Les os de sa mâchoire saillaient sous la peau étirée et ridée de ses joues et son dos cassé faisait une affreuse bosse sous le tissu gris de son manteau.

Men eut un frisson de dégoût.

Mais cette fois, l'effet de surprise était passé. Elle ne parviendrait plus à lui faire perdre ses moyens. Si la vieille était aussi lente et décatie qu'elle en avait l'air, s'en débarrasser serait un jeu d'enfant. Et même s'il valait mieux se méfier des apparences, il était prêt.

Que ce soit un Jibakurai ou un kyonshi ou tout autre chose, il allait régler ce problème ici et maintenant.

Un sourire de satisfaction s'étira sur les traits du monstre.

- Comme on se retrouve…

- Allez… amène-toi !

La rapidité de la chose le prit un peu au dépourvu. Comme il s'en était douté, son misérable aspect dissimulait sa réelle puissance. Elle se déplaçait avec souplesse et agilité autour de lui. Il brandit sa lame fine et faucha l'air une fois, puis deux, puis trois. Mais ne toucha que le vide.

La créature ricana.

- Toujours aussi malin, siffla-t-elle en dardant une langue hideuse entre ses dents. Mais cette fois, tu ne m'échapperas pas.

Elle se déporta sur le côté, pivota et fondit sur Men, la main tendue.

L'albinos l'esquiva de justesse. Il sentit seulement le bout de ses doigts effleurer son épaule. Mais ce fut comme une décharge électrique.

Men recula, le cœur battant. Pendant une demi-seconde, il avait cru voir les lumières s'éteindre, les contours de la pièce vaciller… il avait cru…

Il secoua la tête et releva la pointe de son épée.

Ne sois pas stupide, pensa-t-il. C'est un piège. Ne la laisse pas t'avoir.

Il poussa un cri de guerre et se rua sur son ennemie pour une attaque frontale. La chose bondit à nouveau sur le côté pour l'éviter. Mais au dernier moment, Men décrivit un arc de cercle avec son arme. La pointe acérée qui aurait dû faucher le ventre du monstre déchira la toile fine qui l'enveloppait et traça une ligne carmin sur la peau distendue et grisâtre. La créature poussa un hoquet de surprise et Men sentit son sang se glacer dans ses veines et reprenant sa garde initiale.

Quelque chose le troublait profondément. Une sorte de signal d'alarme au fond de son âme, et qui l'implorait. Au moment où son épée allait perforer l'abdomen de son ennemi, il avait éprouvé la même étrange sensation que lorsqu'elle l'avait touché.

Il avait l'impression de commettre une terrible erreur.

De son côté, son adversaire semblait s'impatienter.

- Tu es vraiment un sale gosse, cracha-t-elle en plissant ses petits yeux jaunes, une main sur la blessure qui lui barrait le ventre. Tu mérites une bonne correction. Je m'en occuperai une fois que je t'aurai attrapé…

- J'aimerais bien voir ça.

Le jeune garçon brandit de nouveau son épée dans sa direction et rugit :

- Et maintenant… Disparais !

Il abattit la Jian en un coup de taille parfait, mais la créature roula sur le sol et esquiva sa lame, une fois de plus, puis se releva.

Sauf qu'à présent, elle se trouvait à quelques centimètres de lui.

Avant que Men ait pu réagir, la chose referma sa main écailleuse sur son poignet pour retenir son épée. Il n'y avait aucune force dans sa poigne, c'était presque dérisoire. Pourtant, le chinois ne parvenait plus à faire le moindre geste.

Autour de lui, les murs nimbés d'orange de la pièce clignotaient, coulaient, se déformaient. Les couleurs s'estompaient, avant de revenir, plus étincelantes encore, puis de s'effacer pour faire place à un gris-brun sordide.

- Mais qu'est-ce que…

Soudain, au lieu d'enfoncer sa main dans son ventre, de lui arracher le cœur pour le dévorer ou tout autre scénario horrible que Men avait pu imaginer, son ennemie posa sa main libre sur le front du jeune shaman.

Ce fut comme une brume de fumée se dissipant de son esprit.

Men sentit comme un poids quitter brusquement sa poitrine. Alors, ses yeux s'ouvrirent.

