Auteur : DQRC
Traductrice : Moi
Spoilers : -
Rating : T
Genre(s) : Angst/Romance
Disclaimers : Tout l'univers des Cullen appartient à Stephenie Meyer. L'histoire que vous allez lire appartient à DQRC. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.
Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.
Okay, j'ai décidé de tenter le coup avec la page FaceBook! Vous m'y trouverez sous le nom Saw Trombone et il y a un lien direct vers la page sur mon profil! On va voir ce que ça va donner!
- Chapitre 3: Murs Blancs -
-PoV Edward-
J'étais allongé sur le sol de la chambre, le dos pressé contre la moquette alors que j'étudiai le plafond sans le voir. En arrière-plan, je pouvais entendre les murmures de la famille s'agitant, alors qu'ils abandonnaient leurs occupations nocturnes. Des douches coulaient, des armoires étaient ouvertes dans un rythme monotone qui représentait la routine matinale des Cullen.
Cependant, dans cette pièce où j'étais allongé, tout était immobile. Je ne serais jamais capable de la considérer comme 'ma chambre'; l'espace qui pouvait être qualifié comme tel se situait à des milliers de kilomètres, au-delà des rivières et des frontières des états, silencieux et emplis des douloureux fantômes de souvenirs.
La lumière grise d'un matin neigeux traversait ma fenêtre, dissolvant les ombres et faisaient légèrement scintiller les murs blancs alors que des arcs en ciel rebondissaient sur ma peau pâle. Il n'y a pas si longtemps que ça, une telle preuve que je n'étais pas normal m'aurait dérangé, mais maintenant, j'en éprouvai une fascination malsaine. C'était l'une des deux raisons pour lesquelles j'avais choisi de peindre mes murs en blancs plutôt que n'importe quelle autre couleur; maintenant que je n'avais plus aucune raison de dissimuler mon anormalité, il me semblait naturel de me complaire dedans, comme le monstre que j'étais. La seconde raison pour laquelle j'avais choisi blanc: c'était la couleur qui me faisait le moins penser à elle. Elle avait été tellement de couleurs: marron pour ses cheveux, ses yeux et sa chaleur; bleue pour ses robes et vêtements; rose pour ses rougissement et rouge pour ses lèvres, son amour, et son sang...mais jamais blanche. Le blanc était la couleur du marbre, froid et rigide. Le blanc était pour les éternités sans âmes et les rêves maudits qu'elle avait désiré mais dont je l'avais protégé à tout prix.
Et quel prix ça avait été. Je divisai désormais ma vie en deux phases; avant et après Bella. Je grimaçai en pensant à son nom; rien que d'y penser avait le pouvoir de me blesser. J'avais renoncé à ma vie ce jour-là, tout aussi sûrement que j'avais sauvé la sienne. Toute chance de bonheur futur pour moi avait été détruite par quelques mensonges pieux. Lorsque je repensai à la conviction avec laquelle j'avais parlé de paradis et d'enfer, de damnation et d'âmes, j'avais presque envie d'en rire. Les dernières années depuis que j'avais quitté Forks m'avait prouvé que tout ça n'était rien d'autre que des stupidités arrogantes. Je n'avais connu absolument rien à l'Enfer; cet état d'agonie sans fin que j'expérimentais depuis six ans était l'Enfer, vivre sans Bella était l'Enfer, mais exister en vampire? Ça ne s'en approchait même pas. J'aurais accueillis mon ennui et mes luttes morales d'avant Bella à bras ouverts, si ça signifiait que je n'aurais plus jamais à ressentir le désespoir de sa perte. Je savais maintenant que j'avais une âme, parce que qui pourrait expérimenter une telle torture sans en avoir une?
Edward!
Les pensées d'Alice envahirent les miennes avec un empressement inattendu. Ça me surprenait encore que qui que ce soit puisse être excité alors que moi-même je n'avais pas ressentis cette émotion depuis si longtemps. Je pouvais l'entendre répéter mon nom, à voix haute et mentalement, mais je ne fis pas mine de bouger. Rien ne pressait; une quantité illimitée de temps était la dernière chose qui me restait. Le bruit de la démarche légère d'Alce résonna dans le long couloirs à l'étage du dessous, alors qu'elle courrait à travers la maison avant de s'arrêter soudainement devant ma porte. Je pouvais entendre l'incertitude dans ses pensées alors qu'elle se demandait si elle devrait entrer ou non. Je n'étais pas surpris par son comportement; ma famille restait très rarement en ma présence sans mon invitation maintenant, et quand ils le faisaient, ils agissaient généralement très prudemment et parlaient à voix basses, d'un ton qui serait approprié pour parler à quelqu'un sur son lit de mort.
Bien sûr, ça n'avait pas toujours été comme ça. Bien que ma famille avait toujours respecté mon intimité limitée, ils n'avaient jamais hésité à venir me voir avant. Alice avait régulièrement bondit dans ma chambre pour partager sa dernière vision en date avec moi, ou pour essayer de me forcer à porter ses derniers achats pour moi. Emmett venait lorsqu'il s'ennuyait, généralement pour me proposer une partie de jeu vidéo ou une course et Jasper venait discuter avec moi du dernier livre qu'il avait lu. Même Rosalie passait de temps en temps, bien que ses visites soient décidément plus brèves et plus rares.
Mais tout avait changé lorsqu'on avait quitté Forks. Les deux premières années après ça, j'avais vécu seul, n'existant que de ma solitude, de ma rage et de ma douleur, incapable d'éprouver quoi que ce soit d'autre que du chagrin. Même une fois que j'avais rejoint ma famille en rampant, affaiblit par des mois passés à me nourrir rarement et à moitié fou de misère, j'avais découvert qu'il m'était presque impossible de me sentir connecté à eux, surtout quand ils étaient ensemble dans leurs couples. Chaque contact, chaque caresse ou murmure assombrissait encore plus mon âme. Ils essayaient de m'en protéger et ils évitaient prudemment le moindre contact devant moi, mais ils ne pouvaient pas faire tout disparaître. La douleur que je ressentais en voyant un tel amour ne s'était pas apaisée avec les années, mais j'avais appris à l'ignorer et à la confiner, à la réduire à rien de plus qu'une douleur lancinante à l'endroit où mon coeur se trouvait autrefois.
