Quelques révélations sur notre mystérieux monstre, cette fois... et sur ses ambitions. Finalement, y a des chances pour que j'arrive à terminer cette histoire avant le 31 octobre, vu l'avancement... Bonne lecture :)

Disclaimer: Shaman King est la propriété exclusive de Hiroyuki Takei


Chapitre 9 : L'antre de la Sorcière.

Le bowling n'était finalement pas si grand que ça. Suzuka le réalisait à chaque minute. Il lui paraissait même carrément minuscule, à présent.

C'était tout simplement eux qui avaient dû tourner en rond.

Les pièces qu'ils découvraient sous leur apparence réelle étaient toutes dans le même état délabré que la première, mais les couloirs ne paraissaient plus s'étendre à l'infini sous leurs yeux. Ils purent donc rapidement retrouver les escaliers de service en fer rouillé qui menaient aux étages inférieurs.

L'Over Soul de Xia continuait à les guider, mais désormais, ils n'avaient plus besoin de le toucher pour voir la réalité derrière l'illusion mise en place par leur ennemi. Quelquefois ils avaient l'impression que des couleurs diffuses et violentes se peignaient par transparence sur les murs ou sur le sol, comme si des éclats de mirages demeuraient encore sur leur rétine. Mais ils n'étaient plus prisonniers de leurs propres sens depuis qu'ils avaient pris conscience des pièges disséminés par la chose qui régnait sur le bâtiment.

La toile d'araignée plongeait à présent dans les profondeurs de l'escalier. Men s'arrêta pour jeter un regard derrière lui.

- Suzuka, ça va ? Tu suis ?

La fillette leva les yeux au ciel mais s'abstint de répondre. Ce n'était pas le moment de se disputer. En ravalant son sarcasme, elle jeta un œil critique à la cage d'escalier.

- Y a pas de lumière ?

- Ben… comme tu vois…

- Super, maugréa-t-elle.

Et, galanterie oblige, elle prit la tête.

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Ils descendirent les marches quatre à quatre, sans prendre garde au bruit qu'ils faisaient. Tout en bas, Xia les attendait en claquant des dents.

Son Over Soul commençait déjà à faiblir avant même qu'ils parviennent jusqu'à elle. Ils eurent juste le temps de la localiser avant que la toile argentée ne se dissolve sous leurs yeux.

- Xia… chuchota Men en tâtonnant dans sa direction.

Il referma soudain sa main sur l'épaule de sa jeune sœur. Celle-ci tremblait de tous ses membres après l'effort qu'elle avait fourni pour les retrouver. Au froid, à la fatigue et à la peur, s'ajoutait la faiblesse causée par sa blessure. La plaie avait fini par cesser de saigner mais la faisait toujours souffrir.

- J'aurais pas pu tenir une seconde de plus, bredouilla la gamine. Je n'ai plus du tout de Furyuku… je suis désolée…

- Désolée ! s'écria son frère. C'est nous qui sommes désolés ! C'est notre faute si tu es dans cet état, si…

- Les amis, intervint Suzuka, pardon, mais on n'a pas vraiment le temps…

L'Aïnou fixait le carré plus sombre encore que le couloir qui se détachait sur le sol. Si de minces rais de lumières provenant des étages supérieurs éclairaient encore l'escalier qu'ils venaient de descendre, la cave, elle, semblait plongée dans les ténèbres les plus totales.

Suzuka ne savait pas comment expliquer ce qu'elle éprouvait, peut-être n'était-ce simplement que son imagination ajoutée aux épreuves qu'ils venaient de subir, mais elle avait l'impression de ressentir déjà l'aura maléfique de la créature qui les attendait là-dessous. Une présence oppressante, cruelle, violente, une sensation de noirceur et d'angoisse s'insinuait dans tout son être. Quelque chose sur lequel elle ne parvenait pas à mettre de mots précis.

- Il est vraiment descendu là-dedans ? souffla-t-elle d'une voix blanche.

Xia opina faiblement.

- Il est complètement dingue, siffla Suzuka avec un petit rire nerveux. Moi je serai sûrement morte de peur avant d'avoir atteint la dernière marche…

- Essaye de tenir bon quand même, grinça Men. Je crois que tu me manquerais si je devais y aller tout seul…

Il fallut une minute à Xia pour comprendre ce qui venait de se dire.

- Et… et moi ?

- Toi, lui répondit son frère, tu restes là. Tu as vu dans quel état tu es ?

Xia se releva en époussetant faiblement sa robe crasseuse. Dans l'obscurité, les enfants ne pouvaient pas bien voir la pâleur cireuse de son visage, mais ils devinaient facilement à quel point elle devait être épuisée. Pourtant, la fillette ne se laissa pas faire.

