Disclaimer: SK appartient intégralement à Hiroyuki Takei. Xia, Suzuka et Madaraki sont mes créations personnelles.

Bon et ben, chapitre peu plus long que les précédents, qui ont dû vous laisser sur votre faim. Et pour une fois, j'arrête de radoter, profitez-en ^^ Bonne lecture!


Chapitre 11 : Feu d'artifice.

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Hana assistait à la scène, totalement impuissant. Au départ, Suzuka ne savait que faire, tandis que Xia marchait sur elle à pas lents. Puis, la fillette tenta de repousser son amie faiblement, sans trop lui faire de mal, avant de finir par défendre chèrement sa peau. Car si les mouvements de Xia semblaient lourds et peu dangereux, en apparence, l'Aïnou découvrit vite que le pouvoir de la sorcière donnait une force nouvelle à la petite chinoise : sa poigne et sa violence avaient augmenté de façon troublante. Suzuka laissa rapidement tomber à ses pieds l'épée de Men pour se battre à mains nues. Un peu plus loin, la sorcière se contentait de manipuler sa poupée en la barbouillant de sang, l'air réjoui, dans un odieux mélange de vaudou et d'art du dôshi.

Le combat des deux filles semblait l'amuser. Elle aimait probablement à voir se dérouler sous ses yeux ce duel féroce orchestré par elle-même et pour elle seule.

C'est ce qu'avait supposé Hana en voyant qu'elle ne s'intéressait plus du tout à lui.

Depuis qu'ils étaient entrés dans la cave, elle ne cessait de changer de proie, comme une girouette. D'abord Men, puis lui, puis les filles… Le petit shaman blond commençait à se demander si la putréfaction du corps d'emprunt de la sorcière n'avait pas fini par gagner les cellules de son cerveau et par l'endommager irrémédiablement. Cela pouvait expliquer ses revirements incessants et son incapacité à se concentrer sur plus d'une victime.

Cette hypothèse plausible avait beau être un point positif et un avantage pour eux, Hana se sentait terriblement désemparé. Affreusement inutile.

Il ne pouvait intervenir dans le combat des filles, ni approcher la sorcière, sous peine de se faire capturer et peut-être posséder comme Xia… Il ne servait pas à grand-chose non plus d'aller pleurnicher sur le corps évanoui de Men.

Le jeune garçon cherchait désespérément un moyen d'aider ou de sauver ses amis. Une arme contre la sorcière. Un truc quelconque qui pourrait servir contre elle. Quel pouvait être son point faible ?

La réponse était si évidente qu'ils n'avaient pas encore pensé à s'y attaquer pour de bon.

Son corps, bien sûr. Ce corps qu'elle occupait mais qui ne lui appartenait pas. Ce corps qu'elle était obligée de changer régulièrement, car malgré ses gris-gris et ses messes noires, il lui échappait toujours pour revenir à la nature et à la poussière dont il était fait.

S'ils la forçaient à quitter son corps, elle ne serait plus qu'un esprit. Il lui faudrait reprendre chair pour user de nouveau de son horrible magie !

Le feu !

Hana se retourna et se mit à chercher fébrilement autour de lui. Plusieurs cartons vides s'entassaient aux pieds des murs, mais certains contenaient encore du matériel divers, des cannettes de bière ou de coca, voire des peluches semblables à celle que Xia avait tant désirée. Une caisse cependant attira son attention. En soulevant le rabat, Hana écarquilla les yeux.

Des fusées. Des fusées lumineuses telles qu'en utilisaient les artificiers du Nouvel An pour s'éclairer en préparant leurs bouquets de feu…

Sans réfléchir, le garçon fourra les deux qui restaient dans la poche de son costume noir. A l'intérieur se trouvait encore son grand couteau en plastique et un mouchoir barbouillé de rouge qui lui avait servi à étaler le mercurochrome sur son menton pour parfaire son déguisement. Il eut un pauvre sourire.

C'est alors que ses yeux se posèrent sur un autre objet, tout aussi intéressant. Hana hésita une seconde, puis s'empara du manche à balais brisé en deux qui reposait contre le mur et se rua vers l'une des tables couvertes de bougies.

La sorcière était toujours occupée à manipuler le corps de Xia à distance, ses petits yeux jaunes braqués sur Suzuka, qui se défendait du mieux qu'elle pouvait. La fillette semblait faire de son mieux pour ne pas blesser son amie, et ce n'était pas trop mal réussi. D'ailleurs, elle paraissait plus excédée qu'effrayée, à présent. Hana ne pouvait soupçonner la raison de son agacement : il ne savait pas à quel point Suzuka commençait à en avoir marre de devoir se battre contre ses propres amis. Il était grand temps que cela cesse !