C'est stupide, je vais juste entrer et je me moque qu'il-
J'ouvris la porte, interrompant les pensées d'Alice.
"Bonjour," dis-je d'une voix rendue rauque par mon silence. Alice m'étudia d'un oeil critique et je savais que je devais avoir l'air horrible. Techniquement, les vampires n'avaient pas besoin de prendre de douches vu que leurs pores figés ne produisaient aucune sueur, mais je savais que cet argument n'excuserait pas mon manque de soin corporel aux yeux d'Alice.
"Oui," dit-elle en plissant les yeux, "c'est le matin, alors pourquoi n'es-tu pas habillé?" J'ouvris la bouche pour me défendre mais elle ne m'en laissa pas l'opportunité. "Ça," elle fit un signe de la main vers ma chemise noire froissée et mon pantalon, "c'est pas des vêtements. Va mettre des vêtements convenables, Edward Cullen, et s'il te plaît, essaye de ne pas oublier que c'est ton premier jour dans une nouvelle école et que certains d'entre nous," elle insista lourdement sur ces mots, "veulent faire bonne impression."
Je regardai Alice avec un mélange de choc et d'incrédulité. Elle n'avait pas été aussi franche avec moi depuis...ben six ans. Qu'est-ce qui avait changé? Et pourquoi, réalisai-je soudainement avec suspicion, bloquait-elle désormais ses pensées? Je la regardai avec une concentration renouvelée, et je crus voir une expression d'intense satisfaction apparaître sur son visage. Mais avant que je ne puisse m'assurer que c'était ce que j'avais bien vu, cependant, elle fit volte-face et sautilla dans le couloir, en ne se tournant que brièvement pour me dire, "Dehors, dans cinq minutes. Rosalie conduit, à moins que tu ne sois là en premier."
Je regardai l'espace vide où elle s'était tenue pendant un moment, en essayant de toutes mes forces de déchiffrer ses pensées alors qu'elle se précipitait dans les escaliers.
…verba Ecclesiastes filii David regis Hierusalem vanitas vanitatum dixit Ecclesiastes vanitas vanitatum omnia…
Je soupirai avec frustration; elle récitait l'Ancien Testament en Latin. Je me retirai dans ma chambre, défait, et enfilai rapidement des vêtements sans même prendre la peine de me regarder dans le miroir avant de me précipiter dans les escaliers. Pas moyen que je laisse Rosalie conduire.
Le trajet jusqu'à l'école fut silencieux. Ce n'était pas un long trajet, surtout en prenant en considération la vitesse à laquelle j'aimais rouler, et le moteur à 550 chevaux de la dernière voiture à avoir rejoint notre collection. Le véhicule n'avait que quelques mois, et avait été choisi par Rosalie et Carlisle pour être notre nouvelle 'voiture pour l'école'. Tout le monde avait silencieusement admis qu'on ne prendrait pas la Volvo. Pas quand chaque particule de la voiture était encore imprégnée de l'odeur de Bella. Alors que je roulais, je savais que mes frères et soeurs se préparaient pour un autre premier jour dans un autre lycée. C'était un processus difficile pour chacun d'entre nous; on avait tous plusieurs diplômes universitaires, mais je savais que ce serait infiniment plus dur pour moi aujourd'hui. Aujourd'hui serait la première fois où je retournerais à l'école et même la première fois où je serais volontairement en présence d'humains depuis qu'on avait quitté Forks. Je me préparai donc à l'inévitable avalanche d'émotions et de souvenirs qui me submergeraient probablement à l'instant même où je poserais le pied dans un couloir aux murs recouverts de casiers. Casiers qui seraient nouveaux et pourtant si familiers.
Lorsque j'étais retourné dans ma famille, on avait déménagé en Sibérie. Location peut-être drastique mais c'était à l'autre bout du monde, quelque chose dont j'avais eu besoin. Là-bas, dans les toundras gelées, désertées de tous sauf des ours et des léopards des neige, il n'y avait eu aucun besoin de faire semblant d'être humains. Carlisle et Esme avaient fait preuve d'une patience sans fin avec moi et auraient même été prêts à rester en Russie pendant des décennies si ça m'aurait aidé à accepter ma perte. Cependant, au plus profond de moi, je savais que je ne pouvais pas me dissocier de la société pour toujours et il était clair que Carlisle voulait retourner au travail et que le reste de la famille voulait retourner en Amérique. Donc, à ma demande, on était revenu, choisissant Rochester pour son climat et son hôpital. Et par conséquent, Jasper, Alice, Emmett, Rosalie et moi avions tous été obligés de nous inscrire au Lycée.
On arriva avec quinze minutes d'avance avant le premier cours. Alice fut la première à sortir de la voiture, bondissant sur le parking avec la même impatience indécente qu'elle avait montré plus tôt. Les autres me regardèrent, légèrement perplexes, alors qu'on la suivait plus calmement.
"Ne me regardez pas moi," marmonnai-je, "elle me garde hors de sa tête." Rosalie leva les yeux au ciel avant de sortir de la voiture, en faisant un sourire éblouissant à Emmett qui lui tenait la portière avant de rejeter ses cheveux blonds par-dessus son épaule. Il répondit à son sourire avant de l'attraper par le bras.
"Viens," lui murmura-t-il, "mieux vaut en finir avec ça." Ils se dirigèrent vers Alice qui se tenait sur les marches menant à l'école et qui regardait les humains s'envoyer des boules de neige avec amusement.
Edward?
