John

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Les discussions avec le CIS commencèrent dès le lendemain. Elizabeth et Jack Harkness franchirent la Porte pour se rendre au SGC où les attendaient les membres du comité. À la grande surprise de la jeune femme le capitaine semblait assez nerveux.

-J'ai horreur des ronds de cuir, expliqua t-il, toujours devoir expliquer ce que je fais et pourquoi je le fais c'est quelque chose que je ne supporte pas. Heureusement que Torchwood est au-dessus de tout ça.

-Alors mettez-vous à ma place. Je dois rendre compte de la moindre décision que je prends, elle est décortiquée, critiquée, passée au crible par des gens qui n'étaient pas sur le terrain, ignorent la réalité et qui en plus apportent leur jugement, et ensuite ils prennent des décisions...

Jack soupira.

-On a quand même pas mal de paperasserie à s'occuper à Cardiff. Heureusement que Ianto est là!

Ce furent Jack O'Neill et Samantha carter qui les accueillir au SGC. La jeune femme était superbe. Grande, blonde, élancée, charmante et drôle et en plus c'était une scientifique du niveau de McKay, de ce qu'on lui avait dit, même si ce dernier ne l'admettrait jamais. D'après Gwen qui commençait à connaitre tous les potins d'Atlantis Rodney en pinçait pour elle avant d'avoir une liaison avec le colonel Sheppard. Jack songea qu'elle aurait été tout à fait du gout de John Hart. Il avait toujours raffolé des grandes blondes aux cheveux courts dans son genre.

-Les membres du CIS sont déjà là, ils vous attendent, déclara t-elle en leur serrant la main.

-Alors fonçons dans l'arène, répondit Jack, plus vite nous en aurons fini mieux ce sera.

Sam éclata de rire.

-Vous ne les connaissez pas! Ironisa t-elle. Quand vous leur aurez exposé le problème ils vont vouloir ensuite en discuter entre eux. Puis ils auront tous des idées plus brillantes les unes que les autres qui iront de la destruction pure et simple de la population des Weevils à l'idée de ne rien faire du tout. Quoique je pense que là le représentant du royaume Uni ne laissera pas faire. Et puis ils vous convoqueront de nouveau, vous questionneront encore et encore et...

-Colonel Carter! Rit Elizabeth, ne découragez pas le capitaine avant le troisième round. Allez, allons-y!

Une heure plus tard Jack Harkness laissait déjà échapper un énorme bâillement. Elizabeth Weir lui fit les gros yeux. Il lui envoya un sourire enjôleur pour se faire pardonner. La diplomate soupira. Cet homme était incroyable ...et tellement sûr de lui. Elle lui sourit en retour.

-Ce champ de force ne risque t-il pas d'être détecté par les Wraith ? Demanda la représentante chinoise en haussant les sourcils.

Jack se retint d'applaudir. C'était la première question pertinente de la journée.

Elizabeth se décala sur son siège.

-Le docteur McKay met au point un dispositif qui empêchera les systèmes de détection Wraith de le repérer. De toute façon le champ de force est une solution provisoire. Rodney McKay travaillera avec Toshiko Sato sur un dispositif pour refermer la faille. C'est une affaire de quelques mois qui exigera une liaison entre Cardiff et Atlantis. D'autre part les Wraith ne s'intéressent pas à PLN 2462. Ils ont visité deux planètes voisines mais ne s'en sont jamais approchés. Elle ne présente certainement aucun intérêt à leurs yeux.

-Peut-être que les Wraith n'aiment pas le gout des Weevils, plaisanta Jack.

Le délégué français se tapota la tête avec son stylo.

-Quel humour, monsieur Harkness ! Je suppose que vous ririez moins si un Wraith passait par la Faille et débarquait à Cardiff.

-En général ce qui arrive par la Faille ne nous fait pas rire, quoique...Je connais une race d'aliens qui sont d'un ennui ! Passez quelques heures en leur compagnie et vous n'avez plus qu'une envie, c'est de vous jeter d'un pont avec un parpaing autour du cou tellement vous être déprimé. De vrais ronds de cuir et...