Malheureusement pour elle, la sorcière n'était pas de cet avis. Elle continuait à se déchiqueter le pouce pour inonder de sang la poupée vaudou qu'elle tournait et retournait entre ses longues mains. Avec parfois des petits ratés… De loin, Hana constata avec satisfaction que ses gestes se faisaient de plus en plus saccadés.

Parfait, songea-t-il.

Et il se saisit d'un paquet de chiffons qui traînaient sur la table, dont il entoura maladroitement le bout du manche brisé pour faire une torche.

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La sorcière avait la bouche sèche à force de ricaner.

C'était étrange. Elle avait l'impression que son corps devenait de plus en plus flasque et que son épiderme s'humidifiait. Elle sentait le voile de tissu déchiré qui la couvrait se coller peu à peu à sa peau en sueur. Des gouttes de transpiration coulaient le long de ses joues et de son front bombé et moite. Et pourtant, sa bouche desséchée lui faisait mal, comme si elle s'était racornie sous l'effet de la déshydratation. Il lui fallait en finir avec ces deux misérables insectes, avant que ce maudit corps ne lâche ! Bon, puisque la bleue ne semblait pas décidée à mourir… elle pourrait peut-être envisager de la conserver comme corps d'appoint. Au cas où.

Elle avait fait preuve de résistance… bien plus que les deux garçons, d'ailleurs ! Mmmh… à y bien réfléchir, elle était la seule à ne s'être ni blessée, ni évanouie depuis le début !

La créature eut un sourire mauvais, qui se changea bientôt en grimace de souffrance. Même étirer ses lèvres gercées lui était difficile, à présent ! Tant pis. Elle allait devoir utiliser l'un des garçons. Elle le tuerait pour prendre possession de son corps, ce qui lui permettrait de combattre dans une enveloppe charnelle digne de ce nom, capable d'en endurer plus que celle-ci. Mais ce serait la petite peste aux cheveux bleus qu'elle garderait pour la fin, et qui lui servirait de corps définitif. Et ce serait aussi bien : elle était heureuse de conserver sa féminité. Peut-être même que, parée de la peau rose et tendre de cette enfant, elle pourrait alors retrouver la beauté légendaire qui avait été la sienne (il y a de cela fort longtemps…).

Le monstre jeta alors un œil dans la direction du gamin blond - Hana, c'est bien ça ? – et ce qu'elle vit la fit frémir d'horreur.

Le gamin s'était fabriqué une sorte de torche, à laquelle il venait de mettre le feu, avec des airs de conspirateurs. Non, il était hors de question qu'elle leur laisse le moindre espoir de quitter cette cave ! Hors de question !

Folle de rage, la sorcière poussa un grondement menaçant et se rua sur le garçon.

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Lorsque Hana vit la chose lui foncer dessus, grimaçante et hargneuse, il faillit lâcher sa torche de fortune. Et aussi se rouler sous la table, les genoux derrière les oreilles, en appelant sa maman. Mais il serra les dents et tint bon.

Le feu avait pris et embrasait les vieux chiffons, qu'il avait eu le temps d'enduire d'un mélange de cire et d'huile parfumée, prise dans une des coupelles en terre cuite.

Il pointa son arme dans la direction de son ennemie et se campa sur ses pieds.

- Arrière ! rugit-il. Dégage, sale monstre !

La créature émit un feulement rauque et se tint à distance. Un éclair de joie illumina les yeux du jeune garçon, qui brillèrent alors d'une voix féroce.

- Z'avez peur, hein ? s'écria-t-il. Vous aimez pas ça, le feu ! C'est ballot pour une sorcière qui pratique que avec des bougies ! Vous avez la trouille que je brûle ce vieux cadavre que vous vous traînez, c'est ça ? Si je vous touche, vous allez partir en fumée, ou vous allez fondre ?

- C'en est assez, siffla la chose. Vous n'avez aucune chance de m'échapper… et puisque ce n'est pas assez clair…

La sorcière brandit alors sa poupée vaudou et saisit une longue et épaisse aiguille, posée sur la table. Le regard de Hana passa de l'effigie à l'aiguille, puis à la sorcière.

- Faites pas ça ou je vous crame ! hurla-t-il.

- Trop tard, petit homme ! Pose cette torche ou je la plante !

Mais Hana ne se laissa pas dominer par l'odieux chantage.

Il se précipita sur la sorcière et planta la pointe de sa torche dans son ventre.

Le manche à balais ne pénétra pas vraiment sous la peau de la créature, mais le tison enflammé brûla instantanément la surface de son abdomen. Un épouvantable relent de chair grillée se fit alors sentir. La sorcière poussa un hurlement de rage et de douleur mêlée et se plia en deux pour se protéger. Hana s'empara alors de la poupée qu'elle tenait encore à la main et poussa un cri de victoire.