Je détournai les yeux d'Alice pour voir Jasper se tenir à côté de moi, les mains profondément enfoncées dans ses poches. Il me lançait un regard interrogateur mais pas extrêmement curieux.
Est-ce que ça va?
Il m'avait posé sa question sans mots, avec une inquiétude silencieuse à l'esprit. On savait tous les deux que c'était inutile; il pouvait sentir mes émotions et je pouvais en entendre son analyse dans ses pensées, mais j'appréçiais tout de même le fait qu'il m'ait demandé. Je hochai la tête, lentement.
"Je vais bien," répondis-je d'une voix trop basse pour que quiconque d'autre puisse l'entendre. Il hocha la tête bien que c'était très clair qu'il ne croyait pas à mon mensonge.
Je ne prétendrais pas avoir expérimenté ce que tu traverses, Edward, pensa-t-il, parce que ce n'est pas le cas, en tout cas, pas par moi-même. Mais je sais ce que ça fait de traverser ça, il pencha la tête vers l'école, et je suis là pour t'aider, on l'est tous.
Je sentis une vague de gratitude me submerger en entendant les pensées de Jasper. Si c'était pour moi que c'était le plus dur de retourner au Lycée, alors Jasper venait en seconde position; il luttait toujours régulièrement avec sa soif de sang. Je savais qu'il se blâmait toujours à tort pour ma séparation avec Bella et que mon état de dépression constant le blessait, même sans son don. Il n'existait pas de mots pour exprimer à quel point je me sentais reconnaissant qu'il soit toujours à mes côtés, malgré tout.
"Merci," dis-je finalement. Jasper se contenta de hocher la tête avant de regarder notre famille qui nous attendait avec impatience. Allons-y avant qu'Alice explose, songea-t-il en secouant la tête pour repousser ses cheveux blonds de devant ses yeux avant d'avancer légèrement plus vite qu'un humain pour rejoindre notre famille qui nous attendait sur les escaliers enneigés. Je le suivis, mon esprit absorbé par un autre jour enneigé dans un autre Lycée, les rires de cette journée résonnant sur six années vides.
On se dirigea vers l'accueil tous ensemble, ignorant les halètements habituels et les têtes qui se tournaient sur notre passage alors que les humains admiraient nos apparences éblouissantes. Leurs stupides pensées abruties et jalouses étaient un ronronnement constant dans mon esprit - Oh mon Dieu, elle est magnifique! Il se prend pour qui le musclé? Mr Univers? Ils n'ont pas l'air assez jeune pour être des lycéens - mais j'essayai de les bloquer. Cette réception n'était pas différente de celle qu'on recevait à chaque fois qu'on emménageait quelque part. Dans le bureau, on retrouva un petit groupe d'étudiant qui faisait la queue pour avoir leurs emplois du temps. Ils devinrent tous silencieux lorsqu'on prit notre place dans la queue et leurs yeux s'écarquillèrent d'intérêt.
Un grand homme mince avec des cheveux marrons et des lunettes rondes vérifiait les noms de tous le monde dans la queue. Avant qu'il nous atteigne, cependant, la cloche sonna et il partit précipitamment. Je le regardai partir, ignorant la conversation chuchotée de mes frères et soeurs. La queue avança alors que les étudiants se rendaient en cours un par un. Rosalie et Emmett partirent ensemble en Math, rapidement suivis par Jasper qui avait Histoire. Alice fut la suivante, elle remercia la secrétaire chaleureusement pour son emploi du temps. Puis elle sautilla vers la porte avant de s'arrêter et de tourner les yeux vers moi. Bonne chance, Edward. Mes yeux se plissèrent alors qu'elle quittait la pièce, me laissant seule avec la secrétaire. Bonne chance? Qu'est-ce que ça veut dire? me demandai-je. Mes pensées furent interrompues par une toux insistante. Je me tournai vers la secrétaire, une petite femme d'âge moyen qui me regardait avec irritation.
"Et voici ton emploi du temps," dit-il en quittant le comptoir pour me coller une feuille bleue dans les mains. "Lis-le attentivement, je n'ai pas le temps de chercher les nouveaux partout dans l'école juste parce qu'ils n'ont pas pris la peine de regarder quel serait leur prochain cours." Elle fit ensuite volte-face brusquement pour s'intéresser aux nombreuses piles qui tenaient en équilibre précaire sur son bureau. Je soupirai doucement et partis lentement, dans la direction que mes frères et soeurs avaient pris. Les couloirs étaient presque déserts maintenant, excepté pour quelques retardataires qui se précipitaient en cours. Je vérifiai mon emploi du temps; mon premier cours était Littérature Anglaise, en salle 12E. Il ne me fallut pas longtemps pour trouver le bon couloir; la capacité de lire des pensées faisant vraiment des miracles quand on est perdu. Je venais juste de prendre le virage me menant au bloc 12, lorsque je vis un type blond sortir d'une salle sur ma gauche, le visage rouge et les pensées presque aussi fortes qu'un cri alors qu'il passait précipitamment à côté de moi.
Oh mon Dieu, t'es VRAIMENT un idiot, Carter! Impressionnant, crétin!
Je ne pris pas la peine de continuer à écouter ses pensées; les techniques de séduction de cet adolescent humain ne m'intéressaient que très peu. Alors que je tournai à nouveau mon attention vers la porte d'où le garçon venait, je vis le professeur au cheveux bruns de l'accueil. Il sortit de la salle, à nouveau plongé dans ses listes et il traversa rapidement le couloir. Alors qu'il tournait, la porte se referma derrière lui, brassant l'air.
Je me figeai.
Non.
C'était impossible. Mon esprit me jouait clairement des tours. Pendant un moment, j'avais cru sentir...
Des Freesias.