Il capta le regard d'avertissement que lui envoya Elizabeth et lui adressa de nouveau son sourire breveté Gibbs.

Le représentant anglais toussota.

-Je suggère que nous en revenions à nos affaires...

La matinée s'écoula, interminable. Jack trépignait. Samantha carter avait raison, ils allaient dessécher sur place avant que ces gens prennent une décision. Mais pourquoi Weir l'avait-elle entrainé dans ce guêpier! Il grimaça. En ce moment il aurait préféré être sur Atlantis. Ce matin il avait quitté la cité en laissant Ianto dans son lit. Putain, il était remonté la veille le petit gallois! Ianto n'était pas du genre à faire des scènes mais là il avait mal pris l'histoire avec Rodney. Pour la première fois ils avaient dormi ensemble sans faire l'amour, ce qui lui avait fait tout drôle. Normalement ils baisaient et la plupart du temps il finissait la nuit chez Ianto ou ce dernier au hub. C'était comme ça que cela se passait. mais là...et bien il avait apprécié en fait. Se lover contre le corps nu et chaud de son amant, son sexe entre les fesses rondes et fermes, respirer son odeur et...

-Qu'en pensez-vous, monsieur Harkness ?

Jack sursauta. Le représentant français le fixait dans l'expectative. Elizabeth soupira et vint à son secours.

-Je pense que le capitaine ne m'en voudra pas si je réponds à sa place, intervint-elle, je connais mieux Atlantis que lui.

-Je vous en prie, Elizabeth, répondit Harkness grand seigneur, cela ne me dérange absolument pas. Allez-y.

Elizabeth lui lança son regard signifiant "vous ne perdez rien pour attendre, on aura une petite discussion tous les deux tout à l'heure" et répondit à la question du français. Jack regarda autour de lui s'il y avait une issue de secours par laquelle il pourrait s'éclipser au moment de la pause. Il s'imagina la dirigeante en maitresse d'école lui tirant les oreilles tout en le sermonnant.

Jack étant Jack ses pensées dérivèrent vers un de ses principaux centres d'intérêt, le sexe et ses fantasmes. Elizabeth la maitresse d'école avait une petite robe sexy ultra courte, une poitrine avec deux tailles de plus émergeant d'un décolleté vertigineux et surtout une règle en fer à la main et lui se tenait penché sur le bureau, déculotté, attendant avec délice de recevoir sa punition. Elle le traitait de vilain garçon et décidait finalement de lui administrer sa fessée à la main. Un grand sourire béat apparut sur son visage.

-Hum! Hum!

Jack sursauta. les membres du CIS et Elizabeth le dévisageaient avec étonnement. Merde ! Il approcha un maximum sa chaise de la table pour cacher son érection et sourit de toutes ses dents.

-Vous vous sentez bien, monsieur Harkness ? Questionna le français en fronçant les sourcils.

-Euh, oui, très bien, ce sont les bureaux, il me font un effet... Oh laissez, vous ne pouvez pas comprendre, ajouta t-il rapidement. Donc où en étions-nous ?

Elizabeth plissa les yeux. Plus jamais, au grand jamais elle ne se plaindrait de Rodney lors de réunions. À coté de celui-là le scientifique était un modèle d'attention. Elle se demanda brièvement ce qui passait par la tête de Jack Harkness. En fait elle ne se posa la question que brièvement parce qu'elle connaissait la réponse. Ce type était un sexe sur pattes, voilà tout. De toute façon rien qu'à voir ses joues un peu rouges et ses pupilles légèrement dilatées elle avait compris. La chinoise aussi qui, à la grande surprise de la diplomate lui adressa un clin d'œil complice. Elizabeth lui sourit en retour. Entre femmes elles se comprenaient. Les hommes la plupart du temps ne voyaient pas un éléphant devant eux alors elle se doutait bien qu'aucun de ces types autour de la table ne se doutaient où allaient les pensées du chef de Torchwood.

En fin de journée la diplomate et Jack furent invités à se retirer un moment. Jack se frotta les mains dans le couloir.