- Je l'ai ! Je l'ai !

Le monstre se releva en poussant un affreux juron et voulut se jeter sur Hana pour récupérer son pantin. Mais le jeune shaman l'esquiva habilement.

Il lui jeta un regard hautain. Elle se tenait le ventre, brûlé sur toute la longueur, et exhalait toujours la même odeur, à mi-chemin entre le caoutchouc brûlé et le feu de tourbe. Hana se déplaça prudemment en pas chassés, suivi de près par son ennemie. Elle n'allait pas tarder à repasser à l'attaque frontale, torche enflammée ou pas. Il s'assura de croiser le regard de Suzuka, qui semblait avoir compris ce qu'il s'apprêtait à faire. Xia, quant à elle, était tombée à genoux, le nez enfoui dans le sol, telle une poupée disloquée. Ne pas penser à ça. De la concentration.

Alors que la sorcière allait bondir sur lui, le jeune garçon plaça la poupée vaudou au-dessus de la flamme.

- Ne bougez pas ! s'écria-t-il.

- Mon pauvre garçon… Que comptes-tu faire exactement ? Brûler ton amie ?

La sorcière affichait un petit air supérieur.

- Vous mentez ! C'est si on la perce qu'elle meurt ! Si je le brûle, Xia sera libérée de vous !

- Ma foi, si tu es si sûr de toi, pourquoi ne pas le tenter…

Hana hésita. Etait-il vraiment sûr de lui ?

- Attends, gémit Suzuka, prise d'un doute affreux.

Et s'il tuait Xia au lieu de la délivrer ?

Impossible. Pourtant…

Le sourire ravi de leur adversaire le décida.

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Il plongea le petit fétiche dans la flamme. La poupée s'embrasa immédiatement et il vit que le corps de Xia était secoué de sursauts. Mais à l'instant où le pantin se consumait, la fillette retomba mollement sur le sol. Suzuka se jeta à genoux devant son amie et la secoua fébrilement, pour s'assurer que tout allait bien. Hana, lui, n'avait pas besoin d'autre confirmation que celle qu'il lisait sur le visage de son ennemie, qui se décomposait sous l'effet de la fureur.

- J'avais raison, siffla-t-il.

- Et tu aurais été prêt à risquer sa vie sur un doute…

- Non. Je suis sûr d'avoir lu ça dans un livre ou une BD. Le vaudou, c'est connu maintenant, vous savez.

Hana la tenait toujours en respect avec sa torche.

- Il faut en finir, décréta-t-il. Je suis désolé, mais on va devoir vous tuer.

- Tu es bien présomptueux, éclata la créature.

- Je pensais qu'on pouvait peut-être vous aider en descendant ici, mais apparemment, je me suis trompé. Suzuka !

La petite Aïnou releva la tête.

- Réveille Men, et partez tous les trois.

- Mais… tu… hoqueta-t-elle, soufflée.

- Partez devant !

Suzuka ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répliquer, et alla appliquer une bonne paire de claques à Men. C'était toujours ça de pris !

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L'instant d'après le chinois était réveillé, un peu hagard, sans doute, mais du moins opérationnel. Suzuka lui mit sa sœur entre les bras sans un mot d'explications. Ils en auraient bien le temps après.

Hana faisait toujours face à la sorcière et Suzuka devinait aisément son plan. Il allait sans doute essayer de la brûler en profondeur pour l'empêcher de les poursuivre.

- On va se mettre pas trop loin des escaliers, expliqua-t-elle à Men. Tu portes Xia…

- Et mon épée ?

- T'occupe. Moi je porte ton épée.

Et, preuve qu'il avait vraiment pris un sacré coup sur l'occiput, Men s'exécuta sans broncher.

- Hana ! lança Suzuka. Dépêche !

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On n'attendait plus que lui. Le blondinet jeta un dernier regard à la sorcière et sut que cette attaque-là serait la dernière. La manche décisive.

Il fondit sur elle de toute sa force.

La sorcière se jeta sur le côté. Malheureusement pour elle, son adversaire l'avait anticipé.

Au lieu d'attaquer avec la pointe de la torche, Hana frappa dans la longueur, balayant l'air d'un coup de taille violent qui la heurta à la taille.

Le fantôme hoqueta et bascula en arrière, entraînée par ce corps, qui avait atteint sa limite, désormais. Elle voulut se raccrocher au meuble derrière elle et s'effondra, en plein sur les dizaines de chandelles brillantes. Sous le choc, la table se renversa et, les huiles aidant, pris rapidement feu.