Je serrai les poings avec colère, en me forçant à me reprendre. C'était pas le moment de commencer à halluciner. Mais l'odeur est si forte, me chuchota mon esprit, hypnotisé par cette fragrance. Je fis un pas hésitant en avant pour tester ma théorie. L'odeur s'intensifia. Il n'y avait aucun doute restant, je pouvais définitivement sentir une odeur de freesia. Mais pourquoi de telles fleurs parfumeraient l'air d'un couloir de lycée américain? A moins que...mais je ne me permis de finir cette pensée. C'était complètement fou, je craquai. Je fis volte-face, prêt à quitter le building - j'avais eu tort de croire que j'étais prêt à retourner à l'école, je ne pouvais même pas traverser un couloir sans imaginer des choses - lorsque je l'entendis: une conversation provenant de la classe sur ma gauche.
"-nous étudierons Orgueil et Préjugés. Est-ce que quelqu'un peut me dire quand cette nouvelle a été écrite?"
Je fus figé par le choc en reconnaissant cette voix. Non, c'est impossible. Avant même de réaliser ce que je faisais, je me précipitai vers la salle d'où provenait Carter et le professeur, mes pieds franchissant la distance en quelques secondes. L'odeur de freesias s'intensifia à chaque pas que je fis, jusqu'à ce que je m'arrête à quelques millimètres de la porte.
Un petit cri d'incrédulité s'échappa de ma gorge alors que je regardai, pétrifié, à travers la porte vitrée, la femme qui avait hanté mon coeur, mon esprit et mon âme à chaque seconde des six dernières années.
Bella.
Elle se tenait au milieu de la salle de classe, le dos tourné au tableau alors qu'elle expliquait quelque chose avec animation; ma Bella, un professeur. Je sentis une vague irrationnelle de fierté me submerger en voyant que des pinces retenaient ses longs cheveux bruns, dégageant son visage et tombant en vagues douces sur son dos. Elle portait un chemisier rouge sombre qui contrastait complètement sa peau de porcelaine et une jupe noir qui révélait des collants opaques. Elle me coupait absolument le souffle, toujours aussi belle qu'elle l'avait été à dix-huit ans, elle était devenue une adulte et son corps était plus mature. Mes yeux voyagèrent sur son corps, s'attardant sur chaque courbe de sa silhouette... Je déglutis, difficilement.
J'avais beaucoup de mal à croire qu'elle était là, assez près de moi pour pouvoir lui parler, la toucher, l'embrasser... Je me disputai mentalement. A quoi je pensais? Il n'y avait absolument pas moyen que je puisse entrer dans cette pièce et encore moins interagir avec Bella comme je le voulais. Bien que c'était ce que je pensais, mon corps sembla agir de lui-même. Ma main se tendit pour tourner la clenche, ouvrant la porte avec un clic bruyant. Et lorsque je fis ça, l'odeur fleurie de Bella me frappa comme une brique, me paralysant complètement là où je me tenais. Je la regardai avec impuissance, incapable d'avoir la moindre pensée cohérente alors qu'elle parcourait les allées pour distribuer des fiches tout en calmant la classe fermement mais joyeusement. Alors qu'elle se tournait, elle leva la main pour repousser une mèche de cheveux couleur chocolat de sa joue et mon coeur bondit dans ma poitrine lorsque je vis qu'elle ne portait pas d'alliance. Ma joie ne dura pas, cependant, lorsque je me rappelai qu'elle n'avait jamais aimé les bijoux. Puis elle parla sans relever la tête de son bureau, mettant brusquement fin à ma contemplation.
"Adam," soupira-t-elle. Mes yeux voyagèrent au-dessus de mon épaule avant de retourner hâtivement vers son visage - je refusai de détourner les yeux d'elle pour même une seconde - il n'y avait personne derrière moi, donc elle avait du croire que j'étais quelqu'un d'autre. "S'il te plaît, ne traîne pas dans l'entrée, entre et-"
Les mots moururent dans sa gorge lorsque elle releva les yeux vers moi. Je me sentis arrêter de respirer et vis l'expression de choc pur dans ses yeux incroyablement profonds. "Ed-ward," souffla-t-elle et entendre sa voix prononcer mon nom réveilla en moi des émotions que je n'avais pas ressentis depuis six ans. Pendant quelques secondes - ou peut-être quelques heures, je ne savais pas - on se contenta de s'observer et je mémorisai chaque détail de son visage. J'étais seulement vaguement conscient des pensées des enfants qui nous regardaient, surpris par nos réactions.
Pourquoi Mademoiselle Swan le fixe comme ça?
C'est qui ce type?
On dirait qu'elle va s'évanouir...
Cette dernière pensée me fit me tendre et je regardai Bella avec une concentration renouvelée. Elle avait l'air légèrement malade. Peut-être que je devrais m'approcher d'elle, songeai-je, juste au cas où. J'éclatai presque de rire à la transparence de mes propres pensées; mon corps recherchait la moindre excuse de toucher le sien. Puis Bella haleta, comme si elle venait de se rappeler de quelque chose et ses lèvres formèrent un son qui fit disparaître toute pensée rationnelle de mon esprit.
"Bella," chuchotai-je alors que je tremblais de toutes mes forces, bien que ce soit invisible à l'oeil humain. Je mourrais d'envie de franchir la distance entre nous, de la prendre dans mes bras et de la supplier de me pardonner, que notre public soit maudit, mais j'étais terrifié par sa réponse. L'expression de pure horreur tordant son magnifique visage signifiait clairement que ça ne lui faisait pas plaisir de me voir, n'est-ce pas? Je ne savais pas. J'étais sur le point de reprendre la parole lorsque la porte s'ouvrit à nouveau derrière moi. J'entendis une voix masculine prononcer le nom de Bella et je me tournai pour voir le prof d'avant.
"Ah, vous voilà Monsieur Cullen. Y'a-t-il le moindre problème avec votre emploi du temps?" Tout en parlant, il barra mon nom d'une liste alors que son esprit continuer à énumérer le nom des étudiants qu'il n'avais pas encore trouvé.