-Enfin! cinq minutes de plus et j'explosais là-dedans ! J'aurais fait n'importe quoi pour en sortir, même bouffer un Weevil !

Jack O'Neill le regarda avec commisération.

-Parce que vous croyez que c'est terminé ?

Jack fronça les sourcils.

-Ça veut dire quoi ça ?

Daniel Jackson et lui échangèrent un regard entendu.

-Bon, on se verra ce soir au mess.

-On rentre pas sur Atlantis? Demanda Jack ennuyé.

-Les membres du CIS souhaitent reprendre la discussion demain matin, les avertit Samantha Carter. Vous êtes nos invités ce soir. En attendant ils ont encore quelques questions à vous poser d'ici dix minutes.

-Et cette fois-ci soyez attentif, le sermonna Elizabeth avec sévérité. D'ailleurs j'aimerai avoir une petite conversation avec vous tout à l'heure, quand ils auront fini.

Jack hocha la tête avec un grand sourire. Il avait repéré la sortie de secours. Avec un peu de chance il éviterait de se faire taper sur les doigts. Il adressa à la diplomate un grand sourire innocent.

-Avec plaisir, madame, j'ai hâte d'y être.

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John Sheppard passa la journée à terminer un bon nombre de rapports en retard. Puis il s'occupa avec le Major Lorne de l'affectation du nouveau contingent qui allait bientôt débarquer sur Atlantis. Ils traitèrent de divers problèmes, sécurité, discipline, logistique etc...

Il avait décidé qu'il devait s'occuper l'esprit coûte que coûte. Après ce qui s'était passé au mess il avait pris une biture de première. Putain, Rodney avec ce type! Cela le mettait encore en rage rien que d'y penser. Autant Chuck il s'en foutait autant il voyait ce Harkness comme un danger. Rien n'était anodin chez ce type. Beau, intelligent, drôle et surtout...cette aura de mystère qui l'entourait. N'empêche que c'était un foutu obsédé sexuel, songea John en laissant tomber une pile de rapport dans les bras de Lorne et lui et son équipe étaient pire que des lapins en rut. Gwen Cooper couchait avec Ronon, Owen Harper avec Cadman et la scientifique, Toshiko était certainement avec Zelenka, alors qu'ils ne se trouvaient là que depuis une semaine. Ils émaillaient sans cesse leurs conversations d' allusions à double sens à connotations sexuelles bien sûr quand ils ne parlaient pas carrément de cul.

John Sheppard n'était pas un prude, loin de cela mais ces gens de Torchwood étaient particuliers tout de même.

Merde! les choses avaient semblé avancer entre Rodney et lui la veille. Evidemment il s'était conduit comme un con avant le départ et dans le Jumper. Il n'avait pas pu s'empêcher de snober Rodney alors que l'autre homme avait fait le premier pas. L'expression qui avait traversé le regard de son ex-amant l'avait assommé. Un air d'immense tristesse, de démission, comme si Rodney n'y croyait plus tout à coup, sans parler de cette engueulade devant les autres dans le Jumper. Puis ce rapprochement...Il avait pris la main de Rodney dans la sienne quand cette Weevil enterrait son petit et le scientifique ne l'avait pas lâchée. Une lueur d'espoir et ce connard de Kavanagh...

Sa radio grésilla.

-Colonel Sheppard?

C'était Teyla.

-Nous venons d'avoir une communication d'Elizabeth. Ils restent au SGC cette nuit. Les membres du CIS veulent reprendre tôt demain matin. Elizabeth m'a chargé de vous informer que les discutions avancent bien et dans le sens que nous voulions.

-OK, bien reçu, Teyla, merci.

-Voulez-vous que je me charge d'avertir les membres de Torchwood ?

John hésita.

-Non, c'est bon, merci beaucoup, je m'en occupe.

Il donna congé à Lorne et s'assit à son bureau. Il décida de joindre Ronon par radio.

-Est-ce Gwen Cooper est avec toi? Demanda t-il au satédien.

