Ca aurait du être un OS. Finalement je poursuis parce que je n'arrive pas à me sortir tout ça de la tête.
Un très très très long chapitre, désolée, et il va y en avoir d'autre du même acabit.
Bonne lecture
Mille Morsures
Ce chapitre est dédié à mon neveu qui ne va pas tarder à se pointer à mon avis !
Chapitre 2 : Le baiser de Judas.
POV Elena
Je ne bougeais plus, adossée contre le mur de la cave des Salvatore. J'osais à peine respirer. La douleur, la culpabilité me submergeaient. J'étais un monstre. Différent des vampires mais tout aussi dangereux. J'avais ramené mes jambes le long de mon buste et les maintenais en place avec mes bras. Je me recroquevillais afin de prendre le moins de place possible mais aussi pour chasser cette désagréable impression de me déliter. Damon m'observait, sans dire un mot. Ses yeux glacés me firent frissonner. Il ne me jugeait pas. Il attendait tout comme moi que le moment fatidique du sevrage commence. Mais ces prunelles froides me mettaient mal à l'aise. Avant, je me sentais capable de les défier et de leur faire ravaler leurs moqueries. Plus maintenant. J'aurais tellement voulu avoir un contact « humain » avec lui. Je ne sais pas moi, juste un sourire tendre, une main pressant la mienne… Mais rien. Tout en Damon Salvatore m'évoquait la distance, le dégout, la haine presque. J'aurais tout donné ne serait-ce que pour entendre une de ses piques acerbes. Parce que ça signifierait que tout était encore un peu comme avant, que tout pouvait rentrer dans l'ordre. Mais rien. Le silence total. Depuis des heures.
J'avais froid. J'avais faim. L'aube n'allait plus tarder. Heureusement que nous étions un dimanche, j'aurais une excuse pour expliquer à Jenna ma mine déplorable quand je rejoindrais la maison : une fête arrosée, une after après l'élection de Miss Mystic. Elle me passerait un savon et puis oublierait.
J'éternuais bruyamment et me mouchais dans ma manche. Damon ne bougea pas d'un cil. Il semblait concentré et… inquiet. Oui inquiet. Si je ne me sentais pas si coupable j'aurais été capable de rire. Quoiqu'il en dise, le vampire brun aimait son cadet. Il le protégeait. C'était pour ça qu'il avait « cafté ». Qu'il m'avait plongée dans l'affliction et le désarroi. Parce que Stefan était en danger et qu'il n'avait presque plus d'influence sur lui. Alors que moi oui. Après tout, j'étais sa petite amie. Oui, Damon Salvatore était venu me demander mon aide, de façon déguisée, dans cette chambre du manoir des Lockwood.
J'éternuais pour la seconde fois consécutive, misérablement. Mon compagnon soupira bruyamment. Lorsque je relevais la tête, il se tenait à proximité de moi et agitait un mouchoir blanc devant mes paupières lourdes, comme un pompon au dessus des manèges à la fête foraine. Sarcastique, il lâcha :
-« Mouche toi, la morve ne te vas pas du tout au teint. Et en plus, s'il t'arrive ne serais-ce qu'une écharde, Stefan serait capable de me le faire payer. Et vu que depuis quelques temps je suis à la diète et pas lui, je n'ai aucune envie de…
-Je confirme, vu la raclée que tu t'es prise quand tu as voulu sauver Amber.
-Je n'étais pas sur mes gardes.
-Ouais, si tu le dis. » Ricanais-je. Il grimaça n'appréciant apparemment pas que je remette en cause ces capacités physiques. Il avait toujours été le plus puissant des deux. Il contrôlait le brouillard, les corbeaux et même les grenouilles, si c'est pas un art ça… Je continuais cependant :
-« Quoique j'aurais bien aimé qu'il continue, histoire de pouvoir te voir réduit en morceaux…
-Ce n'est pas très fair play, Elena. Ni très réglementaire.
-Qui a dit qu'on jouait avec des règles ? » Assenais-je durement. Il me dévisagea, étonné, ne s'attendant sans doute pas à tant de répartie de ma part. Mais rapidement il reprit ses esprits et répliqua :
-« Alors nous sommes sur la même longueur d'onde. Tu ne m'en voudras donc pas de jouer un peu avec tes nerfs durant « l'absence » de Stefan.
-Et toi tu comprendras que je te mène une vie impossible. » Répliquais-je en me mouchant bruyamment. Damon se releva, ancrant ses prunelles glacées dans les miennes.
-« Adorable petite sotte suicidaire.
-Ignoble vampire arrogant !
-Ne mens pas Elena…
-Comment ça, tu vas oser me dire que tu n'es pas arrogant ?
-Je pensais plus à l'adjectif « ignoble » qui ne me correspond pas du tout» S'amusa-t-il en tournant les talons après m'avoir adressé un sourire éblouissant. Il quitta la cave sans un mot de plus à mon endroit et de nouveau l'ambiance qui m'entourait de sembla lourde, m'écrasant. Je tentais de me relever lorsque je sursautais.
-« Qu'est ce que tu fous encore là, je croyais que t'étais retourné à la vie « civile » ?
-Je venais vérifier que tu ne faisais pas de bêtise, j'ai eu raison. Tu restes à distance Elena. C'est un ordre.
-Et si je refuse ? » Le défiais-je.
Il me contempla longuement, de la tête aux pieds, s'arrêtant plus longtemps sur mes courbes, amateur. Il pencha légèrement sa tête, appréciant apparemment ce qu'il observait puis répliqua avec une folle désinvolture :
-« Je t'en empêcherai. Je peux être très convaincant quand je veux.
-Je porte de la verveine, Damon. Ca ne va pas marcher. » Dis-je tranquillement. Il se tourna vers moi et me toisa avec amusement :
-« Qui te dit que j'aurais besoin de mon pouvoir pour que tu te plies à mes désirs ?
-Qui te dit que tu y arriveras ?
-Qui te prouve le contraire ?
-Que… quoi.. je… »
Je m'énervais de me voir sans aucune réplique à lui donner. Son sourire « damoniaque » s'élargit encore plus et il m'adressa un clin d'œil moqueur. Je trépignais intérieurement, maudissant mon manque de répartie et lorsque je relevais les yeux dans la direction de mon… compagnon d'infortune, je constatais qu'il m'avait faussé compagnie, sans un bruit.
Cette fois ci j'étais seule, définitivement seule, horriblement seule. Je devais l'avouer, j'étais morte de trouille. Ce n'est pas tous les jours qu'on veille un vampire non sevré, ce vampire étant votre petit ami, ledit petit ami que vous avez mis KO toute seule, comme une grande.
Je retrouvais ma position fœtale le long du mur et fermais les yeux, tentant en vain de m'évader de cet enfer. J'étais coincée avec mes remords qui me torturaient.
Mon cœur battait la chamade, comme lorsque Stefan était rentré de la fête. Il avait changé, je ne le considérais plus comme avant. Tout ce que je voyais, c'était un monstre. Un monstre tout droit sorti de mes pires cauchemars, qui avait manqué de vider Amber de son sang, cette fille mièvre et insignifiante mais pourtant bonne camarade de classe, que j'appréciais pour sa discrétion. Il lui avait donné des faux espoirs, la laissant « s'échapper » pour mieux profiter de la traque. Mon amoureux était redevenu un prédateur. Et ce, par ma faute. A moi, la misérable humaine. Moi qui n'avais pas compris que Stefan luttait contre sa nature. Moi qui lui avais mis sous le nez mon sang, qui le lui avait offert.
Moi ! Moi ! Moi !
J'étais une calamité. Je me faisais horreur. J'étais l'investigatrice de toute cette folie. Je devais donc prendre sur moi, arrêter de me morfondre. Mais je n'y arrivais tout simplement pas. Dès que je fermais les paupières, la scène qui m'avait poussé à enfermer Stefan se rejouait dans ma tête…
//Flashback//
Stefan rentrait de la soirée, le regard torve et fou tout à la fois. Du sang gouttait sur son marcel blanc. Ses yeux étaient noirs, ses crocs sortis. Jamais je ne l'avais vu ainsi, tout à fait… dangereux. La seule fois où je l'avais aperçu « vampire » nous nous apprêtions à faire l'amour et il ne ressemblait pas du tout à ça. C'était le désir qui me l'avait révélé, pas la soif. Je me rendis compte à cet instant qu'il pouvait de tuer d'une pichenette. Il avait tout dévasté sur son passage, pire que la tempête Katrina. Puis il s'était stoppé net. Je devinais que Stefan avait aperçu mon reflet dans le miroir. La partie était lancée, il faudrait jouer serré. Il en allait de ma vie.