-Emily Pope, Laura Ford, James Mitchelle, Joe Howard-
"Non monsieur," répondis-je poliment, interrompant son monologue mental par la même occasion. Il n'y avait certainement eu aucun 'problème' avec mon emploi du temps; le plus gros choc de ma vie par contre. Je me tournai à nouveau vers Bella, son visage était désormais prudemment impassible et je me rappelai alors de notre public. L'expression de son visage me surprit; c'était un mélange de douleur et de mortification. Confus, j'écoutai automatiquement ses pensées...pour me rappeler que je ne pouvais pas les entendre. Une séparation de six ans, semblait-il, n'était pas suffisante pour me révéler son esprit. Je réalisai ensuite qu'on me parlait et détournai mon regard de Bella à contre-coeur.
"-suggère de vous asseoir." Mes yeux se plissèrent et mon côté irrationnel rugit à l'idée d'être forcé de m'éloigner de ma Bella, mais je réussis à me contrôler. Il n'y avait rien que je puisse faire pour le moment, pas devant une salle pleine d'humains inconscients. Et de toutes façons, songeai-je en allant m'asseoir, même si je pouvais parler à Bella en tête-à-tête, qu'est-ce que je pourrais bien lui dire? Si la réaction qu'elle avait eu en me voyant m'indiquait bien quelque chose, c'était qu'elle n'était clairement pas contente que je sois là. Elle me hait probablement parce que je suis partis, songeai-je sombrement. C'était une conclusion douloureuse, mais elle ne me surprenait pas. Après tout, je n'avais tenu aucune des promesses que je lui avais fait quand j'avais quitté Forks. C'était de la folie de croire qu'elle m'accueillerait à bras ouverts après d'aussi horribles actions. Je me laissai tomber sur ma chaise et regardai Bella faire face à la classe. Elle fixait un point sur le mur, ses yeux refusant de croiser les miens avec détermination.
Je jetai un coup d'oeil à la montre; j'avais environ une heure avant la fin du cours pour préparer un plan. Je restai assis là, le coeur lourd, mes yeux ne quittant jamais le visage de Bella alors que les minutes s'écoulait et que le cours touchait inexorablement à sa fin. Regarder Bella enseigner était une délicieuse torture. D'un côté, c'était vraiment captivant, même si elle avait clairement été secouée par nos retrouvailles, elle était un excellent professeur. Lorsqu'elle parlait, les étudiants restaient respectueusement silencieux, absorbé par ses mots. Je pouvais entendre dans les pensées des étudiants que même ceux qui n'avaient jamais lu 'Orgueil et Préjugés' trouvaient son cours intéressant et même lorsque Bella dit à la classe de lire à voix haute, quelque chose qui provoquait généralement des protestations, la réaction fut étonnamment docile. Il était évident que je n'étais pas le seul à être fasciné par Mademoiselle Swan.
D'un autre côté, cependant, cette expérience était presque insupportable. Être si près de Bella mais devoir feindre l'indifférence et être incapable de lui parler était intolérable. De nombreuses fois, je dus me retenir de sauter sur mes pieds et de l'enlever pour l'emmener loin des yeux et des pensées inappropriées de ces adolescents entichés du premier rang. Cependant, à chaque fois que j'étais sur le point de céder à ce besoin, je me calmai en regardant Bella. Elle n'avais pas croisé mon regard depuis que j'étais entré dans la pièce et de ce fait, je n'avais aucun moyen de savoir comment un tel geste serait reçu.
A deux minutes de la fin des cours, je vis Bella jeter un coup d'oeil à l'horloge et commencer à ranger discrètement ses affaires, tout en surveillant la classe du coin de l'oeil. Je notai l'expression inquiète sur son visage et la façon dont ses yeux n'arrêtaient pas de retourner vers la porte et je compris ce qu'elle allait faire à peine quelques secondes avant que ça n'arrive. La cloche sonna et soudainement Bella était à mi-chemin de la sortie. Je sautai sur mes pieds, bien décidé à la suivre mais fut bloqué par la masse d'étudiants qui sortaient lentement de la classe. Ma vitesse étant limitée par ma façade humaine, le temps que je me fraye un passage jusqu'à la porte, Bella avait disparu. J'étudiai le couloir avec désespoir; il n'y avait aucune trace d'elle. Pendant un moment, j'envisageai de traquer son odeur avant de repousser cette envie. Quel était l'intérêt? Elle ne voulait clairement pas me parler, et je ne la forcerais pas à subir ma présence.
Et de toutes façons, la suivre serait absurde. Je ne pouvais même pas rester à Rochester, plus maintenant que je savais que Bella était là. Je devais partir aussi vite que possible et de préférence avant d'avoir l'opportunité de lui parler; je craignais que tout ma résolution disparaisse autrement. L'idée de partir après avoir revu Bella me tuait, mais je savais que c'était la seule option logique. Je ne pouvais pas, ne mettrais pas Bella en danger par ma présence. Mon plan pour la protéger avait si bien fonctionné jusque là, je n'allais pas tout ruiner maintenant.
"Hey, Edward!" m'appela une voix depuis l'autre bout du couloir et je relevai la tête pour voir Emmett et Jasper s'approcher de moi. Alors qu'ils arrivaient à mes côtés, une expression surprise apparut sur le visage de Jasper.
Culpabilité, désir, douleur, excitation, chagrin... Edward, tes émotions sont horribles...
Je hochai sèchement la tête en ressentant mes propres émotions projetées dans mon esprit par les pensées de Jasper. Emmett regarda notre échange avec curiosité. "Qu'est-ce qui se passe?" Il se tourna pour étudier mon visage avec attention. "Edward, est-ce que ça va? T'as l'air malade."
Je savais que je n'avais pas d'autre choix que de leur expliquer.
"C'est Bella," dis-je d'une voix laborieuse. Ils restèrent tous les deux silencieux mais échangèrent un regard inquiet; ils semblaient convaincu que j'hallucinais. "Elle est là," continuai-je, "elle enseigne." La mâchoire d'Emmett tomba sous l'effet du choc et Jasper siffla doucement.