- Je ne resterai pas une minute de plus toute seule ici ! s'écria-t-elle avec horreur. C'est hors de question ! Je veux aller avec vous, même si c'est dans cette horrible cave! D'abord, il vaut mieux ne plus se séparer… on ne sait pas ce qui pourrait arriver, sinon ! Vous n'avez pas encore compris que c'est en restant ensemble qu'on a le plus de chances de s'en sortir ?

Sa diatribe toucha son but. Suzuka ne pouvait que reconnaître la justesse de ses propos. Cependant, Men croisa les bras en signe de mécontentement et se prépara à protester. L'Aïnou se lança alors au secours de la petite chinoise.

- Elle a raison, tu sais.

Suzuka prit Xia par son bras valide et se tourna vers la bouche béante de la cave.

- Deux contre un, Men-chan. C'est la majorité, donc t'as rien à dire. Bon, quelqu'un saurait comment nous éclairer pour descendre, ou pas ?

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Ils furent obligés de recourir à l'Over Soul pour obtenir un peu de lumière. Ils avaient cherché en vain un autre moyen, mais la salle où ils se trouvaient était désespérément vide. L'esprit d'un cafard mort permit donc à Men de créer un chimi moryo. La chose ne diffusait qu'une lueur bleuâtre de très faible portée, mais c'était tout de même mieux que rien.

En descendant les marches de fer, les trois enfants se serraient les uns contre les autres pour se rapprocher de la lumière. Entre les deux filles, Men pointait maladroitement son épée en avant et s'attendait à tout moment à embrocher quelque chose. Quoi, il n'en savait rien, et il préférait ne pas l'imaginer. Sa main tremblait un peu, mais il faisait bien trop sombre pour que les deux autres le remarquent.

Lorsqu'ils posèrent le pied sur le plancher de la cave, les trois amis retinrent leur souffle de concert.

La salle était très étendue et de longues toiles d'araignée pendaient du plafond en torsades filandreuses grises. Le sol était de terre battue, comme si on n'avait pas pris le temps de le bétonner. Les masses sombres de caisses, cartons, bidons et amas d'objets en tous genres envahissaient les coins de la cave, recouverts d'une épaisse couche de poussière. Ils ne pouvaient encore rien voir du fond de la salle, plongé dans les ténèbres. D'un commun accord, ils firent quelques pas…

Soudain, une vive lumière éclaira toute la cave.

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Les deux filles, qui ne s'étaient jamais trouvées face au monstre que Men avait combattu, poussèrent un hurlement d'horreur en découvrant la créature hideuse et décharnée qui se dressait à présent devant eux. Le jeune garçon, lui, serra simplement les dents. Il s'attendait à la retrouver ici.

- Bienvenue, mes enfants… siffla la chose avec un sourire torve. Je pensais réussir à vous attraper plus vite que ça, mais vous vous êtes montrés un peu plus résistants que prévu…

La peau flasque et grise, les yeux jaunes, le sourire édenté… le cauchemar s'était de nouveau incarné sous les yeux de Men. Elle semblait toutefois moins fragile qu'auparavant. Sans doute avait-elle changé d'enveloppe corporelle depuis leur dernière rencontre. Ce qui voulait dire qu'il serait beaucoup moins facile de s'en débarrasser…

Il serra les mâchoires. Suzuka et Xia, tétanisées, s'étaient toutes deux agrippées à la première chose qu'elles avaient trouvée, c'est-à-dire lui, et si l'ennemi décidait d'attaquer brusquement, ils seraient en mauvaise posture pour se défendre.

La lumière que le monstre avait allumée d'un claquement de doigts provenait en fait d'un millier de bougies de toutes sortes, étalées en vrac tout autour de la cave, dans le renfoncement des murs, sur les caisses et sur les tables. Deux meubles longs encadraient la créature et étaient recouverts d'un véritable bric-à-brac de pots, bocaux, coupelles, bouteilles et de chandelles. Divers ustensiles oblongs, couteaux, poupées de paille, chiffons et gris-gris en bois, en plumes et en coquillages s'empilaient également, en un fouillis hétéroclite. Il flottait dans l'air une odeur douceâtre provenant de la cire fondante des bougies qui les encerclaient.

C'était un véritable décor de film d'horreur. Men ne savait pas ce que trafiquait cette sorcière dans sa cave, mais tout ça ne servait visiblement pas que de décoration.

- Qu'est-ce que vous avez fait d'Hana ? cria soudain Xia en retrouvant peu à peu son sang-froid.