-« Tu ne devrais pas être là. » Commença-t-il. Je répondis simplement:
-« Je sais. »
Stefan revint vers moi, titubant comme un homme ivre. Je mordis l'intérieur de ma lèvre, histoire de me donner du courage et de m'empêcher de faire quelque chose de stupide. Parce que même ainsi, même en monstre, je cherchais son humanité que j'aimais. Et si j'en découvrais, ne serait-ce qu'une infime trace, mon plan tombait à l'eau car je ne serais pas capable de l'accomplir. Mon amant feula :
-« Tu sais tout… à propos du sang. De moi. »
Des larmes montèrent à mes yeux. J'étouffais un sanglot et répliquais, avec urgence :
«-Ca n'était pas toi. » Non, il n'était pas ce monstre. Je refusais de le croire. Il réfuta mon propos avec dédain :
-« Oh si Elena, crois moi, c'était tout à fait moi. Je suis un prédateur. C'est ce que je suis, Elena.
-C'est ce que le sang fais de toi mais…
-Le sang ne fait ressortir que ce qui est EN MOI ! » S'énerva t'il. Ses muscles saillaient, il respirait fort, ses pupilles de dilatèrent. Il allait attaquer. Et je me glaçais, ultime instinct de survie de mon corps face à son pire danger. Stefan m'assena le coup fatal :
-« Si tu penses autrement, Elena, c'est que tu es une idiote ! »
Il était convaincu. Moi aussi. Et pourtant, je ne voulais pas comprendre sa véritable nature. Je ne pouvais pas l'imaginer en personne néfaste. Je le refusais.
-« Ce n'est pas toi Stefan.
-Je voulais boire chaque goutte de sang de cette gamine !
-Non… »
Il me faisait mal. Cette vérité me détruisait, peu à peu, pernicieusement. Et pourtant je savais qu'il avait raison. C'était ce qu'il avait vécu. Pensé. Et c'était terriblement angoissant.
-« C'est ce que je suis… Mais pourquoi es tu là ? »
La question était anodine. Pourtant elle failli me faire m'évanouir. Avait-il senti le piège ? Dans ce cas là, comment allait il réagir face à ma tromperie ? Me tuerait-il ou serait-ce Damon qui prendrait ? Ou peut être Alaric ? Je dis, précipitamment :
-« Je me sens coupable. C'est moi qui ai crée tout ce…
-Tu n'as fait que m'exposer à ce que je suis vraiment.
-Ce n'est pas toi.
-ARRETE DE DIRE CA ! » Beugla t'il en envoyant voler dans la pièce une chaise qui se brisa sur le parquet. Je sursautais et reculais d'un pas, avant de me reprendre et de tenter de le consoler. Il était redevenu un peu plus « calme » même s'il restait agité, comme un junkie en manque.
-« Ne t'approche pas de moi Elena.
-Je ne veux pas que tu deviennes ce que tu crains d'être.
-Arrête.
-Je crois en toi…
-ARRETE ! » Hurla t'il en me repoussant contre les lambris de bois qui tapissaient sa chambre. Je m'y écrasais dans un bruit mat et gémis de douleur. J'allais avoir des bleus horribles. Je tremblais comme une feuille et portais une main devant mon visage, de peur qu'il ne me frappe. Ma réaction l'adoucit immédiatement, car il s'écarta un peu, et reprit sa tête de type sous Prozac comme s'en moquait Damon.
-« Je suis… désolé. Tellement désolé. » Avait il murmuré tendrement en m'observant comme si j'étais la 8eme merveille du monde. Stefan à cet instant était redevenu le Stefan que j'aimais. Je l'accueillis dans mes bras, doucement :
-« Ca va. Ca va aller, je te le promets. On va s'en sortir, tous les deux, ensemble. »
Mon amoureux cala sa tête dans mon cou, comme le font les petits enfants, et commença à sangloter.
-« Je ne sais pas ce qui m'arrive, je…
-Shhhhttt, ça va aller… » Murmurais-je, confiante, en caressant sa nuque.
J'endormais sa confiance. Il le fallait. Ma menotte qui ne s'était pas posée sur sa peau tremblotait mais s'approcha pernicieusement de son dos. D'un mouvement sec, j'y plantais la seringue pleine de verveine et appuyais. Stefan me dévisagea, happant l'air comme un poisson hors de l'eau, les yeux exorbités. J'eus l'impression fugace d'être la meurtrière de l'homme que j'aimais de toute mon âme. Mon vampire s'écarta de moi quelque peu et ancra ses prunelles onyx dans les miennes avant de s'écrouler au sol dans un bruit mat. Echevelée, paniquée et anéantie, je l'observais au sol tout en lâchant l'instrument de mon crime, ouvrant mécaniquement la paume. Je passais une main sur mon visage, remettant en place une mèche qui barrait ma vue. C'est là que Damon était arrivé, serein. Il était clean, c'est moi qui avais fait le sale boulot. Pourtant, il avait le visage d'un gamin pris en faute. Il me demanda, d'une voix atone :
-« Tu es sûre de vouloir faire ça ?
-Je le suis. Oui. »
//FIN FLASHBACK//
La journée avait pourtant si bien commencé. Miss Mystic Falls, l'élection. Rien que ça, ça valait le coup. Je suis certaine que c'était pour reluquer les candidates que Damon s'y était rendu. Stefan aurait du être mon cavalier… et puis l'appel du sang l'avait éloigné de son devoir. Quel n'avait pas été ma surprise quand j'avais vu son frère, le noir Damon s'approcher de l'escalier pour jouer le rôle de mon cavalier. J'avais failli faire une attaque. D'abord j'en voulais à Stefan de ne pas être là, alors que ça me tenait à cœur. Enfin ça tenait à cœur à ma mère, elle disparue, c'était un dernier hommage. C'était important pour moi. Il aurait du comprendre. Et de deux, je n'avais aucune envie de danser avec Damon Salvatore. Ca me rebutait. Et pourtant, je devais avouer que j'avais adoré ça. Mon amoureux avait eu tord lorsqu'il avait assuré que « la promiscuité était surestimée ». J'avais apprécié sentir les paumes de Damon frôler les miennes, se rapprochant de plus en plus et son regard joutant avec le mien, m'envoutant presque. Et puis lorsque nous avions valsé… Je m'étais sentie toute chose. J'avais eu l'impression de voler, d'être incroyablement séduisante, d'être rare, unique. Mon cœur s'était accéléré. Mes jambes flageolaient. J'étais à l'aise, conduite avec assurance par un beau garçon. Damon avait donné un accent de perfection à cet instant unique qui m'importait tant. Il avait compris, lui. Il avait été là. Vraiment là. Il m'avait sourit avec tendresse et un million de papillons avaient volés dans mon ventre. Je m'étais troublée, plus que de raison. Quelque chose naissait en moi et cela m'effrayait. J'étais attirée par Damon Salvatore, prête à succomber. Je luttais cependant car il ne pouvait pas m'aimer. Pourtant, tout tendait à me prouver le contraire. De plus en plus. Ses yeux pétillaient, il semblait heureux d'être mon cavalier. Mais était-ce moi ou Katherine qu'il voyait se mouvoir entre ses bras ? Je me plaisais à penser qu'il n'avait été heureux que grâce à moi et par moi. Un souffle de vent glacial suivit d'un râle bestial m'arrachèrent un cri. J'entendis une voix sourde me mettre en garde :
-« Pourquoi tu n'as pas eu confiance en moi ? Pourquoi tu ne m'as pas laissé une chance ! Elena, laisse-moi sortir ! Crois en moi ! S'il te plait, crois en moi ! ELENA !»
Stefan se précipita contre la porte, voulant la faire plier. Je me recroquevillais encore plus, laissant des larmes amères s'échapper. Chaque mot de mon amoureux m'avait tailladé le cœur. Je cessais alors de lutter et sombrais dans l'inconscience, salvatrice.