-Ouais, je suis en train de lui donner une leçon de tir.

-Je n'en doute pas, répliqua le colonel du tac au tac.

Merde! Voilà que lui aussi s'y mettait, ils étaient contagieux ces types!

-Que se passe t-il ? Demanda Ronon sans relever l'allusion.

-Rien, dis-lui que Harkness ne rentre que demain.

-OK.

-Ronon...

-Ouais ?

-Encore merci pour hier soir.

-De rien Sheppard.

Il contacta le laboratoire et eut de la chance de tomber sur Miko qui passerait le message à Tosh laquelle était en train de travailler avec le Docteur McKay. John sourit en percevant l'adoration dans la voix de la jeune japonaise. Rodney était son Dieu et personne ne lui arrivait à la cheville. D'ailleurs les rares fois où il avait dû se rendre dans les labos ces derniers temps elle l'avait fixé d'un regard réprobateur. Personne n'avait le droit d'offenser son Seigneur. Il se demanda l'espace d'un instant si elle n'encensait pas tous les soirs le sol que son patron avait foulé.

Il consulta les affectations de la journée. Cadman était de service donc il n'y avait aucune chance pour qu'elle soit en train de batifoler avec Harper. Bon, de toute façon il commençait à se sentir ankylosé d'être resté assis sur son siège trois heures d'affilées. Il se rendit donc directement aux quartiers du médecin et frappa à la porte qui coulissa lentement.

Owen harper eut l'air étonné de le voir.

-Je suis venu vous avertir que votre patron ne rentre que demain, l'avertit John en s'apprêtant à faire demi-tour.

-Vous voulez entrer un instant? Demanda le médecin à la grande surprise du colonel. Que se passe t-il?

John franchit le seuil en haussant les épaules.

-Rien. Les technocrates, vous connaissez ? Ils ne peuvent jamais répondre oui ou non. Ils faut toujours qu'ils ergotent.

-C'est une constante universelle. Sinon ils auraient l'impression de ne servir à rien, continua Owen.

Sheppard le regarda plus attentivement. Il semblait plus calme, plus détendu.

-Vous allez bien ? Demanda t-il curieux.

-Oui, pourquoi? J'ai l'air différent ?

-Excusez ma franchise mais un peu quand même.

-Teyla m'a offert le thé. Vous devez connaitre, non?

-Oui, j'y ai eu droit plusieurs fois. Elle est redoutable hein?

Les deux hommes se mirent à rire.

-Désolé pour ma conduite dans le Jumper hier, déclara Owen, j'étais un peu à bout de nerf.

-Moi aussi je m'excuse doc, j'aurai jamais dû vous traiter de con.

-Même si j'en suis un...

-Alors on est deux cons, termina Sheppard en soupirant.

-Bon, faut se dire que y'a pire que nous quand même, répondit Owen. Et vous, ça va ?

John ne fit pas semblant de ne pas comprendre le sens de la question.

-Ça fait chier ce qui s'est passé quand même. Quel enfoiré ce type!

-Vous parlez de Kavanagh ou Jack Harkness ?

-Les deux je suppose.

-Votre Kavanagh je ne sais pas mais Jack il est comme ça. Pour diverses raisons dont je ne peux pas vous parler.

-Et Ianto, il accepte sans broncher?

-Ianto connait ces raisons. Mais est-ce qu'il accepte vraiment? Je ne pourrais pas vous le dire. Posez-lui la question vous même.

John se dirigea vers la porte.

-C'est ce que je vais faire immédiatement et...je suis content d'avoir eu cette discussion avec vous.

-Moi aussi Sheppard et un conseil : Vous devriez aller voir Teyla.

John grimaça.

-J'ai bien peur qu'au lieu du thé et des bougies elle décide cette fois-ci de régler cela dans la salle d'entrainement avec les bâtons Athosiens. Parfois elle juge que c'est mieux ainsi.

Owen frémit.

-Je l'ai échappé belle!

-Vous ne savez pas à quel point! Répliqua le militaire en se dirigeant vers la porte qui s'ouvrit pour lui. Owen haussa un sourcil.