Qu'est-ce que tu vas faire? me demanda Jasper, mais je pouvais voir qu'il anticipait déjà ma réponse. Repartir?
Je hochai la tête et fermai les yeux alors qu'une nouvelle vague de douleur me submergeait, me forçant à m'appuyer contre le mur et à m'agripper la tête à deux mains. Pendant un moment, le silence ne fut rompu que par le brouhaha des étudiants. Et ensuite...
"C'est excellent!" dit Emmett avec un large sourire joyeux. J'arrêtai de me masser les tempes pour le regarder avec incrédulité et, du coin de l'oeil, je vis Jasper en faire autant.
"En quoi," demandai-je d'un ton cinglant, "est-ce excellent?" Emmett me regarda comme si j'étais un attardé.
"Edward," dit-il lentement, "Bella est ici. Bella. Tu te rappelles d'elle? L'amour de ta vie?" Je grognai de frustration et me tournai en me pinçant l'arrête du nez avant de m'appuyer à nouveau contre le mur. Jasper jeta un coup d'oeil à ma posture irritée et secoua la tête pour prévenir Emmett. Les yeux d'Emmett voyagèrent entre nous, et ses sourcils se froncèrent. "Est-ce que je loupe quelque chose? Bella est de retour dans ta vie après six ans de séparation. Vous pouvez recommencer, vous remettre ensemble. Pourquoi c'est pas excellent?" Je ne pris même pas la peine de lui répondre parce que je savais qu'il finirait par comprendre. Ça ne me surprenait pas qu'Emmett ne puisse voir que le bon côté de la situation; pour lui tout était toujours simple: bien ou mal, noir ou blanc, et bien que je ne l'admettrais jamais, une petite partie de moi lui enviait cette perspective. Les yeux d'Emmett s'écarquillèrent lorsqu'il comprit. "Attends une minute," dit-il, "tu ne vas pas lui parler? Tu vas partir?" Je hochai la tête. "Edward, c'est complètement dingue!" cria-t-il avec colère. "Bordel mais qu'est-ce qui va pas chez toi? T'as jamais-"
Mais j'arrêtai d'écouter la tirade d'Emmett lorsqu'une porte s'ouvrit à l'autre bout du couloir pour révéler...
"Alice," soufflai-je, et soudainement les pièces du puzzle s'emboîtèrent. L'inexpliquable bonne humeur d'Alice, la dissimulation de ses pensées, le 'bonne chance' qu'elle m'avait soufflé lorsque j'étais partis. Elle l'avait su. Sans réfléchir, je me précipitai dans la direction du minuscule vampire, me frayant un passage à travers la masse d'étudiants aussi vite que ma façade humaine me le permettait jusqu'à ce que je ne sois plus qu'à quelques millimètres d'elle. Elle me regarda avec surprise, ses pensées toujours bloquées, mais je vis une étincelle d'incertitude apparaître sur son visage calme.
"Edward, est-ce que ça-"
"T'avais vu ça?" grondai-je en lui montrant les dents.
"Je-"
"J'ai dit," grognai-je en m'approchant encore plus d'elle, "Est-ce que tu avais vu?" Je pouvais sentir mon corps trembler de rage. Alice me regarda avec inquiétude. J'étais sur le point de crier à nouveau, pour la forcer à me dire la vérité lorsque je sentis une main se poser lourdement sur mon épaule. Je relevai la tête pour voir Jasper me lancer un regard noir, avec Emmett à ses côtés.
"Lâche-la," me dit Jasper sur un ton menaçant. Surpris, je baissai les yeux pour voir que mes mains s'étaient inconsciemment refermées autour des poignets d'Alice. Je la relâchai, soudainement conscient du silence qui s'était abattu dans le couloir alors que les quelques humains restants réalisaient ce qui se passait. Je sentis une vague de calme me frapper, courtoisie de Jasper et je tanguai en arrière, abasourdi. Soudainement, les murs du couloir me donnèrent l'impression de se resserrer autour de moi. Ma tête me fit souffrir lorsque je fus submergé de toutes parts par des pensées curieuse et légèrement scandalisées. Je regardai ma famille, qui me regardait maintenant.
"Edward," chuchota Alice d'une voix trop basse pour que les humains puissent l'entendre alors que Jasper continuait à la tenir protectivement contre lui, "Je savais qu'il y avait une possibilité que tu revois Bella, mais je n'étais pas sûr quand ni même si ça arriverait vraiment. Je n'ai pas été capable de Voir Bella depuis des années; cette vision est apparue de nulle part." Elle me lança un regard implorant et je pus entendre dans ses pensées qu'elle disait la vérité. Cependant, ça ne stoppa pas la nouvelle vague de colère qui s'écrasa contre mon calme artificiel.
"Pourquoi tu ne me l'as pas dit?" lui demandai-je d'une voix tremblante, alors que mes propres émotions luttaient contre celles que Jasper me forçait à ressentir.
"Parce que je savais que tu exagérerais comme ça!" cria-t-elle avec une expression clairement irritée sur le visage.
Je sentis ma colère enfler momentanément et lui montrai les dents. "Je n'exagère pas Alice; c'est une réaction parfaitement légitime! Tu n'avais pas le droit de me cacher ça, tu-"
Alice me lança un regard noir avant de plisser les yeux. "Edward, quand on a quitté Forks, tu m'as ordonné de ne pas regarder le futur de Bella. J'ai fait ce que tu m'as demandé. Tu m'as dit que je n'avais pas le droit de lui rendre visite, de lui écrire ou d'entrer en contact avec elle de n'importe quelle manière que ce soit. Là encore, j'ai respecté ton choix. J'ai littéralement laissé ma meilleure amie pour morte-" Je grognai de colère à ces mots, mais elle continua tout de même, "et abandonné ma maison et ma vie. Je t'interdis de me dire ce que j'ai le 'droit' de faire ou non."