POV Damon
C'était les cris de mon frère qui m'avaient poussé à me précipiter de nouveau à la cave. On aurait cru ceux d'un dément. J'avais pensé qu'Elena le calmerait et n'avais pas cru bon d'intervenir. Après tout, ils avaient aussi des comptes à régler, elle l'avait tout de même drogué à la verveine, Stefan pouvait être furax. A sa place je le serais. Mais les hurlements et les appels au secours s'étaient faits trop véhéments pour que je les ignore de là où j'étais, c'est-à-dire ma chambre. J'avais accouru et découvert allongée sur les dalles froides Elena, inconsciente. On ne pouvait pas la laisser une minute sans qu'il ne lui arrive un truc. Décidément je faisais tout de travers avec l'humaine, je ne savais pas comment réagir avec elle. Je la soulevais, passant une main derrière ses genoux et l'autre autour de sa taille afin de la faire basculer en amazone. Elena pendait lamentablement entre mes bras, les traits tirés. On aurait dit une poupée désarticulée. Une morte. Je tonnais à l'encontre de mon frère :
-« Elle a fait ce qui était le mieux pour toi.
-A d'autres ! Elle a fait ce que tu voulais qu'elle fasse pour moi. Elle est de ton côté !
-La ferme, Stefan.» M'époumonais-je, complètement furieux après lui. Il l'avait blessée alors qu'elle méritait tout sauf ça. Je ne supportais pas de la savoir malheureuse, allez savoir pourquoi. Narquois, mon frère répliqua :
-« Tu sais ce que j'en fais de ton sevrage ?
- Vampire pathétique bouffeur d'écureuils. » Déblatérais-je, coupant court à sa crise.
Mon frère me regarda avec intensité, vaincu. Le nom d'Elena avait calmé sa crise. Je resserrais mon étreinte autour de la taille gracile de l'humaine et humais son parfum enivrant. Il se tendit, instantanément :
-« Ne la touche pas !
-Il y a un truc génial qui différencie ton côté du mien, petit frère. Moi, je suis libre, je suis avec Elena. Toi tu es ici et tu l'imagines ce que je fais avec elle. » Le narguais-je. Il grogna et se roula en boule. Mon cadet était au supplice en raison du manque et de sa petite amie entre mes bras. Je jubilais, mais en même temps je culpabilisais. Elena avait-elle raison ? Aimais-je vraiment Stefan, celui qui m'avait tout pris? Je devais admettre qu'il me faudrait considérer avec attention cette idée. Et ça me déplaisait. Car l'amour implique des attaches et des limites, choses que je détestais. Mécontent de mes réaction, je tournais les talons afin d'amener Elena en lieu sûr.
C'est avec mille précautions que je l'étendis sur mon lit. Alors que j'allais m'en aller, elle ouvrit grand ses yeux et haleta, regardant dans tous les sens comme une bête traquée, sans doute suite à un mauvais rêve. Elle aperçut mon visage et papillonna des cils épuisée. Placide, je tentais de la calmer :
-« Je suis là, Elena. Ne t'inquiète pas. Tu vas dormir tranquille. Je m'en vais.
-Reste… Damon, s'il te plait… reste. »
Si j'avais voulu lui refuser cette faveur, je m'aperçus bien vite que mes mouvements étaient entravés. L'objet du délit était la petite main de l'humaine, qui s'accrochait à mon pull comme une noyée en pleine tempête. Et c'est à ça que me faisait penser Elena, à une pauvre fille qui luttait pour remonter à la surface et que la vie n'épargnait pas. Ce contact réveillait dans mon cœur mort et glacé une douce chaleur qui l'avait bien longtemps déserté. Elena me redonnait un peu de mon humanité. Cela m'effrayait tout autant que cela m'attirait. Avec elle je pouvais me laisser aller, redevenir quelques fugaces instants le jeune homme que j'avais été. Pas de masque, pas de mensonge. Je lui faisais confiance. Je caressais ses longs cheveux noirs et soyeux et découvris des mèches blondes. Ainsi Elena était une fausse brune ! A noter pour les joutes verbales à venir : les blagues sur les blondes sont autorisées !
La jeune compagne de mon frère se lova contre mon torse froid et je me figeais instantanément. Elena rêvait sans aucun doute et posa sa tête là où aurait dû batte mon cœur. Comme Katherine autrefois. J'étais bien content que cette fois ci mon palpitant ne puisse pas trahir mon trouble. Car je devais l'avouer, Elena ne m'indifférait pas. Ca me faisait mal de l'admettre mais j'éprouvais quelque chose pour elle qui m'empêchait de la tuer, de la contrôler ou de me nourrir sur elle. Et ça n'était pas la verveine, dont elle était pleine, comme une outre ! Stefan la gavait – à son insu sans doute- de cette plante, histoire que je ne prenne pas d'ascendant sur elle. Ce que mon frère pouvait être stupide quand Elena pesait dans la balance !
Je me fis donc à l'idée que j'allais finir la soirée, dans le même lit qu'Elena, veillant Elena, respirant Elena, touchant Elena, tellement proche d'Elena… Sans pourtant qu'elle s'en souvienne. C'était ça le plus triste dans toute cette histoire. Moi, je garderai un souvenir impérissable de cette nuit. Et elle aussi. Sauf que pour moi ça serait un fragment de paradis et pour elle d'enfer. La vie est cruelle et ironique n'est ce pas ? Et c'est encore plus injuste quand on est… mort. Elle arrive encore à nous pourrir l'existence !
Du bout des doigts, j'effleurais les joues crème, les lèvres pleines et rondes de ma belle endormie. Ainsi, Elena était idéale, sereine, divine.
J'aurais pu passer des heures à la contempler…
Je me renfrognais instantanément en voyant mon cœur de pierre fondre comme neige au soleil face à la pureté des traits de la fiancée de Stefan. Et pourtant, je n'éprouvais pas de honte à convoiter ce qu'il possédait. C'était un truc entre nous, les frères Salvatore : on désirait ce que l'autre avait.
Je sentais ma vie qui basculait, vers une terre inconnue. J'avais peur et en même temps je percevais vaguement l'excitation réchauffer mes veines. Elena était différente, unique. C'était l'humaine de Stefan mais de plus en plus souvent je me prêtais à rêver d'elle comme de mon humaine. Et je savais qu'il en allait de même pour elle. Une fois, elle avait crié mon nom dans son sommeil. Et nous luttions, elle comme moi, contre ce lien que nous ne maitrisions pas et qui nous poussaient l'un vers l'autre. La jeune fille me troublait, m'inquiétait. J'avais l'impression que le désarroi qu'elle provoquait chez moi était éclatant. Je voyais la foule se reculer lorsque je marchais dans la rue. Avant je savais que c'était par peur ou par respect. Mais aujourd'hui, étais-ce en raison de mon secret que je conservais jalousement ? Que je masquais à tous, même à moi-même ?
J'étais Damon Salvatore.
J'étais le monstre insensible, froid, vaniteux, vantard. Pas un chic type, capable de sentiments humains. Je luttais de toutes mes forces contre ce qui m'arrivait. Et pourtant je savais déjà que c'était trop tard. Mais je n'oserai jamais lui dire ce que je ressentais pour elle. La vérité, c'est qu'ainsi j'avais peur de la perdre. Et pourtant je mourrais d'envie de la goûter, juste une fois. J'étais un homme mis à nu. Un homme mis à nu…
La respiration d'Elena me parvenait, profonde et calme. Aussi étonnant et saugrenu que cela puisse paraitre, elle dormait du sommeil du juste, entre mes bras, alors que je luttais contre mes instincts primaires. J'étais dangereux pour elle, même si elle semblait l'ignorer avec application. Sans doute la vision de Stefan en mode « vampire assoiffé » avait penché un peu en ma faveur. J'étais moins monstrueux. Moi, elle ne m'avait jamais vu en traqueur. Elle ne pouvait que s'imaginer ma cruauté. Et sans doute son imagination ne serait pas assez fertile pour lui donner un assez large panel des atrocités que j'avais commises, les meurtres, les hurlements de mes victimes, mon détachement face à tout ça. Je n'avais aucune pitié, aucun répit. Oui, si l'humaine avait eu connaissance de tout ça, je suis certain qu'elle hurlerait à cet instant en se débattant avec toute l'énergie du désespoir. Mais non. Au contraire, elle sommeillait paisiblement. Sa paume chaude s'était détendue et reposait désormais bien à plat sur mes pectoraux. Le ventre d'Elena se collait de plus en plus sur mon flanc, je percevais son os iliaque contre ma hanche, me déclenchant un délicieux frisson. Sans que j'y prenne garde, mon bras s'enroula autour de ma compagne et je la pressais tout contre moi. Mon cerveau criait « attention danger » mais je faisais la sourde oreille. Une nuit ne pouvait pas changer le cours d'une existence, surtout de la mienne. J'étais aussi fébrile parce que je n'avais plus désiré et soumis une fille depuis des mois. Elena réveillait l'homme qui se cachait sous le monstre. Voilà tout. Demain elle recommencerait à pleurer sur le sort de Stefan et je trouverais de nouveau cela répugnant, pathétique et affligeant. Il fallait juste attendre que jeunesse se passe.