-Gène ATA, lui rappela Sheppard en s'éclipsant.

Le médecin de nouveau seul se laissa tomber sur son lit. Il se sentait pas trop mal. Le fait d'avoir pu laisser sortir son ressentiment lui avait fait le plus grand bien. Bien sûr tout n'était pas réglé, loin de là mais putain, quel soulagement cela avait été! Comme d'évacuer un trop plein de rage, de frustrations et de colère. Il se sentait plus léger et commençait à entrevoir les choses avec plus de clarté sans cette aura d'émotions qui l'empêchait d'appréhender les problèmes relationnels clairement. Ce qui ne voulait pas dire qu'il était devenu un saint. Il était Owen Harper et le resterait.

Tosh l'agaçait tout autant qu'avant, il jugeait toujours sa collègue Gwen comme une hypocrite, en voulait à Jack de leur cacher tant de secrets. Quand à Ianto Jones, il l'énervait, tout simplement. Le jeune homme si discret, imperméable à ses vannes qui faisait le thé et le meilleur café du monde, qui nettoyait leur bordel sans broncher et se tapait Jack. Oui, comme il l'avait dit à Teyla, il leur en voulait à tous les deux d'être là l'un pour l'autre alors que lui était seul. OK il avait admit être jaloux, c'était déjà pas mal. Mais à sa décharge la solitude était quelque chose de terrible. Il réalisa d'un coup qu'un autre membre de l'équipe était aussi seul que lui, Tosh. Tiens, il n'aurait jamais cru qu'ils aient tous les deux quelque chose en commun. À leur retour à Cardiff il pourrait peut-être lui proposer un rencart, histoire de voir s'il y avait quelque compatibilité cachée. À voir...

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-Cela vous dirait de diner avec moi? J'ai passé la journée dans la paperasse et sur le coup je n'ai rien mangé depuis ce matin, je meurs de faim.

-Pourquoi pas ? Répondit Ianto au Colonel venu l'avertir que Jack ne rentrerait pas ce soir. Je sais ce que c'est que la paperasse. Au hub c'est surtout moi qui me la coltine!

-En fait j'essaie d'en fourguer le maximum à Lorne mais il y a des limites, avoua John, enfin, surtout les rapports, je déteste ça. Et vous?

-Ça me plait. J'aime bien classer, ordonner, ranger. C'est mon truc, raconta le gallois. Ça doit vous étonner non?

-Un peu mais je trouve ça super. Je devrai demander à Elizabeth de vous embaucher. À mon service, bien entendu. Vous auriez du boulot pour au moins deux ans rien qu'à tout mettre en ordre.

-Je ne fais pas que ça! Protesta Ianto faisant semblant d'être vexé.

-J'en suis certain, répondit John, vous avez certainement plein de qualités.

-Je suis un excellent homme de terrain.

-Je n'en doute pas.

-Je tire bien.

-Certain, souffla John en retenant le commentaire qui lui venait à l'esprit.

-Personne ne fait le café comme moi.

-Hélas sur Atlantis on a qu'une espèce de pisse d'âne qui vous donne des aigreurs d'estomac. Vous me faites rêver, Ianto.

Le jeune homme rougit.

-Si nous y allions ? Proposa t-il en ramassant sa veste sur le lit.

Les deux hommes trouvèrent facilement une table au mess, près de la baie vitrée.

-J'adore l'océan, déclara Ianto en s'installant en face de lui.

-Vous êtes gâté alors à Cardiff, commenta John.

-C'est pas la même chose. Ici c'est la mer à perte de vue. Elle est immense, la vue est impressionnante. À Cardiff nous avons une jolie baie...

-Et un superbe stade.

-Oui, le Millenium Stadium. Vous vous intéressez au rugby ?

-Non, je suis plutôt fan de football américain et je m'y connais un peu en Hockey sur glace. Rodney m'a initié mais je préfère le football américain, de loin.

Le jeune gallois observa l'autre homme avec curiosité. Il ne s'était pas attendu à ce qu'il mentionne le nom du scientifique.