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Suzuka recula, une main crispée sur son ventre, mais le sourire aux lèvres.

Elle avait réussi.

Après avoir mis son ami en contact avec le fil d'araignée de Xia, elle avait laissé la petite chinoise prendre le relais pour se reposer.

Son combat contre Men avait été âpre, mais elle se sentait fière de l'avoir délivré de l'emprise de la chose qui régnait en ces lieux. A présent lui aussi devait voir les banquettes fracassées aux coussins rouges sombre et les débris de verre autour de l'ancien bar du petit salon où ils se trouvaient.

Il avait tout de même bien failli l'avoir. Par chance, elle avait pu mettre en pratique les techniques de déplacement éclair de son père. Surfer sur la vague, le Fumon Tonkô, tous ces trucs-là… elle y avait été entraînée dès son plus jeune âge et avait toujours adoré ça.

La lame de Men avait déchiré le tissu du costume de citrouille tant détesté et éventré la poche en mousse, mais heureusement, n'avait pas touché le ventre de Suzuka. L'épée avait à peine griffé sa peau. Finalement, ce déguisement stupide lui avait sauvé la vie !

La fillette fut alors prise d'une légère faiblesse en songeant à ce à quoi elle avait échappé. Elle sentit ses jambes se dérober sous son poids et se laissa tomber à genoux avec un petit soupir. Puis elle referma ses bras autour de sa poitrine et inspira profondément, le corps secoué de tremblements.

Elle releva la tête en entendant appeler son nom. Men se tenait debout, devant elle, les bras ballants. Xia devait avoir fini de lui expliquer ce qui était réellement arrivé, car la surprise avait disparu de ses yeux rouges. Tout comme l'éclat maléfique que l'influence de leur ennemi y avait allumé. Son regard n'exprimait plus que confusion et désolation.

- Suzuka… répéta-t-il, comme pour se convaincre que c'était bien elle.

Il jeta un regard horrifié à sa propre épée et la laissa tomber sur le sol comme si le manche l'avait soudainement brûlé.

- Je… je suis tellement désolé… je t'ai pas blessée, au moins ?

- Nnon… ça va, murmura Suzuka encore secouée. Je vais bien.

La fillette prit quelques minutes pour récupérer. Men demeurait silencieux, en face d'elle. Il ne savait que faire. La peur rétrospective s'empara de lui et il frissonna à l'idée qu'il avait bien failli tuer Suzuka-chan…

Il avait parfois rêvé de lui mettre son poing dans la figure, à cette peste, mais là c'était allé bien plus loin qu'une simple rivalité entre gosses… Décidément, ce sale fantôme avait intérêt à avoir une solide explication. Men était furieux. Autant contre la chose que contre lui-même.

Alors, Suzuka fit une chose à laquelle il ne s'attendait pas.

- Je suis désolée aussi. Je me suis enfuie… comme une trouillarde.

C'était peut-être la première fois depuis qu'ils se connaissaient qu'ils s'excusaient l'un envers l'autre.

- On va dire qu'on est quittes, alors, conclut Men, un peu gêné.

Suzuka baissa la tête. Elle commençait à se remettre de ses émotions.

- Bon, fit-elle en se relevant lentement. On va retrouver Xia ?

Son expression était piteuse. Elle avait toujours honte de ses propres doutes… même si Men avait bel et bien été « possédé » ou en tout cas manipulé par la chose, et que celle-ci avait probablement contribué à faire la faire fuir pour les diviser… il avait eu raison à propos de l'Over Soul de sa sœur.

L'Aïnou empoigna à son tour le fil aux reflets d'argent qui traversait la pièce, puis le couloir sombre. Alors qu'ils commençaient à remonter la toile d'araignée, revisitant sans le savoir un mythe vieux de plusieurs millénaires, Men se retourna soudain avec un sourire satisfait :

- Tu vois bien… j'avais raison !

Suzuka leva les yeux au ciel dès qu'il se fut détourné. Il allait devenir pire qu'insupportable, après ça.

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(Un peu court, mais c'est que j'avais coupé le chapitre précédent en deux pour pas me perdre dans les longueurs...désolée.)