Pourtant, un océan de passion déferlait dans mes veines, causant ma déraison, ma déroute, ma déveine. Et doucement, mais surement j'y plongeais. Je ne me débattais pas, ou plutôt plus. Tant pis pour elle. Tant pis pour moi. Nous étions perdus et damnés. Le démon ne devait, ne pouvait pas s'éprendre de l'ange. Et pourtant…
Mais qu'est ce que je disais moi ? Je me serais giflé pour débiter de telles sornettes. L'amour. Je détestais l'amour, les sentiments hésitants, les promesses jamais tenues, l'hypocrisie des regards larmoyants des amants après l'amour. Ca me donnait envie de vomir. Non, l'amour était un sentiment pour les faibles… Les humains et les vampires sous Prozac. Genre Stefan. Moi, moi j'étais tout sauf ça. N'importe quoi plutôt que ça. J'étais foncièrement et terriblement méchant et cruel. Ca, c'était mon credo. Une âme aussi noire que la suie. Je m'étais fait avoir par l'amour, avec Katherine. Je n'allais pas remettre le couvert avec son double !
Mais le contact d'Elena commençait à me la teindre en gris clair. Il fallait que j'y remédie, vite. Parce que ma « gentillesse » toute nouvelle –et relative- me tapait sur le système et me rendait la vie impossible ! La petite humaine ne pouvait-elle pas accepter ma méchanceté et me laisser me complaire dans la cruauté ? J'étais bon à ce jeu là. A vrai dire, je n'en connaissais pas d'autre. Plus d'autre. Elle allait me détruire. Elena ébranlait toutes mes certitudes. Je la maudissais. Je la détestais. Je la détesterai jusqu'à la fin de mon éternité. Mais dès le premier jour, dès la première nuit je m'étais douté que cette écervelée me mènerait la vie dure. Qu'elle changerait tout. Je n'avais simplement pas imaginé à quel point !
Lentement, je me noyais, j'étais perdu, déboussolé. Elena ébranlait mes certitudes. C'était ça, le plus dangereux. Comme Stefan, je commençais à agir pour elle et par elle. L'imbécilité me semblait contagieuse à Mystic Falls et se transmettait via l'humaine Elena Gilbert.
C'est alors que je remarquais que ma comparse pleurait. De fins sillons argentés humidifiaient ses joues. Son visage redevint peu de temps après lisse, mais il m'apparut plus dur, fermé. Ainsi, elle ressemblait à Katherine. Elle resserra sa prise autour des boutons de ma chemises et je grimaçais en imaginant, phase 1 : que j'allais devoir la nettoyer car la morve n'était pas un atout de drague ou de chasse et phase 2 qu'il me faudrait ensuite repasser, mission encore plus périlleuse que de trouver le chemin d'une laverie. Dieux, elle ma la pourrissait vraiment la vie, celle là.
Pourquoi ?Qu'avais-je fait de si condamnable pour me coltiner un frère insipide et sa petite amie désespérante ? Et pourtant, malgré le fait que je lui en veuille, malgré son nom que j'abhorrais depuis des décennies parce qu'il était cause de la perte de mon amour, malgré tout, il y avait quelque chose chez Elena qui encourageait mes sentiments ambivalents à son égard. Par le sang, c'était à en avoir la migraine !
Le soleil rougeoyait à l'horizon. Je grognais et enlaçais sa taille, la maintenant contre mon torse. Elle sourit tranquillement et poussa un soupir d'aise. Elle me souriait, dans son rêve, et des papillons voletèrent dans mon ventre. C'était étonnant et agréable. Tétanisé et horrifié cependant par ma réaction qui m'en rappelait une autre, bien plus ancienne, mon instinct de survie se remit en service, m'amenant à rejeter Elena le plus loin possible de moi, histoire que je reprenne mes esprits. L'humaine s'écrasa au pied de mon lit dans un horrible craquement. Un vagissement de Stefan vint à mes oreilles… ainsi qu'une délicieuse odeur rouille. Du sang. Son sang. Et brutalement je me souvins que j'avais soif. Et plus d'écureuils, non. Je voulais de l'humain.
Mes canines sortirent.
J'allais la mordre, ce n'était plus qu'une question de temps. Je me précipitais sur elle, prêt à la vider de son sang quand elle geignit. Un flot vermeil s'échappait de son crâne. Une plaie béante s'y était formée. La voir ainsi brisée, par ma faute, me doucha instantanément et je repris mes esprits. Calmement je la portais dans la salle de bain. Là, je la déposais le plus délicatement du monde dans la baignoire, prenant soin de bloquer ma respiration, histoire de ne pas tenter le diable. Je la dévêtis habilement – chaussures, chaussettes, jean, t-shirt blanc, - et ouvris le robinet. Je m'assis sur le rebord du bain et testais l'eau sur ma peau, pour savoir à peu près si je risquais de la transformer en glaçon ou encore l'ébouillanter. J'allais déjà la rendre à Stefan un peu cassée, alors autant éviter des dégâts collatéraux supplémentaires ! Quand je fus à peu près sûr de moi, me dirigeais la paume de douche vers son crâne. Elena, inconsciente, ne maintenait pas sa tête en place. Mécontent de ne pas parvenir à mes fins, je la rejoignis dans la baignoire et la calais entre mes jambes, son dos reposant contre mon buste. L'eau coulait désormais sur son corps quasi-parfait, nettoyant peu à peu la plaie. Stefan grogna. La formule « eau-sang-bain-Elena et moi » ne lui convenait pas. Personnellement, je n'y trouvais rien à redire même si j'avais le ventre en feu et le venin aux lèvres. Je la voulais. Elle était si belle, ainsi offerte et cassée entre mes bras. Elena. Je la désirais, avec une violence extrême. Plus que Katherine même. Différemment. La blessure était nette et le sang continuait pourtant de poisser ses cheveux : l'entaille était trop profonde. Je décidais donc de la faire boire de mon sang histoire que tout rentre dans l'ordre.
Elena ne pouvait plus rien avaler, il allait falloir lui donner la béquée. Je mordis mon poignet, aspirais le liquide et le conservais dans ma bouche. Puis, je la retournais avec mille précautions, maintenant sa tête avec le plus de douceur dont j'étais capable. Son visage blafard que la vie désertait peu à peu me bouleversa. J'approchais mon faciès du sien, calmement, profitant de cet instant inespéré. Je l'avais. Son souffle lécha ma peau, se mêlant au mien, que je savais désormais erratique. Mes lèvres rejoignirent les siennes et j'ouvris ma bouche afin d'y glisser mon sang pour qu'elle s'en abreuve. Le réflexe de déglutition agit et je soupirais de soulagement. Je réitérais le processus une bonne dizaine de fois tandis que l'humaine guérissait à vue d'œil.
Bientôt, trop tôt à mon gout, je dus m'écarter d'elle. Je m'étais enivré de la proximité de nos bouches, de cette sensualité naturelle. Elle était mon péché, mon obsession. Je la voulais, à moi, pour moi. Ce désir fou que je ne parvenais plus à réfréner me tourmentait. C'en était ridicule. Ces sentiments absurdes me tournaient en dérision, me déchiraient et me hantaient. J'étais au pied du mur. Je ne pouvais plus reculer. Je devais faire avec. Avec ce que l'humaine m'inspirait, même si ça me révulsait, même si je me détestais moi-même et ne me reconnaissais plus.