Sans réfléchir, je fis à nouveau un pas vers elle mais fus bloqué par Emmett. Il semblait surpris par mon agressivité mais tout de même déterminé. "Arrête ça, Edward," dit-il doucement, "arrête de t'en prendre à Alice. Ce n'est pas de sa faute." Je le regardai, prêt à soutenir le contraire...puis je perdis toutes mes forces; Emmett avait raison, bien sûr qu'il avait raison. Je me sentais coupable et plus qu'honteux mais ma colère était toujours si forte que je ne pouvais pas réfléchir clairement.
"Je d-dois partir d'ici," balbutiai-je; les mots m'échappèrent avec une difficulté inhabituelle. Tout mon corps tremblait, je fis volte-face et la foule s'écarta sur mon passage alors que je fuyais ce couloir, laissant ma famille derrière moi.
Je ne retournai à la maison que le lendemain matin. Après avoir fuis l'école, j'avais pris la voiture et avais roulé jusqu'à l'immense Parc Adirondack, à quelques centaines de kilomètres de la ville. Là, j'avais déprimé et m'étais préparé à l'assaut inévitable que je recevrais de ma famille lorsque je rentrerais. Je savais qu'ils auraient de nombreuses raisons d'être en colère après moi, la moindre de ces raisons étant que je les avais laissé coincé à l'école sans voiture, mais il me fallut tout de même de nombreuses heures pour me préparer à leur furie.
Je pouvais entendre les pensées et les conversations de ma famille alors que je remontai l'allée menant à la maison mais ce ne fut qu'une fois que j'eus coupé le moteur et monté les marches menant à la maison que tout devint silencieux. J'entrai dans le salon pour trouver tous les couples assis sur les différents sofas et fauteuils. Lorsque j'arrivai, ils me regardèrent tous avec une expression ennuyée sur le visage, et dans le cas de Carlisle et Esme, inquiète. Ça me rappelait irrésistiblement mon retour à la maison après que j'ai sauvé la vie de Bella après l'accident avec Tyler; ma réception par la famille avait été tout aussi mixte. Je me tournai vers Alice qui était assise par terre, appuyée contre les jambes de Jasper.
"Alice, je suis désolé," dis-je simplement et sincèrement. "Je n'aurais pas dû te crier dessus avant, c'était inexcusable." Je levais les yeux vers Jasper et lui présentait mes excuses, qu'il accepta facilement. Puis je me tournai pour m'adresser aux autres. "Je suis aussi désolé de vous avoir lâché à l'école ce matin, je réalise que c'était hasardeux et égoïste et j'espère que vous pourrez me pardonner. De plus, j'-"
"Edward," m'interrompit Emmett, "La ferme."
"aimerais...attends, quoi?"
"J'ai dit, la ferme. On ne veut pas entendre tes excuses et on s'en fout de la stupide voiture. Tout ce qu'on veut savoir c'est si t'as pris une décision sensée," il insista vraiment sur ce mot, "en ce qui concerne Bella."
"Je...Je-" balbutiai-je, complètement perturbé par les mots d'Emmett.
"Et il vaudrait mieux pas nous dire que tu vas repartir-," intervint Alice depuis sa place.
"-parce que ça serait 'incroyablement stupide', et non pas sensé," compléta Emmett. Je les fixai avec incrédulité mais ils me rendirent calmement mon regard.
Quoi? pensa Emmett, Tu pensais vraiment qu'on te laisserait tout gâcher encore une fois sans rien dire?
Je grimaçai et lui tournai le dos. "Je n'ai pas d'autre choix que partir." Ça provoqua un concert de protestation chez mes frères et soeurs mais Alice fut la plus bruyante.
"Ce n'est pas la seule option, espèce de petit-" elle compléta sa phrase avec une litanie d'insultes.
"Alice," murmura Esme depuis le canapé où elle était assise avec Carlisle.
"Désolée Esme, mais quelqu'un devait lui le dire." Elle plissa les yeux en me regardant. "Edward, tu dois y réfléchir convenablement."
Je craquai. "Tu crois que je ne l'ai pas fait? Tu penses vraiment que je préférerais l'abandonner pour toujours plutôt que de rester ici avec Bella? J'ai réfléchis aux différentes options toute la journée, mais partir est la meilleure."
"La meilleure pour qui, toi ou Bella?" Je lançai un regard noir à Alice.
"Pour Bella, bien sûr." Qu'insinuait-elle?
"Vraiment Edward? A mon avis, ton départ ne fera aucun bien à Bella. D'après ce que j'ai Vu, elle s'est à peine remis de notre départ. Comment penses-tu qu'elle réagira si tu repars?"
"Mais c'est trop dangereux," dis-je. Elle ignora mon commentaire.
"Personnellement," continua-t-elle, comme si elle ne m'avait pas entendu, "je pense que tu veux partir parce que tu as peur."
"Peur?" explosai-je, "Peur de quoi, exactement?"
"D'être à nouveau avec Bella, d'admettre que tu as tort et que tu as gâché les six dernières années de ta vie pour rien." Je grimaçai et tournai le dos à Alice tout en me passant distraitement une main dans les cheveux.
"Toi et Bella êtes destinés à être ensemble, Edward! Tu t'es pas demandé pourquoi, de toutes les villes du pays, Bella a choisi de travailler ici à Rochester? Ou pourquoi vos chemins se sont à nouveau croisé? C'est le Destin, Edward; toi et Bella êtes destinés à être ensemble et tôt ou tard, il faudra bien que tu l'acceptes." Elle s'appuya contre les jambes de Jasper et croisa ses bras sur sa poitrine, ne les décroisant que pour taper dans la main d'Emmett.
Je me tournai vers Carlisle. "Qu'en penses-tu?" demandai-je et tout le monde resta respectueusement silencieux.