-Je suis désolé pour vous...à propos d'hier soir, murmura t-il en attaquant le contenu de son assiette.

-Comment vous pouvez supporter ça vous? Souffla John le regard rivé sur une des tours de la cité.

-J'en sais rien moi-même. Jack est comme ça. C'est quelqu'un de...spécial.

-Je ne comprends pas.

-C'est normal, répliqua Ianto, vous n'avez pas toutes les données.

-Vous pouvez m'en parler?

Ianto sourit de ce doux sourire lumineux qui lui éclairait le visage.

-Non, je ne le peux pas et je sais que c'est quelque chose que vous comprenez. Nous sommes tenus à garder les secrets, vous sur Atlantis et nous à Cardiff.

-Vous pouvez parler de vos sentiments alors ?

-Que voulez-vous savoir ?

-Jack Harkness ...Oh, laissez tomber.

-Si vous voulez. Alors John, tout à l'heure vous m'avez interrogé sur ce que j'aimais. Et vous, que faites-vous de vos loisirs?

-J'aime voler, piloter, c'est ma première passion, depuis toujours. Mon père m'en a terriblement voulu d'avoir intégré l'USAF, il espérait que je m'occupe des affaires familiales avec mon frère Dave. Je crois qu'il a toujours été déçu par moi sauf quand je me suis marié. Il adorait Nancy, c'était la belle-fille idéale mais notre mariage a capoté. Nouvelle désillusion pour lui.

-Ainsi vous avez été marié?

-Oui, ça vous étonne on dirait.

-Pas plus que ça. Avant Jack j'étais avec une fille, Lisa. J'en étais fou amoureux.

-Et ?

-Elle est morte.

Une expression de douleur traversa fugitivement le visage du jeune gallois. Il se revit à genoux, pleurant toutes les larmes de son corps entre les deux cadavres de femmes, celui de Lisa transformée en cyberwoman et celui de cette pauvre livreuse de pizza, Annie à qui Lisa avait greffé son cerveau. L'une à moitié dévorée par Myfwany et l'autre abattue par ses collègues. Toutes les deux avaient des parts de Lisa en elles. Cela avait été atroce.

-Je suis désolé, souffla John en pressant légèrement sa main.

-C'est loin maintenant, répondit Ianto. Et à part voler, qu'aimez-vous?

-J'aime les voitures de courses, Johnny Cash, les fêtes foraines avec des Grandes Roues et tout ce qui va vite.

-On ne doit pas s'ennuyer avec vous!

-De toute façon on n'a pas le temps de s'ennuyer sur Atlantis, rétorqua John. Ici la vie est en général mouvementée, comme vous avez pu vous en apercevoir.

Ianto hocha la tête.

-Vous aimez Atlantis.

-Oui, approuva John. Ma vie est ici, je m'y sens chez moi. J' ai trouvé une vraie famille. Mes amis, Elizabeth, Teyla, Ronon, Carson...

-Et Rodney, compléta Ianto.

-Oui, et Rodney. Je serai prêt à mourir pour chacun d'entre eux.

Le jeune gallois scruta son compagnon. L'autre homme était absolument sincère. Il avait formulé cela comme une évidence, tout simplement.

-Je souhaite que vous ne perdiez personne. Ianto hésita. Je ne devrais peut-être pas en parler mais nous avons perdu une des nôtres, il y a deux ans de cela environ, à l'époque où Gwen est arrivée. Elle s'appelait Suzie. Elle avait du mal à encaisser ce que nous vivions et elle s'est suicidée. Je pense à elle parfois, à quel point elle était malheureuse et personne ne s'en est rendu compte. Je crois qu'à Torchwood nous ne sommes pas aussi attachés les uns aux autres que vous.

John grimaça.

-Je ne sais pas. Nous avons perdu quelqu'un de l'équipe nous aussi, Aiden Ford. Il a disparu. Un jeune lieutenant et un ami. Je m'en veux encore.

-Pourquoi?