Elena ouvrit les yeux et s'agita. Elle semblait perdue et fâchée de se retrouver toute mouillée avec moi. C'est vrai que ça n'était pas très… convenable. Mais bon, je lui avais sauvé la vie. Elle ne pouvait pas tout avoir non plus ! Mais, plus j'observais la fiancée de mon frère, plus je voyais dans son regard, derrière le mécontentement la gêne, la maladresse. Elena rougit mais n'entama pas le moindre geste pour me masquer sa nudité, Et si elle appréciait mon regard sur elle ? Et si…
Mais qu'est ce que je dis moi ?Okay Damon, tu dois avoir toi aussi pris un coup sur la caboche pour déblatérer pareille inepties…
Je fis un pas vers elle, afin de la rassurer. J'ouvris la bouche, réfléchissant à vitesse grand V pour trouver un mensonge. Finalement j'optais pour lui dire une partie de la vérité et mentir par omission. Même si ça me déplaisait. Mais je ne voulais pas lui montrer que je pouvais être gentil. Je devais rester un monstre à ces yeux. Il en allait de notre santé mentale, à tous les deux.
« -Bonjour Elena. Comment tu te sens ? »
Elle m'avisa, complètement dépassée par ma question. Elle semblait hébétée et souligna sa tenue « légère » d'un geste évasif, en levant les yeux au ciel.
-« Comme une fille quasi nue devant le frère de son petit ami qui ne sait pas comment elle a pu se retrouver dans cette situation… »
En même temps c'était compréhensible. Reprenant un ton détaché et serein, j'assurais :
- « Pas d'os cassés, j'ai vérifié. Ni de sang vu que tu es encore en vie.
-Mais… et tout ce rouge ? Et pourquoi es-tu dans cette baignoire avec moi, tout habillé ?» M'interrogea t'elle, suspecte et écarlate. Elena croisa ses bras et me défia attendant une réponse de ma part. Elle s'était relevée tandis que je pataugeais encore dans l'eau. Je soupirais, vaincu et dépité :
-« Okay okay, j'avoue. »
Je me redressais pour lui faire face, d'égal à égal. L'humaine eut un mouvement de recul qu'elle réfréna. J'entendais son cœur battre la chamade et souris, content de mon petit effet. J'étais si proche d'elle que nos fronts se touchaient presque désormais. Elena commença à jouer avec ses doigts signe qu'elle était mal à l'aise. Pourtant elle ne me remettait pas en place. Nous jouions à un jeu dangereux, elle et moi, et nous poussions notre chance. Un peu trop même. Après un instant où le temps me parut comme suspendu, je poursuivais :
-« Je t'ai blessé, Elena. »
Elle ouvrit grand les yeux et la bouche et happa l'air, comme si je venais de la gifler. Des larmes montèrent à ses prunelles, elle commença à trembler. Je me précipitais de continuer, afin qu'elle ne meure pas d'apoplexie avec mon sang en elle, même si l'humaine était une très bonne candidate au vampirisme selon moi.
-« Ecoute, tu m'as pris au dépourvu. Tu t'es endormie dans mes bras, j'ai… j'ai eu soif et tu étais là, toute proche, ton poignet quasi-offert. Je t'ai repoussé. Je ne voulais pas te faire du mal. Je voulais… J'ai… Tu es tombée. J'y suis allé trop fort. Tu es tombée Elena et tu as saigné. Et j'ai vu ce trou dans ton crâne et… »
Elle posa un doigt sur mes lèvres, arrêtant net mes excuses. Ses yeux s'étaient plongés dans les miens. Elena n'avait plus peur, son cœur battait régulièrement. Elle m'adressa un sourire franc.
-« Et tu m'as soignée. »
J'hochais la tête, un peu piteux. Sans savoir pourquoi je faisais ça, je murmurais :
-« Désolé. Pour tout. Pour ça. Pardon.»
L'humaine éclata de rire et s'écarta un peu de moi.
-« Bah on va dire que tu es pardonné ! Tu m'as blessé et tu m'as guérie le tout en quelques minutes je suppose. Mais pourquoi diable sommes-nous dans cet état ? » Questionna t'elle en indiquant mon jean trempé et ses cheveux humides. Je grimaçais :
-« Si je te dis que je pensais qu'avec un peu d'eau tout rentrerait dans l'ordre, tu me crois ? »
Hilare et rayonnante Elena me répondit :
-« Parfois les vampires peuvent se montrer d'une grande stupidité !
-Elena, ne sois pas désobligeante. » La prévins-je. Elle changea donc de sujet :
-« Où est mon portable ? Personne ne sait où je suis. Jenna va me tuer d'avoir découché. Damon, tu me ramènes chez moi. »
Je ne bougeais pas d'un poil. Elena sortit de l'eau et manqua de se rompre le coup. D'instinct, je retrouvais toutes mes facultés et la saisis dans mes bras alors qu'elle allait basculer. Elle enroula son bras gauche autour de mon cou et je frissonnai à son contact. L'humaine laissa s'attarder ses doigts au niveau de ma nuque avec une sensualité folle, ses prunelles chocolats oscillant entre mes paumes qui la touchaient à un point que je n'avais jamais espéré atteindre avec elle, mon visage et le couloir. Je la transportais calmement, la faisant traverser la salle d'eau, tandis qu'elle trépignait, battant ses petits poings contre mon torse de marbre :
-« Repose-moi tout de suite, Damon ! Sinon je vais crier ! »
Je ricanais. Comme si Elena pouvait me faire peur ! Et en plus, elle criait déjà ! Sans ménagement je la reposais sur la tomette glacée et elle frissonna.
-« Tu pourrais me passer une serviette ? J'ai froid. » Me dit-elle.
-« J'ai l'air d'être à ton service ? » Ricanais-je. Elena respirait fort et ses yeux lançaient des éclairs.
-« Je dirais à Stefan que tu…
-Oh, j'ai peur… » Me moquais-je. Elle me donna le coup fatal, qui me fit plier :
-« Je pourrais aussi demander à Bonnie de…
-Okay, okay, j'y vais. » Maugréais-je. Je me précipitais donc dans la salle de bain, manquant moi-même de tomber misérablement. C'était d'un comique fini. Je revins quelques secondes plus tard. Le corridor était vide, mais l'odeur de l'humaine m'indiqua ma chambre. Elena ne m'attendais pas si tôt et avait entamé de se dévêtir et quand elle s'aperçut de ma présence, tenta de couvrir sa poitrine avec un chapeau qui trainait. Je déposais la serviette éponge, m'approchait d'elle a vitesse vampirique, reprenant MON couvre chef et me rinçait l'œil au passage.
-« Joli » commentais-je. Elena hoqueta de stupeur. Elle ne l'avait pas vu venir celle là. Drapée dans son orgueil, elle se détourna de moi, prit la serviette et s'enferma dans la chambre de Stefan sans un mot. Oups, je venais de l'énerver. C'était tout moi ça, j'avais le chic pour toujours tout foutre en l'air !
Stefan feula au sous-sol. Je lui répliquais avec morgue :
-« Okay, je n'ai pas fait exprès, alors tu te calmes ! Retourne à tes écureuils, veux-tu ? »
Je me sentais lésé. Une fureur incroyable se déversa dans mes veines où le sang stagnait depuis 145 ans. Elle me rejetait, elle aussi. Comme Katherine, elle me préférait Stefan. Elle avait toujours su qu'on serait tous les trois. Et par amour pour elle, j'aurais accepté. J'aurais fait son instruction pendant que Katherine attirait nos proies. J'aurais dû être le seul, elle l'avait promis. Et nous étions deux. Elle n'avait pu se résoudre à écarter Stefan. Elena ne parvenait pas à m'inclure dans sa vie. J'étais l'éternel second et cette injustice me rendait fou.
L'humaine me sortit de mes noires réflexions. Elle venait de déverrouiller le loquet de la chambre de son petit ami, prit de nouveaux vêtements qu'elle avait entassés ici pour ses nuits de fol amour avec mon frère et relevé ses cheveux humides en une queue de cheval qui dégageait sa superbe nuque, que j'adorais. Elena grinça :
-« J'ai dit ramène moi chez moi ! Damon ! Je suis sérieuse ! »
Je levais les yeux au ciel et haussais les épaules, reprenant mes distances. La trêve nocturne s'était enfuie, tout comme mon bonheur. Je l'avais toujours su. Et pourtant, cela me laissait un gout amer dans la bouche. Blessé dans mon amour propre, je lâchais :
-Tu étais plus marrante quand tu étais KO. Je comprends Stefan. A croire qu'il n'a du bon sens que lorsqu'il est junkie ! »
Elena frissonna, sorti de la chambre avec son paquet de vêtements trempés et se précipita dans le salon, laissant une trainée d'eau derrière elle. Je grinçais :
-« Je n'ai pas de femme de ménage !