Il réfléchit prudemment à ses mots avant de parler. "C'est toi qui voit, Edward," me dit-il doucement, et je vis Alice ouvrir la bouche pour protester avant qu'il ne la fasse taire d'un geste de la main. "Mais," continua-t-il en m'observant attentivement, "Je pense que, dans un sens, Alice à raison. Je crois que tu devrais rester, au moins assez longtemps, pour déterminer ce que Bella ressent pour toi et examiner ce qu'est devenue sa vie." Je suis désolé Edward, songea-t-il, mais je t'ai regardé souffrir pendant trop longtemps. Je veux juste que tu sois heureux. Je sentis mes épaules s'affaisser; je me sentais soudainement très fatigué et cerné.
"Mais je suis un monstre," dis-je doucement. "Bella se porte mieux sans moi et je ne sais même pas si elle ressent toujours la même chose; elle me déteste probablement de l'avoir quitté." Je pouvais entendre les pensées de ma famille objecter mais je n'y prêtai aucune attention. En ce qui me concernait, c'était la vérité. Puis soudainement, Rosalie se redressa et me regarda droit dans les yeux, intervenant dans la conversation pour la première fois.
"Oh pour l'amour du Ciel, Edward, reprends-toi," me dit-elle sèchement, "ce n'est pas la fête déprime d'Edward Cullen. Soit tu pars, soit tu restes, mais quoi que tu fasses, s'il te plaît, arrêtes d'en parler; on a eu cette conversation non-stop ces six dernières années et ça m'ennuie d'entendre toujours la même chose. Tu n'es pas un monstre et oui, Bella," elle prononça son nom avec dédain, "se porte probablement mieux sans toi, mais elle ne le voit certainement pas comme ça. Elle vénérait le sol sur lequel tu marchais; je doute vraiment que six ans puisse changer un tel niveau de dévotion." Elle soupira et étudia ses ongles, "Enfin bref, je veux rester ici; J'en ai assez de déménager."
Cette déclaration fut suivi par le silence parce que tout le monde regardait Rosalie avec la bouche grande ouverte. Elle releva la tête de ses ongles pour voir toute la famille l'observer et leva les yeux au ciel.
"Oh, pitié," dit-elle d'une voix ennuyée. "Je n'ai peut-être pas été très cordiale avec cette fille, mais ça ne veux pas dire que je veux me soumettre à une éternité de plaintes." Emmett rigola à ces mots et embrassa Rosalie sur la joue. Ses yeux dansèrent lorsqu'il me regarda. Allez Edward, même Rose pense qu'on devrait rester. Mon regard voyagea de lui à Alice et Jasper avant de se reposer sur Carlisle et pour finir Esme. Elle me regardait avec une expression douloureuse sur le visage et des yeux suppliants.
S'il te plaît, Edward, pensa-t-elle d'un ton implorant, s'il te plaît, laisse-nous rester. Je veux voir Bella, je veux que tu sois heureux, et je veux que ma famille soit à nouveau complète. Pitié.
Je sentis ma résolution céder en réalisant à quel point notre départ de Forks avait fait souffrir Esme. Je ne pourrais jamais lui faire revivre ça. Je pris une profonde inspiration.
"Très bien," dis-je à contre-coeur, "on reste." J'essayai de continuer mais ma voix fut noyée par un cri d'Emmett qui lança un poing en l'air et par Alice qui sauta sur ses pieds pour venir enrouler ses bras autour de ma taille.
"Oh Edward!" s'exclama-t-elle. "C'est la bonne décision, je le sais." Elle me relâcha et fronça le nez de concentration. "Je...Je nous Vois aller à l'école demain et...Bella sera là, mais...c'est tout ce dont je suis certaine." Elle soupira, "Je pense qu'il me faudra un peu de temps avant d'être capable de la Voir à nouveau convenablement, mais je continuerais à essayer." Jasper se leva et commença à lui masser les épaules pour la consoler.
"Tu as pris la bonne décision," me dit doucement Esme en venant me rejoindre pour me caresser le bras d'une manière apaisante. J'essayai de répondre mais ne trouvai pas les mots pour exprimer mes inquiétudes.
"C'est juste...et si elle ne veut plus être avec moi?" Je ne croisai le regard de personne lorsque je dis ça; je me sentais embarrassé d'avoir admis ça. Peut-être qu'Alice avait raison; j'avais peur, mais seulement des sentiments que Bella éprouvait pour moi. Malgré mes années d'existence, j'eus soudainement l'impression d'avoir à nouveau dix-sept ans - incertain, vulnérable, effrayé. Les pensées de ma famille se firent réconfortantes. Bien sûr qu'elle veut toujours être avec toi - Bella t'aime - Vous êtes destinés à être ensemble - mais Emmett fut le seul qui parla à voix-haute.
"Ben," dit-il pensivement, "t'auras qu'à la séduire." Les autres éclatèrent de rire et je haussai les sourcils à son attention.
"La séduire?"
"Bien sûr," continua-t-il, en ignorant les rires du reste de la famille, "T'sais, être charmant, lui montrer à quel point tu es formidable, l'éblouir un peu." Emmett me fit un large sourire et Jasper renifla en entendant ce mot. Ils ne m'avaient jamais laissé oublier le fait que Bella avait décrit ma capacité surnaturelle à attirer mes proies comme un 'éblouissement'.
"Ça marchera," me dit Emmett, sûr de lui. "Bella t'aime et est attirée par toi. Peu importe ce qu'elle ressent maintenant, elle t'acceptera avec un peu de persuasion." Mon regard passa du visage calmement convaincu d'Emmett à ceux des autres avant de se poser sur l'horloge accrochée au mur.
Six heures du matin.
Il me restait deux heures avant de refaire face à Bella, deux heures avant que je mette mon coeur en jeu pour essayer de la récupérer. J'inspirai profondément en regardant la trotteuse avancer.
Il était temps de séduire Mademoiselle Swan.
Prochain chapitre : Sibérie
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