La créature émit un coassement répugnant qui devait être une sorte de rire.

- Hana ? C'est donc comme ça qu'il s'appelle ?

Et d'un doigt crochu, elle désigna un recoin de la pièce qu'ils n'avaient pas encore observé.

Leur ami y était attaché sur une croix en bois, les bras et les jambes liées par des cordes.

Xia poussa aussitôt un cri plaintif et cacha son visage contre la poitrine de son frère. Suzuka écarquilla les yeux et poussa un hurlement.

- Vous l'avez tué !

- Mais non… susurra la chose. Mort, il finirait par pourrir, voyons… J'aimerais le garder frais le plus longtemps possible… Je pensais le garder pour plus tard, vu que c'est le plus costaud d'entre vous. Et surtout, je voulais t'attraper, toi, en premier… ajouta-t-elle en pointant un index fourchu dans la direction de Men.

- Pour quoi faire ? poursuivit Suzuka. Qu'est-ce que vous nous voulez, à la fin ? Pourquoi vous vous acharnez sur nous ? Et d'abord vous êtes quoi !

Pour toute réponse, la chose rejeta la tête en arrière et partit d'un rire sec et grinçant aux accents discordants.

- Vous êtes… une sorte de kyonshi ? lança soudain Men. C'est ça, hein ? Vous êtes un fantôme… mais vous vous servez de corps pour vous matérialiser, en dévorant l'esprit de son propriétaire !

- Ha ! ricana le fantôme avec un air réjoui. Toi, tu viens de Chine, c'est ça ? Pour savoir ce qu'est un kyonshi… Puisque vous avez eu la gentillesse de venir à moi sans que j'aie trop à me déranger, je vais vous expliquer. Lorsqu'un esprit décide de posséder un humain, c'est parce que cet humain a eu la bêtise de venir le déranger ou pour faire parvenir un message. Je ne sais pas pourquoi, la plupart se tournent vers des corps vivants. Personne, de toute évidence, n'a jamais pensé que l'on pouvait tout aussi facilement habiter un corps mort. A condition de ne pas être un esprit faible, bien entendu ! Là où c'est plus simple, voyez-vous, c'est qu'on n'a pas besoin de se battre et de s'imposer face à l'âme qui en est le propriétaire… puisqu'elle n'est plus là !

- Vous… vous utilisez des cadavres ? hoqueta Suzuka.

- Des cadavres frais, lorsque j'en trouve ! Celui-là est un peu dépassé, malheureusement… Et puis, c'était mon dernier, maintenant que cet avorton a détruit mon ancien… C'est pour ça que j'étais si heureuse de vous voir vous diriger vers mon repaire… je pensais devoir me contenter d'un corps d'animal, pour les mois d'hiver, mais non ! Vous êtes venus vous jeter entre mes griffes ! Et en plus vous étiez nombreux ! Et avec des garçons !

- G…garçons ? bredouilla Men. Pourquoi vous voulez des garçons plutôt que des filles ?

- Oh, parce que le corps est plus résistant, tout simplement. Il tient le coup plus longtemps.

- C'est… c'est abominable, intervint Xia avec dégoût. Pourquoi avez-vous besoin d'un corps ? C'est pas bien d'être un fantôme ? Pourtant vous pouvez faire des trucs cools… Traverser les murs, voler, tout ça…

- Tais-toi donc, pauvre petite peste, cracha la créature. Traverser les murs ! Mais c'est le secret de la vie même, que je recherche ! La recette de la vie éternelle ! L'immortalité de la chair ! Mais tu es trop bête pour comprendre. Va, tu me serviras de corps de remplacement. Les petites filles ne sont bonnes qu'à ça. Allez, assez parlé !

Comme la chose tendait les bras dans leur direction – ils ne savaient toujours pas comment nommer une telle aberration – les trois enfants reculèrent prudemment, surtout Men.

Les deux filles se placèrent d'instinct devant leur ami pour empêcher l'ennemi de s'en emparer. Le visage fermé, elles étaient préparées à contrer l'attaque imminente avec toute la violence dont elles étaient capables. Mais lorsque l'agresseur se trouva à leur hauteur, elles perdirent de leur superbe en constatant que celui-ci les dépassait d'une bonne tête et demie. La chose leva alors son bras maigre et osseux, sa paume écartée et ses doigts repliés formant une serre. Un sourire affreusement ironique séparait son visage en deux. Les deux petites commencèrent à reculer…

- Mais qu'est-ce qu'on est venus faire dans ce sale bowling... gémit Suzuka.


Ha ha, Que diable allait-il faire dans cette galère, comme disait l'autre... des idées sur l'identité de la sorcière?