-Tu serais si sexy en petite jupe noire et tablier blanc » Se moqua t'elle d'en bas. Je répliquais, du tac au tac, la rejoignant à vitesse vampirique :
-« Si je n'avais pas la certitude que toi et Stefan vous jouez régulièrement au « Scrabble », je pourrais croire que tu fantasmes sur les filles. A moins que ça ne soit sur… moi !» Me pavanais-je. Ce ne fut pas au gout de l'humaine. Mordante elle cracha:
-« Je dois rentrer à la maison. Ce que tu fais c'est… du Kidnapping. »
Je la dévisageais, amusé. C'était tout de même exagéré. Je ne l'avais pas forcé à piquer son chéri à la verveine puis à passer la nuit scotchée à mon torse comme une palourde à un rocher. C'était l'hôpital qui se foutait de la charité.
-« Tu n'es pas un peu mélodramatique ? »
Elena me lança mes clés de voiture à la figure et me dit d'une voix monocorde :
-« Je t'attends dans la voiture. »
Elle quitta le manoir précipitamment, sans se rendre compte que son précieux collier plein de verveine tombait au sol, le fermoir s'étant brisé. Sans doute à cause de mes frasques. Je le ramassais et le glissais dans ma poche de veste, avant de lui emboiter le pas.
POV Elena
Je m'assis du côté passager de sa voiture, noire faut il le préciser, et attendis. Il me rejoignit quelques secondes plus tard. Sans décrocher une parole, il mit le contact, fit vrombir le moteur et nous quittâmes le manoir sur les chapeaux de roues.
-« Tu le laisses seul ? Est-ce bien prudent ?
-C'est toi qui veux que je te raccompagne. Personnellement je trouve ça… égal. Dans les deux cas il va y avoir des gémissements, des cris… Bref l'un ou l'autre, vous allez me taper sur le système.
-Ce n'est pas drôle.
-Tout dépend du point de vue. » Dit-il tranquillement. Je me tournais vers lui. Lunettes noires sur le nez, impassible, Damon me donnait froid dans le dos ainsi. Je hasardais :
-« C'est tout de même ton frère.
-Qui pourrait le croire en nous voyant l'un est l'autre. Blond vs brun, ange contre démon…
-C'est sur… » Ironisais-je. Ce qu'il pouvait m'exaspérer quand il se branchait en mode « imbu de sa personne» ! Et pourtant c'était tellement Damon. S'il n'agissait pas ainsi, il ne serait plus tout à fait lui-même, plus cet individu que j'appréciais et que je craignais tout à la fois. C'était le « bad boy », sombre et terriblement attirant. Il me toisait toujours et avec une folle assurance, il assena :
-« Je suis hautement plus sexy.
-Si tu le dis… » Maugréais-je, frissonnante. Damon ricana. Evidemment qu'il avait remarqué ma chair de poule ! Ce qu'il pouvait m'exaspérer celui là ! Quel vampire de… Okay, je me calme, il est cool, il me ramène, il m'évite 10 km à pied. Il baissa un petit peu ses lunettes, tourna son visage parfait vers moi et me dit dans un divin sourire :
-« Ta mère ne t'as jamais dit que c'était très vilain de mentir ?
-Laquelle ? » Répliquais-je, cassante. Il continua de sourire tranquillement :
-« Touché ! »
Je lui rendis sa mimique –après tout il avait transformé ma mère biologique- et repris de regarder le paysages et les maisons qui défilaient.
-« T'inquiète pas pour le sevrage. Stefan a juste été assez stupide pour imaginer qu'il pouvait nier son état pendant des lustres…
-Damon, je t'interdis de parler de lui comme ça ! Je te… »
Mon conducteur pila sec et me toisa avec hauteur. Ses yeux lançaient des éclairs. Et il semblait malheureux. Okay, je l'avais vexé. Blessé même. Il baragouina entre ses dents : « Stefan. Encore et toujours Stefan. »
Super Elena, vachement bien mené, beaucoup de tact. Je me serais donnée des baffes pour être aussi stupide. Mais avec Damon je ne savais jamais comment réagir. Tout pouvait déraper en une minute. Quelque chose en lui m'attirait. Un peu trop d'ailleurs, à mon gout. D'ailleurs, tout à l'heure, dans la salle de bain, j'avais aimé qu'il me regarde comme il l'avait fait. Qu'il me touche comme il m'avait touchée. Pas comme Stefan qui voulait toujours s'assurer de mon confort. Non. Damon m'avait regardée, touchée comme une femme, objet de fantasmes et de désirs. Comme une friandise doublée de merveille. Et ça m'avait plu. Plus que ça ne m'avait gênée. Et si… Si notre amitié, ou plutôt ce lien que je pensais être de l'amitié était entrain de déraper ? De devenir tout autre ? J'enfouis cette idée saugrenue dans un pan de mon esprit, à grand peine cependant au vu de l'éclatante beauté du plus âgé des frère Salvatore, avec son sourire charmeur et sa plastique qui feraient pleurer d'envie tous les Apollons. Damon jouait avec moi, comme avec toutes les autres. Nous n'étions que des humaines à ses yeux. Voilà pourquoi je ne pouvais rien ressentir pour lui. Pourquoi je ne devais pas trop m'attacher à lui. Parce que sur un coup de tête, il pouvait me trahir. Et pourtant… Pourtant j'avais envie de penser qu'un restant d'humanité demeurait encore en lui et que je pourrais le découvrir. Parce que je voulais qu'il devienne mon ami. J'avais besoin de mettre un mot sur ce sentiment qui nous liait, lui et moi. Quelque chose qui était arrivé comme ça, sans que je ne le voie venir. Il ancra ses prunelles glacées dans les miennes et se pencha vers moi. Je me tétanisais. Son sourire s'agrandit :
- Elena, tu es ici, seule, avec moi… et sans ton superbe collier talisman. » M'indiqua t'il en me le faisant miroiter. Je frissonnais. J'étais démunie devant lui désormais. Une nouvelle fois bien malgré moi. Qu'allait-il faire de moi ? Mes craintes semblaient d'ailleurs fondées, quand il poursuivit :
-« Je peux facilement te rendre… comment dirais-je… Plus aimable ?
-Tu essayes de me prouver quoi ?
-Qu'est ce qui te presse à partir ?
-Le soleil ? Tante Jenna ? Stefan qui est en sevrage de sang humain ? Toi qui es en manque ? J'ai mille raison de quitter le manoir et aucune de rester. »
Damon racla sa gorge. Il n'était pas d'accord avec mes propos. Ca m'aurait étonnée aussi qu'il lâche le morceau facilement. Il allait encore falloir tergiverser. SUPER !
-« J'en vois au moins une. Peut être même deux.
-Ah oui ? Lesquelles ?
-Stefan. Et moi, évidemment » Dit il en se désignant avec emphase. Je ris, franchement.
-« Tu te moques de moi, hein ? Pourquoi je voudrais passer du temps avec toi ?
-Je suis drôle.
-Tu es un sadique.
-Aussi. Mais l'un n'empêche pas l'autre ! » Susurra t'il avec bonne humeur. J'hochais la tête, incapable de résister à sa joie. Elle était tellement communicative, bien que trop rare. Ainsi il me semblait presque « normal ». Et aimable. Il poursuivit :
-« Franchement, Elena, fais un break. Temps mort. Reste avec moi, sans ta tante, ton frère, les autres vampires et même les attaques des extra-terrestres. Crois moi, tes problèmes seront toujours là quand tu rentreras. Eloigne toi de ta vie pendant allez… 5 minutes. 5 petites minutes… »
Je soupirais mais cédais. Je n'arrivais pas à lui dire non, ça en devenait maladif. Il faudrait que j'y remédie ! Ce vampire pouvait me détruire. Il le ferait. C'était une certitude. Il me conduisit sans un mot en dehors de la ville puis encore plus loin, sur les hauteurs. J'y découvris une cabane en ruine. C'est là qu'il s'arrêta. Je le dévisageais, attendant une explication. Il soupira :
-« Sors de la voiture Elena. Je te jure que je ne vais pas te mordre ! » Il rit de son bon mot. Je grinçais mais obéis. Nous fîmes quelques pas jusqu'à la Mystic puis Damon s'assit tranquillement sur la berge. Le vampire annonça :
-« C'est là que nous nous sommes réveillés après. »
Je n'osais plus bouger. Je ne connaissais rien de ce qu'ils avaient pu endurer. Il pensa que mon silence était dû à mon incompréhension de ses paroles et il précisa :
-« Après qu'on nous a tué. Et avant de devenir des vampires. »
Une bourrasque de vent me fit frissonner. Il ne m'offrit pas sa veste trempée encore par notre « bain ». Je soufflais :
-« Ca a du être terrible.