-Aiden a été contaminé à l'enzyme Wraith et ne pouvait pas survivre sans cette drogue. La dernière fois que je l'ai vu il s'est délibérément laissé prendre dans le rayon d'un Dart.

-Ce n'est pas votre faute, tenta de le réconforter Ianto en pressant à son tour la main de l'autre homme. Leurs doigts restèrent accrochés deux secondes puis se démêlèrent. Ils se regardèrent légèrement gênés.

Ils continuèrent le repas en parlant de choses et d'autres puis ils se levèrent et débarrassèrent leurs plateaux.

-J'adore le lever de lunes ici, je le regarde tous les soirs, déclara Ianto en s'avançant près de la baie vitrée. Il commence à faire plus sombre, c'est pour bientôt.

-Est-ce que vous voulez voir la cité toute entière à ce moment-là? Proposa John saisi d'une inspiration subite.

-Oui, oui! S'exclama Ianto.

John rit à l'enthousiasme du jeune homme.

-Alors venez.

-Où ?

-C'est une surprise.

Dix minutes après ils se trouvaient dans la baie des Jumpers.

-Chuck, juste une ballade au dessus de la cité, prévint John par radio au technicien de service.

-Pas de problème monsieur.

Le Jumper s'éleva et sortit du hangar. Ils survolèrent la cité et Sheppard immobilisa le vaisseau au dessus de l'océan. Le gallois ouvrit de grands yeux, c'était absolument fabuleux. Atlantis étincelait de milliers de petites lumières et la plus grande de ses tours n'était plus qu'une immense flèche argentée qui semblait en fusion. L'océan brillait d'une lueur dorée, conséquence du reflet des deux lunes sur l'eau.

-Magnifique! Souffla Ianto extasié.

John se leva et s'approcha du siège du copilote ou était installé l'autre homme. Il s'assit sur l'accoudoir.

-Je viens parfois ici le soir pour admirer la cité et je ne connais rien de plus beau au monde.

Ianto leva les yeux vers le regard noisette. Les deux hommes se fixèrent, muets, puis soudain, saisis par une même pulsion ils allèrent à la rencontre l'un de l'autre. Leurs lèvres se joignirent tout d'abord avec lenteur. John ouvrit légèrement la bouche et accueillit avec fougue la langue de l'autre homme qui venait caresser la sienne. Ils s'embrassèrent voracement, les mains de chacun encadrant le visage de l'autre. Ils se séparèrent pour reprendre leur souffle et se reprirent de nouveau. John invita son compagnon à se lever et sans cesser de l'embrasser l'entraina vers une des banquettes arrière.

-John ? Souffla Ianto.

-Oui?

-Quoiqu'il se passe ce soir entre nous dis-moi que ce n'est pas pour te venger de Rodney ou de Jack. Ne m'utilise pas ainsi s'il te plait.

John Sheppard considéra l'homme magnifique qu'il tenait dans ses bras. Ianto Jones méritait une réponse honnête. Il aimait Rodney mais Rodney n'était plus à lui et depuis qu'il avait posé les yeux sur le gallois il l'avait désiré. S'il était encore avec le scientifique il aurait légèrement flirté avec lui, à son habitude mais cela ne serait pas allé plus loin. Il avait toujours été fidèle à son amant et ne l'avait jamais trompé, jusqu'à ce soir. De plus même s 'il en voulait à Harkness il ne cherchait pas à se venger. Jamais il n'aurait utilisé Ianto ainsi.

-Je te promets que je n'ai jamais pensé à t'utiliser, je t'en fais le serment. Je me sens seul ce soir...et toi aussi.

Ianto acquiesça. Oui il se sentait seul ce soir. Il avait besoin de tendresse et de chaleur humaine. Il connaissait les sentiments de Jack. Son capitaine ne l'avait jamais exprimé mais il ne voulait pas que son jeune amant le trompe. C'était ainsi, un point c'est tout. Pour ce soir, pour une fois il ne s'agit pas des désirs du Capitaine Jack Harkness mais de moi, songea t-il avant de se laisser tomber sur la couchette avec le colonel Sheppard.

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A suivre.