La créature, assise au milieu des débris de bois, de verre et de poterie, poussa un hurlement lorsque son torse se mit à flamber d'un coup. Hana n'attendait que cela.

Cette fois, le garçon planta le brandon dans la poitrine du monstre et l'y enfonça profondément.

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La douleur qu'elle ressentait était au-delà des cris.

Elle ne pouvait plus bouger. L'état de son corps était irréparable. Elle était à leur merci.

La sorcière n'eut que le temps d'écarquiller ses yeux immondes en voyant le sale gamin jeter quelque chose dans sa direction et s'enfuir en courant. Qu'est-ce que ça pouvait bien être… Elle n'avait même plus la force de s'en soucier.

Elle était foutue. Son corps avait perdu.

Avant même que la fusée lumineuse n'explose, elle avait fermé les yeux et s'était résignée.

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- Courez ! hurla Hana.

Les deux autres ne se le firent pas répéter. Ils ne savaient pas ce que Hana avait balancé à la sorcière, exactement, mais ça venait d'exploser juste au moment où ils atteignaient l'escalier.

Arrivé à leur hauteur, le blond saisit Xia à bras-le-corps.

- Monte ! ordonna-t-il à Men. Je la porte.

Le shaman chinois acquiesça en silence, yeux exorbités.

Les trois enfants remontèrent les marches quatre à quatre, le cœur au bord de l'explosion. Ils avaient bien fait : à en juger par l'odeur, la cave entière avait dû prendre feu.

Ils coururent, coururent, coururent, malgré la fatigue. On dit que l'amour donne des ailes, mais sachez-le, la peur en donne tout autant.

Lorsqu'ils eurent atteint le rez-de-chaussée, la fumée de l'incendie de la cave ne les avait pas encore atteints.

- Par-là, s'écria Men, qui commençait à retrouver ses facultés mentales. Je suis passé par là, quand je vous ai laissés ! La sortie est là.

A ce mot de « sortie », Suzuka crut qu'elle allait se mettre à pleurer. Enfin !

Mais au moment où ils atteignaient le couloir, ce merveilleux couloir envahi de clous, de verre brisé et de flyers déchirés, un horrible cri résonna derrière eux…

…Et sous leurs yeux, les volets de fer du bowling s'abaissèrent et retombèrent sur le sol, les emprisonnant, dans un bruit de métal glacial.

Les trois enfants se retournèrent, horrifiés.

La sorcière était là.

Non plus la sorcière, sale, verte et grise, putréfiée, répugnante, qu'ils connaissaient, mais son esprit. Le fantôme qui habitait le cadavre, la chose qui les persécutait depuis le début tout en leur cachant sa véritable apparence.

C'était une femme, plus très jeune, aux longs cheveux blancs et au visage allongé en une expression sinistre. Son regard pâle était envahi d'une lueur de revanche. Elle portait une longue robe gris sale, ainsi qu'une coiffure compliquée dont dépassaient deux bougies allumées.

A première vue, elle faisait bien moins peur que la chose rampante qu'ils avaient combattue. Pourtant, rien n'aurait pu les effrayer davantage que cette apparition, qui les tenait encore en son pouvoir, et les fixait avec une expression de haine absolue.

- On voulait me fausser compagnie, hein… Pas de chance, mes petits, vraiment pas de chance…

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Cette fois, Hana ferma les yeux.

Il ne pouvait plus la regarder en face. Elle allait les tuer. Tout était de sa faute, c'était lui qui avait emmené ses amis au bowling. Sa faute. C'était sa faute.

Il n'avait même plus la force de supplier, d'implorer qu'on le prenne, lui, mais qu'on laisse les autres.

Même maintenant, il ne pouvait pas regarder sa propre mort en face. Le petit garçon serra très fort le corps inconscient de Xia contre lui et attendit.

Il sentit l'esprit l'approcher, à pas lents…

Puis il sentit une chaleur…

Quelque chose de doux.

Une voix qui murmurait son prénom.

L'incendie ? pensa son cerveau engourdi. On est en train de mourir ?

Bah, si c'est ça, la mort, ça pourrait être pire…

Et puis, il comprit.

Une présence, chaude et réconfortante, se tenait devant eux. Quelque chose qui se dressait entre eux et la sorcière. Quelqu'un qu'il reconnut aussitôt.

Il se noya dans cette présence merveilleuse et dans sa chaleur. Dans son amour.

Quelque part, dans le flou, il entendit des paroles. Une voix d'homme. Les cris inhumains de la sorcière, qui se faisaient de plus en plus faibles, et qui disparaissaient.

Et enfin, le bruit des sirènes de police qui résonnaient dans le lointain.

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