-Pardon ?
-La mort. »
Damon sourit, paisible. Il ne me regardait plus mais seulement l'horizon. J'attendis. Je savais qu'il voulait me dire quelque chose. Je le sentais. Et j'appréciais cette compréhension mutuelle. De plus, je lui étais reconnaissante de me faire partager cette expérience de sa « vie ». Il dit :
-« Le plus étonnant c'est de ne plus sentir ton cœur battre. Je n'y avais jamais fait attention vraiment quand j'étais en vie… Et puis il y a la peur aussi.
-Pourquoi ? Tu as eu peur ? Toi? » Je n'arrivais pas à m'imaginer Damon ainsi. Il hocha la tête et je posais la mienne sur son épaule. Il soupira :
-« Tout était nouveau. Et puis…je ne comprenais pas pourquoi il y avait Stefan avec moi. J'aurais dû être le seul à me transformer. Elle me l'avait promis. Et nous étions deux.
-Tu as cru qu'elle le préférait à toi ? Ou qu'elle t'avait manipulé ?
-Je ne sais plus. J'étais tellement en colère que… » Il prit sa tête dans ses mains.
-« Katherine m'a trahie. Par une morsure. Une sorte de baiser de Judas. »
Damon me semblait faible, déboussolé. Et moi j'étais touchée par ses aveux, lui qui se mettait si rarement à nu, qui avait construit une carapace autour de lui.
-« Je ne te trahirai pas Damon. Je ne suis pas Katherine.
-Je sais. » Souffla t'il. « C'est pour ça que tu m'intrigues Elena. Pour ça que je te fuis. Pour ça que je reste à tes côtés. Pour ça que je suis perdu. »
Je ne comprenais pas ses propos et ne m'en formalisais pas, le laissant me contempler. « -Je voulais devenir un vampire pour rester avec elle, pour toujours. Comme toi bientôt tu le demanderas à Stefan.
-Non, je ne veux pas devenir comme ça. » Lui apprenais-je. Il sembla étonné.
-« Tu n'es pas sérieuse hein ? » Un temps. « Si ? Tu accepterais de vieillir, de mourir, alors qu'il restera figé dans l'éclatante beauté de ses 17 ans ? Tu veux succomber à la cougar attitude ?
-Yerk, non ! Mais c'est ma vie Damon, je n'en aurais qu'une. L'éternité me semble plus être un fardeau qu'autre chose. » Lui assurais-je. Il ricana :
-« Tu as la trouille ! Le concept « boire du sang humain » dérange, au début.
-Mais tu l'as fait. Puisque te voilà vampire.
-Certes. On va dire que Stefan m'a donné la béquée. Il ne comprenait pas pourquoi je voulais mourir. Parce qu'avec lui, Katherine avait toujours joué, il était sous son contrôle. Mais pas moi. Elle et moi c'était… différent. Pour moi c'était réel. On s'aimait. »
Je compris alors pourquoi Damon était aussi cruel, froid, distant. Il se protégeait. Je posais ma main sur la sienne et la pressais légèrement :
-« Je suis désolée. Pour tout. »
Il répondit à mon étreinte avec toute la tendresse qu'il pouvait avoir. Mon cœur fit un bon comme si j'étais au bord d'un grand précipice et sur le point d'y tomber, tête la première. Mon ami me demanda :
-« Mais qu'est ce qui peut expliquer que les seules qu'on veille pourchasser et aimer sont celles qui s'enfuient ? » Je le regardais avec condescendance et amusement :
-« L'immaturité ? »
Il hocha la tête, vaincu et convaincu, passant une main dans ses cheveux de jais.
Longtemps nous demeurâmes silencieux, assis l'un à côté de l'autre sur les berges de la Mystic. J'avais téléphoné à Jenna lui disant que je passais la journée avec Stefan, pour ne pas qu'elle se ronge les sangs. Elle n'avait rien trouvé à redire, pensant que j'évitais mon oncle John que je n'appréciais guère. Damon faisait des ricochets. Le temps avait suspendu son vol. J'aurais aimé que ces instants de paix et de joie durent toujours. Ca me faisait culpabiliser, car Stefan devait vivre un enfer. Comment pouvais-je ressentir du bonheur alors qu'il affrontait un châtiment pire que la mort ? Lorsque Damon fut sec, je m'allongeais, posant ma tête sur ses jambes, qu'il avait repliées en tailleurs, afin de contempler les nuages, y devinant des formes bizarres. Le vampire brun passait ses doigts dans mes cheveux, tout en fredonnant une chanson que je ne connaissais pas.
-« Terre de l'Ours et terre de l'Aigle, tu nous as porté et béni. Terre dont le chant berce nos nuits. Nous rentrerons, nous rentrerons, nous rentrerons par delà les montagnes. Nous rentrerons… »
Il s'arrêta brusquement, rompant la monotonie et l'harmonie qui régnait ici.
-« Qu'est ce qui ne va pas ?
-Ton cœur… Ta respiration… n'étaient pas comme d'habitude. J'ai cru que tu me faisais une crise cardiaque ! » Se moqua t'il. Je ris doucement :
-« Aurais tu oublié ce qu'était de faire le bonheur d'une fille ? Et d'éprouver du bonheur avec elle ? »Il me dévisagea, catastrophé et amusé :
-« Quoi ? Moi ? Ca va pas ou quoi ? Elena, soyons sérieux ! »
Je fronçais les sourcils, pas du tout satisfaite de cette réponse.
-« Allons Elena, soyons sérieux, les femmes et moi c'est une mécanique bien huilée! »
Comment pouvait il aussi facilement tout gâcher ! Je me relevais vivement. Il me rattrapa par le poignet, m'obligeant à me rassoir. Mon visage frôlait le sien dangereusement. Je fermais les yeux et me laissais inonder par cette étrange plénitude. Le vampire poursuivit d'une voix délicieusement trainante et tentante :
-« Tous les désirs, tous les plaisirs, je les connais. Je suis un amant excellent. Demande à Caroline si elle a eu à se plaindre de mes services. » Je souris tranquillement :
-« Sa parole n'est pas d'or. Tu la contrôlais.
-C'est une vilaine manie, j'avoue !» Rit-il, et je l'accompagnais.
Qui aurait pu présager qu'un jour je pourrais me moquer de cette cruauté ? Je ne me reconnaissais plus. Comment en étais-je arrivée là ? Je me tenais désormais à genoux devant lui, qui avait relevé ses jambes de parts et d'autres de mon corps. Je posais alors mes mains sur son visage, à l'instar de mes premiers gestes avec son frère. Quand Damon se mit à agir de la même façon, je pris peur. Nous allions trop loin, nous oublions qui nous étions, ce que…C'est alors qu'un objet glacé se posa sur ma peau. Je criais de surprise et le vampire sourit, semblant s'amuser follement. Je portais ma main à ma poitrine et découvrit que, pour la seconde fois, Damon m'avait rendu ma protection alors qu'il aurait pu très bien tirer parti de la situation. Je lui en étais reconnaissante. Il se contenta de me dire :
-« Tu es libre Elena. De chacun de tes choix.
-Je sais. J'ai confiance en toi.
-Tu ne devrais pas. Vraiment pas. Je ne suis pas un gentil garçon. » Soupira t'il en effleurant de ses doigts froids ma mâchoire. Ma voix se brisa quand je lui répondis :
-« Tu ne me feras jamais de mal.
-Non. Je suis capable de faire bien pire… »
Je fermais les yeux, basculant ma tête en arrière, lui offrant ma nuque. Oui, il y a pire que la mort, pire que la douleur. Il y a ce feu qui me dévore alors que je ne devrais rien ressentir. Cette envie de l'avoir alors qu'il ne peut être à moi. Son souffle se perdit dans le mien. Mes mains affermirent leur prise autour de son cou, l'attirant toujours plus à moi. Damon me toisa, perdu et inquiet. J'avais lutté, tellement fort, tellement longtemps. J'avais refusé, nié en bloc qu'il puisse me plaire. On ne peut pas être attiré par deux hommes aussi différents que Stefan et Damon. Et pourtant. Pourtant l'histoire se répétait. J'étais comme Katherine. Un Salvatore à chaque bras. Et ça, j'aurais pu le prédire, dès le premier jour, dès la première nuit. C'était mal. Et pourtant… Pourtant j'avais envie. Savoir quel gout ça avait. Une seule fois. Damon m'obligea à le regarder cherchant à comprendre ce qui m'arrivait. Je rapprochais mon visage du sien. Le vampire avait cessé de respirer. Une lutte sans merci s'engagea entre nous.
Je n'avais plus conscience de rien, mon corps agissait indépendamment de ma volonté, Je rejetais mon visage en arrière, mais alors qu'il me sentit me tortiller et m'échapper, Damon d'un geste brusque m'obligea à le retrouver un contact visuel avec lui. Nous nous toisâmes l'espace d'une seconde, nous défiant comme si nous étions des adversaires mortels. Puis il sourit, un sourire radieux que je ne lui connaissais pas. Ses prunelles brûlaient d'un feu inconnu et je vis s'y refléter le mien, animé pareillement. Il murmura avec douceur, en caressant mes cheveux:
-« Tu n'auras pas de regrets?
-Aucun.
-Une seule fois.
-Une seule fois. »
Il eut une mimique que je ne lui avais jamais vue. On aurait dit un sourire. Un vrai. Pas ponctué de sarcasme. Je repris, suppliante :
-« Juste un baiser. Un vrai. Comme si j'étais elle. Aime-moi… comme elle.»
J'eus à peine le temps de terminer ma phrase qu'il s'empara avidement de ma bouche, la dévorant presque. De mon côté, je heurtais ses lèvres avec fureur et envie. Il hoqueta de surprise mais ne me ménagea pas. Il referma autour de moi ses bras, me faisant prisonnière, de peur que je ne lui échappe. Je m'agrippais à sa tignasse désordonnée et sombre. Ce fut lui qui passa une langue gourmande sur mes lèvres, les entrouvrant aisément. Sans attendre, je l'accueillis, le laissant approfondir notre baiser. Il m'embrassait comme jamais on ne m'avait donné de baiser. Avec cette urgence et la certitude que ça ne se reproduira jamais. Nous étions bercés par des émotions plus fortes que nous. Nous faisions une erreur, j'en avais conscience et pourtant ne faisais rien pour y remédier.
Damon délaissa mes lèvres pour s'attarder le long me ma mâchoire, de mon cou.
Puis il me fit chuter dans l'herbe et je trouvai ça follement cliché. Mais pas dérangeant pour autant. J'étais bien, avec Damon. Et tout ceci me semblait naturel. Evident. Il attrapa alors mes poignets et me recula.
- « Non pas comme elle… Elena.
-Pourquoi ? » M'enquis-je, inquiète, les larmes aux yeux. Ca y est, il allait me rejeter. Il s'apprêtait à me dire que je n'étais pas celle qu'il aimait, seulement son reflet.
-« Tu n'es pas Katherine. » Souffla-t-il en me contemplant. Mon cœur se brisa. Il poursuivit : « Je te veux toi, Elena. »
J'arrêtai de respirer. Il avait bien dit ce que je venais d'entendre. Cette fois ci, ma poitrine allait exploser de joie. Je… Je n'étais plus « le double de Katherine ». J'étais Elena. Il déposa sa bouche sensuelle sur mes paupières et répéta :
-« Je te veux Elena. Juste toi. Comme tu es, toute entière. Pas un mirage ni un fantôme. Mais que je ne serais jamais le meilleur. Pas le gendre idéal. Je ne suis pas Stefan.
-Je te veux, Damon. Je ne vous confonds pas. Jamais. Tu es la tempête et Stefan est le port auquel m'ancrer. Tu es mon péché, mon tourment et Stefan ma rédemption.
-Bien, maintenant que nous sommes d'accord, où en étions nous ?» Se moqua-t-il en me regardait intensément. J'attendis, sachant qu'il allait profiter de cet instant que je lui offrais. Et demain, demain je ne serais qu'une humaine de plus parmi ses conquêtes.
Pas grave !
Il tenait fermement mes poignets de telle sorte que je ne puisse plus le toucher. Moi, je me consumais. Tout était différent avec Damon Salvatore, enivrant. Ses yeux se firent glacés et une flamme y brillait, m'indiquant qu'il venait de prendre une décision irrévocable. Soudainement il revint à moi et colla ses lèvres au miennes. Violemment. Brutalement. Furieusement. Fougueusement. Elles capturèrent les miennes avec avidité, brûlant d'un désir refoulé. J'aurais aimé m'agripper à lui et le toucher mais il ne m'en laissa pas l'occasion. Je perdais pied. Je me noyais. Et je m'y complaisais. J'enroulai alors mes jambes autour de ses hanches pour l'attirer à moi. Il cessa alors de m'embrasser. Un regard entre nous, de nouveau. J'aimais ça, cette lutte mêlée à la dévotion. Il frôla ensuite de son souffle glacé ma joue, ma mâchoire et finalement, mon cou. J'haletai un peu, essayant désespérément de reprendre mon souffle. Il murmura tout contre ma jugulaire:
- Est-ce que tu as peur?
- Oui. » Soufflais-je. Un sourire narquois de sa part. Un battement de mon cœur. « Et non, tout à la fois. »
Je l'entendis alors rire doucement. La fraicheur de sa peau calmait quelque peu mes ardeurs, a noter comme avantage de sortir avec un vampire : alors que la température monte, il vous prévient contre la combustion immédiate. Mais s'il tardait trop, je ne répondais plus de rien !
- « Ton cœur bat si fort, Elena, ça va me rendre fou. J'ai l'impression désagréable que tu vas mourir entre mes bras !
-Je survivrais, je te le promets. Mais seulement si tu continues. Sinon tu auras ma mort sur la conscience !
-Une de plus ou une de moins… » Babina t'il.
Je lui donnais un petit coup de poing, mais ma colère s'envola dès qu'il reprit possession de ma bouche. Il avait relâché mes poignets, me laissant de nouveau maitresse de notre unique expérience commune. Il caressa mon ventre, asticota ma clavicule, sillonna ma poitrine. Je m'accrochais à n'importe quoi, les yeux presque révulsés, esclave de ses mains expertes. Nous étions tous les deux pris à notre propre piège, à notre propre jeu. Mes ongles s'enfoncèrent dans son omoplate sans que je n'y puisse rien. Il grimaça :
-« Tu deviens violente, Elena. Il va falloir sérieusement que je recommence à me nourrir correctement. Ca fait mal.
-Oups, désolée. » Rougis-je. Il se moqua tendrement.
- « Oh ne tu ne devrais pas… tu sais que ça me plait ? »
Un baiser sur ma bouche. Un sur mon cou. Un sur mon os iliaque. On se rapprochait dangereusement du point de non retour. Alors que je le sentais moins alerte, je pris le dessus, le faisant rouler sous moi. Je m'écartais de lui, doucement. Assez proche pour le sentir, mais trop loin pour lui appartenir. Il ricana :
- « Bon sang, Elena, tu veux ma mort ou quoi ?
-Tu es déjà mort, Damon ! »
J'étais déchirée. J'aimais Damon. C'était une évidence, c'était éclatant. Et pourtant je ne le devais pas. Parce que le vampire brun était incapable de pareils sentiments, il ne les connaissait plus. J'avais cédé. Je lui avais cédé. Et bientôt nous ne serions plus que des amis, il faudrait oublier. Mais comment ? Comment oublier ces instants incroyables ? Comment oublier ce bonheur ? Je l'aime. Je le hais. Je n'aurais plus un instant de paix. Mon existence allait devenir infernale. L'étreinte se termina, et nous demeurâmes muets, enlacés. Curieuse, je le questionnais à ce propos :
-« A quoi penses-tu ?
-A la trahison de Judas.
-Pourquoi ?
-Il désigna le Christ à ses détracteurs en lui donnant un baiser. » Souffla t'il. Je soupirais, caressant sa tignasse sombre :
-« Je ne te suis pas… »
Damon se releva et m'invita à le rejoindre. Il caressa de ses doigts glacés mon visage :
-« Nous sommes des Judas, Elena, réunis par un baiser… un baiser qui nous met tous les deux en danger. J'ai peur que tu le regrettes, comme lui. » Il avait peur pour moi. Sans raison. J'avais voulu ce baiser. Mais avant que je ne puisse lui répondre et le rassurer, mon vampire avait disparu.
